Élémens de chimie/Partie 1/6

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Imprimerie de Jean-François Picot (p. 126-129).
SECTION SIXIÈME.


Du mélange des gaz nitrogène et oxigène, ou de l’air atmosphérique.


Les substances gazeuzes dont nous venons de parler existent rarement seules et isolées ; la nature nous les présente par-tout dans un état de mélange ou dans un état de combinaison : dans le premier cas, ces gaz conservent leur état aériforme ; dans le second, ils forment assez constamment des corps fixes et solides. La nature dans ses diverses décompositions réduit presque tous les principes en gaz, ces nouvelles substances s’unissent entr’elles, se combinent, et il en résulte des composés assez simples dans le principe, mais qui se compliquent par des mélanges et des combinaisons ultérieures. Nous pouvons suivre pas à pas toutes les opérations de la nature, en nous conformant au plan que nous avons adopté.

Le mélange d’environ 72 parties de gaz nitrogène et de 28 oxigène forme cette masse de fluide dans laquelle nous vivons : ces deux principes sont si bien mêlés, et chacun d’eux est tellement nécessaire à l’entretien des diverses fonctions des individus qui vivent ou végètent sur ce globe, qu’on ne les a pas trouvés encore séparés et isolés.

Les proportions de ces deux gaz varient dans le mélange qui forme l’atmosphère, mais cette différence ne peut se déduire que des causes purement locales, et la proportion la plus ordinaire est celle que nous venons d’établir.

Les propriétés caractéristiques de l’air vital se trouvent modifiées par celles du gaz nitrogène, et ces modifications paroissent même nécessaires : car si nous respirions l’air vital dans son état de pureté, il useroit promptement notre vie ; et cet air vierge ne nous convient pas plus que l’eau distillée : la nature ne paroît pas nous avoir destinés à faire usage de ces principes dans leur plus grand degré de perfection.

L’air atmosphérique s’élève à plusieurs lieues par-dessus nos têtes, et remplit les souterrains les plus profonds : il est invisible, insipide, inodore, pesant, élastique, etc. C’étoit la seule substance gazeuse qu’on connût avant l’époque actuelle de la chimie, et l’on attribuoit toujours à des modifications de l’air les nuances infinies que présentoient tous les fluides invisibles que l’observation offroit si souvent aux Physiciens. Presque tout ce qui a été écrit sur l’air ne considère que les propriétés physiques de cette substance ; nous nous bornerons à en indiquer les principales.

A. L’air est un fluide d’une raréfaction extrême ; il obéit au moindre mouvement ; la plus légère percussion le dérange, et son équilibre sans cesse rompu cherche sans cesse à se rétablir.

Quoique très-fluide, il trouve de la difficulté à passer par où des liquides plus grossiers pénètrent aisément ; c’est ce qui a engagé les Physiciens à supposer ses parties rameuses.

B. L’air atmosphérique est invisible : il refrange les rayons de lumière sans les réfléchir, et c’est sans des preuves suffisantes que quelques Physiciens ont pensé que ses grandes masses étoient bleues.

Il paroît que l’air est inodore par lui-même ; mais il est le véhicule des parties odorantes.

On peut le regarder comme insipide ; et si son contact nous affecte diversement, nous ne devons l’attribuer qu’à ses qualités physiques.

C. Ce n’est que vers le milieu du dernier siècle qu’on a constaté sa pesanteur par des expériences rigoureuses : l’impossibilité de soutenir l’eau à plus de 32 pieds, fit soupçonner à Toricelli qu’une cause extérieure soutenoit ce liquide à cette hauteur, et que ce n’étoit point l’horreur du vide qui précipitoit l’eau dans les tuyaux des pompes. Ce cél. Physicien remplit de mercure un tube bouché par une de ses extrêmités, il le renversa sur une cuvette pleine de ce même métal, et vit le mercure s’arrêter constamment à 28 pouces après plusieurs oscillations ; il vit dans le moment que les différences dans les hauteurs répondoient à la pesanteur relative des deux fluides, qui est dans le rapport de 14 à 1 : l’immortel Paschal prouva, quelque temps après, que c’étoit la colonne d’air atmosphérique qui soutenoit les liquides à cette élévation, et s’assura que la hauteur varioit selon la longueur de la colonne qui presse.

D. L’élasticité de l’air est une des propriétés sur lesquelles la physique a le plus travaillé, et on en a même tiré un parti très-avantageux dans les arts.