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Philosophie de l’Anarchie/Moyens pratiques

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P.-V. Stock (p. 217-237).


MOYENS PRATIQUES


Une des plus grandes objections qui aient été formulées contre l’anarchie, c’est son absence de « moyens pratiques. »

— L’idée est belle, avouent maints adversaires, elle peut séduire, encore que d’aucunes fois compromise ou obscurcie par les exagérations de quelques-uns de ses adeptes ; mais elle n’est, ne peut être qu’un rêve, aussi éphémère qu’enchanteur, destiné à s’évanouir bien vite devant les froides réalités de la vie.

Traités d’utopistes par les républicains bourgeois, les socialistes parlementaires sont enchantés de pouvoir, à leur tour, décocher à d’autres cette épithète.

Il serait puéril de contester que la réalisation de l’idéal anarchiste n’est ni très aisée ni très immédiate. Si conforme soit-il aux aspirations, et aux meilleures, de l’être humain, cet idéal se heurte à trop d’obstacles : routine, ignorance, atavisme de la servitude, résistance des privilégiés, institutions sociales, pour pouvoir être mis en pratique du jour au lendemain. Tout progrès implique lutte et plus l’un est élevé plus l’autre est intense : il y a certainement beaucoup plus de facilités à transformer le premier beau parleur venu en député qu’à habituer les hommes à se passer de maîtres.

Néanmoins, il serait beaucoup plus ridicule de crier à l’impossible, à une époque qui a vu l’éclosion, la mise en pratique de tant d’impossibilités : emmagasinement de la voix dans le phonographe, photographie du mouvement, de la couleur, du son et de l’invisible même, analyse et reconnaissance des mondes distants de millions de lieues, qui demain aura sans doute trouvé le moyen de correspondre avec les habitants de ces mondes.

L’anarchie, on ne saurait trop le répéter, est non une doctrine fabriquée de toutes pièces par quelques songeurs, mais la résultante de tendances, d’aspirations, le phare brillant vers lequel, à tâtons et au milieu des obstacles, se dirige le voyageur. « C’est l’avenir de l’humanité », constatait Blanqui, déclaration d’autant plus remarquable que le vieux lutteur révolutionnaire n’était pas anarchiste.

Ce n’est pas en quelques années qu’une humanité sur laquelle pèsent, douloureux atavisme, des siècles de servitude, peut conquérir l’intégrale liberté : c’est vrai. Mais, l’histoire nous apprend, d’une part, que toute idée, éclose au sein des masses, ayant eu ses propagandistes et ses martyrs, finit par s’imposer, passer du domaine de la théorie pure dans celui de la pratique ; d’autre part, que la rapidité des progrès humains croît de plus en plus, proportionnellement aux connaissances que s’assimile l’humanité et aux moyens de perfectionnement qu’elle conquiert chaque jour.

Ce n’est pas aux propagandistes d’une idée à l’amoindrir pour la faire adopter plus vite. Les résistances du milieu, des intérêts hostiles, de la routine, etc., se chargent suffisamment de cette œuvre. Une révolution n’accomplissant jamais entièrement l’idéal de ceux qui la font, mais laissant l’accomplissement d’une partie de cet idéal aux efforts de la génération suivante — ceci est une loi historique — il est nécessaire de viser si possible plus haut même que le but pour parvenir à s’en approcher. Il en est sur ce point en sociologie révolutionnaire comme en balistique.

Ce n’est donc point par manque de lucidité, comme on l’a prétendu maintes fois, que les anarchistes proclament leur idéal dans toute sa largeur.

Toutefois, il est évident que se croiser les bras après avoir formulé leurs desiderata et attendre, enfermés dans une tour d’ivoire inaccessible aux profanes, que l’harmonie sociale se réalise toute seule, serait absurde. La fatalité de la révolution, affirmée principalement par les disciples de Karl Marx, ne l’a pas toujours été de façon heureuse. Oubliant que l’activité humaine est un facteur puissant, peut hâter, retarder ou modifier les événements en gestation, nombre de convaincus en arrivaient à se croiser les bras, figés dans un espoir messianique et éloignés de tout effort.

Ce fut contre cet état psychique très néfaste que se produisit la réaction de l’initiative individuelle, très préconisée par les théoriciens anarchistes, quoique souvent très mal appliquée.

N’avoir pas à s’emprisonner dans la routine du parlementarisme révolutionnaire — quelle antithèse que ces deux mots ! — pouvoir agir d’après sa conception sans s’attarder aux enquêtes, rapports, débats, votes, amendements d’individualités le plus souvent parfaitement étrangères aux questions traitées, c’est une force immense. C’est ce qui a permis aux militants anarchistes, au début presque isolés et sans ressources, d’arriver à des résultats remarquables. Combien de leurs journaux, par exemple, créés avec un capital de quelques francs, comme le Révolté (fondé à Genève en 1881), eussent sombré au bout de quelques mois s’ils avaient dû subordonner leur existence aux décisions d’une majorité fluctuante et dépourvue d’esprit de suite ! Il est vraisemblable aussi que les insurrections anarchistes de Benevent (1877) et de Xérès (1891), qui bien que vaincues ont eu leurs résultats moraux, n’auraient non plus jamais pu se produire.

Suivre son idée, rechercher les hommes sûrs qui la partagent, travailler avec eux à sa réalisation, s’organiser avec eux sans peur du mot — car tout but tant soit peu complexe demande une organisation réelle — telle est la vraie méthode anarchiste, celle qui, dans le passé même, a assuré le succès aux résolus confiants en eux-mêmes. N’est-ce point grâce à son initiative individuelle que Colomb, raillé, entravé par l’immense majorité de ses contemporains, put à la fin organiser l’expédition qui lui fit découvrir un monde ? N’est-ce point ainsi que Garibaldi, honni par les bien pensants, désavoué par les modérés, abandonné par les hommes d’État, put, par ses coups d’audace, combinés avec quelques poignées de braves, arriver à réveiller l’Italie encore alourdie de son sommeil séculaire ? Il y avait, plus ou moins altérée par les idées de leur milieu et de leur temps, une forte dose d’anarchisme chez ces hommes d’initiative individuelle.

N’attendant rien, sinon des persécutions, du gouvernement qu’il combat, l’anarchiste doit agir directement sur les milieux populaires. La prochaine révolution sera avant tout, il est facile de s’en rendre compte, celle du travail contre le capital, du déshérité contre le possédant : c’est donc principalement dans les masses ouvrières et aussi parmi les parias privés même du bonheur relatif de trouver exploiteur que le propagandiste aura bonne besogne à faire. À l’atelier, au syndicat, au restaurant, dans la mansarde du pauvre, à l’asile de nuit, sous l’arche des ponts, sur la route où passe le trimardeur, il y a pour le convaincu qui rêve autre chose que la conquête d’un mandat, œuvre utile à faire : une conscience à éveiller, des droits à évoquer, des espérances, un désir de révolte et de mieux-être à faire naître.

Plus encore que les joutes oratoires ou les réunions retentissantes, la conversation intime, qui se prête à la franche discussion, aux développements, aux réfutations, est féconde en résultats. La réunion publique, surtout dans les pays latins où elle a conservé une allure quelque peu théâtrale, est propre plutôt à affirmer l’existence d’un parti, sa volonté et sa force, qu’à convaincre très sérieusement les auditeurs. Elle sert aussi à mettre en rapports mutuels les adeptes d’une même idée et, donnant un aliment à leur activité, à les retenir dans l’orbe du mouvement.

La propagande syndicale a été longtemps assez négligée : c’est là une erreur dont, actuellement, les anarchistes tendent à revenir.

Le syndicat ouvrier, comme jadis les corporations et compagnonnages, a été institué par le travailleur comme un moyen de défense. Contraint à poursuivre l’âpre lutte au jour le jour, il n’a évidemment pu s’élever à la haute conception des transformations futures : les questions de salaire doivent primer pour lui celles de philosophie et même d’une transformation sociale à laquelle il ne peut subordonner son existence présente. Obligé dans sa lutte inégale contre le patronat de s’appuyer sur tous les supports qu’il croit entrevoir ; protection des pouvoirs publics, philanthropie, coopération, il est forcément aussi modéré dans sa tactique que dans ses aspirations. Il reflète, d’ailleurs, l’état d’esprit des membres qui le composent.

Ces raisons ont jusqu’à ces dernières années détourné non seulement les anarchistes mais encore les blanquistes de la propagande et de l’action syndicales.

Il est bien évident cependant que les groupements économiques sont, dans une révolution économique, appelés à jouer un rôle prépondérant. Qu’on le veuille ou non, ils auront, lors du règlement de comptes entre le travail et le capital, un mot décisif à dire. Si on les laisse à leur timidité et à leur routine, on aura un avortement ; si les socialistes autoritaires s’en emparent comme, à l’exception des blanquistes, ils cherchent à le faire, ce sera, tout au moins jusqu’à ce qu’une réaction s’opère, le triomphe de la tyrannie étatiste, toute vie des groupes et des individus broyée sous l’hégémonie du pouvoir central ; comme l’avait prévu Bellamy dans « Looking backward, » les armées industrielles remplaceraient les armées militaires, embrigadement qui ne serait pas du goût de tout le monde. Or, bien que leur éducation intellectuelle et révolutionnaire tende chaque jour à se perfectionner, les syndicats ouvriers n’ont encore que trop de tendances à se mettre à la remorque d’un gouvernement fort : il est donc de toute nécessité pour ceux qui n’entendent pas être broyés par cette lourde machine de ne point la laisser entre des mains ennemies. C’est justement parce que les syndicats sont animés encore d’un esprit autoritaire et routinier qu’il convient d’y pénétrer pour, tout en participant à la lutte au jour le jour, élargir le cadre du groupement et y semer des germes d’idées fécondes.

Nombre d’anarchistes de la première heure, après avoir essayé de la propagande dans les syndicats, étaient tout découragés de les voir demeurer réfractaires à des idées très belles, très justes, mais souvent peu accessibles à des travailleurs incultes, préoccupés avant tout des nécessités immédiates. Ils parlaient affinités, libre entente, abolition du salariat, on leur répondait ordres du jour, collectes et prix de série. Oubliant alors que tout progrès demande un effort proportionnel et que le temps est un grand facteur, ils se retiraient, cédant la place à d’autres, moins sincères peut-être mais plus habiles et plus persistants.

Depuis un an ou deux, les anarchistes ont reconnu combien leur était nuisible ce manque de ténacité, contre lequel les plus clairvoyants n’avaient cessé de s’élever. Ils reparaissent dans les syndicats et, plus habiles qu’autrefois, ils réussissent à y prendre pied : ils en créent à côté de ceux dans lesquels l’intolérance des adversaires les empêche de se maintenir. Cette tactique si naturelle, qui gagne aux idées libertaires les vraies forces prolétariennes, a une double et heureuse influence : ramené dans les milieux ouvriers, l’anarchiste, qui s’en était parfois écarté jusqu’à l’isolement, y puise l’esprit de cohésion et d’organisation, en même temps qu’il communique à son milieu l’esprit de libre examen, d’initiative et d’autonomie.

Plus clairvoyants que certains révolutionnaires, les hommes de tête du parti clérical ne s’étaient pas trompés sur l’importance du mouvement syndical et son rôle dans un avenir certainement peu éloigné. Pour dominer la société, ils l’avaient autrefois prise entre deux couches : celle d’en haut, formée par le pape, vicaire de Dieu, les prélats, princes et hauts dignitaires de l’église ; celle d’en bas, formée par le bas clergé, les moines et les ordres mendiants ; une hiérarchie savamment étagée, des liens quelquefois invisibles, rattachaient ces deux couches l’une à l’autre, emprisonnant les masses dans un réseau formidable.

Aujourd’hui, pape, prélats, princes et hauts dignitaires de l’église ont perdu leur prestige sur les foules ; mais, d’autre part, le révoltant égoïsme de la bourgeoisie, qui voltairienne maintient une religion pour le peuple, et libérale règle les questions sociales à coups de fusil, a créé un état d’esprit dont les ultramontains croient pouvoir profiter. Tandis que quelques-uns adjurent les pouvoirs d’endiguer le mouvement révolutionnaire, d’autres plus audacieux ou plus habiles s’efforcent de faire dévier le courant qu’ils ne peuvent attaquer de front. Une révolution ne leur déplairait pas si, à un moment donné, ils pouvaient l’orienter et s’en servir, balayant les institutions de la bourgeoisie républicaine, pour revenir au passé, comme ils tentèrent de le faire à la Restauration.

Ayant perdu le pouvoir par les hauteurs d’où démocrates et francs-maçons les ont délogés, ils ne peuvent le reconquérir qu’en l’escaladant d’en bas : c’est ce qu’ils tâchent de faire. De là l’activité avec laquelle, depuis plusieurs années, les champions du socialisme chrétien ont fondé des syndicats mixtes, des cercles d’ouvriers catholiques, des coopératives à leur dévotion. À la tête de ces troupes, ils s’efforceraient au moment psychologique de la conflagration qu’ils prévoient de réorganiser la société au mieux de leurs intérêts. Et si les choses n’allaient pas jusqu’à l’extrême, ils se disent qu’entre gouvernants et gouvernés, exploiteurs et exploités, ils auront une fois de plus le rôle fructueux d’arbitres qui, au sortir de l’antiquité et pendant tout le moyen-âge, leur a assuré la domination.

La naïveté populaire est grande et, au premier moment, il n’a pas manqué de bonnes gens pour considérer, comme un témoignage d’audace et de sincérité cet avatar de cléricaux en socialistes, qui n’était qu’une profonde roublardise de l’éternel Basile. Ils oubliaient ou ignoraient, ceux-là, les enseignements de l’histoire : les persécutés devenant persécuteurs, les abbés patriotes du Tiers-État se transformant, trois ans plus tard, en fougueux Vendéens, les curés de 1848, bénisseurs d’arbres de la liberté, poussant bientôt après à l’étranglement de la république romaine et chantant un Te Deum à Louis Bonaparte au lendemain du 2 décembre.

Mais d’autres ont vu plus clair, signalé le péril, et aujourd’hui les anarchistes disputent victorieusement à leurs ennemis masqués ou non l’orientation des forces ouvrières. Ils s’inspirent, d’ailleurs, dans leur tactique au sein du groupement ouvrier de ces deux principes qui leur permettent de participer à l’action au jour le jour, si modérée soit-elle, sans cesser de poursuivre intégralement leur idéal :

Ne représenter les améliorations partielles que comme transitoires, insuffisantes et, sans s’opposer à leur application qui, mieux que tous raisonnements, convaincra les intéressés de leur inefficacité, ne cesser de montrer le vrai but : la substitution de la propriété commune au salariat ;

Dans tous les conflits entre travailleurs et capitalistes, s’adresser directement à ceux-ci, sans jamais faire intervenir les pouvoirs publics, lesquels, d’ailleurs, ne peuvent s’écarter de leur rôle historique : la défense du capital.

La propagande dans les campagnes a été longtemps négligée. Sans cesse, les paysans épuisés par l’âpre lutte contre le sol, parqués sous le ciel pur, c’est vrai, mais loin des grandes agglomérations où véhiculent les idées, nourris dans la défiance et la jalousie du travailleur des villes, écrasaient sous leur nombre toutes les tentatives généreuses de ces derniers. Chair exploitable à merci par le hobereau, le fonctionnaire et le grand propriétaire, les ruraux, masse enténébrée, longtemps n’agissant que sous l’impulsion du maire et du curé, ont, depuis la révolution, soutenu de leurs votes tous les régimes réactionnaires. De là un éloignement marqué de la démocratie bourgeoise pour les paysans : n’ayant guère de suffrages à en attendre, les républicains chercheurs de sièges législatifs négligeaient les campagnes.

Mais ceux qui évoquent la grande transformation sociale et non la conquête d’un mandat se rendent compte qu’un nouveau régime économique ne serait pas viable s’il voyait, dès son avénement, se dresser contre lui, comme autant de Vendées, la contre-révolution paysanne. Le laboureur au cerveau jusqu’ici déprimé par le dur travail de la glèbe et surtout le manque d’impressions variées, n’a, dit Michelet, qu’une idée tous les mille ans. Celle qu’il poursuit obstinément à l’heure actuelle, c’est la conquête de la terre, de cette terre que 1789 lui a donnée nominalement, mais qu’une nouvelle féodalité est en train de lui ravir.

Étant donné cet état d’esprit, on concevra que le paysan ait toujours prêté l’oreille aux calomnies qui lui représentaient les « rouges » comme des pillards avides de se partager ses dépouilles — maigres dépouilles ! Au lieu de voir son ennemi naturel là où il est, il se trouvait toujours prêt à s’incliner devant le seigneur terrien ou le satrape gouvernemental et à saisir sa fourche pour courir sus au communiste.

Peu à peu les anarchistes ont compris et ensuite expliqué à l’agriculteur propriétaire d’un maigre lopin qu’il cultive seul ou avec sa famille qu’il n’était nullement question de l’exproprier, mais au contraire d’exproprier au bénéfice de tous, petits cultivateurs et déshérités, l’oisif détenteur de la grande propriété foncière et de former de celle-ci un patrimoine commun à côté des microscopiques possessions individuelles. Ils ajoutaient que la vue des avantages résultant de la grande culture modifierait insensiblement le vieil esprit particulariste des paysans et les entraînerait à associer leurs parts, puis à les fondre dans la propriété commune.

Ainsi comprise, la nouvelle conception économique n’a plus rien qui puisse épouvanter les fils de la glèbe.

S’il n’a jusqu’à ce jour montré que de l’hostilité contre toute doctrine qui lui paraissait mettre en péril sa modeste part de biens, le paysan est, par contre, bien moins éloigné qu’on ne croit de l’idée anarchiste. N’entrevoyant guère l’État que par le percepteur et le conseil de recrutement, il nourrit une sourde animosité pour cet État qui le grève d’impositions et lui enlève ses fils.

Bien plus que les socialistes autoritaires, qui conservent le mécanisme gouvernemental, les anarchistes ont donc dans les campagnes un excellent champ d’opérations. C’est ce qu’a démontré la rapidité avec laquelle certaines brochures de vulgarisation, telles que Les travailleurs des villes aux travailleurs des campagnes ont été enlevées et aussi le succès qu’avait, dès le début, rencontré l’idée d’une fédération libertaire des ouvriers et paysans, idée malheureusement entravée dans son exécution par différentes causes, mais qui est tout entière à reprendre.

En somme, avec mille centres d’action, groupes, comités, fédérations, autonomes mais en rapport constant les uns avec les autres et n’ayant pas peur, lorsque les circonstances l’exigent, de subordonner leurs préférences personnelles à la nécessité d’une action commune, l’anarchisme est plus fort et surtout moins vulnérable que le socialisme autoritaire avec sa hiérarchie, ses mots d’ordre, ses parlements et ses ficelles rudimentaires que le gouvernement peut trancher du premier coup de sabre.

Si on joint à l’influence de tous ces petits foyers de mouvement syndical l’action des individus, la propagande écrite et orale, les journaux, brochures, livres, car la littérature anarchiste, symptôme caractéristique, s’enrichit tous les jours, tandis que la littérature socialiste demeure stationnaire, on reconnaîtra que les moyens pratiques ne manquent pas aux propagandistes de l’idée libertaire. Si, lorsque s’ouvrira la période révolutionnaire, leur influence n’est pas prédominante, du moins, elle sera assez considérable pour enrayer la tyrannie d’un nouvel État, tout en assurant le bien-être, et pour féconder l’avenir.