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Proverbes dramatiques/L’Histoire

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Proverbes dramatiquesLejaytome II (p. 131-146).


L’HISTOIRE.

VINGT-CINQUIEME PROVERBE.


PERSONNAGES.


La MARQUISE. Mises comme à la campagne.
La COMTESSE.
Le VICOMTE. En habits de campagne.
Le BARON.
L’ABBÉ DE FOND-GRAS.
Le COMMANDEUR DE CANTAC. Habit brodé, croix de Malthe, canne & jambe de bois[1], & perruque à la Brigadiere.
DUVAL, Valet-de-Chambre de la Comtesse.


La Scène est chez la Comtesse, dans le Sallon.

Scène premiere.

La COMTESSE, La MARQUISE, Le BARON, Le VICOMTE.


La COMTESSE.

Passez donc là, Madame la Marquise.


La MARQUISE.

Je suis ici à merveilles. S’asseyant.


La COMTESSE.

Messieurs, vous avez là des siéges. A la Marquise. C’est bien à vous, de venir de bonne heure comme cela.


La MARQUISE.

Mais vraiment, j’avois bien peur de ne pouvoir pas sortir ; ma mere ne veut jamais fermer sa porte ; vous savez comme elle est ; heureusement, il n’est venu que des hommes : j’ai dit, avant qu’il arrive quelqu’un, je m’en vais m’échapper ; & je suis venue.


Le VICOMTE.

Je vous avertis, Mesdames, que si vous attendez la Vicomtesse, vous ne l’aurez pas sitôt.


La COMTESSE.

Pourquoi donc ?


Le VICOMTE.

Parce qu’elle ne finit jamais rien ; & puis le mariage de sa belle-sœur l’occupe ; elle ne sait plus ce qu’elle fait.


Le BARON.

Je ne savois pas qu’elle se mariât ; qui épouse-t-elle ?


Le VICOMTE.

Le Comte de Florensac.


Le BARON.

Florensac ? Qu’est-ce que c’est que ce Florensac là ?


Le VICOMTE.

Ma foi, c’est bien difficile à expliquer.


La MARQUISE.

Je m’en vais lui faire entendre en deux mots. Vous avez connu la grande Comtesse de Brindière, qui avoit marié sa fille au Comte d’Hennevaux, qu’on appelloit casse-tête, parce que c’étoit un braillard insupportable ?


Le BARON.

Oui, qui avoit perdu un œil à Philisbourg.


La MARQUISE.

C’est cela même. Hé bien, Casse-tête avoit une sœur qui était Chanoinesse, & qui eut tout d’un coup trente mille livres de rente de sa tante Lamotte Bouroncourt.


Le BARON.

Oui, je sais bien tout cela.


La MARQUISE.

Le Florensac qui épouse la belle sœur de la Vicomtesse, est fils de la Chanoinesse d’Hennevaux, mariée à Florensac, qui étoit, je crois, dans la Marine.


Le BARON.

Non, dans la Maison du Roi.


La MARQUISE.

Il me semble que c’est dans la Marine.


Le VICOMTE.

Vous avez raison tous les deux. Il étoit dans la Marine ; mais par un mécontentement, il a quitté ; & il est entré dans la Maison.


La COMTESSE.

Est-il riche, Vicomte ?


Le VICOMTE.

Non pas à présent ; mais d’un moment à l’autre, il peut avoir quarante à cinquante mille livres de rente.


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Scène II.

La COMTESSE, La MARQUISE, Le VICOMTE, Le BARON, L’ABBÉ, DUVAL.


DUVAL, annonçant.

Monsieur l’Abbé de Fond-gras.


La COMTESSE.

Ah ! l’Abbé ! c’est délicieux ! Il ne se fait jamais attendre.


L’ABBÉ.

Il m’en coûte assez pour cela, Mesdames, je suis bien-aise de vous le dire.


La MARQUISE.

Comment donc, l’Abbé ?


L’ABBÉ.

Je viens de perdre quinze louis au Wisth ; & je n’ai pas voulu de revanche à cause de vous. Mais, qu’est-ce que vous attendez pour partir ?


La COMTESSE.

La Vicomtesse.


L’ABBÉ.

Vous ne pourrez jamais vous promener ; les jours sont diminués ; & vous avez quatre lieues à faire, & la montagne encore.


Le BARON.

Il n’y a que trois lieues, Monsieur l’Abbé.


L’ABBÉ.

Comme vous voudrez, mais comme on est toujours deux heures à les faire, j’appelle cela quatre lieues, & bonnes.


La COMTESSE.

Ah, Messieurs, ne disputons pas, je vous en prie. Dites-nous plutôt s’il y a quelque chose de nouveau, l’Abbé ?


L’ABBÉ.

Il y a… les mariages.


La MARQUISE.

Nous les savons.


L’ABBÉ.

Et puis l’histoire de Versailles.


La MARQUISE.

Qu’est-ce que c’est ?


La COMTESSE.

Dites donc.


L’ABBÉ.

Elle est très-singuliere ; comment, est-ce que vous n’en avez pas entendu parler ?


La MARQUISE.

Non vraiment.


La COMTESSE.

Vous nous faites languir, l’Abbé ; vous êtes odieux.


L’ABBÉ.

Mais c’est que je ne sais pas si je pourrai bien vous la conter.


La MARQUISE.

Oh, que oui.


L’ABBÉ.

C’est qu’il y a des choses… Il faudroit… Le Commandeur y étoit.


Le VICOMTE.

Il doit venir ici, le Commandeur.


L’ABBÉ.

Oh bien, il vous la contera mieux que moi.


Le VICOMTE.

J’entends quelqu’un ; je parie que c’est lui.


La MARQUISE.

Et s’il ne vient pas, nous ne saurons pas l’histoire ?


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Scène III.

La MARQUISE, La COMTESSE, Le VICOMTE, Le BARON, L’ABBÉ, Le COMMANDEUR, DUVAL.


DUVAL, annonçant.

Monsieur le Commandeur de Cantac.


La MARQUISE.

Ah, Commandeur, arrivez donc.


La COMTESSE.

Nous vous attendons avec la plus grande impatience.


Le COMMANDEUR, saluant.

Mesdames…


L’ABBÉ.

Asseyez-vous : ces Dames voudroient savoir l’histoire de Versailles.


Le COMMANDEUR.

C’est-à-dire du chemin du Versailles.


L’ABBÉ.

Est-ce du chemin ?


Le COMMANDEUR.

Oui, j’y étois, j’ai tout vu ; ainsi personne ne peut, je crois, vous en mieux rendre compte que moi.


La COMTESSE.

Cela est agréable de savoir comme cela de la première main.


Le COMMANDEUR.

Je vous dis, j’ai tout vu.


La MARQUISE.

Hé bien, commencez donc.


Le COMMANDEUR.

Vous pourrez conter cela d’après moi, comme si vous y aviez été.


La COMTESSE.

Oui, oui.


Le COMMANDEUR.

Madame, c’étoit sur les une heure ; non, non, j’avois dîné à Versailles & je revenois… Attendez. Je me trompe ; c’étoit en allant… Quelle heure étoit-il ?


La MARQUISE.

Que fait l’heure ?


Le COMMANDEUR.

Cela est essentiel.


La COMTESSE.

Dites seulement si c’étoit le matin où l’après-dînée.


Le COMMANDEUR.

C’étoit de jour ; mais pour l’heure… cela ne fait rien.


La MARQUISE, à part.

Il me fait mourir.


Le COMMANDEUR.

Après avoir passé le pont de Sévre…


La MARQUISE.

De Sévre, allons.


Le COMMANDEUR.

De Sévre ? Oui, oui, vous suivez le chemin. Il y a un endroit, où il y a un…


L’ABBÉ.

Un fond ?


Le COMMANDEUR.

Non, non.


Le VICOMTE.

Une hauteur ?


Le COMMANDEUR.

Non, non, un…


Le BARON.

Un Village ?


Le COMMANDEUR.

Non pas un Village, un… Comment diable est-ce que je vous dirois bien ? un… Cela ne fait rien ; c’est sur le chemin toujours.


La COMTESSE.

Hé bien ?


Le COMMANDEUR.

Ne vous inquiétez pas ; vous ne perdrez pas un mot de l’histoire. Je vis arriver à droite une voiture ; c’étoit une chaise de poste ; une chaise de poste ? attendez, non ; car il y avoit quatre personnes dedans.


L’ABBÉ.

C’étoit donc une berline ?


Le COMMANDEUR.

Ah, oui, une berline. Il y avoit dedans Madame de… Comment appellez-vous une Intendante…


La MARQUISE.

Ah, Madame de Bérouville ?


Le COMMANDEUR.

Non, non, ce n’est pas Madame de Bérouville ; c’est une grande femme.


La MARQUISE.

Madame de Roumont ?


Le COMMANDEUR.

Non, non, Madame de. De… Cela ne fait rien. Avec elle étoit son frere, un Maître des Requêtes, Monsieur de… un gros homme.


La COMTESSE.

Ah, Delgraviers ?


Le COMMANDEUR.

Non, ce n’est pas cela ; c’est de Du…


L’ABBÉ.

Du Grandbac ?


Le COMMANDEUR.

Non, ce nom là ne me revient jamais. Du… du… des… des… cela ne fait rien. L’Abbé de chose étoit à côté de Madame de… l’Abbé, c’est celui que nous connoissons tous, qui soupa l’autre jour chez Madame de… Hé, l’Abbé…


Le VICOMTE.

De la Veiniere ?


Le COMMANDEUR.

Non, l’Abbé, l’Abbé… Un gros visage.


Le BARON.

L’Abbé Despins ?


Le COMMANDEUR.

Non, l’Abbé… cela ne fait rien. Vis-à-vis de lui étoit le Marquis de… eh, vous savez bien qui je veux dire, qui a eu un Régiment il y a trois ans.


Le VICOMTE.

Un Régiment d’infanterie ?


Le COMMANDEUR.

Non, de Cavalerie ; le Régiment… un Régiment bleu.


Le BARON.

Mais ils le sont presque tous à présent.


Le COMMANDEUR.

Oui ; mais c’est le Régiment de…


Le VICOMTE.

Il n’y a qu’à prendre l’Etat Militaire.


Le COMMANDEUR.

Non, non je vous le dirai ; le Régiment… cela ne fait rien. Vous connoissez à présent les quarre personnes de la voiture ; comme ils alloient tourner pour aller du côté de…


La MARQUISE.

De Versailles ?


Le COMMANDEUR.

Non, non.


La COMTESSE.

C’est donc du côté de Paris.


Le COMMANDEUR.

Non, non, pour suivre le grand chemin. Il est arrivé tout d’un coup une chaise de poste qui… je ne me trompe pas, c’est une chaise, oui. La chaise s’est arrêtée ; il en est sorti… ils étoient deux ; c’étoit une diligence.


La MARQUISE.

Dites-donc ce qui est sorti ?


Le COMMANDEUR.

Monsieur de la… de la… un Conseiller ; non, un Président, Monsieur de la…


L’ABBÉ.

Monsieur de la Ferville ?


Le COMMANDEUR.

Non pas, non ; Monsieur de la…


La COMTESSE.

Le Président de Grandcour ?


Le COMMANDEUR.

Non ce n’est pas Grandcour. Le Président… cela ne fait rien. Le Président s’est jeté… Attendez, je crois que son nom me revient.


La MARQUISE.

Dites, dites, où s’est-il jeté ?


Le COMMANDEUR.

Tout-à-l’heure. Il tire sa montre. Comment diable ! Il est cinq heures & demie ; & l’Opéra nouveau que je veux voir. Il s’en va.


La MARQUISE.

Mais, Commandeur…


COMMANDEUR, revenant.

Ah-ça, ne me citez pas, parce qu’on n’est pas bien-aise dans ces cas-là… Il s’en va.


La COMTESSE.

Nous voilà bien instruits.


L’ABBÉ.

Je vous conterai ce que je sais en chemin.


Le VICOMTE.

Oui, oui, partons. La Vicomtesse viendra comme elle voudra ; peut-être point.


La COMTESSE.

Sonnez un peu, l’Abbé. Il sonne.


DUVAL.

Que veut Madame ?


La COMTESSE.

Les chevaux.


DUVAL.

Ils sont tout prêts il y a une heure.


La COMTESSE.

Allons-nous-en, Marquise. Ils sortent tous.


Fin du vingt-cinquieme Proverbe.


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Explication du Proverbe :

25. Promettre & tenir sont deux.



  1. On contrefait la jambe de bois, en la tenant roide & sans plier le pied.