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Pensées pour moi-même/Livre III

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Traduction par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire.
Germer-Baillière (p. 50-75).

LIVRE III


I

Ce n’est pas le tout de se dire que chaque jour la vie se perd, et que ce qui nous en reste diminue sans cesse ; il faut aussi se répéter que l’existence fût-elle beaucoup plus longue, nous ne sommes jamais sûrs que notre esprit demeurera jusqu’au bout également capable de bien comprendre la vérité[1], et de s’élever à ces hautes spéculations qui nous conduisent à la connaissance des choses divines et humaines. Ne se peut-il pas, en effet, qu’on tombe en un commencement de démence, sans que pour cela la respiration, la nutrition, l’imagination, les désirs et toutes les autres facultés de même ordre, viennent à défaillir en nous ? Mais jouir pleinement de soi, mesurer exactement le nombre et l’espèce de tous ses devoirs, être en état de préciser le moment où l’on doit s’éconduire soi-même de la vie[2], et tant d’autres actes qui, comme ceux-là, exigent la raison la plus éprouvée par des luttes antérieures, ce sont là des puissances qui s’éteignent prématurément en nous. Ainsi donc, voilà des motifs de se hâter[3], non pas seulement parce qu’à chaque instant nous nous rapprochons de la mort, mais de plus, parce que la conception des choses et leur enchaînement peuvent nous échapper avant la vie même.

II

Il est d’autres considérations analogues[4] qu’il ne faut pas davantage perdre de vue. Ainsi, les objets acquièrent je ne sais quelle grâce et quel attrait par les accidents mêmes qui leur surviennent. Par exemple, le pain, quand il cuit, crève sur quelques points ; et il se trouve cependant que les trous qui se forment et qui sont réellement des fautes dans l’art et le dessein de la boulangerie, présentent une certaine convenance et stimulent en nous l’appétit des aliments. C’est de même encore que les figues se fendent quand elles sont tout à fait à point, et que, dans les olives qui sont mûres, ce goût, qui annonce l’approche de la décomposition, ajoute au fruit une saveur toute particulière. De même encore, les épis penchant vers le sol, le fier sourcil du lion, l’écume ruisselant de la gueule des sangliers, et tant d’autres choses qui, si on les regarde en soi, sont fort loin d’être belles, contribuent néanmoins à donner aux êtres un nouveau charme qui nous ravit. Concluons donc[5] que, si quelqu’un avait la passion d’étudier les phénomènes de l’univers, et les comprenait plus profondément qu’on ne le fait d’ordinaire, il ne trouverait pas une seule chose, pour ainsi dire, qui n’offrît un agrément spécial dans ses rapports avec l’ensemble, même parmi les phénomènes qui ne sont que des conséquences tout-à-fait secondaires. S’il considérait à ce point de vue les bêtes les plus féroces, ouvrant leurs gueules toutes béantes, il ne s’y plairait pas moins qu’à ces imitations sorties de la main des peintres et des sculpteurs. Ses regards intelligents ne manqueraient pas de découvrir dans les traits d’une vieille femme ou d’un vieillard[6] une grâce et une beauté secrètes, qui rappelleraient les charmes de l’enfance. Mais tout le monde n’est pas fait pour pénétrer ces mystères ; et ces jouissances sont réservées exclusivement au sage, qui se familiarise avec la nature et avec ses œuvres[7].

III

Après avoir guéri bien des malades, Hippocrate est mort, lui aussi, atteint par la maladie. Les Chaldéens, après avoir prédit le trépas de tant de gens, n’ont pu échapper plus que d’autres aux prises de la destinée. Alexandre, Pompée, Caïus-César, après avoir tant de fois ruiné de fond en comble des cités entières, après avoir massacré un nombre incalculable de cavaliers et de fantassins en bataille rangée, ont dû à leur tour aussi sortir un jour de la vie. Héraclite, après avoir tant disserté sur l’embrasement du monde[8] détruit par le feu, est mort d’hydropisie et couvert de bouse de vache[9]. La vermine a fait mourir Démocrite[10] ; une vermine d’une autre espèce[11] a tué Socrate. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Le voici : Tu t’es embarqué sur un navire ; tu as navigué ; tu es parvenu au port ; débarque. Si c’est dans une autre vie que tu abordes, rien au monde n’est vide des Dieux[12], et tu les trouveras là tout aussi bien qu’ailleurs. Si, au contraire, tu dois tomber alors dans une insensibilité absolue, te voilà délivré des souffrances et des plaisirs, et tu n’as plus à te soumettre servilement à cette enveloppe matérielle, d’autant plus vile que son esclave lui est absolument supérieur ; car d’un côté, c’est l’intelligence et le génie ; de l’autre, la terre et la fange.

IV

Ne consume pas le peu qui te reste de vie[13] en des pensées qui ne concernent que les autres, à moins que ce que tu fais ne se rapporte à l’intérêt commun ; car alors tu manques à un autre devoir, quand tu penses, par exemple, à ce que fait telle personne et aux motifs qu’elle peut avoir ; quand tu penses à ce qu’elle dit, à ce qu’elle médite, ou à ce qu’elle entreprend, et que tu te laisses aller à tant d’autres détails qui te détournent de cultiver le principe directeur[14] que tu portes en toi. Ainsi donc, tu dois éviter, dans l’enchaînement successif de tes pensées, tout ce qui est désordonné, tout ce qui est sans but, à plus forte raison encore tout ce qui est inutile et immoral. L’habitude qu’il faut prendre, c’est de ne penser jamais[15] qu’à des choses telles que si l’on te demandait tout à coup : « À quoi penses-tu ? », tu pusses immédiatement répondre en toute franchise : « Voici à quoi je pense. » Il faut qu’on voie à l’instant même, sans l’ombre d’un doute, que tous tes sentiments sont droits et bienveillants, comme il convient à un être destiné à vivre en société, qui ne songe point aux plaisirs et aux illusions de la jouissance, à quelque rivalité, à quelque vengeance, à quelque soupçon ; en un mot, qui ne songe à aucune de ces pensées dont on rougirait de faire l’aveu, s’il fallait convenir qu’on les a dans le cœur. Quand l’homme a pratiqué cette règle, sans rien négliger désormais pour compter entre tout ce qu’il y a de mieux au monde, il devient, on peut dire, le ministre et l’agent des Dieux[16], en s’appuyant sur le principe inébranlable qu’il porte au dedans de lui, et qui met l’homme à l’abri des souillures de la volupté, qui le rend invulnérable à toute souffrance, insensible à tout outrage, inaccessible à toute perversité, qui en fait l’athlète de la plus noble des luttes[17], de la lutte où l’on est vainqueur de toute passion, qui trempe l’homme profondément dans la justice[18], qui le dispose à aimer de toutes les forces de son âme tout ce qui lui arrive et lui échoit en partage, à ne s’occuper que bien rarement, et jamais sans une nécessité pressante d’intérêt commun, de ce que dit un autre[19], de ce qu’il fait et de ce qu’il pense. Les seules affaires, en effet, dont il s’occupe, ce sont les siennes ; il réfléchit perpétuellement à la part qui lui a été faite dans le vaste écheveau de l’univers, y trouvant des choses excellentes, et croyant d’une foi absolue que celles qu’il ne connaît pas doivent être non moins bonnes ; car la part dévolue à chacun de nous, si elle est enveloppée dans l’ensemble des choses, en enveloppe aussi un bien grand nombre. Puis, il se souvient que, si tous les êtres doués de raison ne forment qu’une seule famille, et s’il est conforme à la vraie nature de l’homme d’aimer tous les hommes en général[20], il ne faut pas, quant au jugement qui est à porter sur les choses, tenir compte de celui de tous les hommes sans exception ; mais il faut regarder uniquement à l’opinion de ceux[21] qui savent vivre conformément à la nature[22]. Pour tous ceux qui ne vivent point de cette manière-là, on n’a qu’à voir ce qu’ils sont dans leur intérieur ou hors de chez eux, ce qu’ils sont le jour et la nuit, et ce que sont les sociétés dégradées qu’ils fréquentent. On n’a donc pas à faire le moindre état de la louange de pareilles gens[23], qui ne savent pas même se plaire à leurs propres yeux.

V

N’apporte jamais dans ce que tu fais ni mauvaise volonté, ni humeur insociable, ni hauteur inabordable[24], ni préoccupation qui te distraie. Que l’affectation ne soit jamais la parure de ta pensée ; ne dis jamais beaucoup de mots ; n’aie jamais beaucoup d’affaires[25]. Que le Dieu qui réside en toi[26] n’ait à y protéger qu’un être viril et fort, un être digne de respect, un ami de la société, un Romain[27], un être qui se commande en maître, parce qu’il s’est discipliné lui-même, comme un guerrier qui n’attend que l’appel de la trompette[28], toujours prêt à faire le sacrifice de sa vie, sans avoir besoin ni de prêter serment[29], ni d’être surveillé par qui que ce soit. C’est en cela que consiste l’indépendance qui sait se passer de tout secours étranger, et même de cette tranquillité que les autres peuvent nous assurer ; car ce qu’il faut à l’homme, c’est d’être droit ; ce n’est pas d’être redressé.

VI

Si, dans la vie telle qu’elle est faite à l’homme, tu trouves quelque chose de mieux que la justice, la vérité, la tempérance, le courage[30], en un mot, que la pleine domination de ta propre pensée, se suffisant à elle-même dans les choses où elle te fait agir selon la droite raison, et se résignant à la part que lui assigne le destin dans les choses qui ne dépendent pas de notre libre arbitre, si, dis-je, tu trouves quelque chose de mieux, tourne-toi de tout ton cœur vers ce trésor[31] ; et jouis du bien incomparable que tu auras su découvrir. Mais si tu ne trouves rien de supérieur au génie qui siège au dedans de toi[32], qui a soumis à son empire toutes les passions, qui maîtrise toutes les perceptions et qui doit t’arracher à toutes les séductions des sens, comme le dit Socrate[33], qui obéit docilement aux Dieux et qui se dévoue à l’intérêt des humains ; si auprès de lui tout le reste devient à tes regards petit et mesquin, ne laisse plus de place en ton cœur à nul autre objet qui, en t’attirant et en te faisant dévier, t’enlèverait désormais la force de préférer invariablement à tout le reste ce bien, qui est le bien propre de l’homme et qui n’appartient qu’à toi. En face de ce bien, qui est la règle de l’intelligence et de l’activité, il n’est pas permis de rien mettre en balance de tout ce qui est d’une autre espèce que lui, ni les louanges de la foule[34], ni le pouvoir, ni les jouissances du plaisir. Tous ces prétendus biens, pour peu qu’ils semblent à peu près d’accord avec celui-là, nous ont bien vite dominés et nous font dévier malgré nous. Prends donc uniquement, te dis-je, et avec pleine liberté, le bien qui vaut le mieux. Diras-tu : Ce bien suprême, c’est l’utile ? Oui, sans doute, si c’est ce qui t’est utile en tant qu’être raisonnable, recherche-le ; mais si c’est ce qui ne peut te servir qu’en tant qu’être animé[35], n’hésite pas à y renoncer. Garde ton jugement à l’abri de toute vanité ; ne serait-ce que pour te livrer avec le calme nécessaire aux réflexions indispensables.

VII

Ne regarde pas comme pouvant jamais t’être utile[36] rien de ce qui un jour te forcerait peut-être à te parjurer, à perdre ton honneur, à haïr un de tes semblables, à le soupçonner, à le maudire, ou à user de dissimulation, à désirer quelque chose qu’il faille cacher entre des murailles ou sous des voiles. Celui, en effet, qui préfère au monde entier la raison et le génie qu’il porte en lui[37] et les solennels mystères de cette puissance intime[38], n’a que faire de jouer la tragédie et de pousser des gémissements. Il n’aura besoin ni de la solitude, ni de la foule ; il vivra sans rechercher, ni fuir, la part qui lui est faite. Il ne se préoccupe absolument en rien de savoir s’il jouira pendant plus ou moins de temps de cette existence, où son âme est enveloppée dans son corps. Mais dût-il à l’instant même partir de la vie[39], il en sort comme s’il s’agissait d’un de ces actes qu’on peut toujours accomplir avec honneur et pleine sécurité, n’ayant qu’un seul souci durant le cours de sa vie entière, celui d’empêcher que jamais sa pensée ne soit dans une disposition indigne d’un être intelligent et fait pour vivre en société.

VIII

Dans un cœur qui a su se dominer et se rendre pur, on ne trouverait rien[40] qui sentît la corruption, la souillure ou la saleté du vice. Jamais non plus dans un tel homme le destin ne peut surprendre la vie en un état incomplet, comme le serait le cas d’un tragédien[41] sortant de la scène avant la fin de son rôle et le dénouement du drame. Jamais vous ne trouveriez non plus en lui rien qui sente la servilité, l’affectation, la dépendance, l’embarras, la discorde intérieure, et le sentiment de la faute, qui a besoin de se défendre ou de se cacher.

IX

Respecte en toi-même la force qui te permet de bien comprendre les choses ; car tout est là, afin que jamais en toi l’entendement ne vienne à être en contradiction avec la nature, qui est ton souverain guide[42], et avec le développement régulier de l’être doué de raison. Or la nature te recommande la circonspection la plus attentive[43], l’amour des hommes, et la soumission aux Dieux[44].

X

Ainsi donc, jette de côté tout le reste, et ne t’attache solidement qu’à ces quelques points. Souviens-toi toujours aussi que le seul temps qu’on vive[45] est uniquement le présent, c’est-à-dire un instant imperceptible ; et que, pour les autres parties de la durée, ou bien on les a vécues, ou bien on ne sait jamais si l’on doit les vivre. C’est donc bien peu de chose que le temps que vit chacun de nous ; c’est bien peu de chose que le misérable coin de terre[46] où l’on vit. C’est peu de chose même encore que cette renommée qui nous survit, prît-on celle qui dure le plus longtemps. Et cette renommée elle-même[47] ne tient qu’à la succession de ces pauvres hommes, qui vont mourir dans un moment[48] et qui ne se connaissent point eux-mêmes, loin de pouvoir connaître quelqu’un qui est mort depuis de si longues années.

XI

À la suite des recommandations qui précèdent, en voici une autre qu’il est bon d’y ajouter. Quand on a quelque objet dans l’esprit, il faut s’en faire toujours à soi-même une définition et une esquisse, afin de pouvoir considérer ce qu’est au juste[49], et dans son essence nue, cet objet spécial, en le prenant dans sa totalité séparément de tout le reste, et afin de pouvoir se dire à part soi son vrai nom et les noms de tous les éléments qui le constituent et dans lesquels il peut se décomposer. Rien, en effet, ne contribue autant à la grandeur d’âme que de pouvoir apprécier, chemin faisant et en toute vérité, chacun des événements de la vie, et de les si bien voir en eux-mêmes qu’on puisse discerner d’un coup d’œil à quel ordre de choses ils appartiennent, quel genre d’utilité ils peuvent offrir, quel rang ils occupent par rapport au reste du monde, et par rapport à l’homme, à ce citoyen de la cité suprême, dont les autres cités ne sont en quelque sorte que les maisons. Quel est donc cet objet qui se présente actuellement à mon esprit ? De quoi se compose-t-il ? Combien de temps doit-il naturellement durer ? Quelle vertu dois-je exercer à son occasion : douceur, courage, véracité, confiance, simplicité, indépendance ? Ainsi donc, il faut se dire à chaque événement : « Ceci vient de Dieu[50] ; c’est conforme à l’enchaînement des choses, à la combinaison qu’elles forment en s’entremêlant ; c’est l’effet de telle rencontre ; c’est l’effet de tel hasard ; c’est l’acte d’un de mes semblables, de la même espèce, de la même famille, de la même société que moi, qui ignore ce que vaut la nature, tandis que moi je ne l’ignore pas comme lui ; c’est là ce qui fait que je lui montre, dans mes rapports et selon la loi naturelle de l’association, bienveillance et justice, tout en m’efforçant, dans le cours ordinaire des choses, de n’attribuer à chacune que son véritable prix. »

XII

Si, dans l’affaire qui t’occupe[51] actuellement, tu n’obéis qu’à la droite raison avec amour, avec courage, avec douceur, sans la moindre déviation, gardant toujours pur et sans tache le génie qui réside en toi[52], comme si tu avais à le restituer à l’instant même ; si tu sais remplir toutes ces conditions sans rien craindre et sans rien éviter, ne t’occupant que de l’acte que tu as présentement à faire, selon la loi de la nature, et de l’héroïque vérité qui doit régner dans tout ce que tu dis ou tu exprimes, tu te conduiras aussi bien qu’il est possible de se conduire ; et personne au monde ne peut te ravir ce bonheur.

XIII

De même que les médecins[53] ont toujours sous la main leurs appareils et leurs instruments tout prêts, afin de pouvoir soigner sur-le-champ les accidents imprévus, de même sois toujours muni de quelques préceptes qui te permettent de comprendre les choses divines et humaines, et de tout faire, même pour les objets les plus ordinaires, en vue du lien étroit qui les enchaîne les uns aux autres ; car il n’est pas une affaire humaine qu’on réussisse à bien conduire, si on ne la rapporte point aux choses divines ; et réciproquement.

XIV

Cesse enfin de t’égarer ; tu n’as plus le temps de lire[54], ni tes mémoires personnels[55], ni les hauts faits des anciens Romains et des Grecs, ni ces extraits d’ouvrages choisis[56] que tu avais réservés pour charmer ta vieillesse. Ne tarde donc plus à en finir ; et, si tu as quelque souci de toi-même, laisse là les espérances vaines, et ne pense plus qu’à ton propre salut, tandis que tu peux encore y songer.

XV

On ne sait pas assez[57] toutes les nuances de significations diverses que peuvent recevoir des mots tels que : Voler, Semer, Acheter, Se Reposer, Voir ce qu’on doit faire ; car on ne voit pas ces nuances par les yeux du corps, mais par une vue toute différente.

XVI

Corps, âme, raison. Les sensations sont le fait du corps ; les passions se rapportent à l’âme, et les principes n’apparaissent qu’à la raison. Recevoir les impressions des phénomènes est aussi une faculté des brutes ; éprouver l’ébranlement nerveux que produisent les passions est à la portée des animaux sauvages, des hommes qui sont à moitié femmes, à la portée d’un Phalaris et d’un Néron[58] ; prendre en tout sa raison pour guide dans des devoirs purement extérieurs, ce peut être à la portée même des gens qui ne croiraient pas aux Dieux, qui trahissent leur patrie en péril, ou qui se livrent à la débauche quand ils ont une fois leurs portes fermées. Mais si toutes les autres facultés sont encore communes à ces êtres, outre celles que je viens de nommer, le caractère qui reste propre à l’homme de bien, c’est d’aimer du fond du cœur tout ce qui lui arrive[59] et le sort qui lui est tissu ; c’est de ne jamais souiller le génie intérieur qui réside en son âme[60], de ne le point laisser troubler par la foule confuse de ses idées, mais de se ménager toujours sa faveur en suivant humblement les lois de Dieu, en ne disant jamais un mot qui ne soit vrai, en ne faisant jamais un acte qui ne soit juste. Tous les hommes viendraient à nier que l’homme de bien vit ainsi avec simplicité, avec dignité, avec plein contentement, il ne s’irriterait aucunement contre eux ; et il ne se détournerait peut-être pas de cette route qui conduit au terme de la vie, où l’on doit arriver, pur, tranquille, prêt à quitter sa chaîne[61], et s’accommodant sans peine à la destinée qui nous est faite.

  1. Nous ne sommes jamais sûrs… C’est une autre abréviation de la vie, et comme une mort anticipée. Le conseil est juste comme tous ceux qui recommandent l’emploi le meilleur de la vie ; mais il n’est peut-être pas très-pratique, parce que les cas de démence sur la fin de l’existence sont assez rares, surtout parmi ceux qui ont vécu de l’esprit et beaucoup exercé leur intelligence.
  2. S’éconduire soi-même de la vie. C’est le suicide, permis par la sagesse stoïcienne et autorisé par de nombreux et illustres exemples dans le monde romain, avant l’Empire et sous la République. Le suicide se comprend d’autant moins dans la doctrine des Stoïciens, que le plus spécieux motif de s’éconduire de la vie serait la honte intolérable d’une faute commise, et que le sage, tel que le Portique essayait de le concevoir, ne peut pas commettre une faute de ce genre. Il peut se tromper ; mais il ne se déshonore jamais.
  3. Des motifs de se hâter. Ici se hâter ne signifie pas autre chose que de renoncer au plus vite à la vie des sens et de l’instinct pour se donner tout entier, dès qu’on le peut, à la vie de la sagesse et de la raison, conformément à la nature, comme disent les Stoïciens. Sénèque, dans l’Épître LVIII, à Lucilius, traite la même question et la résout aussi par l’affirmative : « Si le corps devient inutile à toutes sortes d’emplois, pourquoi ne pas délivrer l’âme qui souffre en sa compagnie, et de bonne heure, de peur qu’on ne le puisse plus faire quand il sera temps de le faire ? » À un autre point de vue, Bossuet a dit : « Se déterminer à mourir avec connaissance et par raison, malgré toute la disposition du corps qui s’oppose à ce dessein, marque un principe supérieur au corps ; et, parmi tous les animaux, l’homme est le seul où se trouve ce principe. » Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. V, § 97.
  4. D’autres considérations analogues. Les considérations qui suivent sont très-justes et très-délicates ; mais elles ne semblent pas se rattacher bien directement à celles qui précèdent. Il n’y a guère que la fin de ce paragraphe qui indique le rapport qui a pu s’établir dans la pensée de Marc-Aurèle, entre la vieillesse qui altère nos facultés, et les accidents fortuits qui altèrent les choses et leur communiquent une certaine grâce qu’elles n’auraient pas si elles restaient plus entières et plus complètes.
  5. Concluons donc. Idée profonde, qui est en parfait accord avec le système de l’optimisme.
  6. Les traits d’une vieille femme ou d’un vieillard. Ceci est très-vrai pour quelques physionomies, que le regard de l’observateur bienveillant rajeunit très-aisément, parce qu’elles sont restées jeunes et charmantes par leur expression.
  7. Pénétrer ces mystères… avec ses œuvres. Il semble que, pour bien marquer le lien entre ce paragraphe et le précédent, l’auteur aurait dû revenir à la pensée de la mort et à la décadence prématurée de notre esprit. — Sénèque a dit : « Admirer, étudier, méditer ces grands problèmes, n’est-ce pas franchir la sphère de sa mortalité et s’inscrire citoyen d’un monde meilleur ?… Je saurai du moins que tout est borné, quand j’aurai voulu mesurer Dieu. » Préface des Questions naturelles.
  8. Héraclite… l’embrasement du monde. Héraclite soutenait que le monde vient du feu et qu’il y retournerait en se dissolvant. Voir Diogène de Laërte, liv. IX, ch. i, § 7, édition de Firmin-Didot.
  9. Couvert de bouse de vache. Diogène de Laërte, loc. cit., § 3, raconte le même fait, et il ajoute que les médecins ne sachant que conseiller à Héraclite pour guérir son hydropisie, ce fut lui qui imagina ce remède. L’historien de la philosophie invoque les témoignages d’Hermippe et de Néanthès de Cyzique. Héraclite n’avait que soixante ans quand il mourut.
  10. La vermine a fait mourir Démocrite. Diogène de Laërte, liv. IX, ch. vii, § 43, prétend, d’après Hermippe, que Démocrite est mort à cent neuf ans, de vieillesse et sans la moindre douleur, comme le rapporte Hipparque. Diogène de Laërte cite deux quatrains qu’il avait faits lui-même sur la mort des deux philosophes.
  11. Une vermine d’une autre espèce. Le mot n’est pas trop dur, quand on pense aux accusateurs de Socrate. Mais, dans la bouche du philosophe, l’expression dépasse peut-être les convenances. Dans l’Évangile, le Christ emploie des expressions plus dures encore contre les Pharisiens. « Races de vipères, sépulcres blanchis ! »
  12. Rien au monde n’est vide des Dieux. Voir plus haut, liv. II, § 11, la même pensée.
  13. Le peu qui te reste de vie. Il semble que le conseil excellent qui est donné ici ne se rapporte qu’à une époque assez avancée de l’existence, et qu’on doit songer à soi plus qu’aux autres surtout quand on approche du terme. Mais ce conseil a, je crois, plus de portée que cette application restreinte ; et dans la jeunesse tout aussi bien que dans l’âge le plus mûr, on doit ne s’occuper que fort peu de ce que font les autres, si ce n’est quand il s’agit de l’intérêt général. Que de médisances, que de discordes, que de luttes, que de fautes même on éviterait en pratiquant cet utile précepte !
  14. Le principe directeur. La raison, l’intelligence.
  15. C’est de ne penser jamais… Plus haut, liv. I, § 3, Marc-Aurèle loue, parmi les vertus de sa mère, « l’habitude de s’abstenir, non pas seulement de faire le mal, mais même d’en concevoir jamais la pensée. » Le moyen de surveillance perpétuelle sur soi-même qu’il indique ici est très-pratique ; on est alors sur ses gardes comme une sentinelle vigilante, toujours prête à répondre à l’appel qui lui est fait.
  16. Le ministre et l’agent des Dieux. Quand l’homme fait le bien, il peut se dire sans orgueil qu’il est l’instrument de Dieu et en quelque sorte son coopérateur, dans la mesure où le comporte l’infirmité de notre nature finie.
  17. L’athlète de la plus noble des luttes. Belle et simple expression, dont l’idée est empruntée à la philosophie platonicienne. Socrate parle souvent du combat de la vie, le plus périlleux et le plus noble des combats, puisque nous y sommes placés sans cesse, entre le bien et le mal, la vertu et le vice.
  18. Qui trempe l’homme profondément dans la justice. Métaphore aussi juste que grande.
  19. De ce que dit un autre. Retour à la pensée principale de ce paragraphe.
  20. D’aimer tous les hommes en général. Voir plus haut, liv. II, § 1.
  21. Regarder uniquement à l’opinion de ceux… Ce sont les philosophes, c’est-à-dire ceux d’entre les hommes qui ont pu prendre la peine d’approfondir leurs pensées et de se rendre un compte sérieux des choses.
  22. Conformément à la nature. En d’autres termes, conformément à la raison et à l’ordre universel des choses, dont l’homme fait partie.
  23. Le moindre état de la louange de pareilles gens. L’idée n’est peut-être pas assez pratique pour tout le monde. Ce dédain peut convenir à un simple particulier plus qu’à un empereur, à un philosophe plus qu’au maître du monde. Il faut toujours dans certaines situations tenir compte de l’opinion publique ; et on ne peut la braver complètement que quand on est résolu, comme Socrate, à mettre sa vie en jeu, en y tenant aussi peu que lui. D’ailleurs on ne peut douter pour Marc-Aurèle que cet héroïsme n’eût été à son usage, si les circonstances l’eussent exigé. Il le dit dans le paragraphe suivant, et l’on ne peut le soupçonner d’une vaine ostentation. Il aurait agi comme il parle. — Sénèque a dit : « Dieu est près de vous ; il est avec vous ; il est au dedans de vous. Oui, mon cher Lucile, je vous dis qu’il réside au dedans de nous un Esprit saint, qui observe et qui garde comme un dépôt le bien et le mal que nous faisons ; il nous traite selon que nous l’avons traité. Sans ce Dieu, personne n’est homme de bien. » Épître xli, à Lucilius.
  24. Ni hauteur inabordable. Ces préceptes sont bien dignes d’estime quand on songe au poste que Marc-Aurèle occupait.
  25. Beaucoup de mots… beaucoup d’affaires. Cette opposition est encore plus marquée dans le texte.
  26. Le Dieu qui réside en toi. C’est notre raison, notre intelligence, qui est en nous, mais qui vient d’une source plus haute.
  27. Un Romain. Voir plus haut, liv. II, § V. Ce juste orgueil que ressent une âme aussi indépendante et aussi désintéressée que celle de l’Empereur philosophe, est de toutes les nations et de tous les temps. Mais chez aucun peuple, il n’a été porté aussi loin que chez les Romains. Il est encore dans toute son énergie à la fin du second siècle de notre ère, après toutes les merveilles de courage et de patriotisme qu’il avait fait accomplir depuis la fondation de Rome. C’est comme une religion, qui a aussi ses indomptables martyrs.
  28. L’appel de la trompette. L’expression grecque a cette force, bien qu’elle n’ait pas toute cette précision.
  29. Ni de prêter serment. Je crois que ceci continue la métaphore sous-entendue plutôt que formellement exprimée dans ce qui précède. L’homme de bien n’a pas besoin pour faire son devoir de prêter serment, comme on le demande aux soldats. Quelques traducteurs ont compris ce passage un peu différemment ; il signifierait selon eux que la parole d’un homme de bien suffit, à elle seule, sans qu’elle ait besoin d’être appuyée par un serment ou par le témoignage de personne.
  30. La justice, la vérité, la tempérance, le courage. Ce sont les quatre parties de la vertu dans la doctrine platonicienne.
  31. Tourne-toi de tout cœur vers ce trésor. Dans le Sermon sur la Montagne, le Christ dit : « Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur. » Saint Matthieu, ch. VI, § 21.
  32. Au génie qui siège au dedans de toi. Voir au paragraphe précédent. La Bible a dit : « Dieu fit l’homme à son image. » Sous une autre forme, le Stoïcisme a la même pensée et une idée aussi haute de la personne humaine.
  33. Comme le dit Socrate. Je ne saurais dire où se trouvent précisément des expressions semblables dans les dialogues de Platon ; mais la pensée s’y rencontre sans cesse ; et c’est elle qui fonde le spiritualisme platonicien.
  34. Ni les louanges de la foule… Fortes maximes d’une application bien difficile et bien rare.
  35. Qu’être animé. Nos sermonnaires du dix-septième siècle diraient : La bête ; et ils auraient raison. L’expression de Marc-Aurèle est moins dure.
  36. Pouvant jamais t’être utile. C’est le Platonisme et le Stoïcisme dans ce qu’ils ont de plus pur et de plus pratique.
  37. Le génie qu’il porte en lui. Voir les deux paragraphes précédents.
  38. Les solennels mystères de cette puissance intime. Ces expressions, quelque fortes qu’elles soient, ne le sont pas trop ; et c’est cette solennité mystérieuse de la vie intérieure qui explique les excès où le mysticisme se laisse emporter, même dans les âmes les mieux faites et les plus intelligentes. Elles cèdent malgré elles au charme irrésistible et infini. Marc-Aurèle prévient ces emportements d’égoïsme, en recommandant au philosophe de ne jamais oublier ce qu’il doit à la société dans laquelle il vit.
  39. Partir de la vie. De quelque façon que ce soit, même sous la forme de suicide, si la raison du sage stoïcien trouvait nécessaire cette résolution extrême. Bossuet a dit, à la fin du Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. V, § 14 : « Lorsque quelque vérité illustre nous apparaît et que, contemplant la nature, nous admirons la sagesse qui a tout fait dans un si bel ordre, nous goûtons un plaisir si pur que tout autre plaisir ne nous parait rien à comparaison. C’est ce plaisir qui a transporté les philosophes et qui leur a fait souhaiter que la nature n’eût donné aux hommes aucune des voluptés sensuelles, parce que ces voluptés troublent en nous le plaisir de goûter la vérité toute pure. »
  40. On ne trouverait rien. Se tenir toujours prêt à paraître devant Dieu, c’est un des préceptes les plus essentiels et les plus pratiques du Christianisme. La foi stoïcienne fait les mêmes recommandations.
  41. Le cas d’un tragédien. La métaphore n’a rien d’exagéré ; et c’est bien un rôle que chacun de nous vient accomplir sur la scène du monde. La seule différence, c’est que pour nous le rôle est sérieux, et qu’il est factice pour le comédien. Sénèque a dit : « Disposons donc notre esprit à prendre en gré tout ce qui arrivera, et surtout que la pensée de notre fin ne nous afflige pas. Il faut faire ses préparatifs pour la mort avant que de songer aux provisions pour la vie. » Épître LXI, à Lucilius.
  42. La nature, qui est ton souverain guide. En d’autres termes, c’est la Providence, qui éclaire l’homme par la raison et qui le guide.
  43. La circonspection la plus attentive. C’est la vigilance constante sur soi-même et la connaissance de ce qu’on est.
  44. La soumission aux Dieux. La sagesse chrétienne ne pourrait pas mieux dire. Sénèque a dit aussi : « C’est la nature, dis-tu, qui me donne tous ces biens. Ne vois-tu pas qu’en parlant ainsi tu ne fais que changer le nom de Dieu ? La nature est-elle autre chose que Dieu et la raison divine, incorporée au monde entier et à chacune de ses parties ? » Des Bienfaits, liv. IV, ch. VII.
  45. Le seul temps qu’on vive. Voir plus haut, liv. II, §§ 14 et 17. De cette pensée si juste sur l’inanité presque complète du temps accordé à l’homme, il faut rapprocher les Pensées de Pascal, dont le fonds est identique, si d’ailleurs l’expression en est plus sublime. Pascal insiste surtout sur les deux infinis de grandeur et de petitesse entre lesquels l’homme est placé ; mais il parle aussi des deux infinis de la durée. « Que chacun examine ses pensées ; il les trouvera toujours occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au temps présent ; et si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin ; le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais ; mais nous espérons vivre. » Pensées, article 3, § 6, édit. Havet. Cette préoccupation du passé et surtout de l’avenir est absolument nécessaire, puisque le présent, l’instant actuel, nous fuit sans cesse et que : « Le moment où je parle est déjà loin de moi. »
  46. Ce misérable coin de terre. Que serait-ce si, éclairé par les progrès de l’astronomie, comme Pascal pouvait l’être, Marc-Aurèle se fût écrié avec lui : « Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est ; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature, et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même à son juste prix ! » Pensées, article 1, § 1.
  47. Cette renommée elle-même. Tout ceci est vrai ; mais la réponse de Pascal ne l’est pas moins : « La vanité est si ancrée dans le cœur de l’homme qu’un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes mêmes en veulent. Et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit ; et ceux qui lisent veulent avoir la gloire de l’avoir lu ; et moi qui écris ceci, ai peut-être cette envie. » Pensées, article 2, § 3. Pascal donne d’ailleurs les plus fortes raisons de cette recherche instinctive de la gloire et de la renommée. C’est certainement un des liens les plus profonds et les plus puissants de la société.
  48. Ces pauvres hommes qui vont mourir dans un moment. Pascal a dit : « Notre durée vaine et chétive. » Pensées, article 2, § 7.
  49. Ce que c’est au juste. C’est là toute la question. Mais le conseil que donne Marc-Aurèle est excellent pour prévenir autant que possible les illusions et les écarts de l’imagination.
  50. Ceci vient de Dieu, fondement de l’optimisme et de la résignation du sage. Sénèque a dit : « Puisque le destin n’est que la succession des causes enchaînées l’une à l’autre, Dieu est la première de toutes les causes, d’où les autres découlent. » Des Bienfaits, liv. IV. ch. VII.
  51. Si, dans l’affaire qui t’occupe. Suite et répétition de ce qui précède.
  52. Le génie qui réside en toi. Voir plus haut, § 5 et 6.
  53. De même que les médecins. Comparaison énergique et fort juste. Les préceptes sont des remèdes salutaires qui préviennent les fautes, ou qui les amputent quand la volonté est assez forte pour appliquer énergiquement les conseils de la sagesse, quelque douloureux qu’ils soient.
  54. Tu n’as plus le temps de lire. Voir plus haut, liv. II, §§ 2 et 3, et aussi § 6.
  55. Tes mémoires personnels. Il s’agit peut-être du présent ouvrage ; mais il est plus probable qu’il s’agit des papiers et documents de toute sorte que l’Empereur devait avoir rassemblés, pour en tirer sans doute l’histoire de son règne.
  56. Ces extraits d’ouvrages choisis. On peut, par cet ouvrage même, le seul qu’ait laissé Marc-Aurèle, se faire une idée assez juste des morceaux qu’il avait dû choisir dans les ouvrages des philosophes grecs et romains.
  57. On ne sait pas assez. Cette réflexion ne tient point à ce qui précède, ni à ce qui suit ; isolée comme elle l’est, elle reste assez obscure. Il est peu probable que ce soit l’auteur lui-même qui l’ait mise en cette place.
  58. D’un Néron. Cette réprobation de Néron est remarquable dans la bouche d’un empereur ; et elle protestait à l’avance contre les essais de réhabilitation qui ont été tentés de nos jours.
  59. Tout ce qui lui arrive. C’est l’optimisme dans toute l’ardeur de la foi, et la soumission à la volonté de Dieu. Voir plus haut, liv. II, § 16.
  60. Le génie intérieur qui réside en son âme. Voir plus haut, liv. III, § 7.
  61. Pur, tranquille, prêt à quitter sa chaîne. Ce ne sont pas des paroles vaines et déclamatoires ; Marc-Aurèle a préparé sa propre fin comme il le recommande ici ; et il est mort avec la sérénité d’un sage, tout en ayant de tristes pressentiments de ce que serait son fils et son successeur, Commode. On peut voir dans Capitolin, ch. XXVIII, comment Marc-Aurèle a su mourir.