Tao Te King (Stanislas Julien)/Chapitre 68

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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 255-257).


CHAPITRE LXVIII.


Julien tao te king chapitre 68.jpg


善為士者,不武;善戰者,不怒;善勝敵者,不與;善用人者,為之下。是謂不爭之德,是謂用人之力,是謂配天古之極。


Celui qui excelle à commander (1) une armée, n’a pas une ardeur belliqueuse (22).

Celui qui excelle à combattre (3) ne se laisse pas aller à la colère.

Celui qui excelle à vaincre ne lutte pas (4).

Celui qui excelle à employer les hommes se met au-dessous d’eux (5).

C’est là ce qu’on appelle posséder la vertu (6) qui consiste à ne point lutter.

C’est ce qu’on appelle savoir se servir des forces des hommes (7).

C’est ce qu’on appelle (8) s’unir au ciel.

Telle était la science sublime des anciens.


NOTES.


(1) D : Le mot sse (vulgo lettré) signifie ici « un commandant, militum dux. »

Aliter E, d’après Ou-yeou-thsing : Dans l’antiquité, le mot sse désignait ceux qui combattaient montés sur des chars.

Tsiao-hong : Les guerriers sont les hommes qui luttent avec le plus d’acharnement. Lao-tseu les cite ici dans un sens figuré, pour montrer que l’homme qui cultive le Tao ne doit point lutter, c’est-à-dire qu’il doit céder humblement aux autres. — Dans les trois premiers membres de phrase, Lao-tseu cite des guerriers qui ne combattent que par nécessité, et qui ont soin de ne pas s’écarter du Tao.


(2) C : Celui qui excelle à être sse (E d’après l’interprète Ou-yeou-thsing : soldat qui combat sur un char), ou commandant (suivant D), estime la vertu et n’estime pas le courage belliqueux.


(3) E : Celui qui excelle à combattre met au premier rang le calme et la tranquillité d’âme ; il ne s’abandonne pas à la colère. Lao-tseu emploie ces deux comparaisons pour servir de transition à ce qui suit.


(4) E : (Le roi) qui excelle à vaincre l’ennemi cultive le Tao dans le temple des ancêtres et dans la salle du palais, et alors les ennemis se soumettent d’eux-mêmes. Quant à ceux qui lèvent des troupes, qui mettent le peuple en mouvement, qui déploient, en combattant, toutes les ressources de leur prudence et peuvent à peine les subjuguer, ce sont des guerriers du dernier ordre.


(5) E : Celui qui emploie les hommes et ne se met pas au-dessous d’eux, ne peut faire usage de leurs forces. Quant à celui qui sait employer les hommes, dès qu’il s’est mis au-dessous d’eux, tout l’empire est rempli de joie et aime à se mettre à son service.

B : Il se dépouille des sentiments d’orgueil qui agrandissent l’homme à ses propres yeux , il se montre humble et modeste, et alors tous les hommes aiment à lui obéir et à être employés par lui.


(6) E : Ceci répond au passage précédent : « Celui qui excelle à vaincre l’ennemi. »


(7) E : Ceci répond au passage précédent : « Celui qui excelle à employer les hommes. »

Ibidem : L’homme dont la vertu consiste à ne point lutter ne fait pas usage d’armes ni de chars de guerre, et l’empire se soumet à lui.

Celui qui sait employer les forces des hommes ne se fatigue pas à montrer des lumières et de la pénétration, et tout l’empire est bien gouverné.


(8) E : Par sa vertu, le Saint s’unit au ciel. C’était là la voie sublime de la haute antiquité.