Traité de la peinture (Cennini)/CXLIII

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Traduction par Victor Mottez.
Jules Renouard et L. Lefort (p. 126-127).

CXLIII.Comment on fait une riche draperie d’or, ou d’argent, ou de bleu outremer, et comment on la fait avec l’étain doré sur mur.

Encore, voulant faire un riche drap d’or, c’est-à-dire de relief avec feuilles ou pierreries incrustées de différentes couleurs, puis recouvert d’or fin et grainé après le bruni.

Ad idem, mettre tout le champ d’or, le brunir, y dessiner la draperie que l’on veut faire ou les châsses ou autres travaux ; puis grainer le champ, grainer les accessoires, c’est-à-dire les travaux dessinés.

Ad idem, mettre le champ d’or, le brunir et le grainer pour figurer les reliefs.

Ad idem, mettre le champ d’or, y dessiner le travail que l’on veut, coucher les fonds d’un vert-de-gris à l’huile [1], ombrant les différents plis par deux couches, puis universellement à plat en donner sur les champs et sur tout le travail également.

Ad idem, mettre le vêtement en argent, dessiner la draperie quand on a bruni (il est toujours entendu que le fond doit être couvert), aussi bien que les accessoires, avec du cinabre encollé de jaune d’œuf ; puis, avec une laque fine à l’huile, donner une ou deux couches sur tout le travail comme sur les accessoires du fond.

Ad idem, pour faire un beau drap d’outremer, mettre le vêtement en argent bruni, dessiner les plis, mettre ou les fonds ou les accessoires de ce bleu mélangé de colle, puis à plat donner également une couche sur les champs et les accessoires ; le drap velouté sera fait.

Ad idem, coucher les vêtements, ombrer la figure de la couleur voulue, prendre ensuite un pinceau fin d’écureuil et les mordants quand les plis et les accessoires sont poncés ; selon ce qu’on veut faire, travailler avec les mordants, je t’en entretiendrai ensuite, recouvrir après ce mordant d’or ou d’argent : cela fera de belles draperies que l’on époussettera et brunira avec du coton.

Ad idem, ayant fait son travail avec la couleur que Ton désire, comme je l’ai dit ci-dessus pour faire des draperies changeantes, il faut retravailler sur l’or avec telles couleurs à l’huile que l’on voudra, pourvu qu’elle soit différente de celle du fond.

Ad idem, sur mur, mettre le vêtement en étain doré, coucher le fond comme Ton veut, poncer, faire son travail, gratter la draperie avec le stylet de bois, les couleurs étant toujours mêlées au jaune d’œuf, c’en sera assez [pour les draperies que l’on peut faire sur mur ; avec le mordant on peut travailler sur mur comme sur panneau.

  1. Ce chapitre jette une grande lumière sur l’histoire de l’art, et enlève toute espèce de doutes sur les vieilles peintures à tempera sur panneau, aussi bien que sur l’usage de la peinture à l’huile, comme je l’ai plus longuement marqué dans la préface. (Cav. Tambrom.)