Vraye Pronostication de maistre Gonin pour les mal-mariez, plates-bourses et morfondus, et leur repentir

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Vraye Pronostication de maistre Gonnin pour les mal-mariez, plates-bourses et morfondus, et leur repentir.

1615



Vraye Pronostication de Me Gonnin1 pour les mal-mariez, plates-bourses et morfondus, et leur repentir.
À Paris, Chez Nicolas Alexandre, rue des Mathurins.
M.DC.XV. In-8.

Les plus sages bien souvent sont les plus fols, et leurs folies quelquesfois preparent aussi bien à rire à plusieurs, parceque les fols sont de saison en tout temps, voire en plus grande abondance que pistoles et escus. Tels furent autrefois (sauf leur honneur et meilleur advis) le bon homme Aristophane pour le premier, qui s’est amusé à faire un long discours des nues, situées en la region des oiseaux2. Ô le beau païs ! C’est ordinairement le sejour des folles pensées de tout temps, et d’aujourd’huy dea ! Ô que les grands remueurs d’affaires y feroient bien leur cas ! Qu’y fussent-ils tous ! ils ne nous eussent donné tant d’empeschement et de malheur que nous en recevons. Nostre Aristophane donc estoit-il pas bien sage, à votre advis, d’avoir entrepris ce folastre discours de nues ? À quel propos ? n’en voit-on pas assez icy tous les jours et partout ? Voyons l’autre : c’est Homère, qui se mit autrefois à escrire en vers grecs (ô la grande folie !) une imaginaire bataille survenue entre les rats et les grenouilles, qu’il appelle en grec Batracomiomachie, d’un nom aussi long qu’une perche de huict pieds, en huict syllabes. Là il represente une cruelle et dangereuse meslée, tant par eau que par terre, leurs saillies, leurs ruses, leurs embusches, bref tous les petits tours et finesses de guerre qu’on sçauroit excogiter3 ; et je croy que, si ces petits animaux eussent un peu estez dressez au manége, pour apprendre quelque civilité bestiale, ils eussent bien fait parler de leur vie, et en eut-on raconté merveilles, veu leur grand courage qui reluisoit sur leurs armes, presque aussi furieux et boursouflans que les Cyclopes du temps passé, qui, voulans escheler4 les cieux, se virent en un instant foudroyez de l’inevitable bras du haut Juppiter. Je voudrois qu’il m’en eut cousté quinze, voire quarante-cinq (je ne m’en soucie pas, je joue assez bien) et qu’il fussent en vie : ils feroient, j’ose dire, merveilles ; ils trouveroient de merveilleux subjects pour exercer leur style et eloquence, non pas à une fantastique description de nues, ou d’une guerre de rats et grenouilles, cela n’est point digne de la grandeur de si hauts, si sublimes, si relevez et scientifiques esprits comme le leur ; je les voudrois cognoistre, s’ils estoient en vie : je les prierois d’employer quelques heures de temps à plus belle et haute recherche : ils en seroient louez, et peut estre recompensez, on ne sçait ; le monde ne sera pas tousjours pauvre ny chiche ; chacun aura de l’argent, car la paix qui arrive bientost5 fera vendre toutes les harquebuses, piques, mosquets et halebardes : aussi bien cela faict trop de bruit pour rien. Mais helas ! garda filiol, dit l’Italien, je voy desjà les taverniers qui deviennent fort bleus6, principalement ceux d’auprès les portes : ils vont donner du cul à terre, car, puis qu’il n’y aura plus de soldats aux portes, que la paix les fera toutes ouvrir comme auparavant, la grande peur qui pensa esbranler tous nos fauxbourgs, qu’aurons-nous à faire d’en avoir tant ? Et à quel propos encor le vin à cinq, six et huict sols, puis que l’Auvergne, le Languedoc, la Provence, la Gascogne et la Bourgongne en regorgent de tous costez ? Chacun son tour, dit la devise : mettez donc les armes au ratelier derrière la cuisine, n’en parlons plus. Traitons d’autre matière plus serieuse. Il m’est tombé en main un certain traicté en façon d’ephemeride, ou prognostic, copié, composé, calculé et diligemment metagrabolisé7 d’un costé et d’autre, voire à tous visages, aages, lunettes et complexions. Ô qu’il est beau et bien fait ! Il meriteroit d’avoir du rouge parmy8, car il promet mirabilia pour ceste année et l’autre. Ha ! que le bon-heur nous en veut bien que maistre Gonnin n’est pas mort ! Ce seroit presque, je vous dis, une perte irreparable. Il logeoit sur un haut pigeonnier, pour mieux depuis là dresser ses horoscopes. Il faisoit là le maistre Gonnin, et, conptemplant partout, il voyoit tant de fols que c’est merveilles. Il dit qu’il apperceut non guères loing d’icy certains courriers, sans paquet ny commission, courans de nuict, qui abbayoient contre la belle et claire lune, parce qu’elle ne donnoit ses rayons que là où il luy plaisoit (Regardez la folie !), et ainsi ne cessoient d’esveiller tout le monde par où ils passoient, courans, trottans, allans, venans, gastans tout, sans regarder où ils mettoient les pieds, sautans tantost dans un jardin, tantost dans une vigne, tantost dans les bleds, et, qui pis est, les vit faire de terrible mesnage dans une eglise près d’Auxerre. Je ne parleray point des coups de mousquets contre le crucifix, et du vol du sainct calice, du mesprix faict au Saint-Sacrement, et du violement en icelle eglise9 ; non, je n’en veux dire mot, parce qu’aucuns de ces courriers sans envoy furent traictez comme il falloit ; je parleray seulement de la trongne qu’ils faisoient à ceste belle lune (entendez bien), la poursuivans comme folastres cinges ; mais elle s’en rioit et n’a laissé de faire son cours, portée honorablement sur cest hemisphère, sans se soucier de leur abbayement, parceque, comme ils disent en Languedoc et Provence, bran d’aze ne monta ou seou, c’est-à-dire brayement d’asne ne monte point au ciel. Ces courriers donc et postillons d’Æole, n’estant que vent, sont-ils pas mal mariez ? Jan, c’est mon10, si font, voire avec belle folie. Ô la gaillarde et prudente femme ! c’est pour faire une bonne et honorable maison. Escoutons encore maistre Gonnin : il dit que, dès le commencement du printemps, et ce qui s’ensuit jusqu’à et cætera, je n’ay peu lire que cecy :

Aucuns remplis de male humeur
Verront l’effect des sept planettes,
Notamment de Juppin l’ardeur,
Dardant son foudre sur leurs testes.

L’exposition se voit cachée en la page viceversa de l’autre costé, ce me semble, où il parle de ce Dieu Chronien Saturne, tout refrongné, qui mangeoit ses enfans propres quand il estoit en colère, comme dient les Poètes, n’espargnera pas ceux qui comme Icares veulent monter trop haut avec aisles de cire, en danger qu’il ne les envoye avec Vulcan en l’isle de Lemnos faire des lunettes pour voir plus clairement le fonds de leurs affaires ; ou bien aux Indes11 pescher au fleuve du Gange ces grandes anguilles de trente brasses de long : cela les rassasieroit un petit.

Juppiter estoit un mauvais garçon ; pour regner sans empeschement, il envoya Neptun gouverner les mers, et Pluton les enfers, maintenant ainsi son sceptre avec son foudre trisfulque et formidable.

Mars12 se sent si fort, qu’il ne voudra point de compagnons : ainsi se fera redoubter en ses canons et estendarts ; c’est bien aussi la raison.

Mercure, fin et subtil, qui entend le pair13 et le jars14, fera desormais des merveilles (selon qu’il est predit), car

Quelques uns par trop hasardeux,
Pour avoir vuidé trop d’ordure,
Se verront frotter de Mercure,
Mais je n’entends pas du fumeux.

Aussi ce minéral Mercure est propre particulièrement à nettoyer les malins ulcères qui gastent et corrompent le corps.

Sol leur donnera bien de la peine, car, ayant trop longtemps demeuré en campagne soubs l’ardeur de ses chauds rayons, en concevront telle douleur de teste, qu’à aucuns faudra une prompte et vive saignée ès parties jugulaires ; et aux autres, des restraintifs au gosier pour retenir les humeurs bilieuses et peccantes.

La Lune ne leur sera non plus favorable que les susdits, car, estant de son nalurel froide, elle les fera tant tousser, cracher, vesser et roussiner, qu’on sera contraint, les sentens si fort puyr, de les appeler les morfondus à la Lune ; mais, comme porte son prognostic,

Le laboureur après l’esté
À ses maux aura recompense,
Mais le fol sera mal traicté
Et puny pour son insolence.

Vénus leur pourroit bien bailler quelque horion ; mais elle a pitié d’eux, comme douce et favorable, les voyant si maigres et hideux ; mais elle les renvoyera à son ennemie Pallas, qui leur cassera les restes, pour récompense de leurs vains labeurs, ainsi comme est porté par la même prédiction, car

Cest almanach fait de nouveau
Promet par un certain presage,
Non du froid, ny gresle, ny eau,
Mais aux fols un très-grand domage.

Voilà quant au mal mariez avec dame folie, qui, se repentans et sentans maintenant l’hyver arriver, ne trouvans plus rien à fricasser, recèlent et cachent leurs doubles cornes, comme les limaçons, honteux d’estre la matière fabuleuse entre le peuple ; on leur pourra dire en riant et sans scandale que

Il ne faut jà contrefaire
Et faire semblant d’avoir froid :
Car tel sera, au contraire,
Mieux à couvert qu’il ne voudroit.

Ô la grande folie que c’est de piller le poivre avant qu’avoir le lièvre, se jetter en longues et plausibles espérances ! Mais de quoy enfin ? de rien. Voilà un mariage bien égal, Maistre fol avec Dame folie ! ils feront de beaux enfans, ils auront la barbe en naissant, aux dents.

Je leur conseille de se servir le plus promptement qu’ils pourront de ce mien advis (si toutefois ils en ont le temps), d’assopir le feu de telle fougade15, et faire comme les anciens Romains, qui avoient des prestres pour appaiser les foudres et tonnerres, et ce par loix expresses portées aux douze tables, qu’ils ayent des amis qui aydent à esteindre le feu qu’ils ont allumé : car, si Juppiter (qui regarde la France tousjours de bon œil ) les regarde une fois en courroux, je les voy perdus ; il faudra herbam dare, comme dit le proverbe, donner le torchon d’herbe au maistre et vainqueur, à la façon des pasteurs, qui, ayant luité un long temps ensemble, à la fin celuy qui est vaincu sur le lieu même arrache une poignée d’herbe et la présente au vainqueur en signe de victoire, il en faudra faire de même ; mes amis (pas trop) ; il faut estre sages, ou estre chastiez, l’un ou l’autre infailliblement ; il en est temps, car

Voicy l’hyver, avec sa robe grise,
Qui vous rendra les membres tout perclus.
Où irez-vous ? Hé ! vous n’en pouvez plus :
Vous tremblottez soubs un manteau de frise.

Les voilà donc en danger d’estre enroolez soubs le drapeau des morfondus, car d’attendre à l’année qui vient, il n’y faut pas seulement songer. Maistre Gonnin ne veut pas embrouiller ses prédictions de cest article : ils voient arrivé ce qu’il a predit, à sçavoir (prenez bien garde), et retenez les termes icy expressément couchez :

Que jamais les fols ne joueront bien leur roolet ;
Que les outrecuideux donneront du nez à terre ;
Que les ambitieux, pour regarder de trop près le soleil,
Deviendront lousches ou aveugles, etc.

Hé, ne le voit-on pas ? que sont devenus ces courriers sans commandement ? Castiga, Castiga, la frusta, la frusta à quelli forfantelli ; qu’on les chastie ces soldats morfondus.

Et bien donc ? qu’est-ce ? qu’en dites vous ? ha violeurs, mais il faudra estre vieleurs, et sonner le troin troin de porte en porte pour gaigner quelque double16, et n’ sçay encor si on leur donnera permission, car, si les sergents de l’hostel de Scipion17 les trouvent, ils seront incontinent enostelez, fustigez et rasez, et alors on les cognoistra bravement, et chacun dira : Aga mon amy, Aga m’amie, et beau Dieu ! quelles gens sont-ce là ? C’estoient des gaspilleurs du pauvre monde, des violeurs de femmes et filles, et maintenant ils sont soldats de plate-bourses, ils se sont mis vieleurs chantans par les portes, fanfara helas ! fanfara soldadons, fanfara bourse-plate. Et falloit-il faire tant de bruit pour donner du nez si tost à terre. Hélas ! il est arrivé à ces pauvres infortunez tout de mesme qu’aux cigales qui chantent tout l’esté, sans apprehender l’hyver, et, l’automne venu, elles deviennent enrouées, et ne peuvent plus chanter : ainsi ces plate-bourses et morfondus ne chantent plus. Il y a bien des helas cachez dessoubs les boutons du pourpoint ; il y a bien de la demangeaison derrière l’oreille, beaucoup de folie en la teste, et encor plus de repentir au cœur. On entend desjà tant de : helas ! je me repens ! helas ! je n’y pensois pas ! helas ! que feray-je ? j’ay vendu mon espée pour du pain ; au moins si j’avois pour achepter une meschante viéle ! Ha ! qu’on dit bien vray, quand le fol est pris, il a beaucoup plus de temps pour se repentir que pour fuyr ! Ô que bien a dit le poète18 parlant de la pauvre Caliston séduite :

Eheu ! quant difficile est crimen non prodere vultu !

Ô qu’il est mal aisé de tenir caché le meffait ! Les voylà donc bien à sec, bien faits de corps, sans manteau, sans poignard ny espée, encor moins de mousquet ! Et pourquoy cela ? Parceque

On peint Bellonne et Mars tousjours tous nuds,
Car ceux qui s’y sont pleus, tels en sont revenus.

Ha ha ! ils pensoient tout fendre nostre gros bois19 ; mais ils ont faict comme l’ours, qui, pour avoir le miel caché dans le chesne entr’ouvert, s’y enserra gentiment les pattes, parce que le renard osta les coins20. Ils se promettoient trop à un coup ; mais poisson qui nage n’est pas prest ; le Bouillon21 n’en vaut rien, il est trop fade. Ô qu’ils sont tristes ! car

Faute d’argent n’emplit pas la bouteille ;
Faute d’argent rend l’homme tout deffaict ;
Faute d’argent l’homme gras et refaict
Rend maigre et sec, tremblant comme la feuille22.

Jamais le peintre Appelles ne depeignit mieux sa Venus que les voylà proprement despeints, et, comme dit la fin de la prediction,

C’est trop folement despendu,
Quand pour despendre on est pendu ;
Qui plus despend qu’il n’a vaillant
Faict le cordeau dont il se pend.

Qu’on fasse son profict : baste pour ce coup ! Motus, la caille pond. C’est assez, ostez-vous de là.


1. Nous avons déjà dit quelques mots des farceurs qui se firent appeler maître Gonin (V. notre t. 3, p. 53, note) ; nous allons revenir plus longuement sur leur compte. Le nom de Gonin, qui appartient, plus ou moins modifié suivant les pays, à toute une famille de bouffes italiens, françois, etc., me semble venir de la gonne ou gonnelle, sorte de longue cotte dont ils s’habilloient. Tabarin, farceur de pareille espèce, emprunta ainsi son nom au tabar qui lui servoit de costume, et le Charlatan (Scarlatano), prototype des autres, qui opéroit vers le même temps sur le Pont-Neuf, ne dut d’être ainsi nommé qu’à l’habit d’écarlate dont il étoit vêtu. Dans ce monde de farceurs, c’étoit donc toujours l’habit qui faisoit, sinon l’homme tout entier, du moins son nom. La gonne ou gonnelle dut avoir d’autant mieux ce privilége pour les bouffons dont nous parlons, qu’elle avoit d’abord été robe de moine et d’écolier, et par là tout à fait prédestinée à la malice et aux bons tours. La Fontaine semble avoir eu vent de cette origine quand il a dit, au commencement de son conte de l’Ermite (11, 15) :

Gardez le froc, c’est un maître Gonnin.

M. Walckenaer, prenant l’éveil sur ce vers, mit en note : « Le mot gone, en ancienne langue romane, signifioit toutes sortes d’habillements, et surtout une robe de moine. Je crois que le mot gonin en est dérivé. » C’est ce que nous soutenons, en tâchant de le prouver plus complétement. Nous trouvons en Italie, dès le XIVe siècle, un bouffon qui prit ainsi son baptême de la malicieuse robe ; seulement, comme on ne l’y désignoit que par son diminutif gonella, c’est aussi par ce diminutif qu’on désigna le farceur : on l’appela Pietro Gonella. Il vivoit à la cour d’un duc de Ferrare, dont il semble avoir été le fou en titre d’office. Ses bouffonneries, qui sont souvent citées dans les Nouvelles de Sacchetti, et dont on fit un recueil dès le commencement du XVIe siècle, le Bufonerie del Gonnella, Firenze, 1515, in-4, coururent toute l’Europe. En Espagne elles étoient si populaires que Cervantes, pour dépeindre d’un trait la maigreur de Rossinante, se contenta de dire, sûr d’être compris, qu’il avoit plus triste apparence que le cheval de Gonéla. C’étoit une allusion à l’histoire, tant de fois rajeunie depuis, de cette pauvre rosse étique et décharnée que notre farceur avoit mise en défi avec le meilleur cheval du duc. Il avoit parié qu’elle sauteroit plus haut : il la fit jeter du haut d’un balcon, et, comme le duc ne se soucia point de l’épreuve pour son cheval, Gonella gagna le pari. Cette popularité du Gonella italien, qui dut se répandre en France plus facilement encore qu’en Espagne, donna sans doute de l’émulation à nos bouffons françois, et fut cause peut-être que, comme ils avoient pris le même habit, ils reçurent à peu près le même nom. Le premier maître Gonin que nous trouvons en France dit ses farces et fait ses tours, souvent fort libertins, à la cour de François Ier. (V. Brantôme, Dames galantes, discours 2, art. 3.) — Il eut, suivant le même écrivain, un petit-fils, qui vivoit sous Charles IX, et qui fut moins habile que lui. Depuis, maître Gonin ne reparoît plus à la cour, ce qui ne l’empêche pas pourtant de se mêler des affaires de l’État. Il est simplement, comme ici, faiseur de pronostications politiques, diseur de bons contes, ou joueur de gobelet sur le Pont-Neuf. Sorel, qui le connut sous le règne de Louis XIII, nous a parlé de la grande escarcelle dans laquelle il mettoit ses instruments pour faire ses tours de passe-passe. (Hist. comique de Francion, p. 177.) Ce sont ces mêmes tours qui ont perpétué sa réputation. Dans la scène 22 de la Maison de campagne, petite comédie de Dancourt, il est encore question des tours de maître Gonin. — Nous le trouvons aussi en Allemagne. Aux noces de la princesse Sophie de Bavière, Gonin, chef des magiciens bavarois, est avalé par Zytho, magicien de Bohême. (Goerres, Hist. du doct. Faust, dans son ouvrage sur les Livres populaires en Allemagne.)

2. L’auteur réunit ici dans une même allusion deux des comédies d’Aristophane, les Nuées et les Oiseaux.

3. Excogitare, penser.

4. Escalader. Ce mot étoit déjà suranné, mais on l’employoit encore quand il s’agissoit de rappeler la lutte des Titans contre Jupiter. « Laissez-le venir, ce géant qui menace d’escheller les cieux », lit-on dans l’Astrée, 4e part., liv. 2.

5. La paix entre la reine mère et les princes mécontents avoit été signée le 15 mai 1614 à Sainte-Menehould. Ce passage, qui nous montre cette pacification comme étant seulement en espérance, nous feroit penser que la Vraye pronostication de maître Gonnin est des premiers mois de 1614. L’édition que nous suivons, et qui porte, comme on l’a vu, la date de 1615, n’est donc certainement pas la première.

6. On disoit devenir bleu, et surtout faire des coups bleus, pour tenter des efforts inutiles, des entreprises qui ne réussissent pas. (Leroux, Dictionnaire comique.)

7. L’auteur suit pour ce mot la mauvaise orthographe adoptée par Bruscambille ; c’est matagraboliser qu’il faut lire, comme l’a écrit Rabelais, d’après les trois mots grecs dont il a dérivé cette expression burlesque. (V. liv. 1, ch. 19.)

8. Dans les livres de droit, l’on imprimoit en lettres rouges les titres et les passages importants du texte : c’est ce qu’on appeloit rubriques.

9. Les ravages auxquels il est fait allusion ici, et qu’avoient commis les soldats des princes mécontents, donnèrent lieu à plusieurs écrits, où se retrouvoient les plaintes des habitants de la campagne : La carabinade du mangeur de bonnes gens, 1614, in-8 ; — Ennuis du paysan champestre, adressé à la reine régente, 1614, in-8 ; — Discours de Me Guillaume et de Jacques Bonhomme sur la defaite de 35 poules et le coq faite en un souper par 3 soldats, 1614, in-8. Après la paix, d’autres livrets avoient paru dans lesquels éclatoit la joie de ces pauvres gens, délivrés enfin de ceux qui les mettoient au pillage : L’Hymne de la paix chantée par toute la France, par les laboureurs, vignerons et autres paysans qui l’habitent, pour l’assurance qu’ils ont maintenant de paisiblement recueillir le fruit de leurs labeurs ; — Le Holà des gens de guerre fait par le messager de la paix… dédié à Monsieur, frère du roy, qui donne la sauvegarde aux paysans…, par Beaunis de Chanteraine, sieur des Viettes, 1614, in-8.

10. V., sur cette expression, la note d’une des pièces qui précèdent.

11. Après les guerres civiles on voyoit souvent les gens du parti vaincu s’exiler volontairement pour aller offrir leurs services aux princes étrangers, ou fonder des colonies, comme les chefs huguenots Laudonnière et de Gourgues l’essayèrent dans la Floride sous Charles IX. En 1614, ceux qui avoient servi sous les princes et que la paix venoit de laisser sans emploi manifestèrent des intentions pareilles, comme ce passage sembleroit l’indiquer, et comme on le sait d’ailleurs par l’ordonnance royale qui fut alors rendue pour y mettre obstacle : Lettres-patentes du roi portant defenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu’ilz soient, de n’enlever aucun soldat hors de ce royaume pour aller servir aucun prince étranger, et enjoint à ceux qui y sont allés de s’en revenir sous peine du crime de lèse-majesté. (22 septembre 1614.) Louis XIV, après la Fronde, persuadé qu’il étoit plus prudent de repousser du royaume ce vieux levain de rebelles que de l’y garder, prit une mesure toute contraire. « On envoya, dit Lemontey, périr à Candie, en Afrique, en Hongrie, les vieux soldats gâtés par la licence des discordes civiles, et le duc de Beaufort, le roi des halles, et le comte de Coligny, qui avoit suivi Condé chez les Espagnols. » (Essai sur l’établissement monarchique de Louis XIV, etc. Paris, 1818, in-8, p. 328.)

12. C’est le prince de Condé, chef des mécontents, comme tout à l’heure Jupiter c’étoit le roi.

13. V., sur cette expression, notre t. 3, p. 276–277.

14. On disoit par abréviation entendre le jars pour entendre le jargon ou argot des voleurs. Il est tout naturel que Mercure sût cette langue-là. Si le duc de Mercœur n’étoit mort en 1602, je croirois que c’est de lui qu’on a voulu parler sous ce nom de Mercure, qui se prononçoit comme le sien.

15. La fougade, foucade ou fougasse, étoit une sorte de petite mine qu’on préparoit sous un ouvrage qu’on vouloit faire sauter. Ce mot s’employoit aussi figurément. On dit encore dans quelques provinces d’une personne qui va par élans et par fougue : elle fait tout par foucade.

16. Il est parlé dans l’Histoire comique de Francion (Rouen, 1635, in-8, p. 689) « des anciennes trompettes revenues des guerres » qui gagnoient leur vie à fanfarer sur le Pont-Neuf aux dépens de la bourse et surtout des oreilles du passant. Selincourt se plaignoit en 1633 de ce qu’on n’employât à la chasse que de simples cors au lieu de trompes, « qui, dit-il, se font entendre de plus de deux lieues, et, ajoute-t-il, de ce qu’on a établi une licence de sonner à la manière des maîtres du Pont-Neuf. » Cité par Le Grand d’Aussy, Vie privée des François, édit. Roquefort, t. 1, p. 426.

17. C’est la belle maison bâtie à la fin du XVIe siècle dans la rue de la Barre par Scipion Sardini, gentilhomme italien de la cour de Henri III. Sous Louis XIII cet hôtel devint l’un des hôpitaux des pauvres renfermez « pour les hommes et les garçons », lisons-nous dans le Supplément aux Antiquitez de Paris de Du Breul, p. 46. L’on ne sait pas au juste à partir de quelle époque il reçut cette destination. La Tynna dit, d’après Piganiol (t. 5, p. 122), que ce fut en 1636, M. L. Lazare en 1622 ; mais la date de notre pièce prouve que dès 1614 la transformation de l’élégant hôtel en hospice avoit eu lieu. Par ordonnance du 27 avril 1636 il fut déclaré, ce qu’il est encore, l’une des propriétés de l’hôpital général. Les bâtiments en sont occupés aujourd’hui par la boulangerie des hôpitaux et hospices civils de Paris. Le nom de Scipion a été conservé et a même passé à la rue de La Barre, où se trouve l’établissement. Le vieil hôtel y survit par quelques restes précieux, six arcades surmontées de médaillons en terre cuite. « C’est, dit M. de Laborde, un curieux spécimen d’un genre de construction dont nous n’avons pas d’autre exemple à citer dans Paris, et d’une décoration qui n’a que trop d’imitateurs dans nos maisons modernes. » (Revue nouvelle, 1er mars 1846, p. 389.)

18. Ovide, au liv. 2 des Métamorphoses.

19. Cette locution est restée, mais diminuée. On dit seulement aujourd’hui de quiconque promet des merveilles : il va tout fendre ; d’oùi le mot fendant pour fanfaron.

20. Le Roman du Renart, publié par Méon, t. 2, p. 24.

21. On joue ici sur le nom du maréchal de Bouillon, qui étoit, avec le prince de Condé, l’un des meneurs des troubles. On a souligné à dessein le nom dans le texte, pour rendre cette allusion plus transparente que toutes les autres qui se trouvent dans cette pièce.

22. Ces quatre vers font partie d’une chanson qui étoit déjà populaire au XVIe siècle, et qui se trouve dans le Recueil que Pierre de Phalèse réimprima à Louvain en 1554. Elle a pour refrain ce vers qui devint proverbe, et que Rabelais cite comme tel (liv. 11, ch. 16) :

Faute d’argent est douleur non pareille.

Roger de Collerye a pris cette chanson pour en faire son 71e rondeau. (V. ses Œuvres, édition elzevirienne, p. 223.) Nous allons rétablir d’après lui les quatre vers cités incorrectement ici :

Faulte d’argent n’emplist point la bouteille,
Faulte d’argent rend l’homme tout deffaict,
Triste et pensif, non pas gras et reffaict,
Mais mesgre et sec, tremblant comme la feuille.