Mozilla.svg

Rig Véda ou Livre des hymnes/Section 4/Lecture 6

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Traduction par Alexandre Langlois.
Bibliothèque Internationale Universelle (p. 315-323).

LECTURE SIXIÈME.

HYMNE I.

À Indra, par Bharadwâdja.

(Mètres : Trichtoubh et Dwipadâ.)

1. Bois le soma que (nous t’offrons), ô terrible Indra. Animé par nos chants, ouvre le vaste pâturage des vaches (célestes). Vainqueur puissant, tu frappes de ta foudre tous tes ennemis, tels que Vritra.

2. Bois donc, toi qui aimes nos libations et qui nous protéges, toi que l’on renomme pour ta superbe figure et qui exauces nos prières, toi qui portes la foudre et fends les montagnes (célestes), qui es traîné par deux coursiers azurés, ô Indra, et accorde-nous toute espèce de biens.

3. Bois donc, comme autrefois ; livre-toi au plaisir, écoute nos prières, et grandis à la faveur de nos hymnes. Découvre la face du soleil, augmente notre abondance, triomphe de nos ennemis, ô Indra, et envoie-nous les vaches (célestes).

4. Ô Indra, tu estimes nos offrandes. Que nos larges libations coulent en l’honneur d’un (dieu) fort et brillant. Que nos breuvages enivrent un vainqueur illustre, grand, incomparable.

5. C’est dans l’ivresse de nos libations que tu as établi le Soleil et l’Aurore, que tu as déchiré les épaisses (ténèbres) ; que tu as, ô Indra, imprimé un mouvement à cette grande et lourde montagne qui enveloppait les vaches (célestes).

6. Par ta puissance, par tes œuvres merveilleuses ces vaches ont été fécondées. Tu as ouvert les portes de leur pâturage, et, allié avec les Angiras, tu les as délivrées de leur vaste prison.

7. Ta grande œuvre, ô Indra, c’est d’avoir étendu la terre, d’avoir, par ta force, consolidé l’immensité du ciel. Tu es devenu le soutien de ces deux antiques parents qui ont des dieux pour fils, de ces deux grandes nourrices du Sacrifice.

8. Aussi, quand il fut question de combat, c’est toi, Indra, que les Dieux ont élu pour chef. Quand l’impie osa les provoquer, c’est Indra qu’ils ont choisi pour donner le bonheur (au monde).

9. Aussi, quand Indra, qui est la vie de tous les êtres, tua, dans le nuage où il était endormi, Ahi, qui l’avait insulté, le Ciel même, dans la crainte de sa colère, se courba deux fois sous le coup de sa foudre.

10. Car Twachtri, ô dieu grand et terrible, a fait pour toi ce foudre qui a cent nœuds et mille pointes. C’est avec cette arme, ô (dieu) qui aimes le soma, que tu as brisé Ahi, qui avait la hardiesse de venir t’attaquer.

11. Que les Marouts, que tous les dieux, dans leurs transports de joie, exaltent (ta gloire) ; que Poûchan, que Vichnou te préparent cent buffles[1] magnifiques. Que trois torrents d’enivrantes boissons coulent pour t’exciter à frapper Vritra.

12. La grande onde des rivières était enchaînée ; tu l’as délivrée de sa prison, et lancée en flots impétueux. Ô Indra, c’est toi qui as produit ces courants des régions (célestes), qui as précipité les vagues de cette mer (aérienne).

13. Que notre prière nouvelle puisse appeler sur nous les secours de cet Indra qui a tout créé, grand, terrible, puissant, accompagné d’une escorte vaillante, et, avec ses autres belles armes, balançant son tonnerre !

14. Ô Indra, donne à nos sages, brillant des feux (d’Agni), la force, l’abondance, la renommée, la richesse. Que nos seigneurs, ô Indra, obtiennent, à la prière de Bharadwâdja, une heureuse famille ! Ô Indra, fais-nous des jours sereins.

15. Puisse notre hymne nous donner des droits aux présents que dispense le dieu ! Puissions-nous vivre cent hivers, entourés de plaisirs et d’une généreuse lignée !


HYMNE II.
À Indra, par Bharadwâdja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Chante cet Indra dont la force est triomphante, qui, toujours vainqueur, ne peut jamais être vaincu, et que tout le monde invoque. Par tes hymnes relève la grandeur de ce (dieu) indomptable, terrible, persévérant, de ce bienfaiteur des hommes.

2. Guerrier et pacifique, combattant et commensal du sacrifice, connu par ses mille prouesses, amené par le bruit (du tonnerre), partisan de notre soma, couvert de la poussière (des combats), ami des enfants de Manou, incomparable pour sa force, (tel est Indra).

3. Seul, tu as dompté les Dasyous. Garde les sujets de l’Arya, notre maître. Indra, telle est ta puissance ; montre que cette puissance ne change pas avec le temps.

4. Tu es déjà né bien des fois, ô robuste (Indra), et je sais quelle est la force d’un (dieu) tel que toi quand il attaque et terrasse (son adversaire), (force) terrible quand il s’agit d’inspirer la terreur, vigoureuse quand il faut développer de la vigueur, invincible quand il est question de vaincre un ennemi.

5. Que ton antique amitié pour nous subsiste toujours, (telle qu’autrefois) quand les Angiras chantaient : « Ô (dieu) qui ébranles ce qui est inébranlable, frappe Bala, qui s’empare des Ondes ; ouvre toutes les portes de sa ville (céleste). »

6. Il a mérité d’être invoqué dans nos prières, ce (dieu) terrible et puissant, qui poursuit la grande œuvre de la mort de Vritra. Il porte la foudre dans les combats ; et si nous voulons une nombreuse famille, c’est toujours lui qu’il faut invoquer.

7. Avec cette force immortelle, qui courbe (toute résistance), il protége la race des enfants de Manou. Il s’élève au-dessus de tout, et il habite constamment avec la grandeur, la richesse, la vigueur et la puissance.

8. Indra, plein de raison et de droiture, se distingue par sa sagesse. Il a frappé Tchoumouri, Dhouni, Piprou, Sambara, Souchna[2] ; il a ébranlé et détruit leurs villes.

9. Avec ton tonnerre, que vantent nos louanges, et qui s’élance pour déchirer (ton ennemi), monte sur ton char, ô Indra, et va combattre Vritra. Prends ta foudre dans ta main droite ; ô (dieu) bienfaiteur, détruis la magie (des Asouras).

10. Ô Indra, de même que le feu brûle le bois sec, ainsi (brûle et) anéantis le Rakchasa. Avec son arme terrible, grande, pénétrante, le (dieu) brise, retentit, et dompte les impies.

11. Ô généreux Indra, ô enfant de la Force, viens à nous par mille voies, avec la richesse et l’abondance. Ô dieu partout invoqué, l’impie peut-il prévaloir sur toi, quand tu fends (la nue) ?

12. La grandeur de ce (dieu) libéral, fort, victorieux brille au ciel et sur la terre. Il n’a point d’ennemi qui lui soit égal, qui lui soit supérieur. Il possède toute force, toute sagesse.

13. Fais aujourd’hui pour (ton serviteur) ici présent ce que tu as fait pour Goutsa, pour Ayou, pour Atithigwa. Tu as donné tous les trésors (de Sambara) conquis par ta foudre, et tu les as sur la terre apportés à Toûrvayâna[3].

14. Ô dieu le plus sage d’entre les sages, tous les Dévas te célèbrent avec transport pour ta victoire remportée sur Vritra, quand, pour prix de leurs hymnes, tu envoies la richesse (de la pluie) à la race souffrante de tes serviteurs.

15. Ô Indra, le Ciel et la Terre et tous les dieux immortels reconnaissent ta puissance. Ô (dieu)[4] accoutumé à créer (des choses admirables), fais ce que tu n’as pas encore fait. Mérite de notre part et des sacrifices et un hymne nouveau.


HYMNE III.
À Indra, par Bharadwâdja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Le grand Indra, tel qu’un seigneur (magnifique), remplit (les vœux) des mortels ; placé entre deux mondes[5], doué de forces inaltérables, il vient à nous, et croît pour la puissance ; (son corps) s’élargit, (ses nobles facultés) grandissent, à mesure que les ministres (du sacrifice) l’honorent.

2. Que la Prière s’adresse au grand et superbe Indra, immortel et armé d’une force invincible. (Indra) est toujours jeune : à peine est-il né, que déjà il apparaît dans toute sa grandeur.

3. Viens à nous, et fais que tes larges bras, puissants, généreux, nous donnent l’abondance. De même que le pasteur défend son troupeau, de même, ô clément[6] Indra, défends-nous dans le combat.

4. En votre faveur, et les offrandes à la main, nous invoquons ici cet Indra vainqueur avec ses puissants (auxiliaires) ; et puissions-nous être aussi heureux, aussi respectés, aussi irréprochables que les chantres antiques !

5. (Indra), exalté par notre soma, est bienfaisant, généreux. Il est le dispensateur d’une abondance fortunée. Que les hymnes et les offrandes se rendent vers lui, comme les fleuves coulent à la mer.

6. Héros victorieux, apporte-nous ce qu’il y a de plus fort, ce qu’il y a de plus brillant (sur la terre). Que nous inspirions la terreur. Ô (dieu) traîné par deux chevaux azurés, assure-nous, pour notre bonheur, tout ce qui fait la puissance parmi les enfants de Manou.

7. Ô Indra, viens à nous avec les glorieux transports de cette ivresse qui te rend invincible au milieu des combats. Puissions-nous, possédés de la même ivresse, te chanter, vainqueurs par tes secours, et pères d’une heureuse lignée !

8. Ô Indra, apporte-nous cette force généreuse qui conserve, qui augmente, qui défend la richesse. Puissions-nous avec elle et avec tes secours vaincre dans les combats tous nos ennemis, qu’ils soient nos parents, ou étrangers à notre famille !

9. Que cette force féconde nous arrive de l’occident ou du septentrion, du midi ou de l’orient. Ô Indra, qu’elle nous arrive de tous les côtés. Donne-nous l’abondance et la gloire.

10. Par nos prières, et avec tes secours puissants, ô Indra, puissions-nous obtenir un bonheur appuyé sur une nombreuse famille ! Tu es le maître d’une double opulence[7]. Ô roi, donne-nous une richesse grande, large, solide.

11. Nous implorons ici le secours du céleste Indra, bienfaisant compagnon des Marouts, noble ennemi, vainqueur terrible, toujours croissant en vigueur et aimant à prêter sa force.

12. Héros armé de la foudre, avec ces hommes qui m’appartiennent marche à la conquête d’une race superbe. Nous t’invoquons sur la terre pour obtenir des fils, des vaches, des eaux (fécondes).

13. Ô héros invoqué par tout le monde, puissions-nous avec ton amitié triompher de nos ennemis ! Puissions-nous, par ton secours, vaincre nos adversaires, parents ou étrangers, et nous réjouir au sein d’une large opulence !


HYMNE IV.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Ô Indra, ô fils de la Force, donne-nous un (prince) qui, (brillant) comme un soleil, Arya fort et opulent, devienne dans les combats vainqueur des nations, qui soit riche en présents et en terres, et détruise ses ennemis.

2. Ô Indra, tu aimes notre soma, et par les soins des Dévas tu obtiens cette puissance vitale qui est en toi comme dans le soleil. C’est alors qu’accompagné de Vichnou, tu donnes la mort à Ahi, à Vritra, qui enchaîne les Eaux.

3. Indra est robuste et vaillant, le plus fort d’entre les forts ; nos louanges augmentent sa gloire, et alors, prenant (son arme), dont il brise les villes (célestes), il devient roi de la douce libation, du soma.

4. Ô Indra, les Panis[8] se sont enfuis avec leurs cent (compagnons), et ont cédé au sage Dasoni[9] leur riche butin. De l’enveloppe magique où s’enfermait l’avare Souchna tes coups ont fait sortir l’onde nourricière.

5. Souchna tombe sous les coups de la foudre, et la vaste magie de ce grand ennemi est déchirée. Indra a fait asseoir avec lui sur son char Coutsa[10], auquel il voulait donner la jouissance du soleil.

6. (Indra), prenant le soma enivrant, (s’échappe) comme l’épervier, et va frapper la tête de l’impie Namoutchi. Il a sauvé Nâmî[11], fils de Sapa, au milieu de son sommeil, et l’a heureusement doué de richesse et d’abondance.

7. Ô généreux (Indra), armé de la foudre, tu as par ta force brisé les villes fortifiées de Piprou, qui marchait sur les traces d’Ahi. Tu as fait à ton serviteur Ridjiswan un don impérissable.

8. Ce (dieu), dont les bienfaits sont si désirables, a soumis à Dyotana, comme (des enfants sont soumis) à leur mère, le merveilleux Vétasou, Dasoni, Toûtoudji, Tougra, Ibha[12].

9. Ainsi, l’invincible Indra frappe ses ennemis, portant dans sa main la foudre fatale pour Vritra. Tel que l’archer sur un char, il pousse les deux coursiers que la Prière a attelés et qui portent le grand Indra.

10. Ô Indra, fais par ton secours que nous ayons dans un hymne nouveau (un tribut de reconnaissance à te payer). Les fils de Poûrou te célèbrent par des louanges et des sacrifices. En faveur de Pouroucoutsa, tu as brisé les sept villes automnales[13], et tu lui as fait présent de ta conquête.

11. Ô Indra, tu as bien voulu jadis être le bienfaiteur d’Ousanas[14], fils de Gavi. Navavâstwa, son petit-fils, était prisonnier ; tu l’as délivré et rendu à son grand-père.

12. Ô vaillant Indra, tu agites les nuages ; tu amènes les ondes que possédait Dhouni, et tu les lances comme des torrents. C’est ainsi que, formant subitement une mer, tu as sauvé heureusement Tourvasa et Yadou[15].

13. Ô Indra, voilà tes exploits comme combattant. Dhouni et Tchoumouri dorment ; c’est toi qui leur as envoyé ce sommeil. Car Dabhîti[16] avait su te plaire en te versant des libations, en garnissant de bois le foyer, en te présentant des holocaustes, des offrandes, des hymnes.


HYMNE V.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Héros adorable, un sacrificateur, jaloux d’obtenir tes bienfaits, t’invoque avec des holocaustes et des hymnes. La Louange, la Richesse, la Puissance viennent avec la Prière au-devant de ce (dieu) immortel, placé sur son char.

2. Je connais et je chante cet Indra, que nos hymnes doivent exalter, dont nos prières et nos sacrifices augmentent la grandeur, qui de la terre jusqu’au ciel se lève avec majesté, en développant mille formes magiques.

3. Les ténèbres s’étendaient malheureusement ; avec le soleil il les a dissipées. Ô (dieu) fort et immortel, les mortels religieux ajoutent à ta splendeur.

4. Où est cet Indra, qui a fait toutes ces choses ? Quelle nation, quel peuple visite-t-il ? Quel sacrifice aura ta préférence ? Quelle prière, ô Indra, quel sacrificateur a pu te plaire ?

5. Les anciens, qui nous ont précédés, ô (dieu) connu par tes exploits et invoqué par tous, ont agi, comme nous aujourd’hui, et sont devenus tes amis. Ainsi ont fait ceux du moyen âge, ainsi font les nouveaux. Je viens après eux ; daigne penser à moi.

6. Ceux qui arrivent après tous les autres, ô Indra, ne peuvent, en te priant, que répéter tes antiques prouesses, qu’ils ont entendu célébrer. Ô héros digne de notre culte, nous te proclamons grand d’après ce que nous dit la renommée.

7. Les forces des Rakchasas se sont développées devant toi ; soutiens avec fermeté l’attaque de cette grande armée. (Ô dieu) vainqueur, repousse-les avec ton tonnerre, ton antique compagnon d’armes.

8. Ô héros partisan de nos chantres, écoute l’hymne d’un poëte nouveau. Tu aimes l’invocation du sacrifice, et tu t’es toujours montré un bon parent pour nos pères.

9. (Ô Prêtre), fais que nous possédions aujourd’hui le secours de Varouna, de Mitra, d’Indra, des Marouts, de Poûchan, de Vichnou, d’Agni célèbre par ses œuvres, de Savitri, des Plantes, des Montagnes (célestes).

10. Ô souverain adorable, ces chantres te célèbrent par leurs hymnes. Écoute l’invocation de ceux qui t’implorent. (Dieu) immortel, il n’est personne qui te ressemble.

11. Sage enfant de la Force, viens à ma voix avec tous les (dieux) qui méritent nos hommages, qui aiment nos offrandes et se servent de la langue d’Agni, qui ont rendu Manou vainqueur du Dasyou.

12. Prudent Indra, aie pitié de nous ; ouvre-nous les voies, précède-nous dans les bonnes ; (défends nous) dans les mauvaises. Apporte-nous l’abondance avec tes (coursiers), larges et infatigables porteurs.


HYMNE VI.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Je chante Indra, qui seul mérite d’être invoqué par les hommes, roi libéral, juste et fort, bienfaiteur sage et puissant.

2. Nos pères, les anciens Navagwas[17], les sept sages, ont (jadis) honoré par l’offrande et la prière le (dieu) qui, clément et fort, siége sur la montagne (céleste), sauve (ses amis) et détruit ses ennemis.

3. Nous supplions Indra de nous accorder une opulence abondante et soutenue par la vaillance de nombreux rejetons. Ô (dieu) traîné par deux coursiers azurés, apporte-nous, pour notre bonheur, cette (opulence) fortunée. Qu’elle soit pleine et durable.

4. Si jadis tes chantres, ô Indra, ont obtenu de toi quelque faveur, dis-nous quelle offrande, quelle part ils t’avaient faite (dans le sacrifice), ô vainqueur indomptable, ô bienfaiteur invoqué par tous, ô exterminateur des Asouras !

5. Le mortel chante Indra ; sa prière implore le (dieu) qui tient la foudre dans sa main, et qui est porté sur son char. Et il voit arriver promptement au-devant de son offrande ce maître qui donne la force, qui fait et embrasse tout.

6. Ô héros brillant et chanté (par les poëtes), (Vritra) a grandi par sa puissance magique. Et toi, avec ta (foudre) aux cent nœuds, avec ton arme aussi rapide que la pensée, tu brises ses forces, tu renverses ses (villes) inébranlables.

7. Comme faisaient nos pères, je veux glorifier dans un hymne nouveau ce (dieu) fort et antique. Qu’Indra, avec sa force immense, nous transporte heureusement au delà des passages les plus dangereux.

8. Brûle dans les espaces terrestres, dans les espaces célestes la race malfaisante (de nos ennemis). Ô (dieu) généreux, qu’ils soient consumés par tes feux. Éclaire la terre et les eaux (pour en chasser) un impie (adversaire).

9. Règne sur la race céleste et sur le monde terrestre, ô Indra, ô toi qu’entoure une splendeur immortelle. Prends ta foudre dans ta main droite, et détruis toutes ces puissances magiques.

10. Pour le malheur de notre ennemi, ô Indra, ô toi qui portes la foudre, procure-nous une large et inaltérable félicité. Fais que les haines des Dasyous servent aux Aryas ; que les fils de Nahoucha[18] soient bienveillants pour nous.

11. (Dieu) sage, adorable et invoqué par tous, viens à nous avec ces coursiers qui possèdent tous les biens, que l’impie ne saurait vaincre, qu’un (autre) dieu(ne peut conduire). Viens à moi promptement avec ces (coursiers).


HYMNE VII.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Ô Indra, tu mérites d’être mêlé à nos libations de soma, à nos prières, à nos éloges, à nos hymnes, lorsque, attelant tes deux coursiers, ô magnifique Indra, tu pars, ta foudre dans les bras ;

2. Ou bien, lorsque, pour plaire à un pieux serviteur, tu vas dans le ciel donner la mort à Vritra et nous conquérir ses dépouilles ; ou, quand, exempt de crainte devant un sacrificateur tremblant, ô Indra, tu terrasses les superbes Dasyous.

3. Qu’Indra boive notre soma ; (dieu) terrible, conduisant et protégeant son chantre ; donnant au seigneur, qui l’honore par ses libations, un rang distingué, au poëte qui le célèbre une riche fortune.

4. Qu’avec ses deux coursiers il vienne à nos sacrifices, armé de la foudre, buvant le soma, donnant des (troupeaux) de vaches, accordant (à nos vœux) un prince digne de conduire les hommes et chef d’une race puissante, écoutant l’invocation du poëte, et flatté de sa louange.

5. Nous apportons l’hommage qu’il peut désirer, à cet Indra qui pour nous produit des œuvres si brillantes. Nous versons le soma, nous chantons des hymnes en l’honneur d’Indra, et nous voulons que notre culte augmente sa grandeur.

6. Ô Indra, tu as daigné par ta puissance rendre notre piété fructueuse. Nous mesurons notre reconnaissance sur tes bienfaits. Ô (dieu) qui aimes notre soma, nous voulons, la coupe à la main dans le sacrifice, célébrer ta gloire par la louange la plus agréable et la plus fortunée.

7. Viens avec tes présents visiter notre sacrifice. Ô Indra, bois ce soma auquel a été mêlé le lait de la vache. Assieds-toi sur ce gazon du sacrificateur, et donne à ton serviteur une large place (dans ce monde).

8. Ô redoutable Indra, livre-toi à tout le plaisir que ces sacrifices te promettent. Indra, que tous les hommes implorent, ces invocations et cette prière s’adressent à toi et appellent ton secours.

9. Ô mes amis, honorez le bienfaisant Indra par vos libations et vos offrandes. Qu’il daigne prendre souci de nous. Indra protége celui qui verse la libation en son honneur.

10. Ainsi, au milieu des libations de soma, Indra, roi de la richesse, a été célébré par les Bharadwâdjas. Qu’Indra soit pour son chantre un seigneur (magnifique) ; qu’il lui accorde toute espèce de biens.


HYMNE VIII.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. C’est une source de biens (pour nous) que l’ivresse d’Indra, accompagnée d’hymnes et de louanges. Car (Indra) aime la libation, il boit le soma. Maghavan est digne des chants de nos poëtes ; il est l’habitant du ciel, le roi de la Prière, le protecteur immortel.

2. Héros vainqueur, sage ami des hommes, défenseur puissant, il entend l’invocation du chantre. Adorable soutien des mortels, partisan de nos cérémonies, pour nous récompenser de nos offrandes et de nos hymnes au milieu du sacrifice, il nous distribue l’abondance.

3. Ô noble héros, tu es comme l’essieu qui soutient les deux roues, et ta grandeur s’élève au-dessus du ciel et de la terre. Ô Indra, que le monde implore, les nombreux bienfaits que tu nous accordes sortent de toi tels que les branches d’un arbre (majestueux).

4. Ô (dieu) puissant, tes œuvres sont pour nous une source abondante de bonheur, semblables aux mamelles de la vache. Ô Indra, tu as pour nous attacher à toi des liens que toi seul peux nouer ; ainsi le veau est attaché (à sa mère).

5. Indra se charge aujourd’hui d’une mission, demain d’une autre ; l’une peut être une œuvre de destruction, l’autre une œuvre de salut. Que Mitra, Varouna, Poûchan accomplissent (avec Indra) le vœu du père de famille qui nous dirige.

6. Ô Indra, que les ondes de nos sacrifices, que nos hymnes t’amènent comme du haut de la montagne. Ô (dieu) que la louange transporte, nos offrandes et nos éloges s’élancent vers toi avec la même vivacité que les coursiers (se précipitent) au combat.

7. Ni les automnes, ni les mois, ni les jours ne peuvent détruire Indra ; que son corps célébré par nos chants et par nos hymnes croisse et s’agrandisse.

8. Chanté par nous, il n’est point de force, point de résistance, point d’audace déployée par le Dasyou qui puisse le faire fléchir. Les hauteurs d’Indra sont inabordables ; ses profondeurs sont immenses.

9. Ô vainqueur généreux, bois notre soma, et que ta puissance, aussi grande qu’étendue, nous accorde l’abondance et la force ; sois toujours attentif à nous secourir le matin, à midi et le soir.

10. Couvre de ta protection dans le combat celui qui est notre chef, ô Indra, et garde-le contre tout danger. Protége-le contre l’ennemi et dans sa maison et dans la forêt. Puissions-nous vivre cent hivers, entourés de plaisirs et d’une généreuse lignée !


HYMNE IX.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Ô terrible et robuste Indra, tu peux nous secourir d’en bas, d’en haut, du milieu (des airs). Réunis tous tes efforts en notre faveur ; va donner la mort à Vritra, et livre-nous généreusement sa dépouille.

2. Ô puissant Indra, aide-nous à repousser les forces de nos adversaires et la colère de notre ennemi. En faveur de l’Arya, triomphe de ces diverses troupes qui l’attaquent, et dompte le Dasyou.

3. Ô Indra, nos parents et les étrangers se sont unis pour être nos ennemis. Affaiblis, détruis leurs forces. Renverse-les du haut de leur puissance.

4. Un héros peut bien attaquer un autre héros, quand tous deux, distingués par leur force et leur stature, ils se précipitent au combat, quand ils viennent, la clameur à la bouche, se disputer la possession d’enfants, de petits-enfants, de vaches, d’eaux ou de champs.

5. Mais toi, ô Indra, il n’est point de héros, d’ennemi, de vainqueur, de combattant qui pense à te résister. Personne ne lutte contre toi. Tu surpasses tous les êtres.

6. Indra est le maître de la fortune de ces deux héros. Si les sages t’invoquent au milieu du débat, (toi seul décides du sort) de ces rivaux qui combattent, soit pour repousser un ennemi, soit pour conquérir une maison forte en guerriers.

7. Ainsi les hommes t’appartiennent, ô Indra, et tu les sauves au milieu de leurs terreurs. Protége, ô Indra, les maîtres distingués qui dirigent (nos sacrifices) et les seigneurs magnifiques qui nous gouvernent.

8. Ô adorable Indra, c’est pour soutenir ton rang suprême que tu possèdes toutes les vertus. C’est pour donner la mort à Vritra que tu as la puissance ; c’est pour protéger les hommes avec les dieux que tu es armé de la force.

9. Ainsi arrête nos ennemis au milieu des combats, ô Indra ; dompte la méchanceté des impies. Puissions-nous, enfants de Bharadwâdja qui te chantons, ô Indra, en te présentant nos offrandes, (puissions-nous) connaître que tu es un ami sûr !


HYMNE X.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Écoute-nous, ô Indra. Nous t’invoquons, nous faisons des libations en ton honneur pour obtenir l’abondance. Le jour où les peuples s’assemblent pour combattre, viens nous prêter ton redoutable secours.

2. Riche en offrandes, le fils de Vâdjinî[19] t’invoque pour obtenir l’abondance. Il voit un sauveur et le maître de la piété en toi, ô Indra, dont le poing est mortel, quand tu combats pour la possession des vaches (célestes), contre les compagnons de Vritra.

3. Tu as excité Cavi[20] à prendre sa part des mets (célestes). En faveur de ton serviteur Coutsa, tu as mis Souchna en pièces. Pour plaire à Atithigwa, tu as frappé la tête de (l’Asoura), qui manque de nerfs[21].

4. Tu as amené à Vrichabha un grand char de bataille, et tu l’as sauvé après un combat de dix jours[22]. En faveur de Vétasou[23], tu as frappé Tougra. Toudji[24] t’a chanté, ô Indra, et tu as fait sa grandeur.

5. Ô Indra, ô héroïque vainqueur, une de tes prouesses est d’avoir déchiré cent mille (ennemis). Tu as tiré de sa montagne le brigand Sambara, et tu l’as tué. Tes secours divers ont sauvé Divodâsa[25].

6. Charmé des hommages et des libations de Dabhîti, ô Indra, tu as pour lui endormi Tchoumouri[26]. Tu as donné Râdji[27] à Pithinas, et par ta puissance tu as d’un coup frappé soixante mille ennemis.

7. Ô puissant héros, toujours accompagné de héros vaillants, puissé-je, avec les seigneurs (nos maîtres), obtenir tout le bien, toute la force que tu sais donner aux mortels qui te célèbrent, toi qui protéges les trois mondes, toi qui enchaînes[28] (la méchanceté de tes ennemis) !

8. Ô adorable Indra, quand nous demandons tes bienfaits, puissions-nous nous prévaloir avec raison de ton amitié ! Que le fils de Pratardana, Kchatrasrî, devienne le vainqueur de ses ennemis et le possesseur des plus riches trésors !


HYMNE XI.
À Indra, par Bharadwâja.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Qu’a donc fait Indra au milieu de l’ivresse que lui inspire le soma ? Qu’a-t-il fait dans cet amour qu’il témoigne pour ce breuvage ? Qu’ont obtenu de toi les mortels et autrefois et aujourd’hui en te dispensant cette agréable (boisson) ?

2. Indra a fait d’heureuses choses au milieu de l’ivresse que lui inspire le soma. Il a fait d’heureuses choses dans cet amour qu’il témoigne pour ce breuvage. Ils ont obtenu d’heureuses choses et autrefois et aujourd’hui, les mortels qui te dispensent cette agréable (boisson).

3. Ô magnifique Indra, nous ne connaissons point de grandeur, de magnificence comparable à la tienne. Il n’est rien de supérieur aux bienfaits (anciens) et nouveaux (que le monde a reçus) de toi.

4. On connaît la force avec laquelle tu as détruit la race de Varasikha[29] ; le bruit puissant de ta foudre, ô Indra, suffit pour mettre en pièces le premier (qui se présenta).

5. Indra a détruit la race de Varasikha, et tu as donné (ses dépouilles) au fils de Tchayamâna, Abhyâvarttin. Tandis que du côté de l’orient, sur l’Hariyoûpîyâ[30], il frappait les Vritchîvans[31], du côté opposé le reste (des enfants de Varasikha) mourait de peur.

6. Ô Indra, ô toi que le monde invoque, cent trente Vritchîvans, couverts de leurs cuirasses, et attirés par l’espoir du butin, s’avançaient sur l’Yavyâvatî pour t’attaquer. Ils furent percés (de tes traits), et, tels que des vases inutiles, ils s’en allèrent (à leur perte).

7. (Indra) a deux coursiers brillants, qui cheminent heureusement entre le ciel et la terre, broutant dans les pâturages qui leur plaisent. Il a, en faveur de Srindjaya, quitté Tourvasa, en même temps qu’il donnait les Vritchîvans à l’enfant de Dévavâta[32].

8. Le fils de Tchayamâna, le riche prince Abhyâvarttin m’a donné, ô Agni, vingt couples de bœufs appareillés et attelés à un char. C’est un présent que les autres princes peuvent difficilement égaler.


HYMNE XII.
Aux vaches (du sacrifice[33]), par Bharadwâja.
(Mètres : Trichtoubh, Djagatî et Anouchtoubh.)

1. Que les Vaches arrivent. Que leur présence soit heureuse ! Qu’elles se placent dans l’étable, et se plaisent au milieu de nous. Fécondes et variées pour la forme, qu’elles viennent ici, en l’honneur d’Indra, nous verser les libations du matin.

2. Indra comble de ses bienfaits celui qui cherche à lui plaire par ses sacrifices. Il lui donne sans jamais s’épuiser lui-même. De jour en jour il augmente l’opulence de son serviteur, et il l’établit dans une forteresse inexpugnable.

3. Ces Vaches sont immortelles ; le voleur ne saurait les enlever ; le trait d’un ennemi ne peut les blesser. Leur pasteur, qui les destine au service des Dieux, n’est jamais séparé de ses élèves.

4. Elles ne deviennent point la proie d’un cavalier qui fend la poussière (de la plaine). Elles respectent l’homme qui observe les règles saintes. Ces Vaches accompagnent le mortel pieux, et assurent autour de lui sa sécurité.

5. Les Vaches forment Bhaga ; les Vaches forment Indra. Qu’elles viennent donc, elles qui composent le premier des somas. Oui, peuples, ces Vaches sont la substance de cet Indra, que j’appelle de tout mon cœur, de toute mon âme.

6. Et vous, ô Vaches, engraissez-vous. Rendez beau ce qui est faible et disgracié. Donnez-nous une heureuse maison, ô vous dont la renommée est si belle. Car partout, dans nos assemblées, on célèbre votre abondance.

7. (Vaches) fécondes, vous mangez l’herbe la plus grasse, vous buvez l’onde la plus pure. Que le brigand n’ait sur vous aucun empire ; que le pécheur superbe n’agite pas autour de vous le trait de Roudra[34].

8. Que ces Vaches prennent un heureux accroissement. Ô Indra, tu es leur taureau : qu’elles se trouvent fécondées par ta puissance.

  1. Le texte semblerait dire que ces buffles sont cuits (patchet). Je pense que le mot mahîcha, qui veut en effet dire buffle, doit être entendu des rayons brûlants de Poûchan et de Vichnou. Ils sont personnifiés sous la forme de buffles, pour être attelés au char d’Indra.
  2. Noms d’Asouras déjà connus.
  3. Le commentaire pense que Toûrvayâna est le même que Divodâsa.
  4. Ce passage pourrait aussi bien se rapporter au poëte. La traduction peut être modifiée dans ce sens.
  5. Comment Indra, le plus élevé des dieux, et par conséquent des éléments, peut-il avoir l’épithète de Dwibarhâs (placé entre deux autres) ? Il faut supposer que le poëte considère Indra comme placé entre le ciel et la terre. Voy. page 85, col. 2, note 1.
  6. Damoûnas, épithète donnée ordinairement à Agni, et que le commentaire rend ici par dântamanas.
  7. Les biens du ciel et de la terre sont à la disposition d’Indra.
  8. Les compagnons de Vritra, de Bala, etc.
  9. Ce mot est peut-être une épithète, que le commentaire explique par le mot bahoulahavichca.
  10. Voy. page 239, col. 1, note 4.
  11. Nom d’un Richi.
  12. Tous ces noms, suivant le commentaire, sont des noms d’Asouras ; ce qui est douteux, car plusieurs, tels que Tougra et Dasoni, sont autrement connus. Dyotana est le nom d’un prince protégé d’Indra.
  13. Saradîh. Le commentaire suppose que ces villes appartenaient à l’Asoura Sara. Le nombre sept doit avoir quelque rapport avec les sept torrents qui sont dans l’automne lancés par Indra.
  14. Le texte porte Ousané pour Ousanasé. Voy. pour ce personnage d’Ousanas, page 91, col. 1, note 1.
  15. Ces princes, poursuivis par un ennemi, passèrent une rivière à gué, et furent sauvés par un orage subit qui grossit les eaux de cette rivière.
  16. Nom d’un Richi, protégé contre les Asouras Dhouni et Tchoumouri. Dhouni signifie agitateur : Indra avait au distique 12 la même épithète, que j’ai traduite par ces mots : tu agites les nuages.
  17. Voy. page 80, col. 1, note 6.
  18. La note 1 (page 300, col. 1) explique ce qu’il faut entendre par ces fils de Nahoucha. Ce sont les vapeurs de la nuit, ou bien les serpents nocturnes, les astres qui serpentent dans le ciel pendant la nuit.
  19. C’est le nom de la mère de Bharadwâdja.
  20. C’est un Richi, fils de Bhrigou ; Bhârgava, dit le commentateur. Ce mot s’emploie pour désigner en général un sage, un poëte.
  21. Cet Asoura s’appelle Sambara. Atithigwa est un Richi, dont il a été plusieurs fois question.
  22. Le commentaire traduit de cette manière le mot Dasadyou, que j’aurais cru un nom propre.
  23. Nom d’un roi ami d’Indra. Voyez le distique 8, hymne iv, plus haut. Vétasou y est donné pour un Asoura.
  24. Le même distique de l’hymne iv cite Toûtoudji comme un Asoura.
  25. Voy. page 110, col. 1, note 9.
  26. Voy. plus haut, hymne iv, distique 13.
  27. C’est ou le nom d’un royaume, ou le nom d’une jeune princesse.
  28. Ici je trouve le mot Nahouch avec le sens de ligator.
  29. Nom d’un Asoura.
  30. Nom de rivière ; peut-être de ville.
  31. Nom d’un fils de Varasikha et de ses enfants.
  32. Le commentaire dit que l’enfant de Dévavâta est le même qu’Abhyâvarttin.
  33. Ce sont les libations.
  34. Roudra est ici le Dieu qui donne la mort.