Pensées et Impressions/Le Féministe

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Texte établi par Jules Bertaut, E. Sansot et Cie (Petite Collection “Scripta brevia”) (p. 27-35).



LE FÉMINISTE



Une femme de trente ans, en France n’a pas les connaissances acquises d’un petit garçon de quinze ans ; une femme de cinquante, la raison d’un homme de vingt-cinq.

Si nous l’osions, nous donnerions aux jeunes filles une éducation d’esclave, la preuve en est qu’elles ne savent d’utile que ce que nous ne voulons pas leur apprendre.

Je soutiens qu’on doit parler de l’amour à des jeunes filles bien élevées,


Une femme de quarante-cinq ans n’a d’importance que par ses enfants et par son amant.

Toutes nos idées sur les femmes nous viennent en France du catéchisme de trois sous.

La femme la plus parfaite, suivant les idées de l’éducation actuelle, laisse son partenaire isolé dans les dangers de la vie, et bientôt court risque de l’ennuyer.

La fidélité des femmes dans le mariage, lorsqu’il n’y a pas d’amour, est probablement une chose contre nature.

Il y a peut-être cinquante mille femmes en France qui, par leur fortune, sont dispensées de tout travail. Mais sans travail il n’y a pas de bonheur. (Les passions forcent elles-mêmes à des travaux et à des travaux fort rudes, qui emploient toute l’activité de l’âme).


Le plaisant de l’éducation actuelle, c’est qu’on n’apprend rien aux jeunes filles qu’elles ne doivent oublier bien vite dès qu’elles seront mariées.

L’éducation actuelle des femmes étant peut-être la plus plaisante absurdité de l’Europe moderne, moins elles ont d’éducation proprement dite, plus elles valent.

La pire de toutes les duperies où puisse mener la connaissance des femmes est de n’aimer jamais, de peur d’être trompé.

Les femmes sont toutes comme des romans, intéressantes jusqu’au dénouement, et, deux jours après, on s’étonne d’avoir pu être intéressé par des choses si communes.

Une femme d’esprit mesure sa résistance au degré de désœuvrement de son amant.


Ce qui vieillit le plus les femmes de trente ans, ce sont les passions humaines qui se peignent sur leurs figures.

Si les femmes amoureuses de l’amour vieillissent moins, c’est que ce sentiment dominant les préserve de la haine impuissante.

C’est à coups de mépris public qu’un mari tue sa femme au xixe siècle ; c’est en lui fermant tous les salons.

Il est peut-être beaucoup plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu’on n’a vu que deux fois, après trois mots latins dits à l’église, que céder malgré soi à un homme qu’on adore depuis deux ans.

Les femmes honnêtes aussi coquines que les coquines.

La pudeur donne des plaisirs bien flatteurs à l’amant : elle lui fait sentir quelles lois l’on transgresse pour lui.


La seule chose que je voie à blâmer dans la pudeur, c’est de conduire à l’habitude de mentir ; c’est le seul avantage que les femmes faciles aient sur les femmes tendres.

L’empire de la pudeur est tel qu’une femme tendre arrive à se trahir envers son amant plutôt par des faits que par des paroles.

La pudeur des femmes en Angleterre, c’est l’orgueil de leur mari.

Ce qui avilit les femmes galantes, c’est l’idée qu’elles ont et qu’on a qu’elles commettent une grande faute.

En France, les filles peuvent donner à beaucoup d’hommes autant de bonheur que les femmes honnêtes, c’est-à-dire du bonheur sans amour, et il y a toujours une chose qu’un Français respecte plus que sa maîtresse : c’est sa vanité.


Une femme n’est puissante que par le degré de malheur dont elle peut punir son amant ; or, quand on n’a que de la vanité, toute femme est utile, aucune n’est nécessaire.

Sans les nuances, avoir une femme qu’on adore ne serait pas un bonheur et même serait impossible.

L’empire des femmes est beaucoup trop grand en France, l’empire de la femme beaucoup trop restreint.

Tout homme qui conte clairement et avec feu des choses nouvelles est sûr de plaire aux femmes d’Italie. Peu importe qu’il fasse rire ou pleurer ; pourvu qu’il agisse fortement sur les cœurs, il est aimable.

Une jeune femme se persuade bien mieux qu’elle est aimée par ce qu’elle devine que par ce qu’on lui dit.


Amusez une femme et vous l’aurez.

Une femme est sans cesse agitée par le désir de plaire et la crainte du déshonneur.

C’est une mauvaise société pour une jeune femme que la société des autres femmes.

L’imprévu, produit par la sensibilité, est l’horreur des grandes dames ; c’est l’antipode des convenances.

Le fluide nerveux, chez les hommes, s’use par la cervelle, et, chez les femmes, par le cœur ; c’est pour cela qu’elles sont plus sensibles.

Ce qui fait que les femmes, quand elles se font auteurs, atteignent bien rarement au sublime, ce qui donne de la grâce à leurs moindres billets, c’est que jamais elles n’osent être franches qu’à demi : être franches serait pour elles comme sortir sans fichu.

Une femme croit entendre la voix du public dans le premier sot ou la première amie perfide qui se déclare auprès d’elle l’interprète fidèle du public.

Le tempérament bilieux, quand il n’a pas des formes trop repoussantes, est peut-être celui de tous qui est le plus propre à frapper et à nourrir l’imagination des femmes… C’est pour elles le contraire du prosaïque.

La source la plus respectable de l’orgueil féminin, c’est la crainte de se dégrader aux yeux de son amant par quelque démarche précipitée ou par quelque action qui peut lui sembler peu féminine.


Les enfants commandent par les larmes, et quand on ne les écoute pas, ils se font mal exprès. Les jeunes femmes se piquent d’amour-propre.

Les femmes douées d’une certaine élévation d’âme qui, après leur première jeunesse, savent voir l’amour où il est, et quel est cet amour, échappent, en général, aux don Juan qui ont pour eux plutôt le nombre que la qualité des conquêtes.

On convient qu’une petite fille de dix ans a vingt fois plus de finesse qu’un polisson du même âge : pourquoi, à vingt ans, est-elle une grande idiote, gauche, timide, et ayant peur d’une araignée, et le polisson un homme d’esprit ?