100 percent.svg

Voluptés bizarres/V

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Georges de Lesbos
( ?)
S. N. (p. 59-70).

Voluptes bizarres frise ch2-3-5-8



CHAPITRE V.


AMOURS SALES.


Pendant un an entier, les deux amants voyagèrent, visitant les capitales de l’Europe.

Raoul était un compagnon charmant, très amoureux, et ne regardant nullement à la dépense.

Il avait littéralement couvert la jeune femme de bijoux, et, à en juger par leur nombreux bagage, on avait dû passer préalablement chez le costumier.

Malgré tout, Hélène s’ennuyait…

Un an, côte à côte avec cet homme, c’était un peu bien long pour une petite femme, dont les sens venaient à peine de s’éveiller…

Passer les journées à courir les villes, bras dessus-dessous, comme de légitimes et vulgaires époux ; puis, le soir venu, se coucher côte à côte, dans l’éternel et banal lit d’hôtel, c’était un peu stupide comme monotonie…

À Milan, où les deux amants restèrent un mois entier, Hélène s’éprit du ténor de la Scala, le fameux Albrandini…

Un soir, elle fit jeter au cabotin un bouquet, dans les profondeurs duquel un petit écrin avait été enfoncé…

Très ému, le ténor vint remercier la dame, laquelle, sans plus de façon, s’assit sur ses genoux, en lui faisant un collier de ses deux beaux bras…

Cet Albrandini avait un charme tout particulier… Comme la plupart de ses compatriotes, il adorait faire minette, et les chatouillements savants de l’excellent cabot contribuèrent pour beaucoup à le faire aimer…

Et tout un mois !…

Allez donc débiner les ténors, après cela !

Mais, le mois échu, c’est-à-dire la passion éteinte, Hélène et Raoul s’enfuirent vers Florence…

Le pauvre Raoul était un peu bien fatigué.

Les exigences vénériennes de sa maîtresse, l’avaient mis sur le sable… Jamais il n’avait eu affaire à femme aussi chaleureuse, en vérité, et sa pauvre poitrine sonnait quelque peu le creux…

Harry Blackson était donc tout désigné pour remplir, près d’Hélène, les intéressantes fonctions que l’on devine…

Harry était une manière d’Hercule américain ; il n’avait pas son pareil pour le trapèze double, et certaines petites dames de la villa assuraient qu’on ne trouverait point son rival en inventions voluptueuses…

Ce fut Harry qui enseigna à notre belle dégrafée les mystères de certaines positions…

Il donnait à la jeune femme de véritables représentations à domicile, et quand, complètement nu, il venait à la donzelle, en marchant sur les mains, après avoir naturellement exécuté deux ou trois sauts périlleux, celle-ci se tenait les côtes de rire et livrait avec une sensualité de femelle son beau corps grassouillet aux baisers du clown… que ç’avait donc été drôle, lorsqu’il l’avait fait mettre à quatre pattes !…

Il s’était placé sous ses fesses, debout, la tenant par ses merveilleuses cuisses, et lui avait glissé son membre sous le ventre…

C’était bizarre et bon…

Harry assurait que toutes les femmes en étaient très satisfaites…

La belle Fanny, avec laquelle il avait débuté, avait vraiment très bien joui, le jour, , durant la répétition de la brouette, il l’avait prise ainsi…

Et le clown s’étendait, donnait des détails…

Il la tenait comme ceci, avait ses mains comme cela, sous les cuisses nues, dans le maillot de soie chair ; et elles étaient très belles, ces cuisses-là.

Un peu maigriottes, mais d’un verveux !… Tout-à-coup, voilà qu’il s’était mis à bander très fort, lorsque, par un hazard heureux, son ventre toucha précisément les fesses de Fanny…

Alors, il perdit la tête, et poussa follement l’acrobate, qui essaya de dégager ses cuisses… Son tutu se fendit, laissant le cul nu, un cul très gras, ravissant ainsi… Il avait tiré son nœud, et, aux éclats de rire des confrères qui assistaient à cette scène, il avait baisé la Fanny…

Et c’étaient toujours des histoires dans le même goût, racontées avec les mots crus et les détails scabreux…

Hélène en était toute énervée…

Peu à peu, la jeune femme perdait de cette exquise retenue, qui lui donnait un faux air de candide naïveté

D’amoureuse, elle était devenue cochonne, et, dans ses voluptés, il lui fallait de l’étrange et du nouveau… sa jouissance ne lui paraissait plus acceptable, lorsqu’elle avait lieu dans les conditions banales ordinaires, il lui fallait le piment des mots rudes, sentant le bordel, et jamais elle ne s’amusa mieux qu’en s’arrêtant, au bas des ruelles louches, où d’inénarrables et graillonnantes maritornes, poings sur les hanches et mamelles mi-nues, dégueulaient d’affreux blasphèmes…

Un soir que, couchée près de Raoul endormi, elle songeait, une ride au front, elle se leva doucement, prit dans une malle des vêtements de paysanne et sortit furtivement de l’hôtel…

On était alors, à Naples et ce fut vers le port qu’Hélène dirigea ses pas…

Elle s’arrêta au coin d’une rue déserte, sous le bec de gaz blafard, les deux mains enfoncées dans la poche de son tablier, et, quand un homme passait, elle roulait voluptueusement les hanches, cambrant sa mince taille, offrant les splendeurs de ses seins mi-nus…

Des matelots revenaient, en chantant joyeusement, d’un bouge où ils avaient passé la soirée…

Hélène s’adressa à l’un…

— Viens donc, mon petit !…

— Nom de Dieu, la belle fille !…

Le matelot s’approcha, lâchant ses compagnons, et saisit la jeune femme par les fesses, en la collant rudement contre son ventre…

— Combien que tu prends, dis ?

— Cent sous, mon chat…

— Nom de Dieu ! si j’avais su ! ah ! nom de Dieu, de bon Dieu !

— Quoi donc ? T’as pas l’rond ?

— Pas trop, non ; les garces du boxon m’ont fait les fouilles, quoi ! Ah ! si j’avais su te trouver, nom de Dieu !… T’as des nichés épatants, sais-tu ?… Et pis, une Française, une payse !… Et dame ! Zidor pelote pas tous les jours un cul pareil !…

— T’as été un boxon ?… Que qu’c’est qu’ça, l’boxon ?…

— T’es bête !…

— Mais non, j’sais pas…

— Ben ! un endroit, où, contre trois francs, une garce se charge quelque fois d’vous foutre une bonne vérole au bout du nœud !… Ah ! bon Dieu, oui, si j’avais su, sûr j’y aurais pas été !…

— Viens donc !…

— Te dis : pas l’rond !…

— Tant pis ; j’te gobe !…

— Un béguin ? mince !…

— Viens ! vla une allée ouverte,

— Dans une allée ! T’es rien chic !…

Elle l’entraîna dans l’allée…

Et là, dans l’ombre épaisse, le matelot l’avait troussée, et ses mains pelotaient les fesses opulentes de la jeune femme…

Et il les trouvait si absolument parfaites, qu’il ne pouvait se lasser de les palper.

— Laisse-moi donc tirer ton membre, fit Hélène, en déboutonnant la braguette du matelot… Tu penses plus à la chose, alors… Mais il y pensait trop, au contraire, car, aussitôt le membre à l’air, il écarta brutalement les cuisses d’Hélène et essaya de le lui enfoncer sous le ventre…

— Des nèfles ! fit la jeune femme… Pour que tu me foutres la vérole, peut-être. Mets-moi ta main au cul, et branle-moi ; je t’en ferai autant. Mais pour me fourrer ta pine dans le con, je te l’ai dit : des nèfles !…

— T’es rien drôle !…

Il fut obligé d’en passer par là…

Et tandis qu’il lui chatouillait le bouton, elle branlait la grosse verge du matelot, qui ne tarda pas à lui décharger dans la main…

Quand Hélène jouit, elle eut des paroles infâmes, des aveux dégoûtants, criant au matelot d’agiter avec plus d’ardeur le gros doigt, qu’elle s’était enfoncé dans le trou du cul, et lorsqu’elle se pâma, rien ne peut donner une idée de ses soupirs, de ses cris…

Un garde de la ville, attiré par ce bruit, vint jeter un coup d’œil dans l’allée…

Parbleu ! le doute n’était pas permis.

Les baiseurs étaient bien pris dans le délit le plus flagrant.

— Ah ! ah ! fit-il, je vous pince, mes tourtereaux !… Vous allez me suivre chez Monsieur le commissaire…

Le matelot, très contrarié de l’aventure, profita de la demi-obscurité où ils étaient plongés, pour sauter à la gorge de l’agent qu’il culbuta ; le drôle prit alors la clé des champs, se disant que la putain se tirerait d’affaire comme elle l’entendrait…

Cependant l’agent s’était relevé, et, menaçant, il s’avança vers Hélène qui l’attendait, les bras croisés…

— Salope ! tu vas payer pour l’autre ! s’écria le policier, dans sa langue maternelle, laquelle était fort bien comprise de la jeune femme…

— Qu’est-ce que tu veux faire ?

— T’arrêter, parbleu !

— Allons donc ! on ne m’arrête pas, moi !

— Je t’apprendrai à te faire enculer dans les allées ! C’est dégoûtant, parole. Allons, suis-moi, ou je t’empoigne de force…

— T’es diablement bête, sais-tu ?

— T’as pas fini de m’insulter, sale peau !…

— J’tai dit qu’t’étais bête ; j’te le répète !… T’as l’occasion d’faire l’amour à l’œil, et tu la laisses échapper !…

— L’amour, tu n’as pas peur. Une vache comme toi !…

— Est-ce que j’en ai l’air, d’une vache ? Et, sous le bec de gaz où elle alla se placer, elle releva fièrement la tête…

L’agent, agréablement surpris, fit :

— T’as l’air salaud un peu !…

Et lorsqu’elle eut relevé sa jupe, par dessus sa croupe, se montrant ainsi toute nue jusqu’à la taille, l’agent policier fut vaincu…

— Bordel du pape ! s’écria-t-il, t’es mieux bâtie qu’une princesse…

— Et tu me laisseras aller, si j’t’en donne ?

— Parbleu !…

— Viens donc, alors, grosse bête !…

— Ah, non ; pas dans l’allée… Là-bas, sur le port, dans les barriques, on ne sera pas ennuyé !…

Et, une heure après, lorsqu’elle s’alla coucher près du pauvre Raoul, la courtisane avait les sens satisfaits, et s’endormit d’un lourd somme.


frise de fin de chapitre