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Revue des Romans/Amelia Anderson Opie

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Revue des Romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839
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OPIE (mistriss),
fille du célèbre médecin Anderson, romancière anglaise du XIXe siècle.


EMMA ET SAINT-AUBIN, ou Caractères et scènes de la vie privée, 3 vol. in-12, 1813. — La mère d’Emma, trompée par un libertin qui l’abandonne en essayant de lui faire croire que son mariage est nul, meurt dans l’indigence. Après la mort de sa mère, Emma, alors âgée de dix ans, est conduite chez son aïeule, où elle est l’objet des plus tendres soins. À l’âge de seize ans, Emma était un chef-d’œuvre de grâces et de beauté ; aimée et chérie de tous ceux qui l’approchaient, elle aurait été heureuse si l’amour n’eût troublé sa tranquillité. À peu de distance du château de son aïeule, habitait un M. Hargrave, espèce de tyran domestique, qui faisait acheter chèrement à sa sœur et à son neveu l’asile qu’il leur accordait. Ce neveu, nommé Saint-Aubin, est amoureux d’Emma, dont il est aimé ; mais il criant de se déclarer, car sa situation dépendante ne lui permet pas d’aspirer à sa main, et il a d’ailleurs promis à son oncle de ne pas épouser Emma. Il s’éloigne même sans oser l’entretenir de ses sentiments. Pour dissiper la mélancolie que cet éloignement cause à sa petite-fille, l’aïeule d’Emma la fait voyager, et l’auteur saisit cette occasion pour peindre une petite ville d’Angleterre, et passer en revue un grand nombre d’originaux. On quitte l’Angleterre pour venir en France, ce qui donne occasion de faire connaissance avec de nouveaux personnages. Emma retrouve Saint-Aubin, poursuivi par une coquette qui veut l’enchaîner à son char ; mais il a gardé à sa chère Emma une fidélité scrupuleuse, et cependant il ne peut se décider à lui découvrir son amour. Piquée de l’indifférence de Saint-Aubin, Emma consent à épouser un jeune lord dont elle a fait la connaissance à Paris. Toute la famille retourne à Londres ; on est prêt pour la cérémonie, lorsque Saint-Aubin découvre que le prétendu d’Emma est son frère : le séducteur de sa mère a contracté un second mariage dans l’Inde, et son changement de nom est cause de la méprise. Enfin, Saint-Aubin, devenu libre par la mort de son oncle, dont il est l’unique héritier, épouse sa maîtresse, et pour qu’ils ne soient pas heureux à demi, les richesses leur arrivent de tous côtés. — Ce roman est un des meilleurs de ceux qu’a publiés mistr. Opie, et quoique l’intrigue en soit un peu compliquée, on le lit cependant avec plaisir.

CATHERNE SHIRLEY, ou la Veille de la Saint-Valentin, traduit par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1816. — Ce roman commence d’une manière vive et dramatique. Au moment où tout annonçait une bataille décisive entre les flottes française et anglaise, le vieux général Shirley dînait chez un ami à quelques milles de Londres. On parlait politique, et le patriotisme des convives s’accrut au point que le général protesta qu’il apprendrait avec moins de chagrin la mort de son fils que celle d’une défaite. On applaudit à ce trait de vertu antique ; mais avant que les éloges eussent fait le tour de la table, un sentiment qui ressemblait beaucoup au remords troubla le cœur paternel du vieillard. Ce fut bien pis lorsqu’un courrier envoyé de Londres vint annoncer qu’il y avait eu une affaire générale ; que la victoire était restée aux Anglais, et qu’on se préparait à illuminer la ville. La salle retentit d’acclamations ; mais le général essaya vainement d’y joindre les siennes. À l’issue du dîner, il partit pour Londres ; en route, on n’allait jamais assez vite, il ne cessait de crier qu’on pressât les chevaux ; enfin, Londres, resplendissant d’illuminations, parut à ses yeux. À l’issue du dîner, il partit pour Londres ; en route, on n’allait jamais assez vite, il ne cessait de crier qu’on pressât les chevaux ; enfin, Londres, resplendissant d’illuminations, parut à ses yeux. « John, à l’amirauté ! — À l’amirauté, monsieur, la foule est trop grande. — C’est vrai. Eh bien ! je veux descendre ici. » John ouvre la portière, son maître se fait jour à travers la foule, et apercevant un café, il y entre et demande un journal : Le nom du capitaine Shirley était le premier sur la fatale liste ! Le papier tombe de la main de ce père infortuné, ses lèvres pâles ne peuvent professer que ces mots : « Dieu soit loué, mon fils a fait son devoir. » Il sort du café ; les illuminations qui brillaient de toute part, la foule qui remplissait les rues, et les cris de joie qui venaient frapper son oreille, contrastaient d’une manière bien cruelle avec sa situation. Mais sa douleur était si profonde, qu’il remarquait à peine ce qui l’entourait. Il fut tiré malgré lui de son accablement par un groupe de jeunes gens, qui exigèrent de lui qu’il jetât son chapeau en l’air en signe de joie ; il fit un effort désespéré sur lui-même à fin de les satisfaire ; mais lorsqu’ils voulurent le contraindre à chanter le Rule Britania, chant national des Anglais, il ne put retenir son indignation, et les repoussa avec colère ; la populace allait lui faire un mauvais parti, lorsqu’une voix sortie de la foule s’écria : « Laissez-le passer, c’est le pauvre Shirley. » Ces mots changèrent tout à coup les dispositions du peuple : on s’écarta avec respect, et le général poursuivit sa route. Arrivé chez lui, sa faiblesse était telle qu’il serait tombé avant qu’on eût ouvert la porte, si une jeune fille, que son nom avait frappé, et qui s’était attachée à ses pas, ne l’eût soutenu. Elle entra avec lui ; l’ayant vu plus calme, elle se disposait à se retirer, quand les yeux du général se fixèrent sur elle ; ses traits le frappèrent, non sans raison, car la jeune étrangère était précisément la fille du capitaine Shirley. Le général reconnut la jeune Catherine pour son héritière, et l’établit dans sa maison. La beauté était le moindre mérité de cette jeune personne, qui avait été élevée par une mère douée de toutes les vertus ; en peu de temps, elle inspira une vive passion au jeune lord Shirley, son cousin, qui obtint la préférence sur lord Malvyn, l’un des jeunes gens les plus à la mode de Londres ; il demanda la main de Catherine et l’obtint. Uni à la seule femme qu’il eût jamais aimée, lord Shirley aurait été l’homme le plus heureux, sans un sentiment de jalousie qu’il avait conçu contre Melvyn, qu’il s’était vu forcé de recevoir chez lui. Bientôt l’intimité de celui-ci avec Catherine ne lui parut plus douteuse ; il apprit que sa femme avait été rencontrée à neuf heures du matin, dans une rue écartée, donnant le bras à Malvyn ; une autre fois, il la vit entrer seule avec lui dans une maison de la même espèce que celle où Lovelace conduisit Clarisse, et où elle resta une heure. Lord Shirley abandonna sa femme et la chassa de sa maison, et cependant Catherine était innocente. Nous renvoyons à la lecture du roman pour éclaircir ce mystère ; nous dirons seulement que le perfide Melvyn, qui nourrissait une haine profonde contre Shirley, s’était entendu avec une certaine Sophie Clermont que Shirley avait dédaignée, pour perdre sa femme de réputation. Toute cette intrigue avait nécessité un grand nombre de lettres entre eux. Sophie renvoya celles de Melvyn, et celui-ci ne fut pas moins exact ; mais une circonstance singulière empêcha ce dernier paquet de parvenir à sa destination ; c’était la veille de la Saint-Valentin, jour où l’on s’écrit une grande quantité de lettres, qu’on est assez dans l’usage d’enlever à ceux qui les portent, afin de se réjouir de leur contenu avec ses amis. Le paquet de Melvyn fut escamoté au jockey à qui on l’avait confié, et envoyé à lord Shirley, qui se hâta d’aller près de sa femme solliciter un pardon qu’elle lui accorda généreusement.

MADELINE, ou Mémoires d’une jeune Écossaise, traduit par Mme Marie et René Roger, 3 vol. in-12, 1822. — Une fille de simples cultivateurs est élevée dans le grand monde par une dame dont la mort la livre presque à la misère ; elle retourne chez ses parents pour s’associer à leur modeste existence ; inspire une passion extrême à un lord, qui, après une longue résistance, l’épouse secrètement, l’enlève à sa famille, et lui laisse éprouver les humiliations qui résultent d’un mariage inégal. Prête à succomber aux maux dont cette situation l’accable, Madeline voit enfin s’adoucir devant elle toutes les passions ; elle est rendue au monde, à sa famille, et renaît en quelque sorte, après une affreuse maladie, pour être la plus heureuse des épouses et des mères. — On retrouve dans ce roman de miss Opie cet intérêt tendre et sympathique, cette morale pure et cet esprit d’observation qui caractérisent ses autres ouvrages.

Nous connaissons encore de mistriss Opie : Le Père et la Fille, in-12, 1802. — Adelina Mowbray, ou la Mère et la Fille, 3 vol. in-12, 1806. — Étrennes à mon fils, 2 vol. in-12, 1814. — La Dissipatrice, 2 vol. in-12, 1815. — Nouveaux Contes moraux, 5 vol. in-12, 1818. — Étrennes aux jeunes gens, 2 vol. in-12, 1818. — Petites histoires du cœur, 4 vol. in-12, 1831.