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Rien de trop

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Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 50-52).

XI

Rien de trop



Je ne vois point de creature
Se comporter modérement.
Il eſt certain temperament
Que le maiſtre de la nature
Veut que l’on garde en tout. Le fait-on ? Nullement.

Soit en bien, ſoit en mal, cela n’arrive guere.
Le blé riche preſent de la blonde Cerés
Trop touffu bien ſouvent épuiſe les guerets :
En ſuperfluitez s’épandant d’ordinaire,
Et pouſſant trop abondamment,
Il oſte à ſon fruit l’aliment.
L’arbre n’en fait pas moins ; tant le luxe ſçait plaire.
Pour corriger le blé Dieu permit aux moutons
De retrancher l’excés des prodigues moiſſons.
Tout au travers ils ſe jetterent,
Gaſterent tout, & tout brouterent ;
Tant que le Ciel permit aux Loups
D’en croquer quelques-uns ; ils les croquerent tous.
S’ils ne le firent pas, du moins ils y tâcherent.

Puis le Ciel permit aux humains
De punir ces derniers : les humains abuſerent
À leur tour des ordres divins.
De tous les animaux l’homme a le plus de pente
À ſe porter dedans l’excés.
Il faudroit faire le procés
Aux petits comme aux grands : Il n’eſt ame vivante
Qui ne peche en cecy. Rien de trop, eſt un point
Dont on parle ſans ceſſe, & qu’on n’obſerve point.