Page:Zola - Travail.djvu/108

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dont il exagérait le grasseyement, par bon ton. Mille mercis d’avoir bien voulu être des nôtres. »

Et, sans s’arrêter davantage, après une forte poignée de main à l’anglaise, il se tourna vers sa femme.

« Ma chère, l’ordre a bien été donné d’envoyer la victoria aux Delaveau ? »

Suzanne n’eut pas à répondre, la victoria débouchait de l’allée des grands ormes, ramenant le ménage, qui descendit devant la table de pierre. Delaveau, petit et râblé, avait la tête d’un bouledogue, massive, courte, les mâchoires en avant ; et, le nez camus, les yeux gros, à fleur de tête, les joues colorées, cachées à demi par un épais collier de barbe noire, il gardait dans l’allure quelque chose de militaire, d’autoritaire et de rigide. Près de lui, en délicieux contraste, Fernande était une brune aux yeux bleus, grande, de taille souple, de gorge et d’épaules admirables. Jamais cheveux plus somptueux ni plus noirs n’avaient encadre un visage plus pur ni plus blanc, aux grands yeux d’azur, d’une brûlante tendresse, à la bouche étroite et fraîche, garnie de dents petites, qu’on sentait d’un éclat inaltérable et d’une force à casser des cailloux. Elle était surtout fière de la finesse de ses pieds, car elle y trouvait la preuve incontestable de sa première origine.

Tout de suite, elle s’excusa auprès de Suzanne, en faisant descendre de la victoria une femme de chambre qui avait, sur les genoux, sa fillette Nise, une enfant de trois ans, aussi blonde qu’elle était brune, frisée, ébouriffée, avec des yeux couleur du ciel, une bouche rose qui riait toujours, creusant des fossettes aux deux joues et au menton.

« Vous m’excuserez, ma chère, j’ai profité de votre autorisation, en amenant Nise.

— Mais vous avez très bien fait, répondit Suzanne. Je vous ai dit qu’il y aurait une petite table. »