Philosophie de l’Anarchie/Développement de l’humanité

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P.-V. Stock (p. 174-214).


DÉVELOPPEMENT DE L’HUMANITÉ


Dans le présent, l’avenir est en germe : à l’époque où la terre, à l’état de vapeur brûlante, flottait dans l’espace, elle contenait déjà tous les éléments de sa future vie géologique.

Que de phases parcourues ! de millions d’années et de siècles qui s’effacent comme une lueur au tableau noir de l’éternité !

Arrière les cosmogonies primitives ! arrière les Védas, l’Iliade, la Bible ! voici l’épopée selon Darwin, le livre de la nature et de l’humanité.

Le globe de feu s’est refroidi, les vapeurs se sont condensées, l’astre lumineux est mort, une planète s’est formée, et les vagues de flamme deviennent les flots d’un océan sans bornes.

Dans les eaux profondes, s’élaborent des organismes. Quelle est cette gelée amorphe [1] qui tremble au soleil sur le rivage ? Eh ! doucement, cette matière que vous dédaignez, c’est la première ébauche des créatures vivantes qui, de modifications en modifications aboutiront à vous, ô homme orgueilleux ! là où commence le mouvement commence aussi la vie.

Des successives combinaisons de la matière incréée, surgiront peu à peu végétaux, zoophytes, poissons, reptiles, oiseaux, mammifères. La chaîne des êtres se ramifie, s’étend et se perfectionne. Humbles lichens des premiers âges ! vous êtes parents des superbes fougères et des palmiers de la période houillère, de nos chênes et de nos sapins. Ptérodactyles, ancêtres de nos chauves-souris ! ichtyosaures, vénérables pères de nos crocodiles ! singe, précurseur de l’homme !

Eh ! oui, en dépit de la Bible qui, considérant comme étrangères les unes aux autres toutes les parties de l’univers, admet à chaque instant l’intervention d’une force créatrice faisant quelque chose avec rien, tout se passe le plus simplement du monde : tout se transforme et rien ne se crée parce que rien ne se détruit, — la mort n’est que le point de départ d’une forme nouvelle. De l’homme au ciron, du rocher à la fleur, de l’Océan au nuage, toutes les parties de l’éternelle matière se relient, sont solidaires les unes des autres.

Partout et toujours contre la force d’inertie, — force de réaction, — agit la force de mouvement, — force de progrès. Au moral, à l’intellectuel, au physiologique, comme au physique, — car, au fond tous ces mondes n’en font qu’un seul, dominé par les mêmes lois, — le même combat se livre. La réaction, c’est le sol refusant à l’arbre sa sève, l’écorce emprisonnant le bourgeon, l’animal subissant son sort avec résignation, l’homme cherchant des modèles dans le passé. Le progrès, c’est la vie circulant partout, se communiquant du sol à la plante, faisant jaillir des vieilles prisons rompues les germinations nouvelles, aiguillonnant la créature organisée et lui donnant de nouvelles armes pour le combat de la vie ; c’est l’homme rejetant bien loin son restant d’animalité et, sans rougir de son origine, cherchant l’idéal dans la négation du passé.

Dans sa marche ascendante, le progrès décrit une immense spirale ; à chaque instant, des obstacles semblent devoir le ramener à son point de départ ; mais, après ces reculs, il acquiert une nouvelle impulsion grâce à laquelle il renverse tout ce qui semblait devoir l’enrayer.

Derniers venus et, par cela même, les plus élevés dans l’échelle des êtres, les anthropoïdes [2] ont essaimé : leur progéniture couvre toute la partie centrale de l’ancien continent. Des rivages de l’Océan Indien, des plateaux de l’Iran et du Thibet, des familles se mettent en marche dans tous les sens, et, à chaque étape de l’émigration, les sédentaires se fixent, le climat, la nourriture, les habitudes les différencient, chaque variété animale devient la souche de plusieurs variétés humaines.

En s’éloignant des forêts, les quadrumanes sont devenus peu à peu des bimanes, leur torse s’est redressé, ils marchent à demi-courbés, les genoux infléchis. Les nuits sont fraîches dans la vallée, ils s’abritent sous des monceaux de branches, ébauche de la cabane humaine. Les vivres sont rares sur la montagne, et les montagnards deviennent industrieux, chasseurs, carnivores et cannibales.

L’Inde, cette terre antique entre toutes, a conservé le souvenir de la parenté homo-simienne. Dans ses villes et dans ses temples, les singes sont accueillis comme des frères et vénérés comme des ancêtres. Et le plus grand poème de l’Inde, le Ramayanâ, consacre dans l’embrassade de Rama et du singe Hanouman l’universel lien de tous les êtres vivants.

Avec le langage articulé, l’humanité s’est élaborée. Quel est cet être noir et velu, couchant dans les cavernes et affrontant les fauves une hache de pierre à la main ? C’est l’homme préhistorique, sauvage au crâne déprimé et aux mâchoires épaisses, qui dévore crue et sanglante la chair de ceux de son espèce. C’est le règne de la violence et de la force aveugle.

La loi du combat pour la vie crée des luttes incessantes : malheur à ceux qui s’endorment ! l’adversaire, fauve ou homme, est là qui les guette. Le premier art de l’humanité naissante est l’art de faire des flèches et des haches de silex.

Un commencement de vie sociale s’ébauche : les familles se groupent, deviennent tribus, les fonctions se différencient : au mâle la guerre et la chasse, à sa compagne les soins de l’intérieur ; l’esclavage, — domestication de l’homme plus profitable que celle des animaux, — remplace le carnage et l’anthropophagie : l’exploitation humaine commence.

Avec la main-d’œuvre de l’esclavage, la culture reçoit une impulsion, le commerce se propage. La bête humaine de l’âge paléolithique [3] a disparu ; des Callots inconnus gravent sur leurs instruments de corne l’image des mammouths et des rennes.

Les habitudes sont devenues des lois et les lois, partout, consacrent l’empire de la force ; la femme sera la propriété de son mari parce qu’elle est plus faible que lui ; la même disposition subsiste chez les sauvages australiens et dans le droit romain qui nous régit encore.

La plupart des lois sont la consécration de vieilles habitudes : les habitudes du passé ne peuvent convenir à l’avenir : donc plus de lois.

Cette brute, qui nous lègue des lois, se crée et nous crée aussi une religion. Ignorant la physique comme tout le reste, elle invente un dieu par peur du tonnerre. Et des intrigants, des astucieux, des poètes font parler ce dieu, s’en emparent pour créer leur domination : origine des castes. La première idée métaphysique fut la destruction de l’égalité humaine.

Cela est si vrai que tous les grands mouvements sociaux donnant des résultats émancipateurs se matérialisent de plus en plus. Le bouddhisme et le christianisme, populaires à leur origine, se stérilisent au contact des théologiens. L’islamisme, mêlant aux élucubrations religieuses un matérialisme sensuel, soulève tout l’ancien monde et refoule le christianisme. Plus hardi que Wicleff, Jean Huss et Ziska, le chef de paysans Munzer parle tout haut d’égalité et de communisme ; complétée par lui, la Réforme est la révolution des cerveaux contre le dogme et des pauvres serfs contre les riches évêques. La révolution anglaise est la dernière où l’idée religieuse joue un rôle important ; 89 est un mouvement purement politique conduit par la société civile agissant pour son propre compte. Et, aujourd’hui plus que jamais, les nuages de la métaphysique se dissipent : la révolution sociale sera celle des estomacs vides contre les estomacs pleins.

Depuis sa naissance, l’humanité est en révolte contre elle-même, et c’est cette perpétuelle révolte qui est le plus grand facteur du progrès, — progrès chèrement acheté mais enfin progrès ! Tous ces soulèvements, ces guerres fusionnent les peuples, rompent les barrières derrière lesquelles se retranchaient les vieilles races. Mis violemment en contact, Aryas, Touraniens, Sémites, Chamites, Négritos entrent mélangés dans le grand tourbillon qui emporte l’humanité.

Après le heurt brutal, le repos se rétablit peu à peu, les forces tendent à s’équilibrer jusqu’à ce qu’une force nouvelle survienne qui changera l’ordre de choses. Dans l’Asie, fourmilière de peuples et berceau des religions, des castes naissent des races superposées : soudras et vaycias, descendants des vaincus, vous travaillerez pour entretenir dans leur superbe abondance les brahmanes et les kchatryas. Des despotes, bientôt divinisés, ont conquis vos ancêtres, il vous faut porter le joug en attendant que, dans des siècles et des siècles, le démocrate Bouddha tente d’émanciper vos descendants.

Mais, pendant que les Indiens adorent autant de dieux qu’ils eurent de tyrans, que les Perses vénèrent le soleil et les Chinois leurs dragons ; pendant que les pasteurs de Chaldée et d’Égypte fondent l’astronomie, que des Phéniciens affrontent la pleine mer pour se procurer non plus des armes de pierre mais des métaux, et que les conquérants de Ninive et d’Assur étayent sur d’épouvantables holocaustes leur puissance de rois-dieux ; pendant que des hordes de barbares mugissent aux portes du jeune monde, un peuple divinise la nature. Hardis, riants et mobiles comme les flots de cette Méditerranée au bord de laquelle ils viennent s’asseoir, les Grecs, race vivifiée par des éléments étrangers, échappent à l’atmosphère de servitude qu’on respire partout. En place de ces énormes divinités monolithiques qui attristent et qui écrasent, ils mettent des arbres, des ruisseaux, des fleurs ; les dieux que, par une aberration commune à toute l’antiquité, ils se donnent, ont, au moins, forme humaine et l’œil, fatigué par les blocs assyriens, par les monstrueuses Trimourtis indiennes aux milliers de bras et de têtes, se repose sur la Vénus de Milo et l’Apollon de Praxitèle.

À une époque où tout était barbarie ou monocratie, les Grecs firent entendre cette parole qui les rendit le premier peuple de l’antiquité : « Liberté. »

Dans la pratique, ce furent des marchands astucieux et pillards, plus jaloux de leur indépendance que respectueux de celle de leurs voisins, entretenant d’ailleurs soigneusement cette plaie que leur avaient léguée leurs pères de l’âge préhistorique : l’esclavage. Mais ils favorisèrent l’éclosion de la pensée, vivifièrent l’art en le popularisant et, à l’encontre des Latins centralisateurs, s’inspirèrent souvent de cette idée qui, mieux comprise, deviendra le mot d’ordre de l’avenir : Autonomie, Fédération. Enfin, plusieurs de leurs philosophes [4] entrevirent, sous une forme peu séduisante, il est vrai, cette solidarisation des intérêts humains : le communisme.

Le communisme s’ébauche surtout chez les barbares du nord. Le mark germanique et le clan celtique sont la forme rudimentaire d’association que nous retrouvons aujourd’hui dans le mir russe : groupement de familles apparentées, possédant en commun les terres en friche, forêts, marais, pacages et répartissant périodiquement entre elles les terres arables. La propriété n’est plus accaparée par un seul maître comme chez les patriarches sémites et les chefs de famille latins : elle est accessible à tous. Pas de malheureux réduits au désespoir par des créanciers impitoyables comme Rome : la bonne et la mauvaise fortune se font ressentir pour tous. Que la récolte soit abondante et tous sont en liesse ; qu’une irruption de la mer détruise les champs et les voici tous en route, familles, clans, tribus, entraînant des flots de barbares sur les fertiles pays du midi.

Cependant, la conquête romaine met en communication toutes ces races. La fusion de tant d’éléments divers se prépare mais elle portera un coup terrible au vieux monde. L’art grec et le luxe asiatique ont tué la simplicité primitive des Latins ; l’avidité des marchands carthaginois s’est communiquée aux enfants de Romulus. Mais voici venir le véritable ennemi, ennemi d’autant plus dangereux qu’il a débuté inaperçu. Drainant tous les espoirs de révolte, toutes les aspirations confuses, toutes les amertumes philosophiques, le christianisme passe d’Orient en Europe. Il appartenait à cette forte race juive qui avait réalisé la centralisation des dieux en un seul et qui devait, dix-huit siècles plus tard, réaliser celle des capitaux, d’abattre la puissance de Rome, cette centralisatrice politique par excellence. Prêcheurs nazaréens et disciples de Platon se coalisent contre les anciennes divinités.

En deux siècles, le christianisme s’est infiltré en Afrique, en Grèce, et Italie et a poussé des racines en Gaule. Le peuple immense des esclaves, qui avait cherché en vain son affranchissement dans la révolte, en Italie avec Spartacus, en Sicile avec Eunus et Athénion, tressaille. Ah ! que leur importent, à ceux-là, les subtilités théologiques ! les prêcheurs d’Évangile leur crient : « Égalité ! » donc Liberté ! Allons, tous debout ! et les Bagaudes chrétiens se soulèvent avec Ælianus et Amandus. Mais, que veut dire ceci ? d’autres chrétiens marchent contre eux avec César Maximien ; Maurice, Victor, Candide, Exupère et tous ceux de la légion thébéenne sont là pour les combattre ? Eh ! oui, les grands chefs du christianisme ont baisé les genoux de César, l’assurant qu’ils ne voulaient en rien compromettre son autorité : leur royaume n’est pas de ce monde. Éternelle lâcheté des novateurs qui n’osent pas aller jusqu’au bout dans la voie de la révolte ! lâcheté qui n’empêchera pas César de faire mettre à mort ces soldats chrétiens dont il se défie et qui tendent le cou docilement. Robespierre le mystique devait, lui aussi, tendre le cou en place de Révolution quinze cents ans plus tard, après avoir immolé à ses meurtriers les meilleurs amis du peuple.

Le christianisme a déjà jeté son cri désolant : « Résignation ! » cri funèbre qui retentira dans toute la nuit du moyen-âge et courbera les déshérités jusqu’au jour où une autre voix, celle de la conscience humaine, leur criera : « Révolte ! » Trahissant l’espoir des masses opprimées, il s’allie aux Césars, persécuteurs de la veille, fait la courbette aux Barbares, dominateurs de demain.

Cette rencontre du christianisme et des barbares fut un des plus grands événements historiques. Sans le christianisme, les Barbares eussent trouvé l’empire romain plus compact, plus apte à se défendre ; sans les Barbares, le christianisme, diversement interprété par les philosophes, déjà sophistiqué par la foule des docteurs et des évêques, eût périclité ou végété modestement jusqu’au jour où sa fusion avec le paganisme se serait accomplie. Mais voici que tout un monde de sauvages ignorants et crédules se précipite sur l’Europe. Et, à mesure que le danger s’approche, les Césars de baisser le ton ; les évêques chrétiens de jouer double jeu, comprenant qu’entre les deux parties, Romains et Barbares, ils auront le rôle d’arbitres, c’est-à-dire de maîtres. Et les voilà, zélés défenseurs de l’empire avec les empereurs, zélés convertisseurs avec les Barbares.

Ils arrivèrent à leurs fins : ils éliminèrent d’abord le César, poussant l’imbécile Constantin dans Byzance et s’installant solidement à Rome. Puis, ils s’attachèrent à diviser [5] politiquement les Barbares ; les ayant divisés, ils les annulèrent et fondèrent leur royaume temporel, royaume suzerain de tous les autres.

Les deux plus grands mouvements sociaux de l’antiquité, le bouddhisme et le christianisme, commencés par la révolte, continués par la philosophie, s’étaient terminés en autocratie. Mais, moins humains que les prêtres asiatiques, les pontifes romains firent peser sur l’Europe la plus détestable des tyrannies, celle des consciences.

Au milieu de tous ces événements, l’esclavage ne s’était qu’insensiblement modifié. Placés entre leurs maîtres dégénérés et les hordes barbares, les esclaves, qui étaient le nombre, eussent pu, avec un peu de vigueur, écraser complètement les premiers et arrêter les seconds ou tout au moins traiter avec eux. Moment solennel dans l’histoire et qui semble se représenter à cette heure où, entre le vieux monde latin et le monde germain, prêts à s’exterminer, se dresse le socialisme international ! Mais l’esclavage avait avachi cette multitude et, plus que l’esclavage, le christianisme, parlant sans cesse de soumission et d’humilité lui avait ôté tout ressort. Elle subit presque sans résistance le joug des conquérants. Une hideuse fusion de la barbarie gothique et de la pourriture romaine se fit dans les ténèbres du moyen-âge et, sur toute cette nuit, l’Église étendit son règne.

De l’Océan Indien à l’Océan Atlantique, toute cette grande race aryenne initiatrice du progrès humain, halète sous le talon du prêtre. Où donc s’est réfugiée la vie ? Peut-être dans ce mystérieux continent entrevu par Platon sous le nom d’Atlantide, que les Islandais découvriront au xe siècle [6] pour l’abandonner bientôt et que Colomb mettra au jour en 1492 : l’Amérique. Moins barbares que les hommes du vieux monde, les Peaux-Rouges vivent libres par tribus, se fédèrent et n’adorent que la nature. Des races intelligentes et fortes s’établissent au Mexique, au Pérou, y créent des villes, y font fleurir la civilisation, une civilisation qui n’est pas mercantile et qui coûte peu de sang. Aztèques, Mayas, Incas, hâtez-vous de vivre votre vie libre : les jours de deuil ne sont pas loin.

Car le vieux monde se remue. Le christianisme est attaqué : Mahomet a entrepris la fusion des croyances [7] ; ses disciples conquièrent l’Arabie, la Perse, l’Asie mineure, partie de l’Inde et de la Chine, tout le nord de l’Afrique et passent en Europe. Les deux religions sont aux prises. Et, pendant que, de l’Orient, il arrive toujours des fanatiques, du nord, il descend toujours des Barbares [8]. Foulés par les prêtres, par les conquérants de toutes races, les serfs, esclaves des champs, se révoltent enfin et, en France, en Germanie, dans les Flandres, les châteaux brûlent. Les habitants des cités suivent l’exemple, ils se révoltent aussi et proclament la commune. Sera-ce la délivrance ? Non, car la révolte, pour être féconde, doit être consciente et la foi a tué toute intelligence. Que d’efforts et de sang il faudra encore pour arracher aux tyrans une reconnaissance platonique des droits de l’être humain ! Mordue par les Pastoureaux, les Jacques, les bourgeois, les montagnards suisses, la féodalité a toujours bonne griffe et bonne dent. À Lyon, à Londres, à Rome, en plein cœur du catholicisme, jusqu’à la fin du xiiie siècle, on vend des hommes, sous l’œil bienveillant des chefs de l’Église qui, plus que jamais, prêchent soumission et résignation. Et bientôt, l’esclavage ne suffit plus : la viande humaine rôtit sur les bûchers.

Quel plus puissant argument à jeter à ceux qui nient l’origine animale de l’homme pour en faire un dieu déchu, que ces mutilations barbares infligées à la chair : hommes châtrés, hommes brûlés, hommes roués ! Dans les yeux des mystiques disciples de Saint-Dominique, brille la volupté du tigre qui entend craquer les os et gicler le sang. La différence est-elle plus grande du cerveau de l’anthropoïde à celui de l’homme primitif que de Torquemada à Darwin ?

L’humanité va-t-elle croupir dans son abaissement ? Va-t-elle retourner à l’animalité ? Non, car après Schwarz qui invente la poudre, Gutenberg invente l’imprimerie et Colomb découvre l’Amérique. Les idées longtemps comprimées jaillissent, des sciences inconnues s’ébauchent et, pendant que la vieille scolastique chancelle sur ses bases, des novateurs attaquent l’omnipotence du pape. Au nom de l’Évangile ? Eh ! qu’importe ! l’esprit d’examen, de critique se révèle enfin. Aujourd’hui niant le pape, demain il niera le roi et il niera Dieu.

Comme toujours, hélas ! les penseurs et les héros sont minorité. Combien de Sigismond pour un Ziska, de Borgia pour un Rabelais ! Au prix de flots de sang, de minuscules libertés sont conquises par les bourgeois des villes, mais un despotisme n’est-il destiné à disparaître que pour être remplacé par un autre ? Dans l’air vicié, on ne respire qu’oppression : pontifes, seigneurs, rois, marchands, qui se succèdent, se gonflent d’or et de pourpre aux dépens de la masse.

La masse, jadis esclave, aujourd’hui serve, différence de mots qui n’est qu’apparente [9], il faudra encore près de trois siècles pour lui donner l’émancipation… réelle ? non, nominale. À la fin du dix-septième siècle, les paysans sont encore des animaux noirâtres, maigres et velus, déchirant le sol avec leurs mains pour se nourrir de racines [10]. Et, si des pinceaux italiens et flamands multiplient des chefs-d’œuvre, si des philosophes, laissant la scolastique aux moines, créent la science par l’observation, si des écrivains expriment la pensée dans une langue claire et brillante, la masse, elle, n’a point part à tout cela.

Le coup de tonnerre de 89-92 ne résout rien pour elle. Chassés les seigneurs, arrivent les bourgeois : la domination par l’hérédité fait place à la domination par les écus, c’est-à-dire à la fraude, à l’exploitation lâche. Comme au temps des Bagaudes, comme au temps des Jacques, un peuple innombrable travaille et souffre pour entretenir dans l’abondance une poignée de parasites. Certes, des patriciens ne jettent plus en pâture aux poissons de leurs viviers des hommes vivants [11] ; des seigneurs n’attellent plus leurs vassaux à la charrue, — c’est un progrès dont peuvent jouir les philanthropes. L’ergastule n’est plus, ni le donjon féodal ; mais, en place, se dressent le bagne, l’usine et le lupanar où s’entassent les êtres que la misère a marqués de sa griffe. La loi impersonnelle, majestueuse, souveraine partout, vulnérable nulle part, a remplacé la religion à laquelle on ne croit plus, et, comme elle, crie : « Soumission ! »

Soumission ! ah ! non ! révolte ! révolte tant qu’un homme sera chair à canon ! révolte tant qu’une femme sera chair à plaisir ! Par la révolte contre le dogme, le croyant s’est fait penseur ; par la révolte contre l’autorité, le citoyen achèvera de se faire homme. Pourquoi donc les peuples, qui ont conquis le droit de penser, ne conquerraient-ils pas le droit de vivre ?

L’Europe et l’Amérique possèdent environ trois fois plus de produits agricoles et industriels que leurs habitants n’en pourraient consommer et partout la misère chasse les travailleurs des champs dans les villes et des villes dans les pays inconnus où, sous un mirage parfois brillant, les attendent de nouvelles déceptions. L’Asie renferme d’incalculables richesses qui se perdent faute de débouchés ou sont accaparées par un petit nombre de privilégiés, tandis que, chaque année, des millions d’êtres humains se débattent dans les tortures de la faim.

Seule, la prise de possession des forces productrices et, avant tout, du sol, cette source primitive de toutes les richesses, donnera à l’humanité le bien-être, le développement physique de l’espèce, raffinement intellectuel, l’urbanité de mœurs.

Le bien-être et la liberté avaient fait des anciens Grecs une des races les mieux douées. Que l’on compare au Turc abruti par le despotisme l’Arabe indépendant, aux formes affinées, à l’esprit ouvert, propre à la fois à la poésie et au calcul.

Les sauvages communistes de Taïti et de la plupart des îles océaniennes étaient doux et hospitaliers ; les habitants de la Terre de Feu, misérables et affamés, sont farouches. Transporté sur le radeau de la Méduse, le meilleur homme du monde, au bout de six jours, optera entre le suicide ou l’anthropophagie.

L’homme, on ne saurait se lasser de le répéter, est ce qu’en fait l’ambiant dans lequel il vit : goîtreux dans un pays de marais, sauvage au milieu des forêts, rêveur au bord de l’Océan.

Des différences profondes distinguent les races. Chez les septentrionaux, le caractère a quelque chose de la gravité de la nature hyperboréenne ; chez les montagnards suisses et écossais, il reflète la sérénité des lacs et des glaciers. Chez les peuples du midi, où l’air pur enivre comme une liqueur, la respiration est intense, fréquente ; l’homme absorbe la vie qui l’entoure, tend à se confondre avec la nature : aussi, est-il moins lui-même, plus mobile, plus impressionnable. De sa bouche grande ouverte, la parole s’échappe spontanément ; il devient plus loquace que l’homme du Nord qui, dans son atmosphère de brume, en face de ses paysages monotones, desserre à peine les dents pour laisser pénétrer dans ses poumons un peu d’air glacé.

Peu à peu, toutes ces différences s’atténueront : par la science, par les relations internationales, par la diffusion des idées, notre globe est en train de s’unifier. Jusqu’à ce jour, un grand obstacle au progrès a été la difficulté pour les peuples d’échanger leurs idées. Frappés de cet inconvénient, certains savants se sont arrêtés à l’idée chimérique de ressusciter une langue morte ; d’autres, poussés par l’orgueil national, luttent pour imposer au reste de l’humanité l’idiome de leur patrie ; quelques-uns, plus logiques, se sont arrêtés à l’idée de créer ce parler universel en y faisant entrer les racines des principales langues européennes, [12] invention qui, en dépit des railleries, pourra rendre d’inappréciables services mais qui, selon toute vraisemblance, demeurera toujours peu accessible aux masses. Or, pendant ce temps, s’ébauchaient trois dialectes appelés à jouer un grand rôle dans les transactions internationales et dont le développement nous montre ce que sera un jour la langue universelle.

Le sabir [13], mélange d’arabe, de français, d’espagnol, d’italien et de maltais, se parle sur toute la côte septentrionale de l’Afrique. Le pidgeon-english [14], mélange d’anglais, de portugais et de chinois, permet aux races indigènes et étrangères de communiquer entre elles d’un bout à l’autre du littoral sud de l’Asie. Le bichelamare [15], composé de mots français, anglais, espagnols, portugais et canaques, est destiné à régner définitivement sur toute l’Océanie.

Nés au contact de peuples différents, ces idiomes forment dans les pays où ils sont parlés la langue démocratique et internationale en opposition à la langue officielle des fonctionnaires. Qui sait s’ils ne sont pas destinés à se rencontrer et à fusionner pour devenir, pendant de longues années le vrai parler maritime de l’Afrique occidentale aux côtes du Pacifique ?

D’importants mouvements ethniques sont à prévoir avant peu ; la grande poussée libératrice qui se produira en Europe, à la fin de ce siècle, très vraisemblablement, jetant bas gouvernants et frontières, aura des répercussions profondes dans les autres parties du monde : souverains protégés, ambassadeurs, résidents, toute la kyrielle des parasites européens, disparaîtront, laissant, en maintes contrées, les populations, redevenues autonomes élaborer elles-mêmes les formes de leur vie sociale.

Les grands travaux exécutés à la surface de notre planète auront pour résultat d’en modifier considérablement l’aspect, les productions et même les climats. Le simple percement de l’isthme de Suez a, par l’évaporation de la mer, amené des nuages et, par suite, des pluies dans une région où, auparavant, il ne tombait pas une goutte d’eau. La dérivation des glaces qui, pendant six mois de l’année, obstruent l’embouchure du Saint-Laurent, mise plusieurs fois à l’ordre du jour, aura pour effet d’augmenter la température sur un parcours de plusieurs centaines de mille. Qui peut dire que le courant chaud du Gulf Stream ne servira pas à revivifier les côtes de l’hémisphère boréal, tandis que la création d’une mer intérieure au Sahara tempérait les chaleurs de l’Afrique centrale ? Le problème de la direction des aérostats, sinon résolu du moins bien près de l’être, réduira les explorations, aujourd’hui encore si périlleuses, à de simples promenades.

De la fusion de tous les peuples, sortira vraisemblablement, dans un nombre de siècles qu’on ne peut déterminer, une race unifiée, résumant les principaux caractères de celles qui auront servi à la constituer. Cette race, qui sera la race humaine tout simplement, différera de nous plus encore que nous ne différons de nos sauvages ancêtres de l’âge de pierre. Nul ne peut assigner des limites au progrès ; qui dit que l’humanité n’acquerra pas de nouveaux sens ?

Bien plus, on peut se demander si, dès maintenant, un sixième sens n’est pas en germe, tout au moins dans les cerveaux les plus affinés. Qu’est-ce que cette faculté de transmettre ou de recevoir la pensée sans le secours d’agents extérieurs, cette sorte de télégraphie sans fils, tour à tour exagérée par les simples, exploitée par les charlatans, raillée par les sceptiques, niée par les pontifes de la science sous le nom de magnétisme, admise aujourd’hui de tous sous le nom d’hypnotisme ? On rit du pressentiment, on admet l’intuition : jusqu’à quel point, cependant, l’intuition diffère-t-elle du pressentiment [16] ?

Tout en se défiant du merveilleux autant que des préjugés, n’est-on pas en droit d’avancer que le cerveau humain, qui se développe de plus en plus, tend à s’adapter à de nouvelles fonctions.

Nos cinq sens ne se résument-ils pas en un seul dont les autres sont dérivés : le toucher ? Qu’est-ce que la vue ? sinon le toucher par notre rétine des ondes lumineuses ; l’ouïe ? sinon le toucher par notre tympan des ondes sonores, le goût sinon le toucher par les papilles de la langue, l’odorat ? sinon le toucher par la membrane pituitaire ; — impressions transmises au cerveau par le toucher de la matière nerveuse. Aux premiers organismes, aux êtres qui occupent le bas de l’échelle zoologique, il n’a été dévolu que ce sens unique ; c’est encore celui qui s’éveille le premier chez l’enfant nouveau né.

Le progrès continue sa marche : nous voyons les races encore éparses qui composent notre humanité marcher d’un pas lent mais sûr à leur fusion et à la prise de possession du globe. Dans la vieille Europe, le groupement des peuples en trois ou quatre faisceaux distincts : latin, germain, slave et peut-être gréco-danubien, ne précédera que de peu la fédération de ces peuples aujourd’hui rivaux.

L’Amérique est mûre, peut-être plus que nous pour sa révolution sociale. Tandis que les expériences de colonisation socialiste, tentés sur divers points [17], répandent des idées et mieux que des idées, des exemples, l’arrivée d’une foule d’immigrants latins et saxons, introduit aux États-Unis et à la Plata des éléments intelligents et énergiques. La vie des forêts et des pampas développe les mœurs indépendantes ; la révolution trouvera en Amérique ses soldats les plus résolus.

Émancipés politiquement et économiquement, ces régions, dont la population dépassera alors 150 millions d’habitants, acquerront au commencement du siècle prochain une importance prédominante. Très probablement la civilisation humaine y aura son principal foyer, les nations momentanément épuisées de l’Europe étant appelées à jouer par rapport à la jeune Amérique le rôle que, par rapport à elles-mêmes, jouent les peuples de l’Asie.

Et cependant l’Asie, n’est pas morte : elle n’est qu’endormie. Ce grand réservoir de races qui a lancé successivement sur le vieux monde les Scythes, les Arabes, les Mongols et les Turcs, tient encore en réserve 500 millions d’êtres humains entassés dans la Chine, l’Indo-Chine et le Japon. Il y a là une éventualité redoutable. L’invasion de la race jaune, pour ne pas s’exercer violemment, n’en constitue pas moins un péril et si, d’ici à la fin de ce siècle, les travailleurs n’avaient repris à leurs maîtres le sol et les instruments de production pour les exploiter eux-mêmes, ils se trouveraient dépossédés de leurs maigres salaires et acculés au suicide par l’arrivée d’ouvriers chinois [18]. Contre ceux-là, la résistance est impossible : une écuelle de riz et une pincée de thé, coût total 25 centimes par jour, voilà pour leur nourriture. Pour logement, un taudis où l’on s’entasse à quinze ou vingt. Pas de superfluités : théâtre, café, livres, journaux et… pas de femmes, ils se suffisent. Pour les plus raffinés, une pipe de cet opium qui empoisonne l’individu et atrophie la race.

Contre ce danger, quel est le remède !

Prohiber l’immigration chinoise qui, après l’Amérique et l’Australie, menace l’Europe ? Outre que ce palliatif est barbare, jamais les gouvernements capitalistes ne voudront perdre une belle occasion d’écraser le prolétariat, car les envahisseurs jaunes pourront servir, non seulement à peiner dans les usines, mais aussi à fusiller le peuple. Carthage, dans l’antiquité et les républiques de marchands, au moyen-âge, n’avaient-elles pas des mercenaires plus redoutables à la plèbe insoumise qu’aux ennemis du dehors ?

Les États-Unis ont essayé de la prohibition ; n’empêche que les États de l’ouest pullulent de Chinois ; nul doute, d’ailleurs, que les richissimes bourgeois qui composent le gouvernement de l’union ne prendront à un moment donné, prétexte des grèves ouvrières pour rapporter le décret.

Le remède souverain, le seul, est dans la révolution sociale. Quand les travailleurs auront exproprié leurs patrons, ils n’auront plus à craindre la concurrence des ouvriers chinois.

« Mais, pourra-t-on dire, une fois la révolution accomplie, le contact d’une race façonnée à la servitude, ayant des mœurs et une civilisation aussi différentes des nôtres, cessera-t-il de constituer un danger ? Ne sera-t-on pas obligé d’en venir à des guerres d’extermination, de recommencer l’éternel duel de l’Europe et de l’Asie ? »

Le danger existera encore ; seulement plus facile à conjurer : l’Orient barbare trouverait pour lui résister l’Europe unie et unie précisément par la destruction des patries qui la divisent en une vingtaine de nations ennemies les unes des autres. En outre, la race jaune, sortie de sa longue léthargie, commence actuellement l’apprentissage de la civilisation. Ces ouvriers chinois, qui font aux ouvriers européens et américains une si rude concurrence, subissent et rapportent chez eux quelques idées de progrès. Les voyages, les relations internationales sont autrement efficaces que les conquêtes qui dépravent vainqueurs et vaincus.

À l’est de la Chine, se trouve un peuple de même race, les Japonais, mais jeune, vigoureux, plein de sève, doué d’affinité pour les mœurs européennes [19]. Les Japonais qui sont en quelque sorte les Français de l’Extrême-Orient, contribueront à désinfecter la vieille Asie de ses religions et de ses autocraties.

Car, il n’y a pas à s’y tromper, ce n’est que par une propagande incessante, une croisade pacifique que l’on pourra se délivrer définitivement du péril chinois en poussant la race jaune à s’affranchir. Une guerre d’extermination serait fatale aux Européens, même vainqueurs ; elle nécessiterait la reconstitution d’armées permanentes et de tout l’attirail de l’État bourgeois ; au prix de flots de sang, les Asiatiques pourraient être matés, mais alors la race blanche formerait tout entière une nouvelle bourgeoisie opprimant un immense prolétariat, car c’est ainsi, par la conquête, que naissent les castes et les révoltes. Et ce serait condamner l’humanité à de nouvelles luttes.

Outre la propagande, moyen moral, il existe une autre manière de parer à l’invasion de la race chinoise ou, du moins, de la retarder jusqu’au moment où cette race, émancipée, cessera d’être dangereuse, c’est de la faire dévier sur l’Afrique [20].

Ce continent, merveilleusement fertile, trois fois plus étendu que l’Europe et trois fois moins peuplé, contient des richesses prêtes à être exploitées. Une immigration chinoise, consciencieusement entreprise, favorisée non plus par d’ignobles trafiquants mais par des groupements sérieux et honnêtes, pénétrés d’une haute idée de civilisation, stimulerait l’activité des populations nègres et, multipliant la main d’œuvre, porterait le coup mortel à l’esclavage. Le sang ardent des Africains revivifierait la race asiatique.

Nul doute que, pendant longtemps encore, l’initiative et la direction des grands mouvements sociaux, direction non plus égoïste, non plus autoritaire, mais morale, mais fraternelle, resteront aux Ariens, représentés surtout par les éléments latins, saxons et slaves. Deux ou trois siècles de relations et de croisements sont nécessaires pour amener des races que nous n’avons pas le droit d’assassiner, à se fondre sans péril dans l’unique race humaine.

Libre, désormais, pacifiée et unie, l’humanité poursuivra sa marche vers le progrès sans limites, comme pour justifier cette fière parole d’un philosophe : « Les hommes descendent des animaux et doivent devenir des dieux. »








  1. Le Bathybius, considéré comme la forme primitive et la plus rudimentaire de la matière animée. C’est une masse gélatineuse de dimensions extrêmement variables. On l’a dragué dans le nord de l’Atlantique par des fonds de 4 à 8 mille mètres, mais on peut le rencontrer à la surface et nous-même avons trouvé sur le rivage d’Oubatche (nord de la Nouvelle Calédonie) un organisme protoplasmique tout à fait analogue au bathybius.
  2. Il est admis par la plupart des savants matérialistes, partisans des théories darwiniennes, que les hommes descendent, non pas des variétés de singes que nous connaissons actuellement, mais bien d’une souche de singes anthropoïdes (anthropos homme, éidos forme), d’où sont parties en se différenciant de plus en plus les espèces humaine et simienne.
  3. Paleos ancienne, lithos pierre (âge de la pierre brute). Les étapes de l’humanité antérieures aux temps historiques ont été divisées en : âge de la pierre brute, âge de la pierre polie (néolithique), âge du bronze, âge du fer.
  4. Minos, Lycurgue, Platon.
  5. Ce qui était facile ; aux rivalités de langues et de races, se joignirent les rivalités religieuses ; catholicisme, arianisme, priscillianisme, etc.
  6. L’Amérique septentrionale fut découverte par Éric le Rouge en 970. Les Islandais y formèrent quelques établissements qu’ils abandonnèrent. Il paraît que cette découverte n’était pas connue de Colomb lorsqu’il partit, en 1492, à la recherche d’un nouveau monde.
  7. La religion formulée par Mahomet dans le Coran est une fusion du christianisme, du judaïsme et même du sabéisme.
  8. Invasions des Saxons, Danois, Normands.
  9. En effet, serf vient de servus, qui veut dire esclave, condamné à servir.
  10. L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et, en effet, ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines… (La Bruyère. — Les Caractères.)
  11. Et encore ! Il y a peu de temps, des chasseurs de crocodiles, dans l’Inde, n’amorçaient-ils pas leur gibier avec des êtres humains vivants !
  12. Le volapük, langue artificielle, renferme des racines françaises, anglaises, allemandes et russes.
  13. Sabir, mot qui signifie savoir.
  14. Pidgeon, corruption du mot business affaires. Pidgeon english veut donc dire l’anglais d’affaires.
  15. Bichelamare, langage des pêcheurs de l’holoturie ou biche de mer, très abondante en Océanie.
  16. Au fond, rien de merveilleux dans le pressentiment ou intuition. Étant donné que le hasard n’existe pas, que les faits réagissent les uns sur les autres, se déterminent, un cerveau assez vaste, assez affiné pour embrasser tout ce qui se fait, pourrait en déduire sûrement tout ce qui se fera : le résultat est donc tracé d’avance. Il n’y a rien d’extravagant à supposer que le cerveau des individus doués d’une nervosité excessive, saisissant des perceptions qui échappent à la masse, en tire spontanément, par un travail psychique, sorte d’opération algébrique, si prompte qu’elle leur échappe à eux-mêmes, des déductions qui déconcertent les esprits superficiels. Il y a, dans l’ordre psycho-physiologique tout un monde de faits mal définis, que l’on commence à peine à étudier.
  17. Notamment au Texas et dans l’Illinois où Cabet fonda un centre communiste à Nauwoo. L’expérience, tentée sur des bases trop autoritaires, ne réussit pas mais les idées socialistes se répandirent de là dans la région.
    À Diamenti, au Paraguay, une colonie de 3000 Russes fonctionne avec un plein succès sur des bases à peu près communistes anarchistes.
  18. Il ne serait même pas nécessaire pour affamer le prolétariat européen et américain, que les capitalistes fissent venir des ouvriers chinois ; il suffirait qu’ils créassent dans l’Orient des fabriques et des usines qui, vu le bon marché invraisemblable de la main-d’œuvre, leur permettraient d’inonder le monde de leurs produits.
  19. Ces lignes étaient écrites huit ans avant la guerre sino-japonaise. Les Japonais ont démontré leur vitalité : au point de vue industriel et maritime, ils ont devant eux un rôle considérable. Il est à souhaiter que l’esprit militaire et chauvin, momentanément développé par leurs victoires, ne les contamine pas (1897).
  20. Le percement de l’isthme de Panama, rapprochant l’Extrême-Orient de l’ancien continent, rend encore plus imminente cette rencontre de peuples, grosse de conséquences économiques.