Rabelais et ses éditeurs/III

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III

C’est à propos de Rabelais que la marche à suivre à cet égard a été tracée pour la première fois, si je ne me trompe ; dans les Conseils aux éditeurs futurs de Rabelais (Recherches, p. 138 et suiv.), M. Brunet a établi des règles purement objectives, il est vrai, mais qu’il est facile de généraliser et qu’on peut formuler ainsi :

Reproduire exactement le texte de la dernière édition revue par l’auteur ;

Relever les variantes de toutes les éditions antérieures faites avec son concours.

Ce n’est pas ainsi qu’on avait procédé jusqu’alors. En général, celui qui publiait les œuvres d’un auteur mort prenait une édition quelconque, et la reproduisait en corrigeant à sa guise, changeant les mots vieillis ou qu’il ne comprenait pas, redressant les hémistiches boiteux, suppléant par des vers de son crû ceux qui manquaient, etc. Quelquefois on conférait plusieurs éditions, originales ou non, adoptant les variantes qu’on trouvait les meilleures, même celles des éditions posthumes ; on offrait au lecteur un texte fait de pièces rapportées, que l’auteur aurait eu parfois de la peine à reconnaître.

Ainsi fit-on pour Rabelais en particulier. Les éditeurs du seizième et du dix-septième siècle reproduisaient tout bonnement l’édition qui leur tombait sous la main, la première venue. Le Duchat consulta un grand nombre d’éditions ; mais il n’eut pas à sa disposition quelques-unes de celles qui lui auraient été les plus utiles. D’ailleurs, le chaos des éditions anciennes n’était pas encore débrouillé ; le Duchat ne connut pas l’importance de celles qui lui manquaient, et il accorda trop de confiance à des réimpressions inexactes ou incomplètes. Ceux qui sont venus après lui n’ont pu éviter complétement l’écueil dans lequel il est tombé.

Ce n’est réellement qu’après la publication des Recherches de Brunet qu’il a été possible de songer à une édition définitive de Rabelais.

Cette édition fut entreprise à peu près vers le même temps par MM. Burgaud des Marets et Rathery, d’une part, et de l’autre par M. Jannet.

L’édition des premiers parut en 1857-1858, chez MM. Didot, en deux volumes grand in-18. Elle est épuisée ; on la réimprime en ce moment.

M. Jannet fit paraître en 1858, dans la Bibliothèque elzevirienne, le premier volume de son édition, contenant les trois premiers livres du roman de Rabelais.

Cette édition n’ayant pas été continuée, M. Jannet en a commencé une nouvelle chez M. Picard, en 1867. Celle-ci formera six volumes in-16, dont cinq ont déjà paru.

L’édition de M. Marty-Laveaux se composera de cinq volumes petit in-8. Le premier livre, formant un demi-volume, est en vente.

Celle de MM. A. de Montaiglon et Louis Lacour aura trois volumes grand in-8. Le premier vient de paraître.

Ces deux dernières éditions, imprimées avec luxe, en caractères antiques, sur papier vergé, sont d’un prix élevé. Celle de M. Jannet, imprimée également en caractères antiques, est d’un prix très-modique, ainsi que celle de MM. Burgaud des Marets et Rathery. Mais il existe entre ces diverses éditions des différences autrement importantes que celles qui résultent du format, du papier et du prix.