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LA FAUTE DE L’ABBÉ MOURET.

cevait au milieu des vignes de grands vieillards noueux, qui le saluaient. Les Artaud, en plein soleil, forniquaient avec la terre, selon le mot de Frère Archangias. C’étaient des fronts suants apparaissant derrière les buissons, des poitrines haletantes se redressant lentement, un effort ardent de fécondation, au milieu duquel il marchait de son pas si calme d’ignorance. Rien de troublant ne venait jusqu’à sa chair du grand labeur d’amour dont la splendide matinée s’emplissait.

— Eh ! Voriau, on ne mange pas le monde ! cria gaiement une voix forte, faisant taire le chien qui aboyait violemment.

L’abbé Mouret leva la tête.

— C’est vous, Fortuné, dit-il, en s’avançant au bord du champ, dans lequel le jeune paysan travaillait. Je voulais justement vous parler.

Fortuné avait le même âge que le prêtre. C’était un grand garçon, l’air hardi, la peau dure déjà. Il défrichait un coin de lande pierreuse.

— Par rapport, monsieur le curé ? demanda-t-il.

— Par rapport à ce qui s’est passé entre Rosalie et vous, répondit le prêtre.

Fortuné se mit à rire. Il devait trouver drôle qu’un curé s’occupât d’une pareille chose.

— Dame, murmura-t-il, c’est qu’elle a bien voulu. Je ne l’ai pas forcée… Tant pis si le père Bambousse refuse de me la donner ! Vous avez bien vu que son chien cherchait à me mordre tout à l’heure. Il le lance contre moi.

L’abbé Mouret allait continuer, lorsque le vieil Artaud, dit Brichet, qu’il n’avait pas vu d’abord, sortit de l’ombre d’un buisson, derrière lequel il mangeait avec sa femme. Il était petit, séché par l’âge, la mine humble.

— On vous aura conté des menteries, monsieur le curé, s’écria-t-il. L’enfant est tout prêt à épouser la Rosalie… Ces