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Recueil des lettres missives de Henri IV/1580/8 décembre ― À Meslon

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1580. — 8 décembre.

Orig. – Arch. de famille de M. le comte H. C. de Meslon. Envoi de M. le secrétaire général du département de la Gironde.


À MESLON.

Meslon, Je suys grandement marry de la mort du pauvre Castera, que je regrette autant qu’homme que j’aye perdu y a long temps, et de l’inconvenient advenu à Lafitte[1] et Ducasse[2]. Je m’en suys plainct à Monsieur, qui envoye son prevost pour en faire la justice : ce qu’il m’a promis et asseuré ; à quoy je tiendray la main. J’ay veu tout aujourd’huy nostre paix comme rompue. Le Roy nous accorde bien tous nos articles, mais il ne veult aucunement entendre de la Reolle. Monsieur nous offre Montsegur et Pemeyrole[3] ou Figeac, les deux que nous vouldrons choysir de ces troys, avec cent arquebuxiers de plus, et en oultre que d’Ussac sortira[4], et la Reolle demeurera en l’estat qu’elle doybt estre, executant l’edict. À quoi je n’ay voulu consentir, sans premier en avoyr l’advis des principaulx qui y ont interest et de noz eglises ; ce pendant nous avons prolongé la trefve de dix jours. À ceste cause, je vous prye le faire publier comme les catholicques feront et le faire estroictement garder ; et me venez trouver, incontinent à Bergerac. Que si les tours dudit Montsegur n’estoyent desmolyes, que l’on n’y touche plus. Et sur ce, prieray Dieu, Meslon, vous avoir en sa saincte et digne garde. De Coutras, ce viije decembre 1580.

Vostre bon maistre,


HENRY.


[5] Je vous prye assembler tous les gens de cheval et arquebuziers à cheval que pourrez, pour me venir trouver, d’aultant que les aultres ne gardent point la trefve, et croire ce que le sr Chalup[6] vous dira de ma part.


  1. voyez, sur ce capitaine Lafitte ou la Fithe, la lettre du 10 novembre 1582.
  2. Ducasse ou du Casse, capitaine alors très-renommé, avait beaucoup de crédit dans le parti protestant, depuis qu’il avait enlevé aux catholiques la ville de Bazas, trois ans auparavant, à la suite d’un acte de violence pour lequel il obtint une abolition, par l’article 28 du traité qui se négociait en ce moment entre Monsieur et le roi de Navarre.
  3. Ou Puymirol, en Agénois, aujourd’hui chef-lieu de canton du département de la Gironde.
  4. Voyez ci-dessus, lettre entre le 17 et le 28 octobre 1578.
  5. Ce post-scriptum est de la main du roi.
  6. Il s’agit peut-être ici de Jérôme de Chalup, écuyer, conseiller du Roi, et lieutenant général au siège présidial de Bazas. Il était d’une famille de Périgord dont plusieurs membres furent maires de Périgueux, mais sur laquelle d’Hozier ne donne que des renseignements incomplets dans l’Armorial général de France.