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Proverbes dramatiques/La Veuve avare

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Proverbes dramatiquesLejaytome III (p. 269-293).


LA VEUVE
AVARE,

QUARANTE-CINQUIEME PROVERBE.


PERSONNAGES.


M. RENAUD DUBOULOIR, Avocat. Habit noir, perruque à nœuds.
Mad. DERUPERT, Veuve. En deuil de son mari.
LE CHEVALIER DE S. RIEUL. En habit uniforme d’infanterie.
LAPIERRE, Laquais de Mad. Dubouloir. Habit gris, boutons d’argent.


La Scène est dans le Cabinet de M. Dubouloir.

Scène premiere.

M. DUBOULOIR, LAPIERRE.


M. DUBOULOIR.

Lapierre ?


LAPIERRE.

Monsieur.


M. DUBOULOIR.

Est-il venu quelqu’un ?


LAPIERRE.

Oui, Monsieur, cette Veuve qui demeure ici près, Madame, Madame…


M. DUBOULOIR.

Ah ! Madame Derupert ?


LAPIERRE.

Oui, Monsieur, & puis Monsieur le chevalier de S. Rieul.


M. DUBOULOIR.

S. Rieul ?


LAPIERRE.

Oui, Monsieur.


M. DUBOULOIR.

Je ne le connois pas.


LAPIERRE.

Ils reviendront tous les deux. Ah ! tenez, voilà déjà Monsieur le Chevalier.


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Scène II.

M. DUBOULOIR, Le CHEVALIER.


M. DUBOULOIR.

Monsieur le Chevalier, voulez-vous bien vous donner la peine d’entrer ?


Le CHEVALIER.

Monsieur Dubouloir, je suis bien votre serviteur.


M. DUBOULOIR.

Asseyez-vous donc, Monsieur, s’il vous plaît. (Ils s’asseyent.)


Le CHEVALIER.

Monsieur, je suis Capitaine d’Infanterie, par conséquent très-peu riche ; mais j’avois un oncle qui devoit l’être beaucoup, parce qu’il étoit l’aîné de notre famille, & qu’il a toujours vécu dans la plus grande économie.


M. DUBOULOIR.

Il est donc mort ?


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur, il y a six mois. On m’a mandé qu’il n’avoit rien laissé ; c’est ce qui fait que je ne me suis pas pressé de venir. Mais comme il mangeoit fort peu, je ne comprends pas ce qu’est devenu son bien.


M. DUBOULOIR.

N’a-t-on pas fait un inventaire à sa mort ?


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur, mais l’on n’a rien trouvé.


M. DUBOULOIR.

En ce cas-là, Monsieur, vous n’avez pas droit de rien demander.


Le CHEVALIER.

Non, vraiment.


M. DUBOULOIR.

Mais à qui a été le peu qu’il y avoit ?


Le CHEVALIER.

À sa veuve ; car il n’a jamais eu d’enfans.


M. DUBOULOIR.

À sa veuve ? cela devient différent.


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur, d’autant qu’elle est très-avare.


M. DUBOULOIR.

Il y a tout lieu de croire que c’est elle qui retient ce qui devoit vous revenir de votre oncle ?


Le CHEVALIER.

Je le crois comme cela.


M. DUBOULOIR.

Mais son bien, de quelle nature étoit-il ?


Le CHEVALIER.

En très-bonnes terres ; mais tout cela a été vendu, & je crains qu’en l’attaquant, elle ne réponde que tout a été dissipé du temps de mon oncle.


M. DUBOULOIR.

C’est sûrement ce qu’elle répondra, s’il n’y a point eu de remplacement des fonds provenus de la vente de ces terres ?


Le CHEVALIER.

Je n’ai point d’argent à manger à plaider, ainsi je suis fort embarrassé.


M. DUBOULOIR.

Vous devez l’être en effet.


Le CHEVALIER.

Voilà pourquoi je m’adresse à vous, Monsieur, parce que vous êtes voisin de Madame Derupert, & que…


M. DUBOULOIR.

Quoi ! c’est Madame Derupert ?


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur, c’est la veuve en question.


M. DUBOULOIR.

Madame Derupert est très-avare, & si elle a envie de vous frustrer, je ne suis pas étonné qu’elle n’ait pas voulu placer ces fonds. Il pourroit très-bien se faire, si l’on n’a point de connoissance d’acquisitions, de contrats, que tout ce bien ne soit qu’en argent ou en papiers.


Le CHEVALIER.

Et comment le savoir ?


M. DUBOULOIR.

C’est très-difficile ; car c’est là le secret des avares & ils ne le confient à personne.


Le CHEVALIER.

Il n’y a donc aucunes ressources ?


M. DUBOULOIR.

Non, si vous êtes sûr qu’il n’y a ni fonds, ni contrats que l’on connoisse.


Le CHEVALIER.

Ah, Monsieur ! je suis un homme perdu !


M. DUBOULOIR.

Comment ne pouvez-vous pas vivre dans l’emploi que vous avez ?


Le CHEVALIER.

S’il n’y avoit que moi, ce ne seroit rien ; mais n’ayant plus de ressources, plus d’espoir d’avoir rien, de la succession de mon oncle ; je vais faire le malheur d’une personne que j’aime… Ah, Monsieur ! elle en mourra de désespoir !


M. DUBOULOIR.

Vous ne l’épouserez pas, & elle n’en mourra pas. Il n’y a que vous à plaindre dans ce cas-là.


Le CHEVALIER.

Si j’étois seul, j’aurois bientôt fini mon sort. Vous ne savez pas à quel point je suis malheureux. Monsieur, mon état est affreux !


M. DUBOULOIR.

Vous m’épouvantez !


Le CHEVALIER.

J’ai grand besoin de vos conseils, de vos secours… Je crains d’être poursuivi…


M. DUBOULOIR.

Quelle affaire avez-vous ?


Le CHEVALIER.

Monsieur, en arrivant à Arras où nous sommes en garnison, j’y devins amoureux, fou, d’une Demoiselle qui est réellement charmante.


M. DUBOULOIR.

À Arras ?


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur.


M. DUBOULOIR.

J’y connois beaucoup de monde.


Le CHEVALIER.

Eh bien, Monsieur, c’est la fille du Receveur des Tailles.


M. DUBOULOIR, avec étonnement.

Mademoiselle de Piremont ?


Le CHEVALIER.

Oui, Monsieur. Son pere est-il de vos amis ?


M. DUBOULOIR.

Beaucoup.


Le CHEVALIER.

Ah, Monsieur ! ne nous trahissez pas, je vous en conjure !


M. DUBOULOIR.

Achevez, achevez.


Le CHEVALIER.

N’ayant point de bien, je ne pouvois espérer de l’obtenir ; mais cela ne put diminuer mon amour. J’espérois encore de mon oncle, quoiqu’il n’eût jamais répondu à toutes les lettres que je lui ai écrites, lorsque j’appris sa mort, & en même temps qu’il ne m’avoit rien laissé.


M. DUBOULOIR.

Eh bien ?


Le CHEVALIER.

Les moyens que nous avions pris pour nous voir, Mademoiselle de Piremont & moi, nous ont plongés dans un abîme affreux.


M. DUBOULOIR.

Comment ?


Le CHEVALIER.

Elle est devenue grosse ; la crainte d’être exposée à la colère de ses parens, & son désespoir, si je ne voulois l’en sauver en l’enlevant, m’ont déterminé à m’enfuir avec elle à Paris, où nous sommes depuis huit jours, & tout prêts à mourir de misere, si vous ne trouvez pas quelques moyens de nous en tirer.


M. DUBOULOIR.

Monsieur, je n’abuserai pas de votre confiance en moi, & je ne vous ferai point de reproches sur le malheur où vous avez entraîné une malheureuse personne, que vous dites que vous aimez ; mais savez-vous à qui vous parlez ?


Le CHEVALIER.

Monsieur…


M. DUBOULOIR.

À son oncle, au frere de M. de Piremont.


Le CHEVALIER.

Ah, Monsieur ! faites de moi ce qu’il vous plaira ; mais je vous en supplie, ayez pitié de votre malheureuse niece, qu’elle ne soit pas la victime de mon imprudence, je me jette à vos pieds. (Il s’y jette, & M. Dubouloir le releve.)


M. DUBOULOIR.

Monsieur, que faites-vous ? Asseyez-vous, & écoutez-moi.


Le CHEVALIER.

Ah, Monsieur !…


M. DUBOULOIR.

Les regrets ne feront rien à ce qui est arrivé ; voyons le parti qui nous reste à prendre pour tout réparer. Il faut savoir s’il n’y a pas moyen de rien tirer de Madame Derupert. Je crois en imaginer un. Vous connoît-elle ?


Le CHEVALIER.

Non, Monsieur, je ne me suis point présenté à elle avant de savoir si j’avois droit de lui rien demander.


M. DUBOULOIR.

À la bonne-heure. Si je ne réussis pas, je me charge de tout arranger, vis-à-vis de mon frere, d’une façon ou d’autre. Je suis garçon ; je ne veux point me marier ; j’ai du bien, je le donnerai à ma niece, à condition qu’elle vous épousera.


Le CHEVALIER.

Quoi, Monsieur !


M. DUBOULOIR.

Point de remercimens…


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Scène III.

M. DUBOULOIR, Le CHEVALIER, LAPIERRE.


LAPIERRE.

Monsieur, Madame Derupert est là-dedans, qui demande à vous parler.


M. DUBOULOIR.

C’est justement elle que j’attendois. Monsieur le chevalier, entrez dans ce petit cabinet ; & vous en sortirez quand je vous appellerai.


Le CHEVALIER

Monsieur, permettez…


M. DUBOULOIR.

Ne perdons pas de temps : entrez, entrez là-dedans. (Le chevalier entre dans le cabinet.) Toi, Lapierre, quand je frapperai du pied, tu entreras, en criant au feu ; & tu diras qu’il est chez l’Epicier qui demeure à côté de Madame Derupert.


LAPIERRE.

Oui, Monsieur.


M. DUBOULOIR.

Tu te tiendras ici dessous : tu entendras bien ?


LAPIERRE.

Oh ! ne vous embarrassez pas.


M. DUBOULOIR.

Allons, fais entrer Madame Derupert. Ne dis rien à personne de cela.


LAPIERRE.

Non, non, Monsieur. Madame, donnez-vous la peine d’entrer. (Lapierre sort, quand Madame Derupert est entrée.)


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Scène IV.

Mad. DERUPERT, M. DUBOULOIR.


Mad. DERUPERT.

Je ne sais, Monsieur, si j’ai l’honneur d’être connue de vous ?


M. DUBOULOIR.

Oui, Madame, sûrement, j’ai cet honneur-là. Voulez-vous bien vous asseoir ?


Mad. DERUPERT, s’asseyant.

Monsieur, je n’entends pas du tout les affaires ; j’ai très-peu de bien ; je suis une pauvre veuve, bien à plaindre ; le peu que j’avois, mon mari l’a mangé.


M. DUBOULOIR.

C’est très-fâcheux, Madame, il ne falloit pas y consentir : pour une femme raisonnable comme vous, il est étonnant que vous ne l’ayez pas empêché.


Mad. DERUPERT.

Monsieur, il est vrai, je l’aurois dû ; mais un mari que l’on aime, est toujours le maître. Je lui avois apporté, en mariage, deux cents mille francs.


M. DUBOULOIR.

Et il ne vous reste plus rien ?


Mad. DERUPERT.

Monsieur, je n’ai eu ni mes reprises ni mon douaire ; & je suis réduite à vivre de très-peu de chose.


M. DUBOULOIR.

Mais, il n’étoit pas dissipateur ?


Mad. DERUPERT.

Monsieur, non, du moins on ne le croyoit pas ; & il est vrai que ce n’est pas le luxe qui nous a ruinés ; mais des mauvaises affaires qu’il a faites toute sa vie ; parce qu’il n’y entendoit rien, & qu’il a toujours été trompé par des fripons.


M. DUBOULOIR.

C’est très-malheureux !


Mad. DERUPERT.

Sa dernière passion, qui a achevé de nous ruiner, a été sa chymie : on lui avait fait accroire qu’il feroit de l’or, & l’on a mangé tout ce qu’il avoit, en opérations réitérées ; & quand on a vu qu’il n’avoit plus rien, on l’a abandonné.


M. DUBOULOIR.

Que vous reste-t-il donc ?


Mad. DERUPERT.

Environ deux mille francs de rente viagere, & voyez, Monsieur, comment, avec cela, répondre à un neveu qui prétend que son oncle est fort riche. On dit qu’il va arriver : je n’entends point les affaires, & je suis très-inquiète.


M. DUBOULOIR.

Mais le bien de votre mari étoit en contrats, en terres, sans doute, ainsi que le vôtre ?


Mad. DERUPERT.

Oui, Monsieur, mais tout cela a été vendu.


M. DUBOULOIR.

S’il ne reste rien en nature, absolument, son neveu ne peut rien avoir.


Mad. DERUPERT.

Non ?


M. DUBOULOIR.

Sûrement.


Mad. DERUPERT.

On m’avoit dit…


M. DUBOULOIR.

Sur quoi voulez-vous qu’il vous attaque, si vous êtes en regle ? Si vous avez fait un inventaire, vous le lui présenterez ; & s’il veut se porter héritier, il faudra qu’il commence par vous donner tout ce qui vous revient.


Mad. DERUPERT.

Vous avez bien de la bonté de me tranquilliser ; mais ne me fera-t-il pas des frais, toujours, s’il va me faire un procès sur ce qu’il me croit plus riche que je ne suis ?


M. DUBOULOIR.

Quand il le gagneroit, si vous n’avez rien, il n’aura rien.


Mad. DERUPERT.

En ce cas-là, je ne le crains pas.


M. DUBOULOIR.

Et vous avez raison. (Il frappe du pied.)


Mad. DERUPERT.

Monsieur, je vous ai bien de l’obligation de m’avoir tranquillisée. Je sens que j’ai bien fait de venir vous consulter.


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Scène V.

Mad. DERUPERT, M. DUBOULOIR, LAPIERRE.


LAPIERRE, criant sans paroître.

Au feu ! au feu ! au feu ! au feu !


Mad. DERUPERT, effrayée.

Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce que c’est que cela ?


M. DUBOULOIR.

Où allez-vous donc ? Attendez.


LAPIERRE, entrant.

Au feu ! au feu ! au feu !


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Scène VI.

Mad. DERUPERT, M. DUBOULOIR, Le CHEVALIER, LAPIERRE.


M. DUBOULOIR.

Lapierre, qu’est-ce que c’est ? (Il fait signe au Chevalier qui a ouvert la porte.)


LAPIERRE.

Eh ! Monsieur, c’est le feu qui est chez l’Épicier, ici près.


Mad. DERUPERT, éperdue.

Ah ! mon Dieu ! c’est à côté de chez moi. Je suis perdue ! (Elle veut s’en aller.)


M. DUBOULOIR.

Non, non, Madame, restez ici ; nous allons voir à sauver vos effets.


Mad. DERUPERT.

Eh ! Monsieur, ils seront perdus, brûlés, avant qu’on ait pu les découvrir !


M. DUBOULOIR.

Nous les trouverons, Monsieur & moi. (Le Chevalier sort du cabinet.)


Mad. DERUPERT.

Non, Monsieur, c’est dans l’épaisseur du mur, de l’argent, des papiers : laissez-moi aller, je vous prie.


M. DUBOULOIR.

Comptez sur moi.


Mad. DERUPERT.

C’est toute ma fortune ; il y a six cent mille francs, Messieurs !


M. DUBOULOIR.

Tranquillisez-vous ; ce ne sera, peut-être, rien.


Mad. DERUPERT.

Eh ! Messieurs ! je veux y aller absolument.


M. DUBOULOIR.

Je vous dis que vous n’avez rien à craindre. Vous voyez bien qu’on n’entend pas de bruit.


Mad. DERUPERT.

Tout est peut-être volé !


M. DUBOULOIR.

Tenez, voyez à la fenêtre : il n’y a pas la moindre apparence de feu.


Mad. DERUPERT.

Ah ! Monsieur !


M. DUBOULOIR.

Lapierre ! qu’est-ce que c’est que ce feu ! Il n’y a rien, n’est-ce pas ? (Il lui fait signe de dire que non.)


LAPIERRE.

Non, Monsieur, ce n’est rien.


Mad. DERUPERT.

C’est-il bien vrai, mon garçon ?


LAPIERRE.

Oui, Madame.


Mad. DERUPERT.

Ah ! mon Dieu, que j’ai eu de peur ! Je veux aller voir, toujours…


M. DUBOULOIR.

Madame, il n’y avoit point de feu, du tout, si vous voulez que je vous dise. Ceci n’est qu’une plaisanterie, & qui tournera, sûrement, à bien.


Mad. DERUPERT, étonnée.

Comment ?


M. DUBOULOIR.

Oui, j’étois pénétré de douleur, de voir qu’une honnête-femme comme vous, étoit réduite à avoir si peu de quoi vivre ; & pour m’assurer que vous disiez vrai, je vous ai fait donner cette allarme.


Mad. DERUPERT.

Quoi, Monsieur ! vous êtes capable d’une trahison pareille ?


M. DUBOULOIR.

Madame, ce n’est pas un crime aussi grand que celui de vouloir retenir le bien d’autrui.


Mad. DERUPERT.

Monsieur… paix donc.


M. DUBOULOIR.

Vous avez avoué, dans l’inquiétude où vous étiez, que vous aviez six cent mille francs, en argent & en papiers.


Mad. DERUPERT.

Moi ?


M. DUBOULOIR.

Oui, il n’est plus temps de dissimuler ; il faut nous en donner, absolument, la moitié.


Mad. DERUPERT.

Mais, monsieur, c’est un dépôt.


M. DUBOULOIR.

Eh bien ! si c’est un dépôt, je m’en vais faire mettre le scellé, chez vous, & vous faire renfermer jusqu’à ce que ceux à qui il appartient, se présentent. Voyez, déterminez-vous.


Mad. DERUPERT.

Monsieur, on n’use point, comme cela, de violence.


M. DUBOULOIR.

Pardonnez-moi ; on a ce droit vis-à-vis de ceux qui veulent nous ôter ce qui nous appartient. D’ailleurs, voilà Monsieur, qui est le neveu de votre mari ; il est le maître d’en user avec vous, comme il lui plaira.


Mad. DERUPERT.

Quoi, Monsieur ! vous êtes le chevalier de Saint-Rieul ?


Le CHEVALIER.

Oui, Madame.


Mad. DERUPERT.

Où me suis-je fourrée !


Le CHEVALIER.

Madame, consentez à ce que vous propose M. Dubouloir : ceci sera un secret, si vous le voulez.


Mad. DERUPERT.

Mais, Messieurs, si j’ai dit six cent mille francs, il n’y a pas cela, je me suis trompée.


Le CHEVALIER.

Eh bien ! nous partagerons.


Mad. DERUPERT.

Je ne vous donnerai jamais trois cent mille francs.


M. DUBOULOIR.

En ce cas, on mettra le scellé, comme je vous ai dit ; & puis vous n’aurez que ce qui vous revient de droit.


Mad. DERUPERT.

Allons, Messieurs, venez chez moi, puisqu’il le faut absolument.


M. DUBOULOIR.

Cela vaudra mieux que de plaider, Madame.


Mad. DERUPERT.

Ah ! Mon Dieu ! pourquoi suis-je venue ici ? (Elle sort.)


Le CHEVALIER.

Quelles obligations ! quels services !…


M. DUBOULOIR.

Vous êtes mon neveu. Finissons cette affaire, sans perdre un instant : nous irons chercher ma niece, après ; & j’aurai la satisfaction de faire votre bonheur, à tous deux : ne serai-je pas bien récompensé ? Allons, allons. (Ils s’en vont.)


Fin du quarante-cinquième Proverbe.


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Explication du Proverbe :

45. A Trompeur, Trompeur & demi.