Élémens de chimie/Partie 1/5

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Imprimerie de Jean-François Picot (p. 86-126).
SECTION CINQUIÈME.


Des gaz ou de la dissolution de quelques principes par le calorique à la température de l’atmosphère.


Le calorique en se combinant avec les corps, en volatilise quelques-uns et les réduit à l’état aériforme ; la permanence de cet état à la température de l’atmosphère constitue les gaz ; ainsi réduire une substance à l’état de gaz, c’est la dissoudre dans le calorique.

Le calorique se combine dans les divers corps avec plus ou moins de facilité, et nous en connoissons plusieurs qui, à la température de l’atmosphère, sont constamment à l’état de gaz ; il en est d’autres qui passent à cet état par quelques degrés de chaleur au-dessus, ce sont ceux-ci qu’on désigne par substances volatiles, évaporables, etc. ils different des matières fixes, en ce que ces dernières ne se volatilisent que par l’application et la combinaison d’une forte dose de calorique.

Il paroit que tous les corps ne prennent pas indistinctement la même quantité de calorique pour paroître à l’état de gaz, et nous verrons qu’on peut en apprécier la proportion par les phénomènes que présentent la fixation et la concrétion de ces substances gazeuses.

Pour réduire un corps à l’état de gaz, on peut lui appliquer le calorique de diverses manières.

Le moyen le plus simple est de le mettre en contact avec un corps plus chaud : alors, d’un côté la chaleur diminue l’affinité d’aggrégation ou de composition en écartant et éloignant les uns des autres les principes constituans, de l’autre la chaleur s’unit aux principes avec lesquels elle a le plus d’affinité et les volatilise. Cette voie est celle des affinités simples ; c’est en effet un troisième corps, qui présenté à un composé de plusieurs principes, se combine avec l’un d’eux et le volatilise.

Nous pouvons encore employer la voie des affinités doubles pour porter un corps à l’état de gaz, et c’est ce qui arrive lorsque nous faisons agir un corps sur un autre pour en opérer la combinaison et qu’il y a production et dégagement de quelque principe gazeux : si je verse, par exemple, de l’acide sulfurique sur de l’oxide de manganèse, l’acide se combine avec le métal, tandis que son calorique se porte sur l’oxigène et l’enlève. Ce principe a lieu non-seulement dans ce cas, mais toutes les fois que dans une opération qui se fait sans le secours du feu, il y a production de vapeurs ou de gaz.

Les divers états sous lesquels se présentent les corps à nos yeux, tiennent presqu’uniquement aux divers degrés de combinaison du calorique avec ces mêmes corps : les fluides ne different des solides que parce qu’ils ont constamment, à la température de l’atmosphère, la dose de calorique convenable pour les tenir à cet état ; ils se figent et passent à l’état concret avec plus ou moins de facilité, selon la quantité de calorique plus ou moins considérable qu’ils exigent.

Tous les corps solides peuvent passer à l’état gazeux ; et la seule différence qui existe entr’eux à cet égard, c’est que pour être portés à cet état, il leur faut une dose de calorique qui est déterminée, 1°. par l’affinité d’aggrégation qui lie les principes, les retient et s’oppose à une nouvelle combinaison ; 2°. par la pesanteur des parties constituantes, ce qui en rend la volatilisation plus ou moins difficile ; 3°. par le rapport et l’attraction plus ou moins forte entre le calorique et le corps solide.

Tous les corps, soit solides soit liquides, volatilisés par la chaleur se présentent sous deux états, celui de vapeur et celui de gaz.

Dans le premier cas, les substances perdent en peu de temps le calorique qui les a élevées, et reparoissent sous leur première forme du moment que le calorique trouve des corps plus froids avec lesquels il se combine ; mais il est rare que les corps ainsi divisés reprennent leur première consistance ; ce premier état est celui de vapeurs.

Dans le second cas, la combinaison du calorique avec la substance volatilisée est telle que la température ordinaire de l’atmosphère ne peut pas vaincre cette union ; c’est cet état qui constitue les gaz.

Lorsque la combinaison du calorique avec un corps quelconque est telle qu’il en résulte un gaz, on peut maîtriser à volonté ces substances invisibles par le secours des appareils qu’on a approprié de nos jours à ces usages : ces appareils sont connus sous le nom d’appareils pneumato-chimiques, hydropneumatiques, etc.

En général l’appareil pneumato-chimique est une cuve en bois, ordinairement quarrée et doublée en plomb ou en fer-blanc : à deux ou trois doigts du bord supérieur, on pratique sur un quart environ de la surface totale une rainure formant une coulisse dans laquelle on fait entrer une planche en bois qui présente un trou dans le milieu et une échancrure sur un des côtés ; le trou est pratiqué au milieu d’une excavation en forme d’entonnoir qu’on fait à la surface inférieure de la planche.

On remplit cette cuve d’eau ou de mercure, selon la nature du gaz qu’on veut extraire ; il en est qui se combinent aisément avec l’eau et on les traite dans l’appareil au mercure.

On peut extraire les gaz de diverses manières.

Lorsqu’on les dégage par le feu, on adapte au bec de la cornue un tube recourbé, dont l’extrémité plonge dans l’eau ou le mercure de la cuve pneumato-chimique et aboutit à la cavité en forme d’entonnoir qui est sous la planche ; on lutte les jointures du tube au bec de la cornue avec le lut ordinaire ; on met par-dessus la planche de la cuve un bocal plein du liquide de la cuve et renversé sur le trou de la planche ; lorsque le gaz se dégage de la cornue, il s’annonce par des bulles qui s’élèvent dans ce bocal et en gagnent la partie supérieure ; lorsque toute l’eau est déplacée et que le bocal est plein de gaz, on le retire en adaptant à son orifice une lame de verre pour qu’il ne se dissipe point ; on peut alors le transvaser et le tourmenter de mille manières pour en mieux connoître la nature.

Lorsqu’on dégage les gaz par le moyen des acides, on met le mélange qui doit le fournir dans un flacon à bec recourbé, et on fait plonger le bec dans la cuve de façon que les bulles puissent se rendre dans la concavité de la planche.

Les procédés usités aujourd’hui pour extraire les gaz et les analyser sont simples et commodes ; et ce sont ces mêmes procédés qui ont singulièrement contribué à nous acquérir la connoissance de ces substances aériformes, dont la découverte a décidé une révolution dans la chimie.


CHAPITRE PREMIER.

Du gaz hydrogène ou air inflammable.


L’air inflammable est un des principes constituans de l’eau, et c’est ce qui lui a mérité le nom de gaz hydrogène ; la propriété qu’il a de brûler avec l’air vital lui avoit fait donner celui d’air inflammable.

On fait du gaz hydrogène depuis long-temps. La fameuse chandelle philosophique atteste l’ancienneté de la découverte ; et le cél. Hales a retiré de la plupart des végétaux un air qui s’enflammoit.

Le gaz hydrogène peut s’extraire de tous les corps dont il est principe constituant : mais la décomposition de l’eau donne le plus pur, et c’est ce fluide qui le fournit ordinairement dans nos laboratoires : à cet effet, on verse de l’acide sulfurique sur le fer ou le zinc, l’eau qui sert de véhicule à cet acide se décompose sur le métal, son oxigène se combine avec lui, tandis que le gaz hydrogène se dissipe : cette explication, quelque contraire qu’elle soit aux anciennes idées, n’en est pas moins une vérité démontrée : en effet, le métal est à l’état d’oxide dans sa dissolution par l’acide sulfurique, comme on peut s’en convaincre en le précipitant par la potasse pure ; d’un autre côté, l’acide lui-même n’est pas du tout décomposé, de sorte que le gaz oxigène ne peut être fourni au fer que par l’eau. On peut encore décomposer l’eau plus directement en la jetant sur du fer fortement chauffé, et on peut obtenir le gaz hydrogène en faisant passer l’eau à travers un tube de fer chauffé au blanc.

On peut extraire aussi le gaz hydrogène par la simple distillation des végétaux : la fermentation végétale et la putréfaction animale produisent aussi cette substance gazeuse.

Les propriétés de ce gaz sont les suivantes.

A. Le gaz hydrogène a une odeur désagréable et puante : M. Kirwann a observé que lorsqu’on l’extrait dans l’appareil au mercure, il n’a presque pas d’odeur ; il contient moitié son poids d’eau, et perd son odeur du moment qu’elle est dissipée.

Kirwann a encore observé que le volume du gaz hydrogène étoit plus grand d’un huitième lorsqu’on l’extrait par l’appareil à l’eau, que lorsqu’on le retire par l’appareil au mercure.

Ces observations paroissoient prouver que l’odeur puante de ce gaz ne provient que de l’eau qu’il tient en dissolution.

B. Le gaz hydrogène n’est point propre à la respiration : M. l’Abbé Fontana assure n’avoir pu fournir que trois inspirations avec cet air ; M. le Comte Morozzo a prouvé que les animaux y périssent en un quart de minute ; d’un autre côté, quelques Chimistes du nord, tels que Bergmann, Schéele, etc. se sont assurés par des expériences faites sur eux-mêmes qu’on pouvoit respirer le gaz hydrogène sans danger ; et on a vu, il y a quelques années, à Paris, l’infortuné Pilatre du Rozier en remplir ses poumons et l’enflammer lors de l’expiration, ce qui formoit un jet de flamme très-curieux : on lui opposa ce que M. l’Abbé Fontana avoit objecté aux Chimistes Suédois, savoir, que le gaz hydrogène étoit mêlé d’air atmosphérique ; l’intrépide Physicien répondit à l’objection en mêlant à ce gaz très-pur un neuvième d’air atmosphérique ; il respira ce mélange à l’ordinaire, mais, lorsqu’il voulut l’enflammer, il se fit une explosion si terrible qu’il crut avoir les dents emportées.

Cette opposition de sentiment, cette contradiction dans des expériences sur un phénomène qui paroît pouvoir être décidé sans réplique par une seule, m’ont engagé à recourir à la même voie pour fixer mes idées à ce sujet.

Des oiseaux mis successivement dans du gaz hydrogène, y sont morts sans que le gaz ait éprouvé le moindre changement sensible.

Des grenouilles mises dans 40 pouces de gaz hydrogène y sont mortes dans l’espace de trois heures et demie, tandis que d’autres mises dans le gaz oxigène et l’air atmosphérique y ont vécu 55 heures, et lorsque je les ai retirées encore vivantes l’air n’étoit ni vicié ni diminué ; des expériences nombreuses que j’ai fait sur ces animaux m’ont permis d’observer qu’ils avoient la faculté d’arrêter la respiration lorsqu’on les plaçoit dans un gaz délétère, à tel point qu’ils n’inspirent qu’une ou deux fois, et suspendent ensuite toute fonction de la part de l’organe respiratoire. J’ai eu encore occasion d’observer que ces animaux ne se réduisent point en putrilage par leur séjour dans le gaz hydrogène, comme on l’a annoncé il y a quelque temps : ce qui a pu en imposer aux Chimistes qui ont rapporté ce fait, c’est que les grenouilles s’enveloppent souvent d’une morve ou sanie qui paroît les recouvrir ; mais elles présentent les mêmes phénomènes dans tous les gaz.

Après avoir éprouvé le gaz hydrogène sur des animaux, je me suis décidé à le respirer moi-même, et j’ai vu qu’on pouvoit respirer plusieurs fois sans danger le même volume de cet air ; mais j’ai observé que ce gaz n’étoit point altéré par ces opérations, et de cela même je conclus qu’il n’est pas respirable ; car s’il l’étoit, il éprouveroit du changement dans le poumon, puisque le but de la respiration ne se borne pas à prendre et à rendre un fluide sans y rien changer ; c’est une fonction bien plus noble, bien plus intéressante, bien plus intimement liée à l’économie animale ; et nous devons regarder le poumon comme un organe qui se nourrit d’air, digère celui qu’on lui présente, retient celui qui lui est avantageux, et rejette la portion qui lui est nuisible : ainsi, si l’air inflammable peut être respiré plusieurs fois de suite, sans danger pour l’individu et sans altération ni changement pour lui-même, concluons qu’à la vérité l’air inflammable n’est pas poison, mais qu’on ne peut pas le regarder comme un air essentiellement propre à la respiration : il en est du gaz hydrogène dans le poumon, comme de ces boules de mousse et de résine qu’avalent certains animaux pendant la saison rigoureuse de l’hiver ; ces boules ne se digèrent point puisque ces animaux les rendent au printemps, mais elles trompent la faim, et les membranes de l’estomac s’exercent sur elles sans danger, comme le tissu du poumon sur le gaz hydrogène qu’on lui présente.

C. Le gaz hydrogène n’est point combustible par lui-même : Ce gaz ne brûle que par le concours de l’oxigène : si on renverse un vase rempli de ce gaz, et qu’on lui présente une bougie allumée, on verra brûler le gaz hydrogène à la surface du bocal, et la bougie s’éteindra du moment qu’on la plongera dans l’intérieur. Les corps les plus inflammables, tels que le phosphore, ne brûlent point dans une atmosphère de gaz hydrogène.

D. Le gaz hydrogène est plus léger que l’air commun : un pied cube d’air atmosphérique pesant 720 grains, un pied cube de gaz hydrogène pese 72 grains. Le baromètre étant à 29.9, le thermomètre à 60, M. Kirwann a trouvé le poids de cet air à celui de l’air commun, comme 84 à 1000, conséquemment environ douze fois plus léger.

Sa pesanteur varie prodigieusement, parce qu’il est difficile de l’avoir constamment au même degré de pureté ; celui qu’on extrait des végétaux contient de l’acide carbonique et de l’huile qui en augmentent le poids.

Cette légèreté du gaz hydrogène a fait présumer à quelques physiciens qu’il devoit gagner la partie supérieure de notre atmosphère ; et sur cette supposition on s’est permis les plus belles conjectures sur l’influence que devoit avoir dans la météorologie une couche de ce gaz qui dominoit l’atmosphère ; ils n’ont point vu que cette continuelle déperdition de matière ne s’accorde point avec la sage économie de la nature ; ils n’ont point vu que ce gaz en s’élevant dans l’air, se combine avec d’autres corps, surtout avec l’oxigène, et qu’il en résulte de l’eau et autres produits dont la connoissance nous conduira nécessairement à celle de la plupart des météores.

C’est sur cette légèreté du gaz hydrogène qu’est fondée la théorie des ballons ou machines aérostatiques.

Pour qu’un ballon s’élève dans l’atmosphère, il suffit que le poids des enveloppes et de l’air qu’elles renferment soit moins considérable que celui d’un égal volume d’air atmosphérique, et il doit s’élever jusqu’à ce que son poids se trouve en équilibre avec celui d’un égal volume d’air ambiant.

La théorie des Montgolfières est très-différente de celle-là : dans ce cas-ci, on raréfie par la chaleur un volume donné d’air atmosphérique isolé de la masse commune par des enveloppes de toile : on peut donc un moment considérer cet espace raréfié comme une masse d’air plus léger, qui doit nécessairement faire effort pour s’élever dans l’atmosphère et entraîner avec lui ses enveloppes.

E. Le gaz hydrogène nous présente divers caractères selon son degré de pureté et la nature des substances qui lui sont mêlées.

Il est rare que ce gaz soit pur : celui que fournissent les végétaux contient de l’huile et de l’acide carbonique ; celui des marais est mêlé avec plus ou moins d’acide carbonique ; celui qui est fourni par la décomposition des pyrites tient quelquefois du soufre en dissolution.

La couleur de l’hydrogène enflammé varie selon ses mélanges : un tiers d’air des poumons mêlé avec l’air inflammable du charbon de terre donne une flamme de couleur bleue ; l’air inflammable ordinaire mêlé avec l’air nitreux fournit une flamme verte ; l’éther en vapeurs forme une flamme blanche. Le mélange varié de ces gaz, le degré de compression qu’on leur fait subir quand on les exprime pour les brûler, ont fourni à quelques Physiciens des feux très-agréables qui ont mérité l’attention des savans et des curieux.

F. Le gaz hydrogène a la propriété de dissoudre le soufre ; il contracte dans ce cas une odeur puante, et forme le gaz hépatique.

M. Gengembre a mis du soufre dans des cloches pleines de gaz hydrogène, et en a opéré la dissolution par le moyen du miroir ardent : ce gaz hydrogène a contracté par ce moyen toutes les propriétés caractéristiques du gaz hépatique.

La formation de ce gaz est presque toujours l’effet de la décomposition de l’eau : en effet, les sulfures alkalins n’exhalent aucune mauvaise odeur tant qu’ils sont secs ; mais du moment qu’ils s’humectent, il s’en dégage une odeur exécrable et il se forme du sulfate. Ces phénomènes nous prouvent que l’eau se décompose, qu’un de ses principes s’unit au soufre et le volatilise, tandis que l’autre se combine avec lui et forme un produit plus fixe.

On peut obtenir le gaz hydrogène sulfuré en décomposant les sulfures par les acides : les acides où l’oxigène est le plus adhérent en dégagent le plus ; le muriatique en produit deux fois plus que le sulfurique ; celui qui est produit par ce dernier donne une flamme bleue, celui qui est dégagé par le muriatique brûle avec une flamme d’un blanc jaunâtre.

Schéele nous a fourni le moyen d’obtenir ce gaz en abondance, en décomposant par l’esprit de vitriol une pyrite artificielle formée par trois parties de fer et une de soufre.

La décomposition naturelle des pyrites dans l’intérieur de la terre donne naissance à ce gaz qui s’échappe avec certaines eaux, et leur communique des vertus particulières.

Les propriétés les plus générales de ce gaz sont :

1°. De noircir les métaux blancs.

2°. D’être impropre à la respiration.

3°. De verdir le syrop de violettes.

4°. De brûler avec une flamme bleue et légère, et de déposer du soufre par cette combustion.

5°. De se mêler avec le gaz oxigène de l’air atmosphérique pour former de l’eau et de laisser échapper le soufre qu’il tenoit en dissolution ; de là vient qu’on trouve du soufre dans les conduits des eaux hépatiques, quoique leur analyse ne démontre pas l’existence d’un atome qui y soit tenu en dissolution.

6°. D’imprégner l’eau, de s’y dissoudre même en petite quantité, mais de se dissiper par la chaleur ou l’agitation.

L’air qui brûle à la surface de certaines sources et forme ce qu’on connoît sous le nom de fontaines ardentes, est du gaz hydrogène qui tient du phosphore en dissolution ; il sent le poisson pourri. Le P. Lampi a découvert une de ces sources sur les collines de Saint-Colombat.

Le Dauphiné nous en offre une semblable à quatre lieues de Grenoble. Les feux follets qui serpentent dans les cimetières, et que le peuple superstitieux prend pour l’image des revenans, sont des phénomènes de cette nature ; et nous en parlerons en traitant du phosphore.


CHAPITRE SECOND.

Du gaz oxigène ou air vital.


Cette substance gazeuse a été découverte par le célèbre Priestley le premier Août 1774 : depuis ce jour mémorable on a appris à la retirer de diverses substances, et on lui a reconnu des propriétés qui en font une des productions les plus intéressantes à connoître.

L’atmosphère ne présente nulle part l’air vital dans son plus grand degré de pureté, il y est toujours combiné, mêlé ou altéré par d’autres substances.

Mais cet air qui est l’agent le plus général des opérations de la nature, se combine avec les divers corps, et c’est par leur décomposition qu’on peut l’extraire et se le procurer.

Un métal exposé à l’air s’y altère, et ces altérations ne sont produites que par la combinaison de l’air pur avec le métal lui-même : la simple distillation de quelques-uns de ces métaux ainsi altérés ou oxidés suffit pour dégager cet air vital, et on l’obtient alors très-pur en le recevant dans l’appareil hydropneumatique ; une once de précipité rouge en fournit environ une pinte.

Les acides ont tous pour base l’air vital : il en est quelques-uns qui le cèdent facilement ; la distillation du salpêtre décompose l’acide nitrique, et on obtient environ douze mille pouces cubes de gaz oxigène par livre de ce sel ; l’acide nitrique distillé sur quelques substances se décompose, et on peut obtenir séparément ses divers principes constituans.

MM. Priestley, Ingenhousi, Sennebier, découvrirent, presque en même-temps, que les végétaux exposés au soleil exhaloient de l’air vital : nous parlerons ailleurs des circonstances de ce phénomène ; nous nous bornerons en ce moment à observer que l’émission de l’air vital est proportionnée à la vigueur de la plante et à la vivacité de la lumière, mais que l’émission directe des rayons du soleil n’est point nécessaire pour déterminer cette rosée gazeuse : il suffit qu’une plante soit bien éclairée pour qu’elle transpire l’air pur, car j’en ai recueilli souvent et abondamment d’une espèce de mousse qui tapisse le fond d’un bassin rempli d’eau, et si bien recouvert que le soleil n’y donne jamais directement.

Pour se procurer l’air vital qui se dégage des plantes, il suffit de les enfermer sous une cloche de verre pleine d eau et renversée sur une cuve remplie du même fluide : du moment que la plante est frappée par le soleil, il se forme sur les feuilles de petites bulles d’air qui se détachent, gagnent la partie supérieure des vases et en déplacent le liquide.

Cette rosée d’air vital est un bienfait de la nature qui répare sans cesse par ce moyen la déperdition qu’elle fait sans cesse de l’air vital : la plante absorbe la mofette atmosphérique et transpire de l’air vital ; l’homme au contraire se nourrit d’air pur et forme beaucoup de mofette : il paroît donc que l’animal et le végétal travaillent l’un pour l’autre ; et par cette admirable réciprocité de services, l’atmosphère est toujours réparée et l’équilibre entre les principes constituans toujours maintenu.

L’influence de la lumière solaire ne se borne point à produire de l’air vital par son action sur les seuls végétaux, elle a encore la singulière propriété de décomposer certaines substances et d’en extraire ce gaz.

Un flacon d’acide muriatique oxigéné exposé au soleil laisse échapper tout l’oxigène surabondant qu’il contient, et passe à l’état d’acide muriatique ordinaire ; le même acide exposé au soleil dans un flacon entouré de papier noir n’éprouve aucun changement, et chauffé dans un endroit obscur il se réduit en gaz sans se décomposer : l’acide nitrique fournit également du gaz oxigène quand on l’expose au soleil, tandis que la chaleur le volatilise sans le décomposer.

Le muriate d’argent mis sous l’eau et exposé au soleil laisse échapper du gaz oxigène : j’ai observé que le précipité rouge donnoit aussi de l’oxigène dans des cas semblables, et qu’il noircissoit en assez peu de temps.

On peut encore obtenir le gaz oxigène en le déplaçant de ses bases par le moyen de l’acide sulfurique ; le procédé que je préfère à tous par sa simplicité est le suivant : je prends une petite fiole à médecine, je mets dans cette bouteille une ou deux onces de manganèse et verse dessus de l’acide sulfurique en suffisante quantité pour former une pâte liquide, j’adapte ensuite un bouchon de liège à l’ouverture de la bouteille, ce bouchon est percé dans son milieu et est enfilé par un tube creux et recourbé, dont une extrémité plonge dans la capacité de la bouteille, tandis que l’autre va s’ouvrir sous la planche de la machine pneumato-chimique : l’appareil ainsi disposé, je présente un petit charbon au cul de la bouteille et le gaz oxigène se dégage dans le moment.

Le manganèse dont je me sers est celui que j’ai découvert à Saint- Jean-de-Gardonenque : il donne son oxigène avec une telle facilité qu’il suffit de le pétrir avec l’acide sulfurique pour le dégager. Ce gaz n’est pas mêlé sensiblement de gaz nitrogène (gaz azote) et la première bulle est aussi pure que la dernière.

Le gaz oxigène présente quelques variétés qui tiennent à son degré de pureté, et elles dépendent en général des substances qui le fournissent : celui qu’on retire des oxides mercuriels tient presque toujours en dissolution un peu de mercure ; je lui ai vu produire une prompte salivation sur deux personnes qui en faisoient usage pour des maladies de poitrine ; d’après ces observations, j’ai exposé à un froid vif des flacons remplis de ce gaz, et les parois se sont obscurcies d’une couche d’oxide de mercure très-divisé ; j’ai plusieurs fois chauffé le bain dans lequel je faisois passer le gaz, et j’ai obtenu dans ce cas, à deux reprises différentes, un précipité jaune dans le flacon dans lequel j’avois reçu le gaz.

Le gaz oxigène qu’on extrait des plantes n’est point aussi pur que celui que nous fournissent les oxides métalliques ; mais de quelques substances qu’on le retire ses propriétés générales sont les suivantes.

A. Ce gaz est plus pesant que l’air atmosphérique. Le pied cube d’air atmosphérique pesant 720 grains, le pied cube d’air pur pèse 765. Selon M. Kirwann son poids est à celui de l’air commun comme 1103 à 1000. 116 pouces de cet air ont pesé 39,09 grains, 116 pouces air commun 35,38. À la température de 10 degrés de Réaumur et à 28 pouces de pression, 100 parties air commun pèsent 46,00, 100 parties air vital 50,00.

B. Le gaz oxigène est le seul propre à la combustion : cette vérité reconnue lui a fait donner le nom d’air du feu par le célèbre Schéele.

Pour procéder avec plus d’ordre dans l’examen d’une des fonctions les plus importantes du gaz oxigène, puisqu’elle lui appartient exclusivement, nous poserons les quatre principes suivans comme des résultats incontestables de tous les faits connus.

Premier principe. Il n’y a jamais de combustion sans air vital.

Second principe. Il y a absorption d’air vital dans toute combustion.

Troisième principe. Dans les produits de la combustion il y a une augmentation de poids égale à la quantité d’air vital absorbée.

Quatrième principe. Dans toute combustion il y a dégagement de chaleur et de lumière.

1°. La première de ces proportions est d’une vérité rigoureuse : le gaz hydrogène ne brûle lui-même que par le concours de l’oxigène, et toute combustion cesse du moment que le gaz oxigène manque.

2°. Le second principe n’est pas d’une vérité moins générale : si on brûle certains corps, tels que le phosphore, le soufre, etc. dans du gaz oxigène bien pur, il est absorbé jusqu’à la dernière goutte ; et lorsque la combustion s’opère dans un mélange de plusieurs gaz, le seul oxigène est absorbé et les autres n’éprouvent pas de changement.

Dans les combustions les plus lentes, telles que la rancidité des huiles, l’oxidation des métaux, il y a également absorption d’oxigène, comme on peut s’en convaincre en isolant ces corps dans un volume d’air déterminé.

3°. Le troisième principe, quoiqu’aussi vrai, a besoin d’être développé : et à cet effet, nous distinguerons les combustions dont le résultat, le résidu et le produit sont fixes, de celles dont les effets sont des substances volatiles et fugaces : dans le premier cas, le gaz oxigène se combine tranquillement avec le corps ; et en pesant le même corps du moment que la combinaison est faite, on juge aisément si l’accrétion en pesanteur est en rapport avec l’oxigène absorbé ; c’est ce qui arrive dans tous les cas où les métaux s’oxident, les huiles rancissent, et dans la production de certains acides, tels que le phosphorique, le sulfurique, etc. : dans le second cas, il est plus difficile de peser tous les résultats de la combustion, et de constater par conséquent si l’accrétion en pesanteur est en raison de la quantité d’air absorbée ; néanmoins, si la combustion se fait sous des cloches et qu’on recueille tous les produits, on verra que leur augmentation en poids est dans un rapport rigoureux avec l’air absorbé.

4°. Le quatrième principe est celui dont les applications sont les plus intéressantes à connoître.

Dans la plupart des combustions, le gaz oxigène se fixe et se concret : il abandonne donc le calorique qui le tenoit à l’état aériforme, et ce calorique devenu libre produit de la chaleur et cherche à se combiner avec les substances qui sont à portée.

Le dégagement de chaleur est donc un fait constant dans tous les cas où l’air vital se fixe dans les corps : et il suit de ce principe, 1°. que la chaleur réside éminemment dans le gaz oxigène qui sert à la combustion ; 2°. que plus il y aura d’oxigène absorbé dans un temps donné plus forte sera la chaleur ; 3°. que le seul moyen de produire une chaleur violente est de brûler les corps dans l’air le plus pur ; 4°. que le feu et la chaleur doivent être d’autant plus intenses que l’air est plus condensé ; 5°. que les courans d’air sont nécessaires pour entretenir et hâter la combustion ; c’est sur ce dernier principe qu’est fondée la théorie des effets des lampes à cylindre : le courant d’air qui s’établit par le tuyau renouvelle l’air à chaque instant, et en appliquant continuellement à la flamme une nouvelle quantité de gaz oxigène on détermine une chaleur suffisante pour incendier et détruire la fumée.

C’est encore à ces mêmes principes qu’on doit rapporter la grande différence qui existe entre la chaleur produite par une combustion lente et celle qui est produite par une combustion rapide ; dans le dernier cas on produit dans une seconde la même chaleur et la même lumière qui auroient été produites dans un temps très-long.

Les phénomènes de la combustion à l’aide du gaz oxigène tiennent encore aux mêmes loix. Le Professeur Lichtenberger de Gottingue a soudé une lame de canif avec un ressort de montre par le moyen du gaz oxigène.

MM. Lavoisier et Erhmann ont soumis presque tous les corps connus à l’action d’un feu alimenté par le seul gaz oxigène, et ont obtenu des effets que le miroir ardent n’avoit pas pu opérer.

M. Ingenhousz nous a appris qu’en roulant un fil de fer en spirale, et mettant un corps quelconque embrasé à un des bouts, on pouvoit le fondre en le plongeant dans le gaz oxigène.

M. Forster de Gottingue a vu que la lumière des vers luisans est si belle et si claire dans le gaz oxigène qu’un seul suffit pour lire les annonces savantes de Gottingue imprimées en très-petit caractère. Il ne s’agissoit plus que de pouvoir appliquer l’air vital à la combustion avec aisance et économie ; et c’est à quoi est parvenu M. Meusnier qui a fait construire un appareil simple et commode : on peut consulter à ce sujet le traité de la fusion par M. Erhmann.

On peut voir encore la description du gazomètre dans le traité élémentaire de chimie par M. Lavoisier.

Nous distinguerons trois états dans l’acte même de la combustion : l’ignition, l’inflammation et la détonnation.

L’ignition a lieu lorsque le corps combustible n’est pas dans l’état aériforme, ni susceptible de prendre cet état par la simple chaleur de la combustion : c’est ce qui arrive lorsqu’on brûle du charbon bien fait.

Lorsque le corps combustible est présenté au gaz oxigène sous forme de vapeurs ou de gaz, il en résulte de la flamme, et la flamme est d’autant plus considérable que le corps combustible est plus volatil. La flamme d’une bougie n’est entretenue que par la volatilisation de la cire qui s’opère à chaque instant par la chaleur de la combustion.

La détonnation est une inflammation prompte et rapide, qui occasionne du bruit par le vide qui se forme instantanément. La plupart des détonnations sont produites par le mélange du gaz hydrogène avec l’oxigène, comme je l’ai fait voir en 1781 dans mon mémoire sur les détonnations. Il a été prouvé, depuis cette époque, que le produit de la combustion rapide de ces deux gaz étoit de l’eau. On peut produire de très-fortes détonnations en embrasant un mélange d’une partie de gaz oxigène et de deux d’hydrogène : l’effet peut être rendu plus terrible encore, en faisant passer le mélange dans l’eau de savon et enflammant les bulles lorsqu’elles sont amoncelées à la surface du liquide.

La chimie nous présente phi sieurs cas dans lesquels la détonnation est due à la formation subite de quelque substance gazeuse, telle est celle qui est produite par l’inflammation de la poudre à canon ; car dans ce cas, il y a production subite d’acide carbonique, de gaz nitrogène, etc. La production ou la création instantanée d’un gaz quelconque doit produire une secousse et un ébranlement dans l’atmosphère qui déterminent nécessairement une explosion : l’effet de ces explosions s’accroît et se fortifie par tous les obstacles qu’on oppose à l’effort des gaz qui cherchent à s’échapper.

C. Le gaz oxigène est le seul gaz propre à la respiration : c’est cette propriété très-éminente qui lui a mérité le nom d’air vital, et nous employerons de préférence cette dénomination dans cet article.

On sait depuis long-temps que les animaux ne peuvent pas vivre sans le secours de l’air ; mais les phénomènes de la respiration n’ont été connus que bien imparfaitement jusqu’à nos jours.

De tous les auteurs qui ont écrit sur la respiration, les anciens sont ceux qui en ont eu l’idée la plus exacte : Ils admettoient dans l’air un principe propre à nourrir et à entretenir la vie qu’ils ont désigné par le nom de pabulum vitæ ; et Hippocrate nous dit expressément spiritus etiam alimentum est ; Cette idée qui n’étoit liée à aucune hypothèse a été successivement remplacée par des systèmes dénués de tout fondement : tantôt on a considéré l’air dans le poumon comme un aiguillon (stimulus) sans cesse agissant qui entretenoit la circulation, V. Haller ; tantôt on a regardé le poumon comme un soufflet destiné à raffraîchir le corps incendié par mille causes imaginaires ; et lorsqu’on s’est convaincu que le volume de l’air diminuoit dans le poumon, on a cru avoir tout expliqué en disant que l’air perdoit son ressort.

Il nous est permis aujourd’hui de jeter quelque jour sur une des fonctions les plus importantes du corps humain ; nous la réduirons à quelques principes pour procéder avec plus de clarté.

1°. Nul animal ne peut vivre sans le secours de l’air : c’est un fait généralement reconnu ; mais on ne sait que depuis peu que la faculté qu’a l’air de servir à la respiration n’est due qu’à un des principes de l’air atmosphérique connu sous le nom d’air vital.

2°. Tous les animaux ne demandent pas la même pureté dans l’air : l’oiseau l’exige très-pur de même que l’homme et la plupart des quadrupèdes ; mais ceux qui vivent dans la terre, ceux qui s’amoncèlent et se pelotonent pendant l’hiver, s’accommodent d’un air moins pur.

3°. La manière de respirer l’air est différente dans les divers sujets : en général la nature a doué les animaux d’un organe qui, par sa dilatation et sa contraction involontaires, reçoit et expulse le fluide dans lequel il se meut. Cet organe est plus ou moins parfait, plus ou moins caché et garanti de tout choc et événement, selon son importance et son influence sur la vie, comme l’a observé M. Broussonet.

Les amphybies respirent à l’aide des poumons ; mais ils peuvent suspendre leur mouvement, même lorsqu’ils sont dans l’air, comme je l’ai observé sur des grenouilles qui arrêtent la respiration à volonté.

La manière de respirer des poissons est très-différente : ces animaux viennent de temps en temps humer l’air à la surface de l’eau, en remplissent leur vésicule, et le digèrent ensuite à leur aise. J’ai suivi pendant long-temps les phénomènes que présentent les poissons dans l’acte de la respiration, et me suis assuré qu’ils sont sensibles à l’action de tous les gaz comme les autres animaux. M. de Fourcroy a observé que l’air contenu dans la vésicule de la carpe est du gaz nitrogène (azote).

L’insecte à trachées nous présente des organes plus éloignés des nôtres par la conformation : chez lui la respiration s’opère par des trachées distribuées le long du corps, elles accompagnent tous les vaisseaux, et finissent par se perdre en pores insensibles à la surface de la peau.

Ces insectes me paroissent offrir plusieurs points d’analogie bien frappans avec les végétaux. 1°. Les organes respiratoires sont conformés de la même manière ; ils sont disposés sur tout le corps du végétal et de l’animal. 2°. Les insectes n’exigent pas une grande pureté dans l’air, et les plantes se nourrissent de mofette atmosphérique. 3°. Ils transpirent l’un et l’autre de l’air vital. M. l’Abbé Fontana a trouvé plusieurs insectes dans les eaux stagnantes, qui exposés au soleil donnent de l’air vital : et cette matière verte qui se forme dans les eaux stagnantes, que M. Priestley a placée parmi les conferves, d’après le témoignage de son ami M. Bewly, que M. Sennebier a cru être la conferva cespitosa filis rectis undique divergentibus, Halleri, et qui a paru à M. Ingenhousz n’être qu’une ruche d’animalcules, donne une prodigieuse quantité d’air vital lorsqu’on l’expose au soleil. 4°. Les insectes fournissent encore à l’analyse des principes analogues à ceux des plantes, tels que des résines, des huiles volatiles, etc.

Le P. Vanière paroît avoir connu et exprimé très-élégamment la propriété qu’ont les végétaux de se nourrir d’air vital.

...... Arbor enim (res non ignota) ferarum
Instar et halituum piscisque latentis in imo
Gurgite vitales et reddit et accipit auras.

Pradium rusticum, L. VI.

Les animaux à poumon ne respirent qu’en raison de l’air vital qui les environne. Un gaz quelconque privé de ce mélange est dès ce moment impropre à la respiration, et cette fonction s’exerce avec d’autant plus de liberté que l’air vital est en plus grande proportion dans l’air qu’on respire.

M. le Comte Morozzo mit successivement plusieurs moineaux adultes sous une cloche de verre qui plongeoit dans l’eau, et qui fut remplie d’abord d’air atmosphérique et puis d’air vital, et il observa que,

1°. dans l’air atmosphérique,

Le premier moineau vécut 
3 heures.
Le second 
0 h. 3 m.
Le troisième 
0 h. 1 m.

L’eau monta dans la cloche, de 8 lignes pendant la vie du premier, de 4 pendant la vie du second, et le troisième ne produisit aucune absorption.

2°. Dans l’air vital,

Le premier moineau a vécu 
5 h. 23 m.
Le second 
2 h. 10 m.
Le troisième 
1 h. 30 m.
Le quatrième 
1 h. 10 m.
Le cinquième 
0 30 m.
Le sixième 
0 47 m.
Le septième 
0 27 m.
Le huitième 
0 30 m.
Le neuvième 
0 22 m.
Le dixième 
0 21 m.

De ces expériences on peut conclure 1°. qu’un animal vit plus long-temps dans l’air vital que dans l’air atmosphérique ; 2°. qu’un animal vit dans un air où un autre est mort ; 3°. qu’indépendamment de la nature de l’air, il faut avoir égard à la constitution des animaux, puisque le sixième a vécu 47 minutes et le cinquième 30 seulement ; 4°. qu’il y a absorption d’air ou production d’un nouveau gaz, que l’eau absorbe puisqu’elle monte.

Il nous reste à présent à examiner quels sont les changemens que produit la respiration, 1°. dans l’air, 2°. dans le sang.

1°. Le gaz rendu par l’expiration est un mélange de gaz nitrogène, d’acide carbonique et d’air vital. Si on fait passer l’air qui sort des poumons à travers l’eau de chaux, elle se trouble ; si on le reçoit à travers la teinture de tournesol, elle rougit ; et si on substitue de l’alkali pur à la teinture de tournesol, il devient effervescent.

Lorsqu’on s’est emparé de l’acide carbonique par les procédés ci-dessus, ce qui reste est un mélange de gaz nitrogène et d’air vital : on y démontre l’air vital par le moyen de l’air nitreux : de l’air dans lequel j’avois fait périr cinq moineaux m’a donné 17 centièmes d’air vital. Après avoir ainsi dépouillé l’air expiré de tout l’air vital et de tout l’acide carbonique, il ne reste que le gaz nitrogène.

On a observé que les frugivores vicioient moins l’air que les carnivores.

Il y a absorption d’une portion d’air dans la respiration : Borelli s’en étoit déjà apperçu ; et le Docteur Jurin avoir calculé qu’un homme inspiroit 40 pouces d’air dans les inspirations moyennes, et que dans les plus grandes il pouvoit en recevoir 220 pouces, mais qu’il y en avoir toujours une portion d’absorbée. Le cél. Hales chercha à déterminer plus rigoureusement cette absorption, et il l’évalua à du total de l’air respiré, mais il ne la porta qu’à , par rapport aux erreurs qu’il croyoit pouvoir s’être glissées ; or l’homme respire 20 fois par minute, il absorbe 40 pouces cubes d’air à chaque inspiration, il en absorbera donc 48000 par heure, qui divisés par 136 donnent environ 353 pouces d’air absorbés et perdus par heure. Le procédé de Hales n’est pas rigoureux, puisqu’il faisoit passer l’air expiré à travers l’eau qui devoit en retenir une portion sensible.

D’après des expériences plus exactes, M. de la Metherie a prouvé que dans une heure on absorboit 360 pouces cubes d’air vital.

Mes expériences ne m’ont pas présenté, à beaucoup près, une déperdition aussi forte.

Ce fait nous permet de concevoir la facilité avec laquelle un air est vicié du moment qu’il est respiré et qu’il n’est pas renouvelé, et nous explique pourquoi l’air des salles de spectacles est en général si mal sain.

II°. Le premier effet que paroît produire l’air sur le sang, c’est de lui donner une couleur vermeille : si on expose du sang veineux noirâtre dans une atmosphère d’air pur, le sang devient vermeil à la surface ; on observe journellement ce phénomène, lorsque le sang reste exposé à l’air dans une palette. L’air qui a séjourné sur le sang éteint les bougies et précipite l’eau de chaux.

L’air injecté dans l’espace d’une veine déterminé par deux ligatures rend le sang plus vermeil, d’après les belles expériences de M. Hewson.

Le sang qui revient du poumon est plus vermeil, d’après les observations de MM. Cigna, Hewson, etc. de-là la plus grande intensité du sang artériel sur le sang veineux.

M. Thouvenel a prouvé qu’en pompant l’air qui repose sur le sang, on le décolore de nouveau.

M. Beccaria a exposé du sang dans le vide, il y est resté noir, et a pris la plus belle couleur vermeille dès qu’il a été de nouveau exposé à l’air. M. Cigna a couvert du sang avec de l’huile et il a conservé sa couleur noire.

M. Priestley a fait passer successivement le sang d’un mouton dans l’air vital, l’air commun, l’air méphitique, etc. et il a trouvé que les parties les plus noires prenoient une couleur rouge dans l’air respirable, et que l’intensité de couleur étoit en raison de la quantité d’air vital. Le même Physicien a rempli une vessie de sang et l’a exposée à l’air pur, la partie qui touchoit la surface de la vessie est devenue rouge, tandis que l’intérieur est resté noir : il y a donc absorption d’air, comme lorsque le contact est immédiat.

Tous ces faits prouvent incontestablement que la couleur vermeille que prend le sang dans le poumon est due à l’air pur qui se combine avec lui.

La couleur vermeille du sang est donc un premier effet du contact, de l’absorption et de la combinaison de l’air pur avec le sang.

Le second effet de la respiration, c’est d’établir un véritable foyer de chaleur dans le poumon, ce qui est bien opposé à l’idée précaire et ridicule de ceux qui ont regardé le poumon comme un soufflet destiné à raffraîchir le corps humain.

Deux célèbres Physiciens Hales et Boërhaave avoient observé que le sang acquéroit de la chaleur en passant par le poumon, et des Phisiologistes modernes ont évalué cette augmentation de chaleur à .

La chaleur dans chaque classe d’individus est proportionnée au volume des poumons, selon MM. de Buffon et Broussonet.

Les animaux à sang froid n’ont qu’une oreillette et un ventricule, comme l’avoit observé Aristote.

Les personnes qui respirent l’air vital pur, s’accordent à dire qu’elles ressentent une douce chaleur qui vivifie le poumon et s’étend insensiblement de la poitrine dans tous les membres.

Les faits anciens et modernes se réunissent donc à prouver qu’il existe réellement un foyer de chaleur dans le poumon, et qu’il est entretenu et alimenté par l’air de la respiration : il nous est possible d’expliquer tous ces phénomènes : en effet, dans la respiration il y a absorption d’air vital ; on peut donc considérer la respiration comme une opération par laquelle l’air vital passe continuellement de l’état gazeux à l’état concret ; il doit donc abandonner à chaque instant la chaleur qui le tenoit en dissolution et à l’état de gaz ; cette chaleur produite à chaque inspiration doit être proportionnée au volume des poumons, à l’activité de cet organe, à la pureté de l’air, à la rapidité des inspirations, etc, il s’ensuit de-là que pendant l’hiver la chaleur produite doit être plus forte, parce que l’air est plus condensé et présente plus d’air vital sous le même volume : par la même raison la respiration doit produire plus de chaleur dans les personnes du nord, et c’est une des causes que la nature a préparées pour tempérer et balancer sans cesse le froid extrême de ces climats : il s’ensuit encore que les poumons des asthmatiques doivent moins digérer l’air ; et je me suis assuré qu’ils rendent l’air sans le vicier, ce qui fait que leur complexion est froide et le poumon sans cesse languissant ; l’air vital leur convient donc à merveille. On conçoit aisément, d’après ces principes, pourquoi la chaleur est proportionnée au volume des poumons, pourquoi les animaux qui n’ont qu’une oreillette et un ventricule sont des animaux à sang froid, etc.

Les phénomènes de la respiration sont donc les mêmes que ceux de la combustion.

L’air vital en se combinant avec le sang y forme de l’acide carbonique, qu’on peut considérer comme un anti-putride tant qu’il est dans le torrent de la circulation, et qui est ensuite poussé au dehors à travers les pores de la peau, d’après les expériences de M. le Comte de Milly et les observations de M. Fouquet.

L’air vital a été employé avec succès dans quelques maladies du corps humain : on connoît les observations de M. Caillens qui l’a fait respirer avec le plus grand succès à deux personnes affectées de phthisie. J’ai été moi-même témoin d’un merveilleux effet de cet air dans un cas semblable : M. de B. étoit au dernier période d’une phthisie confirmée ; foiblesse extrême, sueur, flux de ventre, tout annonçoit une mort prochaine : un de mes amis M. de P. le mit à l’usage de l’air vital, le malade le respiroit avec délectation, il le demandoit avec l’ardeur d’un nourrisson qui désire le lait de sa nourrisse, il éprouvoit dès qu’il le respiroit une chaleur bienfaisante qui se répandoit par tous ses membres ; ses forces se rétablirent à vue d’œil, et en six semaines il fut en état de fournir à de longues promenades ; ce bien être dura six mois, mais après cet intervalle il rechûta, il ne put plus avoir recours à l’usage de l’air vital parce que M. de P. étoit parti pour Paris, et il mourut. Je suis bien éloigné de penser que la respiration de l’air vital puisse être employée dans ce cas comme un spécifique ; bien plus je doute que cet air actif convienne dans ces circonstances, mais il inspire de la gaieté, contente le malade, et, dans les cas désespérés, c’est assurément un remède précieux que celui qui répand des fleurs sur les bords de notre tombe, et nous prépare de la manière la plus douce à franchir ce pas effrayant.

L’usage absolu de l’air vital dans la respiration, fait qu’on peut en tirer des principes positifs sur la manière de purifier l’air corrompu d’un endroit quelconque : on peut y parvenir par trois moyens ; le premier consiste à corriger l’air vicié par le secours des substances qui peuvent s’emparer des principes délétères ; le second, à déplacer l’air corrompu et à lui substituer de l’air frais, c’est ce que l’on fait par les ventilateurs, l’agitation des portes, etc. ; le troisième, à verser dans l’atmosphère méphitisée une nouvelle quantité d’air vital.

Les procédés employés pour purifier l’air corrompu ne sont pas tous d’un effet assuré : les feux qu’on emploie n’ont d’autre avantage que d’établir des courans et de brûler les miasmes mal-sains ; et les parfums ne font que masquer la mauvaise odeur sans rien changer à la nature de l’air, d’après les expériences de M. Achard.


CHAPITRE TROISIÈME.

Du gaz nitrogène, gaz azote ou mofette atmosphérique.


On savoit depuis long-temps que l’air qui a servi à la combustion et à la respiration n’est plus propre à ces usages. Cet air ainsi corrompu a été connu sous les noms d’air phlogistiqué, d’air méphitique, de mofette atmosphérique, etc. Je l’appelle gaz nitrogène, d’après les raisons que j’ai développées dans le discours préliminaire.

Mais ce résidu de la combustion ou de la respiration est toujours mêlé avec un peu d’air vital et d’acide carbonique, dont il faut le débarrasser pour avoir ce gaz nitrogène dans son état de pureté.

Pour obtenir le gaz nitrogène très-pur, on connoît plusieurs moyens qu’on peut employer.

1°. Schéele nous a appris qu’en exposant du sulfure d’alkali dans un vase rempli d’air atmosphérique, l’air vital est absorbé, et lorsque l’absorption est complète le gaz nitrogène reste pur.

En exposant un mélange de fer et de soufre pétris ensemble avec de l’eau, sur du mercure dans l’air atmosphérique, M. Kirwan a obtenu un gaz nitrogène si pur qu’il n’éprouvoit aucune diminution par le gaz nitreux ; il en pompe toute l’humidité en introduisant plusieurs fois du papier à filtrer dans la jarre qui le contient ; il faut avoir l’attention de retirer cet air de dessus la pâte qui le fournit, sans quoi il se mêleroit avec du gaz hydrogène qui se dégage.

2°. Lorsque par des moyens quelconques, tels que l’oxidation des métaux, la rancidité des huiles, la combustion du phosphore, etc. on s’empare de l’air vital, le résidu est le gaz nitrogène.

Tous ces procédés fournissent des moyens plus ou moins rigoureux, pour déterminer dans quelle proportion se trouvent l’air vital et le gaz nitrogène dans la composition de l’air atmosphérique.

3°. On peut encore se procurer cette mofette, en traitant à l’appareil hydropneumatique par l’acide nitrique la chair musculaire ou la partie fibreuse du sang bien lavée : mais il faut observer que les matières animales soient bien fraîches, car, si elles commencent à être altérées par la fermentation, elles fournissent de l’acide carbonique mêlé avec le gaz nitrogène.

A. Ce gaz est impropre à la respiration et à la combustion.

B. Les plantes vivent dans cet air et y végètent librement.

C. Ce gaz se mêle avec les autres airs sans s’y combiner.

D. Il est plus léger que l’air atmosphérique. Le baromètre marquant 30,46, le thermomètre Far. 60, le poids du gaz nitrogène est à celui de l’air commun comme 985 à 1000.

E. Mêlé avec l’air vital dans la proportion de 72 sur 28, il constitue notre atmosphère : les autres principes que l’analyse démontre dans l’atmosphère n’y sont qu’accidentellement et leur existence n’y est pas nécessaire.