Page:Zola - Une farce, 1888.djvu/20

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
X


Les grands arbres se penchaient pour mieux voir le jeune couple. Ils tressaillaient de douleur, ils se disaient de taillis en taillis que leur âme allait prendre son vol.

Toutes les voix firent silence. Le brin d’herbe et le chêne se sentaient pris d’une immense pitié. Il n’y avait plus dans les feuillages un seul cri de colère. Simplice, le bien-aimé de Fleur-des-eaux, était le fils de la vieille forêt.

Elle avait appuyé la tête à son épaule. Se penchant au-dessus du ruisseau, tous deux se souriaient. Parfois, levant le front, ils suivaient du regard la poussière d’or qui tremblait dans les derniers rayons du soleil. Ils s’enlaçaient lentement, lentement. Ils attendaient la première étoile pour se confondre et s’envoler à jamais.

Aucune parole ne troublait leur extase. Leurs âmes, qui montaient à leurs lèvres, s’échangeaient dans leurs haleines.

Le jour pâlissait, les lèvres des deux amants se rapprochaient de plus en plus. Une angoisse terrible tenait la forêt immobile et muette. De grands rochers d’où jaillissait la source jetaient de larges ombres sur le couple, qui rayonnait dans la nuit naissante.

Et l’étoile parut, et les lèvres s’unirent dans le suprême baiser, et les chênes eurent un long sanglot. Les lèvres s’unirent, les âmes s’envolèrent.


XI


Un homme d’esprit s’égara dans la forêt. Il était en compagnie d’un homme savant.

L’homme d’esprit faisait de profondes remarques par l’humidité malsaine des bois, et parlait des beaux champs de luzerne qu’on obtiendrait en coupant tous ces grands vilains arbres.

L’homme savant rêvait de se faire un nom dans les sciences en découvrant quelque plante encore inconnue. Il furetait dans tous les coins, et découvrait des orties et du chiendent.