Rupture du câble de Singapore par un poisson

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RUPTURE DU CÂBLE DE SINGAPORE
PAR UN POISSON.

On a déjà enregistré, aux. États-Unis, des faits curieux sur la rupture de câbles électriques sous-marins dus à l’attaque d’habitants des mers. Le câble de la Floride à Cuba a été une fois déjà endommagé par la morsure de grands poissons ; il en a été de même du câble plongé dans la mer de Chine. — M. Frank Buckland donne, dans le Scientific American, de curieux détails sur un accident survenu au câble de Singapore. Ce câble a été dépouillé de son enveloppe de chanvre et percé, de part en part, par une cause accidentelle.

La Nature - 1873 - Câble rompu de Singapore - p160.png
Spécimen du câble rompu de Singapore.

Notre figure, reproduite d’après un dessin de M. Buckland, représente en 1 une coupe destinée à montrer la disposition intérieure des fils ; en 2, est l’orifice ouvert, en 3 l’enveloppe rabattue. — Ce câble, posé le 11 décembre 1870, cessa de fonctionner en mars 1871. Un navire fut chargé de le relever, et trouva la rupture à 200 milles de Singapore. Le câble était percé, comme nous le figurons, et des morceaux d’os se trouvaient comme broyés au milieu de l’orifice. M. Buckland, naturaliste distingué, examina longtemps ce curieux échantillon, séparé du reste du câble ; il remarqua que l’orifice avait été percé et non broyé par une mâchoire. Après avoir longtemps médité en vain sur les causes certaines de cet accident, il trouva enfin, et par hasard, dans sa collection un poisson-squale (pristis antiquorum) dont il détacha la scie, avec laquelle il pratiqua, dans le câble, un orifice semblable à celui qui y existait déjà.

M. Buckland ajoute que les poissons-scies ont l’habitude de fouiller les fonds marins pour chercher leur nourriture, en imprimant un mouvement de va-et-vient à l’espèce de lance aiguë dont ils sont armés. L’extrémité de la scie d’un de ces poissons se sera engagée dans les filaments extérieurs du câble, un soubresaut brusque de l’animal l’aura fait pénétrer plus profondément encore, jusqu’à ce que de violents efforts aient brisé la scie, après l’avoir fait traverser le câble de part en part.

G. T.