La Chasse au vieil grognard de l’antiquité

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La Chasse au vieil grognard de l’antiquité.

1622



La Chasse au vieil grognard de l’antiquité.
1622. In-8.

C’est trop nous reprocher l’antiquité : nous ne faisons, n’operons, ne disons aucune chose que l’on ne nous mette devant les yeux : « J’ay veu le temps… Nos anciens faisoyent… » Comme s’ils avoyent esté plus sages, plus sçavans, plus vaillans, plus modestes, plus riches et mieux morigenez que nous ! Ces reproches ne nous ont pas tant attristé qu’ils ont esté le subject de nous faire estudier, songer, anquester, lire, pour faire la comparaison du vieux temps au nostre ; et tant plus j’ay vouleu penetrer avant pour en cognoistre la verité, tant plus j’ay eu du subject de me resjouir, recognoissant le contraire de ses reproches.

Pour ce faire, j’ay commencé par les rois, quy est la chose la plus haulte, et suis descendu aux actions des peuples mesmes de plus basse condition dont j’ay eu la cognoissance, soit par la lecture des livres, ou par la frequentation des vieux, où j’ay trouvé et appris que l’antiquité estoit une valeur sans conduitte, une simplicité ignorante, un default de pouvoir, une chetreuse richesse, une resjouissance mesquine et un contentement vil.

Je ne parle pas ny des Grecs, ny des Latins romains, que nous sçavons estre venus au periode de vertu, de richesse, de pompe, de magnificence, de science, de sagesse et de toutes autres sortes de contentemens.

Je parle du royaume de France, des bonnes villes, et speciallement de Paris, quy a acquis et est parvenuë, soubs le reigne de ce monarque Loys XIII, à ce hault degré de perfection, pour estre à present puissant en tout, florissant en doctrine, en hardiesse, en commoditez, en sagesse et en toutes autres vertus, et en laquelle l’estranger s’admire, quittant son pays pour y faire sa retraite, son trafic, ses estudes, son exercice, comme en un lieu de delices et un paradis du monde.

Je voy desjà un vieux grognart quy n’a pas la patience de lire le reste, quy dit : Tu t’abuses, c’est un royaume plain d’inegalitez, de vices, de peschez, où toutes sortes de gens mal vivans abondent, où l’injustice reigne, où les loix ne sont point observées, où la superfluité est en abondance ? Quelle louange y peut-on apporter ?

Bon homme de l’antiquité, quy avez l’esprit moroze, avant que de me reprendre, monstrez-moy que l’antiquité caruit vitio, puis vous desclarerez tout à vostre ayse et direz que j’ay manty ; mais si la vertu des hommes quy sont à present au respect du temps passé couvrent le vice, pourquoy m’empescheras-tu de louer le temps, la grandeur, les richesses, la science, la magnificence et le pouvoir d’un royaume si riche et si abondant que nous le voyons à present ? Est-ce pas raisonnable que la posterité sçache plusieurs particularitez que l’histoire ne decrit point ?

Or escoute doncques, et aye patience.

Quelle comparaison peut-on faire à present de nos anciens rois avec celuy quy reigne, quoy en grandeur, en conqueste ? Sçache que sa face, à l’aage de dix-huict ans1, a plus espouvanté de villes rebelles dedans son royaume, a plus affermy son estat contre la rage et la furie d’un peuple mutiné, plus difficile à dompter que n’eussent faict 4 royaumes à conquester, tels que le Portugal, la Naple et la Cicille.

Nous ne deliberons pas de trouver sa vertu au detriment de la valeur de nos roys anciens : ce n’est pas nostre subject ; nous ne voulons montrer sinon que la grandeur de nostre temps et que les actions des anciens estoient en tout pueriles au respect des nostres.

Quand je contemple l’histoire, leurs richesses, leurs bastimens, leur plaisir à la chasse, leurs revenus, leurs mariages, leurs ordonnances ; et pour les peuples, leurs vestemens, leurs banquets, leurs mariages, leur science, leur pouvoir, leurs jeux, leurs discours, c’est un vray miroir pour mepriser l’antiquité.

Des Rois et de la Noblesse.

Je n’oserois mettre par escript ce quy se void par ces anciens comptes de la maison des rois, de leur argenterie, du miroitement de leurs vestemens, de leur despense pour la bouche et de leurs dons et liberalitez, car on ne le pourroit croire ; il seroit pourtant necessaire pour faire ma preuve. Non, je le tairay : je ne veux reciter que ce que l’histoire m’enseigne.

Par l’histoire comme est decrite, je contemple ces vieux gentilhommes gauloys, armés de toutes pièces, leurs chevaux chargez de caparaçons, le tout à l’espreuve de toutes armes offensives, quy, avec le petit braquemart2 à leurs costés, s’en alloient affronter quelque païs estranger où les peuples, timides de voir tant d’hommes de fer, fuyoient leur presence. C’est ce que je trouve avoir été le plus grand subject d’acquerir et de faire parler les histoires.

Tout au contraire en nostre temps nous avons une noblesse allègre, hardie, combattant à la mode, la picque ou l’espée au poing, legerement vestus, sans autre couverture que leur habit ordinaire ; malgré la mort, passer victorieux la barricadde, le retranchement, le boulevert, quoyque munis d’hommes furieux quy devroient plus tost enjandrer la craincte que la hardiesse. Aussy est-ce nécessaire d’effacer de l’histoire ceste qualité donnée à Loys unze, duquel on dit avoir mis les roys hors de page, et la transférer à Louis XIII, quy, sans user d’astuce et de finesse comme jadis Loys unze, sed cum manu potenti et brachio excelso, a remis en son obeissance six provinces3 dans son royaume en deux ans, possedées de force par les rebelles de la religion, par une authorité suprême et contre l’advis de la plus part des peuples, qui croyoient qu’il estoit impossible d’executer telle entreprise.

Des Batimens des roys.

Et des bastiments des anciens roys, quoy ? Seroit-il besoin de produire pour preuve de leur petitesse les lettres-patentes d’un roy, données en son chasteau des Porcherons4, près Montmartre, quy est une petite maison à present possedée par un bourgeois de Paris ? cette maison royalle de Sainct-Ouyn, près Sainc-Denys5, le chasteau de Bisaistre6, près Gentilly, et le chasteau de Vauvert7, possedé par les Chartreux de Paris, toutes anciennes maisons royalles de Paris ?

Sans nous amuser à descrire les bastimens de nos roys d’à present, leur grandeur et leur magnificence, prenons le plus bas et considerons le bastiment de la maison de l’hostel de Luxambourg8, faict par une royne, de laquelle la conduite et les fontaines des canaux ont plus cousté que toute la despence et le revenu de six de nos autres roys.

De la Chasse.

Et bien ! le plaisir de la chasse de nos anciens, quel ? De s’egarer dans les forêts, à la course d’un cerf mal accompagné, faire retraite à la cabane d’un charbonnier, et avec luy se contenter d’un morceau de lard mal appresté, la nuict se coucher sur la paille pour dormir, non sans danger des voleurs et malveillans, comme un François premier9 ;

Ou bien d’aller chasser vers la plaine de Chelles avec deux pages, comme Cilperic, et en chemin estre assassiné par un Landry ; d’aller au sanglier avec six gentilshommes comme Charles le sixième, y avoir eu de la frayeur, quy depuis a faict troubler l’esprit. Ce sont de belles grandeurs !

À present nostre roy y va en monarque, un capitaine et trente chevaux casaqués10, l’oiseau sur le poing, cents gentilshommes à sa suite, cents chevaux-legers à la teste et pareil nombre à l’arrière-garde.

Le Revenu.

Et le revenu du royaume, de leur temps, quel ! Je ne veux pas parler de deux et trois cents ans, car cela est admirable en chetiveté, je veux parler de nostre temps ; de l’an 526 seullement, où il appert par un compte de l’espargne11 que tout le revenu de la France ne montoit qu’à quatre millions deux cents vingt-huict mille livres12, et à present, du reigne de nostre grand Louys XIII, en 616, trente-quatre millions ; en 617, trente huict millions13 ; en 618, quarante-quatre millions14.

Ce n’est pas à moy à descrire ces dons et liberalitez15, car chacun le peut recognoistre par la mesme espargne ; suffit seullement de dire qu’ils sont plus grands en une année envers la noblesse que n’a esté le revenu de six rois en tout du temps passé.

Du Peuple.

Excusez, lecteurs, si par le menu je vous écris l’action et le vestement des peuples du temps passé ; que si je ne le faisois il seroit impossible de monstrer la grandeur de nostre temps. Conjecturez doncques que le marchant estoit facile à cognoistre : son habit estoit un petit bonnet de manton, faict à la coquarde16, un petit saye17 de drap quy ne passoit pas la brayette, une ceinture d’une grosse lisière, un haut de chausse à prestre avec une brayette18 quy passoit le saye de demy-pied ; une gibecière pendante à costé ; des souliers qui n’avoient du cuir que par le bout19. Et ainsy vestu, avec la barbe raze, paroissoit un antique en figure.

Sa femme, grande et maigre, un long nez, n’ayant aucune dent de devant, avec un grand chaperon detroussé par derrière jusques à la ceinture20, une robbe de drap sceau21 bordée d’un petit bord de veloux, une cotte de cramoisi22 rouge et collets jusqu’aux mamelles, et des souliers pareils à son mary, un demy-cint23 d’argent, trente-deux clés pendantes et une bource où dedans il y avoit toujours du pain benit24 de la messe de minuict, trois tournois fricassés25, une eguille avec son fil, deux dents qu’elle ou ses ayeuls s’estoient fait arracher, la moitié d’une muscade, un clou de girofle et un billet de charlatan pour pendre au col pour guarir la fièvre.

Si c’estoit un financier, il portoit une calotte à deux oreilles26, un bonnet de manton, des chausses à prestres, un manteau à manches, les bras passés, la clé de son coffre à la cinture et un trebuchet27 en sa pochette, et si la monnoie du temps estoit des douzains et pièces de six blancs.

Sa femme coiffée sans cheveux, son chaperon de veloux, une robbe de mieustade28 à double quëue, un cotillon violet de drap, des souliers à boucles, une vertugalle29, de longues patenotes blanches faites comme des petites ruelles de raves30, avec des grantz poignez fourrez quy empeschoient qu’ils ne pouvoient mettre la main au plat.

Pour le mariage de leurs filles, il ne faut que voir les minutes de ita est, on lira un contract portant un douaire de deux cens couronnes d’or quy valoient trente-cinq sols pièces, encore c’estoit à la charge que le marié donneroit aux père et mère de la future chacun une robbe neufve.

Et leurs ceremonies, je n’oserois presque les descrire, pour ce qu’ils apprestent à rire. L’on voyoit un père avec son vestement cy-dessus, un moucheoir et des gants jaunes à la main, roides comme s’ils avoient esté gelez, un bouquet trouvé, estoffé de lavande, conduire sa fille au moutier, les fluttes et grands cornetz marchants devant l’espousée, vestue comme la pucelle Sainct-Georges31, la veüe baissée, une escarboucle sur le front32 quy luy battoit jusqu’à sur le nez ; la mère et toutes les autres parentes suivantes, avec leurs grandes vertugalles en cloche et leur poignez fourrez, quy paroissoient comme poules quy traisnent l’aisle.

Au reste, les filles de l’âge de vingt-cinq ans estoient des innocentes quy jamais n’avoient rien veu ny mesme communiqué avec personne ; je vous laisse à penser quels discours amoureux ils faisoyent !

Pour les garçons, ils avoyent l’esprit si grossier que rien plus ; ils ne portoyent de haults de chausse qu’ils n’eussent quinze ans ; ils n’avoient fait leur estude qu’à trente-six ans, et n’estoient mariez qu’à quarante-cinq ans, encore n’estoyent-ils pas très subtilz.

Et leurs plus grandes desbauches, c’estoit que le jour du caresme prenant ils mettoyent une chemise breneuse avec une bosse devant et derrière, un masque de papier, du son à la main pour jeter à tous venants.

Chetiveté miserable, de laquelle on se mocque, pour ce que l’on vit plus honorablement cent fois à present.

Qu’est-ce qu’un marchand à present ? Se voit-il rien de plus honorable ? Il n’est plus reconnu que par ses grands biens. Vestu d’un habit de soye, manteau de pluche33, communicquant sur la place de grandes affaires avec toutes sortes d’estrangers, traficquant en parlant et devisant d’un trafic secret, plein de gain, d’industrie et de hazard inconnu à l’antiquité, et quy se rendra commun à la posterité.

Et du bourgeois de Paris, qu’en peut-on dire ? Quand l’Ecriture parle de l’excellence de l’homme, elle dict qu’il est creé un peu moindre que les anges ; et moy je dis du bourgeois qu’il n’est que un peu moindre que la noblesse, et si je disois egal, je ne sçay si je faillerois, veu que la noblesse, à present, se joint et s’annexe par alliance avec luy, en telle sorte que ce n’est qu’un corps, une parante, une bource, une alliance, une consanguinité quy fait perdre ceste qualité de bourgeois pour la changer en noble.

Et leurs femmes, en quelle comparaison les peut-on mettre, au respect de l’antiquité. Premièrement il n’y a rien de mieux vestu, de plus propre, de plus honneste, si bien avenantes que la plus part pourroient plus tost estre recogneus nobles ès compagnies, pour estre agreables dans leurs discours et entretiens, que bourgeoises et marchandes ; que outre que leurs grands biens sont cause qu’elles sont suivies de leurs filles, quy portent habit d’attente de noblesse, et quy n’espèrent rien moins pour leurs actions et leur gravité. Cela leur est commun, à aucunes la diversité des langues, presque à toutes la sagesse et le bon maintien.

Pour les mariages, ils sont tous autres que l’antiquité, soit pour le douaire ou la ceremonie. À present un simple marchand donne cent mille livres, tel bourgeois cinquante mille escuz, tel financier deux cens mille escuz34, ce quy est cause d’une suitte admirable en despence extraordinaire, en chevaux, carrosses, serviteurs, et pour les assemblées. Lors que les mariages se font, ce n’est que pompeux vestements, chaînes de diamant et toutes sortes de dorures, non empruntées ny louées comme à l’antiquité, mais à eux appartenais en toute proprieté ; et n’y a qu’une chose fascheuse en cela : c’est que les honneurs changent les meurs en ceste grande vogue ; ils meprisent le limestre35, et partant leur paranté. Mais quoy ! c’est la grandeur du temps.

Il faut que tout s’entresuive : la manificence des banquets à six services36, à quatre et six pistoles37 par teste. Je croy que la France est à sa dernière periode pour sa splendeur, et ne crois pas que cela ogmente, mais plustot diminue.

Je vous defens pourtant, bonhomme de l’antiquité, d’en discourir mal à propos, et de dire que ces grandeurs et braveries ne font qu’enjandrer le vice, et que la modeste ancienne valoit mieux. Il n’y a nulle comparaison. L’antiquité estoit un deffault de pouvoir et une innocente sagesse pour le monstrer.

Nos anciens, pour estre pauvres et mal accommodés, laissoient-ils d’estre vicieux et debauchez, d’une desbauche publique et mesquine. Il me souvient de deux rues quy sont encore à Paris : l’une près de Saint-Nicolas, appelé le Huleu38, l’autre près Sainct-Victor, appelé le Champ gaillart39, où impunement le vice estoit permis avec les femmes desbauchées, et qui plus est, quand on avoit quelque procez ou querelle contre quelqu’un, en sollicitant ces femmes desbauchées, ils venoient impudemment au son du tambour faire accroire à une honneste femme bourgeoise qu’elle estoit vicieuse, et qu’elles la vouloient emmener de force40 au lieu destiné pour les garces41, ce qui apportoit un scandale public42.

Cela ne se voit plus : la modestie et la sagesse ont couvert ceste coustume ; que s’il y a de la desbauche à present, ce ne sont ny filles, ny femmes de maisons, ains de meschantes chambrières vestues en demoyselles, quy font à croire à la jeunesse qu’ils sont de bon lieu, et ce ne sont que coquines quy mesprisent tout le corps des honnestes femmes.

De la Justice.

Pour faire la comparaison de la justice de nos anciens avec celle d’à present, nous n’entendons pas affoiblir leur renommée, car nous sçavons bien que ce n’estoit que gravité, que sagesse, science, grands observateurs de loix et executeurs d’ordonnances, bonnes et simples ames, authorisez, crains et redoubtez du peuple et de la noblesse, quy ne faisoient aucune difficulté de quitter le chapperon43 pour ne rien faire du commandement des roys au prejudice du public. Ce n’est pas nostre tesme ny ce que nous avons à prouver ; nous ne voulons monstrer que sinon qu’outre que toutes ces qualitez sont aux juges d’à present, ce qu’ils ont d’avantage.

Je crains de faillir en monstrant l’opulence de nostre temps, pour ce qu’elle est plus grande que je ne la puis decrire.

Ô brave senat de Paris, de Rouen, de Toulouze et des autres parlemens ! vous n’estes pas seullement à admirer, possedans toutes ces graves qualitez de juges et d’avoir de vieux senateurs comme jadis, mais d’estre accompagnez d’un grand nombre de jeunesse quy, à l’age de vingt-cinq ans, ont esté receus au Parlement, aussy rempliz de science et de sagesse qu’estoient nos anciens à septante ans, outre la valeur des offices, quy coustent à present cens mille livres, et le grand train que vous tenez, au respect du temps passé, où le mulet estoit aussy empesché à porter le fumier aux vignes qu’à mener son maistre au palais.

Il n’y a juge quy n’ait sa porte cochère44, un ou deux carosses, six chevaux à l’etable, double palfermiers, quatre laquais, deux valets de chambres, un clerc, outre le train de madamoyselle, quy est égal.

C’estoit chose rare au temps passé de voir un homme riche, et le plus riche s’appeloit milsoudier45, c’est-à-dire quy pouvoit faire depence de cinquante livres par jour ; à present il n’est pas seulement commun à la plus part des maisons, mais il passe en despence.

On verra bien clair se on lit par les histoires anciennes que les officiers des cours souveresnes, bourgeois et financiers, ayent, à la necessité de la guerre, fait toucher à leur roy, en trois mois, dix millions de livres comptant par l’achat de nouveaux offices46 et aliénation de domaine, comme nous l’avons veu ces jours passés, par le moyen desquels Sa Majesté a restauré son Estat, espouvanté ses rebelles, regaigné ses villes et rendu un peuple furieux souple comme un gant.

Des Hommes doctes et de la Religion.

Je suis contrainct de confesser qu’au temps passé il y avoit de doctes personnages quy ont monstré leur science en public aux concilles. Je ne pourrois les mespriser sans faillir ; mais tout ainsy que les propositions et allegations contraires à la doctrine de l’Eglise estoient legères au respect de ce que les heretiques ont inventé depuis et mis par escrit, aussi la solution en estoit plus facile ; et si quelle peyne avoit-on pour trouver ces doctes-là, l’un appelé du Lionnois, l’autre de Paris, l’autre d’Angleterre, quelsques uns tirez des monastères, et, ainsy assemblez, faisoient une doctrine parfaicte, selon le temps et les propositions ; mais qu’il se soit trouvé, au temps passé, un du Perron pour promptement recognoistre l’erreur et respondre en public à un Duplessis Mornay47 ; un Draconnis48 pour chausser les esperons à un subtil Dumoulin49 ; un Coiffeteau50 pour faire la barbe à un Durand51 ; un Cotton pour promptement respondre, par son livre de l’Instruction catholique52, à toutes les batteries proposées contre les seremonies de l’Eglise par un Calvin, je n’en ay point veu.

Neantmoins (excipientur ab hac regula) sainct Hierosme, sainct Thomas, sainct Augustin, et les autres anciens docteurs ecclésiastiques, desquels nous ne voulons point parler, car ils avoient le Sainct-Esprit et sçavoient tout et encores plus qu’on ne sçauroit dire, comme vrais pivots sur lesquels tous les docteurs ont esté bastis ; et, toutefois, si je disois qu’à present il se trouve des hommes quy sçavent et peuvent discourir promptement de ce que tous les doctes de l’Eglise ancienne ont escript, quy n’ignorent rien du contenu en leurs livres, je croy que je n’en serois pas repris, et partant, un ou plusieurs de ce temps sçavent tout ce que trente de l’antiquité ont escrit.

Et pour le monstrer, qui a veu et assisté aux harangues publiques faictes par ce docte Mauricius Bressius53, principal du collége de Lizieux, quy, sans hesiter, en trois heures, d’un latin esgal à celuy de Ciceron, disoit en abrégé tout ce quy estoit contenu dans l’impression de quatre cents doctes livres, disoit les meurs et façons de vivre de toutes les nations du monde, la forme de leurs vestemens, de leurs combats, de leurs gouvernements, de leurs religions, et de tout ce quy s’est passé depuis Adam jusqu’à notre temps, ce qu’il a monstre en huict jours et en huict assemblées en la presence des plus doctes de Paris, quy l’admiroient.

Trouvez-moi de telles gens à l’antiquité ; j’en nommerois sans faillir un cent de pareils, se je ne craignois de faire tort à mille quy paroissent en public par leurs publications, et en particulier par la lecture de leurs livres, quy me fait dire, et à bon droict, qu’en nostre temps nous avons des hommes remplis de toutes sortes de sciences, de langues, d’arts et de mestiers, specialement à Paris, où ils abondent en quantité.

Qu’il vienne un peu de nouveaux Collampades, Calvins et Bezes, planter leurs nouvelles heresies et faire accroire aux assemblées de Poissy54 qu’ils ont raison par leurs fardez discours ; qu’ils viennent prescher au Patriarche55 et à Poupincourt56 et faire accroire aux chambrières et aux savetiers que les ceremonies de l’Eglise ne servent de rien, que les prières n’ont aucune efficacité après la mort, que le purgatoire est une invention du pape, et mille autres allegations que nos anciens docteurs ont laissé couver cinquante ans durant, faute de veiller, d’ecrire et prescher.

Ils trouveroient à qui parler, ils trouveroient de fermes rochers, qui, par leur diligence et leurs études assidues ont relevé ce quy estoit cheu, reveillé ce quy dormoit, et decouvert ce quy estoit caché à nos anciens ; aussy, comme la negligence des docteurs et la simplicité des hommes estoit lors, l’observation de la religion estoit pareille : quelle religion paroissoit-il à nos anciens d’aller ouïr une petite messe les festes, mespriser les vespres, une fois l’an se confesser, encore falloit-il dire leurs peschés, tirer de leur bource un tournois fricassé pour donner à l’offrande, ne tenir compte des festes, n’aller au sermon que les bons jours, aller le jour de Noel à la messe de minuict pour dormir sur la paille que l’on mettoit aux églises, chanter des noels de l’antiquité, qui commençoient : « Viens çà, gros Guillot » ; se souler après la messe pour dormir le lendemain jusqu’à midi, et, quand on estoit mort, de faire de belles epitaphes, comme il s’en suit :

Cy dessous gist le grand Pierre,
Enterré sous ceste pierre,
Quy s’est toute sa vie
Meslé de la friperie.

La postérité avoit bien affaire de le sçavoir ! Voilà les actions de l’antiquité, leurs plus grandes observations en la religion, leurs subtiles poesies et leur grand merite.

Des Delectations du temps passé.

Voyons quel estoit leur plaisir, si c’estoit à voir jouer la comedie. À la vérité il faisoit bon la voir, car il y avoit anciennement de certains chartiers et crocheteurs quy, vestuz en apostres, jouoyent la Passion à l’hostel de Bourgongne, ou la Vie de saincte Catherine57, auxquels on souffloit au cul tout ce qu’ils recitoient, où tout le monde estoit receu à un double pour teste, et la plupart n’y alloit que pour voir les actions de Judas, dont les uns se rejouissoient et les autres en pleuroient à chaudes larmes.

Ou bien suivoient pas à pas maistre Gonin58, quy, avec sa robbe mi-party, le nez enfariné, jouant de sa cornemuse, faisoit danser son chien Courtault, ou, par une subtilité de la main, faisoit courir sur son bras sa petite beste faicte d’un pied de lièvre, qu’ils croyoient fermement estre vivant, tant ils avoient l’esprit innocent. C’estoit là le plesir des bourgeois ; et au sortir de là, pour discourir de ce qu’ils avoient veu, ils s’embarquoyent dans un cabaret, où ils faisoient un gros banquet à dix-huict deniers l’escot, où la pièce de bœuf aux navets servoit de perdrix.

Pour le menu peuple et gens de boutique, pour la peyne qu’ils avoient eue toute la sepmaine à travailler, ils prenoient congé les festes, pour jouer à la savatte parmy les rues, ou à frappe-main59, où les maistres et maistresses prenoient moult grand plesir, à cause de quoy ils avoient le soir demy-setier par extraordinaire, et non davantage, encore que le muids de vin ne coustoit lors que cinquante sols60.

Pour les officiers des Cours souveraines et subalternes, à cause de leur gravité ils n’osoient hanter le menu peuple ; leur delectation estoit de s’assembler l’après-dinée aux festes pour jouer aux deniers, à devoir, à trante-et-un, et au trou-madame, une tarte de trois sols, et, au surplus, grands observateurs des ordonnances de Philippe le Bel61, qui défendoit à ceux qui n’avoient que cinquante livres de rante de manger du rosty plus d’une fois la sepmaine.

Pour les procureurs et advocats du Palais, leur plus grande desbauche c’estoit de se promener les festes hors les portes, sur le rempart ou au Pré-aux-Clercs62, avec la robbe et le bonnet carré et le petit saye qui ne passoit pas la brayette, disputans et devisant ensemble de l’appoinctement en droict et du default pur et simple, et par intervalle juger lequel des Bretons couroit mieux la poulle63, ou de celuy qui saultoit le mieux64 en trois pas le sault.

Puis, estant de retour de ceste delectation, venoient souper ensemble chacun avec sa parenté, où on ne souloit point son hoste, car chacun faisoit porter son pot à frein et sa vinaigrette, et celuy qui avoit prié la compagnie avoit une epaule ou une esclanche quy revenoit à deux carolus, par extraordinaire, avec un plat de carpes.

Je laisse à juger aux lecteurs si ce n’est pas mal à propos nous reprocher l’antiquité. Et que faict-on à présent quy ressemble à cela ! Voyez les nobles, les officiers des cours souveraines, les bons bourgeois, de quoy ils se delectent : ils meprisent ce qui anciennement estoit le plaisir des roys et des princes : la paume, elle est trop violente ; la comedie, elle est trop commune ; la boule, elle est trop vile ; et quoy donc ? faut aller aux cours avec le carrosse à quatre chevaux au petit pas, pour deviser, chanter, rire, conter quelque nouvelle impression, voir et contempler les actions des hommes qui s’y trouvent, et, à l’exemple des plus honnestes, se rendre agreable aux compagnies.

Pour le peuple et les marchands, leur trafic se fait par commis, car, pour les maistres, ils vivent honorablement : le matin on les void sur le change, vestuz à l’avantage, incognus pour marchands, ou sur le pont Neuf, devisant d’affaires65 sur le palmail66, communicquant avec un chacun : si c’est un peuple docte, ils escoutent les leçons publiques ; s’ils sont devocieux, ils frequentent mille belles eglises, escoutant infinis bons predicateurs quy, tous les jours, preschent en quelque lieu où on faict feste.

Si le roy est à Paris, ils prennent plaisir à voir une académie remplie de jeune noblesse instruicte à picquer, tirer des armes, à combattre à la barrière, à la bague, et à mille autres exercices qui font honte à ceux quy, pour les sçavoir, quitteroient la France, et occuperoient l’Italie.

Des Batiments et du Plaisir des champs.

Les ignorants et ceux quy ne penètrent point assez avant à la cognoissance de toutes choses disent que les hommes du temps passé estoient aussi riches avec leur peu, comme nous avec notre abondance. Je le nie, car leur contentement estoit borné par force, d’autant qu’ils avoient un default de pouvoir, ou bien ce contentement estoit mesquin. S’ils avoient de la richesse, pourquoy laissoient-ils nos villages denuez de belles maisons ? Il y a deux cens ans que nos maisons des champs, mesme des meilleurs bourgeois des villes, n’estoient que des cabanes couvertes de chaume ; leurs jardinages clos de hayes, leurs compartiments des carreaux de choux, leurs palissades des hortyes, leurs plus belles vues une ou plusieurs fosses à fumier, et, quand il estoit question de bâtir l’estable à cochon de fond en comble, ils estoient trois ou quatre ans à en faire la despence : autrement ils eussent esté ruinez.

Voyez les plus beaux et les plus anciens bastimens des villes, de quelle structure ils estoyent ! Les architectes estoient de venerables ingenieurs pour bastir force nids à rats ; ils faisoyent une petite porte ; d’autres une petite estable à loger le mulet, de bas planchers, de petites fenêtres, des chambres, antichambres et garderobes estranglées, subjectes les unes aux autres, le privé près de la salle, un grand auvan à loger les poulles et une grande cour pour les pourmener67.

Leurs meubles des champs estoient pareils : une grosse couche figurée d’histoire en bosse, un gros ban, un buffet remply de marmousets, une chaise à barbier de Naples68, et pour vaisselle des tranchoirs de bois, des pots de grais, une eclisse à mettre le fourmage sur la table, un bassin à laver de cuivre jaune, et sur le buffet deux chandelles des roys riollées, piollées69, une vierge Marie enchassée et un amusoir à mouche, le maistre père et compagnon avec le paysan de la maison, quy sentoit toujours le bran de vache et la merde de pourceau ; au surplus, ils estoient si pauvres, qu’ils se trouvoient contraincts en hyver de se chauffer à la fumée d’une aiteron pour faute de bois.

Ainsy nos anciens sculpteurs n’avoient aucun plus beau subject pour mettre en figure que ceste perspective champestre, où tout ce que dessus est figuré à la rustique et où nous avons cognoissance de ceste chetiveté.

Ô siècle d’or ! mais à present l’on voit nostre campagne enrichie de superbes edifices, la vue desquels fait abolir la memoire de l’antiquité, et, outre les maisons bourgeoises quy se voient en quantité, basties d’une structure admirable, couvertes d’ardoises, garnies de fontaines et de magnifiques vergers, esloignées des cours basses où le paysan fait sa retraicte, encores voit-on les superbes chasteaux des officiers des cours souveraines, nobles et financiers, quy, à moins d’un an, ont par un nouvel edifice renversé mille maisons rustiques pour en former une noble.

Et pour les bastiments des villes, quoy ? ce sont autant de chasteaux, et toutefois peu prizés si la despence n’en excède cent mille livres, fonds quy n’est à rien compté sur le revenu du proprietaire, ny sur les superbes meubles, tapisseries et vaisselle d’argent dont on se sert ordinairement.

Des Livres.

Ce sera peut-estre par la composition des livres que l’antiquité l’aura gaigné ? Et toutes fois, pourveu que l’on ne mette point en compte l’antiquité des Grecs et des Latins, dedans l’antiquité de nostre France je n’y trouve que de la chetiveté, quand je me représente ces venerables escrivains qui ont composé le roman de la belle Éloïse, les valeureux faits de Jean de Paris, la guerre des quatre fils Aymon, la hardiesse de Reignaud de Montauban et de Richard-sans-Peur, la folie de Rolant-le-Furieux, la conqueste du roy Artus70, la gloire de Morgan71 et les faicts de Jeanne-la-Pucelle ; ce sont livres de l’antiquité françoise, qui ne ressemblent nullement, ny en discours ny en subject, à un Bellaut, à un Ronsard, à un Desportes, ni à un Dubertas, pour la poésie ; à un de Thou, à un Mathieu, et infinis autres pour la prose.

Je ne veux pas pourtant nous tant priser que l’on ne nous reproche qu’en nostre temps nous n’ayons des plus grands quy ont escrit obscurement quand ils ont parlé d’estre emondés et repurgés, et qui peut-être nous diminuroit en gloire ; mais il les faut passer comme on a passé dedans le livre de Tevet72 Clopinel et Rabelais pour hommes illustres.

Pourquoy plus d’abondance de pauvres qu’au temps passé.

Je ne sçavois plus par quel endroict on pouvoit me reprendre d’avoir tant mesprisé l’antiquité pour nostre temps, si ce n’est que l’on me mette devant les yeux la grande quantité de pauvres quy sont en ce reigne mandiant, veu la grande richesse quy y est, au respect du temps passé, où ils s’en trouvoit fort peu.

S’il en falloit monstrer la source et d’où elle vient, j’auroy trop à discourir : suffira d’en dire deux ou trois raisons quy monstreront que c’est la grandeur du royaume quy en est cause.

Comme doncques, au temps passé, les bourgeois et habitants des villes se contentoient chacun en son pays de trafiquer, vivre et mourir, faisant mesme difficulté de prendre alliance ailleurs, de peur de perdre la vue de leur heritage et patrimoine, les autres villes estoient desertes d’estrangers, et Paris, avec sa petitesse, se contentoit de ne point traficquer ailleurs, et vivoient escharcement73 ; et de faict, on ne tenoit conte des maisons, quy lors estoient louées à vil prix faute de peuple74 ; mais depuis que l’estranger a gousté de la grande liberté d’y vivre, et on ne s’enqueste de rien, cela a faict descendre en foule l’Italie, l’Angleterre, l’Allemaigne, la Flandres, la Hirlande75, et tous les religionnaires du royaume, pour y habiter comme en un lieu de refuge asseuré, et, partant, si grande abondance de maneuvres de toutes sortes, d’ouvriers à mestiers, que les vrais regnicolles ont esté frustrés de leur travail : c’est la première raison.

La seconde, la permission de tenir boutique sans chef-d’œuvre et la trop grande quantité de maistres par lettres76.

La troisième et la plus forte, c’est qu’à present il se trouve en court de petits partisans quy font la fonction et la charge de mille mestiers : car ils fournissent à la noblesse tous les jours à changer : chapeau, fraize, colet, chemise, bas de soie et souliers, en rendant les vieux, à quatre escus par mois77, et partant ils sont cause du peu de travail, du labeur et du gain de mille maistres de boutiques.

Mais de mepriser notre temps pour cela, tant s’en faut. Cela monstre l’abondance de toutes choses au royaume, la subtilité des esprits, la facilité d’avoir ses commoditez sans avoir affaire à tant de personnes, et si d’avantage et par un bel ordre qu’il est aisé d’y apporter, on peut facilement nourrir les indigents, parceque la richesse y est.

Des Hommes de bonne conscience en notre temps.

Et bien ! bon homme de l’antiquité, avec vostre robe courte de marchand, vostre petit saye de drap, vostre gibecière, vos pantouffles de pantalons78 et vostre barbe de Melchisedec, sur quoy fonderez-vous maintenant vos raisons pour nous reprocher vostre temps ? Voulez-vous que nous soyons, comme vous, chetifs, mesquins et innocens ? Ah ! je sçavois bien que vous aviés encore quelque chose à nous reprocher, que vous aviez meilleure conscience et que vous faisiés plus de bien aux eglises en vostre temps que nous.

Hé ! bon homme ! vous ressemblez à ceux qui composent les almanachs : à faute de bien calculer, vous nous predisez de la pluye au lieu de beau temps. S’il falloit mettre à la balance les gens de bien de vostre temps avec ceux du nostre, il faudroit, par necessité, pour vous rendre esgaux, y mestre encore avec vos bons tous les meschans ensemble, encore vostre costé monteroit.

Si de vostre temps les rois, les princes et la noblesse ont fondé de beaux temples que nous avons encore à present, n’en attribuez point l’honneur aux peuples, car ils n’y ont jamais songé et n’en avoient pas le moyen ; mais à present, combien on a veu de liberalité à nos peuples, par le moyen de laquelle on a basti tant de nouvelles eglises et tant de monastères, quy, en moins de deux ou trois ans, d’une structure admirable, ont esté parachevés, et dont la despense d’un seul de ces monuments a plus cousté que six de l’antiquité ! Eglises remplies de religieux, quy, fuyant l’avarice, ont quitté et abandonné leur patrimoine pour vivre en un lieu de pauvreté.

Avez-vous veu en nostre temps des hommes quy, sans quitter leur vacation ordinaire, continuant dans le monde la fonction de leur charge, donnent tout ou la plus grande partie de leur gain aux pauvres en cachette, ne se reservant que le victum et vestem ?

Avez-vous veu de vostre temps vos temples ornez, decorez et tapissez, adorez et servis sans discontinuation comme les nostres ? Avez-vous veu en un jour la sanctification de quatre, que saincts, que sainctes, dont le renom a esté esgal à ceux de l’antiquité, sans comter ceux qui meritent sanctification, dont nous avons ample preuve par leurs miracles ?

Ne parlez plus, et sachez que votre simplicité ancienne est le subject qu’il faut dire de vous :

Oderunt peccare boni formidine pœnæ ;

et des peuples de maintenant :

Oderunt peccare boni virtutis amore.



1. Louis XIII, né le 27 septembre 1601, avoit vingt-un ans, et non dix-huit ans, en 1622, ce qui prouveroit que l’édition reproduite ici n’est pas la première qui eût paru de ce livret, mais qu’une autre, dont celle-ci est la copie textuelle, l’avoit précédée de trois ans.

2. Tout le monde sait ce qu’étoit cette sorte d’épée courte et à large lame, dont le nom, selon Fauchet, n’est que les mots grecs βραχεία μαχαίρα francisé ; mais ce qu’on sait moins, c’est que le diminutif du mot braquemart étoit braquet, que nous trouvons dans Francion, 1673, in-8, p. 299, et qui, sauf une très légère altération, est encore le nom donné au sabre de nos soldats d’infanterie.

3. Ces six provinces plus ou moins revenues à l’obéissance du roi sont la Guienne, le Languedoc, le Poitou, la Saintonge, qui s’étoient soulevées pour cause de religion, puis l’Anjou ainsi que l’Angoumois, où la disgrâce de la reine-mère avoit excité des troubles.

4. Le château du Coq ou des Porcherons ne fut jamais une résidence royale. Les rois s’y arrêtoient seulement, comme fit Louis XI avant son entrée à Paris le 15 août 1461. (Chron. de Jehan de Troyes, coll. Petitot, 1re série, t. 13, p. 260.) — C’est lors d’une halte semblable que furent sans doute signées les lettres-patentes dont il est parlé ici, et que nous n’avons pu retrouver.

5. Saint-Ouen, en effet, se trouvoit, dès l’époque mérovingienne, un château royal, qu’au moyen âge on appeloit la Noble-Maison. Les chevaliers de l’Etoile, dont l’ordre y fut institué en 1351 par le roi Jean, se nommoient pour cela chevaliers de l’Etoile de la Noble-Maison.

6. Le château de l’évêque de Wincester, dont le nom n’est guère reconnoissable dans celui qu’il a conservé, appartint, il est vrai, à un fils de France, Jean, duc de Berry, mais ne fut jamais pourtant une résidence royale.

7. Le château du Val-Vert ou Vauvert, dont le séjour de Philippe-Auguste, après son excommunication, avoit fait un lieu maudit et voué aux démons, fut donné aux Chartreux, en 1257, par saint Louis, qui pensoit ainsi le désensorceler. (Du Breul, le Théâtre des antiq. de Paris, Paris, 1639, in-4, p. 345.) Le souvenir diabolique a toutefois tenu bon : il se retrouve dans le nom de la rue d’Enfer, voisine du manoir damné, et le diable Vauvert est encore fameux.

8. C’étoit alors l’admiration de tout le monde. On parloit partout du « magnifique palais » de Marie de Médicis, lequel, « commencé dès l’an 1612, est, dit Du Breul (Id., Suppl., p. 43), l’un des plus beaux hôtels de Paris, contenant entre le carré de ses grands bastiments un grand jardin, bois, allées, parterres, fontaines, cabinets et reposoirs. » V. l’éloge qu’en fait aussi J. Du Lorens dans sa 3e satire, Paris, 1624, in-8, p. 17.

9. On connoît l’aventure à laquelle il est fait allusion ici, et qui a donné lieu au proverbe : Charbonnier est maître chez lui. Nous nous contenterons donc de renvoyer au livre 7 des Commentaires de Blaise de Montluc, où elle se trouve pour la première fois racontée.

10. Gardes du corps, ainsi appelés parcequ’ils portoient les casaques les plus riches en broderies. Il n’étoit pas rare que les soldats dussent le nom par lequel on les désignoit à quelque partie de leur équipement ou de leurs armes. Ainsi les soldats bourguignons étoient appelés Bourguignons salés, à cause de la salade bourguignotte ou du morion salé, comme dit Rabelais (liv. 4, ch. 29), dont ils étoient coiffés.

11. C’est d’un des premiers comptes de l’épargne qu’il est parlé ici, puisque la création de ce « trésor central, où les receveurs devoient verser, dans le délai d’un mois, les deniers perçus sur chaque province », date seulement de cette époque. (Cheruel, Hist. de l’administr. monarch. en France, Paris, 1855, in-8, t. 1er, p. 156.)

12. Ceci est une erreur évidente, si, comme il faut le croire, l’auteur entend par « revenu de la France » toutes les sommes que produisoient les divers impôts. Pour la taille seule, sous François Ier, on percevoit neuf millions. (Cheruel, ibid., p. 154.)

13. Cette date, qui semble être vraiment celle du livret, donne raison à l’une de nos précédentes notes.

14. Ce chiffre doit être exact. Dans le Sommaire traicté du revenu et despence des finances de France… par Nicolas Remond, Paris, 1622, in-8, nous trouvons indiqués, pour les revenus de l’État en l’année 1620, d’une part, 36,926,638 livres, et, d’autre part, pour « la creüe extraordinaire, autrement dite grande creüe des garnisons », 4,400,000 livres, ce qui forme un total assez bien d’accord avec les sommes indiquées ici comme formant le revenu de l’année 1618.

15. Le détail de ces dons et liberalitez se trouve dans la brochure de Nicolas Remond citée tout à l’heure.

16. Bonnet s’attachant sous le menton, comme les béguins, et ayant la plume de coq plantée sur le côté, où l’on mit plus tard la cocarde. Les coquarts ou coquardeaux, comme ils sont appelés dans le Blazon des faulces amours, avoient été les jeunes gens à la mode de la fin du XVe siècle. V., sur le premier de ces mots, Biblioth. de l’école des chartes, 2e série, t. 1er, p. 369. — Les bonnets à la coquarde nommés par Rabelais (liv. 4, ch. 30) étoient fort pesants. Dans le rebras doublé de frise qui se trouvoit derrière, il entroit jusqu’à une demi-aune de drap. Louis Guyon (Div. leçons, liv. 2, ch. 6) dit qu’il en vit un à Paris qui pesoit quatre livres dix onces.

17. C’étoit le justaucorps ou hoqueton, comme on disoit à l’armée.

18. Tout le monde connoît, par les images et les tableaux du temps et par la description qu’a faite Rabelais de la magnifique braguette de Panurge, ce qu’étoit cette partie saillante du haut de chausses.

19. Ce sont ces souliers échancrés, fort à la mode du temps de François Ier et de Henri II, dont Calvin fit proscrire l’usage à Genève en 1555.

20. Pour ces « grands chaperons destroussés à la mode ancienne », dont les bourgeoises gardèrent l’usage jusqu’au temps de Louis XIII, et que les dames nobles du XVIIe siècle portoient encore pendant le deuil de leur mari, V. une note de notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 21.

21. Pour drap d’Usseau, petit village de Languedoc près de Carcassonne, où un certain de Varennes en avoit établi les premières manufactures. On disoit ordinairement drap du sceau, comme fait Regnard dans le Joueur (acte 1er, sc. 1re). Ménage lui-même admit cette mauvaise orthographe, pensant qu’on appeloit ainsi ce drap grossier à cause du sceau royal qu’on y apposoit autrefois. Furetière rétablit la vérité dans son Dictionnaire (art. Draps), et, ayant lui-même à employer le mot dans sa satire les Marchands, il ne manqua pas d’écrire :

On se vêt aussi bien avec du drap d’Usseau.

22. Le cremesin, dont le nom francisé est devenu notre mot cramoisi, étoit une étoffe italienne, rouge d’ordinaire, qui avoit eu une grande réputation en France à la fin du XVe et pendant la plus grande partie du XVIe siècle. V. le Vasari de M. Le Monnier, Florence, 1852, in-12, t. 8, p. 73, note.

23. V. sur ce demi-ceint d’argent, qui resta l’une des parures les plus enviées des chambrières, une note de notre tome 1er, p. 317.

24. Le pain bénit étoit un merveilleux talisman, surtout pour empêcher les chiens de devenir enragés. (Les Évangiles des Quenouilles, édit. Jannet, p. 75.) Celui de la messe de minuit avoit encore d’autres vertus. Dans quelques provinces, il est encore d’usage de garder dans un tiroir les morceaux de pain bénit donnés à la messe le dimanche.

25. C’est-à-dire ébréchés et polis par le frottement, fricassé, dans ce sens, venant du latin frixus.

26. C’est-à-dire avec deux bandes pendantes sur le côté, comme les portoit Henry Estienne, dont il est dit dans le Scaligerana : « erat vestitus à la parisienne avec des bandes de velours pendantes. »

27. « C’étoit une petite balance fort juste et fort délicate, que le moindre poids faisoit trébucher. » De là l’expression de pistoles bien trébuchantes employée par Molière.

28. Je crois qu’il faut lire ici mustabe ou mistabe. C’étoit une sorte d’étoffe de laine dont le nom étoit arabe, et qui se fabriquoit en Espagne et dans le midi de la France. Elle fut surtout en usage au moyen âge. (Fr. Michel, Recherches sur le commerce... des étoffes de soie, t. 1er, p. 258, 259.)

29. Elles avoient cessé d’être à la mode vers 1563. V. une note de notre tome 2, p. 190.

30. Chapelet à grains plats.

31. « Pour ce qui est de Mademoiselle sa femme, lisons-nous dans un passage de Francion excellent à rapprocher de celui-ci, elle avoit une juppe de satin jaune toute grasse et une robbe à l’ange si bien mise et un collet si bien monté, que je ne la puis mieux comparer qu’à la pucelle sainct George qui est dans les églises, ou à ces poupées que les atourneresses ont à leurs portes. » (La Vraye histoire comique de Francion, etc., 1673, in-8, p. 248.) — Cette Pucelle Saint Georges ne seroit-elle pas la figure de la Cappadoce qui se trouve dans toutes les représentations de saint Georges combattant le dragon ? La province de l’Asie Mineure y est toujours personnifiée sous les traits d’une jeune fille richement parée.

32. C’est l’ornement qui doit de s’appeler encore une ferronnière à la croyance où l’on a été long-temps que le portrait peint par Léonard de Vinci, aujourd’hui au Musée du Louvre, représentoit la maîtresse de François Ier connue sous le nom de la belle Ferronnière. On sait maintenant que cette figure, qui porte en effet au front un joyau semblable à celui dont on parle ici, est celle de Lucrezia Crivelli.

33. V., sur cette mode des manteaux de pluche au commencement du XVIIe siècle, Francion, p. 219.

34. Il n’y a rien ici d’exagéré ; aussi les gens de cour s’accommodoient fort bien, à ce prix, des filles de financiers. « Le comte de Lude, gouverneur de la personne de Gaston, duc d’Orléans, étant blâmé d’avoir épousé une Feydeau, qui lui avoit apporté cent mille pistoles : « Je ne pouvois pas mieux faire, disoit-il ; poursuivi nuit et jour par mes créanciers, je me suis sauvé dans une boutique pour n’être pas traîné à l’hôpital. » (Amelot de La Houssaye, Mémoires hist., t. 3, p. 8.) — V., sur ce même mariage, notre t. 2, p. 140.

35. Le limestre étoit une sorte de serge drapée qui se fabriquoit à Rouen et à Darnetal. Selon quelques uns, entre autres Furetière, cette serge fut ainsi appelée du nom de celui qui en fabriqua le premier ; mais Brossette et Le Duchat y voient une altération de Licestre ou Leicester, comté d’Angleterre, d’où venoient en effet de bonnes serges, « ces balles de Lucestre » dont parle Rabelais, liv. 2, chap. 12. Regnier (sat. 13, v. 114) dit dans le même sens qu’ici :

Combien, pour avoir mis leur honneur en sequestre,
Ont-elles en velours eschangé leur limestre !

36. Ce luxe gastronomique avoit commencé sous le règne de Henri III : « On ne se contente plus, à un dîner ordinaire, de trois services, consistant en bouilli, rôti et fruit ; il faut, d’une viande, en avoir de cinq ou six façons : des hachis, pâtisserie, salmigondis. Chacun veut aller dîner chez le More, chez Samson, chez Innocent, chez Havart. » Pièce citée par De Mayer, Galerie philosophique du XVIe siècle, in-8, t. 2, p. 362.

37. V., sur ces écots si coûteux, une note de notre édit. des Caquets de l’Accouchée, p. 28, et notre t. 2, p. 202.

38. Le Huleu, dont le nom altéré se retrouve dans celui des rues du Grand et du Petit-Hurleur, venoit déboucher, en effet, rue Saint-Martin, assez près de Saint-Nicolas-des-Champs. — Un arrêt du 15 février 1565, rendu « sur la remontrance d’aucuns voisins habitant aux rues voisines de Hulleu, à Paris, fit vuider le bordeau accoutumé de tenir en laditte rue. » (Isambert, Recueil de Lois, t. 14, p. 176.)

39. Cette rue du Champgaillard, qui se trouvoit en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste, alloit de la rue Saint-Victor à la rue des Fossés du même nom. La partie voisine de Saint Victor s’appeloit rue d’Arras, nom qui lui venoit du collége d’Arras, et qu’elle a gardé ; l’autre partie s’appeloit, comme aujourd’hui encore, rue Clopin, à cause de la grande maison Clopin, qui y avoit été construite au milieu du XIIIe siècle. — Le Huleu et le Champgaillard sont nommés par Rabelais, entre autres mauvais lieux (liv. 2, chap. 6), dans les Après-disnées du seigneur de Cholières (Paris, 1588, in-12, fol. 43, recto) ; le second est nommé Champgaillard des bordeleries. — En se trouvant placés, comme nous venons de le voir, l’un près de Saint-Nicolas, l’autre près de Saint-Victor, le Huleu et le Champgaillard contrevenoient à l’ordonnance de décembre 1254, par laquelle saint Louis avoit déclaré (art. 11) que les filles de joie ne pourroient se loger que « loin des lieux saints et des cimetières. » Ordonn. des roys de France de la troisième race, t. 1, p. 79, 105.

40. On trouve racontée, dans le Ménagier de Paris, t. 3, p. 116, et Additions et corrections, p. 75, une affaire de ce genre.

41. Peu à peu les priviléges de ces lieux infâmes furent abolis. (Sauval, Antiq. de Paris, t. 2, p. 108.) Une ordonnance de 1697 en fit disparoître les dernières traces. V. notre livre Paris démoli, 2e édit., p. 36.

42. Dans les Statuts de la reine Jeanne sur la discipline d’un lieu de débauche dont elle permettoit l’établissement à Avignon, statuts publiés par Astruc, De morbis venereis, on lit, art. 2 : « Si quelque fille a déjà fait faute et veut continuer de se prostituer, le porte-clef ou capitaine des sergents, l’ayant prise par le bras, la mènera par la ville, le tambour battant et avec l’aiguillette rouge sur l’épaule, et la placera dans la maison, avec les autres ; lui défendra de se trouver dans la ville, à peine du fouet en particulier pour la première fois, et du fouet public et du bannissement la seconde fois. » Ce passage, rapproché de ce qu’on lit ici, prouve au moins que, dans ces statuts, tout n’est pas, de la part du médecin Astruc, pure invention et pure mystification, comme M. Jules Courtet l’a voulu prouver dans un article de la Revue archéologique, t. 2, p. 158–164.

43. Le chaperon rouge porté sur l’épaule, depuis qu’il n’étoit plus à la mode de s’en coiffer, étoit l’insigne de la magistrature.

44. « Les procureurs étoient logés autrefois en petite porte ronde ; maintenant, ils ont de grandes portes cochères. » (Dict. de Trévoux.) V. notre édit. du Roman bourgeois, p. 294, et notre t. 2, p. 283.

45. V., sur ce mot, notre t. 2, p. 279, note.

46. Allusion à ces ventes d’offices que Chalange et les autres partisans faisoient décréter, et dont ils partageoient les profits avec les ministres. V. notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 183, 241, 258.

47. Allusion à la conférence publique qui eut lieu à Fontainebleau, le 4 mai 1600, entre Du Plessis Mornay et Du Perron, dans laquelle celui-ci combattit avec avantage les cinq cents erreurs qu’il avoit découvertes dans le livre du premier sur l’Eucharistie.

48. Il s’agit ici, soit du P. Ange de Raconis, qui publia vers cette époque le Petit Anti-Huguenot (Paris, 1618), soit plutôt encore de Ch. Fr. Abra de Raconis, plus tard évêque de Lavaur, qui venoit de faire paroître Traité pour se trouver en conférence avec les hérétiques, Paris, 1618, in-12. V. Mémoires de l’abbé d’Artigny, t. 7, p. 259.

49. C’est le fameux ministre de Charenton dont il fut tant question alors. V. notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 88.

50. Comme théologien et controversiste, il s’étoit mêlé à la dispute de Du Perron et de Du Plessis Mornay ; ses réponses à celui-ci comptent parmi ses bons ouvrages.

51. C’est Durand de Saint-Pourçain, fameux dominicain du XIVe siècle, qui, dans ses livres de théologie, avoit souvent combattu saint Thomas d’Aquin. Ses opinions contraires à la transsubstantiation avoient été foiblement réfutées par Du Perron, dans la conférence citée tout à l’heure. (Longueruana, p. 11–12.) Coeffeteau les combattit avec plus d’avantage.

52. L’Instruction catholique, Paris, 1610, 2 vol. in-fol.

53. Maurice Bressieu. Ce qu’on en dit ici semble d’autant plus surprenant qu’il s’occupoit des sciences plus encore que de l’histoire et de la littérature. Il finit par être professeur royal en mathématiques. Il mourut après 1608. V. Goujet, Mém. sur le Collége royal, in-12, t. 2, p. 95.

54. Allusion aux assemblées dites colloques de Poissy, qui eurent lieu du 9 au 26 septembre 1561, entre les catholiques et les réformés, mais qui n’amenèrent aucun résultat pacifique.

55. Grande maison située au faubourg Saint-Marcel, qui devoit son nom à Bertrand de Chanac, patriarche de Jérusalem, et à Simon de Chamault, cardinal et patriarche d’Alexandrie, qui l’avoient possédée au XIIIe et au XIVe siècle. Les Huguenots y avoient tenu quelques unes de leurs premières assemblées. En 1562, la populace catholique s’y rua, et chaires, bancs, etc., tout y fut brûlé. (Pasquier, Recherches de la France, liv. 3, chap. 49, et Lettres, édit. in-fol., t. 2, p. 451.) — Il existe encore un passage et un marché des Patriarches, qui vont de la rue d’Orléans-Saint-Marcel à la rue Mouffetard.

56. Pasquier parle aussi (loc. cit.) des assemblées de Calvinistes qui se tenoient à Popincourt ou Pincourt, alors hors des murs de Paris, et qui furent envahies et troublées comme celles du Patriarche.

57. Le mystère de la Vie de sainte Catherine, divisé en trois journées. Il fut joué en 1434. C’est un notaire nommé Jean Didier qui jouoit le rôle de la sainte.

58. C’est le maitre farceur qui égaya si bien la cour de François Ier. Brantôme raconte plusieurs de ses tours (Hommes illustres, édit. in-12, t. 3, p. 383). Son petit-fils, qui vivoit sous Charles IX, fit le même métier, mais il l’enjoliva de certaines adresses qui le menèrent tout droit à la potence, en 1570. « Là, dit Delrio, il fit si bien par son art magique, que le bourreau, croyant le pendre, pendit à sa place la mule du premier président. » (Diquisit. magiq., liv. 3.)

59. C’étoit en effet l’usage, et l’on sait l’histoire de la grande émeute soulevée à Sens, du temps de Louis XI, par un apothicaire qui, après s’être mêlé dans la rue à l’une de ces parties de main-chaude ou de taquemain, comme on disoit aussi, ne voulut pas consentir à prendre la place du patient. V. Almanach de Sens pour les années 1763, 1764 et an III (1795).

60. Il étoit plus cher déjà sous Henri III : il se vendoit deux sols la pinte. L’ordonnance sur le faict de la police générale du royaume, qui en régloit ainsi le tarif, fut mise en chanson :

Le plus cher vin vendu la pinte
Partout ne sera que deux sols ;
Qui le vendra plus cher, sans feinte,
Payera l’amende tout son saoul.

(La Fleur des chansons nouvelles, édit. Techener,
p. 6–11.)

61. Sur la teneur de l’ordonnance somptuaire de 1294, où se trouvent les prescriptions indiquées ici, Voy. une note de notre édition des Caquets de l’Accouchée, p. 32.

62. Ils alloient aussi, en robe et en bonnet carré, sur le quai des Augustins. Tiraqueau et Michel de l’Hospital s’y rendoient chaque soir d’été, et, ayant le dos tourné vers la rivière, ils devisoient familièrement avec les passants. V. notre Histoire du Pont-Neuf, Rev. françoise, 1er oct. 1855, p. 543.

63. C’étoit le prix de la course. L’expression jouer, gagner une poule, en vient.

64. Les Bretons étoient les meilleurs sauteurs parmi les écoliers. Le saut breton étoit célèbre. V. notre t. 2, p. 186.

65. Celles de l’État n’y étoient pas oubliées. Tous s’en mêloient, jusqu’au savetier. « Quand le savetier a gagné, par son travail du matin, de quoi se donner un oignon pour le reste du jour, il prend sa longue épée, sa petite cotille et son grand manteau noir, et s’en va sur la place décider des intérêts d’Etat. » (Entretiens du Diable boiteux et du diable borgne, p. 26.)

66. Le mail du quai des Ormes, près les Célestins. Celui qui étoit proche de la porte Montmartre, et dont la rue qui en a gardé le nom ne prit la place que de 1633 à 1636, étoit aussi très fréquenté.

67. V., pour une description à peu près semblable à celle qui est faite ici, et la complétant en quelques détails, De Mayer, Galerie du XVIe siècle, t. 2, p. 363.

68. Comme celle du barbier de Pezenas, dans laquelle on prétend que s’étoit assis Molière, qui se trouve représentée avec son siége et son haut dossier de bois dans le Magasin pittoresque, t. 1er.

69. Il étoit d’usage de se servir, le jour des Rois, de chandelles bariollées (riolées) ou seulement mi-parties (piolées), comme le plumage d’une pie. « Voilà qui est riolé, piolé, comme la chandelle des Rois », lit-on dans la Comédie des proverbes, acte 2, scène 5.

70. Ce sont à peu près les mêmes livres qui sont indiqués par Antoine de Saix (1532) dans son Esperon de discipline :

.  .  .  .  .  .  le livre des Quenoilles,
Le Testament maistre Françoys Villon,
Jehan de Paris, Godefroy de Bouillon.
Artus le Preux, et Fierabras le Quin,
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
Roland, Maugis d’Ardennes la forest…

71. Sur ce roman, dont Pulci fit son poème en vingt-huit chants, V. Biblioth. de Du Verdier, p. 899.

72. André Thevet, de qui l’on a, entre autres ouvrages, une Histoire des hommes illustres, dont l’édition donnée en 1671 a 8 vol. in-12.

73. Mesquinement, chichement. « J’en sais, dit Montaigne (liv. 3, ch. 9), qui donnent plutôt qu’ils ne rendent, prestent plutôt qu’ils ne payent, font plus escharsement bien à celuy à qui ils en sont tenuz. »

74. Monteil, analysant un manuscrit fait avec des extraits des registres du Châtelet des XIVe et XVe siècles, etc., dit : « Je vois, en suivant successivement les feuillets de ce manuscrit, que, sous Charles VI et Charles VII, plusieurs quartiers avoient été abandonnés, que les maisons crouloient ou bien étoient écroulées, et que les propriétaires s’en disputoient le sol et les ruines. » (Traité de matériaux manuscrits, t. 2, p. 306.) — Comme les maisons inhabitées devenoient des repaires de voleurs, on forçoit le propriétaire d’y mettre un gardien. V. notre brochure les Lanternes, hist. de l’ancien éclairage de Paris, Jannet, in-8, p. 19.

75. Sur les Irlandois qui encombroient Paris et y bélistroient de la plus dangereuse manière à la fin du XVIe siècle, V. notre Histoire du Pont-Neuf, Revue franç., 1er octobre 1855.

76. Les chanceliers Poyet et de l’Hôpital avoient essayé de supprimer les confréries ; mais ils n’y étoient pas parvenus. De leur tentative, toutefois, étoient restés quelques abus, que signale De Mayer dans sa Galerie du XVIe siècle, t. 2, p. 363. Celui dont il est parlé ici, et qui tendoit à exempter du chef-d’œuvre et des autres épreuves l’artisan voulant devenir maître, étoit du nombre. Les maîtrises, comme on le voit, pouvoient s’obtenir par simples lettres.

77. Au XVIIe siècle, nous trouvons un trafic de la même espèce, une façon pareille de se tenir à la mode par abonnement, à tant par année. « Le sieur Fournerat, marchand fripier sous les piliers des halles, est-il dit dans le Livre commode des adresses (1691), entretient bourgeoisement et honnêtement d’habits pour quatre pistoles par an. »

78. Sorte de caleçons ou hauts de chausses à pieds auxquels tenoient les pantoufles. Le Pantalon des farces vénitiennes avoit mis cet habillement à la mode. Il étoit suranné alors, mais nous l’avons remis en usage avec son premier nom. Furetière se moque des procureurs qui y étoient fidèles de son temps. Il dit, dans sa satire le Jeu de boule des procureurs :

Je vois dans leurs habits les modes surannées.
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
Tel a le chapeau plat, tel autre l’a trop haut ;
Tel a talon de bois, tel soulier de pitaut ;
Tel haut de chausse bouffe, et tel serre la cuisse ;
L’un tient du Pantalon, et l’autre tient du Suisse.