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Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome1/Préface générale de Beuchot

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Préface générale de Beuchot


Lorsqu’en 1802 j’allai, au nom d’un de mes amis, proposer à La Harpe, alors exilé à Corbeil, de donner une édition des Œuvres choisies de Voltaire en vingt ou vingt cinq volumes in-8°, je ne me doutais guère que je serais un jour éditeur des Œuvres complètes. La Harpe mourut au commencement de 1803. Fontanes, qui n’était pas encore grand seigneur, demandait à le remplacer. Mais le nom de La Harpe était le seul qui pût laisser l’espoir d’introduire l’édition dans des lieux et des pays d’où les écrits de Voltaire étaient exclus.

Bientôt arriva le règne de Napoléon : personne ne pensait alors à augmenter le nombre déjà très-grand des éditions de Voltaire.


I. C’est en 1728 qu’avait été annoncée la première. Elle était intitulée Œuvres de M. Arouet de Voltaire, et formait un seul volume petit in-12[1].

Les libraires P. Gosse et J. Néaulme, de la Haye, qui vendaient cette édition, n’avaient imprimé que des frontispices, en réunissant les impressions des ouvrages publiés séparément.

Voici dans quels termes on parle de cette collection dans la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l’Europe, tome Ier, page 158 :

« Ce volume peut passer pour un monument de l’avarice ou pour mieux dire de la lésine bibliopolaire. De deux ouvrages déjà imprimés, auxquels on a joint la Henriade, on a fait ce recueil des Œuvres de M. Arouet. L’Œdipe, la critique, un sonnet, et quelques couplets, avaient été imprimés chez Rogissard en 1749 ; la Mariamne, et le Mauvais Ménage, chez Néaulme, en 1726. Ce dernier libraire ayant acheté l’Œdipe du premier, l’a joint à la Mariamne ; et pour avoir toutes les œuvres du même poète dans un volume, il y a fait ajouter, cette année-ci, la Henriade, sur l’édition qui en a été faite à Londres chez Prévôt ; en sorte que ce volume est un assez mauvais composé de pièces et de morceaux. Quand je dis mauvais, c’est relativement au libraire et à la direction de l’impression : car c’est un livre sans marge et sans fond, et tout au plus propre à être manié par des écoliers ou par un souffleur de la comédie.

« Ceci ne fait rien, pour parler le style du Père Catrou, à la bonté foncière des pièces que ce volume renferme, et qui ne sont pas toutes de M. Arouet ; car Le Mauvais Ménage est une parodie assez fade de la Mariamne, de la façon de quelques piliers de Luxembourg ou du café des beaux esprits de Paris. La Critique [2] de la Henriade n’est pas aussi de M. Arouet ; son style, s’il n’est pas affecté exprès, fait assez connaître qu’elle vient de quelque Anglais. »


II. C’est encore la réunion de pièces imprimées séparément qui forma les Œuvres de M. de Voltaire, nouvelle édition revue, corrigée, augmentée par l’auteur, et enrichie de figures en taille-douce ; Amsterdam, 1732, deux volumes in-8°.

Le tome Ier contient la Henriade, l’Essai sur la Poésie épique (traduction de Desfontaines), et des Poésies fugitives. Le tome second renferme Œdipe (avec la préface de 1730, et sans les Lettres critiques), Mariamne, Brulus, et l’Indiscret : chacune de ces quatre pièces dramatiques a sa pagination particulière.

Dans sa lettre à Cideville, du 2 novembre 1731, Voltaire demande que l’on empêche l’entrée en France de cette édition, parce qu’il se propose d’en donner une à Rouen.

Je ne sache pas que le projet ait été exécuté ; je n’ai point encore rencontré d’édition des Œuvres aux dates de 1733, 34, 35, 36, 37 ; mais j’en ai vu citer une de 1736, en quatre volumes in-12 ; elle peut exister.


III. C’est en Hollande que furent imprimées les Œuvres de M. de Voltaire, 1738, trois volumes in-8° : un quatrième volume est de 1739.

Voltaire a consenti à cette édition ; voyez ses lettres à Helvétius, du 6 juillet 1739, et à d’Argenson, du 21 mai 1740. Cependant il y a une singulière méprise. On a confondu deux pièces : le Mondain y est intitulé Défense du Mondain, et la Défense du Mondain y est intitulée le Mondain.

Dans le quatrième volume sont, sous le titre de Mélanges de littérature et de philosophie, vingt-sept morceaux. Les deux premiers seuls étaient nouveaux ; les nos III à XXVI ne sont autres que les Lettres philosophiques. Le vingt-septième article contient les premières Remarques sur les Pensées de Pascal ; ces Lettres et Remarques ayant été condamnées par arrêt du parlement de Paris du 10 juin 1734[3], l’auteur n’osait pas les reproduire sous leur première forme.

Sur cette édition d’Amsterdam, la Bibliothèque française contient, tome XXIX, pages 308-313, un article auquel Voltaire ne doit pas avoir été étranger, et que dans cette croyance j’ai une raison de plus de reproduire ici :

« Il y a dans cette nouvelle édition plusieurs choses qui ont paru curieuses ; en voici quelques échantillons.

« On trouve dans la tragédie d’Œdipe ces vers nouveaux :

Cependant l’univers, tremblant au nom d’Alcide,
Attendait son destin de sa valeur rapide[4], etc.

N’attendez point, seigneur, outrage pour outrage[5], etc.

« On trouve dans Brutus beaucoup de scènes nouvelles, entre autres la dernière du second acte, où Brutus parle ainsi de son fils :

Non, non, le consulat n’est point fait pour son âge[6], etc.

« Cette édition est enrichie de beaucoup de pièces fugitives qui n’avaient point encore paru, de plusieurs morceaux singuliers de philosophie et de littérature. Il serait à désirer que les éditeurs n’eussent point eu des inattentions qui font une vraie peine aux lecteurs.

« Dans la tragédie d’Œdipe, scène i, page 27, après ces mots, qu’entends-je ! quoi ! Laïus,... il manque ce vers entier,

Seigneur, depuis quatre ans ce héros ne vit plus,

et on fait dire à Dimas cinq vers que Philoctète doit dire.

« Il y a dans cette tragédie quelques fautes moins importantes, mais qui ne laissent pas d’être embarrassantes pour les lecteurs.

« Dans Alzire, page 161, l’éditeur a oublié la moitié d’un vers. Au lieu de mettre : t’engager à penser, à vivre comme lui, il a mis seulement : à vivre comme lui.

« Dans Zaïre, page 67, au lieu de ce vers,

Mais il est trop honteux de craindre une maîtresse.

il a mis :

Mais il est trop honteux d’avoir une faiblesse.

« Page 132, après ce vers,

Et dans un champ profane on jette à l’aventure,

il manque un vers entier.

« Dans Le Temple du Goût, page 23, après ce vers,

Quand on cherche à le définir.

on a oublié celui-ci :

Ce dieu qu’on ne sait point servir.

« Page 28, « il y avait quarante personnes à le louer. » on a oublié « intéressées à le louer ».

« Dans les Mélanges de philosophie, on trouve des fautes beaucoup plus importantes : par exemple, page 203, au lieu de ces paroles : « Ce qu’on reproche le plus aux Anglais et avec raison, c’est le supplice de Charles Ier, monarque digne d’un meilleur sort, qui fut traité par ses vainqueurs, etc., » on trouve ces paroles également insolentes et ridicules : « Ce qu’on reproche le plus aux Anglais, c’est le supplice de Charles Ier, qui fut et avec raison traité par ses vainqueurs, etc. ; » et l’éditeur a mis ces mots en marge : « Monarque digne d’un meilleur sort, » comme si c’était une note.

« Page 208 : « N’est-ce pas un bonheur pour les Français que l’autorité de ces petits brigands ait été éteinte en France par la puissance légitime des rois, et en Angleterre par celle du roi et de la nation ? » On voit quel contre-sens font là ces paroles « pour les Français ». Elles ne sont certainement pas dans l’original.

« L’éditeur, page 255, a mis : « Notre Descartes, né non pour découvrir les erreurs de l’antiquité, mais pour y substituer les siennes. » Il y a précisément le contraire dans l’original : « Notre Descartes, né pour découvrir les erreurs de l’antiquité et pour y substituer les siennes. »

« Page 292, l’auteur, en parlant des mauvaises pièces de théâtre qui ont un succès passager, citait ce vers assez connu :

Tout Paris les condamne, et tout Paris les court.

L’éditeur a mis : « pièces que j’ai vues en France attirer la foule et révolter les lecteurs, et dont on a pu dire : Tout Paris les court ».

« Page 346, l’auteur s’exprimait ainsi : « Quoi ! de vraie vous ne pouvez pas la rendre fausse, et de fausse vous pourriez la rendre vraie ? » L’éditeur a mis : « et de fausse vous ne pourriez pas la rendre vraie ? » ce qui est absolument inintelligible.

« De pareilles fautes, qui sont en assez grand nombre, exigent absolument des cartons, et il faut un très-ample errata pour les autres fautes dont cette édition fourmille. Ces cartons et cet errata sont d’autant plus nécessaires que les libraires ont employé de grand papier fin, de beaux caractères, et des tailles-douces très-bien faites.

« Il y en a une autre édition de Rouen, en trois volumes, sous le nom de la compagnie d’Amsterdam ; mais celle-là est si mauvaise et si incomplète qu’elle ne mérite pas qu’on en parle. »

Les fautes graves de l’édition de 1738-39, en attendant les cartons réclamés, et que les libraires ne firent jamais, furent corrigées sous les yeux de Voltaire. Dans plusieurs exemplaires que j’ai vus, les corrections sont manuscrites, et de la même main.

La préface en tête du premier volume est de Linant, qui retira quelque fruit de son travail.


IV. L’édition de Rouen, sous le nom d’Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1739, trois volumes petit in-8°, ne mérite pas qu’on en parle, comme on a vu. Je dois dire cependant qu’au troisième volume on a, dans les exemplaires que j’ai vus, réuni une édition séparée des Lettres écrites de Londres sur les Anglais, Amsterdam, Jacques Desbordes, 1739, petit in-8°, imprimé aussi à Rouen malgré les noms qu’il porte.


V. Une autre édition, portant aussi les noms d’Amsterdam, aux dépens de la compagnie, parut en 1740, en trois volumes petit in-8°. Elle avait été faite par Paupie, libraire à la Haye. Voltaire n’en était pas content.


VI. Sous la même date de 1740, on a une édition en quatre volumes in-12, que je crois faite en France. Cette édition n’a de réclames qu’à la dernière page de chaque feuille.


VII. Il y a des réclames à chaque page d’une édition d’Amsterdam, 1741, en quatre volumes in-12. La vignette qui est à leurs frontispices est une copie très-peu réduite de celle que Desbordes avait mise à une édition du Temple du Goût, en 1733.


VIII. Ce fut Marie-Jacques Barrois, libraire à Paris, qui donna l’édition des Œuvres mêlées de M. de Voltaire, Genève, Bousquet, 1742, cinq volumes in-12, dont les frontispices sont gravés.

On fit des suppressions au tome V, qui le réduisirent à 232 pages. Les curieux recherchaient dans le temps les exemplaires sans cartons. Celui que je possède va jusqu’à la page 264, qui a une réclame, ce qui indique une suite. Il contient aussi un cahier de 22 pages, intitulé Pièces fugitives de M. de Voltaire.


IX. L’édition d’Amsterdam, 1743, en quatre volumes in-8°, est la reproduction, avec de nouveaux frontispices, des quatre volumes de 1738-39, mentionnés sous le n° III ci-dessus. Un cinquième volume fut ajouté en 1744, un sixième en 1745. Comme on avait, en 1738, donné la Henriade d’après le texte antérieur à 1730, on a compris les variantes dans ce sixième volume.

Voltaire a été évidemment étranger à ces deux volumes, puisque, dans le cinquième, on a compris des pièces injurieuses pour lui, telles que la Voltairomanie, etc.


X. L’édition des Œuvres diverses de M. de Voltaire, Londres, Nourse, 1746, six volumes in-12, a une préface intéressante, et contient la note des damnés au chant VII de la Henriade[7].


XI. On voit, par quelques lettres de Voltaire[8], qu’une édition en douze volumes in-8° parut en 1748 ; elle avait été faite en Normandie, à Rouen ou à Dreux.


XII. La même année 1748, furent imprimés à Leipzick, chez Breitkof, pour le compte et avec l’adresse de G.-C. Walther de Dresde, huit volumes in-8°, intitulés Œuvres de M. de Voltaire, nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée par l’auteur, enrichie de figures en taille-douce.

En tête du premier volume est un fort beau portrait de Voltaire, gravé par Balechou, d’après le tableau de Latour, en 1736. Un neuvième volume vit le jour en 1730 ; le dixième, en 1754.

Cette édition est fort belle ; mais, exécutée loin des jeux de l’auteur, elle n’est pas exempte de nombreuses fautes d’impression. Les augmentations fournies par l’auteur sont considérables, et consistent en additions faites aux ouvrages déjà imprimés, ou en ouvrages inédits ; par exemple, la comédie de la Prude. C’est dans cette édition qu’est la version que j’ai suivie pour les vers 3 et 4 de la scène vi de l’acte III[9]. La préface de cette édition est datée de Paris, 1er septembre 1748, et signée H. Dumont et J. Bertaud.

Je présume que l’édition qu’on dit de 1749, et en huit volumes in-8°, avec l’adresse de Dresde, n’est autre que celle dont je viens de parler.


XIII. Il n’est pas permis de révoquer en doute l’existence d’une édition en douze volumes, donnée par Baculard d’Arnaud[10], qui y mit une préface. Voltaire parle de cette préface dans sa lettre à d’Argental, du 14 novembre 1750, et dit que l’édition avait été faite à Rouen. La date imprimée des exemplaires de la préface de d’Arnaud ne permet pas de croire que son édition soit celle de 1748.

Je ne compte pas, au nombre des preuves de l’existence de l’édition de 1750, le témoignage de Mazure, qui, dans sa Vie de Voltaire, page 121, dit que d’Arnaud désavoua une préface qu’il avait composée pour une édition des Œuvres de Voltaire, et qui ajoute : « Sa rétractation fut imprimée dans les feuilles de Fréron. » Il n’y a mot de cela dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps, que publiait Fréron en 1749 et années suivantes. Voltaire, dans sa lettre à d’Argental du 14 novembre 1750, dit qu’une lettre de d’Arnaud à Fréron est publique ; mais elle n’était pas imprimée. Je l’ai vainement cherchée dans les feuilles de Fréron ; et la lettre de d’Argental à Voltaire, du 24 novembre 1730, prouve[11] qu’il n’y eut point d’impression de la rétractation, qui eût été un mensonge.

Toutes les recherches que j’ai faites pour avoir cette édition de d’Arnaud ne m’ont procuré que deux exemplaires de sa préface.


XIV. Une édition de 1751, en onze volumes petit in-12, m’a présenté, pour les Éléments de la philosophie de Newton, une variante très remarquable[12].

Le Journal Encyclopédique, du 1er décembre 1763, contient, page 138, l’annonce de Mélanges de M. de Voltaire, en deux tomes, pour servir de supplément à l’édition de 1751, en vingt-deux volumes. Comme je ne connais pas d’édition de 1751 en vingt-deux volumes, je m’imagine que le chiffre 22 est une faute d’impression, et qu’il s’agit de l’édition en onze volumes, mais mon ignorance ne suffit pas pour prouver la justesse de ma conjecture.

Il avait paru, en 1758, deux volumes petit in-12, sous le titre de Supplément aux Œuvres de M. de Voltaire ; et comme la première pièce qu’ils contiennent est Rome sauvée, qui est de 1752, il est assez naturel de conclure qu’ils sont le complément des onze volumes de 1751.


XV. Le même J.-C. Walther, de Dresde, qui avait publié l’édition de 1748, en donna une nouvelle en 1752, sept volumes in-12, d’une impression très-serrée et contenant des ouvrages qui ne sont pas dans les huit volumes de 1748. Malheureusement cette édition de 1752 fourmille de fautes.


XVI. Une édition des Œuvres choisies de M. de Voltaire, 1756, cinq volumes petit in-12, ne contient que la Henriade (avec la préface de Marmontel, etc.), l’Essai sur la Poésie épique ; Œdipe, Mariamne, Zaïre ; Alzire, Mahomet, Mérope ; Sémiramis, Oreste, Rome sauvée, l’Orphelin de la Chine ; l’Indiscret, l’Enfant prodigue, Nanine, la Prude[13].


XVII. L’année précédente, Voltaire était venu s’établir sur le lac de Genève, et presque aussitôt les frères Cramer, libraires à Genève, vinrent lui proposer de faire une édition de ses Œuvres. Il y consentit. On la commença sur-le-champ ; Colini en corrigeait les épreuves[14]. Elle était achevée[15] en juin 1756. On lit aux faux titres des volumes, première édition ; ce qui n’est pas exact, comme on en peut juger : elle était en dix-sept volumes, dont le contenu de chacun a été indiqué ailleurs[16] ; elle avait été presque toute débitée en trois semaines, dit Voltaire[17]. Il fallait cependant qu’il restât en magasin un nombre assez considérable d’exemplaires de l’Essai sur l’Histoire générale qui en fait partie, puisque, pour des additions que Voltaire avait à faire à l’article Saurin, du Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV, on fit des cartons[18]. Dans ces cartons se trouve une pièce datée de 1757, ce qui obligea de refaire les titres avec la date de 1757. On eut beau recommander aux brocheurs et relieurs la suppression des titres au millésime de 1756, il existe des exemplaires portant cette date, et contenant les pièces de 1757 : j’en possède un.

Parmi les exemplaires qui ont la date de 1737, il en est qui portent aux faux titres seconde édition.

C’est dans cette édition de 1736 que furent imprimés pour la première fois l’Avant-propos que le roi de Prusse avait composé vingt ans avant pour la Henriade, et plusieurs écrits de Voltaire qui n’avaient pas encore vu le jour : un prospectus publié à la fin de 1733 en indique la plupart.


XVIII. Lambert, libraire à Paris, et que je ne sais sur quel fondement on a dit le fils de Voltaire, avait entrepris, en 1734, une édition à laquelle il mit tant de lenteur que Voltaire l’envoya promener[19]. Elle fut pourtant continuée et parut en 1737, en vingt-deux volumes in-12[20].

Je ne sais ce que c’est qu’une édition de Corbi, dont Voltaire parle dans ses lettres à Thieriot, des 18 juillet et 20 auguste 1760.


XIX. Je n’ai pu découvrir à qui l’on doit la Collection complète des Œuvres de M. de Voltaire, Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1764, dix-huit volumes in-12. Les I, III, XVII et XVIII ont chacun deux parties.

Cette édition est bien incorrecte ; mais elle ne laisse pas d’être curieuse. Outre qu’on y a réuni plusieurs écrits relatifs à Voltaire, il y a des ouvrages de Voltaire que je n’ai encore vus que là, tels que la Vie de M. J.-B. Rousseau[21] ; les épîtres au duc d’Aremberg et à Cideville[22], que je croyais inédites quand je les admis le premier dans les poésies de Voltaire.

Je crois cette édition faite à Rouen.


XX. Une fois en relation avec Voltaire, les Cramer, ses voisins, devaient naturellement être ses imprimeurs. C’est de leurs presses, en effet, que sortirent, en 1739, le Ier volume de l’Histoire de Russie sous Pierre le Grand ; en 1761-1763, les huit volumes de la nouvelle édition de l’Essai sur l’Histoire générale, etc. ; en 1764, les Contes de Guillaume Vadé, et tant d’autres productions du fécond génie de Voltaire.

Ils réimprimèrent, en 1764, les volumes des Œuvres qu’ils avaient imprimés en 1756, et cette édition de 1764 se compose ainsi : tome I, la Henriade ; tomes II, III, IV, Mélanges (tomes I à III) ; tome V, suite des Mélanges ; tome VI, seconde suite des Mélanges ; tome VII, Contes de Guillaume Vadé ; tome VIII, Histoire de Charles XII ; tomes IX à XIII, Théâtre. Ce sont des exemplaires de l’édition de 1761 à 1763, de l’Essai sur l’Histoire générale, qui forment les tomes XIV à XXI. Il y avait alors sous presse une nouvelle édition de l’Histoire de Russie, qui parut en 1765, en deux volumes. La Pucelle, dont l’édition avouée est de 1762, n’est pas comprise dans les vingt et un volumes, non plus que le Dictionnaire philosophique, dont la première impression est de 1764, en un seul volume. L’Histoire du Parlement, qui est de 1769 ; les Questions sur l’Encyclopédie, qui parurent en 1770 et années suivantes, en neuf volumes ; dix-neuf volumes de Nouveaux Mélanges, mis au jour de 1765 à 1775 ; le Commentaire historique sur la vie et les ouvrages de l’auteur de la Henriade, publié en 1776 ; la Bible enfin expliquée, imprimée pour la première fois en 1776, en deux volumes, furent dans le temps recueillis par les amateurs, qui avaient ainsi une collection de cinquante-sept volumes des écrits de Voltaire. L’édition de 1768, en quatre volumes, du Siècle de Louis XIV et du Précis du Siècle de Louis XV, pouvait encore s’y joindre, au risque de faire quelques doubles emplois, ou sous peine de n’avoir qu’une collection incomplète.

Les volumes de Nouveaux Mélanges se composaient successivement des opuscules, soit en vers, soit en prose, publiés par Voltaire dans l’intervalle d’un volume à l’autre. Dans ces volumes de Nouveaux Mélanges il s’est glissé des pièces qui ont été désavouées par Voltaire. Parmi ces pièces désavouées il en est qui sont de lui, par exemple les Peuples au Parlement ; il en est dont il n’est pas l’auteur, par exemple le Catéchumène, qui est de Borde. Voltaire était-il entièrement étranger à l’impression de ces volumes ? était-ce à dessein qu’il y laissait ou faisait insérer des pièces étrangères, pour donner ainsi plus de poids aux désaveux que la prudence lui conseillait de faire de certains écrits ? Je n’ose prononcer ; chacun, selon sa disposition, portera son jugement.


XXI. Les frères Cramer donnèrent, en 1768, les sept premiers volumes d’une édition in-4° ; cette édition fut continuée et avait trente volumes à la mort de Voltaire, en 1778. Longtemps après, on a imprimé quinze volumes (pour la Correspondance), qui portent ainsi la collection à quarante-cinq volumes.


XXII. En 1770, parut d’abord une réimpression que je crois aussi des frères Cramer, et qui, avec les volumes publiés depuis, a, dans l’exemplaire que j’ai vu, soixante et un volumes.


XXIII. Une édition commencée à Lausanne en 1770, chez Grasset, avait trente-six volumes[23] in-8° en 1773 ; les tomes XXXVII à XLVIII sont de 1775 ; les tomes XLIX à LVII sont de 1780[24].

Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de reconnaître à quelle édition appartiennent les volumes isolés qu’on rencontre. Chaque éditeur, pour conserver quelque valeur à ce qu’il avait en magasin, imprimait des volumes supplémentaires. Les possesseurs des exemplaires en circulation étaient exposés à prendre des volumes destinés à une édition autre que celle qu’ils avaient.


XXIV. Je possède le tome IX d’une troisième édition de 1770. Ce volume, le seul que j’aie pu me procurer, porte l’adresse de Dresde, mais ce n’est pas là qu’il a été imprimé.


XXV. Une édition en trente gros volumes in-12, d’une impression serrée, fut faite à Liége de 1771 à 1777.


XXVI. J’ai vu cinquante-deux volumes d’une édition in-8°, dont les premiers volumes sont de 1772.


XXVII. On a longtemps recherché l’édition encadrée ou de 1775, en quarante volumes in-8°, dont les trois derniers sont intitulés Pièces détachées attribuées à divers hommes célèbres[25].


XXVIII. Il se fit de cette édition encadrée une contrefaçon aussi encadrée, et ayant le même nombre de volumes.

Il s’en faut de beaucoup, sans doute, que les vingt-huit éditions dont je viens de parler soient toutes celles qui existent de Voltaire. J’en ai vu citer une douzaine d’autres, dont quelques-unes sont peut-être imaginaires. Je possède la plupart de celles dont j’ai fait mention.


XXIX. On pourrait diviser en trois âges les éditions des Œuvres de Voltaire. Le premier âge comprenant les éditions antérieures à 1756 ; le second, les éditions de 1736 et autres jusqu’à la mort de l’auteur ; le troisième, commençant aux éditions de Kehl.

Il y avait à Lille un homme instruit et modeste, qui avait passé sa vie à recueillir ce qu’il pouvait se procurer de Voltaire. Panckoucke, originaire de cette ville, établi libraire à Paris, et qui, après être devenu acquéreur du fonds de l’édition in-4° des Œuvres de Voltaire, était intéressé dans l’édition encadrée en quarante volumes, alla à Ferney en juin 1777 avec son compatriote M. Decroix.

Celui-ci soumit à Voltaire un tableau où ses ouvrages étaient rangés par genres ou par sujets. Voltaire en fut très-flatté, et l’approuva. Ce tableau a depuis été gravé, et joint à des exemplaires de l’édition de Kehl ; mais il manque à la plupart.

Panckoucke voulait faire une nouvelle édition des Œuvres de Voltaire. Le philosophe y consentit, et lui promit des ouvrages encore manuscrits ; il avait aussi promis de revoir et corriger d’un bout à l’autre tout ce qui avait été imprimé de lui. Les corrections devaient être portées sur un exemplaire de l’édition encadrée que Panckoucke lui avait remis, interfolié de papier blanc. Quand Voltaire mourut, il n’avait pas eu le temps de revoir tous les volumes : on remit à Panckoucke tous ceux qu’on trouva, et des manuscrits. Mais le libraire, sentant le besoin d’une protection puissante pour son édition, s’adressa à Catherine II, qui avait acquis de Mme Denis la bibliothèque de Voltaire. L’impératrice ne se pressa pas de répondre. Beaumarchais, qui avait gagné une grande fortune dans les fournitures faites aux insurgés américains, et qui désirait avoir une opération qu’il put présenter comme source de ses richesses, traita avec Panckoucke de l’édition de Voltaire. On raconte que, le lendemain de la signature du traité, Panckoucke, après sept mois d’attente, reçut une lettre de l’impératrice qui acceptait la dédicace, se chargeait de faire les frais de l’édition, et accompagnait sa réponse d’une lettre de change de cent cinquante mille francs. Beaumarchais ne voulut pas résilier son marché. Il forma un vaste établissement à Kehl, sur la rive droite du Rhin, et y éleva une imprimerie. Il avait acquis les caractères de l’imprimeur anglais Baskerville, et les employa pour ses éditions.

Il en confia ou en laissa la direction littéraire à MM. de Condorcet et Decroix[26] ; la classification que ce dernier avait proposée, en 1777, à Voltaire fut suivie. Il y avait deux grandes divisions. Poésie et Prose. Les volumes de poésie comprenaient le Théâtre, la Henriade, la Pucelle, les Poëmes, les Épîtres, Stances, Odes, les Contes, Satires, Poésies mêlées, et un volume de Lettres en vers et en prose.

La division Prose était subdivisée en Histoire, Philosophie, Littérature. L’histoire comprend l’Essai sur les Mœurs, le Siècle de Louis XIV, le Précis du Siècle de Louis XV, l’Histoire de Charles XII, l’Histoire de Russie sous Pierre Ier, les Annales de l’Empire, l’Histoire du parlement de Paris, divers ouvrages réunis sous la rubrique de Mélanges historiques, d’autres sous celle de Politique et Législation.

La Philosophie embrassait les ouvrages de Physique et d’Histoire naturelle, plusieurs ouvrages réunis sous le titre de Philosophie générale, les Dialogues, le Dictionnaire philosophique.

La Littérature se composait des Romans (ou Contes en prose), de Facéties (titre sous lequel on reproduisait beaucoup d’opuscules de divers temps), de Mélanges littéraires, réunion de différents écrits, des Commentaires sur Corneille, et de la Correspondance.

Cette Correspondance formait près du quart de l’édition. Il n’en avait été publié qu’une très-petite partie. C’était un travail immense que de rassembler et de classer ce nombre prodigieux de lettres ; c’était faciliter la classification que de la diviser. Il y eut donc : 1° Correspondance générale, c’est-à-dire avec la foule de ses correspondants, 2° Correspondance du roi de Prusse, contenant les lettres du prince, et appendice pour les lettres de Voltaire aux princes de Prusse, et des princes à Voltaire ; 3° Correspondance de Catherine, contenant les lettres de l’impératrice, et appendice pour la correspondance avec divers souverains ; 4° Correspondance de d’Alembert, où sont aussi les lettres de d’Alembert.

Les fautes inséparables de l’humaine nature qui ont échappé aux éditeurs de Kehl, quelque graves qu’on les trouve ou qu’on les fasse, sont peu de chose dans un si vaste travail, et ne doivent pas diminuer la reconnaissance de la postérité.

Si quelques lettres sont mal classées, si parfois les passages de la même lettre ne sont pas tous de la même époque, c’est que Voltaire ne mettait pas toujours la date à ses lettres ; c’est que, dans l’impossibilité de se procurer tous les originaux, les éditeurs étaient obligés de s’en rapporter aux copies qui leur avaient été communiquées, qui de main en main devaient s’altérer, et dans lesquelles, de plusieurs lettres, on en avait fait une seule ; chose difficile alors d’imaginer, impossible aujourd’hui de ne pas reconnaître.

Les suppressions qu’ils ont faites dans quelques lettres leur étaient commandées par les égards que l’on doit aux vivants, comme dit Voltaire[27], ou par la prudence. Les parlements étaient tout-puissants, le parlement de Paris surtout, dont le ressort était si étendu. Au lieu de fermer les yeux, il eût sévi contre l’édition, si l’on n’en eût retranché quelques phrases bien violentes contre lui[28]. Il serait d’autant plus inconvenant de ma part de faire à ce sujet le moindre des reproches aux éditeurs de Kehl que c’est à feu Decroix, l’un d’eux, que je dois la communication des passages que j’ai rétablis en 1821, dans la correspondance de Voltaire et de d’Alembert (tome LXII de l’édition de M. Renouard).

Ils n’ont pas toujours pu se procurer les éditions originales de chacun des écrits de Voltaire, et ont ainsi répété des fautes qui, selon l’usage, se perpétuaient d’édition en édition, n’ayant pas été corrigées par l’auteur.

On ne peut qu’applaudir à la division des poésies, et des ouvrages en prose. Tous leurs successeurs s’y sont conformés, et même jusqu’à moi ont adopté leurs sous-divisions. J’expliquerai plus bas en quoi je m’en suis écarté. En faisant autrement, j’ai voulu faire mieux. Ce n’est pas moi qui puis dire si j’ai réussi.

Il devait y avoir de l’arbitraire dans la classification, dans telle ou telle sous-division, de plusieurs écrits, et par conséquent ils ont pu agir à leur arbitre.

On ne doit point oublier surtout quelle était leur position. L’édition ne pouvait se faire en France ; or l’un des éditeurs demeurait à Paris, l’autre à Lille. Ils ne pouvaient ainsi faire toutes les dispositions dont l’idée ne survient souvent que pendant le tirage.

On chercherait, il est vrai, vainement dans l’édition de Kehl les Lettres philosophiques ou sur les Anglais, que la lecture de la correspondance donne tant envie de connaître. Mais ces Lettres avaient été condamnées par arrêt du parlement de Paris, du 10 juin 1734. Or si l’on avait reproduit ces Lettres en corps d’ouvrage, il était à craindre que le parlement, quoique renouvelé en entier, et peut-être plus d’une fois, ne fît, par esprit de corps, exécuter l’arrêt rendu cinquante ans auparavant. En déguisant ou disséminant ces lettres, les éditeurs de Kehl n’avaient fait au reste que suivre l’exemple de Voltaire, qui avait pris ce parti en 1739[29], et qui n’avait jamais osé les faire rétablir sous leur première forme.

Je viens de parler si longuement des éditeurs, que je n’ose entrer dans quelques détails bibliographiques. Je dirai seulement que l’édition in-8° en soixante-dix volumes fut tirée à vingt-huit mille exemplaires, et qu’il y a quelques volumes qui ne sont pas rangés dans le même ordre dans tous les exemplaires.

C’est pour être jointes à l’édition de Kehl in-8° qu’ont été faites cent huit gravures exécutées d’après les dessins de Moreau. Cette première suite, ou collection, parut à la même époque que l’édition in-8°.

Chantreau a eu le courage d’entreprendre des soixante-dix volumes une table analytique, qui a été imprimée en 1801, en deux volumes in-8°. À ceux qui ont des exemplaires où quelques volumes sont disposés autrement que dans l’exemplaire sur lequel Chantreau a fait son travail, sa table paraîtra plus fautive qu’elle n’est réellement. Ce qu’on ne peut lui contester, c’est le mérite d’avoir ouvert la carrière.


XXX. En même temps que l’édition in-8°, on fit à Kehl, sur le même plan, une édition en quatre-vingt-douze volumes in-12, et pour laquelle il n’existe point de table analytique.

Cette édition in-12, tirée à quinze mille exemplaires, a été, ainsi que l’in-8°, imprimée sur cinq papiers de différentes qualités.


XXXI. À mesure qu’une feuille in-8° sortait de la presse à Kehl, elle était, par infidélité, envoyée à Bâle, où on la réimprimait page par page. C’est ainsi que fut faite l’édition de Bâle. Les éditeurs s’étant procuré une soixantaine de lettres inédites de Voltaire, les ajoutèrent dans leur édition, et à leur place. Ce fut le motif pour donner un volume de plus à leur édition, qui est en soixante-onze volumes. Les tomes I à LI sont réimprimés, comme je l’ai dit, page par page. C’est dans les six premiers volumes de la Correspondance générale que sont toutes les lettres nouvelles ; et ces six volumes embrassent un espace de temps qui ne remplit que cinq volumes dans l’édition de Kehl. Pour les volumes suivants, les éditeurs de Bâle reprirent la réimpression page par page. Les différentes divisions de la Correspondance ne sont pas, dans tous les exemplaires de l’édition de Bâle, rangées dans le même ordre que dans l’édition de Kehl ; mais avec un peu d’attention, et en élevant d’une unité le tomage de certains volumes, la table faite par Chantreau pour l’édition in-8° de Kehl peut servir pour l’édition de Bâle.

Il existe de cette édition de Bâle des exemplaires portant l’adresse de Gotha. En examinant plusieurs volumes, je me suis convaincu qu’il n’y avait de différence que dans le frontispice ; et je n’ai pas dû compter pour deux une seule édition.


XXXII. Il en est de même d’une édition en cent volumes in-12, commencée à Lyon, en 1791, par le libraire La Mollière, et dont des exemplaires portent l’adresse de Bâle ; d’autres, celle de Deux-Ponts ; d’autres enfin, celle de Hambourg.


XXXIII. L’édition de Kehl était à peine terminée que Palissot annonça qu’il allait en donner une. C’était un bon moyen de publication qu’une dédicace à l’Assemblée nationale. Palissot fit hommage de la dédicace dans la séance du 24 septembre 1789, et des remerciements lui furent votés. Mais dans la séance du lendemain 25, sur la réclamation d’un membre du clergé, et après une discussion dans laquelle le duc de Lévis ne flatta point Palissot, l’Assemblée nationale décida qu’elle n’accepterait aucune dédicace.

Un prospectus, distribué en 1792, ne parlait que de quarante volumes ; mais, dans la séance de la Convention du 23 prairial an II (11 juin 1794), en faisant hommage des vingt premiers volumes, il était question de deux autres livraisons, chacune de vingt volumes. Cependant elle n’en a que cinquante-cinq ; les derniers sont de 1802.

Ce n’est point une édition complète. Il est beaucoup de pamphlets de Voltaire que Palissot n’y a pas compris. Il a aussi supprimé beaucoup de lettres dans la Correspondance. Il faut le louer d’avoir eu ce courage, et aussi d’avoir ajouté quelques lettres que lui avait adressées Voltaire, avec les réponses.

Mais il était dominé par la pensée de discréditer les éditions de Kehl. Il ne manque aucune occasion de leur faire des reproches violents : il relève leurs fautes avec aigreur, et se vante hautement de donner seul le vrai texte, qu’il a pris lui-même dans l’errata des éditions de Kehl. Car il ne faut pas croire que Palissot se soit avisé de faire beaucoup de recherches ; et, faute d’en avoir fait un peu, le désir de trouver en défaut les éditeurs de Kehl l’entraîne beaucoup trop loin.

Les éditeurs de Kehl, en refondant d’autres écrits dans le Dictionnaire philosophique, avaient porté à sept le nombre des volumes de cet ouvrage. On peut blâmer cette disposition ; mais Palissot reproche aux éditeurs de Kehl d’avoir mis, par cet ouvragf, Voltaire dans la classe des lexicographes ; comme si Voltaire ne s’y était pas mis lui-même en publiant, en 1764, le petit volume intitulé Dictionnaire philosophique, dont il est parlé dans des lettres de Voltaire faisant partie de l’édition de Palissot.

On pense bien que ce Dictionnaire philosophique, inconnu, à ce qu’il paraît, à Palissot, n’a pas été compris dans son édition de Voltaire, quelque piquant qu’il soit.

Avide de trouver des torts aux éditeurs de Kehl, et recherchant toutes les occasions de faire autrement qu’eux, il voulut donner les Lettres philosophiques. Il fait sonner bien haut qu’il les rétablit telles que l’auteur les avait composées dans toute la force de son génie, et dans l’ordre qu’il leur avait donné. Mais les Lettres philosophiques n’ont jamais été tout au plus qu’au nombre de vingt-sept[30] ; et sous ce titre Palissot donna trente-neuf morceaux, dans l’ordre où ils étaient parmi les Mélanges de philosophie dans les éditions de 1775 et antérieures.

Quelque mauvaise que soit l’édition de Palissot, elle n’était pas à dédaigner à cause des préfaces mises par l’éditeur à ceux des ouvrages de Voltaire qu’il a compris dans sa collection. Ces préfaces, dans lesquelles il se montre homme d’esprit et de goût, ont été recueillies sous ce titre : Le génie de Voltaire apprécié dans tous ses ouvrages, 1806, in-8° et in-12.

On projeta, en 1800, une édition stéréotype des Œuvres de Voltaire. Il en a été successivement publié soixante-neuf volumes in-18. Pour être complète, l’édition ne peut avoir moins de cent trente volumes. Elle paraît abandonnée, ou du moins indéfiniment ajournée.

Une autre édition stéréotype, in-12, fut commencée en 1810 ; mais il n’en a paru que quelques volumes.

Je n’ai donc pu comprendre ces impressions au nombre des éditions de Voltaire.


XXXIV. Feu Desoër émit, en 1817, le prospectus d’une édition de Voltaire en 12 volumes in-8°, qu’il fit bientôt paraître ; chaque volume est en deux parties, et il en est de très-grosses. L.-S. Auger avait consenti à se charger de cette édition ; mais l’impatience du public et du libraire ne lui permit pas de faire ce qu’il fallait. Ce qui fut fait est plutôt l’ouvrage du libraire. C’est Desoër qui, croyant rétablir les Lettres philosophiques, donna, à l’exemple de Palissot, trente-neuf articles, dont plusieurs n’ont aucun rapport à ces Lettres. Il refondit dans la Correspondance les lettres formant les deux volumes publiés en 1808 sous le titre de Supplément au recueil des Lettres de M. de Voltaire ; il ajouta la correspondance de Bernis avec Voltaire, en conservant les lettres des deux correspondants. Il se procura les lettres, alors inédites, de Voltaire à d’Olivet, et en enrichit son édition. Les douze volumes se relient souvent en vingt-quatre. Une table très-ample, et par cela seul très-utile, quoique fautive quelquefois, fut rédigée par Alexandre Goujon, et forme le treizième ou le vingt-cinquième volume.

Un mandement des grands vicaires du diocèse de Paris donna de la vogue à cette édition, et fit naître l’idée d’en entreprendre d’autres. Ce fut une véritable voltairomanie.


XXXV. Sous le titre de Voltaire, Œuvres complètes, M. Plancher commença, en 1817, une édition dirigée par M. Regnault-Warin, et qui devait avoir trente-cinq vol. in-12. Le quarante-quatrième et dernier, qui est de 1822, comprend une table analytique très-abrégée, et par conséquent insuffisante. C’est peut-être encore plus que ne méritait l’édition, qui sans contredit est bien inférieure à celles qui paraissaient concurremment. D’ailleurs, malgré son titre, elle n’est pas complète, même pour le temps où elle a paru.


XXXVI. Je fus chargé par madame Perronneau de diriger l’édition qu’elle avait annoncée en cinquante volumes in-12 ; j’en avais donné les tomes I à XXIII et XXV à XXXII, lorsque j’en fus évincé par jugement, mais avec les honneurs de la guerre. Mon continuateur fut M. Louis Dubois, qui malheureusement n’avait pas étudié mon travail avant de le continuer ; de sorte qu’il y a souvent défaut de rapport entre les derniers volumes et les premiers, tels qu’omissions, faux renvois, etc. Le nombre des volumes de l’édition fut porté à cinquante-six, qu’on relie quelquefois en soixante. M. L. Dubois avait fait pour cette édition une Table, qui est restée dans les cartons du libraire.


XXXVII. MM. Déterville et Lefèvre en annoncèrent une en trente-six volumes in-8°, et la publièrent de 1817 à 1818, en quarante-un volumes. Le travail littéraire fut confié à M. Miger, qui fit de notables améliorations et additions dans la Correspondance, et rédigea une table formant le quarante-deuxième volume, avec le millésime 1820.


XXXVIII. Toutes ces éditions récentes étaient faites sans élégance ; aucune n’avait de gravures. M. A.-A Renouard, propriétaire d’une nouvelle suite de cent quarante-six estampes, aussi d’après les dessins de Moreau, il laquelle il joignait quatorze portraits, fit une édition qui, pour l’exécution typographique, l’emporte de beaucoup sur celles dont je viens de parler. Mais M. Renouard ne se contenta pas d’apporter ses soins au matériel de son édition, il y fit des annotations et des additions, dont plusieurs lui avaient été communiquées par M. Clogenson. Ainsi, c’est dans l’édition de M. Renouard qu’ont été admis, pour la première fois, les Sentiments des citoyens, des articles fournis par Voltaire à la Gazette littéraire, etc, etc. Cette édition, annoncée en soixante volumes, en a soixante-six, y compris un volume de Lettres inédites (toutes ne le sont pas), qui fait le soixante-troisième ; la Vie de Voltaire, etc., qui est le soixante-quatrième, et deux petits volumes de table, qui ont le millésime 1825. L’auteur de cette table est encore M. Miger.


XXXIX. L’édition de M. Lequien, 1820 et années suivantes, est en soixante-dix volumes in-8°, y compris le volume de table analytique. L’éditeur ayant collationné souvent les éditions originales a eu occasion de faire de nombreuses restitutions de texte.

Le succès de son édition fut très-grand ; il lui fallut réimprimer plusieurs fois les premiers volumes. Voilà pourquoi tous les exemplaires ne portent pas la même date.


XL. La même année 1820, MM. Garez, Thomine et Fortic publièrent les premiers volumes d’une édition in-18 qui s’imprimait à Toul, et qui a soixante volumes. Rien de spécial ne recommande cette édition, qui n’a point de table analytique.


XLI. En 1820, M. Esneaux entreprit une édition in-8° qui devait être en soixante volumes, et qui en a soixante-trois, ou plutôt soixante-cinq : car le tome XLV est triple, c’est-à-dire qu’il y a tome XLV, XLV bis et XLV ter.

Cette seule disposition suffit pour faire juger cette édition, commencée avant d’avoir été méditée, conduite péniblement à sa fin, et pour laquelle il n’existe point de table analytique.


XLII. En 1821, le colonel Touquet, devenu libraire, publia en quinze volumes in-12, un Voltaire. Ce n’était, comme on le pense bien, qu’un choix. Le succès l’enhardit et il annonça d’abord en soixante-dix volumes, puis en soixante-quinze volumes in-12, une édition qui ne devait être que la reproduction des éditions de Kehl, sans aucune des améliorations faites depuis.

Cependant des annonces pompeuses furent faites ; le prospectus est intitulé Quatre Voltaire, édition Touquet. Il faut convenir qu’il y avait un peu, peut-être même beaucoup, de charlatanisme dans ces annonces. On distinguait ces quatre éditions par un nom spécial : 1° Le Voltaire des chaumières était le restant de l’édition des Œuvres choisies, en quinze volumes ; 2° le Voltaire de la petite propriété ; 3° le Voltaire du commerce ; 4° le Voltaire de la grande propriété : ces trois espèces ne différaient que par la qualité du papier sur lequel elles étaient tirées, et par leur prix. Ce n’est donc qu’une seule et même édition. Elle était stéréotype ; et les clichés, qui ont été employés depuis pour un tirage dont les exemplaires portent le nom de M. Garnery, pourraient encore servir à d’autres tirages sous d’autres noms, et même de divers formats. La table analytique par M. Miger forme le soixante-quinzième volume.


XLIII. L’édition commencée par M. P. Dupont, en 1823, a été distribuée en soixante-douze volumes in-8°, dont les deux derniers sont datés de 1827, et n’en doivent former qu’un seul. Le soixante-douzième se compose de la fin de la table analytique et d’un nombre très-considérable de cartons pour divers volumes de l’édition. Ces cartons enlevés et mis à leur place, il reste trop peu de chose pour former un volume ; et ce qui reste, c’est-à-dire le commencement de ce volume soixante-douzième, a une pagination qui fait suite à celle du soixante-onzième. C’est donc en soixante-onze volumes que cette édition doit être reliée.

À un très-petit nombre de dispositions près, ce n’est que la reproduction de l’édition Lequien. Les livraisons s’en faisaient avec une régularité qui répondait aux exigences du public, mais qui n’eût pas permis de faire un grand travail. Ce n’est pas en littérature et en imprimerie qu’il est possible de faire vite et bien[31].


XLIV. C’est en 1823 que M. Dalibon annonça une édition en soixante-quinze volumes, mais qui devait évidemment en avoir davantage, à en juger par la distribution des premiers volumes. Je présumai dès lors qu’elle en aurait quatre-vingt-seize. Je me trompais ; elle n’en a que quatre-vingt-quinze, plus deux volumes de tables par M. Miger, qui ont paru en 1834.

Le second prospectus était fait pour séduire. On lisait en tête les noms de MM. Arago, Auguis, Clogenson, Daunou, L. Dubois, Étienne, Ch. Nodier ; ceux de MM. François de Neufchâteau et V. Le Clerc furent ajoutés sur les frontispices des premiers volumes. Cependant MM. Arago, Étienne, François de Neufchâteau et V. Le Clerc n’ont pas mis une seule note dans l’édition. M. Daunou a donné quelques préfaces et a laissé reproduire son excellent travail sur la Henriade ; quant à ses notes sur l’Essai sur les Mœurs, elles sont en si petit nombre qu’il est évident qu’elles ont été faites dans des lectures passagères ou accidentelles, et qu’elles ne sont pas le résultat d’un travail suivi, qui eût été bien précieux venant d’un telle plume.

M. Charles Nodier a fait la préface des Romans, sans aucun travail sur ces ouvrages.

M. Auguis a ajouté des préfaces et notes à quelques-uns des ouvrages historiques.

La plus grande part est restée à MM. Clogenson et L. Dubois. Les notes de M. Clogenson se recommandent par l’exactitude. Il en a mis de très-intéressantes aux Annales de l’Empire et à la Correspondance dont il s’était chargé. Malheureusement les fonctions publiques absorbant tous ses moments dans des temps difficiles, il a mieux aimé abandonner l’entreprise que la mal continuer.

M. L. Dubois qui, dans l’édition, avait donné des soins au Théâtre, à la Pucelle, aux Poésies, au Dictionnaire philosophique, etc., et qui prédécemment avait été mon continuateur dans l’édition en cinquante ou soixante volumes in-12, a été aussi le continuateur de M. Clogenson. Sans doute ses fonctions de sous-préfet ne lui ont pas laissé tout le loisir nécessaire. Son travail est bien au-dessous de celui de son prédécesseur. Si l’on peut improuver la profusion des notes et la vivacité de quelques expressions dans ce qu’a fait M. Clogenson, il faut avouer que M. L. Dubois s’est bien mis à l’abri de tels reproches. La disette et l’inexactitude de ses notes sont fréquentes. Il prend un ton doctoral pour relever les fautes de ses devanciers, et signale soigneusement des améliorations qu’il donne pour siennes. Mais il est arrivé que les corrections n’étaient pas de lui, ou que même ce n’étaient que des fautes[32].

Cette édition a suivi en général la classification de l’édition de Kehl, hors en un seul point.

C’est dans cette édition que, pour la première fois, toutes les lettres de Voltaire ont été classées chronologiquement, sans distinction des personnes à qui ou par qui elles sont écrites, c’est-à-dire sans les subdivisions de correspondances particulières établies dans les éditions de Kehl, et conservées depuis.

Quelques ouvrages y paraissent pour la première fois, et sont donnés pour être de Voltaire ; mais tous n’en sont pas. Je dirai plus bas quels sont ceux que j’ai rejetés, et pour quelles raisons.

On n’avait pensé à faire cette édition que sur du grand papier, appelé cavalier vélin. Mais la voltairomanie, née du mandement des grands vicaires de Paris en 1817, durait encore.

MM. Baudouin frères achetèrent le droit de faire tirer sur les formes de cette édition un mille d’exemplaires sur papier carré ; et c’est ce qu’on appelle la première édition Baudouin.


XLV. Bientôt on répandit le prospectus d’une édition de Voltaire, en un seul volume in-8°. MM. Roux-Durfort frères mirent au jour les premières livraisons de cette édition, sortant des presses de M. J. Didot aîné, et qui devait être distribuée en soixante-dix livraisons. Elle en a eu quatre-vingt-seize, et se compose de 5,551 pages, dont il serait impossible de ne former qu’un seul volume ; aussi la divise-t-on en deux volumes, et même en quatre parties : elle est sans table analytique.


XLVI. D’autres libraires annoncèrent en même temps une édition en deux volumes in-8°, qui devaient former soixante livraisons. Sur ce dernier point les engagements ont été religieusement tenus, et l’on n’a point levé sur les souscripteurs ces contributions honteuses qui ne devraient pas être tolérées. Mais, au lieu de deux volumes, l’édition en forme trois. Elle a été imprimée chez M. H. Fournier, et est aussi sans table analytique.


XLVII. Les mille exemplaires que MM. Baudouin frères faisaient tirer sur les formes du Voltaire imprimé chez M. Didot aîné, avec les notes de MM. Auguis, Clogenson, Daunou, etc., ayant été promptement épuisés, et ces libraires n’ayant pu obtenir la permission de faire un nouveau tirage, ils se décidèrent à faire stéréotyper tout Voltaire dans le format in-8°. On ne parla toujours que de soixante-quinze volumes in-8° ; et l’on fit clicher chez M. Rignoux les ouvrages déjà imprimés chez M. Didot aîné. Mais l’impression se faisait lentement chez M. Didot aîné. L’horizon politique se rembrunissait ; des bruits se répandaient que le gouvernement de Charles X projetait de ne pas laisser imprimer, même en collection, certains ouvrages de Voltaire. Les souscripteurs se plaignirent de la lenteur de l’entreprise ; d’autres, plus clairvoyants, déclarèrent formellement qu’ils ne prétendaient pas payer plus de soixante-quinze volumes, et qu’ils exigeraient pourtant les Œuvres complètes. Les libraires se décidèrent à faire stéréotyper des volumes qui n’avaient point encore été imprimés dans l’édition qui se faisait chez M. Didot l’aîné. On se mit sur-le-champ à la Correspondance ; c’était se priver des notes, additions nombreuses, et autres améliorations que devait contenir la première édition. Il fallut calculer le nombre de volumes, tellement qu’on regagna ce qui avait été perdu sur d’autres ouvrages, et qu’on se contint dans soixante-quinze volumes.

On se borna à prendre pour copie de la Correspondance une des éditions précédentes, où l’on avait conservé les sous-divisions par correspondances particulières. Force fut encore d’employer un petit caractère, et de faire des volumes très-gros.

Le premier tirage des premiers volumes qu’on avait stéréotypés fut appelé seconde édition (Baudouin) ; puis on donna une troisième, une quatrième, une cinquième édition, qui étaient tout au plus un second, troisième, quatrième tirages.

J’en ai dit assez pour faire voir combien ces seconde, troisième, quatrième, cinquième éditions (qui ne sont que la même) en soixante-quinze volumes, sont inférieures à la première, qui en a quatre-vingt-quinze, plus deux volumes de tables.

Tous les ouvrages faits ou à faire sur les mêmes clichés peuvent présenter quelques différences dans le nombre des volumes en en mettant deux en un seul, ou en en mettant un seul en deux ; ils peuvent offrir de légères améliorations, et des corrections purement typographiques importantes, suppléer même dans certains cas à quelques omissions : de sorte que les derniers tirages seront bien préférables aux précédents ; mais il est impossible de remédier à tout. On peut substituer une lettre et même un mot à un autre ; mais on ne peut rétablir des passages omis, quand ils sont longs, et en grand nombre. Comment, dans les clichés de la Correspondance, introduire les lettres en grand nombre qui ont été ajoutées dans la première édition ? M. Léon Thiessé n’a pu faire l’impossible pour le tirage fait après sa révision, quelque soin qu’il y ait apporté. Il y aura toujours une immense distance entre la première édition Baudouin en quatre vingt-quinze volumes (ou quatre-vingt-dix-sept avec la table) et les autres éditions faites sur les clichés en soixante-quinze volumes ou environ.

Ces mêmes clichés ont servi pour un tirage dont les volumes portent au frontispice le nom de M. Tissot. Le travail de M. Tissot, pour cette édition, consiste en une préface de sept pages et trois lignes.


XLVIII. C’est en 1829 que M. Armand Aubrée a publié les premiers volumes d’une édition promise en cinquante volumes in-8°, et qui en a cinquante-quatre, sans table analytique.


XLIX. Ce fut aussi en 1829 que parurent les premiers volumes d’une édition en cinquante volumes petit in-12.


L. Une autre édition in-18, commencée par M. Fortic, et imprimée dans diverses villes, doit avoir soixante-quinze volumes. Elle est sur le point d’être terminée ; mais elle est bien moins complète que quelques-unes de celles qui l’ont précédée.

Feu Doyen, imprimeur à Paris, avait entrepris une édition in-16. Il s’est arrêté après avoir publié le Dictionnaire philosophique et les Romans. On avait aussi commencé une édition in-32, qui a été abandonnée. C’est pour cela que je ne les fais pas entrer en ligne de compte. À plus forte raison est-il inutile de parler de plusieurs éditions dont il n’a paru que le prospectus.


LI. Je n’ai donc plus à parler que de mon édition. J’avais, dès 1802, lors de celle que devait donner La Harpe, fait rapidement quelques recherches et recueilli quelques notes, que je ralentis bientôt. Mais dans mes lectures je continuai de relever par écrit ce qui concernait Voltaire ou ses ouvrages. C’était encore fort peu de chose, quand, en 1817, je fus chargé de l’édition de madame Perronneau. Je dus me livrer sérieusement à des recherches dont beaucoup furent alors inutiles, puisque, comme je l’ai dit, on ne me laissa point terminer l’édition.

J’avais plus que jamais pris goût à Voltaire ; j’avais commencé à voir tout ce qu’il y avait à faire pour une édition de ce fécond auteur. Je me mis à rechercher, à acquérir les diverses éditions, surtout les premières, de chacun de ses écrits, sans en dédaigner aucun. J’y joignis tout ce que je pouvais me procurer de brochures du temps sur ces écrits. Ce n’était pas encore assez. J’achetai les collections de journaux du temps, tels que le Journal littéraire, la Bibliothèque française (de Camusat, et autres), les Observations sur les écrits modernes, les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, la Bigarrure, la Nouvelle Bigarrure, le Mercure, le Journal encyclopédique, l’Année littéraire, etc.

C’était la plume à la main que je lisais ou feuilletais ces collections, en ayant soin de noter tout ce qui concernait les productions de Voltaire. Je classais chaque note près de l’ouvrage qu’elle regardait.

Je collationnais les différentes éditions que j’avais des écrits de Voltaire, en relevant les variantes, non-seulement des ouvrages en vers, mais même des ouvrages en prose, sauf à ne pas tout employer.

Ce moyen était le seul qui pût procurer de bons matériaux pour une édition, et je ramassai ces matériaux, sans m’inquiéter si j’en ferais usage et si j’en tirerais profit. J’aurais peut-être continué indéfiniment mes recherches si, en 1828, M. Lefèvre n’eût résolu de comprendre Voltaire dans sa belle Collection des classiques français.

Il me fallut alors cesser les recherches pour me mettre à la rédaction.

Je ne pouvais mieux faire que d’adopter les deux grandes divisions, Poésie et Prose, introduites par les éditeurs de Kehl. Les changements que j’ai faits dans la distribution de la Poésie sont trop peu de chose pour en parler. J’ai agi autrement pour les ouvrages en prose. J’ai donné, comme les éditeurs de Kehl, les ouvrages historiques, le Dictionnaire philosophique, les Romans, le Commentaire sur Corneille ; mais je n’ai tenu aucun compte de toutes les autres distributions qu’ils avaient faites sous les titres de Mélanges historiques, Politique et Législation, Philosophie, Physique, Dialogues, Facéties, Mélanges littéraires. Tout ce qui, dans les éditions de Kehl et celles qui les ont suivies, compose ces divisions ou sections, a été par moi classé sous le titre de Mélanges, dans l’ordre chronologique, sans distinction de genre ni de matière. La classification que j’ai adoptée fait suivre au lecteur la marche de l’esprit de Voltaire. En commençant l’édition, je craignais d’être obligé de justifier longuement cette disposition ; cela est superflu aujourd’hui, qu’elle a eu la sanction d’un grand nombre de personnes.

Je n’avais pas différé un instant d’opinion avec M. Clogenson pour l’ordre à mettre dans la Correspondance, et sa classification en une seule série. C’était une conséquence de ce que j’avais fait pour les Mélanges.

Comme j’ai mis, en tête de chaque division et de chaque ouvrage ou opuscule, des préfaces ou notes dans lesquelles je donne les explications que j’ai jugées nécessaires, je n’ai point à en parler ici ; mais je puis dire deux mots des additions que j’ai faites. Les principales sont :

Tome Ier[33]. Dans les Pièces justificatives de la Vie de Voltaire, par Condorcet, j’en ai ajouté vingt-neuf qui étaient inédites[34]. J’ai eu le soin de les numéroter, d’indiquer dans les notes du texte quel est le numéro donné à la pièce, et, en tête de la pièce, d’indiquer à quelle page elle se rapporte.

Tome II. Nouveaux fragments d’Artémire ; dans les variantes de Brutus, les scènes i, ii et iii de l’acte II, et la scène ire de l’acte IV.

Tome IV. Fragments de Thérèse.

Tome V. L’Envieux, comédie en trois actes et en vers.

Tome IX. L’Épitre dédicatoire des Guèbres, et la Lettre de M. Legouz de Gerland, en tête de Sophonisbe.

Tome XIX. L’importante variante de l’article Saurin, dans le Catalogue des écrivains du Siècle de Louis XIV.

Tome XXXVIII. Le Mémoire du sieur de Voltaire.

Tome XXXIX. Compliment fait au roi par Richelieu ; Lettre à l’occasion de l’impôt du vingtième ; l’Extrait de la Bibliothèque raisonnée.

Tome XL. Les Remarques au sujet d’une omission ; un Avis qui est de 1761 ; les Lettres sur la Nouvelle Héloise ; un Avertissement aux éditeurs ; le texte rétabli dans un passage de la Conversation de monsieur l’intendant des menus.

Tome XLII. L’Appel au public contre un Recueil de prétendues lettres de M. de Voltaire.

Tome XLIII. Lettre de M. de Voltaire ; Mémoire présenté au ministère de France, que malheureusement je n’ai pu me procurer entier.

Tome XLV. La Lettre anonyme.

Tome XLVI. La Lettre de l’auteur de la tragédie des Guèbres ; les Notes sur le Cymbalum mundi ; Lettre d’un jeune abbé ; Réponse aux Remontrances de la cour des aides ; Avis important à la noblesse du royaume ; Sentiment des six conseils supérieurs ; Très-humbles et très-respectueuses Remontrances ; Les peuples aux parlements ; L’Équivoque.

Tome XLVII. Une Déclaration qui est page 229.

Tome L. Remarques sur le Christianisme dévoilé ; Remarques sur l’ouvrage intitulé l’Existence de Dieu, etc., par Nieuwentyt ; Remarques sur le Bon Sens ; Le Système vraisemblable, fragment ; Lettre de M. Hude, fragment ; le Sommaire des droits de S. M. le roi de Prusse sur Herstall ; un Mémoire (de 1752).

Le désir de donner une édition aussi complète que possible des Œuvres de Voltaire ne m’a pas fait toutefois admettre aveuglément tout ce qui était dans les éditions précédentes. Dans un Avis que j’ai mis en tête des Poésies mêlées[35], j’ai déduit les raisons pour lesquelles j’ai rejeté un assez grand nombre de pièces de vers. Je suis peut-être, sur chaque pièce, entré dans de trop longues explications.

Deux ou trois pièces de Morellet avaient été placées dans le volume des Facéties ; je les ai rejetées[36].

N’ayant pas regardé comme consacrées par le temps les erreurs, quelque anciennes qu’elles puissent être, je ne devais pas avoir plus de respect pour les erreurs récentes.

Dans l’édition en quatre-vingt-quinze volumes, avec les tomes XLI et XLII ont été distribuées quelques feuilles qui doivent se joindre aux tomes XLIV et XLVI (II et IV de la division Philosophie), qui étaient déjà imprimés. Voici ce que contiennent ces feuilles :

Pour le tome XLIV : 1° Réflexions sur l’idée qu’on doit avoir de Dieu, selon nos lumières (pages 431-468) ; 2° Des cinq propositions attribuées à Jansénius, et Formulaire (469 et 470) ; 3° Remarques critiques sur les passages des quatre évangélistes, touchant la mort de J.-C. (471-474) ;

Pour le tome XLVI : 1° Extrait du livre de l’abbé Houteville, sur la vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits (pages 405-446) ; 2° Passage tiré de l’histoire de Josèphe (447-449) ; 3° Le Philosophe, par M. du M. (450-468) ; 4° Extrait du livre De l’état de l’homme dans le péché originel (469-477) ; 5° Extrait du livre d’Antoniana Margarita, de Gometius Pereyra, sur l’âme des bêtes (pages 478-479) ; 6° Extrait de la vérité de la religion chrétienne, par M. le marquis de Pianesse, Italien, sur l’existence de Dieu (480) ; 7° Extrait d’un manuscrit intitulé Le ciel ouvert à tous les hommes, où l’on prouve, par la religion et par la raison, que tous les hommes seront sauvés (481-497) ; 8° Prière du curé de Fresne (498-507).

Les premiers éditeurs de ces onze pièces n’ont donné aucune explication à leur égard. Voici ce que j’en sais. Un habitant de Genève proposa, en 1825, à des libraires de Paris, de leur vendre un manuscrit contenant précisément les ouvrages dont j’ai rapporté les titres, et qu’il avait, plus de vingt-cinq ans auparavant, reçu en payement de ce que lui devait un homme de le titres qui avait vécu dix ans avec Voltaire. Rien de cela n’était appuyé de preuves. On n’offrait pas, au reste, le manuscrit comme étant de la main de Voltaire, mais comme pouvant être de celle de Mme Denis. Les libraires à qui la proposition était faite la refusèrent. D’autres éditeurs furent moins difficiles, comme on voit.

La lecture de la première de ces onze pièces suffisait pour motiver un refus.

Dans les Réflexions sur l’idée qu’on doit avoir de Dieu selon nos lumières, l’auteur, après avoir dit que, pour avoir une idée de Dieu, il n’est pas nécessaire qu’on le voie, de même qu’on n’a pas besoin d’avoir vu certaines personnes pour croire à leur existence et les connaître, ajoute : « C’est ainsi que nous pouvons à présent connaître, par exemple, le cardinal de Richelieu mieux que ceux qui vivaient de son temps, puisqu’il nous a laissé, dans son Testament politique, un portrait de son âme qui nous en montre toutes les qualités. »

Ce raisonnement ne pouvait être fait par Voltaire, qui n’a jamais changé d’opinion sur le Testament politique, qu’il regardait comme apocryphe[37].

J’ai cependant admis dans mon édition, tome L, la Prière du curé de Fresne. Il le fallait bien, puisque, tome LXVIII, pages 102 et 131, j’avais dit qu’on trouverait cette Prière au tome L[38].

Quant au Philosophe, que j’ai donné (tome XLVII, page 230[39]), le texte que j’ai adopté est bien différent de celui que contient l’édition en quatre-vingt-quinze volumes ; et j’ai expliqué pourquoi je préférais la version que j’ai reproduite.

Il est encore un de ces écrits attribués à Voltaire dont je parlerai : c’est l’Extrait d’un manuscrit intitulé le Ciel ouvert à tous les hommes, où l’on prouve, par la religion et par la raison, que tous les hommes seront sauvés. C’est P. Cuppé qui est auteur du Ciel ouvert à tout le monde, ouvrage imprimé en 1768, in-8°. Voltaire, qui était bien au courant des impressions de cette nature, n’aurait point dit que l’ouvrage était manuscrit quand il était imprimé.

Les autres écrits du cahier provenant de l’habitant de Genève, sur lesquels je ne reviens pas ici, sont trop peu de chose pour que je discute leur authenticité. Elle n’est pas mieux prouvée que celle des Réflexions sur l’idée qu’on doit avoir de Dieu, etc.

Je me félicitais, dans mon prospectus, de me rencontrer souvent dans mes recherches avec MM. Clogenson et Dubois. Cela est arrivé avec ce dernier bien plus rarement que je ne l’espérais. Au contraire, le résultat du travail de M. Clogenson se trouvait tellement conforme au mien qu’avec la permission, ou plutôt l’offre de cet honorable ami, j’ai presque toujours reproduit sa rédaction avec sa signature ; il m’est arrivé quelquefois de réduire ses notes.

On pense bien que, quelque imparfait que soit mon travail, il l’eût été bien davantage si je n’avais reçu d’amples secours. M. Decroix, l’un des éditeurs de Kehl, non-seulement m’a fourni des indications qui m’ont mis sur la trace de choses qu’il n’avait pu se procurer, et que je suis parvenu à posséder, une seule exceptée, mais il m’a donné la note des fautes qu’il relevait de temps à autre dans son édition ; il m’a communiqué des passages qu’il était impossible d’imprimer dans le temps. Avant de mourir, il m’envoya un manuscrit de l’Envieux, copié de sa main, ainsi que quelques autres manuscrits. Ses conseils m’ont été souvent utiles ; ils l’auraient été bien plus pendant l’impression. C’est un chagrin pour moi de n’avoir pu lui faire hommage de l’édition, et d’être privé de son suffrage.

Je dois des communications plus ou moins nombreuses, mais toutes importantes, à MM. Azevedo, Berriat-Saint-Prix père, Berriat-Saint-Prix fils, Breghot-du-Lut, Champollion-Figeac, Dugas-Montbel, Fayolle, Montvéran, Niel, Pericaud, Requien, Rodet, Romey, de Soleinne, Thomas, la société des Bibliophiles, et plus spécialement MM. H. de Châteaugiron, de La Bédoyère, H. de La Porte et Monmerqué.

Je dois tant à MM. de Cayrol et Ravenel, sous-bibliothécaire de la ville de Paris, que je les puis appeler mes collaborateurs. M. de Cayrol a fait pour la Correspondance de Voltaire un dépouillement immense, judicieusement exécuté, qu’il m’a communiqué sans réserve.

C’est pour toutes les parties des Œuvres de Voltaire, sans excepter la Correspondance, que j’ai des obligations à M. Ravenel et à une autre personne. Tous deux ont relu d’un bout à l’autre toutes les productions de Voltaire, pour me signaler les passages qui demandaient attention ou explications, et très-fréquemment m’ont donné même les explications. On juge quelle assurance cela me donnait dans mon travail lorsque nous nous trouvions d’accord, et quel examen j’ai dû faire quand nous différions d’opinion.

J’ai parlé d’assurance dans mon travail : qu’on ne pense pas que cette assurance soit de la présomption. J’avouerai que je crois avoir fait beaucoup ; mais qu’il y a loin de là à tout ce qu’il y avait à faire pour une bonne édition de Voltaire ! Personne ne sent plus que moi mon insuffisance pour une si forte tâche. « C’en est une terrible, disait Voltaire[40], que d’être obligé d’avoir toujours raison dans quatorze tomes » ; et c’est dans soixante-dix qu’il me faudrait l’avoir eue. La bienveillance avec laquelle tant de personnes que je respecte ont accueilli mon travail ne m’aveugle pas. Je dois avoir failli très-fréquemment ; et, comme le disait Bayle[41], « je ne doute point qu’outre mes péchés d’omission, qui sont infinis, il ne m’en soit échappé un très-grand nombre de commission ».

Malgré les mesures et précautions prises, il a été impossible d’achever l’édition en trois ans, comme le promettait le prospectus. L’impression aura duré cinq ans et demi ; c’est encore plus d’un volume par mois. Un hiver rigoureux a forcé de suspendre les travaux de papeterie et d’imprimerie pendant près de deux mois. Une grande commotion politique est survenue, qui a ralenti les opérations commerciales ; il a fallu le courage de M. Lefèvre pour mener à fin une lourde entreprise, que tout autre libraire que lui aurait, sinon abandonnée, du moins ajournée. Ces retardements ont profité à l’édition ; ils m’ont donné le temps de me procurer des renseignements difficiles à obtenir.

Paris, 10 juin 1834, centenaire de la condamnation
des Lettres philosophiques.

P. S. Je m’aperçois que j’ai déjà dit[42] que le 10 avril était le centenaire de la condamnation des Lettres philosophiques ; c’est une faute que, suivant les principes de Bayle et de Gryphe, je relève à la plus belle place.



FIN DE LA PRÉFACE GÉNÉRALE DE BEUCHOT.



  1. Contenant Œdipe (avec les six premières lettres sur Œdipe ; et le ballet de la Sottise, un sonnet, et deux couplets, objets qui ne sont pas de Voltaire), Hérode et Mariamne, le Mauvais Ménage (par Legrand et Dominique), la Henriade et sa critique. Il existe des exemplaires reliés en deux volumes : la Henriade et sa critique sont dans l’un ; Œdipe, Hérode et Mariamne, le Mauvais Ménage, dans l’autre. (B.)
  2. Ce n’était autre chose que les Pensées sur la Henriade, dont Beuchot parle dans son Avertissement en tête de la Henriade, tome VIII, pages 5 et 8.
  3. Voyez tome XXII, page 77.
  4. Voyez les douze vers qui suivent, tome II, page 64, acte I, scène i.
  5. Voyez les neuf vers qui suivent, tome II, page 87, acte III, scène iv.
  6. Voyez les vingt et un vers qui suivent, tome II, page 347, acte II, scène iv.
  7. Voyez l’Avertissement de Beuchot, tome VIII, page 6.
  8. À d’Argental, 10 juin 1748 ; à Clément de Dreux, 11 juin 1748 à d’Argental, 14 novembre 1750.
  9. Voyez tome IV. page 442.
  10. Dans la Bibliothèque annuelle, tome II, page 240, on dit que la préface de l’édition de Dresde, 1748, en huit volumes in-8°, est de d’Arnaud. On a vu de qui cette préface est signée. J’ai sous les yeux deux exemplaires d’une Dissertation historique sur les ouvrages de M. de Voltaire, par M. d’Arnaud, de l’Académie de Berlin, MDCCL, in-12 de xxiv pages, portant à la signature : Volt., tome I : ce qui prouve évidemment qu’elle faisait partie d’une édition des Œuvres de Voltaire. (B.)
  11. Voyez tome XXXVII, pages 202-204.
  12. Elle est donnée tome XXII, page 415.
  13. Si, malgré son titre, je mentionne ici cette édition, c’est que ce titre aurait pu être celui de la plupart des éditions données du vivant de l’auteur, toutes ces éditions étant plus ou moins incomplètes. (B.)
  14. Mon Séjour auprès de Voltaire, page 164.
  15. Lettre à Thieriot, du 4 juin 1756.
  16. Tome XXXIX, page 395.
  17. Lettre à Thieriot, du 16 juin 1756.
  18. Voyez tome XIV, pages xi et 135.
  19. Lettre à d’Argental, du 15 octobre 1754.
  20. Contenant : tome I, la Henriade ; II-V, Théâtre ; VI, Mélanges de poésies ; VII et VIII, Mélanges de philosophie, de littérature, etc. ; IX, Éléments de la philosophie de Newton ; X, Histoire de Charles XII, et Anecdotes sur Pierre le Grand ; XI et XII, Annales de l’Empire ; enfin il y a dix volumes pour l’Essai sur l’Histoire générale, comprenant le Siècle de Louis XIV. (B.)
  21. Voyez tome XXII, page 327.
  22. Qui sont tome X, pages 223 et 268.
  23. Voyez lettre à d’Argental, du 4 janvier 1773.
  24. Beuchot en a parlé tome XLIX, page 369. Voyez ce que Voltaire en dit dans une note de son Dialogue de Pégase et du Vieillard, tome X, page 200-201.
  25. Voyez la note 2, tome XLIX, page 405.
  26. Beaumarchais ne fut guère dans l’entreprise que l’éditeur financier, si l’on peut parler ainsi. Il a donné cependant quelques notes qui, comme celle de la page 222 du présent volume, sont signées de ces mots : Note du correspondant général de la Société littéraire typographique. Au bas des frontispices des volumes de l’édition de Kehl, on lit en effet, sans indication de ville, ces mots : De l’imprimerie de la Société littéraire typographique.
  27. Voyez tome II, page 15. Les éditeurs de Kehl pouvaient-ils imprimer le nom de Ximenès (qui n’est mort qu’en 1817) dans les lettres à d’Argental des 10 et 12 septembre 1755 ; à Richelieu, du 27 septembre, etc. ?
  28. Par exemple, cette phrase de la lettre de d’Alembert, du 31 juillet 1762 : « Enfin, le 6 du mois prochain, la canaille parlementaire nous délivrera de la canaille jésuitique. »
  29. Voyez la note de Beuchot, tome XXII, pages 79-80.
  30. Voyez ce que dit Beuchot, tome XXII, pages 80-81.
  31. De cette édition, trente-trois volumes furent tirés à plus grand nombre que les autres, et l’on en forma les Œuvres choisies, comprenant la Vie de Voltaire, par Condorcet (avec les Mémoires, Commentaire historique, et Pièces justificatives), l’Essai sur les Mœurs et l’Esprit des nations, le Théâtre complet, le Dictionnaire philosophique, les Romans et Contes en prose, les Contes en vers et Poésies légères, la Pucelle, la Henriade, le Siècle de Louis XIV, le Siècle de Louis XV, l’Histoire de Pierre le Grand, l’Histoire de Charles XII.

    Puisque par exception j’ai parlé d’une édition des Œuvres choisies, il en est une autre dont il faut rapporter le singulier intitulé : Ouvrages classiques de l’élégant poëte M. Arouet, fameux sous le nom de Voltaire, nouvelle édition, Oxford, 1771, in-8°. (B.) — Voyez la note tome VIII, page 304.

  32. Ainsi, dans la lettre de Voltaire à d’Argental du 19 juillet 1773, au lieu de :

    Monsieur l’évêque de Noyon,


    il a mis :

    Monsieur l’évêque de Nyon,


    puis a ajouté en note :

    « Tous nos prédécesseurs ont mal à propos imprimé ici, et dans les vers qui suivent, l’évêque de Noyon. »

    Ce mal à propos est lui-même un mal à propos, car il n’y avait point d’évêché à Nyon, et il y en avait un à Noyon. (B.) — Voyez tome XLVIII, page 421.

  33. Ces chiffres sont, bien entendu, ceux de l’édition Beuchot et non de la nôtre. (L. M.)
  34. Ces pièces ont presque toutes pris place dans nos Documents biographiques ou dans nos Pièces pour servir à l’Histoire posthume de Voltaire. Un certain nombre sont à leur date dans la Correspondance. (L. M.)
  35. Reproduit tome X, pages 461-465 de notre édition. (L. M.)
  36. Voyez tome XXIV, page 127 de notre édition. (L. M.)
  37. En 1737, dans ses Conseils à un journaliste, Voltaire a dit : « Si on réimprime le livre fameux connu sous le nom de Testament politique du cardinal de Richelieu, montrez combien on doit douter que ce ministre en soit l’auteur. » (Voyez tome XXII, page 258.) Trente-neuf ans après, le 2 mars 1776, il écrivait : « Il y avait de la démence à croire cette rapsodie écrite par un ministre d’État. » (Voyez tome L, page 1.)
  38. La Prière du curé de Fresne, que nous avions d’abord insérée parmi diverses pièces en prose attribuées à Voltaire, tome XXXII de notre édition, a été définitivement écartée. (L. M.)
  39. Tome XXIX, page 41 de notre édition. (L. M.)
  40. Lettre à Schouvalow, du 13 auguste 1762.
  41. Paragraphe iv de la préface de la première édition de son Dictionnaire historique et critique.
  42. Voyez tome XXXI, page 2.