Poésies de Benserade/Espoir

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Poésies de Benserade, Texte établi par Octave UzanneLibrairie des bibliophiles (p. 84-87).



Espoir.

STANCES.


À la fin j’ai vaincu, malgré sa résistance ;
Mes larmes, mes soupirs, mes fers et mon tourment
Servent d’illustre pompe et de riche ornement
Au triomphe de ma constance.

La Fortune témoigne, au bien qu’elle m’envoie,
Dans les extrémitez de mon cruel malheur,
Que le plus haut étage où monte la douleur
Est le premier point de la joie.

De plus parfaits amans ont leur peine perduë,
À l’acquisition d’un plus débile cœur ;
Et jamais assiégeant ne se vit le vainqueur
D’une place mieux défenduë.

Ce cœur, ce fort puissant, si pressé qu’il pût être,
Soûtenoit mes assauts d’une si vive ardeur,
Que, sans capituler avecque sa pudeur.
Je n’en aurois pas été maître.

Et cette cruauté qu’à la fin je surmonte
Eût toûjours tenu bon, si je n’eusse promis
De laisser dans ce cœur deux de mes ennemis.
Et sa modestie, et sa honte.

Qu’aurois-je à désirer au comble de ma gloire,
Si ma bonne fortune avoit continué,
Ou si trop de vertu n’avoit diminué
L’avantage de ma victoire ?

Mais sur un seul dessein l’ambition se fonde ;
La foule de projets ne fait que nous charger :
Il faut prendre une ville avant que de songer
À la prise de tout le monde.

C’est beaucoup, si l’objet que mon âme idolâtre
Sous mon heureux pouvoir se confesse abattu :
Ma maîtresse est vaincue, et sa seule vertu
Est ce qui me reste à combattre.

Aussi ne faut-il pas que je le dissimule :
Elle paroît armée avecque tant d’éclat
Que mon amour, qui tâche à la vaincre au combat,
Et la défie, et s’en recule.

J’abattrai toutefois sa fierté qui m’étonne ;
Elle s’efforce en vain de me contrarier,
Puisqu’il ne manque plus que ce petit laurier
Pour m’acquérir une couronne.

J’espère en peu de tems rendre ma gloire extrême ;
De ma prospérité rien n’empêche le cours,
Et contre sa vertu c’est un puissant secours
Que de m’avoir dit : Je vous aime.

Honoré que je suis d’une faveur si grande,
Et voyant quelque chose encore à désirer,
Auprès de sa beauté, que je ne puis quitter,
Je remercie et je demande.

Sévère et doux auteur des peines que j’endure,
Amour, donne à ma flâme un remède parfait ;
Puisque ne m’obliger que d’un demi bienfait,
C’est me faire une double injure.

Force cette pudeur et cette modestie,
De qui ma passion ne peut venir à bout :
Il est de ton honneur que je gagne le tout
Dont je possède une partie.

Fais qu’à mes doux transports cette belle âme cède ;
Dis-luy qu’elle me cause un tourment sans égal,
Et qu’on est obligé de soulager le mal,
Quand on dispose du remède.

Ainsi, que tous les cœurs soient touchez de tes flâmes !
Que tout cède au pouvoir de ton nom glorieux,
Puissent être à jamais tes traits victorieux
De la rébellion des âmes.

Pour moi, je bénirai ton essence immortelle ;
Je formeray pour toy des vœux grands, mais secrets,
Quand tu m’auras conduit par de si beaux progrez
À l’honneur d’une fin si belle.



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