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Revue géographique — 1864, 2d semestre

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REVUE GÉOGRAPHIQUE,


1864
(DEUXIÈME SEMESTRE.)
PAR M. VIVIEN DE SAINT-MARTIN.
TEXTE INÉDIT.




Un temps d’arrêt dans les grandes explorations. — Les trois grandes publications récentes : Speke, Henri Duveyrier, l’expédition allemande à la recherche de Vogel. Résultats astronomiques et scientifiques de la mission, publiés par MM. Petermann et Hassenstein. — M. Munzinger ; le docteur Hartmann. Importance et richesse de leurs récentes relations de la haute Nubie. Immenses acquisitions géographiques et ethnologiques. — L’expédition des dames Tinné et de M. de Heuglin à l’ouest du fleuve Blanc. Projets, organisation, perspectives, travaux, double catastrophe. De quel prix se payent les conquêtes géographiques. — Tentatives de communications entre le Sénégal et l’Algérie par Timbouktou. Gerhard Rohif. Le lieutenant Mage.


I

Il y a en ce moment comme un temps d’arrêt dans les grandes explorations. Après les mémorables voyages que le monde a vu s’accomplir dans ces dernières années ; après la traversée de la zone équatoriale de l’Afrique par le capitaine Speke[1], et sa reconnaissance si heureusement accomplie de la région jusqu’alors impénétrable où se cachent encore les sources du Nil ; après les longues courses et les intrépides investigations de Barth dans les immenses contrées du Soudan, de Livingstone dans l’Afrique du Sud, du baron de Decken aux montagnes neigeuses de l’Afrique orientale, de M. de Heuglin et de ses compagnons dans les contrées du Nil et de la haute Nubie ; après les fructueuses études de Henri Duveyrier dans les plaines ardentes du Sahara, et, sur d’autres points du globe, la périlleuse traversée de l’Australie par Mac Douall Stuart, et l’indomptable énergie d’un Mac Clure ou d’un Mac Clintock à travers les rudes épreuves de la région polaire ; — après ce paroxysme d’ardeur scientifique, qui, durant près de quinze ans, sous tous les climats du globe, a tenu haletante l’attention de l’Europe attachée aux pas de cette phalange de valeureux champions, notre gloire et notre orgueil, un intervalle de repos — de repos relatif, au moins — s’est produit à la fois sur tous les théâtres de ces explorations naguère si actives. C’est un intervalle d’étude rétrospective. La science récapitule les conquêtes nombreuses dont elle s’est enrichie ; les voyageurs publient le récit de leurs courses et les résultats de leurs périlleuses investigations, en même temps qu’ils recueillent leurs forces pour de nouvelles entreprises.


II

Parmi ces publications, trois au moins répondent à une vive et légitime impatience : la relation du capitaine Speke, celle de notre compatriote Henri Duveyrier, et enfin l’exposé des résultats scientifiques de l’expédition envoyée, il y a quatre ans, sous la conduite de M. de Heuglin, à la recherche de Vogel dans le Soudan oriental. L’Angleterre, la France et l’Allemagne se trouvent ici en présence, non pour une lutte d’intérêts hostiles, mais dans une généreuse et féconde émulation.

Notre précédente Revue a pu faire connaître déjà le livre du capitaine Speke et celui de M. Henri Duveyrier, publiés dans les premiers mois de cette année ; nous avons à mentionner aujourd’hui la récente publication relative à l’expédition germanique.

Il suffira de rappeler en quelques mots à quelle occasion et dans quel but la mission allemande fut organisée. Dans le cours de l’expédition du docteur Barth au Soudan, après que la mort eut moissonné autour de lui ses premiers compagnons, James Richardson et Overweg, un nouvel auxiliaire, Édouard Vogel, fut envoyé d’Angleterre au voyageur survivant. Comme Overweg et Barth, Vogel était Allemand ; car c’est une particularité assez remarquable de cette grande expédition africaine de 1849, que bien qu’elle eût été suscitée et qu’elle fût défrayée par l’Angleterre, tous ceux qui l’ont composée, à l’exception de Richardson, son premier chef nominal, avaient l’Allemagne pour patrie. Vogel, quoique fort jeune encore, avait déjà fait ses preuves comme naturaliste et comme astronome ; et bien que sa carrière ait été malheureusement tranchée avant l’heure, ce n’en est pas moins à lui que sont dus quelques-uns des plus importants résultats de l’expédition. Un des objets favoris qu’il s’y était proposé avait été de pénétrer dans les parties encore inexplorées du Soudan oriental, entre le lac Tchad et le haut Nil, et notamment de voir le pays de Ouadây, où nul Européen n’avait jamais pénétré. Il partit du Bornou au commencement de 1856 pour cette fatale excursion, d’où il ne devait pas revenir. Un silence de plusieurs années, sillonné çà et là de rumeurs sinistres, ne faisait que trop prévoir le sort de l’explorateur. Son souvenir, cependant, était toujours présent en Europe. Quelques hommes éminents, parmi ses compatriotes, conçurent la pensée d’une expédition nouvelle destinée à rechercher les traces du voyageur disparu et à recueillir des informations certaines sur sa destinée. Il pouvait, après tout, être retenu captif au fond de ces contrées barbares ; et si sa mort devait devenir une triste certitude, la science était intéressée à ce que l’on cherchât au moins à recouvrer ses papiers, et à poursuivre l’exploration qu’il n’avait pu terminer.

C’est sous cette inspiration qu’en 1860 une commission scientifique fut organisée à Gotha sur de larges bases. Une souscription publique, à laquelle l’Allemagne tout entière prit part d’un seul élan, pourvut amplement au côté pécuniaire de l’entreprise. Toutes les sciences y furent représentées par des hommes éprouvés, l’astronomie, la physique terrestre, l’histoire naturelle, la géologie, l’ethnographie, la linguistique, et l’expédition fut placée sous la conduite de M. de Heuglin, qu’un long séjour antérieur dans le Soudan égyptien, joint à de hautes qualités d’observateur, avaient désigné pour cette distinction si honorable. La route tracée au gros de l’expédition devait la conduire à la mer Rouge par Alexandrie et Suez, et de la mer Rouge à Khartoum (la capitale du Soudan égyptien) par le port de Massâoua et les parties peu connues de la haute Nubie qui confinent à l’Abyssinie du côté du nord. C’était à Khartoum que devaient commencer, à vrai dire, les travaux sérieux de l’expédition. De ce point central, qui devenait comme leur base d’opérations, les voyageurs pousseraient à l’ouest vers le Dârfour, et du Dârfour sur le Ouadây et les autres contrées de cette vaste région intérieure, où chaque pas serait une acquisition pour la science dans quelque direction qu’on se portât. Ajoutons que dans le même temps un voyageur isolé, M. Moritz de Beurmann, qui venait d’offrir spontanément son concours au comité de Gotha, devait se porter à la rencontre de M. de Heuglin en traversant le Fezzan et en gagnant le Bornou pour remonter de là au nord-est vers le Ouadây, c’est-à-dire en reprenant l’itinéraire même que Vogel avait suivi.

Tel était le plan tracé par les organisateurs de l’expédition. Tout y était mûri, bien combiné, sagement prévu, tout, sauf les mille incidents qui, dans de pareilles entreprises, échappent à la sagesse humaine. Les voyageurs, on le savait, auraient à lutter contre les hommes, le pays et le climat ; mais on pouvait espérer qu’une grande prudence, unie à une grande résolution, écarterait les périls et surmonterait les obstacles. Hélas ! les obstacles et les périls ont été plus forts que les hommes, et le but lointain que l’on s’était posé, le mystérieux Ouadây, n’a pas même été entrevu. Un des voyageurs, M. de Beurmann, est tombé, comme Vogel dont il suivait la trace, sous le fer des assassins ; et, du côté du Nil, l’expédition principale n’a pas cru pouvoir s’avancer même jusqu’au Dârfour. La commission, revenue à Khartoum qu’elle avait dépassé à peine, s’est dissoute, et quelques-uns de ses membres se sont portés individuellement en différentes directions, tandis que les autres reprenaient le chemin de l’Europe.

Voilà, dans son ensemble, le bilan de l’expédition. Au commencement de mars 1861, elle prenait terre à Alexandrie ; quatorze mois plus tard, en mai 1862, la commission, désorganisée, avait renoncé à toute opération collective.

Est-ce à dire qu’elle aura été stérile, et ces quatorze mois n’auront-ils donné rien à la science ? Loin de là. Éprouvée, scindée, hâtivement dissoute comme elle l’a été, cette expédition n’en comptera pas moins parmi celles qui, de nos jours, auront le plus activement contribué à l’avancement de la géographie africaine.

Ce résultat n’est pas dû seulement à l’excellent choix, à la valeur individuelle des membres de l’expédition ; il provient aussi en grande partie de l’activité scientifique du comité organisateur. En d’autres termes, les fruits de l’expédition sont tout à la fois dans les travaux qu’elle a produits et dans ceux qu’elle a provoqués.

Au milieu des circonstances favorables ou contraires que l’expédition a traversées, le zèle des voyageurs ne s’est pas un instant ralenti. Nul d’entre eux, chacun dans sa sphère, même quand le lien commun a été dissous, ne s’est refroidi dans son ardeur d’investigation. Les travaux de la mission ont commencé du jour même où elle a touché le sol africain ; et comme une excellente mesure de prévoyance avait décidé que les notes et les journaux personnels des explorateurs seraient envoyés en Europe par chaque occasion, il en est résulté, entre la mission et le comité, une correspondance scientifique en quelque sorte journalière. Cette correspondance, riche de faits nouveaux, embrasse d’une part le Delta du Nil, quelques parties de l’isthme, la mer Rouge, la Nubie supérieure, le nord de l’Abyssinie et le Kordofan ; et d’autre part, avec les envois de M. de Beurmann, le pays de Barkah, le Fezzan et les oasis intermédiaires. Des deux côtés nous avons là nombre de mémoires du plus haut intérêt pour les sciences physiques et naturelles, pour la géographie positive et pour l’ethnographie. La partie la plus riche et la plus neuve est celle qui touche à la haute Nubie, c’est-à-dire aux contrées jusque-là si peu connues qui longent au nord la frontière de l’Abyssinie. Cette région, placée sur la route que l’expédition avait à traverser entre la mer Rouge et le Soudan oriental, n’avait, dans le plan primitif, qu’une importance secondaire ; par le fait, elle est devenue la grande affaire de la mission et sa conquête capitale. Ce qui a surtout contribué à donner à cette partie des études locales de la mission allemande le beau développement qu’elle a pris, c’est l’adjonction de M. Werner Munzinger, un jeune Suisse plein d’ardeur et d’instruction, qui résidait à Massâoua depuis plusieurs années, et que ses investigations antérieures sur les territoires et les tribus limitrophes de l’Abyssinie préparaient admirablement à l’exploration complète qu’il en a pu faire avec les autres membres de l’expédition. C’est une excellente acquisition scientifique ; car ces parties maintenant si obscures de la haute Nubie ont un très-grand intérêt pour l’ethnologie générale du nord de l’Afrique, et même pour plusieurs chapitres importants de l’histoire du monde ancien.

Grâce aux habitudes de prompte publicité de l’éminent secrétaire du comité de Gotha, M. Augustus Petermann, ces communications fréquentes de la mission africaine ont été périodiquement livrées à l’impatience de l’Europe. Elles ont toutes paru de mois en mois dans le journal géographique qui se publie à Gotha sous la direction de M. Petermann, et qui porte le titre de Mittheilungen, recueil précieux qui est devenu pour l’Europe entière un centre de communication entre tous les amis de la science. Un certain nombre de mémoires et de lettres privées adressées au docteur Barth, l’illustre précurseur de l’expédition de 1861, ont aussi paru dans l’excellent journal géographique de Berlin. On a donc pu suivre pas a pas la marche de l’expédition, et on en connaissait depuis longtemps les résultats généraux[2].

Une seule partie, la plus importante à plusieurs égards, était encore inédite : ce sont les observations astronomiques et hypsométriques, base fondamentale de toute carte scientifique. C’est cette partie que vient de publier le docteur Petermann, dans un des cahiers Complémentaires (Ergaenzungshefte), qui se joignent de temps à autre aux cahiers mensuels des Mittheilungen, quand un morceau d’une étendue considérable exige ce supplément spécial. Celui-ci a pour titre : Expédition allemande de l’Afrique orientale, 1861-1862. Recueil des observations astronomiques, hypsométriques et météorologiques, des relevés trigonométriques et des itinéraires, de MM. de Heuglin, Kinzelbach, Munzinger et Steudner, dans l’Égypte orientale, le Soudan, et les territoires limitrophes du nord de l’Abyssinie ; avec une notice générale de M. Werner Munzinger, sur la part qu’il a prise à l’expédition allemande depuis Massâoua jusqu’au Kordofan, en 1861 et 1862[3]. Le calcul des éléments astronomiques et hypsométriques envoyés par M. Kinzelbach, puis la construction et la gravure des quatre cartes qui présentent l’ensemble des itinéraires et des relevés trigonométriques de la Mission entre la mer Rouge et le Nil, ont nécessité le long retard de ce cahier, retard que justifie suffisamment la beauté des cartes qui font partie de cette publication finale du Comité. Je dis de cette publication finale, parce qu’elle semble être présentée comme telle par le docteur Petermann ; et cependant j’ai peine à croire, dans l’intérêt d’une publicité plus large encore, que les communications fragmentaires des Mittheilungen et du Zeitschrift ne soient pas reprises et fondues dans une relation d’ensemble, à moins que chacun des voyageurs dont se composait la mission ne se propose de publier séparément ses souvenirs personnels.

C’est en effet l’exemple que vient de donner M. Munzinger, dans un volume du plus haut intérêt qu’il intitule Études sur l’Afrique orientale (Ostafrikanische Studien). L’espace me manquerait même pour indiquer ici tout ce que ce volume renferme de curieux et d’important ; c’est une tâche que l’on me permettra de renvoyer à l’Année géographique.


III

D’autant plus que nous ne pouvons quitter cette région du Nil supérieur et de la Haute-Nubie, si complétement inconnue il y a quarante ans et que depuis 1820 tant de belles explorations ont signalée, sans mentionner encore une publication dont elle a été récemment l’objet en dehors de la mission de M. de Heuglin, publication doublement remarquable au point de vue de la beauté artistique et de la valeur scientifique. Je veux parler du livre du docteur Robert Hartmann. C’est encore une relation allemande ; car depuis le savant voyage de l’ingénieur autrichien Joseph Russegger en 1837, c’est surtout l’Allemagne qui a pris scientifiquement possession de cette vaste région du haut Nil, en même temps que le gouvernement égyptien y portait sa domination politique.

Le docteur Hartmann accompagnait dans cette visite au haut Nil le jeune baron Adalbert de Barnim, fils de S. A. R. le prince Adalbert de Prusse. C’était en 1860. On sait que la ville égyptienne de Khartoum est située dans l’angle intérieur du confluent des deux bras supérieurs dont se forme le fleuve d’Égypte, le Bahr el-Abyad ou fleuve Blanc qui vient directement du sud (et qui a été regardé de tout temps comme la branche principale du grand fleuve), et le Bahr el-Azrek ou fleuve Bleu, qui sort de l’Abyssinie et vient du sud-est. De Khartoum, le noble voyageur et son savant compagnon remontèrent non plus le fleuve Blanc, mais la vallée plus orientale du fleuve Bleu. Sous bien des rapports, cette ligne moins fréquentée (quoique d’éminents explorateurs l’aient aussi parcourue, Cailliaud, Russegger, et en dernier lieu Lepsius, l’illustre archéologue), cette ligne, disons-nous, est d’un grand intérêt. L’intérêt est moins dans les cantons aurifères du Fazokl, auxquels la route du fleuve Bleu conduit, que dans les souvenirs historiques qui s’y rattachent. Ces territoires appartenaient au royaume jadis si fameux de Méroé, dont les origines et l’histoire se dérobent à demi sous les voiles de la légende. Des ruines d’un caractère tout égyptien y rappellent le souvenir des Automoles, ces fugitifs égyptiens dont Hérodote nous a conservé l’histoire, et qui, fuyant la domination de Psammétique, six siècles et demi avant notre ère, vinrent fonder une colonie dans ces contrées extrêmes de l’Éthiopie ; plus tard enfin, c’est là qu’on vit s’élever le royaume musulman de Sennâr, dont le nom revient si souvent dans les vieilles relations, et sur lequel domina longtemps la nation demi nègre des Founghis, qui venait du sud. Ces contrées du fleuve Bleu, comprises entre Khartoum et la frontière nord-ouest de l’Abyssinie, présentent encore à l’observateur un autre sujet d’étude ; elles sont comme le point de réunion des races diverses qui se partagent le nord de l’Afrique. Là se trouvent rapprochés, et souvent en contact, le nègre pur (le Nouba), le nègre métis (le Founght, le Chillouk, le Changalla, etc.), l’Éthiopien aborigène, frère du Galla et du Berber (le Hababich, le Bicharïèh, etc.), et enfin l’Arabe, sorti de sa péninsule au temps de Mahomet et de la propagation de l’islam ; sans parler des Turcs d’Égypte et des Européens. Un pareil foyer est un admirable champ d’études ethnographiques ; le docteur Hartmann, bien préparé, son livre le prouve, à cette nature de recherches, leur a donné une attention toute particulière. C’est un des côtés excellents de son beau livre, où le naturaliste et le géographe trouveront aussi d’amples et précieux renseignements.

M. le docteur Hartmann. — Dessin de Riou d’après une photographie.

C’est à regret que je me borne à de sèches indications, quand je voudrais pouvoir conduire les lecteurs à travers quelques-uns des détails si nombreux et si riches auxquels nous convieraient des livres tels que ceux de la Commission allemande ou du docteur Hartmann ; ce n’en est pas moins un devoir de saluer en passant ces œuvres magistrales, et de les signaler chez nous à l’attention de quiconque attache un sérieux intérêt aux sciences géographiques.


IV

Il est encore une expédition, dans ces pays du Nil, qui, avec un caractère tout autre, n’en a pas moins beaucoup occupé et occupe encore l’attention de l’Europe et des sociétés savantes : c’est celle des dames Tinné. Il n’est assurément pas ordinaire de voir des femmes riches et du plus grand monde se jeter seules dans des courses aventureuses, sans autre mobile que la passion des choses inconnues, sans autre défense que leur courage et leur résolution. Ce qui ajoute encore à la singularité de l’aventure, c’est la jeunesse de l’une de ces trois dames, miss Alexandrina Tinné, — elle est Anglaise de naissance, quoique Néerlandaise d’origine ; — l’on assure que c’est elle surtout, la jeune miss Alexandrina, qui échauffe de son enthousiasme l’imagination plus rassise de sa mère et de sa tante. Tout cela jette sur cette audacieuse excursion une teinte de romanesque qui en double l’intérêt. Ajoutons que dédaigneuses des routes battues, ces dames cherchent de préférence les parties les moins fréquentées ou tout à fait inconnues de cet immense bassin du haut Nil ; c’est dans le réseau d’affluents à peu près inexplorés qui se déploie à l’ouest du fleuve Blanc, entre le 9e degré de latitude N. et l’équateur, qu’elles ont définitivement poussé leur fortune. Elles ont organisé à très-grands frais une véritable flottille, avec toute une armée de porteurs indigènes ; et puis enfin, — et par là cette course lointaine des dames touristes prend un côté tout à fait sérieux, — elles ont pu s’adjoindre plusieurs hommes d’une grande valeur scientifique, qui donnent au voyage le caractère d’une véritable exploration. De ce nombre et au premier rang est M. de Heuglin, qui avait lui-même résolu, de compagnie avec le docteur Stendrer, de poursuivre individuellement ses recherches dans les contrées du haut Nil après la dislocation de l’expédition allemande dont il était le chef, et qui a été heureux de trouver près des dames hollandaises des facilités d’études qu’il aurait cherchées vainement ailleurs.

Ainsi recrutée, la flottille quitta Khartoum au commencement de 1863, et se dirigea, pleine d’entrain et de bon espoir, vers le haut du fleuve. On voulait, comme je l’ai dit, gagner le 9e degré de latitude, et là, quittant le Bahr el-Abyad, s’engager dans le réseau de rivières peu ou point connues qui viennent de l’ouest. Pour comprendre de quel intérêt pouvait être cette entreprise, il suffit de considérer la disposition physique de la haute région du Nil. Une des singularités caractéristiques du grand fleuve, est, on le sait, de traverser toute ]’immense étendue de la Nubie (du 18e au 24e parallèle) avant de gagner l’Égypte, sans rencontrer un seul affluent. C’est un sillon qui coupe isolément le désert aride, le désert que nulle source ne rafraîchit, que jamais la pluie du ciel ne vivifie. C’est seulement vers le 18e degré de latitude, trois degrés au-dessous de Khartoum, que commence la zone des pluies tropicales, faibles d’abord et irrégulières, puis plus fortes et plus fréquentes à mesure que, s’avançant au sud, on se rapproche davantage de l’équateur. Avec les pluies tout change d’aspect. La végétation se montre, la nature se renouvelle, et les eaux, concentrées dans les parties hautes du pays, se déversent en courants réguliers pour se porter vers la vallée du Nil, qui est la grande artère centrale. À partir du confluent du Bahr el-Azrek, le bassin du Nil, alimenté d’affluents de plus en plus nombreux, se déploie en un immense éventail, au moins de 400 lieues d’envergure, dont la pointe est à Khartoum et la base vers l’équateur. Or, quand on songe que dans cet immense triangle, où les pluies diluviennes de l’équateur doivent créer d’innombrables courants dont les eaux réunies forment le Nil, cinq à six tout au plus de ces rivières affluentes ont été non pas même explorées, mais entrevues, on peut se former une idée de ce qui reste à faire avant que l’on puisse se flatter de connaître réellement la haute région du Nil, et de discerner avec certitude la branche principale, celle qui prendra rang définitivement comme la tête du grand fleuve.

Parmi les affluents inexplorés du fleuve Blanc, l’un de ceux dont le nom revient le plus souvent dans la bouche des indigènes est celui que les Arabes du haut Nil désignent sous le nom poétique de rivière des Gazelles, Bahr el-Ghazal. C’est celui-là qui a son confluent aux environs du neuvième degré, et vers lequel s’étaient tournés les projets des dames Tinné. Mais si le nom est poétique, le pays ne l’est guère. D’immenses marécages, des eaux fétides, de vastes lagunes cachées sous des forêts de roseaux, une armée de reptiles et des myriades de moustiques, c’est pour l’explorateur un aspect peu engageant. C’est celui devant lequel reculèrent, il y a aujourd’hui dix-huit cents ans, les centurions que l’empereur Néron, dans un jour de fantaisie géographique, avait envoyés à la découverte des sources du Nil, et qui remontèrent jusqu’à ces marais sans oser s’y aventurer. Nos exploratrices, plus courageuses, avaient résolu de les franchir ; il était d’ailleurs plus que probable qu’une fois sorti de ces terrains noyés, on trouverait, en remontant le Bahr el-Ghazal ou les autres courants, un pays plus sain dans une région plus élevée. Ces prévisions, hélas ! devaient être cruellement démenties.

L’expédition des dames Tinné, renforcée de M. de Heuglin et du docteur Stendrer, quitta donc Khartoum le 25 janvier 1863. Le 4 février la flottille passait devant le confluent du Sobat ; le 5, on arrivait au lac marécageux (le lac Nô) où le Bahr el-Ghazal fait sa jonction avec le fleuve Blanc.

Nous avons sur ce voyage le journal de M. de Heuglin et quelques fragments des lettres de Mme Tinné, la mère de miss Alexandrina. Pour qui voudra suivre le côté scientifique de l’expédition, ce sont les notes du naturaliste qu’il faut avoir sous les yeux, cela va sans dire (sans oublier d’y joindre la carte construite par MM. Petermann et Hassenstein pour l’expédition à la recherche de Vogel[4]) ; mais dans l’espace dont nous disposons, et comme première impression sur les choses et les lieux, les lettres de Mme Tinné sont d’un vif intérêt.

Les barques, en remontant le Bahr el-Ghazal, avaient à traverser la région basse et marécageuse dont nous avons parlé. On voulait gagner d’abord le lac Rek, que le Bahr el-Ghazal traverse à plusieurs journées dans l’intérieur. C’est un rendez-vous fréquenté depuis quelques années par les trafiquants d’ivoire (qui sont trop souvent du même coup des trafiquants d’esclaves). On y arriva le 10, cinq jours après avoir quitté le Bahr el-Abyad. Mme Tinné écrit, à la date du 26 mars : « Je date aujourd’hui ces lignes de l’un des lieux les plus singuliers du globe, et où l’on ne peut arriver que par une route non moins singulière. Nous avons remonté le Ghazal pendant trois ou quatre jours, et il semblait toujours que devant nous la rivière allait se terminer dans une mer de hautes herbes alternant avec des roseaux. Au total, c’est un immense marécage, à travers lequel les barques avancent lentement, à mesure qu’on refoule avec des gaules, ou qu’on abat à coups de hachette et de faux, les joncs qui ferment le passage. Après quatre jours de cette besogne épuisante nous arrivâmes à une petite lagune, où nos barques, au nombre de vingt-cinq, se pressèrent dans la plus grande confusion. C’est le Maschra ou port de Rek. Il fallut nous arrêter là pour trouver des porteurs et régler notre plan. L’équipement de l’expédition est quelque chose d’incroyable. Il nous faut transporter avec nous dix mois de provisions et de marchandises (pour les cadeaux et les échanges), — trois milliers pesant de verroteries, entre autres 8 barres de cuivre, 12 000 cauris, du poivre, du sel, etc., etc. ; et comme chaque porteur ne se charge que de 110 livres pesant, vous pouvez vous former une idée du nombre d’hommes qu’il nous faut, deux cents au moins. »

Quatorze jours après la date de cette lettre, l’expédition est frappée de son premier désastre. Le docteur Stendrer, qui accompagnait M. de Heuglin dans sa course à l’intérieur, est atteint des fièvres et succombe le 9 avril. Mais dans cette campagne, comme sur un champ de bataille, on n’a pas de temps à donner aux regrets ; il faut marcher, marcher toujours, d’autant plus que la saison des grandes pluies avançait rapidement, et qu’il fallait prendre au plus tôt ses quartiers d’hiver. Pourtant Mme Tinné écrit le 13 mai : « Tout va bien maintenant. Nous avons 80 porteurs ; nous savons ou nous allons ; bref, tout va bien. Le docteur Heuglin est tout à fait satisfait de l’intérieur : beau pays, bonne eau, peuple hospitalier Il est enchanté des oiseaux, tout à fait rares et nouveaux, dit-il. »

Deux jours après, le 16, la perspective est un peu moins riante ; les pluies seront survenues, sans doute : « Nous n’avons pas chance de revenir ici (au lac Belt) retrouver nos barques avant décembre ou janvier. Les pluies ne finissent qu’en novembre ; et alors les rivières sont tellement gonflées et la boue si profonde, que nos animaux ne pourraient avancer d’un pas.

1er juin. — « Nous avons quitté nos barques le 17 mai. Je ne puis dire que la première partie du pays soit jolie, mais il a un caractère tout à fait particulier. Les arbres sont beaux, et on rencontre de distance en distance des villages d’un assez bon aspect, avec des étangs. Nous arrivâmes le 20 mai à un village appelé Afog. Ma fille y fut prise de la fièvre, et le lendemain nos soldats se mutinèrent, disant qu’ils n’avaient rien à manger, etc. On leur fit pourtant entendre raison. — Nous voici de nouveau en route, et nous arriverons, j’espère, sains et saufs à la montagne de Casinka, où nous attendrons que le temps soit redevenu beau et que la terre soit séchée. C’est, dit-on, un beau pays et un très-bon peuple, quoique les Européens n’y soient jamais allés… De Casinka, nous ne serons plus qu’à deux journées du pays des Nyam-Nyam, notre but final. »

Ce n’est pas quoique, faut-il dire, mais parce que. Les indigènes de ces hautes régions, d’abord doux et confiants, ne se sont montrés hostiles qu’après les procédés de cruauté brutale que les Turcs et les marchands d’esclaves leur ont fait éprouver.

Tous les rapports des marchands d’ivoire ont fait aux Nyam-Nyam une réputation plus ou moins méritée de cannibales, en même temps qu’on les représente comme un peuple différent des Nègres, et infiniment plus industrieux. Nyam-Nyam est du reste non pas un nom de tribu ou de peuple particulier, mais une appellation générique qui signifie quelque chose comme Mangeurs d’hommes. Anthropophages ou nom, ces Nyam-Nyam vers lesquels se dirigeaient nos voyageurs occupent un pays qui paraît voisin des grandes montagnes, quelles qu’elles soient, où quelques-uns des affluents du fleuve Blanc prennent naissance. Il devait donc y avoir là de bonnes notions à recueillir.

Un mois après la dernière lettre dont nous avons cité des extraits, Mme Tinné écrit encore (le 1er juillet 1863) :

« Vous serez charmé d’apprendre qu’après tant d’embarras et de dépenses, le nouveau pays nous plaît. Quoique faibles encore et sujets à des attaques de fièvre, nos malades supportent très-bien le voyage. Ma fille a un n’gérib que nous avons arrangé de manière à la préserver du soleil, et où nous avons étendu un matelas ou elle repose très-agréablement… Nous avons traversé le Djour le 16 juin.

« Vous ne pouvez vous faire une idée de la fréquence des orages et de leur violence, vent, grêle, pluie, tonnerre, éclairs. Nous n’en sommes que plus impatients, comme vous le pensez bien, d’arriver à notre hivernage. Un instant la fièvre a mis ma fille à deux doigts de la mort. Les choses vont mieux maintenant.

« Je vous écris du village ou le pauvre docteur Stendrer a succombé. »

Il nous faut terminer ici nos extraits. Nous ajouterons seulement qu’une nouvelle catastrophe sur laquelle les détails manquent encore, mais qui n’est malheureusement que trop certaine, a frappé cette expédition commencée sous de si riants auspices. Mme Tinné, celle-là même dont on vient de lire quelques lettres, a éprouvé à son tour la foudroyante atteinte de ce climat si fatal aux constitutions européennes : elle est morte non loin du lieu ou reposaient déjà les restes du docteur Stendrer. Miss Alexandrina paraît s’être remise, malgré cette cruelle épreuve ; mais M. de Heuglin n’avait pas échappé aux influences délétères qui se dégagent d’un sol détrempé sous l’action du soleil tropical. Ses dernières lettres sont néanmoins plus rassurantes. L’expédition était revenue au Nil dès que les pluies moins violentes avaient permis de se remettre en route, et le courageux voyageur avait regagné Khartoum. La moisson scientifique ne laisse pas d’avoir été abondante. L’histoire naturelle a fourni une riche moisson d’observations toutes nouvelles ; et la géographie aura gagné à cette excursion des rectifications importantes, de nombreuses additions, et des déterminations qui paraissent devoir modifier notablement le tracé des cartes actuelles. Ce sont d’heureuses conquêtes ; mais à quel prix elles sont achetées !


V

Reportons-nous, avant de finir, vers l’autre extrémité du continent, aux lieux où le Soudan confine au Sénégal, où le Sahara se rapproche de l’Atlantique. Là aussi des entreprises se poursuivent, qui, sans avoir actuellement le caractère de découvertes au même degré que les explorations du haut bassin du Nil, n’en ont pas moins un grand et sérieux intérêt au triple point de vue de l’avenir politique, du développement commercial et du progrès de nos connaissances géographiques. Il suffit de jeter les yeux sur la carte pour comprendre de quelle importance il serait de relier nos deux grandes possessions du Sénégal et de l’Algérie, non par des conquêtes et des occupations de territoires, mais par une chaîne de rapports réguliers avec les populations intermédiaires. Comme toujours, c’est aux voyageurs, intelligents et hardis pionniers, à frayer la voie.

Déjà plus d’une tentative a été faite, et il y en a deux en ce moment qui donneront peut-être de meilleurs résultats. De ces deux tentatives, l’une part de l’Algérie, l’autre du Sénégal.

La première a pour auteur un jeune Allemand, M. Gérard Rohlf, qui déjà, il y a deux ans, a effectué, déguisé en musulman, la traversée du Sahara marocain que nul Européen n’avait faite avant lui. M. Rohlf réussira-t-il à gagner Timbouktou et le Sénégal en traversant les grandes oasis du Touât, et qu’en rapportera-t-il ? c’est ce qu’on ne saurait dire encore. La seconde tentative, celle du Sénégal, est, nous le croyons, de nature à donner des fruits plus sérieux. Conçue et ordonnée par le général Faidherbe, l’énergique gouverneur de notre colonie sénégalaise, elle a été confiée à deux de nos officiers de marine, M. Mage et M. Quentin. M. Mage, a déjà fait ses preuves dans une mission analogue. Les deux officiers, remontant le Sénégal, ont dû relever plusieurs parties imparfaitement connues du haut bassin du fleuve ; et franchissant de là, sur les traces de Mungo-Park, le haut pays qui sépare le Sénégal du Dhioli-bâ, ils essayeront de descendre ce dernier fleuve, qui conduit à Timbouktou en passant à Ségou, afin de jeter les bases de futurs rapports d’amitié entre notre colonie du Sénégal et le cheikh Sidi-Ahmed el-Bakaï. C’est du moins ce que l’on peut présumer des instructions des voyageurs d’après de ce que l’on connaît de leur itinéraire. Leurs dernières lettres, datées du 23 avril 1864, les laissent à Ségou, ou ils étaient depuis le 28 février.

Les journaux du Sénégal ont annoncé qu’une indigènes caravane de voyageurs, composée de Sidi-Mohammed, neveu du cheikh Ahmed el-Bakaï, de Timbouctou et de plusieurs chefs kountahs, ses parents, était arrivée du Tagant à Saint-Louis au mois de mai dernier.

Une communication particulière, adressée de Saint-Louis au Tour du monde, nous met à même de placer sous les yeux de nos lecteurs le portrait du jeune Sidi Mohammed, et en même temps de consigner ici quelques détails sur cette famille des Bakaï à laquelle le docteur Barth a fait une renommée européenne. Les Kountahs, tribu puissante des oasis du Sahara occidental à laquelle appartiennent les Bakaï, se donnent pour ancêtres les Beni Oumeyata, tribu khoreichite à laquelle appartenait le Khalife Moawiah. Ils se rattacheraient ainsi à Sidi-Okba, le conquérant arabe de l’Afrique.

Un marabout fameux dans le Sahara, el-Kountah el-Mokhtar, fut appelé, en 1826, de l’oasis d’el Mabrouk à Timbouktou par les négociants maures (la plupart originaires de Ghadamès) qui résident dans cette ville, pour les aider de son immense influence religieuse contre les violences des Foullâns ou Peuls du Macina.

À Timbouktou, el-Mokhtar devint bientôt tout-puissant, et l’on raconte sérieusement de lui une foule de faits merveilleux.

De gauche à droite : El-Mokhtar Kountah du Tagant. Sidna Mohammed, neveu du cheikh de Timbouktou. Son serviteur Abdou Daïm. Cheikh Mohammed, frère d’El-Mokhtar. — Dessin de O. Merson d’après une photographie.

Son fils Mohammed El-Khalifa lui succéda, et après celui-ci son petit fils Ahmed-el-Bakaï, le généreux protecteur du docteur Barth. Mohammed, son neveu, étant venu du Tagant rendre visite au gouverneur du Sénégal, on voulut profiter de cette circonstance heureuse pour essayer de lier des rapports directs, appuyés par cet utile intermédiaire, avec Ahmed-el-Bakaï. Une seconde expédition fut organisée, dont un de nos officiers devait faire partie. Nous apprenons qu’elle a été décommandée.

Il est bon de rappeler qu’Ahmed-el-Bakaï soutient aujourd’hui, à la tête des Touareg, des Maures sahariens et d’une partie des Foullâns du Macina, une formidable lutte contre notre ancien ennemi el-Hadj Omar, qui cherche à fonder un vaste empire noir musulman sur le haut Niger[5].

Vivien de Saint-Martin.


FIN DU DIXIÈME VOLUME.
  1. Mort, au mois de septembre 1864, en Angleterre, dans une partie de chasse.
  2. Dans les deux premiers volumes de notre Année Géographique (1862, 1863), nous avons relevé par ordre de dates les communications successives des membres de la mission, et nous en avons donné la substance.
  3. Die deutsche Exedition in Ost-Afrika, etc. Ergänzungshefte, no 13. Gotha, Justus Perthes, juin 1864. in-4o.
  4. Cette carte en 10 feuilles a été publiée dans les nos 7, 8, 10 et 11 des Erganzungshefte, avec un mémoire analytique de M. Hassenstein. Elle comprend tout le N. E. de l’Afrique. C’est une admirable étude, où toutes les données, sans la moindre exception, que l’on possédait il y a quatre ans sur le bassin du Nil, le Soudan oriental et la presque totalité de la zone équatoriale, ont été réunies et discutées avec une étendue de recherches et une science critique extrêmement remarquables. Bien que ce travail ait été construit seulement comme une épure destinée à servir de cadre aux itinéraires de la grande expédition de 1860, il suffirait pour mettre leurs auteurs au premier rang des géographes de notre époque, et de toutes les époques.
  5. Les dernières nouvelles venues de Saint-Louis confirment la mort d’el-Hadji, déjà annoncée plusieurs fois dans le courant de l’année.