Aller au contenu

Tableau de Paris/472

La bibliothèque libre.

CHAPITRE CCCCLXXII.

Armoiries de la Ville.


Cest un vaisseau flottant. Ah, plût à Dieu que ces armoiries fussent parlantes, & que Paris fût une ville maritime !

On s’est jeté dans de longues discussions pour trouver l’origine de ces armoiries. Rien de plus simple. Un peintre aura métamorphosé un misérable bateau en vaisseau de haut-bord, & le batelet sera devenu un navire.

Une erreur de peintre n’est pas dangereuse ; mais tel qui ne connoissoit pas la construction ni la marche de la galiotte de Saint-Cloud, a entrepris de diriger la marine royale. C’est que beaucoup de François, à l’imitation des marquis de Moliere, savent tout à merveille, & sur-tout ce qu’ils n’ont jamais appris.

Paris, malgré le vaisseau qui figure dans ses armes, ne fournit point de matelots à l’état. On y mange de la marée ; mais les trois quarts de ses habitans ignorent ce que c’est que le flux & le reflux de l’Océan. Des bateliers moteurs de la navigation semblent plutôt traîner que conduire de longs bateaux qui s’engravent perpétuellement.

Des coches d’eau qui montent & qui descendent, qui partent majestueusement du quai de Saint-Paul ou de la Tournelle, voilà toute la marine qui justifie les armoiries de la capitale. Quand la Seine se gonfle, les flottes sont en grand danger. Le vaisseau voguant à pleines voiles, n’en restera pas moins sur la façade de l’hôtel-de-ville, & cet aspect ne laisse pas que d’être facétieux pour l’œil d’un Anglois, habitant de Londres.