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Sur la route (Bruant)/L’impôt sur le revenu

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Sur la Route : chansons et monologues
Aristide Bruant (p. 119-122).


L’IMPÔT SUR LE REVENU


Ben quoi qu’t’en dis d’not’ ministère ?
Non, mais, crois-tu qu’il est d’achar ?
I’ veut pas s’laisser fout’ par terre !
N’en v’là z-un qui dirige l’char
Ed’ l’État sans faire des épates.
Tu sais ben qu’il est parvenu
À r’foute l’budget su’ ses pattes,
Grâce à l’impôt su’ le r’venu.


Et c’était pas un’ mince affaire,
I’paraît qu’yavait du turbin,
C’lui d’avant pouvait pas y faire,
I’s’rait fait envoyer au bain.
Tandis que l’nôtre, à la bonne heure !
I’fait comme il avait conv’nu,
I’démolit l’assiette au beurre,
Grâce à l’impôt su’ le r’venu.

Vois-tu c’est l’impôt qui remplace
Les port’ et fnêt’… et j’suis content
À caus’ de cell’ que j’porte en face
Du trou qu’est dans mon culbutant.
Minc’ qu’i’ va respirer l’bien-être
Quand, sans payer, mon pauv’ cul nu
Pourra mettr’ son nez à la f’nêtre,
Grâce à l’impôt su’ le r’venu.

Bref, aujourd’hui, la route est belle,
À part quèqu’s petits empêch’ments
D’danser, au son d’la ritournelle,
Avec les aut’s gouvernements.
On peut supporter la critique
Et chanter, sur un air connu :
Elle est sauvé’, la République,
Grâce à l’impôt su’ le r’venu.

Mars, 1896.