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Proverbes dramatiques/Le Mari

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Proverbes dramatiquesLejaytome VI (p. 175-206).


LE MARI.

SOIXANTE-DIX-SEPTIEME PROVERBE.


PERSONNAGES.


M. DE MONDOUX. Habit de velours noir, boutonné, veste d’or, perruque à nœuds, épée & chapeau.
Mad. DE MONDOUX, mise avec prétention.
LE VICOMTE DU SOLMARE. Tous bien mis.
LA MARQUISE DE BELMIERE.
LE CHEVALIER DE SAINT-CLAIR.
LA COMTESSE DE NERVILLE.
LE BARON D’ORNBRUCK.
LE GRIS, valet-de-Chambre de Madame de Mondoux. Petit habit galonné, la veste de même.


La Scène est chez Madame de Mondoux, dans le Sallon.

Scène premiere.

LA MARQUISE, LA COMTESSE.


LA MARQUISE

Savez-vous bien, Comtesse, que si vous n’étiez pas arrivée, je m’en allois ?


La COMTESSE.

Pourquoi donc cela ? Je vous avois dit que je soupois ici.


LA MARQUISE.

Sûrement : mais comment trouvez-vous cette petite impertinente de Madame de Mondoux, de nous prier à souper vous & moi, & de n’être pas encore rentrée ?


La COMTESSE.

Est-ce que vous prenez garde à ce que fait cette espece-là ?


LA MARQUISE.

Non, vous avez raison, Marquise.


La COMTESSE.

Moi, j’y viens, parce je vous y trouve. A propos, le Vicomte vient-il ici ce soir ?


LA MARQUISE.

Oui. Et le Chevalier de Saint-Clair ?


La COMTESSE.

Il viendra aussi ; il doit amener le Baron d’Ornbruk.


LA MARQUISE.

Le Baron ? Je l’aime tout-à-fait, il est étonné de tout ce qu’il voit en France ; cela me divertit on ne peut pas davantage.


La COMTESSE.

Mais voyez donc, si cette petite créature-là arrivera !


LA MARQUISE.

Son mari, ne paroît pas non plus.


La COMTESSE.

Ah, le pauvre homme ! laissons en paix sa cendre.


LA MARQUISE.

Tant que vous voudrez, car à peine le connois-je.


La COMTESSE.

Moi, je le plains véritablement.


LA MARQUISE.

Vous le plaignez ?


La COMTESSE.

Oui, sa femme le rend le plus malheureux du monde ; elle est née avec très-peu de bien, & elle ne méritoit pas d’avoir un homme comme celui-là.


LA MARQUISE.

Mais, n’est-ce pas une espèce d’automate ?


La COMTESSE.

Elle voudroit le faire croire, & je ne suis pas surprise que vous le pensiez, d’après ce que vous avez pu voir ; mais c’est un homme doux, & qui souffre tranquilement ce que fort peu d’hommes endureroient. Il faut que ce soit le fruit de ses réflexions & de son étude ; car on m’a assuré qu’il avoit beaucoup d’esprit ; mais qu’il aimoit la paix.


La MARQUISE.

En ce cas-là, je le plains d’avoir une pareille femme ! Est-ce que vous ne trouvez pas qu’elle le traite avec un mépris, un dédain ?…


La COMTESSE.

Cela est révoltant, vous dis-je.


La MARQUISE.

J’ai soupé ici trois fois, sans savoir qui c’étoit.


La COMTESSE.

Tout de bon ?


La MARQUISE.

Au vrai.


La COMTESSE.

Vous êtes délicieuse ! & pourquoi ne le demandiez-vous pas ?


La MARQUISE.

Je n’y ai jamais pensé, seulement.


La COMTESSE.

La voici pourtant. .


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Scène II.

LA COMTESSE, LA MARQUISE, Mad. DE MONDOUX.


Mad. DE MONDOUX.

Mon Dieu, Mesdames, je vous demande bien pardon de rentrer si tard, il m’a été absolument impossible de faire autrement ; & puis l’heure m’a surpris. Je ne croyois pas qu’il fût neuf heures.


La MARQUISE.

Madame votre mere est-elle encore malade ? avez-vous été obligée de rester chez elle ?


Mad. DE MONDOUX.

Non, Madame, elle va très bien, & avez bien de la bonté.


LA COMTESSE.

Vous vous étés donc trouvée dans un des embarras des spectacles ? cependant à l’heure qu’il est, il ne doit plus y en avoir.


Mad. DE MONDOUX.

Non, ce n’est pas cela : je sors de chez la Vicomtesse de la Garance, qui garde sa chambre ; l’Abbé de Coursac est arrivé, qui nous a fait des histoires charmantes, jusqu’à présent ; c’est inconcevable l’esprit qu’il a !


LA MARQUISE, à la Comtesse.

Comment trouvez-vous cela ?


Mad. DE MONDOUX.

J’aurois bien voulu pouvoir vous l’amener à souper.


LA COMTESSE.

C’est un homme de mauvaise compagnie.


Mad. DE MONDOUX.

Point du tout, je vous assûre.


LA MARQUISE.

Pour moi, je ne l’ai jamais rencontré nulle part, & si quelqu’un s’avisoit de me l’amener, je ne le recevrois pas.


Mad. DE MONDOUX.

Mais je suis surprise que Madame de Roncelle & Madame de Bernille ne soient pas ici.


LA COMTESSE.

Elles auront sçu que vous étiez chez la Vicomtesse de la Garance, & elles ne se pressent pas.


LA MARQUISE.

Peut-être qu’elles attendent l’Abbé de Coursac quelque part.


Mad. DE MONDOUX.

Bon ! je suis bien étourdie ! elles m’ont mandé ce matin qu’elles alloient à Versailles.


La COMTESSE.

Oui, voilà comme on dit, pour se dégager, quand on trouve mieux ailleurs.


Mad. DE MONDOUX.

Le Vicomte de Solmare & le Chevalier de Saint-Clair, viendront sûrement. Nous avons aussi le Baron d’Ornbruk. Le connoissez-vous mes Dames ?


La MARQUISE.

Un peu.


Mad. DE MONDOUX.

C’est un Allemand, je crois. Ah, voilà le Vicomte.


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Scène III.

LA COMTESSE, LA MARQUISE, Mad. DE MONDOUX, LE VICOMTE, M. DE MONDOUX, LE GRIS.


LE GRIS.

Monsieur le Vicomte de Solmare.


LE VICOMTE, à Monsieur de Mondoux.

Monsieur, je vous assure que je ne passerai pas.


M. DE MONDOUX.

Monsieur, il m’est impossible…


Mad. DE MONDOUX.

Allons donc Vicomte, est-ce que vous ne connoissez pas Monsieur de Mondoux ?


LE VICOMTE.

Je vous demande pardon, Madame, & c’est pour cela…


Mad. DE MONDOUX.

En vérité, vous venez bien tard Vicomte, (à Monsieur de Mondoux qui salue les Dames.) Eh-bien, Monsieur, aurez-vous bien tôt fini de tourmenter ces Dames comme cela, avec vos révérences ? Vous les tenez debout ; allons, asseyez-vous.


M. DE MONDOUX.

Je veux rendre à ces Dames…


Mad. DE MONDOUX.

Oui, c’est bien la de quoi elles s’embarassent. Monsieur le Vicomte, & le Chevalier ?


LE VICOMTE.

Je le croyois ici. Madame la Comtesse, vous êtes sortie de bonne heure aujourd’hui, j’ai passé à votre porte à sept heures, vous veniez de partir.


LA COMTESSE.

Il est vrai ; j’ai eu tout plein d’affaires, & puis je voulois voir le second acte de l’Opéra que je n’avois pas encore vû. A propos, Vicomte, connoissez-vous l’Abbé de Coursac ?


LE VICOMTE.

Fi-donc ! pouvez-vous prononcer ce nom-là seulement ?


Mad. DE MONDOUX.

Monsieur le Vicomte, n’avez-vous pas soupé hier chez la Maréchale ?


LE VICOMTE.

Pourquoi cela ?


Mad. DE MONDOUX.

C’est qu’elle m’avoit dit qu’elle pourroit bien venir me demander aujourd’hui à souper, & je voulois savoir si elle vous en auroit parlé.


LA MARQUISE, ironiquement.

La Maréchale est à Versailles : car il y a aujourd’hui un grand souper chez l’Ambassadeur.


LE VICOMTE.

Qu’est-ce que vous dites donc, Madame ? elle y soupe.


La MARQUISE.

Je le sais bien.


LE VICOMTE.

Eh bien, c’est à Paris.


La MARQUISE.

Madame de Mondoux sait bien ce que je veux dire.


Mad. DE MONDOUX.

Oui, oui, elle est un peu comme cela, elle aime les fêtes.


LA COMTESSE, bas à la Marquise.

Je veux parler à Monsieur de Mondoux.


La MARQUISE, bas à la Comtesse & au Vicomte.

Et moi aussi. Vicomte parlez à Monsieur de Mondoux pour désespérer sa femme.


Mad. DE MONDOUX.

Qu’est-ce que vous dites donc Mesdames ?


LA COMTESSE.

Vous le saurez, Madame.


LA MARQUISE.

Monsieur de Mondoux, vous avez sans doute vu la Tragédie nouvelle ?


Mad. DE MONDOUX.

Oui, Madame, il y va toujours.


LA COMTESSE.

Eh-bien, Monsieur, qu’en pensez-vous ?


M. DE MONDOUX.

Madame…


Mad. DE MONDOUX.

C’est une piece qui me fait le plus grand plaisir !


LA MARQUISE.

Monsieur de Mondoux, en avez-vous été content ?


M. DE MONDOUX.

Je ne peux pas…


Mad. DE MONDOUX.

Non, il ne peut pas dire autrement. Il faudroit qu’il fût de bien mauvais goût.


LA COMTESSE.

Moi, je ne la trouve point bonne du tout.


Mad. DE MONDOUX.

Madame, je peux me tromper, je pense tout autrement.


LA MARQUISE.

Mais sachons le sentiment de Monsieur de Mondoux. J’ai en l’honneur de vous y voir à la premiere représentation, écouter bien attentivement.


M. DE MONDOUX.

Madame, quand je vais au Spectacle j’aime à le suivre.


Mad. DE MONDOUX.

La belle occupation ! & quand il revient, & que je lui demande qu’est-ce qui y étoit, il n’en sait jamais rien.


LA COMTESSE.

Oui ; mais il s’amuse de ce que l’on joue, cela vaut bien mieux.


Mad. DE MONDOUX.

Laissons cela, Mesdames, irez-vous bientôt à Champclos ?


LA MARQUISE.

Non, Madame. Monsieur de Mondoux, je veux absolument savoir ce que vous pensez de la piece.


Mad. DE MONDOUX.

Il vous dira de belles choses là-dessus !


LA COMTESSE.

Pourquoi non ?


LA MARQUISE.

Dites-donc, Monsieur de Mondoux ?


Mad. DE MONDOUX.

Allons parlez, puisque ces Dames le veulent.


M. DE MONDOUX.

Madame, je trouve l’exposition embrouillée, le nœud mal fait, & le dénouement, quoiqu’assez bon, prévu dès le second acte, ce qui ôte tout l’intérêt ; d’ailleurs il y a des vers boursouflés, qu’on admire toujours, & c’est tout.


LA MARQUISE.

Savez-vous que voilà le meilleur jugement que l’on en ait encore porté.


Mad. DE MONDOUX.

Moi, je soutiendrai qu’elle est très-bonne, car elle m’a fait le plus grand plaisir.


LA MARQUISE au Vicomte, bas.

Elle est désespérée.


LE VICOMTE, bas à la Marquise.

Cela est excellent !


La COMTESSE.

On avoit trop vanté cette piece-là, elle avoit été lue partout & applaudie outrageusement !


LA MARQUISE.

Voilà toujours ce qui arrive à ces ouvrages-là.


Mad. DE MONDOUX.

On la redonne pourtant demain.


LE VICOMTE.

Non, Madame, l’auteur l’a retirée.


LA MARQUISE, bas à la comtesse.

Cherchons encore quelque chose pour faire parler son mari.


La COMTESSE, bas à la Marquise.

Oui, oui, attendez que je pense.


Mad. DE MONDOUX.

Mes Dames, vous avez peut-être quelque chose à dire, & si Monsieur de Mondoux vous gêne…


LA MARQUISE.

Non, Madame, assurément.


Mad. DE MONDOUX.

Monsieur de Mondoux, si vous alliez examiner dans votre cabinet ce mémoire de ce matin… On vous avertira pour souper.


LA COMTESSE.

Non, Monsieur.


LA MARQUISE.

Nous ne le souffrirons pas.


Mad. DE MONDOUX.

Pourquoi. Allez donc, Monsieur.


LA COMTESSE.

Si Monsieur sort, nous nous en allons.


Mad. DE MONDOUX.

Vous vous moquez de lui : pourquoi ces façons-là ?


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Scène IV.

Mad. DE MONDOUX, LA COMTESSE, LA MARQUISE, LE CHEVALIER, LE BARON, LE VICOMTE, M. DE MONDOUX, LE GRIS.


LE GRIS.

Monsieur le Baron d’Ornbruck & Monsieur le Chevalier de Saint-Clair.


LE CHEVALIER.

Madame, vous voulez bien que j’aye l’honneur de vous présenter Monsieur le Baron d’Ornbruck ?


Mad. DE MONDOUX.

Vous me faites le plus grand plaisir, & je serai charmée de faire connoissance avec Monsieur le Baron.


LE BARON.

Madame, je suis plusqu’obligé à Monsieur le Chevalier, du grand satisfaction que j’ai auprès de vous.


LA MARQUISE.

Allons, Baron, finissez vos complimens & assoyez-vous.


LE BARON.

Je suis été encore à votre Hôtel hier, Madame la Marquise, mais je trouve point non plus ; je crois que c’est le mode en France de n’être point dans sa logis.


LE CHEVALIER.

Ah, Baron, il faut que je vous présente à Monsieur de Mondoux.


LE BARON.

Qu’est-ce Monsieur de Mondoux ?


LE CHEVALIER.

C’est le mari de Madame, que voilà.


M. DE MONDOUX.

C’est moi, Monsieur le Chevalier, qui vous prierai de me faire l’honneur de me présenter à Monsieur le Baron.


Mad. DE MONDOUX.

Cela est bien nécessaire. Monsieur le Baron, assoyez-vous donc.


LE BARON.

Madame, il faut bien que je dise à Monsieur que je suis charmé de faire avec lui mon présentation.


Mad. DE MONDOUX.

Vous êtes bien bon, Monsieur le Baron. Dites-moi, je vous prie, vous accoutumez-vous un peu ici ?


LE BARON.

Madame, je suis pas encore bien tout-à-fait. Je suis toujours embarrassé dans le maison avec les Dames.


LA MARQUISE.

Pourquoi donc cela ?


LE BARON.

J’ai été plus que trois semaines, que je croyois qu’il n’y avoit à Paris que des veuves.


LA COMTESSE.

Comment donc ?


LE BARON.

Parce que on soupe toujours chez le Dame, & le mari il n’est point de parole pour lui dans le prie à souper.


Mad. DE MONDOUX.

Mais vous soupiez avec lui.


LE BARON.

Je devine pas, je prenois pour un père, un frere, ou autrement.


LA MARQUISE.

Il est vrai que cela peut paroître comme il le dit à un étranger.


LE BARON.

Oh, je me trompe toujours, & puis je suis chez un veuve véritablement, & j’ai crois voir un mari ; je appelle de même comme le Dame, & cela il fâche le Dame ; c’est un tiable d’embarras.


LE CHEVALIER.

Cela lui est arrivé il y a deux jours, dans une maison où il soupoit.


LA COMTESSE.

Quoi, tout de bon ?


LE BARON.

Moi je savois pas ; j’ai dit ce Monsieur, il a l’air du maître ici, pour mon excuse, & cela il l’a plus fâché encore, je comprends pas pourquoi.


LA MARQUISE.

Ah, il est charmant !


LA COMTESSE.

Et chez qui cela lui est-il arrivé ?


LE CHEVALIER.

Chez Madame De l’Ormaux.


Mad. DE MONDOUX.

Ah, je n’en suis pas fâchée ; c’est une espèce de prude, qui trouve toujours du mal à tout ce qu’on fait.


LE CHEVALIER.

Elle n’a pas soupé à peine ; elle étoit dans un embarras, dans une colere secrette…


LA MARQUISE.

Cela devoit être délicieux !


LE CHEVALIER.

Aussi, j’aime bien à souper avec le Baron, à cause de tout cela.


LA COMTESSE.

Il le mène tous les jours dans de nouvelles maisons, & je suis sûre que ce n’est pas pour autre chose.


LE CHEVALIER.

Ah, pour lui faire connoître aussi ce pays-ci.


LE BARON.

Je suis fort obligé, Monsieur Chevalier.


LE CHEVALIER.

C’est avant-hier qu’il m’a bien réjoui par son étonnement.


LA MARQUISE.

Contez-nous donc cela.


Mad. DE MONDOUX.

Ah, je vous en prie, Monsieur le Chevalier.


Le CHEVALIER.

Madame, si vous priez, je n’hésiterai pas.


La COMTESSE.

Dites donc ?


Le CHEVALIER.

Nous étions engagés tous les deux chez Madame de la Persiere ; vous savez que quoiqu’elle soit toute des plus roturiere, qu’elle n’aime que les gens de qualité, qu’elle ne veut voir qu’eux, que les gens de son espece n’ont presque nulle liaison avec elle ?


La MARQUISE.

Oui, c’est-là sa manie.


La COMTESSE.

C’est une sotte créature !


La MARQUISE.

Son mari est un bon-homme.


La COMTESSE.

Fort plat.


Le CHEVALIER.

Entièrement nul dans la maison, & s’il y a une femme qui ait envie d’être veuve, c’est sûrement celle-là. Elle avoit rassemblé ce jour-là, comme on dit, & la Cour & la Ville, & véritablement, il y avoit chez elle la meilleure compagnie.


La MARQUISE.

Le Duc y étoit-il ?


Le CHEVALIER.

Le Duc, la Maréchale, je ne saurois vous dire qui n’y étoit pas, son mari se tenoit humblement dans un coin…


La COMTESSE.

Cela devient intéressant.


Le CHEVALIER.

Elle étoit humiliée de le voir là, elle lui faisoit des yeux pour l’engager à sortir. Il s’oppiniâtroit à ne rien entendre ; enfin, lorsqu’on se mit à table, elle fit si bien, qu’il n’eut pas de place, & elle l’envoya souper avec le Précepteur de son fils.


M. DE MONDOUX, consterné, à part.

Qu’entends-je ?


La MARQUISE.

Il y alla ?


Le CHEVALIER.

Sûrement.


Mad. DE MONDOUX.

Que vouliez-vous qu’il fît ? Monsieur de Mondoux, voyez donc pourquoi nous ne soupons pas.


M. DE MONDOUX, ferme & sérieux.

Vous allez le savoir Madame. (à part) C’en est trop. (Il sonne & parle à l’oreille de Legris). Vous entendez, qu’on ne perde pas un instant.


LE GRIS.

Oui, Monsieur.


Mad. DE MONDOUX, ricannant.

Je ris de l’étonnement du Baron.


Le CHEVALIER.

Oh, il a été confondu !


LE BARON.

Mais je comprends pas bien encore, pourquoi. C’est un histoire qui ne seroit point venu chez nous, je jure véritablement.


La MARQUISE.

Vous verrez bien autre chose ici.


LE BARON.

Et cela il fait rire le monde à Paris ?


Le CHEVALIER.

Et pourquoi pas ?


LE BARON.

Vous êtes une nation, il n’y a point comme cela dans les autres Pays, & si j’ai vu beaucoup dans les voyages.


La COMTESSE.

Mais dites donc, Chevalier ; Monsieur de la Persiere avoit-il l’air fâché, du moins ?


Le CHEVALIER.

Ma foi, nous n’y avons pas pris garde, nous n’avons été occupés que de nous regarder & de rire.


La MARQUISE.

Ah, je le crois ! & qu’a dit le Duc ?


Le CHEVALIER.

Oh, il est excellent à entendre là-dessus, la maniere dont il conte cette histoire, est à faire mourir de rire !


La COMTESSE.

Moi, je la trouve très-plaisante, ne trouvez-vous pas Madame de Mondoux ?


Mad. DE MONDOUX.

Oui, Madame, elle est très-bonne.


LE GRIS, à M. de Mondoux.

Monsieur tout est prêt.


M. DE MONDOUX.

Cela est bon.


Mad. DE MONDOUX.

C’est le souper, va-t’on servir ?


M. DE MONDOUX, à Mad. de Mondoux.

Madame, si vous voulez me donner la main…


Mad. DE MONDOUX.

Mais vous extravaguez ! c’est à ces Dames.


M. DE MONDOUX.

Non, Madame, je n’extravague point ; vous n’aurez pas l’honneur de souper avec elles, & moi je n’irai point souper avec le Précepteur de mon fils.


Mad. DE MONDOUX.

Qu’est-ce que cela veut dire ?


M. DE MONDOUX.

Que nous souperons ensemble, à Bondy.


Mad. DE MONDOUX.

A Bondy ?


M. DE MONDOUX.

Oui, Madame, à la premiere poste sur le chemin de ma terre de Champagne, où nous allons aller tous les deux, jusqu’à ce que vous ayez fait des réflexions plus mûres. L’histoire qu’on vient de conter, m’a déterminé à ce parti, qui est le seul à prendre pour vous & pour moi.


Mad. DE MONDOUX.

Mais, Mesdames, souffrirez-vous ?…


M. DE MONDOUX.

Ces Dames n’ont rien à dire à cela. Vous voyez que les gens du meilleur ton, blâment toute femme qui ne tient pas toute sa considération d’un mari raisonnable, ainsi il n’y a pas à hésiter…


Mad. DE MONDOUX.

Monsieur, je vous promets…


M. DE MONDOUX.

Je n’écoute rien. Mesdames, Messieurs, je vous dois le trait de lumiere qui vient de m’éclairer ; j’aime la paix, mais je ne veux point être avili aux yeux du monde, & encore moins aux miens. Soupez ici, si cela vous convient, je n’ose vous en prier, puisque je ne pourrai pas vous y faire les honneurs, plaignez-moi du moins, d’avoir été obligé d’en venir à cette extrémité. Il enmene sa femme.


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Scène V.

LA MARQUISE, LA COMTESSE, LE VICOMTE, LE CHEVALIER, LE BARON.


Le CHEVALIER.

Eh-bien, que dites-vous de cela, Mesdames, n’est-ce pas une aventure délicieuse ?


La MARQUISE.

Je vous avoue que je ne m’y attendois pas.


La COMTESSE.

Moi, je plains cette malheureuse femme.


LE VICOMTE.

Mais je vous ai entendu dire cent fois, qu’elle méritoit que son mari ne souffrît pas toutes ses impertinences.


La COMTESSE.

Il est vrai je le plaignois, mais c’est elle que je plains à présent.


Le CHEVALIER.

Regardez donc l’air étonné du Baron.


LE BARON.

Mais c’est que je ne comprends pas bien ; ce Monsieur sans se fâcher s’en va avec sa femme, & la souper pourquoi on nous a prié, il dit mange-vous, je n’ai jamais plus vu encore.


La COMTESSE.

Il est vrai que cela n’est pas commun.


Le CHEVALIER.

Il faut pourtant prendre un parti sur le souper.


La MARQUISE.

Eh-bien, venez tous chez moi, vous souperez un peu tard ; mais nous n’avons que cette ressource-là.


La COMTESSE.

Elle n’est pas mauvaise, Madame.


LE VICOMTE.

Allons, allons, Mesdames, ne perdons pas de tems.


La MARQUISE.

Nous jouerons ; n’est-ce pas, Baron ?


LE BARON.

Tout comme Madame, il voudra, je fais. Ils s’en vont.


Fin du soixante-dix-septieme Proverbe,


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Explication du Proverbe :

77. Qui se sent morveux, se mouche.