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Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les païens contre les chrétiens/Chapitre X

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Traduction par un inconnu, sur les originaux italien et latin.
Charles Carrington (p. 173-191).

CHAPITRE X[modifier]

Autres modes et instruments de torture pour le supplice des Martyrs Chretiens, tels que : Amputer les seins des femmes, couper la langue, détacher les pieds et les mains, arracher les dents, écorcher vifs les chrétiens, les transpercer et les exposer aux bêtes sauvages.[modifier]

MAIS il est temps maintenant d’en venir à d’autres sortes de torture, en commençant par celle qui consistait à couper l’un ou les deux seins aux femmes, en vue d’augmenter leur souffrance au plus haut point. Cette cruauté est attestée encore et encore dans les Actes de diverses Martyres femmes, par exemple de sainte Euphémie, des saintes Dorothée, Thécla, Erasma, trois soeurs, de douze saintes matrones dont les noms sont oubliés ; de sainte Agathe et d’autres et, enfin, de sainte Helconis, dont les souffrances sont racontees dans la Mcnologie yrecque, Ie 28 mai, en ces mots : « Elle vivait sous l’empereur Gordien et venait de la ville de Thenalia. Arrêtée et amenée devant Perennius, gouverneur de Corinthe, elle ne voulut pas supporter de sacrifier aux idoles ; mais prêchant le Christ et nul autre, elle fut d’abord liée par le pied au joug d’un boeuf et mise dans du plomb fondu et de l’huile bouillante ; elle s’échappa sans aucun mal ; elle fut ensuite rasée et son corps entier plongé dans le feu. Étant remise en liberté, elle alla au temple des idoles et, par ses prières, jeta à terre les images de Pallas, de Jupiter et d’Escu lape. Plus encore, lorsque Justinien succéda à Perennius comme proconsul, on lui coupa les seins et, amenee devant le nouveau gouverneur, elle fut precipitee dans une fournaise ardente; mais les flammes ne la toucherent meme pas, quoiqu elles brulerent et consumerent beaucoup des soldats presents. Ensuite elle fut etendue sur un lit de cuivre chauffe a blanc; mais, tout a coup, une legion d anges se tint autour d elle et preserva la sainte martyre de toutmal. Ensuite elle fut exposee aux betes sauvages qui ne lui firent aucune sorte de blessures, maistuerent plusieurs des gardiens. Enfin, le gouverneur prononca la sentence qu elle recut avec la plus grande reconnaissance; ainsi elle fut decapitee et partit pour le ciel.

Mais, procédons à d'autres modes de torture, savoir : arracher les dents des martyrs, ou leur couper la langue, les pieds et les mains, ou leur amputer les deux seins ou, enfm, leur briser les jambes.

MARTYRS AUXQUELS ON ARRACHAIT LES DENTS[modifier]

Cette torture est attestée par les Actes des Vierges vénérées, Apollonia, Febronia el Anastasie.

MARTYRS AUXQUELS ON COUPAIT LA LANGUE[modifier]

Les martyrs qui furent soumis à ce genre de supplice sont nommés dans les Actes de plusieurs martyrs des deux sexes, tels que les saints Terentianus, Florentin et Hilaire, les saintes Basi- lissa, Anastasie et Agathoclia. La derniere nominee est ainsi commemoree dans la Me nologie, le I" octobre : Anniversaire

de la sainte Martyre Agathoclia, femme esclave. Elle était servante
Fig. XXXIII
A. — Martyr auquel on a coupé la langue.
B. — Auquel on arrache les dents.
C. — À laquelle on ampute les seins.
d’un certain Nicolas, chretien, et de sa femme Pauline qui,

voyant qu elle etait chretienne et craignant Dieu, la tourmentait conlinuellement; pendant huit ans, Agathoclia fut frappee par sa maitresse, sur la tete, avec des pierres aigues ; celle-ci avait aussi pris 1 habitude de la forcer a marcher picds nus pour rapporter du bois par le froid ct la gelée d hiver et, pendant huit ans, elle essaya de la persuader d adorer les idoles. Mais Agathoclia refusait obstinément de le faire; de sorte qu elle fut fouettée, qu elle eut la langue coupée et qu'elle fut enfin jetée en prison oil elle mourut, car on lui versa du feu dans la gorge et de cette façon, elle échangea cette vie pour une meilleure. Les deux autres, savoir : les saintes Basilissa et Anastasie, sont commémorées le 15 avril : Anniversaire des saintes Basilissa et Anastasie. Nées a Rome, la capitale, c'étaient des dames distinguées par la naissance et la richesse ; elles étaient disciples des saints Apôtres et, lorsque ces derniers furent couronnes par le martyre, elles firent recueillir les saintes Reliques et les transportèrent pendant la nuit. A cause de cela, elles furent dénoncées à l'empereur Néron et furent, en conséquence, jetées en prison. Mais bientôt, comme elles demeuraient fermes dans leur foi au Christ, elles en furent tirées et suspendues ; puis, après que leurs seins, leurs mains, leurs pieds, leur langue eussent été coupes, elles furent enfin décapitées.

MARTYRS AUXQUELS ON DÉTACHAIT LES MAINS ET LES PIEDS ET AUXQUELS ON BRISAIT LES JAMBES[modifier]

Ces trois modes de torture employés centre les Chrétiens sont certifiés dans les Actes de saint Quirinus et de trente-sept autres martyrs, dans ceux des saints Severe et Memnon, de sainte Charite, vierge et martyre, de saint Galatio et sa femme, de saint Adrien et ses compagnons, pour ne rien dire de quarante soldats romains dont le martyre est raconté dans le Martyrologe, le 9 mars.

DIVERSES FAÇONS DONT ON ARRACHAIT LES DENTS DES SAINTS MARTYRS ET DONT ON LEUR COUPAIT LA LANGUE ET LES SEINS[modifier]

Les mains et les pieds des martyrs Chretiens étaient amputés (ainsi qu’il en est témoigné dans les Actes de sainte Febronia, de saint Oceanus et de ses compagnons) de cette facon : Premiere- ment, le membre qui devait etre enleve etait place sur un bloc de bois ou billot; alors l’exécuteur levait le bras tenant la hache et, l’abaissant brusquement, frappait et separait du corps la partie en question.

Le brisement des jambes était effectue de cette maniere : On preparait une enclume et une barre de fer ; puis on obligeait les miserables criminels ou les Chretiens, qui etaient condamnes a mort, a cause de leur fidelite au Christ, à mettre leurs jambes sur l’enclume et 1 inhumain executeur les brisait a grands coups de son levier de fer. Tout ceci est raconte dans YHistoire du martyre de saint Adrien, mentionne ci-dessus. Ce supplice, comme aussi celui de briser les reins, est cite, parmi d anciens ecrivains, par Plaute, dans son Poenulus, ou il dit :
Ex syncrasto scrurifragium fecit.

« Le misérable était déjà un vrai salmigondis de chair broyée et, maintenant, ses jambes furent brisées par-dessus le marché. »

Par Apulée, Ane d’Or : « Alors la noble femme priant, afin de conjurer ce terrible sort, et pensant avec horreur que ses jambes vont etre brisees, cache son galant qui est tout tremblant et mor-

tellement pâle de terreur. »
Fig. XXXIV
A. — Martyr auquel on arrache la peau du visage.
B. — Dont les pieds sont amputés.
C. — Dont les jambes sont brisées.
D. — Dont le front est brûlé.

FAUSSE OPINION MAINTENUE PAR QUELQUES PERSONNES AU SUJET DE CE SUPPLICE DISCUTÉ DU BRISEMENT DES JAMBES[modifier]

Quelques personnes maintiennent cette opinion que ce supplice était identique à celui de briser les jambes d'un criminel après qu il eût été attaché à la croix. Mais, pour parler franchement, ceux qui pensent ainsi sont complètement dans l'erreur; car la coutume de briser les jambes aux personnes crucifiees, dans le but de les faire mourir plus tot, etait pratiquee seulement parmi les Juifs et n etait pas suivie par les dentils. Ces derniers avaient 1 habitude de laisser les corps des criminels pendus a la croix jusqu a ce qu ils fussent pourris. Ceci est declare par Plaute qui, dans son Miles Gloriosus, fait dire a un esclave : Noli minitari, scio crucem futuram mihi sepulcrum. Ne continuez pas vos menaces, je sais trop bien que la croix sera enfin mon tombeau. Et par Horace, Epitres : Non hominem occidi, non pasces in ci -.ice corvos. Je n ai pas tue un homme, vous ne nourrirez pas les corbeaux avec ma chair sur la croix. D apres cela, il est parfaitement clair que les Gentils n avaient pas rhabilude, cornme les Juifs, de descendre du gibet les corps de ceux qu ils avaient crucifies ; mais plutot de les laisser pourrir sur la croix. Mais nous devons continuer a discourir sur les autres formes de torture et en premier lieu sur celle qui consistait a introduire des roseaux effiles sous les ongles des doigts, entre ceux-ci et la chair, et celle par laquelle les martyrs etaient ecorches vifs ou empales sur des pieux pointus.

Ces tortures sont décrites dans divers récits de mort des saints, notamment de celle de saint Bartholomee, l'apôtre, comme aussi de sainte Gliceria, vierge et martyre romaine, de saint Grégoire l'arménien, de Galatio, Boniface, Benjamin le diacre, et beaucoup d'autres.

MARTYRS TRANSPERCÉS PAR DES BROCHES[modifier]

En outre, les saints martyrs Chretiens n etaient pas seulement empales sur des pieux pointus, comme nous venous de le decrire, mais etaient quelquefois aussi transperces avec des broches en fer. Ceci est nettement declare (pour ne pas parler de L'Histoire du martyre de saint Quirinus) par Sozomen, dans son Histoire Ecclésiastique : En ce temps-là, à Gaza, sous l'empereur Julien l'Apostat, la populace persécutait avec violence Eusèbe, Nestabus et Zeno, qui étaient Chrétiens. Ils furent arrêtés tandis qu'ils se cachaient dans leurs maisons, jetes en prison etfrappes de verges. Bientôt tout le peuple eommenca a se rassembler dans le theatre et a pousser des cris de colere centre eux, declarant qu ils avaient profane les saintes images et conspire, les jours precedents, pour insulter et detruire la religion païenne.

De sorte que, à force de crier et de s'exciter mutuelle- ment, ils en vinrent a une rage folle et a un desir feroce d'avoir leur sang. Se poussant 1 un 1 autre comme c est 1 habitude parmi la foule, lorsqu elle est mise en emoi, ils se precipiterent dans la prison et entraînèrent les Chretiens lateteenbasou enhaut, comme cela se trouvait. Bientot, les jetant a terre et les labourant a coups de baton, de pierres ou de n importe quelle arme qui leur

tombait sous la main, ils les mirent cruellement à mort. J'ai
Fig. XXXVI
A. — Martyr transpercé d’un pieu pointu.
B. — Martyr dont le ventre est ouvert et le foie arraché, les païens mangeant parfois ce dernier.
appris aussi que les femmes, sortant des ateliers de tissage, les

percèrent de leurs fuseaux pointus et que les cuisinieres, sur la place du marche, retirerent du feu des chaudrons d eaubouillante et en verserent le contenu sur eux, tandis que d autres les per- c.aient de leurs broches. Puts lorsqu ils eurent torture leur corps et leur eurent broye la tete au point que leur cervelle se repan- dait a terre, ils les conduisirent a un endroit en dehors de la ville oil Ton avait coutume de jeter la charogne morte. Mais assez, et plus qu assez sur Pempalement des martyrs sur des pieux pointus, leur transpercement par des broches et autres horreurs semblables.

Nous devons maintenant parler, pour finir la liste des tortures énumérées au commencement du chapitre IX, des moyens que 1 on employait pour ecorcher vifs les martyrs, et aussi des catho- liques quiont souffert de nos jours et sous les ongles desquelsles persecuteurs enfoncaient des aiguilles.

Des martyrs, en pleine possession de leurs sens et de leurs facultes, avaient quelquefois tout le corps ecorche vif, d autres fois une partie seulement, dos, visage, tete, auxquels on appliquait souvent des charbons briilants.

Maintenant concernant la torture des croyants orthodoxes au moyen d aiguilles introduites sous les ongles des doigts, 1 auteur de la Controuerse Anglicane ecrit ainsi, parlant d Alexandre Briant : Quand Briant eut passe deux jours dans la tour, il i ul somme de paraitre devant eux par le gouverneur de la foiieresse et les docteurs Hammond et Norton, qui I examinerent de leur facon accoutumee, lui proposant de preter serment, afm de 1 obliger a repondre a toutes les charges produites centre lui. Et comme il ne voulut pas dire qui lui etait venu en aide, ni oil il avait dit la messe, ni quelles confessions il avait entendues, on ordonna que des aiguilles fussent enfoncees sous les ongles de ses doigts. Mais il était si loin de perdre son énergie, sous ce supplice, qu il repetait d un air joyeux le psaume Miserere Mei Deus (Seigneur, ayez pitie de moi), priant Dieu sincerement de pardonner a ses bourreaux.

Mais, procédons maintenant a d autres modes de torture au moyen desquels, ainsi que nous 1 avons deja dit, les martyrs etaient jetes la tete en has de lieux eleves. Les Actes de plusieurs martyrs attestent qu ils etaient traites de la sorte, par exemple les Actes de saint Clement d Ancyra, et de sainte Felicite et ses fils. Tacite, 1 historien, ecrit comment un certain Lucius Pithua- nius, magicien, fut precipite de la Roche Tarpeienne, tandis qu Apullius, dans le discours par lequel il se defend de 1 accu- sation de sorcellerie, dit : Une etonnante fabrication, un ruse mensonge meritant la prison et le donjon.

Mainlenant le donjon et la Roche Tarpeienne etaient tous deux les noms des endroits d ou Ton precipitait en bas les criminels. Voyant done qu il est clair que les magiciens ou sorciers etaient jetes en bas du donjon, nous ne pouvons douter que les chr6- tiens, qui etaient supposes par les paiens etre des sorciers, n aient ete soumis a la meme forme de chatiment et, de cette facon, conqueraient pour eux-memes la couronne benie du martyre. Mais assez sur ceci, et poursuivons par d autres supplices.

MARTYRS QUI ÉTAIENT DÉCHIRÉS DE DIVERSES MANIÈRES OU EXPOSÉS AUX BÊTES SAUVAGES DE DIFFÉRENTES ESPÈCES[modifier]

Les Histoires de plusieurs saints rendent témoignage que certains saints martyrs du Christ furent torturés de cette façon, comme par exemple saint Philémon, saint Apollonius, saint

Thyrsus et ses compagnons, saint Marc l'Évangéliste (Martyrologe Romain le 25 avril), et saint Onesiphorus, disciple des saints
Fig. XXXV
Martyrs écorchés vifs.
apôtres, sainte Martiana, vierge et martyre et une légion de saints

et de martyrs qui conquirent leur couronne sous l'empereur Néron.

FAÇONS DONT LES MARTYRS ÉTAIENT TRAINÉS ÇA ET LA ET DÉCHIRÉS[modifier]

Quelquefois les martyrs étaient traînés (comme il a été recueilli dans divers Actes déjà cités) sur des chemins rudes et pierreux ou sur la terre parsemee de ronces et de chardons, attaches an cou ou a la queue de chevaux indomptes par des cordes enroulees et attachees a leurs chevilles.

Au sujet des catholiques qui, de nos jours, furent, sans pitie, traines a travers les villes par les Heretiques, on pent trouver beaucoup de details dans le Theatre des Cruautes Heretiques, dans le Schisme de Sanders et dans 1 ouvrage deja cite : Sur la Persecution Anglicane. Principalement dans le premier nomme : Theatre des Cruautes, vous lirez comment une venerable veuve, agee de soixante ans, dans la cite d Embrun, fut liee par les che- veux de sa tete a un bloc de bois et ainsi cruellement trainee a travers les rues de cette ville au mepris de la religion calholique.

MARTYRS LIVRÉS AUX BÊTES SAUVAGES[modifier]

De plus, il était en usage, parmi les Anciens, dans les premiers âges, de condamner les criminels ou les Chretiens, si cela se trou- vait, a etre livres aux betes sauvages. Ce chatiment est mentionne par Asinius, Pollio, Aulu Gelle, Apulee, Athenaeus et Jose- phe, aussi bien que par divers Actes des saints martyrs, et ainsi que par Suetone, Vie deDomitien, lesquels nous informent comment les martyrs etaient quelquefois exposes, non seulement à des lions, mais aussi à des chiens, quoique les lions fussent plus communément employés. Nous apprenons ceci, non seulement dans l'histoire racontée par AElian et l'Histoire du martyr saint Ignace donnée par Eusebe dans son Histoire Ecdesiastique et dans saint Jerome, mais aussi par le cri ordinaire que la populace avait l'habitude dc pousser contre les Chretiens. Car Tertullien affirme maintes fois que la foule romaine criait sans cesse : « Les Chrétiens aux lions! Les Chrétiens aux lions! Si le Tibre, ecrit-il, submerge les murs, si le Nil n inonde pas les champs, si le ciel reste immo bile ou si la terre tremble, si la famine ou la peste surviennent, immédiatement le cri s'élève : Leschretiens aux lions! Et, à un autre endroit : De crainte qu il n y en eut pas un qui restatpour crier : Les chretiens aux lions. Le fait que les Chretiens etaient souvent livres a ce genre d animaux, ainsi qu a d autres, pour etre devores et mis en pieces, est demontre par leurs propres Hisloires ainsi que par Tertullien déjà cité, et ce n'est pas surprenant, car nous trouvons, en consultant les livres de loi romains, que c'était un châtiment considéré comme bon pour les esclaves. On l'infligeait habituellement seulement aux esclaves et aux personnes de basse condition; or, considérant que les fidèles serviteurs du Christ étaient tenus dans la même estime que les esclaves par les païens, on ne doit pas être surpris de les voir très fréquemment exposés aux bêtes.

Ce n’était pas toujours de la même façon que les saints martyrs étaient ainsi exposés. Quelquefois ils étaient dépouillés et mis à nu et exposés au milieu d'un théâtre ou d'un autre lieu de plaisir, où on les emprisonnait. D'autres fois ils étaient liés ou mis dans des filets, ou revêtus de peaux de bêtes et ainsi livrés aux lions. D'autres fois encore, les pieds fixés au moyen de plomb fondu dans des pierres où l’on avait creusé un trou ; ils étaient renfermés dans des espaces restreints et livrés aux chiens pour être déchirés. Les Actes du martyr saint Bénin en rendent témoi gnage en ces termes : Irrite de ces paroles, le tres cruel empe- reur ordonna qu il fut enferme dans une prison et qu une grosse pierre, dans laquelle on aurait creuse un trou, fut apportee, et que ses pieds y fussent fixes au moyen de plomb fondu et que des poincons effiles et rougis au feu fussent introduits dans ses doigts sous ses ongleset que, pendant six jours, on ne lui donnat ni a boire ni a manger; en outre, que douze chiens sauvages, rendus fous par la faim et la soif, fussent enfermes avec lui, afin qu ils pussent le mettre en pieces, et que la prison fut gavdee par les soldats. En consequence ils fixerent a ses mains des poin cons tres effiles etconfmerent ses pieds dans une pierre au moyen de plomb fondu et enfermerent des chiens tres sauvages avec lui dans la prison. Et un peu plus loin : etonnante bonle de Dieu ! amour paternel de Jesus-Christ pour les siens ! Voila : Un ange lui vint en aide et les chiens devinrent doux, de sorte qu ils ne toucherent pas me me a un cheveu de sa tete ni a un fil de ses vetements. »

Maintenant, écoutons Eusebe parler des Chretiens exposes aux betes sauvages : « Donc, le jour du comljat avec les betes ayant ete expressement fixe pour le supplice de ceux de notre foi, Maturus, Sanctus, Blandine et Attains furenl livres aux betes sauvages afin qu ils pussent offrir aux paiens un spectacle public plein d inhumanite et de cruaute. Alors Maturus et Sanctus furent de nouveau soumis a toutes sortes de tortures dans 1 amphi- theatre...., et alors ces saints hommes soutinrent les assauts des betes, ainsi que toute espece de tourments. Mais Blandine, liée debout a une poutre de bois, est offerte comme proie aux bêtes qui entrent en se precipitant.

Etant ainsi exposée aux regards, comme suspendue a une croix et priant avec ferveur, elle inspira un grand zèle et une grande ardeur aux âmes de ses compagnons de souffrance, car, dans leur soeur martyre ainsi suspendue a la croix devant eux, ils semblaient en quelque sorte voir, avec les yeux du corps, le Christ lui-meme qui fut crucifie pour nous. Pourtant, comme aucune des betes ne voulut meme toucher a sa chair, elle fut bientot descendue de la poutre et de nouveau jetee en prison. Plus loin encore, dans le meme chapitre, il continue, ecrivant sur le martyre de saint Alexandre, un medecin : La foule du peuple commenca alors a crier contre Alexandre. Lorsque le gouverneur le questionna, lui demandant qui il etait, il repondit: Je suis chretien, ce dont le gouverneur fut amerement courrouce et le condamna a etre livre aux betes sauvages. De sorte que, le second jour, Alexandre rejoignit la bande qui devait combattre les betes avec Attalus; car le gouverneur, pour plaire an peuple, condamna une seconde fois Attalus a ce supplice. En conse quence, tons deux, dans 1 Amphitheatre, etc... Et un peu plus loin encore : La derniere de toutes, sainte Blandine, quoi- qu etant une noble matrone de bonne naissance, et apres avoir encourage ses enfants a subir leur sort et les avoir envoyes en avant victorieux vers le Christ, leur roi, suivant elle-meme une voie de tortures semblables, alia joyeusement les rejoindre, dans 1 exaltation du bonheur que lui causait sa propre mort, se hatant, non pas comme si elle cut ete cruellement livree aux betes, mais bien plutot comme si elle cut ete une heureuse invitee aux repas de noces du fiance. Done, apres avoir ete flagellee et dechi- ree par les betes, puis rotie dans une poele a frire, elle fut enfin roulee dans un filet et exposee au taureau. Apres qu elle eiit ete torturée et rejetée çà et là par ces animaux, pendant un assez long espace de temps, n'éprouvant néanmoins aucune sensation des souffrances qui lui étaient ainsi infligées, partie en raison de l'espérance avec laquelle elle croyait aux promesses de Dieu, partie a cause des discours qu elle entretenait avec le Christ, elle fut enfin tuee par un coup de sabre dans la gorge.

Pour citer une fois de plus Eusèbe : « Parmi ceux-ci, nous
Fig. XXXVII
A. — Martyr lié par chaque jambe au sommet de deux arbres voisins que l’on a courbés et rapprochés de force et qui seront bientôt relâchés brusquement.
B. — Martyr torturé au moyen de roseaux effilés introduits sous les ongles des mains et des pieds.
savons bien comment quelques-uns conquirenl la gloire en

Palestine par leur patiente energie dans les soutTrances et les lourments et comment d autres acquirent un grand renom a Tyr, en Phenicie. Et qui pent ne pas etre emerveille au dela de toutes bornes a la vue de ces hommes quand on considere combien de coups de fouet ils supporterent, comment ils combattirent avcc les betes sauvages et quelle patience ils deployerent en recevant les attaques des leopards, des ours feroces, des sangliers et des taureaux rendus fous par le fer et par le feu ; et 1 etonnante force d ame de ces martyrs an coeur noble a soutenir les assauts de toutes ces bêtes, ensemble ou séparées?

Nous fûmes présents nous-mêmes à l'exécution de ces faits et nous remarquâmes combien la divine puissance de Notre Seigneur Jesus-Christ lui-meme,a quilesmartyrs rendaient un noble temoi- gnage au milieu de leurs tortures, leur vint en aide au moment voulu et se montra a eux d une maniere sensible : Car les betes voraces n oserent pendant longtemps toucher aux corps des saints, ni me me enapprocher, tandisqu on les voyaitpretesa seprecipiter sur ces incroyants qui, se tenant hors des barrieies, 1 un ici, 1 autre la, les excitaient a attaquer les victimes. Et, quoique les saints soldats de Dieu se tinssent nus au milieu de la place, les provoquant de leurs gestes et essayant de lesamener a les attaquer (car on leur avait ordonne d agir ainsi), ils etaient neanmoinsles seuls que ces animaux ne voulussent pas toucher.

« En vérite, plusieurs fois, lorsque ceux-ci se precipiterent sur les martyrs, ils furent rejetes en arrieve comme par quelque puis sance ou influence celeste et s en retournerent plus vite qu ils n etaient venus. Et, lorsque Ton vit que cette chose se renouvelait encore et encore, cela n excita aucun exces d etonnement parmi les paiens qui en etaient temoins, a tel point que, lorsqu une bete avait fait une attaque vaine, on en lachait une seconde, puis une troisième sur le même martyr. « Et vraiment, il y avait bien lieu d'être surpris en voyant non seulement le caractère mâle et intrépide de ces saints hommes, mais aussi la ferine et courageuse Constance deployee par ceux d un age tout a fait tendre. Car on eut pu contempler un simple adolescent n ayant pas encore atteint l'âge de vingt ans, n'étant retenu par aucune entrave et se tenant neanmoins ferme, les bras etendus de chaque cote en forme de croix avec une intre pide et sublime determination, elevant ses prieres a Dieu, son attention ne laiblissant jamais, parfaitement immobile a 1 endroit oil il se trouvait, et, pendant ce temps, les ours et les leopards, soufllant sur lui la rage et la mort, essayant de dechirer sa chair avec leurs denls. Mais leurs gueules, par quelque pouvoir divin et mysterieux, etaient arretees, je ne sais comment, et ces betes feroces s enfuyaient en hate de leur propre mouvement.

A ce sujet, nous allons citer une dernière fois Eusèbe parlant a plusieurs reprises des fideles serviteurs du Christ etant exposes aux betes sauvages : Vous eussiez pu en voir d autres encore car ils etaient cinq en tout - - offerts aux cornes d un feroce et sauvage taureau. Ce monstre lanca en 1 air plusieurs des infideles qui s approcherent et les blessa miserablement et les laissa a demi morts aux mains de leurs compagnons, qui les entrainerent; mais, pour les saints Martyrs, quoiqu il essayat de s elancer sur eux, brulant de rage et de fureur, il ne put pas meme s'approcher d eux. Et, quoiqu il bondit ca et la, les pieds en avant, agitant les cornes, quoiqu il fut encore excite par 1 application de fers brulants, quoiqu il soufflat la terreur et la destruction, il fut neanmoins retenu en arriere et force de reculer par quelque in tervention de la volonte divine jusqu a ce qu enfin, voyant qu il ne pouvait leur faire aucun mal, on lancat sur eux d autres animaux. Enfin, apresbien des attaques et des assauts repetes de ces

betes, les martyrs furent tues a coups de sabre et confies aux vagues de la mer en guise de funérailles. »
Fig. XXXVIII
A. — Martyr emprisonné dans un filet et exposé pour être mis en pièces par un taureau sauvage.
B. — Jeté à terre pour être dévoré par les bêtes sauvages.
C. — Enveloppé d’une peau de bête et donné en pâture aux animaux.
D. — Les pieds fixés dans une grande pierre et ayant des poinçons chauffés à blanc enfoncés sous les ongles ; le martyr est livré aux chiens affamés.
Maintenant, le fait que les Martyrs étaient de meme livres par

les paiens aux chicns pour etre dechires, revetus de peaux de betes, est certifie (pour ne rien dire du temoignage des chretiens) par Cornelius Tacite, historien et ecrivain de moeurs romaines, qui ecrit dans ses Annales : Done, pour eteindre cette rumeur (qu il avail lui-meme mis le feu a Rome), il fit juger et soumettre aux plus terribles tortures ceux que le peuple, pourexprimer son mepris et sa haine contre eux, appelait chretiens. L origine de ce titre remonte a un certain Christ qui, sous l empereur Tibere, fut condamne par le Procurateur Ponce Pilate. La superstition nuisible fut supprimee pour un temps, mais bientot reparut, non seulement dans la Judee, siege primitif du mal, mais dans la ca- pitale elle-meme, dans laquelle toutes choses mauvaises et abo- minables se reunissent de tons les cotes et se multiplient. Done, tous ceux qui s avouaient chretiens furent premierement arretes et, sur leur denonciation, une grande multitude d autres ; ceux-ci furent reconnus coupables non pas precisement d avoir mis le feu a la ville, mais de montrer une grande malveillance envers 1 humanite en general. De plus, on ajouta la moquerie a la peine de mort prononcee contre eux : revetus de peaux de betes, ils I urent livres aux chiens, afin d etre dechires par eux, ou furent cloues a la croix, ou bien on les enveloppa de feu, et, a la chute du jour, ils servirent de torches pour eclairer. Voyez aussi le Mariyroloye Romain du 24 juin oil un recit presque iden- tique est fait sur la mort de ces Saints, et qui parle en general de beaucoup de chretiens qui conquirent, sousNeron, la couronne du martyre. Nous lisons en outre dans YHisloire Ecclesiastique d Eusebe, aussi bien que dans les Actes de divers saints Martyrs, etspecialement dans ceux du Pape Marcel, comment les Eveques de 1 Eglise, sous l empereur Maxence, etaient, pour leur plus grande degradation, designes pour garder les betes de somme. Ainsi, dans I'Histoire de Marcel, évêque de Rome, on trouve écrit : Il fut emprisonné et attaqué parce qu'il avait pour mission d organiser l'Eglise, et, étant arrêté par les ordres de Maxence, il fut condamne a rester dans la cour de l'etable, c'est-a-dire l'etable des betes de somme ou, en d autres mots, a nourrir (comme l'explique Eusebe dans un autre passage) les chevaux et les chameaux de l'Empereur qui etaient employes pour le service public a porter des fardeaux.

Lisez en outre dans l'Histoire Ecclésiastique de Theodoretus ce qu il dit sur saint Hormisdas, Martyr perse : II y avait un certain Hormisdas, de la premiere noblesse parmi les Perses, sorti de la race des Achemenides et dont le pere avait etc gouverneur d une province. Apprenant que cet homme était chrétien, Goraranes, fils d Isdigerdis, roi des Perses, commanda qu il fut amene devant lui et lui ordonna d abjurer Dieu, son Sauveur. Mais Hormisdas cria : Ce que vous me demandez, 6 roi! n est ni juste, ni rationnel, car, quiconque a appris a pouvoir mépriser Dieu, qui est maître de tout, et a le renier, sera d autant plus dispose a renier son roi, puisque ce dernier n'est qu'un homme participant a la faiblesse humaine. Mais le roi de Perse, qui eut du admirer ce sage discours, vola a ce noble champion de Dieu ses honneurs et ses richesses et lui ordonna de se dépouiller de tous ses vêtements, sauf une culotte, puis il lui commanda de garder les chameaux de son armée. Maintenant, lorsque plusieurs jours furent ecoules, le roi, regardant du haut de son siege eleve, vit cet excellent noble, brule par les rayons du soleil et tout couvert de poussière. Ce spectacle rappela a son esprit son rang et sa splendeur première, il ordonna qu il fût amené devant lui et qu’on jetât sur lui une chemise de toile. Puis, pensant que son esprit devait être adouci soit par les durs travaux passes, soil par la bonte qui lui etait maintenant temoignee, il l’appela, disant : Venez, mettez de cote votre obstination et reniez le fils du charpentier. Mais Hormisdas, enflammé d’un zèle divin, déchira la chemise en deux et la jetant à la face du roi, l'interpella ainsi : Si vous croyez que je renierai ma foi pour l'amour de cette chose, reprenez votre don et renoncez à votre pensée... Un chatiment du meme genre est raconte par Victor dans son ouvrage sur la Persecution Vandale oil, parlant d Armagastus, noble martyr du Christ, il dit : Alors Theodoric le condamna a être exilé dans la province de Byzacium et là, à être employe a creuser les fosses. Ensuite, comme pour le disgracier et le deshonorer davantage, il lui ordonna de faire l'office de gardeur de vaches, non loin de Carthage, oil lout le monde pouvait le voir. Mais, procédons à d'autres faits.

MARTYRS CHRÉTIENS DONNÉS AUX SOURIS POUR ÊTRE GRIGNOTÉS OU A DES CHEVAUX POUR ÊTRE FOULÉS AUX PIEDS[modifier]

Les Chrétiens etaient livres aux souris par Goraranes, le plus cruel des rois Perses, comme le raconte Theodoretus dans son Histoire. En outre, ils creusent des fosses ; mettez-les donc dedans (les Chrétiens) avec beaucoup de soins et renversez sur eux un grand nombre de musaraignes. Done, après avoir lie les mains et les pieds des martyrs pour les empecher de se debarrasser des petites créatures, on les ofirait comme nourriture aux souris qui, poussees par la faim, rongeaient petit a petit la chair des saints emprisonnes, les torturant ainsi horriblement de jour en jour... Plus ou moins semblable, quoique encore plus cruel, nous parait un supplice par lequel les Heretiques de notre époque (1591) comme il est décrit dans un ouvrage intitulé Théâtre des Cruautés Hérétiques — tourmentent et torturent les Catholiques. Les couchant sur le dos et les liant ainsi, ils placent sur leur ventre un bassin renverse renfermant à l'intérieur un loir vivant et allument du feu au-dessus du bassin, de sorte que le loir,

tourmente par la chaleur, déchire leur ventre et s'enterre dans Page:Gallonio - Traité des instruments de martyre.djvu/276
Fig. XXXIX
A. — Martyrs attachés au cou ou à la queue de chevaux sauvages et cruellement traînés par eux.
B. — Traînés à travers les rues ou sur des endroits pierreux au moyen de cordes attachées à leurs pieds.
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