Récits populaires/3

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Traduction par J.-Wladimir Bienstock.
Stock (XIXp. 193-).


LE CIERGE
(1885)

Vous avez entendu qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.

Mais moi, je vous dis de ne pas résister à celui qui vous fait du mal.

(Matthieu, v, 38-39,)


C’était au temps des seigneurs. Il y en avait de diverses sortes. Certains n’oubliaient pas l’heure de la mort et craignaient Dieu ; ils avaient pitié des hommes. D’autres étaient de vrais chiens. Mais les pires de tous les chefs étaient ceux qui, d’anciens serfs sortis de la boue, étaient devenus maîtres à leur tour. C’étaient ceux-ci surtout qui faisaient la vie dure aux pauvres gens.

Dans un domaine seigneurial, il y avait un certain gérant. Les paysans faisaient la corvée. Les terres étaient vastes et bonnes : des cours d’eau, des prairies, des forêts. Il y en aurait eu assez pour tout le monde, pour le seigneur et pour ses paysans, mais le propriétaire avait pris pour gérant un domestique d’une de ses autres propriétés.

Le gérant accapara aussitôt toute l’autorité et pesa de tout son poids sur l’échine des paysans. Lui-même avait une famille : sa femme et deux filles, mariées. Il avait amassé déjà beaucoup d’argent ; il aurait pu vivre, et vivre sans pécher, mais il était insatiable et déjà endurci dans le mal. Il commença par imposer aux paysans des jours de corvée supplémentaires. Il fit construire une briqueterie, mit tout le monde sur les dents, hommes et femmes, et vendit les briques. Les paysans allèrent à Moscou se plaindre au seigneur ; mais rien n’y fit. Il les renvoya et laissa le gérant agir à sa guise. Celui-ci apprit que les paysans avaient porté plainte et voulut se venger. La vie des paysans devint plus dure encore. Parmi eux il se trouva de faux frères : ils dénoncèrent leurs camarades et s’évertuèrent à se nuire les uns les autres. Le trouble régna parmi eux et la rage du maître augmenta.

La situation s’aggravait de plus en plus ; le gérant en arrivait à tel point que tout le monde le craignait comme une bête féroce. Quand il traversait le village, on s’écartait de lui comme d’un loup, on se cachait n’importe où pour échapper à ses yeux. Le gérant s’aperçut de l’effroi qu’il inspirait et son irritation s’en accrut. Il se mit à accabler son monde de coups et de travail. Et les paysans souffrirent davantage encore.

Il arrive qu’on supprime de tels monstres.

Les paysans commencèrent à parler de supprimer le maître. Ils s’assemblaient souvent dans quelque coin et le plus hardi disait :

« Supporterons-nous encore longtemps ce brigand ? Mourir pour mourir, tuer une créature pareille n’est pas pécher. »

Un jour, avant la semaine sainte, il y eut réunion dans les bois : le gérant avait envoyé les paysans émonder la forêt. À l’heure du repas ils se réunirent et délibérèrent.

— Comment vivre maintenant ? dirent-ils. Il nous épuisera jusqu’au bout. Nous sommes exténués. Plus de repos ni jour ni nuit pour nous et pour nos femmes. Et s’il n’est pas satisfait, le fouet. Siméon est mort sous le fouet ; Anissius a péri dans les entraves. Qu’attendrons-nous encore ? Il reviendra ce soir et s’en donnera à cœur joie. Il suffirait de le tirer de son cheval, de lui donner un coup de hache, et tout serait dit. Nous l’enfouirons comme un chien et l’eau coulera par là-dessus. Seulement entendons-nous bien, soyons unis ; pas de défection !

Ainsi parla Vassili Minaïev. Il était le plus acharné contre le gérant, qui le fouettait toutes les semaines et lui avait pris sa femme pour en faire sa cuisinière.

Les paysans se concertèrent jusqu’à l’arrivée du gérant. Il parut à cheval et chercha noise aux ouvriers parce qu’ils ne taillaient pas les arbres comme il l’entendait. Dans les tas de branches coupées, il découvrit un petit tilleul.

— Je n’ai pas ordonné de couper les tilleuls ! fit-il. Qui a fait cela ? Avouez ou je fouette tout le monde.

Il se mit à chercher dans quelle rangée se trouvait ce tilleul.

On lui dénonça Sidor. Le gérant le frappa au visage si violemment que le sang jaillit. Il en fit autant à Vassili, sous prétexte que son tas n’était pas assez gros ; et il partit.

Le soir, les paysans se réunirent encore et Vassili parla :

— Eh bien ! vous autres, Vous n’êtes pas des hommes, mais des moineaux. Vous avez crié : — « Nous allons lui faire son affaire ! » et le moment venu, vous vous dérobez. C’est ainsi que les moineaux se réunissent contre le milan : « Point de lâcheté, point de défection ! » Et quand il arrive, tous disparaissent dans les orties. Alors le milan vient, prend ce qu’il veut et l’emporte. Les moineaux reparaissent : « Couic… couic… » Il en manque un. — « Qui manque ? Ivan. Tant pis, c’est bien fait. » C’est comme vous. Quand on ne veut pas reculer, on ne recule pas. Quand il a pris Sidor, il fallait s’approcher et en finir. Mais vous : « Point de lâcheté, point de défection ! » et lorsqu’il est venu tous ont disparu dans le buisson.

Les disputes devinrent de plus en plus fréquentes, et les paysans jurèrent de se débarrasser du gérant. Celui-ci annonça aux paysans, au cours de la semaine sainte, qu’ils auraient à labourer les terres pour l’avoine, pendant la semaine de Pâques.

Cet ordre irrita extrêmement les paysans. La semaine sainte, ils s’assemblèrent chez Vassili et recommencèrent à délibérer.

— S’il a oublié Dieu, s’il agit de la sorte, alors il faut le tuer pour de bon, disaient-ils. Nous n’en mourrons pas moins si nous ne le faisons pas.

Pierre Mikheev vint aussi. C’était un homme timide, et il n’aimait point prendre part aux discussions. Il vint cependant, écouta et dit :

— C’est un grand péché que vous méditez là, mes frères. Perdre une âme est chose grave. Il est facile de perdre l’âme d’autrui mais alors, comment s’en trouve-t-on soi-même ? Il fait le mal ? Le mal reste avec lui. Il faut le supporter, mes frères.

Vassili se fâcha :

— Il rabâche toujours la même chose : c’est péché de tuer un homme ! Certes, oui, mais quel homme ! C’est un crime d’en tuer un bon, mais un tel chien ! Dieu même le veut. Il faut tuer les chiens enragés, si l’on a pitié des hommes. Si on ne le tuait pas, ce serait un plus grand péché. À combien de gens fera-t-il encore du mal sans cela ! Et nous, si nous avons à expier sa mort, nous souffrirons pour les autres. On nous dira merci. Si nous n’agissons pas, il fera du mal à tout le monde. Tu dis là des sottises, Mikheev. Sera-ce un moins grand péché de travailler pendant la fête du Christ ? Mais toi-même tu n’iras pas ?

Mikheev répondit :

— Et pourquoi n’irais-je pas ? Si on m’envoie labourer, j’irai. Ce n’est pas pour moi que je travaille, et Dieu saura à qui incombe le péché. Nous devons seulement ne pas l’oublier. Ce n’est pas moi qui parle ainsi, mes frères. S’il fallait combattre le mal par le mal, Dieu l’aurait proclamé, tandis qu’il est dit, au contraire : si tu t’efforces de faire disparaître le mal, tu le prends sur toi-même. Ce n’est pas difficile de tuer un homme, mais le sang tachera ton âme. Tuer un homme, c’est ensanglanter son âme. Tu crois avoir tué un méchant, tu penses avoir détruit le mal… et tu t’aperçois que tu souffres d’un mal pire. Supporte le mal et tu le vaincras.

Après cela, les paysans ne prirent aucune résolution. Les avis étaient partagés. Les uns pensaient comme Vassili, les autres étaient du côté de Pierre et, pour ne pas pécher, préféraient patienter.

Le premier jour, le dimanche, on laissa les paysans observer la fête. Le staroste, avec les anciens, vint le soir annoncer qu’il y avait un ordre venant de la maison du maître : « Michel Séménovitch, le gérant, ordonne que tout le monde aille au labour demain. »

Le staroste traversa tout le village, annonça à tout le monde le travail du lendemain, assignant à ceux-ci les terres placées sur l’autre bord de la rivière, à ceux-là, celles qui bordaient la grand’route. Les paysans pleurèrent, mais n’osèrent pas désobéir. Le lendemain ils sortirent les charrues et se mirent à labourer.

On sonne l’office à l’église, le monde entier chôme la fête : les paysans travaillent.

Michel Séménovitch, le gérant, se leva assez tard, et fit le tour du domaine. Sa femme et sa fille, veuve, (elle était venue pour ces quelques jours de fêtes), s’habillèrent ; un domestique attela une petite voiture, et elles se rendirent à la messe. Elles revinrent, une servante prépara le samovar. Michel Séménovitch rentra aussi et l’on se mit à prendre le thé. Après le thé Michel Séménovitch alluma sa pipe et fit appeler le staroste.

— Eh bien ! As-tu installé les paysans au labourage ?

— Mais oui, Michel Séménovitch.

— Tout le monde y est-il ?

— Tout le monde. Je les ai conduits moi-même.

— Conduits, conduits… Travaillent-ils ? Vas-y voir et dis-leur que j’irai après dîner. Il faut qu’ils tracent une déciatine par deux charrues, et que ce soit bien fait. Si je trouve du mauvais ouvrage, je ne tiendrai pas compte de la fête…

— C’est bien.

Le staroste allait se retirer, quand Michel Séménovitch le rappela pour dire encore quelque chose, mais il se sentait embarrassé, il hésitait, enfin il dit :

— Voici de quoi il s’agit : Écoute bien ce que ces brigands disent de moi. Quels sont ceux qui profèrent des menaces, ce qu’ils disent ; rapporte-moi tout. Je les connais, ces brigands, ils ne veulent pas travailler, ils voudraient rester couchés, à ne rien faire. Bâfrer et faire la fête, voilà ce qu’ils aiment, et ils ne songent pas que si on laisse passer l’époque des labours, il sera trop tard. Écoute-les donc bavarder et raconte-moi tout ce qu’on dira. J’ai besoin de le savoir. Va. Mais raconte-moi bien tout !

Le staroste se détourna, sortit, monta à cheval et partit aux champs retrouver les paysans.

La femme du gérant ayant entendu la conversation du staroste avec son mari s’approcha de lui et lui adressa une prière. C’était une femme douce et de bon cœur. Quand elle le pouvait, elle apaisait son mari et défendait les paysans auprès de lui. Elle vint donc trouver son mari et lui adressa une prière :

— Michenka, mon ami, pour le grand jour, pour la fête de Notre-Seigneur, ne commets pas de péché, et, au nom du Christ, ne fais pas travailler les paysans.

Michel ne tint aucun compte des paroles de sa femme et lui rit au nez.

— Il y a donc bien longtemps que le martinet n’a caressé tes épaules, pour te montrer aussi hardie ? Ces choses-là ne te regardent pas.

— Michenka, mon ami, j’ai eu un rêve, à ton sujet, un mauvais rêve. Écoute-moi : ne fais pas travailler les paysans.

— Je te le dis, tu as probablement trop de graisse, et tu penses que le martinet ne te cinglera pas. Prends garde !

Séménovitch se fâcha, donna un coup de sa pipe sur la bouche de sa femme, la renvoya et lui ordonna de faire servir le repas.

Michel Séménovitch mangea une galantine de tête de veau, du pâté, du stchi au porc, un cochon de lait rôti, une soupe au lait et aux pâtes, but de l’eau-de-vie de cerises et finit par un gâteau sucré. Puis il appela la cuisinière et lui ordonna de chanter tandis que lui-même, prenant sa guitare, se mettait à danser.

Michel Séménovitch passe ainsi le temps gaîment, rotant, pinçant les cordes et lutinant la cuisinière.

Le staroste entre, salue, et se met à raconter ce qu’il a vu aux champs.

— Eh bien ! On laboure ? Finiront-ils leur tâche ?

— Ils en ont déjà fait plus de la moitié.

— Est-ce bien tracé ?

— Oui. Je n’ai rien vu de mal fait. Ils ont peur.

— Est-ce que la terre s’ouvre bien ?

— Très bien, elle se poudroie comme de la graine de pavot.

Le gérant garda le silence quelques instants.

— Et que dit-on de moi ? On m’insulte ?

Le staroste parut embarrassé. Michel Séménovitch lui ordonna de dire toute la vérité.

— Parle sans crainte. Ce ne sont point tes paroles que tu prononceras, mais les leurs. Si tu dis la vérité, je te récompenserai ; si tu me caches quelque chose, je te fouetterai. Ne te fâche point… Hé ! Katucha ! Donne-lui un verre d’eau-de-vie pour l’encourager.

La cuisinière alla chercher de l’eau-de-vie et l’apporta au staroste. Il but à la santé, avala le contenu du verre, s’essuya la barbe. « Tant pis, pensa-t-il, ce n’est pas de ma faute qu’on ne dise pas de bien de lui. Je dirai la vérité puisqu’il le veut. » Et il commença :

— On murmure, Michel Séménovitch, on murmure…

— Mais que dit-on ? Parle.

— On dit qu’il ne croit pas en Dieu.

Le gérant se mit à rire.

— Qui a dit cela ?

— Tout le monde. On dit aussi qu’il a commerce avec le diable.

Le gérant s’esclaffa.

— C’est bon. Mais raconte en détail. Qui parle de la sorte ? Que dit Vassili ?

Le staroste n’aimait point parler mal de ses camarades, mais depuis longtemps il était brouillé avec Vassili.

— Vassili crie plus fort que les autres.

— Et que dit-il ? Parle donc !

— Je n’ose le répéter… Il dit qu’il n’échappera pas à la mort impénitente.

— Ah ! fort bien ! Mais qu’attend-il ? Pourquoi ne me tue-t-il pas ? Il a donc les bras trop courts ? C’est bien, Vassili, tu auras ton compte. Et Tichka, le chien, lui aussi, n’est-ce pas ?

— Tout le monde dit du mal.

— Mais qu’est-ce qu’on dit ?

— C’est mal de le répéter.

— Pourquoi mal ? Allons, du courage ! Parle.

— Ils disent : Que le ventre lui éclate et que toutes ses entrailles en sortent !

Michel Séménovitch devint tout à fait joyeux et éclata de rire.

— Nous verrons quelles entrailles sortiront les premières. Qui est-ce qui a dit cela ? Tichka ?

— Mais personne ne dit de bien. Tous disent du mal et menacent.

— Eh bien ! Et Pierre Mikheev, que dit-il ? Il me maudit aussi, ce galeux ?

— Non, Michel Séménovitch, Pierre ne maudit pas.

— Et que fait-il ?

— Il est le seul qui ne dise rien. Il est étrange. Je l’ai regardé avec surprise, Michel Séménovitch.

— Et pourquoi ?

— Tous les paysans s’étonnent de sa conduite.

— Mais que fait-il donc ?

— C’est une chose tout à fait extraordinaire. Quand je me suis approché de lui, il travaillait sur une déciatine en talus près de Tourkino. J’arrive vers lui, et je l’entends chanter d’une voix si douce, si agréable… et sur la charrue quelque chose brille…

— Eh bien ?

— C’est comme un petit feu. Je le rejoins et je vois un cierge de cinq kopeks fiché dans la charrue. Le cierge brûle et le vent ne l’éteint pas. Devant moi il a secoué, changé de soc, et le cierge ne s’est pas éteint.

— Et qu’a-t-il dit ?

— Rien. Quand il m’a vu, il m’a souhaité la fête et s’est remis à chanter.

— Lui as-tu causé ?

— Non. Des paysans se sont approchés alors, et ont ri. « Ah !… ah !… disaient-ils, Mikheev ne pourra jamais assez prier pour que son travail de la semaine de Pâques lui soit pardonné. »

— Et qu’a-t-il répondu ?

— Une seule chose : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Il s’est remis à la charrue, a stimulé son cheval et a continué à chanter d’une voix douce. Et le cierge brûle toujours et ne s’éteint pas.

Le gérant ne riait plus. Il déposa sa guitare, laissa tomber sa tête sur sa poitrine, et resta rêveur. Il demeura ainsi absorbé un certain temps, puis il congédia la cuisinière, le staroste, passa derrière le paravent, se jeta sur son lit et se mit à soupirer et à geindre avec le bruit de roulage d’une charretée de gerbes.

Sa femme s’approcha pour lui causer. Il ne lui répondit pas. Il prononça seulement : « Il m’a vaincu, maintenant c’est mon tour. »

— Sors, dit-elle, va renvoyer les paysans de leur travail, cela se passera peut-être. Tu en as fait bien d’autres déjà, et tu n’as jamais eu cette frayeur-là. Pourquoi craindrais-tu maintenant ?

— Je suis perdu, répondit-il. Il m’a vaincu.

La femme répliqua :

— Le voilà qui répète toujours la même chose ! « Il m’a vaincu ! Il m’a vaincu ! » Va, renvoie les paysans de leur travail et tout ira bien. Va. Je vais faire seller le cheval.

On amena le cheval, et la femme de l’intendant persuada enfin à son mari d’aller aux champs donner congé aux paysans.

Michel Séménovitch monta à cheval et partit aux champs. Il dépassa la haie ; une femme lui ouvrit la grande porte cochère et il traversa le village. À la vue du gérant tous s’écartaient de lui et se cachaient, qui dans sa cour, qui dans son potager, qui dans un coin.

Le gérant traversa ainsi tout le village et gagna la porte de sortie. Cette porte était fermée. Il ne pouvait l’ouvrir en restant sur son cheval. Il appela, pour qu’on vînt lui ouvrir, mais personne ne parut. Il mit donc pied à terre, ouvrit lui-même et se disposa à remonter en selle. Il posa le pied dans l’étrier, et comme il lançait l’autre jambe par-dessus sa monture, l’animal prit peur à la vue d’un porc et se heurta contre la barrière.

Le gérant était lourd. Il manqua la selle et vint donner du ventre contre la barrière. Il y avait là une perche pointue plus haute que les autres. Il fut précisément projeté sur cette perche. Il se déchira le ventre et tomba sur le sol.

Les paysans revenaient de leur travail. Des chevaux, en reniflant, se refusèrent à franchir la porte. Les paysans regardèrent, et aperçurent alors Michel Séménovitch, étendu sur le dos, les bras en croix, les yeux vitreux, les entrailles pendantes, et tout baigné dans son sang ; un sang que la terre ne buvait point.

Les paysans épouvantés menèrent leurs chevaux par une autre route. Seul, Pierre Mikheev descendit, s’approcha du gérant, et, le voyant mort, lui ferma les yeux. Aidé de son fils, il attela une charrette, y plaça le cadavre, et le conduisit à la maison du maître.

Celui-ci, apprenant toute l’histoire, affranchit les paysans de la corvée.

Et les paysans comprirent alors que ce n’est point dans la vengeance, mais dans la douceur que réside la toute-puissance de Dieu.