Virgile et Victor Hugo/Introduction

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S'il est deux esprits de famille différente, c'est bien Virgile et Victor Hugo. L'un a toujours aimé les tableaux clairs et précis, l'autre s'est complu de jour en jour davantage en des visions sombres et indéfinies : et cependant le second est le nourrisson du premier. Comment le poète des Contemplations, de la Légende des siècles, et de Dieu a-t-il dégagé son originalité de l'imitation de ses premiers Maîtres ? Cette question ne peut être résolue que par des travaux sur le tempérament même du poète, sur la société au milieu de laquelle il a vécu, sur les influences qu'il a subies. Vaste sujet que ne peut remplir cette étude. Elle montrera simplement les multiples effets de l'une de ces influences, de celle qui apparaît tout d'abord prépondérante sur l'imagination de l'enfant de génie.

Il s'agit donc de rechercher quelle a été la profondeur de l'éducation virgilienne de Victor Hugo, de suivre, à travers sa vie, les conséquences de ses premières classes, les éclipses, les retours, les désaffections et les reprises d'une amitié littéraire que ne purent effacer complètement ni les ardeurs rénovatrices du romantique, ni les haines furieuses du démocrate.

Dans le débat actuel sur les études littéraires classiques. peut-être ce travail agréera-t-il à leurs défenseurs. Il leur prouvera par un nouvel exemple combien ils ont raison de les maintenir, quelle heureuse influence elles peuvent avoir sur les génies les plus avides de liberté et de nouveauté, et que, loin de comprimer l’originalité, la préservant des écarts et la fortifiant dans ses hardiesses, elles méritent vraiment le beau titre dont Victor Hugo glorifiait son œuvre d’écrivain : « Humaniores litteræ[1] ».



  1. A. Barbou. — Victor Hugo : sa vie, ses œuvres. Lettre autographe liminaire.