Souvenirs d’un page de la cour de Louis XVI/5 octobre

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CHAPITRE IV

5 octobre

Ô réveil plein d’horreur !…
Racine, Athalie.


De toutes les horreurs qui ensanglantèrent notre révolution, il n’en est point qui aient causé plus d’effroi ni qui aient affecté davantage les amis de l’ordre et de la monarchie que les excès du 5 octobre. Les divers massacres qui déjà avaient eu lieu avaient porté sur des magistrats, toujours plus exposés dans les temps de trouble. Mais cette fois c’était la personne du souverain qui se trouvait menacée avec le reste de sa famille. Le sang ne rougissait plus seulement les places publiques, mais les marches du trône ; et le résultat de cette journée horrible fut la royauté, sinon détruite, du moins enchaînée et forcée de travailler elle-même à miner sa base, à opérer sa destruction de ses propres mains.

Depuis longtemps les chefs de la Révolution, ou plutôt d’un des partis qui se réunissaient pour renverser le trône, ne différant que sur leurs projets ultérieurs, voyaient avec peine le roi à Versailles. D’un instant à l’autre le monarque pouvait leur échapper, et les orléanistes ne croyaient point leur besogne assez avancée ni la France assez corrompue pour espérer que la nomination de leur chef à une régence ne donnât pas lieu à quelque soulèvement dans les provinces. L’imbécile La Fayette, qui se berçait avec complaisance de l’idée d’une lieutenance générale, d’un protectorat, voulait sa victime à Paris, et les deux partis pensaient que plus les mouvements populaires se multiplieraient, plus la vie du prince serait en danger. Il fallait un prétexte pour opérer une nouvelle insurrection qui mettrait le roi dans la tombe ou dans les fers ; il fut bientôt trouvé.

D’Orléans commença à resserrer davantage les immenses provisions de grains qu’il avait amassées. Or, la disette à Paris est le moyen le plus infaillible d’exciter les esprits ; aussi de tout temps le gouvernement s’est-il appliqué à maintenir l’abondance dans cette grande cité. La désertion des gardes françaises avait nécessité la formation d’une autre garnison pour le service extérieur. On fit venir du nord le régiment de Flandres. Je ne sais qui décida ou provoqua ce choix, mais il était malheureux ; car si le régiment était animé d’un bon esprit, le colonel était vendu au parti d’Orléans et figurait au côté gauche de l’assemblée où siégeaient, comme on sait, les ennemis de la royauté. C’était le comte de Lusignan, qui prétendait à l’honneur de descendre des rois de Jérusalem et qui, en effet, était comblé à la cour des distinctions dues à une telle origine, tandis que les véritables rejetons de cette race antique vivaient obscurément au fond de nos provinces méridionales et végétaient dans les rangs subalternes de l’armée.

La discipline sévère que le comte de Valfons, lieutenant-colonel de ce régiment, y avait maintenue à son arrivée à Versailles, fut bientôt détruite par un ordre supérieur. Les vivres furent prodigués par la municipalité. Des inconnus distribuaient l’argent dans les casernes, inondées des prostituées de Paris. Ces soldats qui, à leur arrivée, avaient accueilli par des cris de : Vive le roi ! la proposition qui leur avait été faite par un municipal de prendre la cocarde nationale, se trouvèrent bientôt vendus au parti de l’anarchie. Il était rare que les corps de l’armée se rencontrassent sans se donner de ces repas où les égards entretenaient entre les guerriers ces liaisons de fraternité qui faisaient comme une famille de l’armée tout entière. Les gardes du corps voulurent, selon l’usage, recevoir à un banquet la garnison de Versailles ; on en prit occasion de les rendre odieux au peuple, en lui persuadant que, dans une orgie, ils avaient, en présence du roi, foulé aux pieds la cocarde tricolore et prononcé les serments les plus anticiviques.

Le roi permit que ce repas eût lieu dans la grande salle de l’Opéra, le jeudi 1er octobre. Toute la ville se porta dans les loges pour voir cette réunion des députations de tous les corps en garnison à Versailles, et jouir du coup d’œil de cette foule de guerriers se livrant à une joie pure, augmentée par les sons d’une belle musique militaire et par la magnificence du local, qui était splendidement éclairé.

Au retour de la chasse, le roi voulut être le témoin de cette fête ; il fit appeler sa famille et se rendit à l’Opéra. La présence du monarque et de son auguste famille y excita cette joie et cet enthousiasme que la vue de leur souverain causait toujours à des Français. Après avoir fait le tour de la table et salué les convives, le roi retourna dans ses appartements, où il fut suivi de tout ce qui se trouvait dans la salle. Rentré chez lui, ce prince, pour congédier la foule rassemblée sous ses fenêtres, dans la cour de marbre, parut sur le balcon. Les militaires, animés par la musique, escaladèrent le balcon aux cris de : Vive le roi ! et portèrent de nouveau, par ce singulier chemin, l’hommage de leur dévouement à leur souverain. Mais le roi retiré, chacun se dispersa, et à neuf heures tout était calme dans les cours du château. Tel est l’événement sur lequel on a bâti tant de calomnies, à Paris et au Palais-Royal, ce foyer de toutes les insurrections, comme le repaire de tous les vices. Les esprits s’échauffèrent ; on parla d’aller à Versailles chasser les gardes du corps, qui portaient encore la cocarde blanche et méprisaient la nation ; le 5 octobre, tous les bandits des faubourgs et la garde nationale parisienne, entraînant le général La Fayette, arrivèrent à Versailles.

Cet événement est trop lié aux actes odieux du duc d’Orléans pour que son historien Montjoye, l’un des auteurs les plus véridiques de notre temps, ne lui ait pas consacré une place importante dans son travail. On peut donc y recourir pour en voir tous les détails ; à quelques faits près, j’en garantis l’exactitude. Pour moi, sans entrer dans la discussion de tous ces faits, je ne rapporterai que ceux dont j’ai été le témoin.

Le 5, le roi, qui chassait au delà de Meudon, ne fut averti de ce qui se passait qu’après l’arrivée d’un détachement de femmes dans l’avenue de Paris. Ce prince, très-inquiet au sujet de sa famille et craignant de ne pouvoir regagner lui-même son palais que par de longs détours, revint si vite que, sans attendre sa voiture, il descendit au galop une des montées les plus roides du bois de Meudon. Les femmes, dans l’avenue, étonnées de la rapidité de sa course, le laissèrent passer. Mais un page, M. de Lastours, envoyé sur la route de Sèvres en reconnaissance, fut arrêté par elles à son retour, et ne dut la liberté qu’à une diversion opérée par la présence de quelques gardes du corps qui cherchaient à gagner leurs écuries.

Successivement, toutes les hordes des faubourgs de Paris arrivèrent. Le temps était humide et pluvieux, l’inquiétude générale, et la consternation dans tous les cœurs. Quelques gens officieux avaient voulu, en cas de besoin, faire sortir les voitures du roi par la grille de l’Orangerie, et celles de la reine par la porte du Dragon, mais la garde nationale de Versailles, la plus factieuse du royaume, quoique formée de tous les serviteurs du roi, s’y opposa. Ce fut un des chefs d’accusation qui fit condamner le malheureux Favras.

Vers les neuf heures du soir, un bruit extraordinaire, dans la rue de l’Orangerie, où était notre hôtel, nous fit courir aux fenêtres. C’était la colonne des gardes du corps qui gagnait à toute bride, par la rue de la Surintendance, la cour des Ministres, et abandonnait la Place d’Armes où des décharges multipliées, dont plusieurs partaient des rangs de la garde nationale de Versailles, les mettaient dans le plus grand danger.

Vers dix heures, je me rendis au château pour mon service. Toute cette partie de la ville était calme ; le silence des rues n’était interrompu que par les hurlements que poussaient, de temps à autre, les bandits rassemblés sur la Place d’Armes. Je trouvai les gardes du corps en bataille, dans les jardins, sous les fenêtres de la reine. Le poste de la cour des Ministres présentait encore trop de dangers ; et bientôt le roi leur envoya l’ordre de se rendre à Rambouillet. Il ne resta pour la défense du palais des rois qu’environ cent cinquante gardes fidèles ; toutes les autres troupes avaient vendu leur honneur.

L’Œil-de-Bœuf était rempli d’une foule de gens amenés par mille motifs différents, et qui portaient sur leur figure la trace des sentiments qui les animaient.

À onze heures, parut enfin le général La Fayette, le sourire sur les lèvres, la perfidie dans le cœur. Il entra chez le roi ; dans un entretien d’une demi-heure, il persuada, ou plutôt crut avoir persuadé le monarque par les assurances qu’il lui donna, qu’il devait être en parfaite sécurité, et vint répéter aux personnes rassemblées dans l’antichambre ses astucieuses promesses. Le roi congédia son service, espérant sauver quelques victimes. Chacun se retirait ; et, l’inquiétude dans le cœur, on attendit la fin de cette nuit, dont le réveil horrible devait se faire aux cris amers d’une reine menacée, au râlement de la garde égorgée, et aux hurlements des assassins.

Dans le silence de cette nuit ténébreuse, le roi, s’il l’eût voulu, pouvait encore s’échapper. Les gardes du corps l’escortaient dans sa route ; les premiers châteaux auraient fourni les voitures et les relais dont on manquait. À la vérité, les dangers de la fuite étaient grands ; les malheurs qui pouvaient en résulter pour Versailles, incalculables ; mais, pouvaient-ils entrer en comparaison avec ceux qui menaçaient, dans son palais, la famille royale ? Si le roi put concevoir ce projet, le traître Necker, le pusillanime Montmorin le lui firent bientôt abandonner.

Les événements de cette horrible nuit ont été vus de bien peu de personnes. La Fayette dormait du sommeil du tigre ; il fermait l’œil en guettant sa proie ; et le comte d’Estaing, oubliant les victoires de la Grenade, la gloire de ses aïeux, et son écusson qui devait les lui rappeler, croyait, dans son lit, échapper aux reproches du parti qui devait rester le plus faible, et attendait, pour se déclarer, que le plus fort l’eût emporté.

Quel affreux réveil pour les habitants de Versailles, lorsque, après une nuit agitée, l’aurore leur montra les rues inondées de brigands, revêtus ou munis d’armes plus ou moins bizarres, pillées dans les magasins de Paris ! Portant presque tous des lambeaux de chair au bout de leurs piques, ils marchaient à la suite d’une espèce de bête brute, dont la longue barbe était souillée de sang comme sa hache, et qui trainait après lui les têtes des gardes du corps égorgés dans cette nuit. Vers le point du jour, les bandits, qui avaient passé la nuit sur la place d’armes et dans la cour des Ministres, pénétrèrent dans la petite cour des Princes, dont la grille, par une négligence bien impardonnable, si elle n’était pas coupable, était restée ouverte ; et de là, par le passage ménagé sous le petit péristyle, à droite, ils arrivèrent dans la cour Royale. Un garde du corps était en faction à la grille. Se jeter sur lui, l’égorger et placer sa tête au bout d’une pique, fut l’affaire d’un instant. Ce malheureux se nommait Deshuttes ; il était d’un âge déjà avancé et père d’une nombreuse famille. Bientôt la grille brisée donna entrée à cette multitude d’assassins conduite par des hommes très au courant des lieux et par le duc d’Orléans lui-même. Elle monta l’escalier de marbre, se jeta à droite dans la salle des gardes de la reine, en vomissant les injures les plus atroces contre cette princesse, et en demandant sa tête à grands cris. Les gardes, blessés, assommés, se dérobent dans la grande salle. Varicourt, le frère de madame de Villette, la fameuse Belle-et-Bonne de Voltaire, est entraîné, conduit à l’homme à la grande barbe, et bientôt sa tête est à côté de celle de Deshuttes. Durepaire et Miomandre de Sainte-Marie, après avoir averti par leurs cris les femmes de la reine, donnent le temps, par leur vigoureuse résistance, de barricader la porte. Miomandre reçoit un coup de crosse de fusil sur la tête ; le chien pénètre le crâne ; et sa tête aurait augmenté les trophées sanglants de cette matinée, si plusieurs de ses camarades, réfugiés dans la grande salle, et revenant sur leurs pas pour se soustraire à une autre bande de brigands montés par l’escalier des Princes, ne l’eussent secouru et ne se fussent fait jour jusqu’à l’autre salle qui précédait les appartements du roi.

Aux cris de sa garde égorgée, la reine, que la fatigue et l’inquiétude avaient forcée de prendre un peu de repos, est réveillée. Son effroi lui permit à peine de prendre un léger vêtement, et de se soustraire au danger, en se réfugiant près de son époux. Marquand, garçon de garde-robe, qui était de service chez le roi, entend frapper à coups précipités à une petite porte placée à l’extrémité de l’Œil-de-Bœuf ; il court ouvrir, et quel ne fut pas son étonnement, en voyant sa souveraine à moitié nue, se dérobant aux coups des assassins ! Dans le même moment, le roi, inquiet sur le sort de son épouse, arrivait chez la reine, par une communication secrète des deux appartements.

On a dit, dans le temps, que ces monstres, ayant pénétré jusqu’au lit de la reine, furieux de ne l’y plus trouver, avaient percé les matelas à coups de baïonnettes. Le fait est faux ; il n’allèrent pas plus loin que la salle des gardes. La lutte qui s’y engagea donna le temps d’assurer la porte. J’ai examiné moi-même le lit de la reine, deux jours après, sans y trouver aucune trace de violence.

Il est à remarquer que les gardes du corps, dans l’intérieur du château, n’avaient point leurs armes chargées, et ne purent, par conséquent, se défendre contre les brigands qu’avec leurs épées ; et que bientôt les portes eussent été enfoncées si le général La Fayette, sorti enfin de son sommeil, ne fût arrivé avec la garde soldée de Paris, et n’eût véritablement sauvé la famille royale, en éloignant ces cannibales. M. de La Fayette ne voulait point la mort de Louis XVI, qui eût pu mettre la couronne sur la tête du duc d’Orléans, déjà brouillé avec lui ; mais il voulait entraîner le monarque à Paris, afin d’en être le maître et de diriger les événements. Cet imbécile général, qui se croyait un nouveau Cromwell, ne savait même pas que, dans toutes les révolutions, le peuple n’encense ses idoles que pour les mieux briser ensuite ; et ce héros fameux devait être plongé dans un cachot avant que sa victime n’y fût elle-même.

La Fayette, croyant le roi suffisamment effrayé par cet horrible réveil, par les dangers qu’avaient courus une épouse adorée et une famille chérie, vint faire cesser le massacre, et fit demander, par ses satellites, le départ du roi pour Paris. Le roi rassembla sa famille, son conseil, et voulut s’entourer de l’Assemblée nationale, « à qui sa dignité, dit Mirabeau, ne permit pas d’aller délibérer dans le palais des rois. » Le malheureux monarque, livré à lui-même, entouré de traîtres, et encore effrayé des hurlements des assassins, dut se livrer à ses ennemis. À dix heures, il parut sur son balcon et annonça lui-même, à la foule des brigands, sa résolution de se rendre à Paris. Quelle promesse ! Elle était faite pour ainsi dire sur un cadavre ; car un des brigands ayant été tué par le fusil d’un de ses camarades, ces sauvages ne voulurent point laisser enlever cette hideuse figure, qui resta toute la matinée exposée sous les yeux de la famille royale !

Quand le roi se fut retiré, des cris tumultueux demandèrent la reine. Elle parut entre ses deux enfants, non pas, comme sa mère l’avait fait, pour se jeter dans les bras de son peuple, mais pour s’offrir à sa rage. Aussitôt mille voix s’élèvent et font retentir ce cri sinistre : « Point d’enfants ! » La reine rentre, les dépose sur le sein de leur père, et, malgré les prières des courtisans, malgré les larmes de sa famille, elle s’élance sur le balcon. Quel moment ! Chacun crut entendre le coup homicide ; mais, cette fois, son courage, sa noble figure désarmèrent ces tigres altérés de sang. Enfin, vers une heure, le roi, ayant à la hâte vidé ses bureaux, empaqueté ses papiers, rejoignit sa famille, et commença ce pénible voyage, cette longue agonie, prélude des malheurs qui l’attendaient.

La famille royale descendit l’escalier de marbre, et ses marches encore teintes de sang ; elle se plaça dans une voiture suivie du reste de la garde désarmée, escortée de tous les bandits et de toutes les furies vomies par les faubourgs de Paris. À la honte du général La Fayette, qui aurait pu l’écarter, le monstre à la grande barbe était toujours là, tout sanglant et entouré des têtes qu’il avait coupées et, chose que la postérité aura de la peine à croire, le cortége fit halte à Sèvres, pendant que des perruquiers, le poignard sur la gorge, étaient contraints de friser et de poudrer ces têtes livides et sanglantes ! Malheur aux voitures que l’on rencontrait sur la route ! il fallait acheter par quelqu’argent l’éloignement de ces trophées qu’on présentait aux portières. Le cortége traversa la Place d’Armes ; des mégères y dévoraient, auprès d’un grand feu, les restes de quelques chevaux tués la veille. L’Assemblée nationale vint se placer sur l’avenue de Paris, pour voir défiler cette armée de factieux entraînant sa victime. La plupart de ses députés pouvaient jouir de leur ouvrage, les autres déplorer leur orgueil et leur ineptie. Enfin, après une pénible marche de six ou sept heures, après avoir écouté, à l’Hôtel de ville, la verbeuse et insolente harangue du maire de Paris, la famille royale, épuisée de fatigue, abreuvée d’amertumes, arriva dans l’antique demeure des Valois, et trouva à peine, au château des Tuileries, les choses les plus indispensables.

Peu de jours après le 5 octobre, j’allai au château de Versailles pour reconnaître les dégâts de cette journée. Je ne vis que quelques portes des salles des gardes brisées, des serrures arrachées ; mais le reste des appartements n’avait éprouvé aucun dommage. C’est alors que, trouvant une petite porte restée ouverte dans le désordre d’un pareil départ, je parcourus tous les petits couloirs de communication, et une infinité de petits cabinets dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

Plusieurs années après avoir quitté Versailles, j’y retournai, et l’on me fit voir, à la balustrade de pierre de l’une des croisées des grands appartements situés sur le parterre du nord, la trace d’une main sanglante qu’on prétendait être celle d’un garde du corps, qui avait échappé par la fuite aux massacres de cette journée. Il est évident que cette trace était l’effet du hasard, ou avait été dessinée par quelqu’un, car le château n’ayant pas été envahi de ce côté, s’il s’était trouvé là des gardes du corps, ils n’auraient couru aucun danger ; et ceux des autres appartements, une fois parvenus dans ceux-ci, pouvaient se sauver par l’aile de la chapelle et les nombreux couloirs souterrains qui aboutissent à la salle de spectacle, sans être obligés de s’échapper par la croisée d’un étage très-élevé.

Les gardes du corps perdirent peu de monde dans cette journée ; MM. Deshuttes et de Varicourt furent les seuls tués. Les registres mortuaires des paroisses de Versailles ont fait foi qu’on n’enterra que ces deux-là. M. de Savonnières, officier des gardes, blessé par un coup de feu parti des rangs de la garde nationale de Versailles, vers les neuf heures du soir, alors que la troupe était en bataille à la grille de la tour des Ministres, mourut, six semaines après, des suites de cette blessure qui était une fracture au bras. Les autres blessés se rétablirent successivement. Je les ai tous revus à Coblentz ; et sans vouloir diminuer l’horreur de cette journée, ni la bravoure et la fidélité des gardes, on doit reconnaître que le carnage ne fut pas si considérable. Il est important pour l’histoire que les mémoires particuliers soient toujours écrits avec vérité.