Rig Véda ou Livre des hymnes/Section 1/Lecture 6

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Traduction par Alexandre Langlois.
Bibliothèque Internationale Universelle (p. 90-99).

LECTURE SIXIÈME

HYMNE I.

À Indra, par Gotama.

(Mètre : Pankti.)

1. Les prêtres, (par leurs chants), exaltent la puissance et augmentent le bonheur d’Indra, le vainqueur de Vritra. Dans les grandes affaires, comme dans les petites, nous l’invoquons. Qu’il daigne nous protéger dans les combats !

2. Héros (invincible), tu vaux, à toi seul, une armée ; tu triomphes de la force et du nombre de nos ennemis ; tu donnes de l’accroissement au faible, et tu fais part de tes biens immenses à celui qui t’honore par ses sacrifices et ses libations.

3. Quand les combats s’engagent, la victoire procure la richesse. Attelle (à ton char) tes chevaux qui abattent l’enivrement (de l’orgueil). Quel est celui que tu vas frapper ? Quel est celui que tu vas enrichir ? Indra, puissions-nous être l’objet de ton choix !

4. (Indra), terrible et grand dans ses œuvres, (est) encore plus fort après nos libations. Le (dieu) magnifique, à la face superbe, aux coursiers azurés, s’approche de nous, et, pour notre bonheur, il prend en ses mains sa foudre de fer.

5. Il remplit l’air qui environne la terre ; au ciel sont attachées ses splendeurs. Indra, personne ne fut, personne ne sera pareil à toi. C’est toi qui soutiens l’univers.

6. Indra, toi qui portes le nom d’Arya[1], et qui donnes à ton serviteur sa nourriture de mortel, accorde-nous notre part, et ouvre pour nous le vaste trésor dont tu disposes.

7. Heureux de nos libations répétées, (dieu) juste en ta puissance, donne-nous des troupeaux de vaches ; puise de tes deux mains au trésor de tes immenses largesses, fais notre joie, et apporte-nous l’abondance.

8. Héros (divin), viens avec plaisir à nos libations ; fais notre force et notre opulence. Nous avons que tu possèdes de nombreuses richesses ; nos vœux s’élèvent vers toi. Sois notre protecteur.

9. Ô Indra, tes enfants, que voici, t’ont préparé des offrandes de toute espèce. Noble Arya, tu sais quelle est la richesse des hommes qui ne te servent point. Apporte-nous cette richesse.


HYMNE II.

À Indra, par Gotama.

(Mètres : Pankti et Djagatî.)

1. Ô Maghavan, approche-toi pour écouter nos chants. Ne te montre pas sourd à nos vœux. Dès l’instant que tu combles nos vœux, tu obtiens aussitôt notre reconnaissance. Indra, attelle promptement tes deux coursiers.

2. Les prêtres, brillants d’un pieux éclat, ont prodigué les mets et les libations sacrés ; ils ont fait asseoir (au foyer), et dans tous leurs atours, les épouses (des dieux)[2] ; ils ont, dans les plus beaux hymnes, célébré ta grandeur. Indra, attelle promptement tes deux coursiers.

3. Ô Maghavan, nous voulons t’honorer, toi qui jettes sur toute la nature un regard (de protection). Attiré par nos chants, viens près de tes serviteurs avec ton char rempli de richesses. Indra, attelle promptement tes deux coursiers.

4. Qu’il se trouve porté sur ce char, d’où découlent tant de biens, d’où provient la richesse des troupeaux, l’homme qui te présente le vase rempli (d’offrandes), et nommé hâriyodjana[3]. Indra, attelle promptement tes deux coursiers.

5. Ô Satacratou, attache à ton char et le coursier de droite et le coursier de gauche, et viens, près de ton épouse chérie, goûter la douceur de nos libations. Indra, attelle promptement tes deux Coursiers.

6. Oui, ma prière attelle (à ton char) tes deux coursiers à la crinière azurée. Que tes bras les dirigent, et viens près de nous. Enivre-toi de nos douces libations. Heureux de notre hommage, ô dieu qui portes la foudre, savoure ici avec ton épouse les plaisirs (que nous t’offrons).


HYMNE III.

À Indra, par Gotama.

(Mètre : Djagatî.)

1. Il est riche en chevaux, il est le premier pour ses troupeaux de vaches, le mortel que tu aides de tes secours, ô Indra ! Tu viens à lui avec tes vastes trésors, comme les eaux vont naturellement à l’Océan.

2. Oui, comme les eaux (coulent vers la mer), les déesses aussi viennent au lieu du sacrifice ; elles ont vu sur la terre poindre et s’étendre la lueur du foyer. Les Dévas, tournés vers l’orient, honorent le (dieu) ami des saintes cérémonies et serviteur des autres dieux ; ils cherchent à lui plaire, comme des amants (à leurs bien-aimées)[4].

3. À cette double libation que verse en ton honneur la cuiller du sacrifice, tu as ajouté l’hommage des hymnes. Pieux et recueilli, (le prêtre) s’occupe de ton culte ; une heureuse force s’attache à celui qui t’adore et te sacrifie.

4. Les Angiras, jadis, auteurs de rites religieux, ont allumé le feu sacré et introduit les offrandes ; ils ont enlevé à Pani ce troupeau (céleste)[5] qu’il gardait comme son bien, et qui sert à la prospérité de nos coursiers et de nos vaches.

5. Atharvan[6], le premier, avait enseigné le moyen d’ouvrir par les sacrifices la voie (aux vaches célestes), à l’heure où naît le soleil, leur bien-aimé et le gardien des œuvres pieuses, à l’heure où le fils de Gavi [7], Ousanas, se présente en même temps pour détourner ces vaches. Alors nous invoquons l’immortel (Indra), né pour repousser (les Asouras).

6. Quand, jaloux d’obtenir une heureuse postérité, (le chef de famille) fait préparer le pur cousa, ou bien qu’il charge le prêtre de chanter auprès d’un brillant autel l’hymne poétique ; quand la pierre (du mortier) résonne comme la voix d’un chantre sacré, c’est alors qu’Indra se plaît à venir à nos fêtes.


HYMNE IV.

À Indra, par Gotama.

(Mètres : Anouchtoubh, Ouchnich, Gâyatrî, Trichtoubh, Vriatî et Panktî.)

1. Les libations sont versées pour toi, ô Indra puissant et vainqueur ! Viens. Que la force te remplisse, comme le soleil (remplit) le ciel de ses rayons.

2. Partout où les poëtes chantent ses louanges, partout où les mortels lui offrent des sacrifices, les deux coursiers d’Indra transportent ce (dieu), dont la vigueur est insurmontable.

3. Vainqueur de Vritra, monte sur ton char ; la prière vient d’atteler tes chevaux. Que ton attention se tourne du côté de la pierre (du mortier) qui résonne (pour toi).

4. Bois, ô Indra, ce breuvage excellent, immortel, enivrant, dont la pure rosée coule pour toi dans le foyer sacré.

5. Honorez donc Indra, et chantez ses louanges. Qu’il s’enivre de nos libations. Vénérez sa force éclatante.

6. Il n’est pas de plus habile écuyer que toi, ô Indra, quand tu attelles tes chevaux. Il n’est personne qui égale ta force, personne qui puisse te surpasser, aurait-il les meilleurs coursiers.

7. Celui qui seul distribue la richesse au mortel qui l’honore, qui domine sans contestation, c’est Indra. Oh, viens !

8. Quand donc Indra voudra-t-il briser l’impie, comme on brise de son pied une plante épineuse ? Quand voudra-t-il écouter nos prières ? Oh, viens !

9. Celui qui, entouré de dévots serviteurs, t’honore de ses libations, ô Indra, tu lui donnes une force terrible. Oh, viens !

10. Les blanches (vaches du ciel) boivent cette douce rosée partout répandue. Elles s’unissent au bienfaisant Indra, et, brillantes, bondissant de joie, elles s’étendent sur son domaine.

11. Heureuses de le toucher, elles se colorent de teintes diverses ; elles apprêtent le soma (versé en son honneur) : ces vaches bien-aimées d’Indra aiguisent aussi son arme foudroyante, et elles s’étendent sur son domaine.

12. Elles vénèrent avec respect la force de ce (dieu) prudent ; elles le secondent dans ses œuvres nombreuses, et, prévoyant sa pensée, elles s’étendent sur son domaine.

13. L’invincible Indra, avec les os de Dadhyantch[8], a terrassé quatre-vingt-dix-neuf [9] ennemis.

14. Il a cherché la tête de cheval (de Dadhyantch) cachée dans les montagnes, et l’a trouvée dans le lac Saryanâvân[10].

15. Et (ces os merveilleux), on les aurait pris pour les feux du rapide Twachtri, alors éteints, comme s’ils avaient été au séjour (glacé) de Tchandramas[11].

16. Qui donc aujourd’hui attache au char (d’Indra) ces chevaux qu’attelle le sacrifice, chevaux vigoureux, brillants, invincibles, portant au front une arme aiguë, frappant (leurs ennemis) au cœur, et répandant la joie (parmi leurs amis) ? Honneur et vie à celui qui célèbre leurs services !

17. Quel est celui qui fuit, qui tremble (devant le dieu) ? qui ressent l’atteinte de ses coups ? Qui (au contraire) éprouve le bonheur de sa présence ? qui l’invoque pour son fils, pour son éléphant, pour sa fortune ? qui, pour sa propre personne ou pour sa famille ?

18. Quel est celui qui, (pour plaire à Indra), célèbre Agni, et, à des époques fixes, l’honore par des holocaustes et des libations de beurre ? À qui les dieux apportent-ils les fruits du sacrifice ? Qui, par ses offrandes et ses hommages pieux, s’attire la protection (d’Indra) ?

19. Oh, viens ! Maghavan, dieu puissant, honore le mortel (qui t’honore). Le bonheur ne vient que de toi. Indra, je t’adresse ma prière.

20. Ô toi qui es notre refuge, que jamais tes dons et tes secours ne viennent à nous manquer ! Ami des hommes, accorde à leur sollicitude tous les trésors (dont tu disposes).


HYMNE V.

Aux Marouts, par Gotama.

(Mètres : Djagatî et Trichtoubh.)

1. Comme des femmes à la brillante démarche, les enfants de Roudra s’avancent, célébrés pour leurs hauts faits ; car les Marouts ont développé le ciel et la terre ; héros destructeurs, ils se plaisent à nos sacrifices.

2. Couverts d’une humide rosée, ces enfants de Roudra croissent dans le ciel, où ils établissent leur demeure. Soumis avec respect au noble (Indra), ces fils de Prisni[12] développent leur force et amassent de riches trésors.

3. Nés de la Terre[13] quand ils séparent de leurs ornements, ils jettent sur leurs corps d’éclatantes couleurs ; ils renversent tous leurs ennemis, et sur leur chemin coule la (pluie qui est) le beurre (des campagnes).

4. Honorés par nos sacrifices, ils brillent, et abattent sous leurs glaives ce que la force la plus grande ne saurait abattre. Marouts ! quand à vos chars vous attelez vos daims, vous volez, aussi prompts que la pensée, en répandant la pluie.

5. Ô Marouts ! quand à votre char vous attelez vos daims, amenant le nuage pour fertiliser nos champs, alors les gouttes d’eau, perçant comme la peau de ce (nuage) bienfaisant, viennent inonder la terre.

6. Que vos rapides coursiers vous transportent ; venez d’un pas léger, et les bras (chargés de présents). Asseyez-vous sur le cousa ; une large place vous y est faite ; ô Marouts ! rassassiez-vous de nos douces offrandes.

7. Forts de leur propre puissance, ils grandissent ; ils s’établissent au ciel, et s’y étendent. Quand Vichnou[14] vient prendre sa part de nos enivrantes libations, eux, comme des oiseaux, arrivent aussi sur le cousa qui leur est cher.

8. Tels que des héros, de rapides guerriers, des combattants avides de gloire, ils font éclater leur courage. Tous les êtres craignent les Marouts ; et quand ils déploient leur vaillance, ils brillent comme des rois.

9. Saisissant la foudre, arme admirable, étincelante d’or et garnie de mille pointes, (arme) qu’a fabriquée l’habile ouvrier Twachtri, Indra se distingue dans le combat ; il frappe Vritra, et lance des torrents de pluie.

10. (Non moins courageux), les Marouts ont avec force enlevé une source, et fendu une haute montagne[15] ; (dieux) bruyants et généreux, ils opèrent, dans l’ivresse du soma, des (merveilles) dignes d’être célébrées.

11. Oui, ils ont, par la route des airs, enlevé une source, et en ont formé un bassin en faveur de Gotama, pressé par la soif : ils sont ainsi venus à son secours, et le zèle de ces brillants protecteurs a comblé les vœux du prophète.

12. Donnez au serviteur qui vous célèbre ces biens qui vous appartiennent, et qui sont de trois espèces[16]. Marouts, répandez ces biens sur nous ; (dieux) bienfaisants, accordez-nous une heureuse opulence et une nombreuse famille !


HYMNE VI.

Aux Marouts, par Gotama.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Brillants Marouts, celui dont vous visitez la maison, et dont le soma vous fait descendre du ciel, peut se glorifier d’avoir de puissants protecteurs.

2. Venez prendre votre part de nos sacrifices, ô Marouts, et entendez la voix suppliante du prêtre !

3. Celui qui vous honore par des offrandes, et dont le prêtre attire votre attention, verra ses étables remplies de vaches.

4. Voici un homme de cœur, dont le cousa, dans les jours de fête, est couvert de libations toutes prêtes, et dont on vante les hymnes et les offrandes.

5. Que les Marouts écoutent favorablement la prière ; qu’ils acceptent aussi les offrandes de ce (mortel) que sa position élève au-dessus de tous les autres, et même jusqu’au soleil.

6. Grâce à votre sage protection, ô Marouts, nous avons pu vous honorer par d’abondantes libations.

7. Ô Marouts, ô vous qui êtes dignes de nos sacrifices, qu’il soit fortuné le mortel dont vous agréez les offrandes !

8. Héros doués d’une force véritable, accomplissez le vœu de celui qui vous implore en chantant vos louanges, et vous faisant des libations de beurre.

9. Manifestez cette force véritable que vous possédez, et d’un (trait) puissant et lumineux percez le Rakchasa.

10. Repoussez au sein des ténèbres l’obscurité, qui n’en doit pas sortir. Chassez tous nos ennemis, et faites-nous la lumière que nous désirons.


HYMNE VII.

Aux Marouts, par Gotama.

(Mètre : Djagatî.)

1. Terribles et robustes, bruyants, invincibles, forts par leur union, amis de nos offrandes, honorés et dignes du rang suprême, (les Marouts) brillent sous leurs parures comme les nuages sous les feux des étoiles.

2. Quand, par toutes les routes de l’air, vous avez, tels que des oiseaux, rassemblé sur vos chars flottants (l’onde) voyageuse, alors les (nuages), trésors (de la pluie), se fondent en eau : ô Marouts, envoyez à celui qui vous honore ce beurre (de la terre) aussi doux que le miel.

3. Lorsque, pour le bien (du monde), ils attellent (leur char), la terre, semblable à une épouse séparée de son époux, tremble sous leurs pas qui l’ébranlent ; car (les Marouts), se faisant un jeu de leurs violences, et armés de traits resplendissants, prouvent leur force en remuant le (monde).

4. Venez, troupe jeune et légère, amenée par vos daims rapides ; souverains environnés de force, vous êtes vrais dans vos promesses, bienfaisants et irréprochables : accueillez notre prière, et répandez vos biens sur nous.

5. C’est en vertu de notre naissance, comme disciples de notre vieux père[17], que nous chantons (cet hymne). Notre voix, qui célèbre le soma, s’élève (vers les Marouts). Dans les sacrifices que les poëtes offrent en l’honneur d’Indra, (ces dieux) ont obtenu d’entendre aussi invoquer leurs noms.

6. Pour le salut (du monde), ils savent aux ondes (bienfaisantes) mêler l’influence des rayons lumineux ; honorés par les poètes, célébrés par leurs chants, légers et intrépides, les Marouts ont mérité la haute demeure que l’on distingue par leur nom[18].


HYMNE VIII.

Aux Marouts, par Gotama.

(Mètre : Pankti.)

1. Ô Marouts, venez sur vos chars étincelants, lumineux, garnis de traits aigus, et traînés par de rapides coursiers. Accourez, tels que des oiseaux, et comblez heureusement nos vœux en nous accordant une abondante nourriture.

2. Quel (mortel ces dieux) veulent-ils favoriser ? Pour qui viennent-ils avec ces coursiers jaunes et rougeâtres qu’ils attachent à leur char ? Leur (char) est brillant comme l’or, et retentit du bruit des armes. Le fracas de leurs roues fait frémir la terre.

3. Le long de vos corps retentissent vos belles armures. (Les mortels) élèvent vers vous leurs offrandes, comme les arbres (élèvent leurs têtes vers le ciel). Généreux Marouts, ils amassent pour vous dans le mortier les libations abondantes qu’ils vous réservent !

4. Les enfants de Gotama, pressés par la soif, ont pendant plusieurs jours célébré cette pieuse cérémonie, accompagnée de libations ; ils ont accompli l’œuvre sainte (en l’honneur des Marouts), qui, pour les désaltérer, ont par les airs enlevé une source[19].

5. Ô Marouts, l’hymne que nous vous adressons contient les mêmes sentiments que celui qu’autrefois vous a fait entendre Gotama, quand il vous aperçut, nobles vainqueurs, courant çà et là sur vos chars d’or et brandissant vos armes de fer.

6. Ô Marouts, la voix qui s’élève aujourd’hui vers vous, vous chante avec non moins de raison que celle qui vous célébra (jadis). Oui, c’est avec justice que nous vous exaltons dans ces (vers), tenant en nos mains les mets sacrés.


HYMNE IX.

À tous les dieux, par Gotama.

(Mètres : Djagatî et Trichtoubh.)

1. Célébrons sans trouble, et dans la paix du recueillement, nos saintes cérémonies. Qu’elles soient efficaces pour nous, et que les dieux, amis constants de notre bonheur, restent à nos côtés, et nous protègent chaque jour !

2. Que l’heureuse faveur des dieux, que les bienfaits des dieux justes soient avec nous. Puissions-nous obtenir l’amitié des dieux ! que les dieux prolongent notre vie !

3. Suivant l’antique coutume, nous invoquons Bhaga, Mitra, Aditi, Dakcha, Asridh, Aryaman, Varouna, Soma, les deux Aswins[20]. Que l’heureuse Saraswatî nous donne la joie !

4. Que la guérison de nos maux nous soit assurée par Vâyou, par la Terre, qui est la mère (commune) ; par le Ciel, qui est le père ; par l’influence de ces mortiers qui préparent le soma et apportent la joie ! Et vous, adorables Aswins, exaucez aussi notre vœu !

5. Nous appelons à notre secours le maître souverain des êtres animés et inanimés, ce roi[21] qui se plaît à nos prières. Que Poûchan[22] soit pour nous une source intarissable de richesses, et, invulnérable lui-même, qu’il nous sauve, nous garde et nous protége !

6. Qu’il nous protége, le grand et glorieux Indra ! Qu’il nous protége, le magnifique Poûchan ! Qu’il nous protége, Arichtanémi, fils de Târkcha[23] ! Que Vrihaspati[24] nous protége !

7. Que les Marouts à la marche brillante, que ces fils de Prisni, amenés par leurs daims, viennent à nos sacrifices ; que tous les dieux, sages[25] et resplendissants comme le soleil, (que ces dieux) dont Agni est la langue[26] accourent ici pour nous défendre !

8. Ô dieux dignes de nos sacrifices, que nos oreilles, que nos yeux n’entendent, ne voient que des choses heureuses ! Que nos membres soient pleins de force, et, pour prix de nos hommages, que nous obtenions de jouir de toute la vie que le ciel nous accorde !

9. Ô dieux, donnez-nous cent ans d’existence ! Et quand vous aurez courbé nos corps sous le poids de la vieillesse, quand nos fils seront devenus nos soutiens[27], n’allez pas nous retrancher la moitié de notre vie !

10. Aditi, c’est le ciel ; Aditi, c’est l’air ; Aditi, c’est la mère, le père et le fils ; Aditi, ce sont tous les dieux et les cinq espèces d’êtres[28] : Aditi, c’est ce qui est né et ce qui naîtra.


HYMNE X.

À tous les dieux, par Gotama.

(Mètres : Gâyatrî et Trichtoubh.)

1. Que Mitra, que Varouna, que le sage Aryaman, nous dirigent dans la bonne voie, et avec les autres dieux se plaisent à nos sacrifices.

2. Les dieux sont les dépositaires des trésors, et chaque jour ils poursuivent sans trouble leurs œuvres brillantes.

3. Immortels, qu’ils nous accordent le bonheur, à nous qui sommes mortels, et qu’ils repoussent nos ennemis !

4. Que nos pas soient heureusement conduits par Indra, les Marouts, Poûchan, Bhaga et (les autres) également dignes de nos hommages !

5. Que nos prières nous procurent des vaches fécondes ! Poûchan, ô Vichnou, ô Vâyou[29], comblez-nous de vos bénédictions.

6. Pour l’homme qui offre le sacrifice, doux est le souffle des vents, douce est l’onde des fleuves. Que les plantes (de la terre) soient douces pour nous !

7. Que la Nuit et les Aurores soient douces pour nous ! Qu’il soit doux, l’Air qui environne la Terre ! qu’il soit doux, le Ciel notre père !

8. Qu’il soit doux pour nous, le dieu qu’on appelle Vanaspati[30] qu’il soit doux, le soleil ! Que les vaches [31] soient douces pour nous !

9. Favorables nous soient Mitra et Varouna ! favorable, Âryaman ![32] favorables, Indra et Vrihaspati ! favorable, Vichnou aux grands pas[33] !


HYMNE XI.

À Soma, par Gotama.

(Mètres : Pankti, Gâyatrî, Ouchnih, Trichtoubh.)

1. Ô Soma[34], tes services sont appréciés par notre esprit. Tu nous conduis dans la meilleure des voies. Sous ta direction, ô dieu appelé Indou[35], nos pères, pieux et sages, ont obtenu la faveur des dieux.

2. Ô Soma, saint dans les choses saintes, généreux dans les choses généreuses, abondant dans les choses abondantes, tu es opulent, tu es grand, tu es le précepteur des hommes.

3. Tes œuvres sont celles du royal Varouna ; ton influence, ô Soma, est étendue et profonde. Pur comme l’aimable Mitra, comme Aryaman, ô Soma, tu donnes l’accroissement (aux êtres).

4. L’influence que tu possèdes au ciel, sur la terre, sur les nuages, les plantes et les eaux, ô Soma, roi débonnaire et clément, daigne l’exercer en notre faveur, et accepte nos holocaustes !

5. Ô Soma, tu es le maître des saints, tu es roi et vainqueur de Vritra, tu es l’agent de notre bonheur.

6. La mort ne nous atteindra pas, (si) ton désir est que nous vivions, ô Soma, toi qui aimes nos louanges, et qui es Vanaspati[36].

7. Ô Soma, tu donnes à l’homme qui offre le sacrifice, qu’il soit jeune ou vieux, une part convenable dans les biens de la vie.

8. Roi Soma, défends-nous contre tous les méchants ; l’ami (d’un dieu) tel que toi ne peut périr.

9. Ô Soma, accorde-nous ces secours protecteurs dont tu entoures tes fidèles.

10. Agrée ce sacrifice et cet hymne, et viens, ô Soma, augmenter notre bien-être !

11. Par nos chants nous savons augmenter ta gloire, ô Soma ! Viens nous visiter avec bonté.

12. Ô Soma, accrois notre richesse, détourne de nous la maladie, agrandis nos trésors, double notre opulence ; sois pour nous un véritable ami !

13. Soma, sois heureux dans notre cœur, comme la vache dans les pâturages, comme le père de famille dans sa maison.

14. Divin Soma, un (dieu) sage et bienfaisant, (tel que toi), s’attache au mortel qui met son bonheur dans ton amitié.

15. Ô Soma , délivre-nous de l’imprécation ! garde-nous contre le mal ! sois pour nous un diligent ami !

16. Croîs donc, ô Soma ! apparais dans toute la plénitude de ta force, et réunis en toi tous les biens !

17. Croîs, heureux Soma, et pare-toi de toutes tes splendeurs ! Sois un ami qui nous ouvre la source de l’abondance et de la gloire !

18. Vainqueur de tes ennemis, qu’en toi se réunissent la douceur, l’abondance et la force des aliments ! Croissant, ô Soma, pour l’immortelle ambroisie, deviens pour nous dans le ciel le trésor de la plus précieuse nourriture !

19. Tous ces biens, que l’on offre ici en holocauste, viennent de toi : que (Agni) enveloppe (de ses flammes) notre sacrifice ! Soma, toi qui augmentes notre opulence et qui fais notre salut, toi qui es la force de nos héros et la mort de nos ennemis, viens visiter nos demeures.

20. À celui qui l’honore, Soma donne des vaches, de légers coursiers, des fils courageux et habiles, distingués dans leur ménage, dans les sacrifices, dans les assemblées, soumis à leur père.

21. Ô Soma, soyons heureux d’un (dieu tel que toi), qui, invincible à la guerre, comble nos vœux dans les combats, qui nous donne la prospérité avec les eaux (de la pluie), qui protège le sacrifice, et qui, croissant au milieu des offrandes, possesseur d’une brillante demeure, se montre glorieux et triomphant.

22. Ô Soma, c’est toi qui as produit toutes les plantes, les eaux et les vaches, toi qui as étendu le vaste ciel, toi qui dans ta lumière as enseveli l’obscurité.

23. Dieu fort, ô Soma, que ta divine prudence nous accorde la part de richesses (que nous désirons) ! Combats pour nous ; personne ne peut lutter contre toi. Tu es le maître de la force, et règnes sur les deux partis : donne-nous la supériorité dans la bataille.


HYMNE XII.

À l’Aurore et aux Aswins, par Gotama.

(Mètres : Djagatî, Trichtoubh et Ouchnih.)

1. Les Aurores élèvent leur drapeau, et, dans la région orientale du ciel, annoncent la lumière. Pareilles à des guerriers qui brillent sous leurs armes, s’avancent les vaches[37] (célestes), ces nourrices (du monde) aux couleurs empourprées.

2. Les rayons enflammés s’élancent sans obstacle, et attellent (au char du matin) ces vaches rougeâtres et dociles. Les Aurores remplissent leur antique fonction, et bientôt les teintes vermeilles (de leurs coursiers) se fondent dans les teintes dorées de la lumière.

3. Ouvrières diligentes, elles couvrent au loin (le monde) d’un même réseau lumineux, et apportent l’abondance à l’homme pieux et libéral, qui n’épargne ni les sacrifices ni les libations.

4. Comme la danseuse, l’Aurore révèle toutes ses formes ; elle découvre son sein, comme la vache découvre sa mamelle féconde ; et, de même que celle-ci donne son lait, l’Aurore distribue au monde entier sa lumière en dissipant les ténèbres.

5. Ses lueurs éclatantes se distinguent ; elle s’avance par degrés, et met en fuite l’obscurité. Elle illumine sa forme, comme (les prêtres) au moment du sacrifice illuminent le bûcher; et la fille du ciel donne à ses clartés des teintes variées.

6. Nous venons de traverser l’océan de cette nuit. L’Aurore se lève, elle ramène la vie. Telle qu’un seigneur puissant, elle brille et sourit, belle, bienveillante, ennemie (des ténèbres) pour notre bonheur.

7. Fille du ciel, elle resplendit et inspire l’hymne sacré. Elle est, pour les fils de Gotama, un objet de louanges. Aurore, tu donnes une opulence qui peut s’enorgueillir de ses enfants, de ses serviteurs, de ses chevaux, de ses vaches !

8. Aurore, puissé-je obtenir cette abondante richesse que relèvent la gloire et le nombre des enfants, des serviteurs, des chevaux ! (déesse) éclatante et fortunée, qui produis la fertilité, et qui brilles d’une gloire merveilleuse !

9. La déesse, poursuivant sa marche, et d’un large regard embrassant tous les mondes, luit et fait lever tout ce qui respire. Vers elle monte la voix de tous les êtres intelligents.

10. Antique, renaissant chaque jour, elle brille constamment des mêmes couleurs ; mais aussi, telle qu’une chasseresse qui frappe et abat les habitants de l’air, l’Aurore attaque la vie des mortels.

11. La voilà qui ouvre les portes du ciel, et force (la Nuit) sa sœur à se cacher. Elle consume les âges de la vie humaine, et se colore des feux du (Soleil) son amant.

12. Comme (le berger répand) ses troupeaux (dans la plaine), la belle déesse répand (ses rayons dans les champs de l’air) ; telle qu’une mer profonde, elle remplit tout de sa grandeur. Elle maintient les œuvres divines du soleil, et se pénètre de ses rayons, qu’elle reflète.

13. Aurore, toi que nous honorons par nos offrandes, apporte-nous cette variété de biens qui nous permette d’élever nos fils et nos petits-fils.

14. Brillante Aurore, toi que célèbrent nos hymnes, toi qui es riche en vaches et en chevaux, lève-toi aujourd’hui pour notre bonheur.

15. Aurore, toi que nos offrandes honorent, attelle aujourd’hui tes coursiers rougeâtres, et apporte-nous toute espèce de prospérités.

16. Ô Aswins, couple secourable, dirigez votre char vers notre demeure, où règnent la richesse de l’or et la fécondité des vaches !

17. Ô Aswins, vous qui, pour le genre humain, amenez la lumière au ciel et donnez le signal de l’hymne sacré, apportez-nous l’abondance !

18. Dieux secourables et bienfaisants, montés sur un char d’or, que (vos coursiers), éveillés par l’Aurore, vous amènent à nos libations !


HYMNE XIII.

À Agni et à Soma, par Gotama.

(Mètres : Anouchtoubh, Trichtoubh, Djagatî et Gâyatrî.)

1. Agni et Soma[38], (dieux) bienfaisants, écoutez mon invocation. Agréez mes prières, soyez bons pour votre serviteur.

2. À celui qui vous adresse aujourd’hui cet hymne respectueux, accordez, Agni et Soma, une heureuse abondance de serviteurs, de vaches, de chevaux.

3. Agni et Soma, que pendant toute sa vie il possède une grande force et une belle famille, celui qui vous honore par ses invocations et ses holocaustes !

4. Agni et Soma, on connaît votre puissance. Elle a éclaté, quand vous avez enlevé à Pani les vaches (célestes) dont il était le gardien[39] ; quand vous avez donné la mort au fils de Brisaya[40], et que vous avez fait briller pour tous la lumière unique (du soleil).

5. C’est vous, Agni et Soma, qui, unissant vos efforts, avez placé au ciel[41] ces (astres) étincelants ; vous, Agni et Soma, qui avez délivré les fleuves enchaînés de l’odieuse imprécation lancée contre eux[42].

6. Mâtariswan[43] vient du ciel animer l’un de vous (de son souffle) ; l’autre est tiré du mortier par l’épervier (poétique)[44] . C’est vous, Agni et Soma, qui, croissant par la prière, avez, pour le sacrifice, fondé un large emplacement.

7. Agni et Soma, venez prendre votre part de notre holocauste, et daignez l’avoir pour agréable. (Dieux) bienfaisants et fortunés, soyez nos protecteurs, et comblez de bonheur celui qui vous sacrifie.

8. Agni et Soma, protégez la piété de (l’homme) qui honore les dieux avec une âme dévouée et des libations de beurre ; gardez-le du mal, et accordez une grande prospérité au peuple fidèle.

9. Agni et Soma, vous à qui nous adressons les mêmes offrandes et les mêmes invocations, recevez nos prières : vous êtes grands parmi les dieux.

10. Agni et Soma, donnez la gloire et la richesse à celui qui fait couler en votre honneur ce beurre sacré.

11. Agni et Soma, que nos holocaustes vous soient agréables ! venez ensemble auprès de nous.

12. Agni et Soma, prenez nos coursiers sous votre protection ; que nos vaches se multiplient, et donnent leur lait pour nos libations. Accordez- nous la force avec la richesse. Que l’opulence devienne le prix de notre sacrifice !


HYMNE XIV.

À Agni, par Coutsa.

(Mètres : Trichtoubh et Djagatî.)

1. Comme (l’ouvrier) prépare un char (pour le guerrier), que votre imagination prépare cet hymne pour (le dieu) qui possède tous les biens, et qui mérite nos hommages ! Que sa prudence nous soit propice dans cette réunion ! Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

2. Il est heureux, celui dont tu favorises les sacrifices. Il vit en paix, et possède la puissance. Sa force croit sans cesse, et la douleur ne l’atteint pas. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

3. Laisse-nous allumer ta flamme : accomplis nos vœux. Par toi les dieux obtiennent l’holocauste qui leur est offert. Amène ici les Adityas que nous invoquons. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

4. Pour te rappeler notre souvenir, nous voulons, à chaque parwan[45], entretenir ton foyer et l’apporter des libations. Et toi, exauce nos vœux en prolongeant nos jours. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

5. Les enfants d’Agni[46] sont les pasteurs des peuples ; ils marchent, et leurs rayons conduisent et les hommes et les animaux[47]. Orné de couleurs variées, c’est toi qui appelles l’Aurore ; tu es grand. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

6. Par ta naissance tu es le principal sacrificateur, le prophète, le chantre, le purificateur, le pontife. Sage et instruit, tu remplis tous les offices du prêtre. Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

7. Également beau de tout côté, de loin comme de près, tu brilles avec éclat, et ton regard, ô dieu, perce l’obscurité de la nuit. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

8. Ô dieux, que le char de l’homme qui vous sacrifie soit le premier (dans les combats) ; que nos imprécations soient funestes à nos ennemis ! Écoutez et accomplissez notre vœu. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

9. Frappe de mort nos ennemis, quels qu’ils soient, éloignés ou voisins ; qu’ils tombent sans gloire avec leurs funestes pensées ! Ouvre une route facile à celui qui te loue et te sacrifie. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

10. Lorsqu’à ton char tu attelles tes (coursiers) rougeâtres, aussi rapides que le vent, tes frémissements sont pareils à la voix du taureau. Tu enveloppes le bûcher d’une bannière de fumée. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

11. Les oiseaux tremblent à ce bruit ; et quand tes flammes, dévorant l’herbe sèche, se sont fermement établies, alors la voie est ouverte à ton char. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

12. Voilà un (père de famille) qui sacrifie à Mitra et à Varouna. Descendez (aussi du ciel), vous, Marouts, dont la colère est si terrible. Apaise-les en notre faveur, et que leur souffle nous devienne propice. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

13. Tu es le dieu des dieux, un ami admirable, le trésor des trésors, superbe dans le sacrifice. Reçois-nous sous ta puissante protection. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

14. Tu aimes à te voir placé dans un foyer brûlant, honoré par des libations et chanté dans nos hymnes. Rempli de douceur, tu accordes à ton serviteur des trésors et des richesses. Ô Agni, que ton amitié ne nous soit pas inutile !

15. Il n’est coupable d’aucune négligence dans son devoir religieux, celui que tu combles de tes dons, celui que tu remplis d’une heureuse force, dieu opulent et indestructible. Accorde-nous de la richesse et de la famille.

16. Dieu qui sais où est le bonheur, Agni, prolonge ici-bas notre vie. Qu’ils nous protègent également, Mitra, Varouna, Aditi, la Mer, la Terre et le Ciel !



  1. Voy. p. 61, col. 2, note 2.
  2. Ce sont les prières.
  3. Le commentateur explique ce mot par dhânâmisrita.
  4. Cette strophe représente les prières et les rites sacrés remplissant leurs fonctions. Le dieu qu’ils honorent est Agni.
  5. Voy. p. 44, col. 1, note 7. Ce troupeau céleste, ce sont les nuages qui fertilisent la terre, et qui sont amenés au ciel par les prières des Angiras.
  6. Atharvan (voy. p. 90, col. 1, note 1) me paraît avoir institué les sacrifices du matin, dans lesquels on demande aux dieux la pluie que les Asouras retiennent prisonnière.
  7. Ce fils de Cavi, cet Ousanas, est le même que Soucra (voy. p. 73, col. 2, note 2). Ousanas, régent de la planète de Vénus, est aussi le précepteur des Asouras ou génies des ténèbres, qu’il semble diriger le matin et le soir. Il soutient la cause de ses élèves chéris. Les Dévas ont pour défenseur et pour maître Vrihaspati, c’est-à-dire Agni. Ce nom de Vrihaspati a été donné à la planète de Jupiter : quand on le rencontre dans ces hymnes, il me semble ne désigner que le dieu Agni. Pour le nom de Cavi, je renvoie à la préface qui précède le deuxième volume du Bhâgavata-Pourâna de M. Eug. Burnouf. Quant à moi, au lieu de reconnaître un personnage de Cavi, peut-être imaginaire, je traduirais volontiers le mot Câvya, qui est dans le texte, par ceux-ci : digne d’être chanté par le poëte (stoutyah).
  8. Dadhyantch (voy. p. 90, col. 1, note 2), fils d’Atharvan, régla, comme lui, le culte des dieux, et fit des hymnes que l’on appela asthi ou plutôt asthan, et avec lesquels on soutint une guerre toute spirituelle contre les mauvais génies. La légende a embelli ou dénaturé ce simple récit ; elle a, suivant l’usage, abusé des mots, personnifiant et allégorisant les choses au gré de son imagination. Dadhyantch, pendant sa vie, avait vaincu les Asouras, qui fuyaient seulement à le voir. Il mourut, et les Asouras remplirent la terre. Indra ne pouvait leur résister. Il se mit à la recherche du saint Richi, et apprit qu’il était mort, mais que ses os avaient contre les Asouras le pouvoir de la foudre. Ce Dadhyantch avait été une espèce de centaure à tête de cheval. Au milieu des montagnes, dans le lac Saryanâvân, on trouva sa tête, dont les os furent employés contre les ennemis d’Indra. Une autre légende dit que Dadhyantch avait appris le Cavatcha-vidyâ, et il devait perdre la tête, si jamais il le révélait. En faveur des Aswinî-Coumâras, il manqua à sa promesse, et la menace eut son effet. Ceux-ci remplacèrent sa tête par une tête de cheval. Indra eut besoin plus tard, contre les Rakchasas, des os de cette tête : Dadhyantch consentit à mourir pour les lui fournir. Ces légendes me paraissent un voile bizarre, mais transparent ; le mot que nous rendons ici par os n’est pas asthi, comme cela devrait être, mais asthan. Or, on entend par sthâna une division, un chapitre de livre. Il paraîtrait que les prières composées par Dadhyantch étaient détachées et sans suite : c’étaient en quelque sorte des mélanges, asthan. Ce mot, confondu avec asthi, a donné naissance aux légendes. Un disciple peut-être de Dadhyantch, nommé Aswasiras ou Tête de cheval, avait le dépôt de ces prières ; son nom aura donné lieu à un surcroît d’embellissement. (On cite le nom d’Aswalâyana, comme celui d’un Richi qui a travaillé au Rig-Véda.) Au reste, ces licences d’imagination sont communes dans les traditions anciennes : voyez, pour exemple, la fable des Têttirîyas. Il est encore possible que les prières de Dadhyantch aient commencé par le mot Aswasiras, ou bien qu’elles fussent consacrées aux Aswins. Voy. lecture viii, hymne 4, vers 12 ; et hymne 5, vers 22.
  9. Voy. p. 61, col. 1, note 4 ; et p. 89, col. 2, note 2.
  10. Dans le pays de Couroukchétra.
  11. Tchandramas, c’est la lune, dont les rayons sont regardés comme glacés.
  12. Voy. p. 53, col. 1, note 5. Dans le vers suivant, on les appelle Go-mâtaruh, mot que le commentateur entend par Fils de la terre.
  13. Ce pourrait être aussi Enfants du sacrifice.
  14. Une des formes du Soleil.
  15. Dans le style poétique, ce miracle est tout simple : les Marouts ont soulevé dans l’air et ensuite ouvert une montagne d’eau, c’est-à-dire un nuage. Mais cela ne suffisait pas aux légendaires. Ils disent donc que le Richi Gotama ayant soif, demanda de l’eau aux Marouts. À quelque distance était un étang ; les Marouts enlevèrent l’eau, et vinrent la verser dans une auge qu’ils creusèrent à côté du saint. On raconte autrement qu’ils enlevèrent un puits, et le transportérent dans l’ermitage de Gotama, et qu’au milieu de leur route, contrariés par une montagne, ils la fendirent. Ce Gotama est plus ancien que le Gotama auteur de cet hymne. Voy. p. 79, col. 1, note 1.
  16. C’est-à-dire les biens qui viennent de la terre, du ciel et de l’air. Voy. p. 63, col. 1, note 2 ; p. 51, col. 2, note 2 et p. 56, col. 2, note 4.
  17. Il désigne ou Rahoûgana son père, ou l’ancien Gotama.
  18. Mâroutam dhâman.
  19. Voy. page 93, col. 1, note 2.
  20. Les mots Bhaga, Mitra, Aryaman, Varouna, nous sont déjà connus pour être des noms du Soleil. Aditi est la Terre, ou plutôt la Nature. Dakcha doit être un nom du sacrifice personnifié, peut-être la donation. Ce fut dans la suite le nom d’un Pradjâpati et d’un saint Mouni. Le mot Asridh est considéré par le commentateur comme synonyme de Marout, dieu des vents. Soma, c’est le dieu de la libation. Nous n’avons plus rien à dire sur les deux Aswins et Saraswatî.
  21. Sans doute Indra.
  22. Nom d’un Aditya.
  23. Arichtanémi est un personnage mythologique que le commentateur semble confondre avec Garouda. Le Harivansa le représente comme fils de Casyapa et de Vinatâ, tandis que le Vichnou-Pourâna le confond avec Casyapa lui-même : telle serait aussi l’opinion de l’auteur du Mahâbhârata. Voy. Vichnou-Pourâna, p. 123, note 23. Târkcha ou Trikcha est un nom de Casyapa, et l’épithète Târkchya signifie fils de Târkcha ou Trikcha.
  24. Vrihaspati est un des noms d’Agni.
  25. Adjectif remarquable dans le texte : car c’est le pluriel de Manou Manavah.
  26. Il faut se rappeler la fonction d’Agni, qui reçoit les offrandes destinées aux dieux.
  27. Littéralement : quand nos fils seront devenus nos pères. Peut-être plus simplement : quand nos fils seront devenus pères.
  28. Voy. p. 45, col. 1, note 1. Ce passage sur Aditi me rappelle ce vers d’Orphée :

    Πάντων μὲν σὺ πατὴρ, τροφὸς ἠδὲ τιθηνὸς.

    Le nom même d’Aditi ne se retrouve-t-il pas dans cet autre vers :

    Μητέρα τ’ ἀθανάτων, Ἄττιν, ϰαὶ μῆνα ϰιϰλήσκω.

  29. Le texte donne l’épithète Evayâvah, que le commentateur rapporte au dieu du vent.
  30. Épithète du dieu Agni. Voy. p. 48, col. 1, note 1.
  31. Sans doute les vaches célestes ou les nuages.
  32. Nous avons vu, p. 42, col. 1, note 3, ce que c’étaient que Mitra et Varouna. Mitra préside au jour, et Varouna à la nuit ; autrement, l’un est le soleil de jour, l’autre le soleil de nuit, couvert de voiles noirs. Quant à Aryaman, le commentateur le regarde comme le jour astronomique, Ahorâtram.
  33. Voy. p. 52, col. 2, notes 7 et 9.
  34. Je ne pense pas que cet hymne soit consacré à la Lune ; il est destiné à célébrer le dieu de la libation, appelé Soma et Indou, noms qui ont été aussi donnés à la Lune. La puissance du Soma est celle du sacrifice lui-même.
  35. Ce mot signifie liqueur.
  36. Nom donné à Agni, et que le poëte emploie ici pour Soma. Voy. p. 48, col. 1, note 6.
  37. Ce sont les lueurs de l’aurore, colorant les nuages légers du matin.
  38. Ces deux divinités sont unies sous le nom d’Agnichoma, qui résume ainsi l’idée des deux principes humide et igné. La libation et le feu, ce sont là les deux éléments du sacrifice.
  39. Voy. p. 44, col. 1, note 7.
  40. Le commentateur fait venir le mot Brisaya de brisi, qui, suivant lui, signifie vêtement. Ce serait le même sens que celui qu’on donne au mot Vritra.
  41. Le sacrifice amène la pluie, et rend au ciel sa sérénité ; c’est le sacrifice qui, le matin, allume les feux d’Agni sur la terre, et les feux du Soleil au ciel.
  42. Les pluies obtenues par la vertu des sacrifices rendent aux rivières les eaux dont elles étaient privées par une espèce de fatalité. Cette idée n’est pas assez simple pour le légendaire, qui dira qu’Indra, en donnant la mort à Vritra, qui est un fils de Brahmane, a encouru l’imprécation lancée contre quiconque commet un crime pareil ; il impute sa faute à toute la nature, qui a besoin d’être purifiée par Agni et Soma, c’est-à-dire par le sacrifice.
  43. Le vent excite le feu, et semble l’apporter avec lui.
  44. Au milieu des chants du sacrifice, le Soma passe du mortier dans les coupes. Voy. page 89, col. 1, note 2.
  45. Les parwans sont certaines époques du mois lunaire, comme la nouvelle lune, la pleine lune, le 8 et le 14 de chaque demi-mois.
  46. Ces enfants d’Agni, ce sont les rayons du feu.
  47. Littéralement : les bipèdes et les quadrupèdes.