Page:Zola - Travail.djvu/106

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sur la route de Formeries, à l’endroit où s’en détachait le chemin du village voisin des Combettes ; et il n’eut qu’à pousser la petite porte, pour suivre la royale allée d’ormes. Au fond, on apercevait le château, une vaste habitation du dix-septième siècle, d’un grand air dans sa simplicité, avec ses douze fenêtres de façade, ses deux étages, son rez-de-chaussée surélevé, auquel on accédait par un double perron, orné de beaux vases. Le parc, très vaste, tout en pelouses et en bois de haute futaie, était traversé par la Mionne, qui alimentait une grande pièce d’eau, où nageaient des cygnes.

Déjà, Luc se dirigeait vers le perron, lorsqu’un léger rire de bon accueil lui fit tourner la tête. Et, sous un chêne, près d’une table de pierre que des sièges rustiques entouraient, il aperçut Suzanne, qui s’était assise là, tandis que son fils Paul jouait à ses pieds.

« Mais oui, mon bon ami, je suis descendue attendre ici mes invités, en campagnarde qui ne craint pas le grand air. Comme vous êtes gentil d’avoir accepté mon invitation, si brusque ! »

Et elle lui souriait, la main tendue. Elle n’était point jolie, elle était charmante, très blonde, petite, avec une fine tête ronde, les cheveux frisés, les yeux d’un bleu doux. Son mari l’avait toujours trouvée d’une insignifiance, lamentable, sans paraître s’être jamais douté de la bonté délicieuse et de la solide raison qui se cachaient sous son air de grande simplicité.

Luc avait pris sa main, qu’il garda un instant entre les deux siennes.

« C’est vous qui êtes adorable, d’avoir songé à moi. Je suis si heureux, si heureux de vous revoir ! »

Elle était son aînée de trois ans, elle l’avait connu dans la misérable maison qu’il habitait, rue de Bercy, près de l’usine où il avait débuté, à titre de petit ingénieur. Très discrète, faisant elle-même ses aumônes, elle