Poissons d’eau douce du Canada/Atikkamek

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C. O. Beauchemin & Fils (p. ill-472).


Montpetit - Poissons d'eau douce du Canada, 1897, illust p495.png
L’ATIKKAMEK.

L’ATIKKAMEK


Le Poisson blanc. — The White Fish. — Coregonus albus.


Il n’y a pas moins de treize espèces distinctes de corégones décrites par les ichtyologistes. Dans sa Fauna Borealis Americana, le Dr Richardson en mentionne sept : C. albus, the atikkamek ; C. tullibee, the tullibee coregonus ; C. artide, le Sueur’s Herring salmon ; C. quadrilateralis, the round fish ; C. labradoricus, the Musqua river coregonus ; C. lucidus, the Bear lake salmon herring ; C. hurongus, the lake Huron salmon herring. De Kay en décrit trois espèces : C. albus, le grand Poisson-Blanc qui nous vient des lacs, durant les mois d’automne, identique à l’atikkamek du Dr Richardson ; C. otsego, le Poisson-Blanc otsego des lacs (maintenant presque entièrement détruit) ; et C. clupeiformis, le hareng des lacs.

D’après Norris, la distribution géographique du poisson blanc, dans les États-Unis, s’étend depuis les chutes Niagara, à travers les grands lacs, jusqu’à la tête du lac Supérieur. Leur taille est plus considérable dans leur habitat nord ; leur taille moyenne, au Sault-Ste-Marie (la décharge du lac) étant de quatre ou cinq livres, pendant que ceux qui sont apportés sur nos marchés, venant de lacs plus méridionaux, ne pèsent pas deux livres. Le plus grand poisson blanc dont j’aie entendu parler, qui a été pris dans le lac Supérieur, pesait quinze livres : mais ces cas-là sont rares. Dans un temps, il s’en exportait de grandes quantités salés et embarillés comme on fait aujourd’hui de l’alose. On les prend généralement au moyen de rets à mailles que l’on descend dans les endroits profonds des lacs ; mais, à l’automne, ils s’approchent des rivages en troupes nombreuses pour y frayer, et alors on en capture de grandes quantités, avec des seines ordinaires.

Des tribus entières de sauvages des régions arctiques n’ont pas d’autres moyens de subsistance. De nombreuses familles de Chippewas campées au Sault-Sainte-Marie, il y a plus de vingt ans, n’avaient pour nourriture que ce poisson.

La chair du poisson blanc est d’un blanc de neige, et quoique délicate, elle est pourvue d’une richesse gélatineuse qui lui donne droit a tous les éloges que lui prodiguent les épicuriens. Le Dr Richardson dit qu’elle ne rassasie jamais, mais qu’elle excite au contraire l’appétit de ceux qui la mangent, et ceux-là ne sentent jamais le besoin de l’accompagnement du pain. On dit que rarement on trouve de la nourriture dans l’estomac de ce


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Fig. 25. — PÊCHE À LA SEINE.

poisson, et que si on en trouve ce sont simplement des crustacés. Toutefois, sa conformation démontre que c’est un poisson d’un développement rapide, et naturellement un rude mangeur. Quelle est la nourriture qui fournit un pareil embonpoint, ou bien, en quel endroit se trouve-t elle ? Personne n’a pu s’en assurer. À l’automne, avant la saison du frai, il perd toute proportion raisonnable, et devient comme difforme. La tête, guère plus forte que celle d’un hareng (attachée à un corps aussi élevé et épais que celui d’une alose), paraît s’enfoncer entre ses épaules, et il devient si gras, à cette saison, qu’une grande portion de sa graisse se perd en rôtissant, ou si vous le faites griller, il est difficile de l’empêcher de s’enflammer sur le gril, quoique, au commencement de l’été, comme je l’ai vu moi-même au Sault-Sainte-Marie, il soit de formes symétriques ; mais même alors la petitesse de sa tête est déjà remarquable.

D’après son apparence extérieure, il serait difficile de prendre le poisson blanc pour un des membres de la famille royale des salmonidés, son adipose dorsale étant le seul signe caractéristique qu’il ait de commun avec le saumon. Sa petite tête et sa petite bouche édentée, si différentes de la puissante mâchoire et de la formidable dentition appartenant au genre saumon, démontrent qu’il est un habitant des grandes profondeurs, gagnant paisiblement sa vie, et autrement que la truite dévastatrice vivant dans les mêmes eaux.

De fait, je n’ai jamais entendu dire que ce poisson ait mordu à l’hameçon, ou ait été capturé à la ligne de fond, si on ne tient compte de ses sauts à la mouche artificielle, et je ne crois pas que, ni « Frank Forester, » ni « M. Brown, » ni « Barnwell » puissent apporter aucune autorité valable à l’appui d’une pareille idée, quoiqu’ils en aient pu dire.

L’atikkamek ? Pourquoi ai-je nommé d’abord ainsi ce poisson ? Pourquoi ce nom sauvage avant un nom français ou avant un nom anglais, lorsque ces deux dernières langues sont celles de mon cœur et de mon pays ? C’est que ce mot sauvage qui vient d’un Poisson blanc rappelle un dernier héritage, un souvenir navrant que représentent les grands lacs du Canada. À ces riches Algonquins qui avaient ici de quoi vivre en princes nous avons enlevé leurs terres, d’abord, leurs troupeaux ensuite, et aujourd’hui nous tirons impitoyablement du fond de leurs grands lacs leurs derniers poissons, leur dernière bouchée. Demain, ils seront morts peut-être, mais qu’au moins ils s’étouffent avec une bouchée que leur langue aura connue.

Eh ! le saumon, le poisson royal des eaux douces du Canada, nous prête lui-même une histoire presque dramatique. Il habitait depuis des âges le merveilleux édifice de cristal du lac Ontario, lorsque l’industrie vint en gâter la face. Il y a plus de vingt ans de cela, mais il n’a pas pardonné l’injure, et on ne l’a jamais revu. Si le saumon n’a pas été pleuré, je veux au moins que le poisson blanc le soit sous le nom d’atikkamek.

Il n’est que trop vrai de dire que les derniers Peaux-Rouges qui nous ont faits leurs héritiers sont en voie de mourir. On achève de creuser leur tombe sur les bords de la rivière de la Paix et du lac des Esclaves entourés de poissons blancs, de truites et de saumons argentés. Si nous avons gardé l’héritage, au moins avons-nous su en payer le tribut.


LE TULLIBEE


Ce petit salmonidé, dont M. Goode et d’autres auteurs américains signalent la présence, en passant, dans les grands lacs internationaux, existe en nombre immense dans le Manitoba, l’Assiniboia, la Saskatchewan, l’Alberta, et surtout le Grand Nord. Nous nous bornerons, pour l’heure, à en faire la description succincte, d’après Jordan et Gilbert, qui immortalisent leurs noms en les attachant aux plus humbles produits de la mer.

Corsegone Tullibee, Rich. — Tullibee, Mongrel White-Fish ; Poisson-Blanc Métis.

Corps court, haut, comprimé, ressemblant à l’alose ; courbes dorsale et ventrale semblables. Pédoncule de la caudale court et haut. Tête conique, comprimée, bouche grande ; le maxillaire s’étendant jusqu’à l’œil, dépassant le devant de la pupille, son os supplémentaire s’amincissant d’une manière ovarienne, avec des pointes prolongées ; les mâchoires restent égales lorsqu’elles sont fermées. L’œil est grand, aussi long que le museau, 4½ dans la tête. Le préorbitale est étroit ; le superorbital allongé, rectangulaire. Les écailles antérieures sont considérablement larges, leur diamètre étant de moitié plus large que le diamètre des écailles du pédoncule de la caudale. Couleur bleue en dessus, côtés blancs ponctués de fines taches noires ; chaque écaille portant une ligne argentée formant une série de bandes longitudinales distinctes.