Stances (O. C. Élisa Mercœur)

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. 61-62).


STANCES.
 
La mort, c’est le matin d’une céleste vie.
Élisa Mercœur
 

Ne jamais redouter le temps qui nous entraîne,
Attendre sans effroi son rappel vers les cieux,
Chaque jour détacher un anneau de sa chaîne,
Mourir sans exhaler des regrets pour adieux.

Supporter sans chagrin l’oubli de la richesse,
Deviner au regard ce qu’éprouve le cœur ;
Sans cesse prodiguer la plainte à la tristesse,
Et présenter joyeux un sourire au bonheur.

À l’indigent ami tendre la main d’un frère,
Alléger ses malheurs en lui parlant des cieux ;

Et, fidèle, toujours soulageant sa misère,
De consolans pavots couvrir ses tristes yeux.

Si d’un tourment cruel l’aiguillon nous déchire,
Si le monde menteur réclame encor nos pas,
À ce caméléon affecter de sourire,
Pour lui cacher un mal qu’il ne calmerait pas.

Aimer pour enchanter les peines de sa vie ;
Muet à tout soupçon, loin de soi l’exiler,
Retrouver dans ses fils sa jeunesse flétrie ;
Et comme un doux parfum, sur le soir s’exhaler.

Ainsi l’heure toujours en succédant à l’heure,
Lui devrait révéler quelques nouveaux bienfaits ;
Jusqu’au jour où, s’ouvrant la céleste demeure,
L’âme au sein de son Dieu se repose à jamais.


(Octobre 1826.)