À M. M…X, sur la mort de mon père (O. C. Élisa Mercœur)

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À M. M…X,
SUR LA MORT DE MON PÈRE.

Du sommeil de la mort tout près de s’endormir,
Ne voyant plus qu’à peine une lueur mourante,
Mon père retenait son âme délirante
        Par les liens du souvenir.

    Décoloré, le jour allait s’éteindre,
Son regard à ce jour adressait ses adieux ;
        Et sans larmes, n’osant se plaindre,
        Il semblait découvrir les cieux.

    Son œil voilé retomba sur la terre ;
Sa famille, en pleurant, le demandait encor
    Son sein brûlait, et son âme légère
        Un moment retint son essor.


Son repos éternel, en succédant aux songes,
Déjà lui promettait un tranquille avenir ;
Sur l’aile du passé les frivoles mensonges
        Dans un instant allaient s’enfuir.

    Il s’approchait le déclin de sa vie ;
De ses jours un nuage éclipsa le flambeau ;
    Il s’échappa vers la haute patrie,
L’aurore à son retour ne vit que son tombeau.

Ô vous dont l’amitié, malgré la mort cruelle,
    Dans votre cœur a su le retenir,
Conservez-la pour moi, cette amitié fidèle ;
Elisa la demande au nom du souvenir !

Élisa Mercœur.


Nantes, 31 décembre 1825.