Souhaits à la France (O. C. Élisa Mercœur)

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. 221-223).


SOUHAITS À LA FRANCE.

          Le Temps au Passé qui l’entraîne
Jette encore un anneau détaché de sa chaîne ;
Un An vient de mourir, un autre naît… Salut
Au premier de ses pas sur la route des âges.
Dans ce jour consacré par l’oubli des outrages,
Où les cœurs de leurs vœux échangent le tribut,
Permets qu’obéissant au transport qui l’inspire,
          Une humble fille de la lyre,
D’une voix plus hardie, ose exprimer les siens,
Formés pour ton bonheur, ta gloire et ta puissance ;
          mon Pays ! ô noble France !
          Accepte mes vœux citoyens.

          Que l’oubli d’une ombre éternelle
Enveloppe ces jours de deuil et de forfaits
Ces jours où des partis la fatale querelle

          Baigna ton sol de sang français
          Versé par la main fraternelle.

Puissent-ils, résignés à la réalité,
Ces esprits turbulens dont l’ardente espérance
Au-delà du possible avec fureur s’élance,
          Mieux instruits par la vérité,
Cessant de demander au ciel qu’il réalise
          Leur chimère d’égalité,
          Comprendre que la liberté
Du Peuple et du Pouvoir consacrant la franchise,
Pour tracer leurs devoirs et protéger leurs droits,
Juste comme Thémis, et forte comme Hercule,
Le front calme et la main sur le livre des lois,
          Comme dans la chaise curule,
Peut s’asseoir sur le trône à la droite des Rois !

Dans un remords sublime, au pouvoir salutaire,
Qu’au joug de la raison se ployant désormais,
Tes enfans rougissant des coupables excès
          De leur parricide colère,
Éteignent le flambeau de leurs divisions,
Et s’embrassant unis sur le sein de leur mère,
Écrasent sous leurs pieds l’hydre des factions.

          Quand tu réponds par la victoire
À ceux qui t’accusaient de faiblesse ou de peur,

Quand l’Escaut qu’affranchit ton bras libérateur
Voit l’orgueil du Batave incliné sous ta gloire,
lit ton front décoré d’un laurier protecteur ;
Que des bords de l’Oder aux flots de la Tamise,
Cette leçon féconde apprenne à l’Étranger
Que tes fils, quel que soit l’esprit qui les divise,
          Si jamais il t’ose outrager,
Il n’en est pas un seul, lui rejetant l’offense,
          Qui dans la lice ne s’élance
          Pour te défendre et te venger.


(1er Janvier 1833.)