Recherches sur la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère/CHAP. VII

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Aimé Girard
Chapitre VII. Résultats agricoles de 1885 à 1895.





CHAPITRE VII.


RÉSULTATS AGRICOLES OBTENUS DE 1885 A 1891.



De 1885 à 1888 inclusivement je suis resté seul à pratiquer, tant à Joinville-le-Pont qu’à Clichy-sous-Bois, les procédés culturaux dont, progressivement, j’avais reconnu l’influence sur les rendements en poids et en richesse des récoltes de pommes de terre. C’était alors, à proprement parler, une période d’essais ; peu à peu j’avais agrandi les surfaces cultivées ; en 1888, j’avais porté l’une de ces surfaces à 1 hectare, c’est-à-dire à l’unité culturale : j’ai indiqué précédemment les résultats que cette période avait fournis[1].

C’est à la fin de la campagne de 1888 seulement, alors que ma confiance dans ces procédés a été bien établie, que je me suis décidé à les faire connaître, et immédiatement j’ai cherché à en faire profiter la culture française.

Un moyen essentiellement pratique s’offrait à moi pour y parvenir parmi les variétés que j’avais cultivées dès 1885, il en était une particulièrement remarquable, qu’un cultivateur regretté, Boursier, de Compiègne, avait, à peu près à la même époque que moi, importée d’Allemagne, mais dont la connaissance était restée limitée à son voisinage. A cette variété on donne le nom de Richter’s Imperator ; je l’avais vue, dans de bonnes conditions de culture, fournir à l’hectare 40000kg et même 44000kg de tubercules riches, quelquefois, à près de 20 pour 100 de fécule.

J’ai pensé que de si hauts rendements feraient sur l’esprit de nos cultivateurs une impression profonde, et j’ai été ainsi conduit à prendre cette variété comme type pour la vulgarisation des procédés culturaux dont l'expérience m'avait fait reconnaître l'efficacité.

Je trouvais ainsi l'avantage de faire connaître à la fois, d'un côté la meilleure variété rencontrée jusqu'à ce jour, d'un autre les procédés nécessaires à la production des hauts rendements.

Sur la récolte faite en 1888 à Joinville, j'ai été autorisé par M. le Ministre de l'Agriculture à prélever 6000kg de plant sélectionné par mes soins pour en confier la culture à une quarantaine d'agriculteurs qui, répartis sur divers points de la France, voulaient bien apporter à la poursuite de l'œuvre que j'avais entreprise le concours de leur haute expérience.

Ces 6000kg ont été distribués par lots de 100kg à 300kg, permettant par conséquent de planter, suivant les données indiquées par mes recherches sur la culture de la pomme de terre, des-surfaces de 3 à 10 ares. C'est d'ailleurs vers des régions diverses, principalement vers le Nord, l'Est et le Centre, que ces lots ont été dirigés.


Les résultats obtenus par mes collaborateurs ont, en général, dépassé mes espérances; quelques-uns de ces résultats cependant doivent être laissés de côté. Certains lots ont été répartis entre un trop grand nombre de personnes, et aucun renseignement précis n'a pu me parvenir; d'autres ont été cultivés dans des terres de jardin et ont fourni des rendements exagérés ceux-là doivent être rejetés, et c'est seulement aux essais faits dans les conditions de la grande culture qu'il convient de s'attacher.

Parmi les trente-trois expérimentateurs qui se sont placés dans ces conditions, seize ont suivi expressément mes indications ; dix-sept ont apporté au mode de culture que je conseille quelques modifications, les uns parce que, gravement malade à cette époque, je n'ai pu leur donner ces indications avec assez de détails, les autres parce qu'ils ont cédé à des habitudes locales.

Loin de me plaindre de ces modifications, je dois m'en féliciter tous ceux, en effet, qui se sont absolument conformés à mes conseils ont obtenu, en tubercules, des rendements variant de 32000kg à 44000kg à l'hectare, avec des richesses de 20,4 à 24,2 pour 100, représentant par conséquent à l'hectare des poids de fécule anhydre s'élevant de 6939kg au chiffre, inconnu jusqu'ici, de 9840kg.

Tous ceux au contraire qui, pour un motif ou pour un autre, se sont écartés des lignes que j'avais indiquées, qui, par exemple, ont fait en septembre un arrachage prématuré, ou bien qui ont planté des tubercules coupés et non entiers; ceux qui ont trop espacé le plant, ou bien fumé dans une proportion insuffisante, ont vu leurs rendements s'élever au maximum à 30000kg, et dans certains cas tomber à 16000kg, et même à 13300kg.

Les résultats obtenus par les premiers, rapportés à l'hectare, sont consignés dans le Tableau suivant, où les récoltes sont rangées d'après le poids de fécule anhydre que j'ai déduit de l'analyse (par liqueur d'iode titrée)[2] des tubercules que mes collaborateurs avaient bien voulu m'envoyer, en même temps que les chiffres de leur récolte.


Fécule anhydre
Poids
de tubercules à l'hectare.
pour 100
de tubercules.
Poids
à l'hectare.
MM kg kg
Desprez, à Cappelle (Nord) 
41,000 24,00 9,840
Cordier, à Saint-Rémy ((Haute-Saône) 
44,000 21,12 9,292
Hervaux, à Fresnoy-le-Luat (Oise) 
37,000 24,20 8,954
Pargon, au Neubourg (Eure) 
37,400 23,52 8,796
Thiry, à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle) 
36,000 23,86 8,593
Margottet, à Dijon (Côte-d’Or) 
39,600 21,20 8,395
Thierry, à Auxerre (Yonne) 
36,150 22,08 7,981
Aimé Girard, à Joinville-le-Pont (Seine) 
39,000 20,40 7,956
Fouquier d’Hérouel, à Vaux-sous-Laon (Aisne) 
36,044 21,95 7,912
Porion, à Wardrecques (Pas-de-Calais) 
36,000 20,40 7,344
Fievet, à Charleville (Ardennes) 
33,000 21,95 7,243
Benard Jules, à Coupvray (Seine-et-Marne) 
33,000 21,60 7,128
Vivier, à Melun (Seine-et-Marne) 
33,000 21,60 7,128
Philippar, à Grignon (Seine-et-Oise) 
32,600 21,40 6,976
Michel, à Saint-Dié (Vosges) 
32,125 21,60 6,939
Rabourdin, à Contin (Seine-et-Oise) 
32,000 20,40 6,728


De l'ensemble de ces chiffres, il résulte qu'en 1889 les seize cultivateurs qui ont bien voulu adopter absolument les procédés que j’avais cru devoir leur recommander ont, en moyenne, obtenu à l’hectare 36000kg de tubercules et 7900kg de fécule anhydre.

A côté de ces résultats, c’est chose certainement intéressante que de placer ceux qui ont été obtenus par les dix-sept cultivateurs qui, pour divers motifs, ont été conduits à modifier ces procédés dans l’une quelconque de leurs parties.

Cinq d’entre eux, insuffisamment renseignés, ont cru pouvoir arracher dans le milieu du mois de septembre alors qu’il convenait d’attendre la dernière quinzaine d’octobre ; les rendements qu’ils ont obtenus ont été, comme le montrent les chiffres suivants, de 20 pour 100 environ inférieurs aux rendements précédents.

Fécule anhydre
Localités. Poids
de tubercules à l'hectare.
pour 100
de tubercules.
Poids
à l'hectare.
kg kg
Arras (Pas-de-Calais) 
30,000 21,60 6,480
Chartres (Eure-et-Loir) 
28,832 23,70 6,833
Gondetz (Seine-et-Marne) 
27,500 20,40 6,610
Grandjouan (Loire-Inférieure) 
30,600 22,80 6,976
Gonesse (Seine-et-Oise) 
28,600 20,40 5,712


La moyenne, par suite de l’arrachage prématuré, s’est abaissée dans ce cas, pour les tubercules, à 29000kg, pour la fécule anhydre, à 6320kg.

Deux de mes collaborateurs, obéissant aux habitudes locales, n’ont pas suivi mes indications au point de vue de l’espacement du plan ; à l’arc ils n’ont placé que 220 poquets au lieu de 330 ; dans ce cas encore, le rendement s’est abaissé dans une proportion notable.

Fécule anhydre
Localités. Poids
de tubercules à l'hectare.
pour 100
de tubercules.
Poids
à l'hectare.
kg kg
Crépy-en-Valois(Oise) 
30,000 21,40 6,420
Bonvent (Côte-d’or) 
22,850 21,20 4,844


soit en moyenne 26900kg de tubercules et 5600 kg de fécule anhydre.

Cinq autres, se préoccupant de l’extension de la culture plus que de son intensité, ont planté les tubercules non pas entiers, comme je le conseille, mais coupés en deux ou trois fragments. L’abaissement est plus grand encore que précédemment.

Fécule anhydre
Localités. Poids
de tubercules à l'hectare.
pour 100
de tubercules.
Poids
à l'hectare.
kg kg
Châteauroux (Indre)[3] 
30,700 18,01 5,560
Tullins (Isère) 
22,150 20,88 4,625
Lézardeau (Finistère) 
19,528 19,70 3,847
Lunéville (Meurthe-et-Moselle) 
22,000 22,04 4,850
Arras (Pas-de-Calais) 
20,000 21,60 4,320


soit une moyenne de 22800kg de tubercules et de 4640kg de fécule anhydre.

Enfin, en dernier lieu, viennent cinq cultures conduites ou bien sur des terres de mauvaise qualité, ou bien sur des terres insuffisamment fumées, la dernière ayant été d’ailleurs fortement éprouvée par la maladie.


Fécule anhydre
Localités. Poids
de tubercules à l'hectare.
pour 100
de tubercules.
Poids
à l'hectare.
kg kg
Rennes (Ille-et-Vilaine) 
26,375 18,72 4,937
Limoges (Haute-Vienne) 
28,850 20,40 5,885
Aumale (Seine-Inférieure) 
13,300 20,00 2,660
Mesnil-la-Horgne (Meuse) 
16,154 20,00 3,230
Grand-Resto (Morbihan) 
20,000 20,00 4,000


Sur ces derniers résultats, évidemment accidentels, je n’insisterai pas.


Si concluants que soient les résultats qui précèdent, plus concluants encore devaient être ceux de la campagne de 1890. Au cours de cette campagne, en effet, la culture de la pomme de terre a rencontré en France des fortunes diverses.

Tandis que, dans la région du Nord-Est, nos départements frontières voyaient leurs récoltes gravement compromises par les pluies persistantes de juillet et d’août, tandis qu’au Midi une sécheresse excessive déterminait dès les premiers jours de ce mois l’arrêt de la végétation, cette culture aboutissait, sur la plus grande partie de notre territoire, à des résultats excellentes.

La diversité de ces conditions devait faire faire un pas considérable à la question de l’amélioration de la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France. Il en a été ainsi en effet, et de l’examen des résultats fournis en 1890, aussi bien par la grande que par la petite culture, il est permis de conclure que cette question est, aujourd’hui, pratiquement résolue.

Le nombre des collaborateurs qui, pour cette campagne, m’ont donné leur concours a été de 120 ; les uns avaient reçu du plant de Joinville en 1889 et ont pu, à l’aide de leurs premières récoltes, donner en 1890 une plus grande étendue à leur culture, les autres n’ont reçu du plant qu’en 1890. Quelques grands cultivateurs, en outre, qui, frappés des résultats publiés par moi en 1888, s’étaient procuré du plant d’Imperator soit en France, soit en Allemagne, ont bien voulu m’offrir leur précieuse collaboration. De telle sorte que cette année j’ai pu mettre en parallèle les résultats fournis par des carrés d’essai de quelques ares et par des cultures de plusieurs hectares.


Sur les 120 collaborateurs que j’avais réunis, il en est 92 dont les travaux ont pu être mis à profit.

Une dizaine, dont le zèle, sans doute, s’était refroidi ne m’ont fourni aucun renseignement ; quelques-uns ont été victimes d’accidents spéciaux inondations, ravages des champs par les sangliers, etc. ; d’autres ont, cette année encore, commis la faute de cultiver dans des terres de jardins, et ont obtenu des rendements fabuleux de 60000kg, 77000kg et même près de 100000kg à l’hectare. De ces résultats je n’ai pas voulu tenir compte ; ils n’ont rien à faire avec les conditions de la grande culture.

Systématiquement aussi, j’ai cru devoir laisser de côté tous les résultats obtenus sur des surfaces inférieures à are, quoiqu’on pût les compter parmi les plus beaux ; au point où la question est aujourd’hui parvenue, il m’a semblé que la limite inférieure des essais devait correspondre à l’étendue d’un petit champ de pommes de terre ; c’est pour ces motifs que 92 cultivateurs seulement figurent aux Tableaux qui vont suivre. Ces 92 cultivateurs doivent être répartis en trois groupes :

1° Ceux qui ont planté en terres fertiles, suivi exactement mes indications, et dont les cultures n’ont pas été sensiblement affectées par les conditions météorologiques ; ils sont au nombre de 57 ;

2° Ceux qui, cultivant en terres fertiles et n’ayant pas souffert des intempéries, ont cru pouvoir apporter aux indications que je leur avais données des modifications sérieuses ; ils sont au nombre de 15 ;

3° Ceux qui, placés dans de bonnes conditions, ont vu leur récolte compromise par les pluies, la maladie ou la sécheresse ; ils sont au nombre de 11 ;

4° Enfin, et ceux-ci forment certainement le groupe le plus intéressant, ceux qui, soit d’accord avec moi, soit de leur initiative privée, ont substitué une culture en terre médiocre ou pauvre aux cultures en terres fertiles qui avaient eu lieu jusqu’ici ces derniers sont au nombre de 9.


C’est du groupe formé par les cultivateurs qui ont suivi exactement mes indications que je m’occuperai en premier lieu ; ainsi que je l’ai indiqué tout à l’heure, ils sont au nombre de 57, et de suite, pour faire apprécier la valeur des résultats qu’ils ont obtenus, je dirai que ces résultats aboutissent à une production moyenne de 3715 kg de tubercules riches à 1 c)’r, 5o pour 100 de fécule, c’est-à-dire à une production de 7245 kg de fécule anhydre à l’hectare.

En comptant à 3fr, 5o seulement la valeur au quintal de tubercules aussi riches, c’est à l’hectare une recette brute de 1300 fr.

Aucune plante, jusqu’ici, n’avait fourni une masse aussi considérable de matière hydrocarbonée alimentaire ou industrielle sucre, fécule ou amidon ; aussi ne saurais-je trop vivement exprimer ma reconnaissance à ceux de mes collaborateurs qui, par leurs soins culturaux, ont obtenu ce magnifique résultat.

C’est dans les régions les plus diverses de notre territoire que ces résultats ont été obtenus ; j’ai pensé, si longue qu’en soit la liste, qu’il serait intéressant de faire connaître le nom de ceux auxquels ils sont dus et de mettre, en face de ces résultats, d’un côté l’étendue des surfaces cultivées, d’un autre l’indication de la localité où la culture a eu lieu. Plus d’un agriculteur trouvera, je l’espère, dans ces renseignements locaux, un encouragement à imiter son voisin. L’ordre suivant lequel les diverses régions se présentent dans le Tableau ci-après est celui que recommande mon savant collègue M. Levasseur.


RÉSULTATS OBTENUS EN TERRES FERTILES ET EN SUIVANT EXACTEMENT TOUTES LES INDICATIONS DONNÉES.



Fécule anhydre
Noms et localités. Surfaces cultivées. Rendement
en poids à l'hectare.
pour 100. à l'hectare.
Région du Nord-Ouest.
MM. h a kg kg
Morbihan 
Le Dain (Grand-Resto) 
20,00 32,500 19,56 6257
Ille-et-Vilaine 
Herissant (Rennes) 
4,44 48,000 19,71 9456
Loire-Infér. 
Godefroy (Grand-Jouan) 
8,00 44,000 17,00 7480
Manche 
Aubril (Sartilly) 
3,09 36,925 16,60 6129
Eure-et-Loir 
Garola (Chartres) 
33,66 41,191 18,60 7561
Eure 
Chabrol (Vernon) 
4,00 41,125 19,96 8208
Moutard (Fontenay) 
37,15 41,100 20,74 8254
Seine-Infér. 
Houzeau (Rouen) 
2,00 41,500 19,00 7885
Seine 
Aimé Girard (Joinville) 
4,50 53,700 19,71 10584
Aim" Girard (J"invi 
1.00,00 41,564 21,72 9027
Seine-et-Oise 
Rabourdin (Athis) 
2.70,00 34,000 18,14 6168
Flé (Maule) 
1,50 35,500 18,34 6511
Aimé Girard (Clichy-s-Bois) 
2,50 43 300 21,61 9357
Papillon (Aulnay) 
3,00 35,450 17,60 6296
Philippar (Grignon) 
5,00 37,000 17,76 6574
Tetard (Gonesse) 
5.56,00 31,380 31,24 6665
Poirrier (Behoust) 
2,00 45,500 18,98 8636
Seine-et-Marne 
Mir (Armainvilliers) 
3,00 37,400 18,81 7035
Cazaux (Melun) 
1,32 47,000 19,26 9052
Remond (Minpincien) 
3,10 39,677 18,48 7332
Benard (Coupvray) 
18,50 35,100 21,00 7371
Brandin (Gallande) 
2,16 33,796 17,76 6002
Hardon (Courquetaine) 
4,00 34,375 21,24 7301
Région du Nord.
Oise 
Michon (Crépy) 
3.00,00 35,000 20,48 7518
Somme 
Tanviray (Paraclet) 
1,80 35,087 18,34 6435
Pas-de-Calais 
de Roosmalen (Berthonval) 
3,00 32,000 18,72 5980
Éloi (Arras) 
3,00 31,700 19,32 6124
Nord 
Cordonnier (Bailleul) 
1,50 40,285 17,08 7905
Rendement Fécule anhydre
Noms et localités. Surfaces cultivées. en poids à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Nord-Est.
MM. h a kg kg
Haute-Saône 
Cordier (Saint-Remy) 
15,00 35,400 18,72 6606
M.-et-Moselle 
Harmand (Tantonville) 
3,00 40,300 18,24 7341
Vosges 
Michel (Raon-l'Étape) 
8,12 36,515 19,48 7108
Aube 
Dupont (Troyes) 
13,25 41,900 17,24 7223
Huot (La Planche) 
6,00 38,250 20,94 8009
Yonne 
de Fontaine (Fne la Gaillarde) 
1,00 37,710 18,14 6840
de Fo"taine (Viviers) 
1,00 32,640 18,10 5908
Beauvais (Brienon) 
1,00 45,400 18,28 8299
Geste (Auxerre) 
1,50 40,000 20,00 8000
Thierry (La Brosse) 
2,50 37,600 17,02 5855
Côte-d'Or 
Lyoën (Beaune) 
5,00 35,000 20,52 7182
Lamblin (Daix) 
2,00 33,600 20,16 7136
Saône-et-Loire 
Duverne (Montc.-les-Mines) 
2.00,00 37,600 18,36 6895
Pochon (Marboz) 
3,30 33,000 19,16 6322
Ain 
Grandvoinnet (Bourg) 
2,25 46,660 18,92 8499
Pochon (Marboz) 
3,30 33,000 19,16 6322
Région du Sud-Est.
Rhône 
Passot (Villié-Morgon) 
3,30 32,900 19,49 6990
Isère 
M. Perret (Tullins) 
52,00 33,000 18,82 6211
Région du Sud-Ouest.
Vendée 
Vauchez (Font.-le-Comte) 
4,25 40,160 19,20 7711
Région du Centre.
Loiret 
Gouët (Les Barres) 
9,50 36,452 18,71 6824
Loir-et-Cher 
Prillieux (Mondoubleau) 
2,40 32,100 20,72 6651
Cher 
Lepetit (Saint-Amand) 
10,00 40,000 19,26 7704
Indre 
Tréfault (Les Chezeaux) 
3,50 39,950 21,18 8501
Mallotée (Desle) 
3,00 43,500 18,14 7891
Allier 
Dulignier (Saint-Geran) 
3,50 44,500 17,16 7636
Bailleau (Pierrefitte) 
2,00 42,000 17,74 7156
Dujon (Gennetives) 
3,50 31,165 18,35 5718
Creuse 
Duvergier (Boussac) 
6,00 35,800 17,02 5093
Aveyron 
D'André (Rodez) 
5,00 35,700 20,16 7518

L’étude du Tableau qui précède fournit des renseignements importants.

En premier lieu, on ne peut s’empêcher d’être frappé de l’accord qu’il accuse entre les résultats des petites et ceux des grandes cultures on y voit, en effet :

3 cultures de 1 are
donner en moyenne 
38600kg
14 cultu"e de 1 à 3 ares
donner e" moyenne  
39900kg
22 cultu"e de 3 à 6 ares
donner e" moyenne  
38200kg
5 cultu"e de 6 à 10 ares
donner e" moyenne  
38200kg
5 cultu"e de 10 à 30 ares
donner e" moyenne  
37000kg
3 cultu"e de 30 ares à 1 hect.
donner e" moyenne  
38200kg
5 cultu"e de 1 à 5 hect.70
donner e" moyenne  
36060kg

Les moyennes sont, dans tous les cas, bien voisines et, dans chacun des sept groupes ci-dessus, on rencontre aussi bien des maxima de 40000kg et au-dessus, que des minima descendant jusqu’à 32000kg.


Comparée, d’autre part, à celle des années précédentes, la récolte de la variété Richter’s Imperator se présente, en 1890, avec un caractère personnel nettement accusé.

Les rendements en poids y sont ; d’un dixième environ, supérieurs aux rendements habituels ; la richesse en fécule y est moindre de 1 pour 100 environ.

En 1889, deux de mes collaborateurs seulement avaient atteint le poids de 40000kg à l’hectare ; cette année, j’en ai compté 22 sur 57 qui ont atteint et dépassé ce chiffre ; beaucoup s’en rapprochent et les rendements de 32000kg et 33000kg, qui en 1889 formaient la majorité, sont, cette année, les moins nombreux.

Par contre, la richesse moyenne qui, l’an dernier, s’élevait à 20,50 pour 100 environ, doit être, cette année, évaluée à 19,50 pour 100 ; en 1890, en effet, le quart seulement de mes collaborateurs a obtenu ou dépassé la richesse de 20 pour 100. Pour la moitié d’entre eux, cette richesse oscille entre 18 et 20 pour 100, et même on en voit une dizaine dont les tubercules ne contiennent, comme en 1888, que 17 à 18 pour 100 de fécule anhydre.

Tout compte fait, l’augmentation de poids compensant la diminution de richesse, c’est sensiblement à la même production de fécule à l’hectare qu’arrivent, dans l’ensemble, les cultures de 1889 et de 1890.

En 1890, comme en 1889, quelques-uns de mes collaborateurs, obéissant à des habitudes locales, ont cru pouvoir apporter aux procédés culturaux que je recommande diverses modifications.

Huit d’entre eux ont vu, malgré tous leurs soins, les indications qu’ils avaient données il leurs planteurs au sujet de l’espacement négligées par ceux-ci, et ce devient dès lors une étude intéressante que d’établir le rapport entre le nombre de tubercules placés par eux sur l’unité de surface et la récolte correspondante à l’hectare : ce rapport est mis en évidence par le Tableau suivant :

Nom des localités. Surface cultivée. Poquets à l'are. Poids récolté calculé à l'hectare.
ares
Loiret (Le Chesnoy) 
36,75 156 24160
Indre-et-Loire (Mettray) 
32,85 176 22300
Dordogne (Périgueux) 
34,53 260 21058
Marne (Reims) 
31,53 120 11800
Rhône (Faverges) 
34,00 240 26250
Aisne (Vic) 
37,00 100 24200
Côte-d'Or (Daix) 
35,00 200 25700
Vienne (Poitiers) 
37,00 100 14400


Toutes les conditions de la culture étaient, d’autre part, satisfaisantes, et c’est à des rendements de 32000 à 35000kg au moins que ces cultivateurs auraient dû voir leur récolte s’élever.

Aucun de mes collaborateurs n’a, en 1890, planté ses champs en tubercules coupés ; les conseils que j’ai donnés à ce sujet ont porté leurs fruits.

Plusieurs cependant ont, à ce propos, fait des expériences comparatives en plantant dans une même pièce deux parties d’égale surface l’une en tubercules entiers, l’autre en tubercules coupés.

Les résultats qu’ils ont obtenus dans ces conditions sont conformes au principe que j’ai posé et apportent à ma manière de voir sur ce sujet un appui précieux. Ces résultats sont les suivants :

Rendement à l'hectare planté en tubercules
MM. Entiers. Coupés.
Mir, Armainvilliers (Seine-et-Marne) 
37400 35200
Cordier, Saint-Rémy (Haute-Saône) 
42200 36600
Hérissant, Rennes (Ille-et-Vilaine) 
48000 25000
Gatellier, La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) 
28541 23750
Trefaut, Villedieu (Indre) 
39950 32750
Mallotée, Desle (Indre) 
39900 37000
Le Dain, Grand-Resto (Morbihan) 
32200 25900
Porion, Warderecques (Pas-de-Calais) 
23850 16300
Chenier, Rosey (Saône-et-Loire) 
35677 29350


Ces résultats comparatifs obtenus les uns dans de bonnes conditions culturales, les autres dans des conditions défavorables, établissent nettement la supériorité des plantations faites en tubercules entiers ; et la conclusion qu’il convient d’en tirer sera plus nette encore quand j’aurai dit qu’en 1890 l’un de mes collaborateurs les plus distingués, M. Duverne, de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), ayant planté 5 hectares, deux en tubercules entiers, et trois en tubercules coupés, a, sur les deux premiers, récolté 37600kg à l’hectare ; sur les trois autres, 31750kg seulement.

Les dangers que présente la plantation des tubercules coupés ont d’ailleurs été, en 1890 également, mis en évidence par un accident particulier ; à la suite des pluies de juillet, on a vu, en certaines localités, les tiges des pommes de terre atteintes par une maladie peu fréquente, dite pourriture du pied, dont M. Prillieux a établi la nature, et c’est toujours sur les pieds provenant de tubercules coupés que cette maladie s’est manifestée.

Des diverses conditions de succès sur lesquelles j’ai insisté dans toutes mes publications, celle qui a été le plus rapidement admise est certainement celle qui correspond à la profondeur des labours. Parmi mes collaborateurs de 1890, il en est bien peu qui n’aient profondément fouillé le sol destiné à leur plantation ; j’ai précédemment (p. 118) appelé l’attention sur l’infériorité des rendements qu’avaient obtenus ceux qui, sur ce point, ne s’étaient pas conformés à mes indications.

C’est à des résultats inférieurs également qu’ont abouti deux cultures qui n’avaient reçu que des fumures insuffisantes ; l’une a donné 30000kg à peine, l’autre est tombée à 16600kg.

Dans le nord-est de la France, ainsi que je l’ai précédemment rappelé, la culture de la pomme de terre a été, en 1890, contrariée par des pluies persistantes et par des orages continus ; le mois de juillet tout entier, une partie du mois d’août, ont été ainsi perdus pour la végétation. La lutte contre la maladie au moyen des bouillies cuivriques n’a pu, dans ces conditions, être efficace. Aussitôt étendues sur les plantes, ces bouillies étaient lavées et emportées par la pluie ; aussi la maladie a-t-elle, dans les départements des Vosges, des Ardennes, de la Meuse, de la Haute-Marne, de la Loire, produit des ravages sérieux.

Onze de mes collaborateurs ont vu, sous cette influence, leur récolte compromise ; grâce au traitement par les sels de cuivre, cependant, cette récolte a pu, dans tous les cas, être partiellement sauvée et s’élever, malgré tout, à des rendements de 30000 kg et de 21000 kg, tandis que, dans la même région, les récoltes non traitées périssaient entièrement.


Si intéressants que soient les résultats qui précèdent, si démonstratifs que soient, d’un côté, les nombreux succès obtenus par les cultivateurs qui ont adopté les procédés que je recommande, d’un autre, les quelques insuccès auxquels ont abouti ceux qui n’ont pas tenu compte de mes indications, plus intéressants encore sont les résultats qui ont été obtenus par ceux de mes collaborateurs que j’ai rangés dans le quatrième groupe de la classification de 1890.

Jusqu’à cette année, c’est en terres fertiles exclusivement qu’avaient eu lieu, les cultures de mes collaborateurs et les miennes. Bien édifié sur les résultats que ces cultures en terre fertile peuvent fournir quand elles sont convenablement conduites, j’ai cru devoir, en 1890, aborder la question, plus importante encore, de la culture en terres médiocres ou pauvres.

Neuf de mes collaborateurs m’ont suivi dans cette voie ; ils ont, cette année, cultivé la Richter’s Imperator en adoptant exactement les procédés culturaux que j’ai indiqués, mais en plantant dans des terres de deuxième, troisième et même de quatrième classe, terres dont le loyer, pour quelques-unes au moins, ne dépasse pas 20 fr et même 15 fr l’hectare.

Les résultats fournis par ces cultures ont été singulièrement remarquables ; je les inscris ci-dessous :

Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement
à l'hectare.
pour 100. à l'hectare
MM. h. a,2 kg
Pargon, Neubourg (Eure) 
20,2 25000 1716 4310
Gatellier, La Ferté-sous-Jouarre (S.-et-Marne) 
26,2 27180 1752 4937
Thiry, Tomblaine (M.-et-Moselle) 
1.00,2 29900 1740 5902
P. Genay, Lunéville (M.-et-Moselle) 
50,2 21100 1848 3900
Guerrapain, Chaumont (Hte Marne) 
4,2 14074 1859 3188
F. d'Hérouët, V.-s-Laon (Aisne) 
10,2 29635 1658 4913
Blanc-Fontenille, Villebois (Charente) 
12,2 28300 1747 4944
Masquelier, Saint-Maur (Indre) 
15,2 24400 1992 4800
Brière, Culan (Cher) 
1,2 23200 1804 4196


Sur l’importance de ces rendements qui, pour des terres de médiocre ou de pauvre valeur, représentent une récolte moyenne de 25200kg, il est inutile d’insister ; comptée, en effet, à 3fr,50 les 100kg, cette récolte apporte une valeur de 882fr ; comptée à 3fr seulement, parce que la richesse moyenne ne dépasse pas 18 pour 100, elle assure encore une récolte de 756fr à l’hectare.

Les terres médiocres et même les terres pauvres sont, comme les terres fertiles, appelées à profiter du bénéfice qu’assure à la culture de la pomme de terre l’application de procédés rationnels.


Tels sont les résultats agricoles qu’a donnés, en 1889 et en 1890, l’entreprise que je poursuis depuis six années, et dont le but est l’amélioration de la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France.

Je ne crois pas me faire illusion en pensant que ce but est atteint aujourd’hui et que la démonstration pratique de l’efficacité des procédés culturaux que je recommande est, dès à présent, complète.

De tous côtés, les résultats que j’ai fait connaître sont accueillis avec confiance ; de tous côtés les cultivateurs veulent aborder la voie que j’ai ouverte.

Et, pour substituer à nos maigres récoltes de 12000kg à 15000kg à l’hectare des récoltes rémunératrices de 30000kg et 35000kg, pour produire sur cette surface des masses de 5000kg, 6000kg et même quelquefois davantage de fécule au lieu de 1000kg à 1500kg qu’on y a produit jusqu’ici, il ne reste plus qu’à faire pénétrer par l’exemple les procédés culturaux qu’une expérience personnelle de six années, que l’expérience de mes habiles collaborateurs de 1889 et 1890 m’ont autorisé à conseiller. Le succès n’est plus dorénavant qu’une question de propagande.


Résultats de la campagne de 1891.


Les procédés culturaux que j’ai cru pouvoir recommander il y a quatre ans, et qui, d’après mes recherches, doivent amener une transformation complète des conditions dans lesquelles la pomme de terre industrielle et fourragère est produite en France, se sont, en 1889 et 1890, propagées avec une rapidité que je n’aurais pas osé espérer ; leur propagation a fait en 1891 des progrès plus rapides encore.

Le nombre de mes collaborateurs a triplé ; les rendements élevés sont devenus plus nombreux, les insuccès sont devenus plus rares, l’heure des hésitations est passée, et les résultats que j’avais pressentis sont acquis désormais.


Pour résumer de suite ces résultats, je dirai qu’à la suite de la campagne dernière cent dix cultivateurs m’ont fait connaître des rendements en poids variant de 30000kg à 50000kg à l’hectare, rendements obtenus sur des surfaces dont plus du tiers, appartenant à la grande culture, varie de 20 ares à 11 hectares obtenues en terre fertile, ces récoltes ont mis entre les mains de leurs auteurs des tubercules dont la richesse moyenne atteint 20 pour 100 de fécule anhydre.

A côté de ces récoltes, vingt-trois cultivateurs m’ont fait connaître des rendements en poids obtenus dans des terres pauvres, d’une valeur foncière de 250fr à 300fr, dont la moyenne s’est élevée à 23000kg de tubercules d’une richesse sensiblement égale.

D’autres, parce qu’ils ont négligé de suivre les indications qu’ils m’avaient demandées, ont obtenu de moindres résultats ; d’autres encore ont eu à souffrir des intempéries et notamment de la sécheresse ; mais, même en ces circonstances, quel qu’ait été l’accident météorologique dont la culture a souffert, les rendements se sont toujours montrés supérieurs aux rendements que fournissent les procédés défectueux et surannés dont j’ai recommandé l’abandon.


Au commencement de la campagne dernière, trois cent cinquante cultivateurs environ m’avaient apporté leur concours : une centaine d’entre eux avaient, sur ma proposition, reçu de M. le Ministre de l’Agriculture 16000kg de plant trié de Richter’s Imperator récolté par moi à Joinville-le-Pont ; cent cinquante environ continuaient en 1891 la culture dont je leur avais distribué le premier plant en 1889 et 1890 ; une centaine enfin s’étaient procuré du plant en s’adressant soit au commerce, soit directement à la culture, qui déjà, à la fin de 1890, en possédait des approvisionnements notables.

De ces trois cent cinquante collaborateurs, beaucoup, à l’heure de la récolte, se sont dérobés. Des circonstances diverses, tantôt des absences forcées, tantôt l’impossibilité de surveiller les travaux, tantôt la résistance routinière des agents employés, avaient fait échouer la culture, d’où le désir bien naturel de ne me point communiquer les résultats de celle-ci. Ce n’est pas exagérer que d’évaluer à une centaine le nombre des collaborateurs de la première, mais non de la dernière heure, qui se sont trouvés dans ce cas.

D’autre part, dans les Tableaux statistiques que je présente à la Société, je n’ai cru devoir faire figurer ni les rendements qui ont été obtenus sur des surfaces inférieures à 1 a, ni un certain nombre de rendements excessivement élevés qui m’ont paru constituer de véritables tours de force, et ne répondre en aucune façon aux conditions d’une culture normale. Ces résultats, cependant, je ne les laisserai pas complètement de côté ; à un point de vue particulier, ils sont intéressants à signaler.

En somme, et ces éliminations faites, ce sont les résultats obtenus par 224 cultivateurs que je présente à la Société. Sur ce nombre :


Cultivant en terre fertile et suivant les procédés indiqués ont obtenu des rendements dont la moyenne s'élève à 36250kg de tubercules riches à 20 pour 100 
 110
Cultivant en terre pauvre et suivant les procédés indiqués ont obtenu des rendements dont la moyenne s'élève à 23000kg d'une richesse égale 
 23
Ont, volontairement en général, obligatoirement quelquefois, modifié les procédés indiqués : leur rendement qui aurait dû s'élever aux chiffres précédents, s'est abaissé dans des proportions variables, sans jamais atteindre le chiffre de 30000kg 
 68
Enfin ont été victimes des intempéries et particulièrement d'une sécheresse excessive 
 23



J’examinerai successivement les conditions dans lesquelles les uns et les autres se sont placés.

Mais d’abord, je m’arrêterai quelques instants en face des rendements extraordinaires auxquels, tout à l’heure, je faisais allusion.

Plusieurs expérimentateurs, en effet, ont, dans ces derniers temps, appelé l’attention sur des rendements de cette sorte qu’ils avaient récemment obtenus ; c’est une imprudence, à mon avis, que de présenter des résultats de cet ordre autrement que comme des curiosités ce sont jeux d’horticulteur, et la culture normale n’a rien à y voir.

Obtenir avec de bonnes variétés, dans un jardin dont la terre est profonde, meuble, largement fertilisée, des rendements de 8kg et même de 10kg au mètre carré est chose aisée, et il suffit alors de multiplier ces rendements par 10000 pour obtenir des rendements calculés de 80000kg, de 100000kg à l’hectare.

Déjà, l’année dernière, j’avais entre les mains de semblables rendements ; je n’ai pas cru sage de les citer ils auraient pu donner aux cultivateurs de dangereuses illusions ; mais cette année, c’est une nécessité que de les signaler, au contraire ; en voici quelques-uns

A Courseulles-sur-Mer, un physicien distingué, M. Ad. Martin, que sa santé a malheureusement éloigné de nous depuis quelques années, a, dans son jardin, et sur 0a,60, obtenu un rendement qui, évalué à l’hectare, représenterait 69696kg.

Un agriculteur de son voisinage, M. Grignon, a, sur 0a,44, récolté 400kg ; ce qui, à l’hectare, représenterait 91000kg.

M. Delarue, pharmacien au Havre, a, dans son jardin, de même, récolté 88kg sur 10mq ; ce qui, multiplié par 1000 seulement, représenterait 88000kg à l’hectare.

Je pourrais citer encore plusieurs chiffres du même ordre, je ne m’y attarderai pas ; je ne saurais cependant laisser dans l’ombre un ensemble de résultats qui, par les circonstances dans lesquelles ils ont été obtenues, méritent de fixer l’attention.

M. le Dr Labrousse, député de la Corrèze, auquel j’avais envoyé 400kg de plant de Richter’s Imperator trié de Joinville, a confié ce plant à douze cultivateurs de son département qu’il a su convertir aux procédés de culture améliorée que je recommande. Parmi ces douze cultivateurs, les uns ont cultivé 1a, les autres 2a ; l’un d’eux a obtenu un rendement qui, calculé à l’hectare, s’élève à 71000kg ; deux ont obtenu 62000kg et 63000kg ; six ont obtenu de 50000 kg à 60000kg ; trois seulement ont obtenu de 40000kg à 50000kg.

Et ce qui rend ces résultats plus intéressants encore, ce qui établit la valeur des procédés culturaux indiqués, c’est que, cultivant par les mêmes procédés, dans les mêmes terrains, les variétés ordinaires du pays et notamment le Chardon, ces mêmes cultivateurs ont obtenu des rendements qui, en aucun cas, n’ont été inférieurs à 33000kg, et se sont quelquefois élevées jusqu’à 40000 et 5000kg.

On s’étonnera peut-être que je n’aie pas utilisé, dans mes Tableaux statistiques, des rendements aussi beaux, qui auraient singulièrement élevé la moyenne de cette année je n’ai pas cru devoir le faire, parce que, obtenus dans des terrains où la couche végétale atteint om,6o et même 1m, ils m’ont paru constituer des exceptions ; mais il n’en est pas de même des récoltes faites en grande culture par M. le Dr Labrousse lui-même et par un de ses collaborateurs, M. Berthaud celles-ci trouveront leur place au milieu des récoltes normales.

J’ai cru cependant qu’il était bon de signaler tous ces résultats pour montrer les limites extrêmes des rendements auxquels la culture de la pomme de terre peut atteindre dans des terrains exceptionnels, et sans qu’il soit nécessaire de recourir à aucun procédé mystérieux.

Mais il est temps de revenir aux résultats obtenus par les cent dix cultivateurs qui ont bien voulu se conformer aux indications que je leur avais données.

Tous ont profondément labouré, largement fumé, planté régulièrement à l’écartement que je leur avais indiqué ; tous enfin ont choisi leur plant avec soin et traité leur culture par les composés cuivriques, dans les régions où la maladie constitue un danger habituel.

Ils en ont été récompensés pour eux, les récoltes les moins élevées ont été de 30000kg les plus hautes ont dépassé 45000kg.

La moyenne générale de leur rendement s’élève à 36250kg en poids. Comptés à 3fr, 50 les 100kg (et c’est un prix modeste pour des tubercules riches à 20 pour 100), c’est une recette de 1265fr par hectare que la pomme de terre leur a apportée.

Cette moyenne est presque égale à celle de l’année dernière (37157kg) ; mais, ce qui la rend particulièrement remarquable, c’est le grand nombre des cultures étendues qui l’ont fournie.

Parmi mes collaborateurs de 1890, en effet, je n’en comptais que 22 pour 100 dont la culture eût dépassé 10a ; 5 pour 100 dont la culture eût atteint 1ha ; en 1891, 18 pour 100 de mes collaborateurs ont cultivé des surfaces supérieures à 1ha et s’élevant quelquefois jusqu’à 10 et 11ha, 50 pour 100 ont étendu leur culture sur des surfaces comprises entre 10a et 1ha.

Les rendements obtenus par ces cent dix cultivateurs sont représentés sur le tracé graphique que je joins à cette communication ; l’importance de chacun d’eux s’y traduit par la hauteur de la bande verticale qui correspond au nom de chaque cultivateur.

Dans le Tableau statistique qui suit, sont indiquées en outre, en même temps que l’étendue des surfaces cultivées, la richesse de la récolte en fécule, et par conséquent la production de la fécule anhydre à l’hectare. Dans ce Tableau, les cultures sont rangées par région d’abord, par département ensuite, suivant l’ordre descriptif qu’a imaginé et que recommande M. Levasseur.

CULTURES RATIONNELLES EN TERRES FERTILES.


Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Nord-Ouest.
MM. h a kg kg
Finistère 
Bénac (Karengrimen) 
4,0 40000 " "
Morbihan 
Breuilpont (Cie de) (Sarzeau) 
5,0 48000 " "
Le Dain (Grand-Resto) 
60,0 39600 18,7 7405
Le Floch (Vannes) 
8,0 36000 " "
Petit (Vannes) 
1,5 46000 " "
Ille-et-Vilaine 
Herissant (Rennes) 
26,5 50000 18,0 9000
Loire-Inférieure 
Godefroy (Grand-Jouan) 
12,0 45000 22,5 10125
Maine-et-Loire 
Marcheau (Allones) 
1,6 39800 " "
Pottier (Allones) 
2,0 35100 18,7 6560
Mayenne 
Bidault (Commer) 
2,1 30465 19,1 6404
Maignan (Saint-Berthuin) 
3,8 35300 " "
Moreul (Laval) 
75,0 38160 20,6 7861
Riaudier-Laroche (Mayenne) 
3,6 35000 17,8 6230
Orne 
Blin (Domfront) 
3,4 30000 " "
Manche 
Aubril (Sartilly) 
13,0 46000 17,6 7100
Danlos (Montmartin-sur-Mer ) 
1,0 39000 " "
Laurence (La Rochelle) 
2,0 44000 18,7 8328
Sarthe 
Lespagnondette (Chât. du Loir) 
2,0 32500 18,7 6077
Eure-et-Loir 
Egasse (Chartres) 
3.00,0 40680 20,4 8299
Eure 
Delanoy (Les Andelys) 
1.50,0 48000 20,0 7793
Fleury (Saint-Pierre-d'Antils) 
2,0 41800 21,7 9070
Moutard (Fontenay) 
3.53,0 32800 20,4 7019
Pargon (Neubourg) 
19,0 32400 19,4 6285
Seine 
Aimé Girard (Joinvile-le-Pont) 
1.00,0 33250 21,4 7115
Petitpont (Choisy-le-Roi) 
5,0 30420 " "
Seine-et-Marne 
Bénard (Coupvray) 
62,0 31500 21,0 6515
Brandin (Galande) 
10,0 30000 " "
Debrousse (Nangis) 
3,0 30800 21,1 6499
Mir (Armainvilliers) 
18,0 33300 20,4 6793
Seine-et-Oise 
Fiaux (Dr)(Andilly) 
4,0 30000 " "
Flé (Maule) 
5.00,0 30000 20,4 6120
Aimé Girard (Clichy-sous-Bois) 
2,5 45580 21,4 9754
Papillon (Aulnay) 
7.00,0 30000 " "
Philippar (Grignon) 
8,0 33900 23,9 7887
Poirrier (Behoust) 
1.34,0 39300 21,7 8528
Poupinel (Saint-Arnoult) 
18,8 32050 21,4 6859
Roy (Andrésy) 
1,3 38000 " "
Tétard et fils (Gonesse) 
11.00,0 33629 21,2 7129
Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Nord.
MM. h a kg kg
Oise 
Hervaux (Fresnoy-le-Luat) 
3.00,0 33000 " "
Pas-de-Calais 
Coëtlogon (de) (Cocove) 
5,0 44800 19,9 8926
Éloi-Létevé (Arras) 
5,0 30000 18,0 5400
Roosmales (de) (Berthonval) 
7,0 30700 " "
Nord 
Cordonnier (Bailleul) 
22,0 36200 " "
Desprez (Cappelle) 
1,0 37889 " "
Vouters-Delporte (Halluin) 
3,0 31000 " "
Aisne 
Droguet (Chauny) 
6,0 33000 " "
Fiaux (Dr) (Château-Thierry) 
1.00,0 35000 19,5 6825
Tartier (Valpriez) 
10,0 34980 16,7 6042
Région du Nord-Est.
Meuse 
Bachelier (Saint-Benoist) 
33,0 31000 20,4 6324
Marne 
Brion (Monthaon-Bagneux) 
4.00,0 31250 22,1 6937
Wargnier (Courcelle) 
3,0 44000 " "
M.-et-Moselle 
Harmand (Tantonville ) 
45,0 45000 19,9 8955
Louis Antoni (Tomblaine) 
10.00,0 41500 " "
Thiry (Tomblaine) 
1.00,0 30900 21,0 6489
Aube 
Chuchu (Villemorien) 
5,0 32310 " "
Dupont (Troyes) 
5,0 32000 " "
Huot (Troyes) 
42,0 33000 23,2 7650
Masson (Mergey) 
5,0 37900 " "
Rible (Saint-André) 
5,0 33000 22,0 7260
Vosges 
Bertaud (Épinal) 
4,0 30700 18,0 5526
Fleurent (Celles-sous-Plaine) 
2,2 36050 19,1 6885
François (Grand-Busegny) 
1.00,0 34000 21,0 7140
Méline (Remiremont) 
1,5 33500 19,6 5661
Michel (Raon-l'Étape) 
30,0 33945 19,1 6865
Vauthier (Moyemont) 
1,0 34000 " "
Yonne 
Thierry (La Brosse) 
12,5 33120 23,2 7863
Geste (Auxerre) 
10,0 43000 21,4 9200
Côte-d'Or 
Lamblin (Daix) 
40,0 30000 21,2 9360
Maillard (de) (Villaine) 
19,0 33790 19,9 6724
Martin-Genoudet (Ruffey) 
20,0 30000 20,6 6180
Renaud (Bouvent) 
17,0 30600 21,2 6487
Doubs 
Bugnot-Colladon (Besançon) 
1.77,0 31100 20,6 6406
Saône-et-Loire 
Duverne (Montceau-les-Mines) 
3.00,0 34700 18,9 6558
Ain 
Grandvoinnet (Bourg) 
15,0 30085 " "
Rhône 
Cheysson (Chiroubles) 
5,0 36680 20,2 7409
Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Sud-Est.
MM. h a kg kg
Isère 
Caille (La Mure) 
5,0 35500 " "
Émery (Sérezin) 
1,0 41900 " "
Vaucluse 
Allier (Avignon) 
2,5 30160 16,5 4976
Hérault 
Théron (Colombières) 
1,0 33000 " "
Région du Sud-Ouest.
Ariège 
Soula (Foix) 
10,0 31000 19,5 6055
Basses-Pyrénées 
Sarrailh (Messein) 
9,5 32000 16,7 5311
Landes 
Germain (Mios) 
1,0 52000 21,4 11128
Lot-et-Garonne 
Lacombe (Clairac) 
20,0 30000 18,7 5810
Gironde 
Pioche (Sainte-Foy-la-Grande) 
5,0 45540 " "
Dordogne 
Béral (Frayssinet-le-Gelat) 
3,5 32000 21,5 6880
Charente 
Durand (La Chapelle) 
8,8 32800 22,1 7247
Charente-Inférieure 
Barthe (La Rigalleau) 
6,0 30000 " "
Vienne 
Beauchamp (de) (Lhommaizé) 
13,6 30000 16,5 4980
Région du Centre.
Loir-et-Cher 
Estienne (Beauval) 
26,0 41900 18,9 7919
Indre-et-Loire 
Bouillé (de) (Bourgueil) 
2,0 41625 19,5 7117
Dugué (Tours) 
3,0 42866 " "
Grondard (La Valinière) 
30,0 33155 22,0 7294
Plessis (du) (Mettray) 
10,4 43000 20,6 8858
Indre 
Guignon (Châteauroux) 
1,0 52000 " "
Leroy d'Airoles (Le Pin) 
2,4 33000 22,7 7491
Tréfault (Les Chezeaux) 
70,0 41910 22,8 9605
Cher 
Larger (Dr) (Reigny) 
10,0 21,2 6360
Lebocq (Dun-sur-Auron) 
2,0 47500 21,2 10070
Le Petit (Saint-Amand) 
2.00,0 30000 20,2 6060
Nièvre 
Mancheron (Varzy) 
20,0 47500 19,5 9262
Haute-Vienne 
Bruchard (de) (Chavaignac) 
33,6 35416 21,0 7437
Le Play (Ligoure) 
3.00,0 30000 " "
Mignon (La Jonchère) 
4,9 36250 16,3 5909
Tesserenc de Bort (Ambazac) 
19,5 30400 17,2 5229
Corrèze 
Labrousse (Dr)(Brive) 
20,0 51000 " "
Martin (Tulle) 
1,0 40800 " "
Rouhaud (Donzenac) 
10,0 48750 " "
Puy-de-Dôme 
Duvergier (Montel-le-Gelat) 
40,0 31000 17,6 5456
Loire 
Chandier (Nolhac) 
7,0 34800 19,3 6696
Cantal 
Savre (Aurillac) 
1,9 32630 18,7 6101

Cinquante et un de nos départements appartenant aux régions les plus diverses figurent dans cette statistique des cultures couronnées de succès ; d’où cette conclusion autorisée que la culture intensive de la pomme de terre, en appliquant à des variétés productives et riches les procédés culturaux que j’ai indiqués, peut être rémunératrice sur tout le territoire de la France.

Si l’on analyse les Tableaux que je soumets en ce moment à la Société, on reconnaît que, parmi les 110 cultivateurs dont j’expose en ce moment les résultats :

Un rendement de 30000kg à 35000kg a été obtenu par 
 59
Un rend"ment de .35000kg à 40000kg a été obtenu par 
 21
Un rend"ment de .40000kg à 45000kg a été obtenu par 
 16
Un rend"ment de .45000kg à 50000kg et au-dessus a été
obtenu par 
 14
Un rend
100


Ce serait d’ailleurs une erreur que de considérer les rendements les plus élevés comme appartenant en propre à des cultures, peu étendues est que par suite on pourrait être tenté de considérer comme ne relevant pas de la grande pratique agricole.

Quelques-uns des hauts rendements que signalent mes Tableaux sont fournis, en effet, par des cultures singulièrement développées, et, parmi celles-ci, je ne puis m’empêcher de citer particulièrement celle de M. Egasse, à Chartres, qui, conseillé par le directeur de la station agronomique, M. Garola, a, sur une pièce de 3ha obtenu un rendement de 40680kg à l’hectare ; celle de M. Antoni Louis qui, à Tomblaine, a, sur 10ha, obtenu 41500kg : celle même de M. Hérissant, à Rennes, qui, sur 26a,5, a obtenu un rendement de 50000kg ; de M. le Dr Labrousse, dont le rendement, à Brive, s’est élevé, sur 20a à 51000kg par hectare ; de M. Mancheron, qui, à Nevers, sur 20a a atteint le chiffre de 47500kg à l’hectare, etc.

En réalité, c’est suivant une proportion sensiblement égale que les divers rendements se répartissent entre les petites et grandes cultures. C’est ce que montre le Tableau de répartition ci-dessous :


Cultures. De 30000
à
35000.
De 35000
à
40000.
De 40000
à
45000.
De 45000
à 50000
et au-dessus.
Tot.
de 1 à 5a 
15 11 9 6 41
de 5 à 20a 
22 2 4 5 33
de 20 à 50a 
8 3 " 3 14
de 50a à 1ha 
1 2 1 " 4
de 1ha à 11ha 
13 3 2 " 18
59 21 16 14 110

Ce n’est pas d’ailleurs seulement par le rendement en poids qu’elles représentent que les récoltes précédentes se recommandent, c’est aussi par la grande richesse en fécule anhydre des tubercules. La plupart de mes collaborateurs m’ont, sur ma demande, envoyé un échantillon moyen de leur récolte tous ces échantillons ont été analysés ; ils étaient au nombre de 156, et j’ai pu ainsi, d’après leur teneur en fécule anhydre, les classer de la manière suivante :


28 ont fourni de 16 à 17 pour 100 de fécule anhydre.

17 ont fo"rni de 17 à 18 pou" 100 de fécule"anhydre.

26 ont fo"rni de 18 à 19 pou" 100 de fécule"anhydre.

26 ont fo"rni de 19 à 20 pou" 100 de fécule"anhydre.

28 ont fo"rni de 20 à 21 pou" 100 de fécule"anhydre.

28 ont fo"rni de 21 à 22 pou" 100 de fécule"anhydre.

12 ont fo"rni de 22 à 23 pou" 100 de fécule"anhydre.

28 ont fo"rni de 23 à 24 pou" 100 de fécule"anhydre.

22 ont fo"rni de 24 à 25 pou" 100 de fécule"anhydre.

21 a fournirni de24 à25 pou" 100 de fécule"anhydre.


Calculée d’après ces données, la moyenne de la campagne 1891 est égale exactement 20 pour 100 de fécule anhydre ; en 1890, elle n’avait été que de 19,5.

Si l’on considère les nombres d’échantillons correspondant chaque série, on reconnaît aussitôt que la presque totalité de ces échantillons (82 sur 100) possédait une richesse comprise entre 18 et 22 pour 100 ; les autres résultats, aussi bien ceux qui tombent à 16 pour 100 que ceux qui s’élèvent à 24 et même 25 pour 100, doivent, à mon avis, être considérés comme exceptionnels.

Indiquer à quelles causes sont dus les écarts de 3 à 4 pour 100 que je viens de signaler serait certainement un résultat d’une importance capitale jusqu’ici, à mon grand regret, je n’ai pu les préciser ; plus tard, lorsque le travail courant me laissera quelques loisirs, je m’efforcerai de découvrir ces causes, en étudiant les renseignements détaillés que je dois à l’obligeance de plus de 200 collaborateurs.

Quoi qu’il en soit, c’est à des productions de fécule anhydre à l’hectare, dont la partie foncée, à la base de chaque bande du tracé graphique, indique l’importance, à des productions qui, en certains cas, se sont élevées au chiffres prodigieux de 10000 et même 11000kg de fécule anhydre à [’hectare, que les teneurs en fécule ci-dessus indiquées correspondent.

En moyenne, c’est à une production de 7245kg de fécule anhydre à l’hectare que les récoltes des 110 cultivateurs dont j’analyse en ce moment les travaux aboutissent.

Par une singularité véritablement surprenante, c’est exactement au même chiffre que s’élevait, avec des rendements en poids un peu plus forts et une richesse, un peu plus faible, la moyenne de 1890.

Jamais, comme déjà je le disais l’année dernière, jamais aucune plante n’a fourni à l’hectare une quantité aussi considérable de matière hydrocarbonée industrielle ou alimentaire.


En considérant les chiffres élevés que je viens de lui faire connaître, Société d’Agriculture ne pourra certainement, se défendre « l’un grand sentiment de satisfaction. Lorsque, en effet, à la fin de 1888, je venais lui exposer les faits scientifique et pratiques que m’avaient permis d’établir des recherches poursuivies depuis quatre années déjà, et en même temps lui faire connaitre les résultats de la première application de ces faits à la grande culture, je lui disais qu’il fallait, à cette époque, considérer les rendements de 22000 à 25000kg, avec des richesses de 17 à 18 pour 100, comme normaux dans une partie de l’Allemagne, cl que mon espoir était d’élever à ce chiffre, à l’aide des procédés culturaux que je faisais connaîtra, les rendements normaux de la France.

Cet espoir est aujourd’hui singulièrement dépassé. Ce sont, en effet, les rendements, non pas de 22000kg et 25000kg, mais bien de 30000kg à 35000kg, avec des richesses de 19 à 20 pour 100, qui, en terres fertiles, sont devenus aujourd’hui les rendements normaux de notre culture améliorée.


C’est avec une bien grande satisfaction aussi qu’on doit considérer les efforts faits par la culture en terres pauvres ou médiocres pour utiliser les procédés culturaux dont l’adoption a conduit la culture en terres fertiles à de si grands succès.

Cette année, vingt-trois cultivateurs, opérant sur des terres de troisième et quatrième classes, ont obtenu, en suivant mes indications des résultats remarquables sur lesquels je ne saurais trop appeler l'attention. A ces résultats, j'ai réservé, sur le tracé graphique qui accompagne cette communication, la place qui leur était due, et dans le Tableau suivant, j'en ai, comme pour les résultats obtenus en terres fertiles, résumé les points principaux :


CULTURES EN TERRES MÉDIOCRES OU PAUVRES.


Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Nord-Ouest.
MM. h a kg kg
Eure 
Chabrol (Vernon) 
55,0 26000 17,6 4476
Hervey (Le Vaudreuil) 
18,0 19000 24,4 4636
Seine-et-Oise 
Flé (Beaurepaire) 
7.00,0 24000 20,4 4896
Gosselin (Bainvilliers) 
4,0 20000 " "
Région du Nord.
Oise 
Michon (Crépy-en-Valois) 
4.00,0 25000 18,7 4675
Sebert (Verberie) 
1,0 24250 " "
Région du Nord-Est.
Meuse 
Doyen (Mesnil-la-Horgne) 
47,0 25000 18,7 4075
Vosges 
Pernot (Épinal) 
4,0 25000 " "
Poussier (Saulxures) 
10,0 27500 17,4 4785
Marne 
Lhotelain (Reims) 
2,50 25000 18,9 4725
Collard-Brisson (Fère-Champ.) 
1.50,0 20000 21,0 4200
Christiann (Fère-Champ.) 
94,0 19000 22,4 4256
Brion (Monthaon-Bagneux) 
2.00,0 25000 22,2 5550
Aube 
Baveux (Jasseines) 
5,0 21500 " "
Cornard-Oudinot (Etrelles) 
5,0 25410 " "
Collard (Dampierre) 
5,0 23000 " "
Région du Sud-Ouest.
Ariège 
Soula (Foix) 
5,0 18000 19,5 3510
Gironde 
Ipoustegui (Saint-Isidore) 
1,0 22100 19,3 4246
Charente 
Carnot (Chabanais) 
10,0 24000 16,5 3960
Charente-Infér. 
Blanc-Fontenille (Malleberche) 
52,0 20000 17,4 3480
Vendée 
Masson (La Bobinière) 
4,2 25540 " "
Région du Centre.
Tarn 
Rouvière (Mazamet) 
28,0 19100 17,1 3266
Loir-et-Cher 
Labiche (Souvigny) 
4,0 21300 18,9 4045

C’est, en somme, à une moyenne en poids de 23000kg environ à l’hectare, à une richesse de 19, 7 pour 100, que l’ensemble de ces résultats aboutit. C’est une recette brute de 800fr à l’hectare qu’ils représentent. Aucune récolte ne saurait, dans des terrains de cette nature, fournir un produit aussi rémunérateur.

Cependant, ce n’est pas seulement aux succès obtenus par les cent trente-trois cultivateurs dont je viens de parler qu’il convient d’accorder attention, c’est aussi aux insuccès relatifs qui, chez soixante-huit de mes collaborateurs, ont été la conséquence de modifications volontaires ou obligées apportées par eux aux procédés que je leur avais conseillé de suivre.

Ces modifications ont porté sur divers points que je passerai successivement en revue.

Profondeur des labours. — L’importance que j’attribue à la profondeur des labours est aujourd’hui admise par la plupart des cultivateurs éclairés. Il suffit, d’ailleurs, de se reporter aux vues héliographiques de l’Atlas pour comprendre aussitôt que des labours de cette sorte sont nécessaires à l’épanouissement de l’énorme chevelu que la pomme de terre développe à travers le sol.

Cette année, parmi mes deux cent vingt-quatre correspondants, j’en compte quatre seulement qui, au lieu de labourer à 0m,25, 0m,30, même 0m,40 s’il se peut, se sont contentés d’un labour tout à fait superficiel. Ces résultats ont été ceux que l’on devait prévoir. Je les indique ci-dessous :

Fécule
Labour de Surface cultivée. Rendement
à l'hectare.
pour 100. à l'hectare
m h. a,60 kg,60 kg,60
Achiet (Pas-de-Calais) 
0,15 21,60 18700 " "
Grignancourt (Vosges) 
0,15 2,60 27000 21,2 5724
Carvin (Pas-de-Calais) 
0,12 321,60 23000 18,2 4286
Bréau (Seine-et-Marne) 
0,15 3,60 25000 23,2 5800


Espacement. — Mais si, du côté des labours, j’ai vu mes indications généralement suivies, il n’en a pas été de même du côté des conditions d’espacement que la plantation doit remplir. J’ai démontré, et je considère comme un résultat acquis par une pratique déjà longue, que, d’une manière générale, il convient de placer sur une surface donnée un nombre de poquets tel que chaque plante puisse développer en liberté sa végétation aérienne, mais tel aussi que, une fois cette végétation bien développée, chaque plante rejoigne sa voisine sans laisser découverte la plus petite place sur le sol.

Ce principe est aujourd’hui admis par un grand nombre de praticiens, mais son application a rencontré cependant, en certains cas, quelques résistances nombre de personnes, en effet, continuent à croire que, pour obtenir des résultats supérieurs, il convient de donner de l’air aux plantes et les espacer plus largement.

C’est là un préjugé qu’il faut s’efforcer de faire disparaître, et contre lequel des expériences nouvelles, que j’ai faites en 1890 et 1891, apportent aujourd’hui des arguments nouveaux.

Ces expériences ont consisté à cultiver côte à côte, sur des surfaces déjà étendues, et dans les mêmes conditions de labour, d’engrais, etc., des tubercules d’une même variété, d’une même provenance, de même poids et d’aspect aussi égal que possible, en les plantant à des espacements très différents.

En 1890, j’ai expérimenté sur les variétés Richter’s lmperator et Jeuxey ; en 1891, sur les variétés Richter’s Imperator et Red Skinned.

Chaque essai s’étendait sur une pièce divisée en cinq carrés recevant au mètre le premier, 1 tubercule ; le second, 2 ; le troisième, 3,3 ; le quatrième, 5 ; le cinquième, 8. C’est en serrant le plant à 0m,30 et à 0m,20 sur les lignes espacées à 0m,60, que ces deux dernières plantations ont été obtenues.

Les résultats ont été les suivants :


Poids moyen Récolte à l'hectare.
Espacement. de la récolte
à chaque pied.
Brute. Déduction faite
du plant.
Richter's Imperator 1890.
kg kg kg
1 tubercule au mètre 
3,130 31000 30000
2 tube"cule au "ètre  
1,666 33300 31300
3,3 tu "cule au "ètre  
1,210 39900 36600
5 tube"cule au "ètre  
0,880 40300 35300
8 tube"cule au "ètre  
0,550 44600 36600
Poids moyen Récolte à l'hectare.
Espacement. de la récolte
à chaque pied.
Brute. Déduction faite
du plant.
Jeuxey 1890.
kg kg kg
1 tubercule au mètre 
1,500 16400 15400
2 tube"cule au "ètre  
0,980 19600 17600
3,3 tu "cule au "ètre  
0,796 26500 23200
5 tube"cule au "ètre  
0,500 25000 20000
8 tube"cule au "ètre  
0,300 25030 17030
Richter's Imperator 1891.
1 tubercule au mètre 
3,130 31000 30000
2 tube"cule au "ètre  
2,210 22100 21100
3,3 tu "cule au "ètre  
0,951 31060 27760
5 tube"cule au "ètre  
0,668 32800 24800
8 tube"cule au "ètre  
0,510 44600 36600
Red Skinned 1891.
1 tubercule au mètre 
1,120 11200 10200
2 tube"cule au "ètre  
0,892 17840 15840
3,3 tu "cule au "ètre  
0,620 20460 17160
5 tube"cule au "ètre  
0,410 20600 15600
8 tube"cule au "ètre  
0,260 20800 12800


On ne saurait, en vérité, réclamer une démonstration plus frappante de la valeur des indications que j’ai données au sujet de l’espacement.

En plaçant les poquets à un écartement plus grand que celui que je conseille, on obtient, à la vérité, à chaque pied une récolte plus forte ; mais cette augmentation du poids individuel est largement compensée par le petit nombre des individus végétant sur une surface donnée ; en leur donnant au contraire un écartement moindre, on voit le poids de la récolte, à chaque pied, s’abaisser si rapidement que la récolte totale n’augmente pas, et même, dans presque tous les cas, diminue dans une proportion notable.

C’est donc, ainsi que je l’ai conseillé depuis longtemps, en espaçant les lignes à 0m,60, en plantant sur la ligne à 0m50 ; en n’apportant en tout cas à ce système de plantation que de très légères modifications, qu’il convient de cultiver.

C’est ce que n’ont pas fait, en 1891 vingt-et-un de mes collaborateurs cédant à une vieille routine, ils ont espacé davantage, planté non plus 330, mais 250, 200, 150, même 100 tubercules à l’are, et sur des cultures bien traitées d’ailleurs ils ont obtenu, comme le montre le Tableau ci-dessous, des rendements très inférieurs aux rendements normaux :

Nombre Fécule
de poquets
à l'hectare.
Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
ha a kg kg
La Rochelle (Char.-Inférieure) 
260 10,0 25000 " "
Ruffec (Indre) 
250 4,8 22000 16,0 3520
Bellegarde (Loiret) 
180 3,3 20600 19,1 3934
Castres (Tarn) 
250 3,4 24210 19,9 1818
Cravant (Loiret) 
200 7,2 22500 22,0 4950
Resplas (Aude) 
220 5,0 19200 " "
Minors (Lot-et-Garonne) 
200 20,0 28000 20,4 5712
Leurville (Haute-Marne) 
220 3,0 20000 21,4 4280
Dijon (Côte-d'Or) 
250 17,2 23500 19,4 4569
Fondettes (Indre-et-Loire) 
220 4,5 16300 20,2 3329
Jonzac (Charente-Inférieure) 
109 7,6 16139 19,5 3149
Rouen (Rouen-Inférieure) 
200 3,0 28133 16,0 4300
Aiguillon (Lot-et-Garonne) 
260 3,0 20589 19,1 3932
Méry-sur-Seine (Aube) 
156 1,8 19000 " "
Launoy (Cher) 
238 90,0 15820 19,5 3279
Migné (Vienne) 
260 15,0 27000 21,4 5778
Creuzeau (Indre-et-Loire) 
200 4,0 20620 22,8 4701
Saint-Blin (Haute-Marne) 
260 3,0 18333 20,2 3703
Leurville (Haute-Marne) 
200 3,0 20000 19,1 3820
Liffré (Ille-et-Vilaine) 
183 8,0 11800 " "
Châtillon-sur-Indre (Indre) 
25180 3.24,0 23425 18,0 4216

Ces chiffres portent avec eux leur enseignement ; ils viennent corroborer les résultats des expériences que je rapportais tout à l’heure, et ils suffiront, je l’espère, à convaincre ceux qui doutent encore des avantages que présente le placement des poquets aux distances que j’ai précédemment indiquées.

Engrais. — La question de la fertilisation du sol destiné à recevoir la pomme de terre a fait, en 1891, un pas considérable. Je ne saurais, dans cette communication, analyser en détail les renseignements que m’ont transmis sur cette question la plupart de mes collaborateurs ; je dois me contenter de résumer ces renseignements en disant que, dans tous les cas, c’est à la plus grande abondance des engrais que correspondent les plus hauts rendements. La pomme de terre est décidément une plante très exigeante, mais à son exigence il est toujours possible de satisfaire la récolte paye largement les dépenses que l’achat des engrais a entraînées.

Au contraire, toutes les fois que la fumure est faible, les rendements s’abaissent, alors même que les autres conditions d’une bonne culture ont été observées.

J’ai vu cette année, et j’étais loin de m’y attendre, cinq de mes collaborateurs n’ajouter au terrain qu’ils allaient cultiver aucun engrais. Le Tableau ci-dessous dit à quel chiffre leur rendement est tombé :

Fécule
Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
a kg kg
Pierrefitte-sur-Loire (Allier) 
8,0 25000 " "
Monsboubert (Somme) 
1,0 28500 " "
Haubourdin (Nord) 
12,0 15000 " "
Gondreville (Loiret) 
5,0 12500 22,8 2830
Montmorillon (Vienne) 
3,3 16500 20,8 34,32

D’autres ont employé des fumures évidemment insuffisantes (ils sont au nombre de dix) ; leurs rendements ont aussi diminué, mais dans une proportion naturellement moindre, comme le montrent les chiffres suivants :

Fécule
Surface cultivée. Rendement à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
a kg kg
Lusigny (Aube) 
1,3 28300 " "
Chazeirolettes (Lozère) 
3,2 24000 16,3 3912
Verberie (Oise) 
1,0 28600 " "
Malaise (Indre) 
3,0 26000 " "
Cessey-aux-Vignes (Calvados) 
4,0 18300 " "
Penanrum (Finistère) 
2,7 24800 " "
Saint-Laurent (Vosges) 
85,0 27000 21,4 5778
Tullins (Isère) 
32,0 22968 18,2 4180
Wardrecques (Pas-de-Calais) 
13,0 23300 " "
La Roche (Doubs) 
3,3 21200 21,0 4432


Ce serait une question d’une importance capitale évidemment que de fixer à ce moment les quantités d'engrais que la culture de la pomme de terre réclame. Bientôt, j'espère, à la suite d'un long travail d'analyses que je poursuis en ce moment, fixer la limite de ses exigences.

Mais on ne saurait espérer aller au delà et fixer à l'avance une formule qui réponde à tous les cas. Chaque sol, suivant sa constitution géologique, suivant sa composition chimique, a des besoins particuliers, et c'est en s'éclairant auprès des stations agronomiques et des laboratoires agricoles que les cultivateurs devront dorénavant chercher les éléments de la formule d'engrais qui leur convient.

Tout ce que je puis dire à ce propos, c'est que, en présence des résultats de cette année, j'ai dû considérer comme insuffisantes des fumures de 20000kg de fumier, complétées par 500kg, même 600kg d'engrais minéral à l'hectare.

Dans une publication précédente, tout en me défendant de prétendre apporter une formule type d'engrais, j'avais indiqué les proportions d'agents fertilisants dont l'addition à un sol de composition moyenne me paraissait devoir déterminer. de hauts rendements aujourd'hui, et dans les circonstances que je viens d'indiquer, il me paraît sage d'augmenter les quantités d'engrais que j'avais précédemment indiquées.

Pour mon compte, dans les terres que je cultive soit à Clichy-sous-Bois, soit à Joinville-le-Pont, je compte dorénavant employer par hectare :



Fumier 
 25 à 30000kg
Superphosphate riche 
 600 à 30700kg
Sulfate de potasse 
 300kg
Nitrate de soude 
 200kg



Fragmentation, des tubercules. — Une des causes d'insuccès qui, cette année, s’est le plus fréquemment présentée, a été la fragmentation, et la fragmentation souvent excessive, des tubercules de plant. Vingt-trois de mes collaborateurs ont, cette année, vu, de ce fait, leurs rendements abaissés dans une forte mesure. Je ne saurais, en vérité, reprocher à ceux-ci la manière de faire qu'ils ont adoptée. La plupart d'entre eux, en effet, s'y sont vus absolument obligés; et, dans les indications transmises à mes collaborateurs au mois de février 1891, j’avais dû prévoir que plusieurs d’entre eux certainement seraient conduits à fragmenter les tubercules de plant.

Dès les premiers mois de l’année dernière, en effet, les demandes de plant de Richter’s Imperator sont devenues considérables et ont bientôt dépassé les ressources dont la culture pouvait disposer. Par une particularité fâcheuse d’ailleurs, qui ne s’est pas reproduite en 1891, les tubercules gros et extra-gros avaient prédominé dans la récolte de 1890, et c’était, par suite, chose extrêmement difficile que de se procurer des tubercules moyens et triés à grosseur de plant, c’est-à-dire du poids de 80gr à 120gr. On a vendu alors, et à des prix quelquefois exagérés, tout ce que l’on a pu trouver, et plus d’un acheteur, par suite, s’est trouvé ne posséder qu’un petit nombre de tubercules moyens, un grand nombre, au contraire, de tubercules de 300gr de 500gr et même de 750gr. Ces tubercules, pour faire le plant destiné aux récoltes suivantes, il a fallu les couper en deux, en trois et quatre quelquefois, et, dans ces circonstances, on a vu, une fois encore, se produire la diminution de rendement que j’ai toujours constatée pour la variété Richter’s Imperator et même pour beaucoup d’autres.

Cette diminution de rendement a été d’autant plus accentuée qu’en 1891 nombre de cultures, dans l’Ouest, dans le Nord et dans l’Est surtout, ont, au début de la végétation de la pomme de terre, souffert de pluies abondantes, sous l’influence desquelles s’est déclarée cette maladie, ancienne je crois, mais dont M. Prillieux a récemment fait connaître la nature, qu’il a appelée la gangrène du pied à laquelle la variété Richter’s Imperator est particulièrement sujette, et dont les pieds provenant de tubercules coupés ou blessés semblent avoir le monopole.

Parmi les cultivateurs, en effet, qui m’ont signalé la gangrène du pied comme ayant exercé une influence fâcheuse sur leur rendement, il n’en est que deux M. Guerrapain, à Chaumont, et M. Rolland, à Saint-Bon, qui aient vu cette maladie s’attaquer aux tubercules entiers, tandis que, chez les quatorze cultivateurs dont les rendements sont indiqués ci-après, c’est sur les tubercules coupés que la gangrène a sévi particulièrement et même exclusivement.

Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l’hectare. pour 100. à l’hectare.
MM. ha       a kg kg
Bastard, à Fontaine (Calvados) 
3,2 22500 18,2 4095
Chezelles (de), au Boulleaume (Oise) 
5,69,3 25200 19,3 4863
Clauzade, à Aubiet (Gers) 
1,3 28000 " "
Cusinberche, au Mesnil-Hardray (Eure) 
7,8 23850 23,2 4533
Degenne, à Luçon (Vendée) 
3,8 25000 " "
Dillies, à Marcq-en-Barœul (Nord) 
8,9 20000 " "
Dubois-Fresney, à Château-Gontier (Mayenne) 
50,3 9830 23,4
Dulignier, à Lachenaud (Allier) 
8,3 26500 22,3 5909
Fasquelle, à Laon (Aisne) 
7,3 14500 20,6 2987
Gardrat, à Melle (Deux-Sèvres) 
21,3 20380 18,9 3851
Gaudet (J.), à Montrond (Loire) 
4,21,3 26000 " "
Pinet, à Beaumont (Saône-et-Loire) 
1,30,3 24000 21,7 5208
Ravier, à Lagarde (Allier) 
10,3 20000 21,2 4240
Roland, à Saint-Bon (Haute-Marne) 
4,3 12200 17,6 2147

Cette impressionnabilité des tubercules coupés, surtout pour la variété Richter’s Imperator, apporte un argument nouveau en faveur de l’emploi des tubercules moyens et entiers.

Alors même d’ailleurs que la gangrène n’intervient pas, on n’en voit pas moins, du fait de la fragmentation des tubercules, le rendement diminuer dans une mesure importante. C’est ce que j’ai annoncé depuis longtemps et ce que montrent à nouveau les résultats obtenus par les neuf cultivateurs inscrits dans le Tableau suivant, qui ont été obligés de fragmenter leurs tubercules, et dont la récolte cependant n’a pas été attaquée par la gangrène :


Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l’hectare. pour 100. à l’hectare.
MM. ha     a kg kg
Bonjean, au Grand-Quevilly (Seine-Inférieure) 
1,3 26000 « »
Delherm de Larcenne, à Gimont (Gers) 
1,3 28620 19,3 5535
Dupvray, à Sennecy-le-Grand (Saône-et-Loire) 
16,5 24000 21,4 5136
Grioche, à Aire-sur-Lys (Pas-de-Calais) 
26,3 27000 17,4 4698
Laussedat, à Yzeure (Allier) 
1,3 28000 17,5 4900
Pulliat, à Écully (Rhône) 
8,3 12850 « »
Tonge (de), à Avranches (Manche) 
1,3 19000 « »
Trarieux, à Aubeterre (Charente) 
9,3 15600 17,8 2778
Villepin (de), à la Pilletière (Sarthe) 
2,8 52928 18 5667

Du reste, j’ai eu la satisfaction cette année de voir vingt de mes collaborateurs m’apporter une démonstration nouvelle de l’influence fâcheuse de la fragmentation, tout au moins pour la variété Richter’s Imperator. Dans une même pièce, ils ont, côte à côte, planté et traité de même des tubercules de même origine, les uns entiers et moyens, les autres gros et coupés, et toujours ils ont vu, du fait de la fragmentation, le rendement diminuer, et diminuer d’autant plus que la fragmentation avait été poussée plus loin.

Dans le Tableau suivant j’ai réuni, sur deux colonnes, les résultats que ces vingt collaborateurs ont bien voulu me communiquer.

Rendement à l’hectare
des parties
plantées en tubercules
Noms et localités. Surface cultivée. moyens entiers. gros coupés
MM. ha     a kg kg
Béral, à Frayssinet-le-Gelat (Dordogne) 
3,50 32000 19000
Berveiller, à Ranfaing (Vosges) 
5,60 30000 24800
Bugnot-Colladon, à Besançon (Doubs) 
1.77,00 31100 21300
Colin, à Saint-Laurent (Vosges) 
5,70 25416 18572
Cordier, à Saint-Remy (Haute-Loire) 
1.77,00 22466 18986
Cosnier, à Châtillon (Indre) 
3,24,00 26690 22544
Duverne, à Montceau (Saône-et-Loire) 
3.77,00 34700 31200
Egasse, à Chartres (Eure-et-Loir) 
3.77,00 41580 40500
Aimé Girard, à Joinville (Seine) 
4,14,00 33250 25600
Hervaux, à Fresnoy (Oise) 
3.77,00 33000 28500
Hervey, au Vaudreuil (Eure) 
18,00 19000 12500
Le Petit, à Saint-Amand (Cher) 
3.77,00 30000 20000
Lamblin, à Daix (Côte-d'Or) 
40,00 30000 25600
Martin-Jenoudet, à Ruffey (Côte-d'Or) 
20,00 30000 25000
Mignon, à La Jonchère (Haute-Vienne) 
5,00 36250 28500
Poussier, à Saulxres (Vosges) 
10,00 27500 12000
Rolland, à Saint-Bon (Haute-Marne) 
10,00 25000 12200
Tétard et Fils, à Gonesse (Seine-et-Oise) 
11.77,00 33625 30873
Tréfault, au Chezeaux (Indre) 
70,00 41910 32085


Sur l’influence fâcheuse que la fragmentation des tubercules exerce au point de vue du rendement de la variété Richter’s Imperator il’ne saurait donc y avoir aucun doute beaucoup d’autres variétés sont dans le même cas, et il n’est peut-être pas inutile de le rappeler au moment où un certain mouvement semble se produire en faveur du retour aux méthodes qui consistaient à planter non seulement des tubercules coupés, mais encore des bourgeons isolés.

J’ai entrepris, sur ce sujet, depuis deux ans, une série d’expériences délicates qui jusqu’ici militent toutes en faveur de la plantation de tubercules moyens et entiers. Mais sur ces expériences je ne m’arrêterai pas aujourd’hui, me proposant de les continuer une année encore, afin de donner aux conclusions que j’espère en tirer une solidité plus grande.

Maladie. — Quant à l’influence exercée en 1891 sur le développement de la pomme de terre par la maladie, je ne saurais ici m’en occuper incidemment je me contenterai de dire que la résistance de la Richter’s Imperator, si bien constatée déjà en 1890, s’est, en 1891, affirmée mieux encore. Cette variété doit aujourd’hui être comptée au premier rang de celles sur lesquelles la maladie n’a que très peu de prise.

Intempéries. — Enfin, pour donner un aperçu complet des conditions dans lesquelles s’est, en 1891, poursuivie la culture de la pomme de terre en France, j’ajouterai que, parmi mes collaborateurs, il en est un certain nombre dont les récoltes ont souffert des intempéries ; trois ont vu leurs plantations attaquées par la gelée, trois seulement ont eu à souffrir de pluies continues ; mais chez vingt-trois d’entre eux, et j’en ai d’abord été véritablement surpris, le rendement de la récolte s’est trouvé grandement diminué, de moitié quelquefois, par une sécheresse persistante. Il en est chez qui, du jour de la plantation au jour de la récolte, la pomme de terre n’a pas reçu une goutte d’eau. C’est dans le Midi et dans le Sud-Ouest que cette sécheresse extraordinaire s’est produite, et on l’a même vue remonter par places jusque dans la Vendée, dans l’Indre et dans le département de Seine-et-Marne. Il est inutile, je crois, de donner le résultat des récoltes ainsi influencées.

Voilà quels sont les résultats fournis par la campagne de 1891. En donnant les résultats de 1890, j’émettais la pensée que mon but pouvait dès lors être considéré comme atteint les faits que je viens de rapporter démontrent, je crois, que je ne m’étais pas trompé. La culture améliorée de la pomme de terre productive et riche, de la variété Richter’s Imperator aujourd’hui, d’autres variétés aussi remarquables demain, l’application à cette culture de la méthode qu’une longue étude préalable m’avait conduit à combiner, sont aujourd’hui des faits acquis.

Cette culture améliorée va, dans un avenir prochain, dès l’année 1892 acquérir un grand développement. A la fin de 1890, quelques agriculteurs hardis m’annonçaient pour 1891 des cultures de 5ha et de 10ha ils ont tenu parole, et le succès qui a couronné leurs efforts est aujourd’hui connu. Cette année, ce sont des surfaces bien autrement importantes qu’on laboure et qu’on fertilise pour, dans quelques semaines, y planter la pomme de terre.

Au moment où les droits sur les grains étrangers allaient obliger nos grandes distilleries industrielles à éteindre leurs feux, les chefs de quelques-unes de ces importantes maisons se sont, comme je l’avais prévu, tournés hardiment du côté de la pomme de terre ; imitant l’exemple des industriels qui, en 1889 et 1890, avaient, comme M. Maquet à Fère-Champenoise et M. Michon à Crépy-en-Valois, inauguré en France la distillation moderne de la pomme de terre, les chefs de ces maisons se préparent à distiller, dès le mois d’octobre prochain, des millions de kilogrammes de tubercules. Des féculeries importantes, d’autre part, s’élèvent en ce moment de divers côtés, et déjà l’emploi de la pomme de terre cuite à l’alimentation régulière du bétail préoccupe nombre d’éleveurs.

Si bien qu’aujourd’hui c’est, non plus par ares comme il y a quatre ans, mais par 50ha et 100ha que l’on compte. Parmi les plus hardis, j’en pourrais citer qui, cette année, entreprennent des cultures de 200ha et même de 300ha.

Je ne me trompais donc pas lorsque, l’année dernière, à pareille époque, j’exprimais cette pensée qu’il n’y avait pas témérité à considérer comme résolue la question de l’amélioration, j’oserai dire de la régénération de la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France.

Résultats de la campagne de 1892.


C’est dans des conditions toutes singulières et inattendues que se présentent les résultats fournis en 1892 par la culture intensive de la pomme de terre industrielle et fourragère en France.

Suivant les régions, et même en diverses localités d’une région déterminée, on constate, dans les rendements, des inégalités considérables dont, tout d’abord, l’explication semble difficile à trouver. Ce fait devient aisé à comprendre lorsqu’on tient compte non seulement des conditions météorologiques auxquelles les cultures ont été soumises, mais encore de la nature géologique des terrains dans lesquels elles se sont développées.

L’agriculture française, on ne le sait que trop, a généralement souffert, en 1892, d’une sécheresse intense et continue. Partout où cette sécheresse a sévi sans aucune atténuation, la récolte des pommes de terre est descendue au-dessous des rendements ordinaires partout, au contraire, où cette sécheresse a rencontré comme correctif ou bien de petites pluies réparties avec opportunité, ou bien des sous-sols imperméables, capables de retenir l’humidité souterraine, les résultats ont été magnifiques et les récoltes ont dépassé tout ce qu’il était permis d’espérer. L’abondance des rendements est telle en certains cas que ce serait une faute que de les considérer comme normaux ils sont exceptionnels, et peut-être faudra-t-il attendre longtemps pour en retrouver de semblables. Il en est ainsi des rendements de 45000, de 48000, de 52000kg à l’hectare dont j’aurai tout à l’heure, même en grande culture, plusieurs exemples à citer.

Les documents mis cette année à ma disposition par mes collaborateurs sont nombreux, si nombreux que, pour la première fois, j’oserai dire que de leur ensemble il est permis de dégager la physionomie générale de la récolte des pommes de terre en France.

La publication des résultats obtenus par mes collaborateurs de 1889, 1890 et 1891, dont le nombre allait chaque année en croissant, a donné à la question qui, depuis dix ans bientôt, est l’objet de mes efforts une impulsion dont personne n’aurait osé, l’origine, prévoir la puissance. De tous côtés, dans l’Ouest, dans le Nord, dans le Nord-Est surtout, les procédés de culture rationnelle dont cinq années de recherches et d’expériences m’avaient démontré l’efficacité se sont répandus, et il n’y a aucune exagération à dire que dorénavant ces procédés appartiennent au domaine classique de l’agriculture progressive.

Certes, je suis loin de connaître tous ceux qui m’ont suivi dans l’étude de l’amélioration de la culture de la pomme de terre ; mais des impressions que je reçois et des communications qui me sont faites journellement j’ai le droit de conclure que le nombre en est très considérable. A ces collaborateurs inconnus dont je n’ai pas suivi les travaux, mais qui ont bien voulu écouter les conseils généraux inscrits dans mes publications, j’adresse ici tous mes remercîments. Ces remercîments, je les adresse également aux six cents cultivateurs qui, pendant la campagne de 1892 et jusqu’à ces derniers jours, sont restés en correspondance directe avec moi, me faisant part de leurs travaux, de leurs espérances et quelquefois aussi de leurs déceptions.

Tous, à la vérité, ne m’ont pas adressé des renseignements utilisables ; plusieurs, à la dernière heure, ont, pour des causes diverses, manqué au rendez-vous ; mais, tout compte fait, la campagne dernière a mis entre mes mains quatre cent cinquante documents environ, de valeur inégale bien entendu, les uns constituant de véritables Mémoires qu’il est regrettable de ne pouvoir publier, les autres, moins étendus, moins précis, naïfs quelquefois, venant de cultivateurs peu lettrés, peu instruits, mais par cela même particulièrement intéressants.

Pour dégager de ces quatre cent cinquante documents les résultats généraux auxquels leur examen conduit, je les répartirai en trois groupes, dans chacun desquels je m’efforcerai de condenser les renseignements qui m’ont été fournis par mes collaborateurs, en me bornant d’ailleurs provisoirement à ceux qui sont relatifs à la variété Richter’s Imperator, quitte à revenir plus tard sur les communications qu’ils ont bien voulu me faire au sujet d’un assez grand nombre d’autres variétés.

Le premier de ces trois groupes sera celui de la grande culture. On y compte quatre-vingt-quatre cultivateurs ayant consacré à la culture intensive de la pomme de terre des surfaces variant de 1ha à 56ha ; la surface totale cultivée par eux s’élève à 580ha.

Le second groupe sera celui de la moyenne culture. J’y ai compris ceux de mes collaborateurs dont les cultures ont eu lieu sur des surfaces variant de 20a à 99a. Le nombre en est de cent sept, et la superficie cultivée totale s’élève encore à 41ha.

En troisième lieu enfin, viendra le groupe de la petite culture. Là figurent deux cent trente cultivateurs, souvent bien intéressants par le sacrifice qu’ils ont fait des procédés routiniers invétérés dans leur région, dont les cultures quelquefois se sont abaissées jusqu’à in, mais souvent se sont élevées jusqu’à 10a, 15a et 20a La superficie totale cultivée par ces deux cent trente cultivateurs ne mesure pas moins de 16ha.

C’est, en un mot, sur 637ha et sur quatre cent vingt et une cultures exactement qu’ont été recueillis les documents que je vais inscrire.

Cette année encore, et malgré les circonstances météorologiques qui, en certaines régions de la France, ont si profondément troublé la végétation, je fixerai, comme pour les années précédentes, à 30000kg par hectare le rendement en poids qu’il convient de considérer comme la limite inférieure d’une récolte satisfaisante. Quant à la richesse de la récolte en fécule, elle devra, tout à l’heure, et à cause des circonstances qui, dans nombre de cas, ont empêché la maturation des tubercules, faire l’objet d’observations spéciales.

Si l’on adopte, ainsi que je viens de l’indiquer, le chiffre de 30000kg à l’hectare comme établissant la démarcation entre les bonnes récoltes et les récoltes inférieures, On voit les résultats obtenus dans chacun de ces trois groupes que forment les quatre cent vingt et un cultivateurs qui m’ont fourni des données précises se répartir ainsi que l’indique le Tableau suivant

Récoltes à l'hectare. Nombre de cultivateurs. Surfaces cultivées.
Grande culture, 1h à 56h 
30000kg et au-dessus. 
35 195
Inférieures à 30000kg
49 385
                              Total 
84 580
Moyenne culture, 20a à 99a 
30000kg et au-dessus. 
35 195
Inférieures à 30000kg
49 385
                              Total 
107 41
Petite culture, au-dessous de 20a 
30000kg et au-dessus. 
35 195
Inférieures à 30000kg
49 385
                              Total 
230 16
                         Total général 
421 637


En étudiant le Tableau qui précède, il est un fait dont on ne peut aussitôt s’empêcher d’être frappé ; je veux parler de la supériorité croissante des résultats d’ensemble fournis par la culture au fur et à mesure qu’elle grandit en surface.

Pour la petite culture, en effet, les rendements inférieurs à 30000kg représentent 50 pour 100 de la surface cultivée ; pour la moyenne culture, la proportion s’en abaisse à 40 pour 100 ; pour la grande culture enfin, elle n’est plus que de 33 pour 100.

Il devrait, semble-t-il, a priori, en être autrement. Les petites cultures, en effet, sont généralement l’objet de plus de soins que les grandes. Dans bien des cas, on peut les considérer comme des cultures de jardin, et c’est dans ce groupe, en effet, qu’on rencontre quelquefois ces récoltes de 800kg et de 1000kg à l’are, qu’avec un peu de complaisance et par une simple multiplication on transforme en rendements de 80000kg et 100000kg à l’hectare. Mais c’est là aussi surtout que le progrès vient se heurter aux procédés routiniers dont la grande culture sait si bien se débarrasser aujourd’hui et que le petit cultivateur n’abandonne jamais sans regret.

C’est principalement à la mise en relief des résultats obtenus par la grande culture que je m’attacherai cette année. Leur publication, en effet, suffira pour bien caractériser la situation actuelle. Quant aux résultats obtenus en moyenne et en petite culture, je me contenterai de les présenter dans leur ensemble.

Entre ces résultats d’ailleurs et ceux fournis par la grande culture, l’étude attentive des documents qui m’ont été adressés fait reconnaître une conformité absolue au point de vue des causes qui ont déterminé tantôt le succès, tantôt l’insuccès.

C’est en quatre catégories, d’ailleurs, qu’il convient cette année, comme pour les campagnes précédentes, de classer les uns et les autres :

1° Ceux qui correspondent à des cultures en terres fertiles, conduites d’après les procédés rationnels de la culture intensive, et sur lesquelles les intempéries, la grande sécheresse de 1892 notamment, n’ont exercé aucune influence fâcheuse ;

2° Ceux qui correspondent à des cultures analogues, mais dont le développement a été contrarié par cette sécheresse ;

3° Ceux qui proviennent de cultures en terres médiocres ou pauvres ;

4° Ceux enfin qu’ont fournis des procédés comprenant une modification plus ou moins importante de ceux que je considère comme indispensables pour le succès.

Les résultats de cette dernière catégorie sont peu nombreux celle année, en grande culture surtout. L’efficacité des procédés auxquels je viens de faire allusion est aujourd’hui généralement admise, et chacun sait quelle est l’influence exercée sur le rendement par la profondeur des labours, par l’abondance des engrais, par la régularité de la plantation, par le choix et surtout par la sélection des tubercules de plant. Dans quelques cas d’ailleurs où l’oubli, soit de l’une, soit de l’autre de ces conditions, aurait probablement amené un insuccès, la sécheresse est venue, en surcroît, exercer sur le rendement une influence prépondérante, si bien que, charitablement, c’est parmi les résultats influencés par les intempéries qu’il convient de placer ces derniers.

Malgré tout, cependant, c’est à un chiffre relativement peu élevé que, en grande culture du moins, on voit s’élever le nombre des cultures compromises par la sécheresse. Ce chiffre ne dépasse pas 14 sur 84.

Celle-ci a été à peu près générale, il est vrai ; mais, je le montrerai tout à l’heure, des circonstances heureuses en ont souvent atténué l’effet.

Quant aux cultures en terres pauvres ou médiocres, elles ont, même dans notre premier groupe, pris une grande importance. Leur nombre, en effet, est de 16 sur 84, c’est-à-dire du cinquième environ.

C’est des résultats qui ressortissent à la première catégorie que je m’occuperai d’abord. Ils sont au nombre de 49 et, d’après l’étendue des surfaces cultivées, on y compte :

15 cultivateurs ayant planté de 
 30ha à 56ha
14 cultivateurs a"ant planté de 
 10ha à 30ha
13 cultivateurs a"ant planté de 
 5ha à 10ha
18 cultivateurs a"ant planté de 
 2ha à 15ha
19 cultivateurs a"ant planté de 
 1ha à 12ha

Suivant la méthode de division de notre territoire imaginée par notre savant confrère, M. Levasseur, je les répartirai en six régions.

Cette répartition est développée dans le Tableau suivant :


GRANDE CULTURE (de 1ha à 5ha).
APPLICATIONS, EN TERRES FERTILES, DES PROCÉDÉS RATIONNELS DE CULTURE INTENSIVE.
(Rendements supérieurs à 30000kg).


Surface Rendement Fécule
Noms et localités. cultivée. à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région de l'Ouest.
MM. ha kg kg
Ille-et-Vilaine 
Touzard (Roz-sur-Couesnon) 
4,00 30000 " "
Mayenne 
Moreul (Laval) 
2,50 34500 " "
Eure-et-Loir 
Égasse (Archevilliers) 
16,00 45000 17,3 7785
Eure 
Moutard (Fontenay-en-Vexin) 
3,90 42700 18,3 7771
Labarrière (Vernon) 
1,50 33200 " "
Saint-Martin (Fleury-sur-Andelle) 
2,40 30000 17,7 5310
Delannoy (Andelys) 
4,00 30355 16,8 5099
Seine-et-Oise 
De Dorledot (Rosny-sur-Seine) 
1,00 31000 " "
Godefroy (Grigny) 
39,00 35000 " "
Landry (Roissy) 
10,00 30000 15,8 4740
Papillon (Aulnay-les-Bondy) 
25,00 32500 15,7 5102
Philippar (Grignon) 
4,34 36000 17,4 6264
Tétard et Fils (Gonesse) 
13,50 32000 18,0 6480
Seine-et-Marne 
Vast (Chanteloup) 
45,00 36000 18,0 6480
               Total : 14 cultivateurs ayant récolté 
172,14
                    Moyenne de la récolte 
36333
Surface Rendement Fécule
Noms et localités. cultivée. à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Nord.
MM. ha kg kg
Nord 
Desprez (Cappelle) 
40,00 37500 17,0 6375
Pas-de-Calais 
De Coëtlogon (Recousse) 
4,00 44700 16,6 7420
Aisne 
Le Dr Fiaux (Les Brusses) 
2,50 41000 18,9 7749
Oise 
Bullot (Longueil-Ste-Marie) 
6,00 32000 " "
De Chezelles (Boulleaume) 
1,72 31200 " "
Coponet (Mouchy-Humières) 
1,00 35000 20,0 7000
Hervaux (Fresnoy_le-Lust) 
4,00 35000 16,4 5740
Michon (Crépy-en-Valois) 
6,00 32500 17,0 5505
               Total : 8 cultivateurs ayant récolté 
65,22
                    Moyenne de la récolte 
35271
Région du Nord-Est.
Meuse 
Bachelier (Saint-Benoist) 
1,00 33500 19,7 6600
Marne 
Brion (Mathaon-Bagneux) 
2,00 37500 " "
M.-et-Moselle 
Antoni Louis (Tomblaine) 
56,00 35700 16,9 6033
P. Genay (Lunéville) 
1,00 36000 16,9 6081
Aube 
Huot (La Planche) 
1,00 41172 20,5 8440
Vosges 
Michel (Saint-Dié) 
1,00 48762 " "
François (Busegny-Dounoux) 
4,00 38000 17,7 6726
Haute-Saône 
Cordier (Saint-Remy) 
1,50 49910 19,9 9900
Yonne 
Geste (Auxerre) 
1,25 38700 13,7 5302
Doubs 
Bugnot-Colladon (Besançon) 
3,00 37000 " "
Saône-et-Loire 
Duverne (Montceau-les-Mines) 
1,00 30000 " "
Garenne (St-Laurent-Perrigny) 
1,00 32500 " "
               Total : 12 cultivateurs ayant récolté 
78,75
                    Moyenne de la récolte 
40636
Région du Sud-Est.
Isère 
Michel Perret (Tullins) 
1,00 30000 " "
Région du Sud-Ouest.
Hautes-Pyrénées 
Fontan (Tarbes) 
3,00 41000 16,9 6800
Lot-et-Garonne 
Buffandeau (Aiguillon) 
3,00 34000 16,1 5474
Vienne 
De Beauchamp (Lhommaizé) 
40,00 30000 " "
               Total : 3 cultivateurs ayant récolté 
46,00
                    Moyenne de la récolte 
33500
Surface Rendement Fécule
Noms et localités. cultivée. à l'hectare. pour 100. à l'hectare.
Région du Centre.
MM. ha kg kg
Loir-et-Cher 
Estienne (La Motte-Beuvron) 
5,00 37000 " "
Indre-et-Loir 
Cosnier (Genillé) 
4,00 35500 20,1 6800
Cher 
Chantemille (Culan) 
1,00 30000 16,2 4860
Lepetit (Saint-Amand) 
3,50 37000 17,7 6550
Renaudin (La Guerche) 
1,80 30000 " "
Nièvre 
Mancheron (Nevers) 
1,50 40000 17,3 6920
Haute-Vienne 
Teisserenc de Bort (Ambazac) 
1,00 41320 15,5 6404
Le Play 
2,00 35108 12,4 4353
Creuse 
Martinon 
2,00 30000 " "
Puy-de-Dôme 
Duvergier (Saint-Avit) 
1,00 35000 18,0 6300
Haute-Loire 
Chaudier (Saint-Paulien) 
1,00 37300 16,0 5968
               Total : 11 cultivateurs ayant récolté 
23,80
                    Moyenne de la récolte 
35520


L’étude des résultats qui précèdent est singulièrement instructive.

Parmi ces résultats, en effet, il en est quelques-uns qui, par l’étendue de la culture dont ils proviennent, comme aussi par leur richesse, apportent aux faits acquis dès l’année dernière une consécration tellement éclatante que dorénavant on peut considérer comme accomplie la transformation de la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France.

Tel est, par exemple, le résultat obtenu à Archevilliers, près Chartres, par M. Égasse qui, mettant à profit les savants conseils de M. Garola, apportant à la sélection de son plant un soin attentif, nous montre cette année une culture de 16ha en quatre pièces, sur lesquelles le rendement s’est élevé en moyenne à 45000kg, d’une teneur de 17,3 pour 100, soit un produit de 7785kg de fécule à l’hectare.

Tel est de même le résultat que m’a fait connaître M. Antoni Louis, de Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), résultat qui, obtenu sur 56ha, aboutit à un rendement de 35700kg à 16,9 pour 100, soit un produit de 6033kg de fécule à l’hectare.

Tel est aussi le résultat de M. Vast, de Chanteloup (Seine-et-Marne), qui, nouveau venu de la culture de la pomme de terre, m’a cette année, et pour ses débuts, placé en face d’une pièce de 50ha d’un seul tenant, dont 45ha en Richter’s Imperator et 5ha en Charolaise. C’est à un rendement moyen de 36000kg, avec une richesse de 18 pour 100, c’est-à-dire à une production de 6489kg de fécule à l’hectare que cette première culture de M. Vast a abouti. Vendue au prix de 3fr,50 le quintal, la récolte représente une recette de 1260fr à l’hectare.

Tels sont encore les résultats de M. Florimond Desprez qui, à Cappellc (Nord), sur une culture de 40ha obtient un rendement moyen de 40000kg ; de M. Godefroy, à Grigny (Seine-et-Oise), qui, sur 39ha, atteint le rendement de 35000kg, etc.

Sur des surfaces moins étendues, des résultats supérieurs, même à ceux de M. Egasse, me sont signalés. C’est ainsi que M. Cordier, à Saint-Rémy (Haute-Saône), obtient, sur 1ha,50, un rendement de 49910kg avec une richesse de 19,9 pour 100, soit près de 10000kg de fécule à l’hectare ; que M. Michel, à Saint-Dié (Vosges), sur une pièce d’un hectare, récolte 48762kg ; que M. de Coëtlogon, dans le Pas-de-Calais, obtient 44700kg sur 4ha ; M. Moutard, dans l’Eure, 42700kg sur 3ha, 90, etc.

Les succès obtenus par ceux de mes collaborateurs qui, ayant suivi mes indications, ont cultivé en terres fertiles et n’ont pas souffert des intempéries, deviennent d’ailleurs d’une appréciation plus facile si, comme dans le Tableau ci-dessous, on les groupe suivant l’importance de leur récolte et des surfaces cultivées. On voit alors que, parmi eux :

45000 à 48000kg sur des surfaces de 1ha à 1,5ha ont été obtenus par 
 3
40000 à 45000kg sur des s"rfaces de 1ha à 16ha ont été obtenus par 
 7
35000 à 40000kg sur des s"rfaces de 1ha à 56ha ont été obtenus par 
 17
30000 à 35000kg sur des s"rfaces de 1ha à 40ha ont été obtenus par 
 22
{{{1}}}
49


C’est chose intéressante également que de classer ces succès par régions, et de voir si, parmi celles-ci, il en est qui, plus que d’autres, aient été favorisées.

Le Tableau suivant va nous l’apprendre :

Régions Moyenne des rendements. Nombre de cultivateurs. Surfaces cultivées.
kg
Ouest 
36333 15 176
Nord 
35271 7 63
Nord-Est 
40636 12 74
Sud-Est 
30000 1 1
Sud-Ouest 
33500 3 46
Centre 
35520 11 25
               Moyenne générale 
36276 49 385

C’est au nord-est de la France, on le voit, que se sont produits les rendements les plus élevés, et il en est de même pour la moyenne et pour la petite culture. Tout à l’heure j’indiquerai les causes de cette supériorité.

La méthode culturale suivie sur les 385ha consacrés par ces quarante-neuf cultivateurs à la pomme de terre a toujours été conforme aux indications qu’ils avaient bien voulu accepter de moi ; tous ont profondément labouré, ajouté au sol des fumures abondantes, choisi et sélectionné leurs semences, planté régulièrement, à espacement bien calculé ; presque tous enfin ont pris leurs précautions contre l’invasion de la maladie.

Malgré les soins apportés à leur culture, cependant beaucoup avaient à craindre de voir leurs récoltes diminuées par la sécheresse dont nous avons souffert depuis le mois d’avril jusqu’au milieu du mois d’août.

Ces craintes ne se sont pas réalisées, et, tandis qu’en certains cas on voyait, sous l’influence de cette sécheresse, des récoltes soigneusement préparées s’abaisser à 25000kg et même 22000kg, avec des teneurs de 15, 14 et même 13 pour 100, les collaborateurs dont je viens de faire connaître les rendements ont pu, tout en me signalant la généralité de la sécheresse dans leur région, ajouter que leur culture n’en avait pas souffert.

En cherchant de près, avec leur aide, à quelles causes cette heureuse anomalie pouvait être attribuée, j’ai bientôt reconnu que ces causes étaient au nombre de deux.

Dans le nord-est de la France, d’une part, on a vu, cette année, la période des grandes sécheresses recoupée avec une opportunité singulière par de petites pluies qu’on ne saurait mieux comparer qu’à des arrosages calculés.

C’est ce que montrent, par exemple, les observations recueillies à l’école de Saulxures (Vosges) et que M. Poussier a bien voulu me communiquer. On y voit qu’en avril, du 13 au 30, il est tombé en neuf jours 39mm d’eau ; qu’en mai il a plu du 1er au 7, plu également le 18 et le 24 ; qu’en juin la pluie, en seize jours, a fourni 95mm d’eau ; qu’en juillet il a plu légèrement le 5 et le 7 ; abondamment du 13 au 22 ; qu’en août enfin quatre périodes de pluies légères ont été enregistrées. On ne saurait imaginer de conditions meilleures pour la végétation, et il n’y a rien de surprenant à ce que, du fait de ces alternatives de chaleur et de pluie, les rendements aient en moyenne dépassé 40000kg. Mais des conditions aussi favorables se rencontrent rarement, et ce serait une faute que de considérer ce chiffre comme normal.


Pour la plupart de mes collaborateurs cependant, ces conditions favorables ne se sont pas rencontrées, et c’est malgré la continuité de la sécheresse qu’ils ont réussi ; c’est ailleurs par conséquent qu’il fallait chercher les causes des succès inespérés qu’ils avaient obtenus.

Il m’a semblé alors que très probablement la pomme de terre, avec ses longues radicelles, avait dû trouver dans les profondeurs du sol l’eau qu’exige sa végétation régulière et que l’atmosphère ne lui apportait pas. Pour m’éclairer sur ce point, j’ai prié ceux de mes collaborateurs chez qui ces succès s’étaient produits de me donner une description géologique aussi complète que possible des terrains cultivés, et, dans les réponses qu’ils ont bien voulu me faire, j’ai toujours trouvé l’indication d’un sous-sol peu perméable ou même totalement imperméable. Le phénomène dès lors se trouvait expliqué c’est en utilisant l’eau souterraine retenue par le sous-sol que la plante avait vécu et prospéré.

D’autres au contraire ont souffert de la sécheresse, et, du fait de son influence, ont vu leurs récoltes subir une diminution qui quelquefois a atteint la moitié du chiffre normal. Ceux-ci sont au nombre de quatorze, et j’en donne ci-dessous la liste, en les rangeant, comme de coutume, par régions :

Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l’hectare. pour 100. à l’hectare.
Région de l'Ouest.
MM. ha kg kg
Morbihan 
*De Breuilpont (Cœtdihuel) 
1,0 17955 " "
Eure 
*Hervey (Vaudreuil) 
16,0 20000 16,4 3280
Seine-et-Oise 
Poirrier (Behoust) 
7,0 26300 " "
Seine 
*A. Girard (Joinville-le-Pont) 
1,0 25200 13,0 3076
Seine-et-Marne 
*Gatellier (La Ferté-s.-Jouarre) 
5,0 23200 " "
Région du Nord.
Aisne 
*D'Herouel (Vaux-sur-Laon) 
2,60 26200 17,0 4424
*Berthaud (Septmonts) 
1,00 10200 17,0 1734
Oise 
Fercot (Verberie) 
1,00 22000 " "
Région du Nord-Est.
Côte-d'Or 
Fouillant et Bonnardel (Dijon) 
1,00 23200 14,0 3248
Ain 
De Monicault (Versailleux) 
1,20 18410 " "
Région du Sud-Est.
Gard 
Chabaud 
2,00 15000 " "
Région du Sud-Ouest.
Vienne 
D'Anjou 
1,00 27500 20,0 5500
Région du Centre.
Cher 
Mellotée (Desle) 
4,00 28300 " "
Haute-Vienne 
*De Bruchard (Chavaignac) 
1,89 22800 13,7 3123
                                   Total 
45,69


Parmi les cultures citées dans le Tableau précédent, quelques-unes, il est vrai, ont eu lieu sur des terres d’une fertilité assez faible, mais la plupart ont eu lieu, au contraire, sur des terres fertiles. Les unes et les autres en tout cas auraient dû donner des résultats supérieurs. C’est à la nature du sous-sol encore qu’il faut, dans ce cas, attribuer ceux qui ont été obtenus.

Consultés au sujet de cette nature, tous ceux dont les noms sont précédés d’un astérique m’ont répondu que leur sous-sol était d’une perméabilité absolue et ne pouvait, en aucun cas, offrir aux radicelles de la plante une réserve d’eau.

J’ai eu moi-même, à la ferme de la Faisanderie, un exemple frappant de l’influence de cette perméabilité des terrains en cas de sécheresse. Le sol de Joinville-le-Pont, fait de sable et de gravier, est un véritable filtre qui, à l’exception de quelques jours de pluie en juillet, n’a reçu en cinq mois que des quantités d’eau insignifiantes. Sous l’influence de cette sécheresse persistante, la végétation aérienne n’a pas atteint la moitié de sa force habituelle, et la récolte eût été réduite à un chiffre misérable si les pluies d’octobre n’en avaient relevé le poids à 25000kg, mais cela, au détriment de la teneur en fécule, qui, cette année, à Joinville, n’a pas dépassé 13 pour 100, au lieu de s’élever à 18 et 20 pour 100, ainsi que cela avait lieu pour les campagnes précédentes.

Ainsi qu’on devait s’y attendre, l’influence de la sécheresse s’est fait particulièrement sentir sur les cultures en terres pauvres, médiocres ou sans profondeur. Là, en effet, les petites quantités d’eau que le sol avait pu recevoir ont été bientôt vaporisées par la chaleur, et c’est au régime de la soif que les plantes, en réalité, ont été soumises, dans ce cas, pendant plusieurs mois.

Les résultats obtenus n’en sont que plus remarquables. Par l’emploi des procédés rationnels, en effet, et malgré les conditions défavorables créées le plus souvent par l’impossibilité d’approfondir le sol, on a vu les cultures en terres pauvres ou médiocres donner les résultats suivants :

Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l’hectare. pour 100. à l’hectare.
Région de l'Ouest.
MM. ha kg kg
Eure 
Bruguières (Muids) 
12,00 27000 " "
Delanney (Les Andelys)[4] 
3,00 27225 16,8 4600
Seine-Inférieure 
Chevallier (Rouen) 
3,00 26300 " "
Seine-et-Oise 
Bonfils (Mandres) 
13,00 25000 " "
Flé (Maule) 
30,00 18300 " "
Région du Nord.
Oise 
Bullot (Longueil)[4] 
26,00 24000 " "
Bullot (Longueil) 
8,00 18000 " "
Scoppini (Attichy) 
1,50 22000 16,2 3654
Fécule
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l’hectare. pour 100. à l’hectare.
Région du Nord-Est.
MM. ha kg kg
Marne 
Christian (Fère-Champenoise) 
1,20 20382 21,3 4345
Gueraud-Godart (Fère-Champ.) 
1,24 25000 20,0 5000
Collard-Brisson (Fère-Champ.) 
1,00 18000 " "
Renou (Fère-Champenoise) 
2,00 15000 21,0 3150
Aube 
Turpain (Vaudrepart) 
9,00 12000 19,0 2280
Saône-et-Loire 
Pinet (Sennecey-le-Grand) 
3,00 24000 " "
Région du Centre.
Nièvre 
Caquet (Fontaine-Saint-Hilaire) 
2,00 22000 15,5 3410
Aveyron 
Lunet (Rodez) 
3,00 16286 " "

Tout compte fait, c’est à une moyenne de 21680kg à l’hectare qu’aboutit la culture faite par seize cultivateurs sur 119ha de terres pauvres ou médiocres, classées, le plus souvent, comme terres de troisième et de quatrième catégorie, et dont la valeur locative, dans beaucoup de cas, ne dépasse pas 10fr à 15fr l’hectare. C’est là, pour une année aussi sèche que l’année 1892, un résultat singulièrement satisfaisant.

Cependant, pour la culture en terre fertile aussi bien que pour la culture en terre pauvre, le rendement en poids ne doit pas être le seul objectif du cultivateur, et la richesse en fécule doit au même degré le préoccuper.

La campagne de 1892 nous apporte, à ce sujet, des enseignements qui confirment de tout point les faits que j’ai publiés plus haut, au sujet des conditions dans lesquelles les tubercules de la pomme de terre augmentent en poids et en richesse.

Dans les régions où la sécheresse a été corrigée soit par des pluies opportunes, soit par la fraîcheur du sous-sol, ces deux phénomènes se sont produits successivement et avec régularité, mais il n’en a pas été de même dans les régions qui ont eu à subir d’abord la sécheresse du printemps et de l’été, ensuite les pluies abondantes de l’automne.

Là, la végétation aérienne n’a pris que la moitié de, sa force normale, les tubercules se sont développés lentement, et tout d’abord ils sont longtemps restés de petit volume. Vers le milieu d’août, c’est à peine si, dans les terrains légers et perméables, on trouvait à chaque poquet 7 ou 8 tubercules, de 50gr à 60gr chacun. Puis sont survenues les pluies de septembre et surtout d’octobre qui ont obligé de retarder l’arrachage. Sons l’influence de ces pluies, le développement des tubercules a repris son activité ; au sommet de chaque petit tubercule se sont développées des repousses souvent énormes ; les tubercules ont méré, suivant l’expression technique, mais à cette augmentation de poids n’a pu, vu l’époque avancée de l’année, vu l’absence de lumière, correspondre une formation équivalente de fécule, et dans ces conditions les tubercules sont le plus souvent restés pauvres.

Tandis que, dans les régions favorisées, la teneur en fécule des récoltes s’élevait aux taux habituels de 19 et de 20 pour 100, on voyait, là où la sécheresse et les pluies s’étaient succédé, cette teneur tomber à 17,16 et même à 13 pour 100.

De telle sorte que la moyenne de la richesse en fécule, pour la variété Richter’s Imperator, doit être considérée comme ne dépassant pas 17 pour 100 en 1892.

C’est la conséquence la plus grave de la sécheresse de cette année. Dans nombre de régions, la pomme de terre tardive n’a pu mûrir, et cet hiver, par suite, on voit, soit dans les silos, soit dans les celliers, un grand nombre de ces tubercules pauvres qui, atteints tantôt par la pourriture humide, tantôt par la pourriture sèche, se gâtent et deviennent impropres à tout emploi industriel comme aussi à la plantation. Cet accident n’est en aucune façon spécial à la variété Richter’s Imperator il est général à toutes les variétés tardives.

Parmi ceux de mes collaborateurs enfin qui ont cultivé en terre fertile et dont la culture ne paraît pas avoir souffert de la sécheresse, il en est cinq seulement (sur 84) qui, ayant négligé de suivre mes indications, ont vu, de ce fait, leur récolte s’abaisser. J’indique ci-dessous les causes diverses auxquelles est dû leur insuccès

Localités. Surface cultivée. Rendement. Causes de l'infériorité de rendement.
ha kg
Essonnes (Seine-et-Oise) 
9,30 29,000 150 poquets à l'are.
Compiègne (Oise) 
10,00 23,500 0m,18 de labour.
Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) 
7,00 13,000 200 poquets à l'are, tous coupés.
Mazamet (Tarn) 
1,00 27,000 Maladie, sans traitement.

En résumé, sur quatre-vingt-quatre résultats fournis par la grande culture :

Quarante-neuf, représentant 384ha de terres fertiles et bien cultivées, ont donné un rendement moyen de 36276kg ;

Seize, représentant 118ha de terres médiocres ou pauvres, ont donné un rendement moyen de 21280kg ;

Quatorze, représentant 45ha dont la végétation a été éprouvée par la sécheresse, ont donné un rendement moyen de 22600kg ;

Cinq, représentant 33ha sur lesquels les procédés culturaux nécessaires ont été modifiés, ont donné un rendement moyen de 24000kg.

De telle sorte que, malgré la sécheresse extraordinaire de 1892, malgré les quelques modifications apportées aux procédés rationnels de la culture intensive, en faisant entrer en ligne de compte les mauvais comme les bons résultats, les récoltes en terres pauvres comme les récoltes en terres fertiles, la moyenne du rendement, en grande culture, sur 600ha environ, s’élève encore à 31000kg par hectare.

J’étais loin, au mois d’août, d’espérer un résultat aussi beau.

Sur les résultats fournis par la culture moyenne, c’est-à-dire par les plantations occupant de 20a à 99a, je ne saurais insister avec autant de détails que je viens de le faire sur les cultures étendues ; je me contenterai de les résumer à l’aide de quelques chiffres, en exprimant à mes collaborateurs le regret de ne pouvoir ici mentionner leurs noms et leurs travaux.

Si, en effet, au point de vue des surfaces plantées, les cultures de cet ordre qui, au total, n’ont couvert que 41ha sont moins importantes que les précédentes, elles le sont certainement davantage au point de vue du nombre des cultivateurs qui, en 1892, ont ainsi apporté leurs concours à la propagation des méthodes à l’aide desquelles la culture de la pomme de terre se transforme actuellement en France.

Le nombre de ces cultivateurs, en effet, est de cent sept. Ce serait se tromper, d’ailleurs, que de considérer leurs cultures comme n’ayant qu’une étendue sans importance près de la moitié ont dépassé 40a, et quelques-uns ont couvert jusqu’à 70a et 80a, ainsi que le montrent les chiffres ci-dessous :

35 ont cultivé de 
80a à 99a
10 ont cultivé de 
60a à 80a
33 ont cultivé de 
40a à 60a
59 ont cultivé de 
20a à 40a

C’est, du reste, à des résultats absolument comparables à ceux obtenus en grande culture que ces cent sept cultivateurs ont abouti. La proportion des rendements inférieurs à 30000kg est cependant, en cette circonstance, un peu supérieure à ce qu’elle a été dans le premier cas ; elle représente 40 pour 100 de la surface cultivée, au lieu de 33 pour 100 ; mais, par rapport au nombre des cultivateurs, elle est la même dans l’un et l’autre cas ; c’est au chiffre de soixante-deux, sur cent sept, que s’élève, pour la moyenne culture, le nombre des rendements supérieurs à 30000kg.

Quelques-uns de ces rendements, sur des surfaces de 20a et même de 50a, se sont élevés au chiffre énorme de 50000kg et de 52000kg ; mais je n’hésite pas à trouver ces rendements exceptionnels c’est aux environs de 35000kg qu’il convient de placer la véritable moyenne des rendements normaux.

Cependant, c’est à un chiffre légèrement supérieur que cette moyenne s’est élevée en 1892, pour les soixante-deux cultivateurs qui, en moyenne culture, ont dépassé le rendement de 30000kg :. C’est ce que montre la répartition ci-dessous :

45000...kg à 52000kg, sur des surfaces de 20.....ha à 50ha ont été obtenus par
45000 à 52000, sur des surfaces de 20 à 50 ont été obtenus par 
7
40000 à 45000, sur des s"rfaces de 20 à 80 ont été obtenus par 
9
35000 à 40000, sur des s"rfaces de 20 à 82 ont été obtenus par 
17
30000 à 35000, sur des s"rfaces de 20 à 75 ont été obtenus par 
29

Ce qui correspond à une moyenne générale de 30993kg.

Ainsi que je l’ai indiqué tout à l’heure pour les résultats de la grande culture, il semblera sans doute intéressant de connaître les régions dans lesquelles les cultures qui précèdent ont eu lieu.

Le Tableau qui suit en indique le classement :

Régions. Rendement moyen. Nombre de cultivateurs. Surfaces cultivées.
kg ha a
Ouest 
37400 13 5,02
Nord 
36837 14 5,69
Nord-Est 
35644 20 7,85
Sud-Est 
34600 1 0,74
Sud-Ouest 
34480 5 1,51
Centre 
37000 9 3,58
               Moyenne générale 
35993 62 24,39

Comme pour la grande culture, c’est aussi, pour la culture moyenne, dans les régions du Nord-Est, du Nord et de l’Ouest que l’impulsion donnée pour la transformation de la culture de la pomme de terre aboutit aux résultats les plus importants. Les conditions agricoles dans lesquelles les hauts rendements qui viennent d’être cités ont été obtenus sont, comme on pouvait le prévoir, identiques à celles qui, en grande culture, ont fourni des rendements analogues. C’est à l’emploi des procédés rationnels de culture intensive, et surtout lorsque l’une des deux causes précédemment indiquées est venue corriger l’influence désastreuse de la sécheresse, qu’ils sont dus.

Quant aux rendements inférieurs à 30000kg qu’a fournis la moyenne culture et dont le nombre est de 45, c’est à peu de chose près dans les mêmes proportions qu’en grande culture qu’ils se répartissent entre les cultures en terre pauvre ou médiocre, les cultures ayant souffert de la sécheresse, et enfin les cultures pour lesquelles les procédés nécessaires au succès ont été plus ou moins modifiés.

C’est enfin un enseignement identique que nous apportent les résultats obtenus en petite culture, c’est-à-dire sur des pièces dont l’étendue a été inférieure à 20a.

Partout où les procédés rationnels de la culture intensive ont été suivis, partout où l’influence de la sécheresse a été corrigée soit par quelques averses opportunes, soit par la fraîcheur du sous-sol, les résultats ont été excellents ; partout ailleurs, dans les terres pauvres ou médiocres, dans les terres perméables, là où la sécheresse a sévi, la récolte s’est abaissée dans une large mesure. Dans quelques localités du Midi, on a vu, sous cette influence, le rendement tomber à 10000kg et même à 5000kg ; en certains cas même on n’a pas tenté d’arracher.

C’est en petite culture enfin que le plus souvent des fautes se sont produites qui, dans une proportion souvent importante, ont diminué les rendements.

Dans presque tous les cas, ces fautes ont consisté à ne donner que des labours insignifiants, à considérer les engrais comme inutiles, à adopter des espacements exagérés, à fragmenter les tubercules de plant, enfin à prendre ceux-ci parmi les plus mauvais de la récolte précédente.

J’ai trop souvent insisté sur l’importance des fautes de ce genre pour qu’il soit nécessaire d’y revenir.

Aussi me contenterai-je, sans entrer dans aucun détail, de résumer les résultats obtenus dans le groupe de la petite culture, en disant que, parmi les deux cent trente cultivateurs qui le composent, les deux tiers environ ont planté des surfaces supérieures à 5a ; que cent onze parmi eux ont obtenu des rendements supérieurs à 30000kg, et qui en certains cas exceptionnels, se sont élevés jusqu’à 50000kg, 60000kg et même 70000kg, mais dont la moyenne générale est de 36000kg environ ; que dans certains départements enfin, dans les Vosges notamment, sous l’influence des conditions météorologiques que j’ai précédemment rappelées, cette moyenne, prise sur vingt cultures, a atteint le chiffre de 40000kg, et que, dans toutes les régions du Nord-Est, des résultats analogues ont été obtenus, tandis que dans le Centre et même dans l’Ouest, les bons rendements dépassent rarement 32000kg à 35000kg.

Quant aux cent dix-neuf cultivateurs de ce groupe, dont les rendements ont été inférieurs à 30000kg, c’est, ainsi que je l’ai tout à l’heure indiqué, aux causes déjà signalées pour la grande et la moyenne culture que leur infériorité doit être attribuée.

Tels sont les résultats auxquels vient d’aboutir, en 1892, l’application à la culture intensive de la pomme de terre des procédés qu’après cinq années d’études j’ai cru pouvoir, en 1888, recommander à l’Agriculture française.

Ces résultats dépassent, et de beaucoup, tout ce qu’au début j’aurais pu espérer.

En 1889, pour la première fois, je faisais appel au concours de la culture et lui demandais de soumettre ces procédés à l’expérience trente-trois cultivateurs répondaient à mon appel c’étaient les ouvriers de la première heure.

Quatre années se sont à peine écoulées, et le nombre des cultivateurs qui, en correspondance directe avec moi, sont devenus mes collaborateurs actifs, s’élève à plus de six cents, tandis qu’à côté d’eux, chaque jour, des collaborateurs inconnus, et bien plus nombreux, me sont signalés.

Parmi ces cultivateurs, les deux tiers ont, en 1892, et malgré des conditions météorologiques exceptionnellement défavorables, obtenu, en suivant les procédés rationnels de la culture intensive, des rendements qui, en moyenne, représentent à l’hectare un poids de 35000kg, et, au prix normal de 3fr, 50 le quintal, une recette en argent de 1225fr.

Et c’est non seulement sur de petites surfaces, mais sur des cultures de 20ha, 30ha, 50ha et 56ha que ces beaux résultats ont été obtenus.

En présentant les résultats de la campagne de 1891, j’exprimais la pensée que, dès ce moment, il semblait permis de considérer comme résolue la question de la régénération de la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France.

Aujourd’hui, et à la suite des résultats que je viens de faire connaître, je n’hésite pas à affirmer que la campagne de 1892 suffit à démontrer qu’elle est résolue en effet. C’est une conquête de plus à ajouter à celles dont la Science a, de nos jours, enrichi l’Agriculture.


Résultats de la campagne de 1893.


La sécheresse intense dont l’Agriculture française a si cruellement souffert en 1893 n’a pas épargné la culture de la pomme de terre ; elle a sévi notamment sur les variétés à grand rendement et à grande richesse.

Partout, à de rares exceptions près, les rendements se sont abaissés dans une large mesure, et l’on a vu ; en certaines régions particulièrement malheureuses, le cultivateur récolter un poids de tubercules à peine supérieur au poids qu’il avait planté.

Dans quelques régions favorisées, cependant, on a vu se reproduire, malgré tout, les hauts rendements auxquels des circonstances météorologiques favorables nous avaient jusqu’ici habitués.

De telle sorte que, à côté de quelques rendements misérables s’abaissant à 8000kg, 6000kg et même 3000kg à l’hectare, il en faut compter aussi qui, dépassant 35000kg, ont pu, en certaines circonstances, s’élever à 39000kg et même à 44000kg.

De l’un comme de l’autre côté, de tels rendements forment, bien entendu, l’exception, et si, prenant comme type permanent, ainsi que je le fais depuis dix ans, la variété Richter’s Imperator, on cherche à établir le rendement moyen de l’année 1893, on reconnaît que celui-ci peut être estimé à 22300kg à l’hectare. Il était en 1892 de 36000kg la diminution est donc de 14000kg, c’est-à-dire de 38 pour 100 environ.

C’est à un chiffre presque identique, c’est au chiffre de 22600kg que s’était élevé, en 1892, le rendement moyen sur les terres fertiles qui, pendant la campagne, avaient localement souffert d’une sécheresse comparable à celle de 1893.

La proportion des cultures ainsi influencées était relativement faible en 1892 elle ne dépassait pas 14 sur 84, soit 16 à 17 pour 100. En 1893, il en a été autrement ; toutes les cultures sans exception ont souffert de la sécheresse ; et si, malgré cette circonstance défavorable, les hauts rendements que je signalais tout à l’heure ont pu être obtenus dans certains cas, c’est à l’intervention de sous-sols maintenus frais par les eaux souterraines et offrant toujours aux radicelles de la plante l’eau nécessaire à sa végétation, qu’il le faut attribuer.

Quelques exemples me permettront d’établir tout à l’heure avec netteté l’importance capitale de cette intervention, sur laquelle déjà j’avais appelé l’attention l’année dernière.

C’est d’ailleurs à une situation nouvelle que répond, pour 1893, le compte rendu que je présente. Pour l’année 1892, le nombre de mes collaborateurs s’élevait à six cents, et les communications qui, dès cette époque, m’étaient adressées des diverses régions de la France permettaient de prévoir que, pour 1893, ce nombre s’élèverait à douze cents ou quinze cents mes ressources et mes forces ne m’auraient pas permis de suffire aux exigences d’une collaboration aussi nombreuse. J’ai eu la pensée alors de diviser le travail, et j’ai demandé à M. le Ministre de l’Agriculture de bien vouloir m’autoriser ce qu’il fait gracieusement à me mettre en rapport direct avec mes collègues MM. les Professeurs départementaux d’Agriculture et à leur demander de bien vouloir, individuellement, continuer dans leurs départements respectifs la propagande dont j’avais jusqu’alors, et depuis cinq années, pris la charge pour la France entière.

Presque tous ont répondu à mon appel. Beaucoup m’ont adressé des rapports intéressants, quelques-uns même des études remarquables. Sur les résultats fournis par cette collaboration locale, je présenterai prochainement un rapport détaillé à M. le Ministre de l’Agriculture, rapport dont j’espère pouvoir, avec son autorisation, présenter un résumé à la Société, de façon à faire connaître à mes confrères les travaux qui, parmi ceux auxquels je fais allusion, présentent le plus d’intérêt. Dès à présent, je puis dire que de l’ensemble de ces rapports il résulte que, sur presque toute la surface de notre territoire, la transformation de la culture de la pomme de terre, par l’adoption des procédés que j’ai recommandés et par la plantation des variétés à grand rendement, peut être considérée comme acquise.

Cependant, et si important que fût le concours de MM. les Professeurs départementaux d’Agriculture, je me suis proposé de continuer, avec mes collaborateurs principaux, et surtout avec les plus anciens d’entre eux, mes relations des années précédentes. Choisis parmi ceux qui, les premiers, confiants dans mes conseils, avaient adopté les procédés rationnels de la culture intensive, ces collaborateurs directs ont été, pour 1893, au nombre de cent exactement.

Situés d’ailleurs dans les régions les plus diverses de la France, les champs qu’ils ont cultivés peuvent être considérés comme l’image réduite du territoire consacré dans notre pays à la culture améliorée de la pomme de terre.

C’est à exposer les résultats numériques que m’ont communiqués ces cent collaborateurs que je dois m’attacher. Tous, bien entendu, sont des cultivateurs importants, et c’est d’après les procédés de la grande culture que tous ont travaillé.

Les superficies qu’ils ont consacrées à la culture de la pomme de terre en 1893 se sont élevées, en chiffre rond, à 800ha (exactement 799ha,65), et, parmi ces superficies, on compte :

Cultures variant de 50ha à 30ha 
 7
Culture" variant de 30ha à 10ha 
 17
Culture" variant de 10ha à 15ha 
 16
Culture" variant de 15ha à 12ha 
 31
Culture" variant de 12ha à 11ha 
 29
ttt
100

Classés par régions, les résultats obtenus sur ces 800ha de culture sont singulièrement intéressants à étudier. Ils permettent, en effet, de déterminer, par l’abaissement plus grand des récoltes qui y ont été faites, celles de ces régions sur lesquelles la sécheresse a sévi avec le plus d’intensité. Pour en rendre d’ailleurs l’étude plus profitable, j’ai cru utile de rapprocher des résultats de 1893 ceux qui ont été obtenus sur les mêmes exploitations en 1892.

On peut ainsi apprécier d’une part, l’extension donnée par mes cent collaborateurs, entre deux campagnes, à la culture améliorée de la pomme de terre ; d’autre part, les effets désastreux dus à la sécheresse de 1893.

La répartition de ces résultats est développée dans le Tableau suivant :
Résultats de la campagne de 1893.
1892 1893
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. Surface cultivée. Rendement à l'hectare.
Région de l'Ouest.
MM. ha kg ha kg
Morbihan 
Cte de Breuilpont (Sarzeau) 
1,00 17955 2,05 20000
Ille-et-Vilaine 
Touzard (Roz-sur-Couesnon) 
4,00 30000 12,00 35000
Loire-Inférieure 
Godefroy (Grand-Jouan) 
0,43 31400 1,00 19600
Mayenne 
Moreul (Laval) 
2,50 34500 6,50 25000
Orne 
Gévelot (Bellon-en-Houlme) 
0,26 30000 4,10 21600
Blin (Saint-Gautier) 
0,65 33000 1,42 26250
Eure 
Saint-Martin (Fleury) 
2,40 30000 2,50 22675
Delanney (Les Andelys) 
4,00 30375 53,00 17161
Moutard (Fontenay) 
3,90 42700 6,50 30420
Labarrière (Vernon) 
1,50 33200 1,10 26000
Hervey (Le Vaudreuil) 
17,00 20000 12,00 10500
Cusinberche (Mesnil-Hardray) 
0,60 32240 1,56 23846
Tocque (Boissy-le-Châtel) 
0,50 30000 100 12988
Brugnières (Muids) 
" " 15,00 8000
Seine-et-Oise 
Dr Fiaux (Andilly) 
2,50 41000 1,00 30000
Godefroy (Grigny) 
39,00 35000 25,00 22000
Landry (Tremblay) 
10,70 30000 14,00 20000
Papillon (Aulnay) 
25,00 32500 37,00 30000
Philippar (Grignon) 
4,00 36000 5,00 15160
Tétard (Gonesse) 
13,00 32000 5,00 23000
Bonfils (Varennes) 
13,00 25000 24,00 20000
Poirrier (Behoust) 
7,00 26300 12,00 28800
de Jacquemain (Poissy) 
0,50 45000 1,50 44000
Flé (Beaurepaire) 
30,00 18300 32,00 17500
Seine-et-Marne 
Vast (Chanteloup) 
45,00 36000 50,00 28000
Darblay (Saint-Germain) 
9,00 29000 21,00 21200
Gatellier (Condetz) 
5,00 23000 6,00 20500
Hardun (Courquetaine) 
0,50 45000 1,50 44000
Pereire (Armainvilliers) 
0,42 41600 1,60 14400
Région du Nord.
Pas-de-Calais 
De Coëtlogon (La Recousse) 
4,00 44700 30,00 24000
Dickson (Berthonval) 
0,20 32850 3,00 24000
D'Havrincourt (Achiet) 
0,82 35540 3,00 30000
Somme 
Pluchet (Roye) 
" " 2,00 30720
Résultats de la campagne de 1893.
1892 1893
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. Surface cultivée. Rendement à l'hectare.
Région du Nord.
MM. ha kg ha kg
Oise 
Bullot (Longueil) 
6,00 32000 22,00 16000
Hervaux (Fresnoy-le-Lust) 
4,00 35000 38,00 28000
Michon (Crépy) 
6,00 32500 15,00 15000
Fercot (Verberie) 
1,00 22000 2,00 17000
Scoppini (Attichy) 
1,50 22000 1,00 20000
Vendôme (Lachelle) 
10,00 23500 14,00 24000
Aisne 
Thibaux (Rocourt) 
" " 1,50 36000
Région du Nord-Est.
Ardennes 
Hanonnet (Vendresse) 
0,50 31500 1,00 10000
Donaix (Hierges) 
0,90 15000 1,50 25000
Linard (Saint-Germainmont) 
0,07 28900 5,00 8578
Meuse 
Bachelier (Saint-Benoist) 
1,00 33500 1,60 27350
Doyen (Mesnil-la-Horgne) 
0,41 21700 2,80 12206
Contenot-Presson (Stainville) 
0,10 43200 4,00 33000
Marne 
Collard-Brisson (Fère-Champ) 
1,00 18000 3,50 12000
Brion (Monthaon) 
2,00 37500 2,00 15000
M.-et-Moselle 
 
56,00 37500 56,00 30000
P. Genay (Lunéville) 
1,00 36000 22,00 20000
Harmand (Tantonville) 
0,40 31000 1,50 35000
Thiry (Tomblaine) 
1,50 39800 2,00 30000
Haute-Marne 
Tibulle-Collot (Maizières) 
0,75 31900 4,00 28600
Aube 
Huot (La Planche) 
1,00 41172 1,00 25600
De Compiègne (La Chaise) 
0,70 33760 5,00 32584
Collard (Dampierre) 
0,30 19000 1,50 14500
Corrard-Oudinet (Etrelles) 
0,40 29000 1,00 22500
Vosges 
Bertaud (Longchamp) 
0,61 36000 2,80 39800
L. Ferry (Corcieux) 
0,80 41600 4,00 32000
Colin (Saint-Laurent) 
0,07 41000 1,15 20000
François (Busegny) 
4,00 38000 8,00 30000
Haute-Saône 
Carou (Saint-Rémy) 
1,50 49910 2,30 34800
Terr. de Belfort 
Japy (Beaucourt) 
" " 1,05 25600
Yonne 
Geste (Auxerre) 
1,25 38700 2,00 39000
Thierry (La Brosse) 
0,40 9750 2,00 7000
Doubs 
Bugnot-Colladon (La Roche) 
3,00 37000 3,00 30600
Saône-et-Loire 
Duverne (Montceau-les-Mines) 
1,00 30000 5,00 27000
Garenne (Saint-Laurent) 
1,00 32400 10,00 26900
Pinet (Beaumont) 
3,00 24000 1,00 22000
Duparay (Saint-Ambreuil) 
0,70 24400 2,00 25000
1892 1893
Noms et localités. Surface cultivée. Rendement à l'hectare. Surface cultivée. Rendement à l'hectare.
Région du Sud-Est.
MM. ha kg ha kg
Isère 
Emery (Serezin) 
0,74 34600 1,00 14000
Bouc.-du-Rhône 
Hardon (Eysselles) 
" " 1,00 38000
Région du Sud-Ouest.
Haute-Garonne 
Tachoires (Castelnau) 
" " 1,20 16000
Gironde 
Dethan (Bourdeilles) 
" " 2,22 16520
Dordogne 
Oger (Bordeaux) 
" " 1,50 8000
Charente 
Roux (Saint-Front) 
0,39 31200 1,75 4250
Blanc-Fontenille (Villebois) 
" " 2,00 21000
Deux-Sèvres 
Martinet (Saint-Vincent) 
" " 1,00 23000
Vienne 
D'Anjou (Seneuil) 
1,00 27500 3,00 10600
Région du Centre.
Loir-et-Cher 
Estienne (Beauval) 
5,00 37000 8,00 17000
Labiche (Souvigny) 
0,30 26000 1,10 16470
Indre-et-Loire 
Cosnier (Chambourg) 
4,00 33500 4,00 17680
Indre 
Mellotée (Déols) 
4,00 28300 4,00 12000
Cavé (Noz-Marafin) 
" " 2,00 6562
Allier 
Ravier (Montmarault) 
0,40 35200 8,00 15800
Béguin (Vallon-en-Sully) 
" " 1,50 15000
Cher 
Lepetit (Saint-Amand) 
3,50 37000 2,00 6000
Nièvre 
Caquet (Saint-Hilaire) 
2,00 22000 6,00 27640
Coquard (Chatin) 
0,10 30000 8,00 34700
Haute-Vienne 
Le Play (Ligoure) 
2,00 35208 4,00 27000
De Bruchard (Chavaignac) 
2,00 22800 3,50 13663
Mignon (La Jonchère) 
0,11 38000 9,00 23600
Creuse 
Issertine (Saint-Amand) 
" " 1,00 30000
Picaud (Evaux) 
" " 1,00 15000
Corrèze 
Chauvin (Neuvic) 
0,30 51680 2,35 13091
Haute-Loire 
Chaudier (Nolhac) 
1,00 37300 2,00 23400
Aveyron 
Lunet (Rodez) 
3,00 16286 2,00 8000
Caville (Rignac) 
" " 6,00 25000
Tarn 
Cormoul-Houlès (mazamet) 
1,00 27000 20,00 37500

Ainsi que je l’ai déjà indiqué au début de ce compte rendu, c’est, en réalité, à une moyenne générale de 36000kg en 1892, de 22300kg en 1893, que la culture améliorée de la pomme de terre industrielle et fourragère a abouti pour l’ensemble des cent cultures qui viennent d’être passées en revue. La diminution est exactement de 38 pour 100.

Si grande que soit cette diminution, on ne saurait cependant la considérer comme correspondant à une ruine véritable, ainsi qu’il en a été pour d’autres productions agricoles, pour la production des fourrages notamment.

Si, en effet, on classe les résultats ci-dessus d’après le nombre des cultures correspondant à un rendement déterminé, on reconnaît qu’à l’hectare :

kg kg
2
cultures ont donné moins de 
5000
7
cultures ont "onné moins de 
5000 à 10000
11
cultures ont "onné moins de 
10000 à 15000
17
cultures ont "onné moins de 
15000 à 20000
22
cultures ont "onné moins de 
20000 à 25000
18
cultures ont "onné moins de 
25000 à 30000
15
cultures ont "onné moins de 
30000 à 35000
8
cultures ont "onné moins de 
35000 et au-dessus


Ce qui revient à dire qu’en 1893, parmi mes cent collaborateurs. neuf seulement, malgré la sécheresse, ont eu un rendement inférieur à 10000kg, c’est-à-dire inférieur au rendement moyen de la culture française en année normale ; que, d’autre part, 22 sur 100 ont réalisé de hauts rendements dépassant 30000kg et qu’enfin 80 pour 100 des rendements ont été supérieurs à 15000kg, 63 pour 100 supérieurs à 20000kg représentant dès lors, aux prix de cette année, prix qui se sont élevés jusqu’à 4fr les 100kg, des recettes de 600fr et 800fr à l’hectare.

Il est peu de cultures, je crois, qui, en 1893, aient donné des résultats aussi rémunérateurs.

Si, après avoir considéré dans leur ensemble les résultats que je viens de faire connaître, on les spécialise par régions, on voit que, suivant ces régions mêmes, les rendements ont présenté des inégalités sérieuses.

C’est ce que montre la comparaison ci-dessous entre les résultats de 1892 et ceux de 1893 :

1892. 1893. Diminution
Région de l'Ouest 
36333 21893 14440
Région du Nord 
35271 24065 11206
Région du Nord-Est 
40636 25000 15636
Région du Sud-Ouest[5] 
33500 13800 19700
Région du Centre 
35520 20255 15245

C’est dans le Sud-Ouest, on le voit, que la culture de la pomme de terre a principalement souffert. Les rendements y sont d’une faiblesse désolante. Déjà, en 1892, la sécheresse avait sévi dans cette région, mais avec une intensité bien moindre et d’une façon moins générale qu’en 1893.

Comme en 1892, d’autre part, c’est dans le Nord-Est, depuis la Haute-Marne jusqu’à Saône-et-Loire, en passant par les Vosges, que les résultats les meilleurs ont été obtenus. En 1892, on ne l’a pas oublié, les rendements avaient eu, dans cette région, une abondance exceptionnelle ; de telle sorte que, malgré la supériorité relative des récoltes qu’on y a obtenues en 1893, la diminution du rendement, par rapport à 1892, s’élève encore à 15636kg par hectare.

Dans le Nord, l’influence de la sécheresse, tout en restant bien sensible encore, a été moindre ; dans le Centre, au contraire, cette influence a été considérable, et le rendement a baissé de plus de 15000kg.

En étudiant avec attention la série des résultats obtenus par mes collaborateurs de 1893, on ne peut s’empêcher d’être frappé des énormes écarts que présentent quelques-uns d’entre eux.

C’est chose intéressante alors que de rechercher la cause à laquelle ces écarts doivent être attribués. Cette cause, c’est toujours, pour 1893, dans l’influence de la sécheresse qu’il la faut aller chercher.

C’est ainsi que chez M. de Jacquemain, près Poissy, en Seine-et-Oise, dans un terrain de sable sec et peu profond, la récolte, sur 17ha, atteignant à peine le poids du plant, a pu s’abaisser jusqu’à 3000kg à l’hectare. La levée avait été bonne ; mais, dès le commencement de juillet, les tiges fanaient sous l’action d’une sécheresse absolue et d’une chaleur tropicale, tandis qu’à 4km ou 5km de distance des cultures identiques, favorisées par quelques pluies d’orage, produisaient des récoltes magnifiques.

Chez M. Roux, à Saint-Front, dans la Charente, 2ha de terrain calcaire, mais perméable et incapable de retenir l’humidité, ont de même donné 4250kg à l’hectare. Dans cette région, la sécheresse était déjà des plus intenses au moment même de la plantation dès la fin du mois de mai, les trois cinquièmes des tubercules de plant avaient avorté ; depuis, la sécheresse a été continue.

Chez l’un des cultivateurs les plus distingués du département du Cher, chez M. Osmin Lepetit, à Saint-Amand, où la récolte, qui avait atteint 37000kg en 1892, est tombée à 6000kg en 1893, le sol n’avait pas, à la fin de juin, reçu une seule goutte d’eau, et c’est le 10 juillet seulement que la levée a commencé.

Il en est de même pour tous les rendements faibles indiqués au Tableau précédent partout c’est à la sécheresse que la faiblesse de ces rendements doit être attribuée.

Partout, au contraire, où, par suite de la fraîcheur du sol, les radicelles ont pu rencontrer l’eau nécessaire à la végétation, les résultats ont été excellents.

C’est ainsi que chez M. Hardon, à Courquetaine, on a vu, sur une pièce de 1ha,50, la fraîcheur naturelle du sol maintenue par un sous-sol imperméable élever le rendement au chiffre, bien exceptionnel pour 1893, de 44000kg à l’hectare ; que chez le même agriculteur, au domaine de l’Eysselles, dans les Bouches-du-Rhône, le rendement a pu, grâce à l’infiltration des eaux du Rhône à travers le sous-sol, atteindre 38000kg.

C’est ainsi qu’à Chatin, dans la Nièvre, un cultivateur habile. M. G. Coquard, a vu, sur les huit hectares de sol meuble et frais, à sous-sol granitique, qu’il avait consacrés à la culture de sept variétés différentes, la Richter’s Imperator lui fournir en tubercules entiers, 42560kg en tubercules coupés, 26840kg, soit en moyenne 34700kg.

Et c’est de même, en résistant à la sécheresse, grâce à la fraîcheur d’un sol profond et à l’imperméabilité d’un sous-sol argileux, qu’ont été obtenues les magnifiques récoltes de 39800kg chez M. Bertaud, à Longchamp, dans les Vosges ; de 39000kg chez M. Geste, à Auxerre, etc.

Partout c’est la même cause ; c’est l’immunité contre la sécheresse due à l’intervention d’un sous-sol frais et imperméable qui a produit le succès, comme partout aussi c’est la sécheresse, aidée par la perméabilité du sous-sol, qui a produit l’insuccès.

Ce n’est pas d’ailleurs et spécialement sur quelques variétés que s’est fait sentir la diminution des rendements pour toutes les variétés sans exception, ces rendements se sont abaissés souvent même dans une mesure plus grande que pour la variété Richter’s Imperator.


A côté de cette diminution dans les rendements en poids, il convient cependant de placer, par rapport à l’année 1892, une augmentation remarquable et générale, d’ailleurs, de la richesse des tubercules.

En 1892, la richesse moyenne de la variété Richter’s Imperator, qui d’habitude se rapproche de 20 pour 100 de fécule anhydre, s’était abaissée à 17 pour 100 environ ; en 1893, nous la voyons remonter à près de 19 pour 100.

Grâce aux envois que m’ont faits mes collaborateurs, j’ai pu soumettre à l’analyse le produit de soixante-trois cultures situées dans les régions les plus diverses, et j’ai vu, parmi ces soixante-trois lots :


Pour 100.,7
17 seulement accuser, à l'analyse, moins de 
 16 à 17,7
16 accuser, à l'analyse, de 
 16 à 17,7
16 accuser, à"l'analyse,  
 17 à 18,7
17 accuser, à"l'analyse,  
 18 à 19,7
14 accuser, à"l'analyse,  
 19 à 20,7
13 accuser, à"l'analyse,  
 20 à 21,7
10 accuser, à"l'analyse,  
 21 à 22,7


Ce retour à la richesse normale, sur plus des deux tiers des cultures, et malgré la sécheresse, est certainement un fait des plus remarquables.

C’est, en résumé, sous l’influence prépondérante de la sécheresse que la campagne de 1893 a abouti aux rendements fâcheux que je viens de faire connaitre.

Et la prépondérance de cet accident météorologique a été telle que, pour cette campagne, il n’y a guère lieu de se préoccuper ni de la fertilité des terres, ni des procédés culturaux employés. Les terres fertiles ont été frappées au même degré que les terres médiocres ou pauvres.

Quant aux procédés culturaux, ils sont aujourd’hui, chez presque tous mes collaborateurs, aussi parfaits qu’on les peut désirer. Le recours aux labours profonds est aujourd’hui normal dans tous les terrains où ces labours sont possibles ; de même, sous le rapport de la fertilisation du sol, les engrais, à de rares exceptions près, sont bien choisis et suffisamment abondants.

Quelques cultivateurs cependant restent encore attachés à la vieille coutume de la fragmentation des plants. Cette coutume, en 1893, et sous l’influence de la sécheresse, a conduit, et sans exception, à des déceptions cruelles. Cette fidélité à un préjugé véritable ne pouvait manquer d’appeler mon attention, et j’ai été ainsi conduit à entreprendre, depuis quatre années, des essais nouveaux sur cette question. Les résultats que ces essais ont fournis sont décisifs.

Sous le rapport de l’espacement, quelques fautes encore ont été commises ; mais ces fautes, la sécheresse, en égalisant toutes les conditions, en a rendu l’appréciation impossible. Beaucoup de cultivateurs ont conservé la tendance à espacer leurs plants outre mesure ; ils y voient une facilité pour l’exécution des façons : mais, ainsi que je l’ai démontré à plusieurs reprises, un espacement à 0m,60 entre les lignes, à 0m,50 sur les lignes, suffit à cette exécution, en même temps qu’il utilise la surface entière du sol.

Nulle part la maladie n’a sévi en 1893 la température élevée, la sécheresse de l’atmosphère ont mis obstacle au développement du phytophtora infestans. Mais tous les cultivateurs doivent être persuadés que cette immunité est certainement passagère, et que, pour l’année actuelle, ils devront prudemment recourir aux traitements préventifs qu’ils ont généralement négligés l’année dernière..

En terminant cet exposé des résultats fournis par la plus mauvaise campagne que la culture de la pomme de terre ait rencontrée depuis dix ans, c’est pour moi un plaisir de constater que ces résultats n’ont abattu le courage ni altéré la confiance d’aucun de de mes collaborateurs. Tel qui, sur 17ha a retrouvé à peine, en 1893 le poids des tubercules qu’il avait plantés, m’annonce que sa culture, cette année, s’étendra sur 20ha ; tel autre m’écrit qu’il va doubler la superficie consacrée par lui à la culture de la pomme de terre.

Chez aucun d’entre eux on ne voit poindre la plus petite nuance de découragement, et nul ne manifeste l’intention de revenir en arrière ni de retourner aux procédés routiniers d’il y a dix ans.

C’est à maintenir nos cultivateurs dans cette voie que je m’appliquerai dorénavant, et que s’appliqueront aussi mes collègues, les professeurs départementaux d’Agriculture auxquels, dès aujourd’hui, j’exprime toute ma reconnaissance pour le concours dévoué qu’ils veulent bien me prêter.


Résultats des campagnes de 1894 et de 1895.


Les deux campagnes de 1894 et de 1895 ont été, pour des causes opposées, funestes à nos récoltes de pommes de terre.

Supérieures cependant à la récolte de 1893, celles-ci n’en restent pas moins fort au-dessous des belles récoltes des années antérieures.

C’est aux conditions météorologiques sous l’influence desquelles la végétation s’est développée pendant l’une et l’autre campagnes que cette diminution des rendements habituels doit être attribuée.

En 1894, le mois de mai a été froid ; en maintes localités on a observé des gelées blanches, et quoique la quantité de pluie ait été voisine de la moyenne, le ciel est resté presque constamment nuageux ; aussi le plant, privé de chaleur et de lumière, a t-il levé difficilement et des manques se sont-ils produits.

Le mois de juin a été très sec ; les observations si précises faites à l’observatoire de Saint-Maur par notre collègue M. Renou n’ont, en ce mois, permis d’enregistrer qu’un seul jour de pluie, et de divers côtés, des conditions météorologiques analogues ont été constatées. Comme en mai, d’ailleurs, le ciel est resté généralement nuageux ; il en a été de même au commencement de juillet et, pour ces causes, la récolte s’est trouvée compromise au milieu de juillet, les tubercules commençaient à peine à se former au pied de tiges peu développées ; ils étaient d’ailleurs moins abondants que de coutume. Puis, vers la fin de juillet, le régime a changé, des pluies abondantes ont succédé à la sécheresse, et un instant on a pu espérer que le mal allait être réparé ; mais en août ces pluies sont devenues excessives pendant vingt et un jours, elles se sont prolongées presque sans interruption, et le ciel toujours couvert n’a pas apporté à la plante la somme de lumière nécessaire à l’enrichissement des tubercules.

Puis, en septembre, la pluie continuant, les tubercules ont grossi, mais en se gorgeant d’eau et restant, généralement, pauvres en fécule. De là, une récolte peu abondante et peu riche.

Tout autre, inverse on pourrait presque le dire, a été le régime de la campagne de 1895. Contrairement à ce qui s’était produit en 1894, le mois de mai a été chaud et la pluie d’intensité moyenne, répartie sur 12 jours seulement, a favorisé la levée. Le mois de juin, de même, a apporté à la culture de la pomme de terre des conditions régulières et moyennes, la lumière a été assez abondante, et, malgré quelques orages, nos champs, à la fin de ce mois, présentaient en général une belle apparence.

En juillet, des pluies favorables sont venues s’ajouter aux cause précédentes de succès, et, dans ces conditions, on a vu, jusqu’au milieu d’août, les tubercules prendre un développement satisfaisant.

Mais, à ce moment, c’est-à-dire au moment même où, ainsi que je l’ai établi dans l’étude que j’ai faite du développement progressif de la pomme de terre, la végétation aérienne, entièrement constituée, commence à travailler surtout pour l’enrichissement des tubercules ; une sécheresse presque sans précédent, accompagnée d’une chaleur excessive, dépassant souvent 30°, est venue arrêter brusquement le progrès. Sous l’influence de cette chaleur, les feuilles profondément desséchées ont été, suivant l’expression vulgaire, grillées en quelques jours et incapables dès lors de remplir leurs fonctions physiologiques ; elles ont cessé d’alimenter les tubercules en même temps que, dans le sol desséché également, les radicelles ne trouvaient plus l’eau nécessaire à leur accroissement.

Au cours du mois de septembre enfin, pendant lequel M. Renou, à Saint-Maur, a enregistré onze journées offrant des maxima supérieurs à 30° et où la température a pu même atteindre 35°,5, les effets désastreux précédemment constatés se sont accentués encore, et dès la moitié de ce mois, les feuilles absolument fanées des variétés demi-tardives on tardives, comme la Richter’s Imperator, la Red Skinned, la Géante bleue, etc., obligeaient plus d’un cultivateur à arracher, en avance de quinze jours et trois semaines sur l’époque normale. Comme en 1884 mais pour des causes différentes, c’est à une récolte généralement faible due la campagne de 1885 devait aboutir.


Ce serait se tromper cependant que de considérer les trois récoltes de 1893, 1894 et 1895 comme de nature à infirmer, par suite de leur infériorité, les résultats acquis depuis dix ans au point de vue de l’amélioration de la culture de la pomme de terre en France.

Sans doute et pour ces trois années, on a vu la moyenne des rendements s’abaisser dans une mesure importante, mais cette moyenne est malgré tout restée singulièrement respectable. Alors que sous l’influence de la sécheresse de 1893, sous l’influence des pluies de 1894, sous l’influence de la sécheresse de 1890 encore, les rendements des cultures arriérées et des variétés vulgaires s’abaissaient à quelques milliers de kilogrammes à l’hectare, les rendements de la variété Richter’s Imperator, sur les cultures améliorées de mes collaborateurs, s’élevaient en moyenne :

Pour 1893 à 
 20309kg riches à 19,00
Po"ri 1894 à 
 25371 kg ric"es à 18,34
Po"ri 1895 à 
 24709 kg ric"es à 19,00


A l’établissement de ces moyennes interviennent, il est vrai, quelques rendements misérables dus à des accidents locaux, mais interviennent aussi de nombreux rendements s’élevant, malgré les intempéries auxquelles la culture a été exposée, aux chiffres de 30000kg et même de 35000kg à l’hectare. C’est ce que montrera tout à l’heure l’exposé détaillé des résultats obtenus par mes collaborateurs en 1894 et 1895.

Mais, avant d’entreprendre cet exposé, je me permettrai de rappeler que, comme pour 1893, c’est dans des conditions différentes de celles adoptées pour les années précédentes que celui-ci se présente.

En 1892, le nombre de mes collaborateurs s’élevait à 600 environ ; pour 1893, un nombre de 1200 à 1500 s’annonçait ; mes forces et mes ressources ne pouvaient me permettre de répondre utilement à une collaboration aussi considérable. Avec l’autorisation de M. le Ministre de l’Agriculture, j’ai prié alors mes collègues, les Professeurs départementaux d’Agriculture, de bien vouloir, individuellement et dans leur région, continuer la propagande dont j’avais jusqu’alors et depuis cinq années pris la charge et assumé la responsabilité pour la France entière.

Je me suis réservé seulement de continuer, pendant quelques années encore et avec le concours d’une centaine de mes plus anciens collaborateurs, la démonstration pratique des services que peut rendre à notre Agriculture l’application sévère des procédés de culture rationnelle de la pomme de terre dont j’ai commencé l’étude en 1885. C’est dans ces conditions que je me suis placé pour la campagne de 1893, campagne dont j’ai, dans la séance du 9 mai 1894, présenté les résultats à la Société nationale d’Agriculture, et c’est dans des conditions identiques que je me suis placé en 1894 et 1895. Les collaborateurs auxquels j’avais, en 1893, demandé leur concours sont, à quelques exceptions près, ceux qui, en 1894 et 1895, sont restés en relations avec moi.

Leur nombre a cependant légèrement diminué, ces deux dernières années ; quelques-uns ont malheureusement disparu, d’autres ont cessé leur culture, etc., si bien que, pour la campagne de 1894, le nombre des comptes rendus détaillés qui m’ont été adressés n’a été que de quatre-vingt-huit ; il a été moindre encore en 1895, mais pour une cause différente et toute personnelle à un certain nombre de mes collaborateurs. Chez ceux-ci, la destruction de la végétation aérienne de la pomme de terre, sous l’influence de la chaleur et de la sécheresse, a été si prompte et si complète que, par un amour-propre bien excusable, ils ont préféré ne pas me communiquer les résultats du désastre qui leur était ainsi infligé ; le nombre de ceux qui m’ont fait connaître leurs résultats n’a pas dépassé soixante-huit.

C’est, bien entendu, et comme je l’ai déjà fait en 1893, parmi les cultivateurs qui consacrent à la pomme de terre une superficie notable que j’ai choisi mes collaborateurs de 1894 et 1895 ; il n’en est aucun dont la culture ne comprenne, au minimum, un hectare de pommes de terre, et c’est toujours à la variété Richter’s Imperator que s’appliqueront les résultats que je ferai connaître tout à l’heure. Quelques-uns ont cultivé simultanément d’autres variétés, mais c’est seulement dans un travail prochain que j’indiquerai les résultats que ces variétés leur ont fournis.

Somme toute, les cultures de mes quatre-vingt-huit collaborateurs en 1894 se sont étendues sur une surface de 600ha environ, et l’on y voit figurer :

---
Pour 100.
26 cultures de 50ha à 30ha soit 
 7,2
12 cult"res de 30ha à 10ha soit 
 14,5
12 cult"res de 10ha à 35ha soit 
 14,5
32 cult"res de 35ha à 32ha soit 
 38,5
21 cult"res de 32ha à 31ha soit 
 25,3
---
-----
82
100,0


En 1895, les cultures de mes soixante-huit collaborateurs se sont étendues sur 420ha, et l’on y voit figurer :

---
Pour 100.
25 cultures de 50ha à 30ha soit 
 7,4
27 cult"res de 30ha à 10ha soit 
 10,3
10 cult"res de 10ha à 35ha soit 
 14,7
18 cult"res de 35ha à 32ha soit 
 26,7
28 cult"res de 32ha à 31ha soit 
 40,9
---
-----
68
100,0


Classés d’après la division de la France en cinq régions qu’a imaginée M. Levasseur, les résultats des deux campagnes de 1894 et 1895 sont résumés dans le Tableau suivant, à l’aide duquel il est aisé d’établir, pour chaque cultivateur, entre les résultats obtenus dans les mêmes sols, à la suite de l’été pluvieux de 1894 et de l’été si sec de 1895, une comparaison particulièrement intéressante, aussi bien sous le rapport du rendement, en poids, de la culture que sous le rapport de la richesse en fécule des tubercules récoltés :

RÉSULTATS DES CAMPAGNES 1894 ET 1895.
1894 1895
Noms et localités. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100.
Région du Nord-Ouest.
MM. kg kg
Morbihan 
Cte de Breuilpont (Coëtdihuel) 
18000 " 25000 "
Ille-et-Vilaine 
Touzard (Roz-sur-Couesnon) 
10000 " 30000 "
Loire-Inférieure 
Godefroy (Grand-Jouan) 
22000 22,2 " "
A. Gouin (Haute-Goulaine) 
" " 35000 18,2
Maine-et-Loire 
Comte d'Alton (Clefs) 
35025 19,7 31000 21,8
Orne 
Blin (Saint-Gautier) 
15000 " 26000 13,7
Gévelot (Dieufit) 
20000 12,8 " "
Eure 
Bruguières (Muids) 
17000 18,4 " "
Hervey (Le Vaudreuil) 
21000 14,0 23000 19,0
Labarrière (Sainte-Geneviève) 
29000 " 27600 16,6
Moutard (Fontenay) 
17200 " 31000 "
Saint-Martin (Fleury) 
29000 " 12000 16,6
Tocque (Boissy-le-Châtel) 
10540 " 22000 12,6
Eure-et-Loir 
Egasse (Archevillier) 
37500 15,1 31000 21,5
Seine-et-Oise 
Bonfils (Varenne) 
28000 17,1 24000 "
Darblay (Corbeil) 
29000 " 27000 20,5
De Dordelot (Illiers) 
20000 " 25000 "
Flé (Maule) 
24300 " 26500 "
Godefroy (Grigny) 
30000 " 32000 "
De Jacquemain (Poissy) 
17000 " " "
Landry (Tremblay) 
30000 " " "
Papillon (Aulnay) 
28000 " 28000 "
Philippar (Grignon) 
28600 16,3 24000 19,7
Poirrier (Behoust) 
22000 " 26000 20,1
Tetard (Gonesse) 
29600 20,9 27400 21,5
Seine-et-Marne 
Euvrard (Armainvilliers) 
45000 16,0 " "
Gatelier (Condetz) 
30000 19,4 " "
Harpon (Courquetaine) 
39500 " " "
Guichard (Forges) 
30000 " 21000 20,5
Vast (Chanteloup) 
38000 17,5 35000 21,7
Seine 
Aimé Girard (Joinville) 
33050 16,0 35110 20,5
1894 1895
Noms et localités. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100.
Région du Nord.
MM. kg kg
Pas-de-Calais 
Dickson (Berthonval) 
22320 " 28300 20,5
D'Havrincourt (Havrincourt) 
13000 " 21400 "
Nord 
Bonzel (Haubourdin) 
13600 " 21400 "
Somme 
Pluchet (Roye) 
34150 20,3 24500 16,9
Oise 
Fercot (Verbérie) 
22500 " 23000 "
Hervaux (Fresnoy) 
22000 " 22000 "
Hougre Bullot (Longueil) 
18000 " 18000 20,5
Michon (Crepy) 
18000 19,0 " "
Poulet (Saulzy) 
31000 19,4 " "
Scoppini (Attigny) 
20000 " " "
Vendôme (Lachelle) 
19000 " 18000 "
Région du Nord-Est.
Ardennes 
Linard (Saint-Germainmont) 
" " 11580 21,9
Marne 
Collard-Brisson (Fère-Champ) 
24000 19,9 16000 17,5
Renon (Bannes) 
13000 " 20000 "
Meuse 
Bachelier (Saint-Benoist) 
22340 20,9 28400 "
Doyen (Mesnil-la-Horgne) 
12000 13,0 15000 17,1
M.-et-Moselle 
Genay (Lunéville) 
24000 18,7 20460 "
Harmand (Tantonville) 
30000 20,5 " "
Louis (Tomblaine) 
25000 " 15000 "
Thiry (Tomblaine) 
32000 20,0 16100 "
Vosges 
Bertaud (Longchamp) 
" " 28000 "
Ferry (Corcieux) 
28000 " 31000 "
François (Busegny) 
28000 " 30000 19,0
Haute-Marne 
Tibulle-Collot (Maizières) 
27000 " 24500 "
Aube 
Collard (Dampierre) 
15000 18,0 18500 20,9
Corrard-Oudinet (Etrelle) 
29000 20,2 28000 21,2
De Compiègne (Soulaine) 
32600 17,1 25000 "
Huot (Laplanche) 
37460 19,9 28000 21,9
Côte-d'Or 
Martin Jenondes (Ruffey) 
25600 " 19300 "
Belfort (Ter. de) 
Japy (Beaucourt) 
28000 " " "
Doubs 
Bugnot-Colladon (La Roche) 
30300 18,0 32000 20,0
Saône-et-Loire 
Duparay (Saint-Ambreul) 
24000 24,5 22000 19,7
Duverne (Montceau) 
30000 20,0 25000 19,0
Garenne (Perrigny) 
42000 18,0 24050 "
1894 1895
Noms et localités. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100. Poids récolté à l'hectare. Richesse en fécule pour 100.
Région du Sud-Ouest.
MM. kg kg
Dordogne 
Dethan (Bourdeilles) 
21170 17,1 22260 16,6
Charente 
Roux (Saint-Front) 
32750 19,8 25000 18,8
Vienne 
D'Anjou (Seneuil) 
19500 16,9 22000 "
Deux-Sèvres 
Martinet (Melle) 
35000 18,8 35460 18,2
Basses-Pyrénées 
Gassion (Buros) 
" " 14500 "
Région du Centre.
Loir-et-Cher 
Labiche (Souvigny) 
16000 19,4 16000 19,7
Cher 
O. Lepetit (Saint-Amand) 
20000 21,7 28000 17,7
Nièvre 
G. Coquard (Chatin) 
31470 18,6 36150 17,5
Allier 
Beguin (Vallon-en-Sully) 
15500 15,1 31000 17,7
Ravier (La Garde-Montmarault) 
21000 20,7 26000 "
Puy-de-Dôme 
De Larouzière 
" " 15000 "
Loire 
J. Gaudet (Magnieux-le-Gabion) 
" " 18000 "
Indre 
Cavé (Notz-Marafin) 
34500 17,3 13900 18,2
Cosnier (Chedigny) 
27000 18,2 25000 "
Tréfault (Les Chezaux) 
27000 15,1 " "
Haute-Vienne 
De Bruchard (Chavaignac 
20800 20,8 " "
Tesserenc de Bort (Bort) 
36240 " " "
Corrèze 
Chauvin (La Plaine) 
9360 15,5 30000 15,8
Haute-Loire 
Chaudier (Nolhac) 
21600 " " "
Aveyron 
Caville (La Maurinière) 
34200 " 31000 "
Tarn 
Cormoul-Houlès (Mazamet) 
22500 18,2 28000 19,0

Quelque défavorables qu’aient été, pour deux causes opposées, les conditions météorologiques sous l’influence desquelles la pomme de terre s’est développée en 1894 et 1893, les résultats dus à l’application des procédés rationnels de culture que j’ai recommandés n’en sont pas moins dignes d’attention.

Sans doute, les rendements ainsi constatés sont bien inférieurs aux rendements moyens de 36000kg à l’hectare, obtenus, en 1891 et 1892, par des centaines de cultivateurs ; mais, supérieurs déjà au rendement moyen de 22300kg constaté en 1893, ils doivent être considérés comme satisfaisants encore.

Si, en effet, décomposant le Tableau qui précède, on classe les divers résultats qui y sont relatés suivant leur importance, on reconnaît qu’appliqués à cent cultivateurs les rendements en poids se répartissent ainsi, pour l’une et l’autre campagnes :

À l'hectare. 1894. 1895.
De 10000kg à 15000kg 
9,6 4,4
De 15000 à 20000 
13,2 16,1
De 20000 à 25000 
25,2 23,6
De 25000 à 30000 
20,5 30,9
De 30000 à 35000 
20,5 17,7
De 35000kg et au-dessus 
11 7,3
100,0 100,0


Du classement précédent il résulte aussitôt que les trois quarts de mes collaborateurs en 1894, les quatre cinquièmes en 1895, ont obtenu un rendement en poids supérieur à 20000kg, c’est-à-dire un poids représentant en argent, et au prix normal de 3fr,20 les 100kg, une recette brute de 640fr. C’est là encore, en présence des déplorables conditions météorologiques de ces deux années, un résultat fort intéressant. Il devient plus remarquable, d’ailleurs, lorsque, considérant les cultivateurs plus favorisés, dont la proportion est de 52 pour 100 en 1894, de 55 pour 100 en 1895, qui ont obtenu de 25000kg à 35000kg et au delà, on calcule que ceux-ci ont réalisé des récoltes représentant en argent de 800fr à 1100fr l’hectare.


Si, après avoir comparé les années 1894 et 1895 au point de vue du rendement en poids, on les compare au point de vue de la richesse en fécule des tubercules, on reconnaît bientôt, ainsi que devait le faire prévoir l’été pluvieux de 1894, que la richesse a été généralement, pour cette récolte, inférieure à ce qu’elle est à la suite de l’été sec de 1891. Prise dans la moyenne, la différence n’est pas bien grande, il est vrai ; elle n’est que de 0,66 pour 100, en effet, la teneur moyenne en fécule étant de 18,34 pour 1894 et de 19 pour 1895 ; mais lorsqu’on entre dans le détail et qu’on compare, chez un même cultivateur, les résultats des deux années, on reconnaît que, dans la plupart des cas, la teneur est, en 1895, de 1,5 à 2 pour 100 supérieure à ce qu’elle a été en 1894.

C’est chose particulièrement intéressante alors que de comparer entre eux les chiffres qui, d’une année à l’autre, et chez un même cultivateur, correspondent aux différences les plus grandes, et que de rechercher les causes de ces différences. Je me contenterai de signaler les plus remarquables, en m’attachant d’abord à celles qui se sont traduites par une diminution de poids considérable de 1894 à 1895.

D’une année à l’autre on a vu, chez les cultivateurs dont les noms suivent, le rendement tomber :

1894. 1895.
Chez M. Cavé (Indre), de 
34500kg à 13900kg
Ch"z M. Garenne (Saône-et-Loire), de 
42000kg à 24050kg
Ch"z M. Louis (Meurthe-et-Moselle), de 
25000kg à 15000kg
Ch"z M. Pluchet (Somme), de 
34500kg à 24500kg
Ch"z M. Saint-Martin (Eure), de 
29000kg à 12000kg
Ch"z M. Thiry (Meurthe-et-Moselle), de 
32000kg à 16100kg


C’est à la sécheresse excessive des mois d’août et de septembre 1895 que, sans hésitation, ces diminutions de rendement, si considérables en quelques cas, doivent être attribuées. En 1894, chez ces cultivateurs, les pluies de l’été n’ont eu ni la même fréquence, ni la même intensité que dans d’autres régions, et la pomme de terre, avançant régulièrement vers sa maturité, a, en fin de compte, donné de belles récoltes ; en 1893, au contraire, la sécheresse et la chaleur ont, sur les mêmes exploitations, sévi d’une façon inaccoutumée et, dès le milieu d’août, la végétation pouvait être considérée comme suspendue.

Les différences de rendement qui, de sens contraire, se sont traduites par des augmentations de rendement en 1896 sont beaucoup moins nombreuses ; j’en citerai six qui sont remarquables elles se sont traduites chez les cultivateurs dont les noms figurent au Tableau ci-dessous par les chiffres suivants :

1894. 1895.
Chez M. Béguin (Allier), de 
15500kg à 31000kg
Ch"z M. Blin (Orne), de 
15000kg à 26000kg
Ch"z M. Chauvin (Corrèze), de 
19360kg à 30000kg
Ch"z M. d'Havrincourt (Pas-de-Calais), de 
13000kg à 21400kg
Ch"z M. Moutard (Eure), de 
17200kg à 31000kg
Ch"z M. Touzard (Ille-et-Vilaine), de 
10000kg à 30000kg


C’est à des causes diverses que doivent être attribuées, dans ce cas, les augmentations constatées en 1895, ou, pour parler plus justement, les infériorités constatées en 1894 par rapport aux rendements normaux.

Chez MM. Béguin et Chauvin, comme aussi chez M. Touzard, dans les grèves du Mont-Saint-Michel, la plantation en 1894 avait été, au début, fortement affectée par la sécheresse du printemps, la levée avait été mauvaise et des manques s’étaient produits.

Chez M. Blin, dans un terrain sablo-argileux reposant sur un sous-sol imperméable, les pluies de 1894 avaient exercé une influence désastreuse.

Chez M. d’Havrincourt, et par suite d’une erreur, la plantation faite en 1894, sur une prairie retournée, n’avait reçu aucun engrais.

Chez M. Moutard enfin, et malgré les ordres les plus précis, le chef de culture avait, en 1894, négligé de sulfater et, sous l’influence de la maladie, la récolte a baissé de moitié.

D’une matière générale, en un mot, c’est aux conditions météorologiques si fâcheuses de ces deux années, à la sécheresse qui, au printemps de 1894, a compromis la levée du plant, aux pluies qui, cette même année, ont terminé la campagne, c’est à la sécheresse et à la chaleur d’août et septembre 1895 qu’est due l’infériorité relative que je viens d’exposer.

On ne saurait l’attribuer à des fautes professionnelles, l’importance de celles-ci est presque nulle aujourd’hui ; les procédés rationnels que j’ai fait connaître sont dès maintenant admis et pratiqués par la culture et lui assurent, lorsque les conditions météorologiques sont normales, de magnifiques récoltes.

C’est à peine si, en parcourant les comptes rendus que m’ont adressés mes collaborateurs, on y découvre quelques rares erreurs.

Chacun aujourd’hui laboure à 0m,20 ou 0m,25 au moins ; beaucoup descendent à 0m,30 et 0m,40 et s’en trouvent bien.

Les engrais, en général, sont donnés avec l’abondance que la pomme de terre exige ; fumier et engrais complémentaires sont, chez presque tous les bons cultivateurs, employés simultanément à la fertilisation du sol.

A de rares exceptions près, c’est par tubercules entiers qu’ont eu lieu, en 1894 et 1895, toutes les plantations faites par mes collaborateurs ; l’expérience leur a, bien souvent déjà, démontré l’infériorité du système de plantation par fragments de tubercules.

L’espacement adopté est généralement celui que j’ai conseillé 0m,50 et 0m,60 ; il permet de donner, il l’aide d’outils à traction de cheval, toutes les façons que la culture exige, en même temps qu’il laisse à la plante l’espace nécessaire à son développement aérien.

Tous les conseils, en un mot, que mes recherches m’ont conduit à donner aux cultivateurs qui ont bien voulu me prêter leur concours, sont aujourd’hui suivis par eux avec une méthode qui, dans des circonstances normales, leur assure le succès.

Parmi ces conseils, cependant, il en est un que trop de cultivateurs en France ont négligé en 1894 et dont l’oubli a été, pour beaucoup d’entre eux, la cause d’un véritable désastre ; ce conseil, c’est celui que j’ai bien souvent répété, de combattre toujours, préventivement, la maladie de la pomme de terre au moyen des bouillies cuivriques.

Lorsque, le 9 mai 1894, je présentais à la Société nationale d’Agriculture les résultats de la campagne de 1893, je disais[6] :

« Nulle part la maladie n’a sévi en 1893 la température élevée, la sécheresse de l’atmosphère ont mis obstacle au développement du phytophtora infestans. Mais tous les cultivateurs doivent être persuadés que cette immunité est certainement passagère et que, pour l’année actuelle, ils devront prudemment recourir aux traitements préventifs qu’ils ont généralement négligés l’année dernière. »

Ce conseil n’a malheureusement été écouté que par un petit nombre de cultivateurs. En 1893, la maladie avait été entravé par la sécheresse et la chaleur, et ceux-là mêmes qui n’avaient pas sulfaté leurs champs n’ont de ce côté éprouvé aucun dommage. De là à conclure à l’inutilité du sulfatage il n’y avait qu’un pas ; ce pas, beaucoup l’ont franchi en 1894.

Il en a été ainsi, même parmi mes collaborateurs directs, et la Société nationale d’Agriculture sera sans doute étonnée d’apprendre qu’en 1891, parmi les quatre-vingt-huit cultivateurs qui ont bien voulu me fournir des renseignements à ce sujet, il en est soixante-six qui, pour la plupart, ayant sulfaté les années précédentes, mais convaincus que la maladie, parce qu’elle n’avait pas paru en 1893, ne reviendrait plus, ont renoncé, pour cette campagne, au sulfatage. Cette erreur a d’ailleurs coûté cher à beaucoup d’entre eux ; trente-huit, en effet, ont vu, dans ces conditions, la maladie envahir leurs cultures, réduire leurs récoltes et quelquefois les détruire.

Cette leçon, il faut l’espérer, ne sera pas perdue et nos cultivateurs, dorénavant, se souvenant que tous les ans, et malgré tout, la maladie les guette, n’oublieront plus de la combattre préventivement en arrosant leurs champs, des la fin du mois de juin, à l’aide des bouillies cuivriques.

Tels sont les résultats obtenus en 1894 et 1890 par ceux de mes collaborateurs dont j’ai continué à suivre les travaux. On ne saurait en concevoir de plus encourageants. Poursuivie pendant trois années consécutives dans des conditions météorologiques défavorables au premier chef, la culture améliorée de la pomme de terre, conduite d’après les procédés rationnels et intensifs dont j’ai, si souvent déjà, développé les avantages, n’en a pas moins, pendant ces trois années, obtenu des rendements rémunérateurs, alors qu’à côté d’elle, la culture routinière, cantonnée dans les procédés rudimentaires d’autrefois, aboutissait à des récoltes insignifiantes, quelquefois à peine supérieures au poids des tubercules plantés.

Les procédés à l’aide desquels les agriculteurs, grands ou petits, peuvent réaliser, et à coup sûr, l’amélioration de la culture de la pomme de terre, appartiennent aujourd’hui au domaine régulier de l’économie rurale, et leur place est désormais marquée parmi les procédés scientifiques qui doivent assurer l’avenir de l’Agriculture française.


FIN

  1. Voir pages 10 et suivantes.
  2. Voir page 48.
  3. Une moitié seulement des tubercules a été coupée dans ce cas.
  4. a et b Voir pages 226 et 227 les récoltes obtenues en terre fertile par les mêmes cultivateurs.
  5. La région du Sud-Est compte trop peu de cultures pour qu’on puisse y constituer une moyenne.
  6. Voir ci-dessus, page 251.