Poétique (trad. Ruelle)/Chapitre 5

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Traduction par Charles-Émile Ruelle.
(p. 10-11).
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CHAPITRE V


Définition de la comédie ; ses premiers progrès. — Comparaison de la tragédie et de l’épopée.


I. La comédie, nous l’avons dit déjà, est une imitation de ce qui est plus mauvais (que la réalité), et non pas en tout genre de vice, mais plutôt une imitation de ce qui est laid, dont une partie est le ridicule. En effet, le ridicule a pour cause une faute et une laideur non accompagnées de souffrance et non pernicieuses : par exemple, on rit tout d’abord à la vue d’un visage laid et déformé, sans que celui qui le porte en souffre.

II. Les transformations de la tragédie, ainsi que leurs auteurs, ne sont pas restées ignorées ; mais celles de la comédie le sont, parce qu’on n’y a pas prêté d’attention dans le principe. En effet, ce n’est que tardivement que l’archonte[1] régla le chœur des comédiens. On le formait (d’abord) à volonté.

III. Depuis le moment où la comédie affecta certaines formes[2], on cite un petit nombre de poètes en ce genre.

IV. Qui est-ce qui introduisit les masques, ou les prologues, ou la pluralité des acteurs, etc., on l’ignore.

V. La composition des fables eut pour premiers auteurs Épicharme et Phormis.

VI. À l’origine la comédie vint de Sicile. À Athènes, ce fut Cratès qui, le premier, rejetant le poème ïambique[3], commença à composer des sujets ou des fables sur une donnée générale.

VII. L’épopée marche avec la tragédie jusqu’au mètre (exclusivement), comme imitation des gens graves produite par le discours ; mais elle s’en sépare d’abord en ce qu’elle a un mètre simple[4] et que c’est une narration, puis par l’étendue, car la tragédie s’applique, autant que possible, à rester dans une seule révolution solaire, ou à ne la dépasser que de peu de chose, tandis que l’épopée n’est pas limitée par le temps, ce qui fait une nouvelle différence. Toutefois, dans le principe, on faisait pour les tragédies comme pour les poèmes épiques.

VIII. Des parties qui les composent, les unes leur sont communes, les autres sont propres à la tragédie. Aussi, lorsque l’on sait ce qui fait qu’une tragédie est bonne ou mauvaise, on en sait autant en ce qui concerne les poèmes épiques ; car les éléments que comporte l’épopée existent dans la tragédie ; mais ceux que renferme celle-ci ne se rencontrent pas tous dans l’épopée.

  1. Cp. Petit, Leges atticæ, p. 265. — Telfy, Corpus juris attici, nos 922-927.
  2. Où ce genre a fourni certaines œuvres d’une forme arrêtée.
  3. Où dominaient les attaques personnelles.
  4. Le mètre épique ou héroïque, l’hexamètre, tandis que la tragédie, outre le mètre ïambique, a tous ceux des chœurs. « C’est un passage qui, comme tant d’autres de la Poétique, laisse entrevoir le sens, mais est altéré de telle sorte qu’on ne peut le restaurer avec vraisemblance. » (Thurot, Analyse de l’édition 2 de Vahlen (Revue critique, XVII, 131.)