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Séances de la Société agricole et scientifique de la Haute-Loire/13 mai 1880

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SÉANCE DU 13 MAI 1880.


Présidence de M. Aymard.


M. le Président annonce la mort de MM. Assézat-Fabre, propriétaire, Isidore Hedde, homme de lettres, et se fait l’interprète des regrets que cause à la Société la perte de ces honorables confrères.

M. I. Hedde, décédé à Lyon, le 7 avril dernier, à l’âge de soixante-dix-neuf ans, a été inhumé au Puy le 9 du même mois. Devant la tombe, notre confrère M. Émile Giraud a prononcé un discours d’adieu et résumé la vie laborieuse de ce chercheur, amoureux passionné de son pays et de ses annales.

M. Isidore Hedde naquit au Puy le 12 mai 1801 ; il appartenait à une honorable famille qui le destina au commerce. Établi à Saint-Étienne comme fabricant de rubans, le gouvernement le désigna pour faire partie de la mission envoyée en Chine sous la direction de M. de Lagrenée. De 1843 à 1846, il étudia l’élevage du ver à soie, les détails de la préparation du fil de soie et du tissage de l’étoffe, en un mot, toutes les branches de l’industrie séricicole. Au péril de sa vie, notre compatriote pénétra dans des contrées où nul Européen avant lui n’avait mis le pied, passa trois ans dans le Céleste Empire et fut nommé, à son retour, chevalier de la Légion d’honneur. Il reçut, en outre, à titre de récompense, une des charges d’agent de change créées à Saint-Étienne. Il abandonna, quelques années après, cette charge, pour se consacrer exclusivement aux études scientifiques et littéraires. On lui doit un grand nombre de publications.

M. Hedde aimait d’un profond amour sa ville natale ; aussi s’attacha-t-il à en rechercher les origines, à en écrire les coutumes oubliées, à en faire revivre les vieilles traditions. Le volume qu’il nous a laissé sous ce titre : Le Puy d’Anis, études locales, renferme une quantité considérable de documents et, avouons-le, bien que cet ouvrage manque de méthode dans la composition, de critique dans l’exposition, il n’en sera pas moins, avant longtemps, recherché par nos bibliophiles à qui il offrira nombre de détails inédits.

Lecteur assidu de la bibliothèque publique de notre ville, M. Hedde en devint le bienfaiteur en donnant à cet établissement un grand nombre de livres parmi lesquels nous devons mentionner spécialement le fameux ouvrage du père Du Halde sur la Chine[1]. Le cadre restreint d’un procès-verbal ne nous permettant pas de faire, avec l’ampleur désirable, une biographie complète et sachant d’ailleurs qu’un de nos membres recueille les éléments d’un semblable travail, nous nous contenterons de signaler les principaux ouvrages ou brochures sortis de la plume de M. Hedde, et la nomenclature de ces œuvres variées nous révélera la somme de connaissances acquises par notre regretté et savant confrère :


1. 
Description de la voûte céleste [Saint-Étienne. Boyer 1832], in-8o de 8 p.
2. 
Aperçu sur l’histoire de la ville de Saint-Étienne. Saint-Étienne. Gonin, 1840 ; in-8o.
3. 
Mission commerciale en Chine. — Industrie des soies et soieries. — Catalogue des produits de l’Inde et de la Chine rapportés par M. Isidore Hedde…… Lyon. Barret, 1847 ; in-8o de 120 p.
4. 
Description méthodique des produits divers recueillis dans un voyage en Chine. Saint-Étienne. Théolier alné, 1848 ; grand in-8o.
5. 
Description de l’agriculture et du tissage. — Agriculture de la Chine. Paris. Ve Bouchard-Huzard, 1850 ; in-8o de 142 p.
6. 
De l’industrie sérigène en Algérie. Lyon. Barret, 1851 ; in-8o de 35 p.
7. 
Excursions en Suisse. Lyon. Aimé Vingtrinier, 1872 ; in-8o de 52 p.
8. 
Excursion en Suisse. Inscription cryptographique. Lyon. Aimé Vingtrinier, 1873 ; in-8o de 12 p.
9. 
Essai sur l’histoire de la fabrique lyonnaise, par M. Marin aîné, annoté par I. Hedde. Lyon. Brunellière, 1874 ; in-8o de 7 p.
10. 
Monographie de Ronzon. Paris. Impr. nat., 1874 ; in-8o de 128 p.
11. 
Le Puy d’Anis et le Velay. Études locales, artistiques, littéraires, historiques, etc. Au Puy-en-Velay. Bérard-Rousset, 1874 ; in-8o.
12. 
Étude sur un monument funéraire de l’époque romaine découvert à Lyon en 1870 ; Tours. Paul Bouserez, 1875 ; in-8o de 16 p.
13. 
Études seritechniques sur Vaucanson. Lyon. Le Moniteur des soies, 1876 ; in-8o de 120 p.
14. 
Hôa-fa-ti-li-tchi. Géographie chinoise et française. Paris. Paul Dupont, 1876 ; grand in-8o.
15. 
Paléographie des tissus (Bible de Théodulfe). Lyon. Le Moniteur des soies, 1879 ; in-8o de 32 p.
16. 
Souvenirs de Grandrieu (Lozère) et de Queyrières (Haute-Loire). Le Puy. Marchessou ; in-8o de 35 p.
17. 
Exposé du Système planétaire [Saint-Étienne. Gaudelet], in-8o de 4 p.
18. 
Le lori disparu [Lyon. Pitrat aîné], in-8o de 8 p.
19. 
À propos de Vaucanson [Lyon. Brunellière], in-8o de 7 p.
20. 
À propos de Jacquard [Lyon. Brunellière], in-8o de 4 p.
21. 
Le chant des pierres [Le Puy. Freydier], in-18o de 7 p.
22. 
Hôa-fa-ti-li-tchi. Dictionnaire géographique chinois-français. Lyon. Pitrat ; in-8o de 36 p.
23. 
Kang-tchi-tou. — Description de l’agriculture et du tissage en Chine.
24. 
Étude pratique du commerce de l’exportation de Chine.
25. 
Monographie géologique du Velay, ou vocabulaire des termes employés dans la géognosie de cette contrée, manuscrit de 500 pages donné par M. Philippe Hedde, lieutenant de vaisseau, à la bibliothèque du Puy.


Au sujet d’un article sur l’ensilage des feuilles de vignes paru dans le Journal de l’Agriculture de M. Barral du 17 avril 1880, M. le docteur Langlois qui s’est occupé, à différentes reprises, de la question d’ensilage pour le maïs et les fourrages verts, établit que la main d’œuvre nécessitée par la récolte des feuilles de vigne, leur peu d’abondance et l’état de détérioration où elles sont presque toujours parvenues dans nos contrées à l’époque des vendanges, ne laissent pas à l’article soumis à la Société un intérêt assez considérable pour encourager des expériences sur ce point. Il préférerait que la Société dirigeât ses efforts vers l’ensilage du maïs, fourrage dont la culture commence à prendre dans notre pays une grande extension et dont la consommation est rarement achevée lorsque viennent les premiers froids de l’hiver.

On trouve dans le Journal de l’agriculture de M. Barral (1880, t. II, 1er mai, no 577), un article sur l’escourgeon ou sucrion, aliment très recherché par les animaux et que les nourrisseurs de la banlieue de Paris, les cultivateurs des départements voisins et les éleveurs du Calvados emploient souvent comme fourrage vert, conjointement avec le seigle, consommé sur place ou préalablement fauché.

MM. Isidore Pierre et Lemétayer, auteurs de l’article sur l’escourgeon, ont examiné la richesse de ce fourrage à diverses époques de son développement et donné le résultat de leurs études. Ils préconisent l’emploi de cette plante, plus tendre que le seigle et plus recherchée par les animaux.

La Haute-Loire compte un grand nombre de sources minérales. L’une d’elles, située dans la commune de Prades, a été, de la part de M. Arssac, pharmacien au Puy, l’objet d’une analyse dont il rend compte en ces termes :


Résidu sec par litre, 1 gr. 759.
De la composition de ce résidu et des éléments qui le constituent, on déduit la composition de l’eau et l’on trouve qu’elle contient :

Sulfate de soude 
 0,0681
Chlorure de sodium 
 0,2736
Bicarbonate de soude 
 1,1815
        —        de potasse 
 0,0303
        —        de magnésie 
 0,2832
        —        de fer 
 0,0200
        —        de chaux 
 0,4572
Silice 
 0,0415
Acide carbonique libre 
 1,7136


Le dosage en acide carbonique libre est probablement trop faible : s’il était fait à la source, le chiffre serait sans doute plus élevé.

La source est située dans la commune de Prades, canton de Langeac, sur les bords d’un ruisseau qui se jette dans l’Allier. Elle appartient à M. J. B. Chauchat, qui se propose d’utiliser ses propriétés médicinales en la livrant au commerce. Il est certain que, par sa composition, cette eau se rapproche des eaux faibles de Vichy et plus spécialement de Vals. Par sa saveur agréable, par l’acide carbonique et le bicarbonate de soude qu’elle contient, elle est éminemment propre à relever l’appétit et à favoriser la digestion, tandis que les sels purgatifs qu’elle renferme, en petite proportion, facilitent l’évacuation des matières. De plus, elle se conserve parfaitement dans toutes les conditions ordinaires de température et elle supporte le transport à toutes les distances, sans rien perdre de ses qualités.

Il existe, dans le pays, d’autres sources dont l’analyse serait également intéressante, notamment à Arsac, aux Pandraux, etc. ; nous espérons pouvoir la donner dans un prochain volume.



A. Lascombe.



  1. Description géographique, historique, etc., de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, Paris. Lemercier, 1735, 4 vol. gr. in-fol.