Vie de Napoléon/68

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Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan (Napoléon. Tome Ip. 263-264).


CHAPITRE LXVIII


Toute la journée du 30 mars, durant la bataille, le boulevard était fort brillant.

Le 31, vers les neuf heures du matin, il y avait foule, comme dans les plus beaux jours de promenade. On se moquait beaucoup du roi Joseph et du comte Regnault. On vit passer un groupe de gens à cheval qui portaient des cocardes blanches et agitaient des mouchoirs blancs. Ils criaient : « Vive le Roi ! » — « Quel roi ? » entendis-je demander à mes côtés. On ne pensait pas plus aux Bourbons qu’à Charlemagne. Ce groupe, que je vois encore, pouvait être composé de vingt personnes qui avaient l’air assez troublé. On les laissa passer avec la même indifférence que des promeneurs ordinaires. Un de mes amis qui riait de leur peur m’apprit que ce groupe s’était formé sur la place Louis XV et il n’alla pas plus loin que le boulevard de la rue de Richelieu.

Vers les dix heures, une vingtaine de souverains entrèrent par la porte Saint-Denis à la tête de leurs troupes. Tous les balcons étaient remplis ; les dames étaient enchantées de ce spectacle. À la vue des souverains, elles agitaient une foule de mouchoirs blancs. Toutes voulaient voir et peut-être avoir l’empereur Alexandre. Je montai sur le grand balcon de Nicolle, le restaurateur. Les dames admiraient la bonne mine des Alliés et leur joie était au comble.

Les soldats alliés, pour se reconnaître dans une si grande variété d’uniformes, portaient un mouchoir blanc au bras gauche. Les parisiens crurent que c’était l’écharpe des Bourbons ; aussitôt ils se sentirent tous royalistes.

La marche de ces superbes troupes dura plus de quatre heures. Cependant des signes de royalisme ne s’observaient encore que dans le grand carré formé par le boulevard, la rue de Richelieu, la rue Saint-Honoré et la rue du faubourg Saint-Honoré.

À cinq heures du soir, M. de Maubreuil, actuellement en Angleterre, mit sa croix de la Légion d’Honneur à l’oreille de son cheval, et entreprit, à l’aide d’une corde, de renverser la statue qui couronnait la colonne de la place Vendôme. Il y avait là assez de canaille. Un de ces gens monta sur la colonne pour donner des coups de canne à la statue colossale.