Poissons d’eau douce du Canada/Houlican

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C. O. Beauchemin & Fils (p. 467-468).

LE HOULICAN



C’est un petit poisson le la famille des salmonidés, guère plus gros que l’éperlan.

Il fréquente les rivières de la Colombie anglaise et certains estuaires de la côte ouest de l’Amérique, vers la fin d’avril, dans la saison du frai. Il y séjourne pendant environ trois semaines, durant lesquelles on peut le prendre par millions. Frais, c’est un excellent poisson, et il est délicieux, salé ou fumé. Ce poisson produit en abondance de l’huile pure et d’excellente qualité, qui, de l’avis d’un grand nombre, devra éventuellement remplacer l’huile de soie de morue. Le houlican se prend au moyen d’une perche d’environ dix pieds de long ; à l’extrémité de cette perche, sur un espace de cinq pieds, et à une distance d’environ un pouce et demi, sont disposés des clous comme les dents d’un peigne. Le peigne est prestement lancé à l’eau, retourné vivement avec la main, et, à chaque coup, il rapporte trois ou quatre poissons empalés sur les dents de l’engin. J’ai vu remplir un canot de ce poisson, dans l’espace de deux heures, par une couple de pêcheurs. L’arrivée du houlican est annoncée par une volée de goélands qu’on aperçoit au-dessus des bancs, guettant l’occasion de saisir leur proie, et faisant retentir de leurs cris aigus les régions d’ordinaire si tranquilles du Fraser.

Les sauvages de l’intérieur échangent leurs pelleteries contre de la graisse de houlican, que les sauvages du littoral mettent en boîtes de cèdre jaune, en quantité de 100 à 200 lbs. Ce poisson délicieux se pêche, nuit et jour, à travers la glace, pendant son passage.

L’huile se vend plus cher que le poisson, quoiqu’il y ait des blancs qui en fassent des conserves.

Les sauvages mangent la graisse du houlican, et il s’en expédie aujourd’hui à New-York pour servir aux mêmes usages que ceux auxquels s’emploie l’huile de foie de morue.

Les sauvages mangent cette graisse avec le flétan coupé par tranches, et desséché ; ils étendent sur ces rouelles de poisson sec, de la graisse de houlican, comme nous recouvrons de beurre une tranche de pain.

Pour ne pas surprendre la bonne foi de mes lecteurs, je dois dire que tout en ayant confiance dans les auteurs sur lesquels je m’appuie jusqu’ici, je crois devoir déférer à l’opinion du Père Petitot et le citer lui-même eu cette matière.


« Les eaux du Youkon, dit-il, sont troubles et jaunâtres, comme toutes celles qui descendent des montagnes Rocheuses. Elles nourrissent les mêmes espèces de poissons que celles du Nakolchpôondjig, et possèdent, de plus que leur rival, le salmo scoulerii, qui atteint jusqu’à 4 pieds de long, et pèse de 30 à 60 livres anglaises, et le dhikki ou poisson-chandelle, qui n’a que six pouces de long, mais qui est tellement huileux que, séché au soleil ou boucané comme le hareng, il peut brûler comme une torche, et sert même de flambeau aux Danie-Ingolit. Je suppose seulement que ce luminaire économique ne doit pas être plus aromatique que le lard de baleine que les Esquimaux emploient pour la même fin, et que, comme lui, il requiert des nerfs olfactifs à l’épreuve des odeurs abominables.

« C’est évidemment le minoga ou lamproie dont les Cosaques du Volga se servent en guise de chandelle.” (Mme Carla Serena.)