Étude sur l’histoire d’Haïti/Tome 10/5.6

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Dezobry et E. Magdeleine, Lib.-éditeurs (Tome 10pp. 271-311).

chapitre vi.

1836. — Prorogation de la session législative au 8 août. — Circulaires du Président d’Haïti aux tribunaux civils, expliquant les modifications apportées aux codes votés dans la session de 1835. — Ouverture de la session législative. — Le secrétaire d’État est déchargé de sa gestion financière en 1835. — Plusienis lois sont votées et promulguées. Arrêté du Président contre les pirates. — 1837. Proclamation invitant les électeurs à nommer les représentans de la 5e législature. — Conspiration ourdie au Cap-Haïtien. — Faits relatifs au chef de bataillon Bélonie Narcisse. — Le général Guerner dénonce au Président, Gervais Henri comme un des complices de la conspiration ; il est mande à la capitale. — Révolte d’Isidor Gabriel, colonel des carabiniers de la garde : elle est étouffée et il est tué, — Proclamation du Président et ordre du jour qui licencie le corps des carabiniers. — Réflexions au sujet de cette révolte. — Mort du général Léo qui est remplacé par le général Bottex. — Discours du Président à l’ouverture de la session législative. — Règlement pour la police intérieure de la Chambre des communes. — Elle décharge le secrétaire d’État de sa gestion en 1836, et vote les lois d’impôts directs en y confondant ce qui était de son initiative et ce qui était de celle du Président d’Haïti. — Elle repousse une plainte formée contre l’un de ses membres. — Proposition de Couret, pour demander au Président l’abrogation de la loi sur le payement des droits d’importation en monnaies étrangères, discussion qu’elle occasionne à la Chambre. — La Chambre adresse au Président un message qui lui demande la suspension de cette loi : une députation l’apporte à Boyer qui lui repond qu’il avisera. — La Chambre lui adresse un antre message à l’occasion de la Saint-Pierre, sa fête patronale : il y lépond. — Discours de H. Dumesle, président de la Chambre, à la séance de clôture de la session. — Proclamation du Président sur les causes de la situation commerciale du pays. — Réflexions à ce sujet. — Avis officiel annonçant que le Sénat a rejeté les lois d’impôts votées par la Chambre. — Le Président ordonne au secrétaire d’État de faire percevoir ces impôts, en vertu des lois précédentes non abrogées. — Circulaire du secrétaire d’État aux conseils de notables à ce sujet. — Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de vivres. — Réorganisation du lycée national du Port-au-Prince. — Messages entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France et la République. — Proclamation annonçant qu’un agent français vient de Haïti.


La tranquillité dont la République jouissait depuis plusieurs années, surtout depuis que l’Opposition avait été exclue de la Chambre des communes, devait faire de 1836 une de ces époques heureuses pour Haïti. Mais comme, en politique, tout est action et réaction, ce calme profond était le précurseur d’un grave événement et d’agitations nuisibles à la prospérité du pays. C’était encore de la Chambre des communes que ces agitations allaient sortir, au renouvellement de la législature : son adresse au pouvoir exécutif, qu’on a lue au chapitre précédent, prouvait que désormais ce pouvoir serait l’objet de ses remontrances.

En attendant le moment d’en parler, citons, comme toujours, les actes les plus remarquables du gouvernement ; car il en est beaucoup que nous devons nécessairement omettre, parce qu’ils sont purement administratifs.

Le 2 février, une proclamation du chef de l’État prorogea la session législative au 8 août suivant. Le motif de cette prorogation était l’espoir qu’il avait, que le gouvernement français se fût décidé à entrer dans un arrangement définitif avec la République avant cette époque, et il se réservait d’en entretenir la 4e législature qui allait terminer son mandat dans cette session.

Dans le même mois de février, le Président crut devoir lui-même adresser une circulaire aux tribunaux civils, pour leur expliquer les motifs des changemens introduits dans la procédure civile, par le nouveau code, lesquels changemens n’avaient eu lieu, en grande partie, que sur leurs propres observations. Il leur recommanda sur toute chose, d’éviter de favoriser l’esprit de chicane des avocats ou défenseurs publics contre lequel il était toujours prévenu (avec une certaine raison), afin que l’intérêt des familles n’en souffrît pas. Au mois d’avril, Boyer leur adressa une autre circulaire dans le même but, par rapport aux nouveaux codes pénal et d’instruction criminelle, cette dernière recommandant aux magistrats de veiller à l’accélération de l’instruction des procès faits aux délinquans, à une équitable distribution de la justice, afin que ces délinquans n’eussent pas à supporter d’inutiles lenteurs dans leur situation pénible, et que la société elle-même fût satisfaite.

D’après une contestation survenue entre le directeur général de la poste et le consulat français, le gouvernement se vit obligé de faire publier un avis concernant les sacs aux lettres apportées de l’étranger. À l’arrivée des navires de France, ce consulat s’emparait des lettres et les faisait distribuer aux commerçans, au préjudice du fisc. L’avis eut pour objet de contraindre les capitaines des navires de toutes les nations à remettre leurs sacs à la poste, à les y prendre à leur départ, en exceptant de cette mesure la correspondance officielle des agents consulaires ; rien n’était plus juste.

Le 11 août, la session législative fut ouverte. Boyer expliqua à la Chambre des communes pourquoi il l’avait prorogée ; il parla de la régularité et de l’économie qui régnaient dans toutes les parties de l’administration des finances ; de l’ordre et de la tranquillité dont le pays jouissait, « en rendant à cet égard, dit-il, hommage à l’esprit de patriotisme de la grande majorité de la nation. » Et en exprimant sa satisfaction du concours qu’il avait trouvé de la part de la Chambre, il lui annonça qu’il ne lui proposerait que quelques lois pour coordonner les améliorations déjà faites à la législation.

J. Depa, président de la Chambre, répondit aux paroles du chef de l’État par le discours le plus concis, se bornant à lui donner l’assurance qu’elle marcherait en harmonie avec ses vues, rendant justice à sa sollicitude pour le bonheur public et faisant des vœux au ciel pour sa conservation. Cette fois, il ne fut pas question d’adresse à présenter par la Chambre : elle sembla reconnaître que c’était inutile.

Dès le lendemain, elle reçut du Président les comptes généraux pour l’année 1835, et successivement quatre projets de loi qui furent votés dans le cours de la session. Le secrétaire d’État fut déchargé de sa comptabilité, comme il l’avait été dans les années précédentes. On remarqua au Bulletin des lois de celte année, les messages du Président accompagnant chacun de ses projets, donnant les motifs nécessaires pour déterminer la conviction des représentans. Ainsi, ils votèrent :

1° La loi portant amendement au code d’instruction criminelle de 1835, afin de simplifier le jugement, à la justice de paix, des nombreuses contraventions qui lui avaient été dévolues, de ne pas faire souffrir inutilement des lenteurs aux délinquans, lesquelles sont toujours une aggravation de peines.

2° La loi sur l’emprisonnement des débiteurs contraignables par corps, dans le même esprit que la précédente, portant amendement au titre 14 de la loi N° 4 du code de procédure civile, pour diminuer les frais à la charge des débiteurs.

3° La loi portant tarif des frais judiciaires pour tous actes faits pardevant les tribunaux de paix, les tribunaux civils et le tribunal de cassation, par leurs greffiers, les défenseurs publics, etc., à des taux modérés.

4° La loi qui ferma les ports d’Aquin, de l’Anse-d’Eynaud, de Miragoane, de Saint-Marc et du Port-de-Paix, lesquels avaient été ouverts au commerce extérieur en 1852, en donnant cependant au Président d’Haïti la faculté d’ouvrir, selon les circonstances, tel de ces ports ou autres, dans l’intervalle d’une session à une autre[1].

5 Enfin, la loi qui, par l’initiative de la Chambre, prorogea celles de l’année précédente, sur les patentes et sur l’impôt foncier.

La Chambre des communes utilisa ainsi les trois mois de la session et termina son mandat paisiblement. La législature qui allait la remplacer était destinée à faire plus de bruit, au début de ses travaux et pendant trois années consécutives.

Deux actes de piraterie, par des bâtimens étrangers, commis en octobre sur la côte de Neyba, et en novembre devant le port de Jérémie, motivèrent un arrêté du Président d’Haïti qui rendait justiciables « du conseil militaire spécial du Port-au-Prince, ayant attribution du conseil d’amirauté, » tous prévenus de ce crime, conformément à la loi du 1er novembre 1814 sur la piraterie. L’arrêté enjoignait aux autorités qui les auraient fait saisir, eux et leurs bâtimens, de les envoyer à la capitale afin que les faits fussent préalablement examinés par le gouvernement.


Le 5 janvier 1837, Boyer publia une proclamation relative à la formation de la cinquième législature. Il n’avait jamais tenu aux électeurs un langage aussi explicite que cette fois : c’est qu’il présumait, avec raison, que les opposans mettraient tout en œuvre pour se faire élire représentans. Aussi bien, ce mandat était plus apprécié chaque jour, la vie politique se répandait dans la nation depuis quelques années ; la proclamation du Président, du 5 janvier 1832, y avait même contribué, quand il s’agissait de la quatrième législature. Il pouvait prévoir que Hérard Dumesle et David Saint-Preux, dont l’exclusion de cette législature n’avait pas été sanctionnée par l’opinion publique, feraient tous leurs efforts pour être réélus, ainsi que cela se pratique dans tous les pays où le régime constitutionnel, parlementaire, est établi ; car leur amour-propre était intéressé à faire prononcer cette sorte de protestation par leurs communes respectives[2]. Ne voulant, comme toujours, employer aucun moyen d’influence auprès des électeurs, Boyer se bornait à parler à leur esprit : « Sachez, leur dit-il entre autres choses, dans vos élections, distinguer le citoyen modeste, vertueux, sincèrement dévoué à son pays, de celui dont l’intrigue s’agitera pour obtenir votre suffrage, et qui n’y aspire que pour satisfaire sa vanité, peut-être même son ambition. » Il leur rappela enfin « les temps funestes d’agitations politiques que le pays avait traverses miraculeusement, pour leur faire « considérer les fruits heureux de l’union du peuple avec son gouvernement, etc. »

Pendant que, dans toutes les communes, on se préparait à se réunir du 1er au 10 février pour les élections, dans celle du Cap-Haïtien il se tramait une conspiration contre le gouvernement ; le projet en existait même auparavant.

Vers octobre ou novembre 1836, le chef de bataillon Bélonie Narcisse, du 29e régiment, en étant informé, avait manifesté son opinion publiquement à ce sujet, en disant : qu’il combattrait toute tentative faite pour renverser le gouvernement ou seulement porter atteinte à son autorité ; et il cita nommément le colonel Izidor Gabriel, commandant du régiment des carabiniers à cheval de la garde, comme étant l’un des auteurs de cette conspiration. Il aurait dû dénoncer ce qu’il savait au Président lui-même ou aux autorités du Cap-Haïtien. Or, Izidor avait su capter la bienveillance et on peut dire l’attachement de Boyer[3] ; il adressa au Président une lettre, se plaignant des propos tenus sur lui par B. Narcisse, citant les personnes auxquelles ce dernier avait parlé, en prodiguant au Président les assurances les plus chaleureuses de son dévouement. Il le trompait indignement ! car B. Narcisse avait raison. Mais Boyer, séduit, ordonna au général Léo, commandant de l’arrondissement, de réunir un conseil spécial militaire pour juger ce chef de bataillon qui avait osé suspecter la fidélité éprouvée du colonel. Ses ordres étaient sévères[4]. B. Narcisse comparut pardevant le conseil spécial ; il soutint ses paroles sans pouvoir toutefois fournir la preuve de ses assertions. Il fut condamné, comme calomniateur, à être dégradé de son rang, et il subit ce jugement avec toutes les circonstances propres à le couvrir d’infamie : jugement prononcé peut-être par des complices de la conspiration qui existait réellement. Izidor triompha, à la grande satisfaction de Boyer qui s’aveuglait sur son compte.

Cette conspiration paraît avoir été conçue par bien des gens, dans le but de faire du département du Nord un État distinct de la République, sauf à entraîner dans le mouvement le département de l’Artibonite, même tous les autres, s’il se pouvait, en renversant Boyer de la présidence. Les conspirateurs se proposaient de proclamer le général de division Guerrier, comme chef de leur criminelle entreprise.

À cet effet, l’un d’eux nommé Gervais Henri, ancien officier du 1er ou 2e régiment d’infanterie licenciés pour sédition au Cap-Haïtien, en 1821, alla parler de cette conspiration au général Guerrier qui se trouvait à Saint-Michel, l’une des communes de l’arrondissement de la Marmelade qu’il commandait. Gervais Henri était envoyé auprès de lui par ses complices, afin de le persuader de consentir à leur projet. Loin d’y adhérer, le général Guerrier expédia de suite un de ses aides de camp auprès de Boyer pour lui donner connaissance verbalement de la démarche de Gervais Henri. Cet aide de camp arriva au Port-au-Prince, le 22 décembre 1836.

Tout en sachant gré au général Guerrier de cette information, le Président s’étonna qu’il n’eût pas fait arrêter Gervais Henri et qu’il ne l’eût pas formellement dénoncé par une lettre, lui et les autres conspirateurs dont il avait dû citer les noms pour mieux entraîner le général. Le Président renvoya l’aide de camp immédiatement, avec l’injonction de lui rapporter, dans la huitaine, la lettre qu’il voulait avoir pour servir de base à l’arrestation des conspirateurs. Cet officier ne revint à la capitale que le 18 janvier, porteur toutefois de la lettre dénonciatrice de Gervais Henri seulement. Il répugnait sans doute au général Guerrier de compromettre les autres individus. Mais Boyer fut mécontent, et du silence gardé à leur égard, et du délai qu’avait mis ce général à réexpédier son aide de camp auprès de lui. En même temps qu’il envoyait un officier porteur de l’ordre à ce général de se rendre au Port-au-Prince, il en envoyait un autre au Cap-Haïtien pour ordonner au général Léo de faire arrêter Gervais Henri, et de l’expédier sous bonne escorte. Mais le général Guerrier, dont la santé était souvent altérée, ne parut à la capitale que dans le courant de février, ce qui porta Boyer, néanmoins, à lui ordonner les arrêts dans sa demeure, après lui avoir adressé les plus vifs reproches de sa molle conduite en ces circonstances[5]. Quant à Gervais Henri, on ne put ou on ne voulut pas l’arrêter ; il se tint caché[6].

À l’arrivée, au Cap-Haïtien, de l’officier porteur de l’ordre de son arrestation, les conspirateurs furent tous en émoi : ils reconnurent qu’il ne fallait pas compter sur le général Guerrier. Néanmoins, craignant leur propre arrestation, ils se décidèrent au mouvement, dans l’espoir d’y entraîner les indécis, les masses des campagnes, peut-être même ce général qui ne se pressait pas de se rendre à la capitale. Le colonel Izidor fut celui qui se chargea d’en donner le signal : il croyait avoir l’assentiment de tout le régiment des carabiniers.

Le 28 janvier, de 9 à 10 heures du soir, il fit sonner par les trompettes de ce corps l’air de se préparer à monter à cheval. En ce moment, le capitaine Bottex, fils du général commandant au Borgne, arrivait en ville, sortant de son habitation de la plaine. Étonné d’entendre cet air de la cavalerie à une telle heure, il se rendit aussitôt auprès du colonel Castaing, commandant de la place, et lui dit ce qu’il avait entendu : il sut alors qu’il n’y avait aucun mouvement militaire ordonné par les autorités. Le colonel Castaing l’envoya en avertir le général Léo ; celui-ci lui dit d’aller ordonner à la garde de l’arsenal de n’y laisser entrer personne, de défendre ce point contre toute attaque. Bottex était l’un des adjudans de place du Cap-Haïtien : après avoir transmis cet ordre, il rencontra Izidor qui, à la tête du 1er escadron des carabiniers, alla s’emparer de l’arsenal de vive force. Le 2e escadron ne l’avait pas suivi, par l’influence de son chef Denis André qui ne voulut point participer à la conspiration[7].

Dans l’intervalle, toutes les autorités civiles et militaires, et la plupart des citoyens notables s’étaient portés au bureau de l’arrondissement. Le colonel Beaufossé, commandant du 28e régiment du Dondon, se trouvant au Cap-Haïtien en ce moment, s’y rendit aussi. Chacun disait son mot sur la situation, et le général Léo semblait ne savoir que faire. Beaufossé, dévoué au Président, brave et énergique, fut le premier à dire qu’il fallait aller reprendre l’arsenal en chassant Izidor ; il demanda la faculté de se mettre à la tête du 30e régiment à cet effet. Mais jusqu’alors, la générale n’avait pas été battue pour réunir les troupes et la garde nationale : on contraignit en quelque sorte le général Léo à cela : il la fit battre au bureau même de l’arrondissement. Enfin, les troupes et la garde nationale s’étant réunies, Beaufossé prit le commandement du 30e, le colonel Backer, administrateur principal des finances, celui de la garde nationale. Ils marchèrent contre Izidor auquel ils reprirent l’arsenal, après avoir essuyé un seul coup de canon chargé à mitrailles : deux hommes furent tués et plusieurs autres blessés.

Débusqué de ce lieu, Izidor se porta avec l’escadron rebelle à Milot, où il s’empara encore plus facilement de l’arsenal de ce bourg, au jour du 29 janvier. Il appela la population autour de lui et fit distribuer à ces pauvres gens des fusils et des munitions en leur disant : que toute la République était en armes, parce que « Boyer avait vendu le pays aux blancs français. ». Cette vieille accusation empruntée au régime de Christophe, fut reçue avec d’autant plus de crédulité, que les habitans de Milot l’avaient souvent entendue arguer à la charge du gouvernement fondé par Pétion, et qu’ils savaient que le colonel Izidor jouissait de la confiance de Boyer. Mais le conspirateur, continuant à déblatérer contre le Président, vint à examiner ses actes successifs depuis la réunion du Nord. Il critiqua amèrement le morcellement des habitations en petites propriétés concédées aux soldats et aux cultivateurs, et qui avait entraîné, disait-il, la ruine des grandes sucreries des plaines du Nord, notamment celle qui lui appartenait où il ne pouvait plus faire autant de revenus que par le passé ; l’indiscipline survenue parmi les troupes, etc. Insistant sur le régime agricole maintenu par le gouvernement, il s’écria, en créole : « Cé à présent que nègres va travaillé ! [8] »

Ce programme de sa révolte était trop clair pour n’être pas parfaitement compris par tous ceux qui l’écoutaient, — habitans, cultivateurs, carabiniers eux-mêmes : le régime despotique de Christophe était le but à atteindre ! Aussitôt, la débandade commença parmi les gens qu’Izidor avait armés ; ils jetèrent les fusils et les cartouches derrière les maisons et s’enfuirent : les carabiniers firent des demi-tours à droite et à gauche et prirent le trot ou le galop dans toutes les directions. Ces derniers avaient été abusés, du reste ; ils s’étaient laissés persuader que toutes les autorités du Cap-Haïtien et du Nord étaient du complot, et la reprise de l’arsenal, la non-participation du 2e escadron avaient commencé à les éclairer.

Peu d’entre eux étaient restés auprès de leur colonel, quand le général Monpoint, commandant de l’arrondissement de la Grande-Rivière, avisé des événemens, fit marcher contre Milot un détachement du 26e régiment et des gardes nationaux, sous les ordres du colonel Mouscardy, commandant de la place. À leur approche, Izidor décampa et se porta à Limonade. Poursuivi par Mouscardy, abandonné par tous les carabiniers, il se rendit du côté de Sainte-Suzane, où il se jeta dans les bois, avec son beau-fils Harmonide Richeux, jeune homme de couleur, âgé d’environ 25 ans. Traqués par Mouscardy, ils furent rencontrés le 4 février et subirent une décharge de coups de fusil sous laquelle périt Harmonide, et Izidor fut blessé mortellement ; il trépassa deux heures après. Mouscardy fit porter le corps du jeune homme au Cap-Haïtien, pour être remis à sa mère, Madame Izidor, et celui d’Izidor à la Grande-Rivière où il fut enterré[9].

La nouvelle de l’événement du Cap-Haïtien était parvenue à Boyer le 31 janvier. Pendant qu’il expédiait le capitaine Ethéart, des grenadiers à cheval de la garde, porteur de ses ordres aux généraux Bonnet, à Saint-Marc ; Guerrier, à Saint-Michel ; Monpoint, à la Grande-Rivière, pour qu’ils concourussent à la répression de cette révolte, il expédiait aussi le capitaine Lestage, de l’artillerie de la garde, porteur des mêmes ordres aux généraux Beauvoir, aux Gonaïves ; Obas, à Plaisance, et Léo, au Cap-Haïtien, ce dernier devant opérer l’arrestation de tous prévenus de complicité à l’attentat d’Izidor Gabriel, pour les faire juger[10]. Une proclamation du 31 janvier renouvelait les mêmes ordres, en annonçant l’événement à la République. Le Président y disait que « depuis quelque temps, le gouvernement était instruit que des ambitieux machinaient sourdement le renversement de l’ordre et de la paix qui font leur désespoir, etc. » Il félicita, au nom de la nation, la garde nationale et les troupes, le général Léo et toutes les autorités du Cap-Haïtien, de leur conduite en cette circonstance ; il dit qu’ils avaient bien mérité de la patrie. Le 8 février, un ordre du jour adressé « à l’armée, » annonça que « le régiment des carabiniers de la garde était rayé de son tableau, » en ordonnant que les officiers, les sous-officiers et cavaliers qui n’avaient point pris part à la révolte fussent répartis dans les autres corps de troupes de l’arrondissement du Cap-Haïtien. Cet acte annonça en même temps la mort d’Izidor Gabriel.

Boyer devait une réparation d’honneur au chef de bataillon B. Narcisse : il le manda au Port-au-Prince, le rétablit dans son grade en le comblant de prévenances. Il y fit venir également le chef d’escadron Denis André qu’il plaça au Fort-Liberté, en le félicitant de sa belle et patriotique conduite[11].

On prétendit à cette époque, que cet officier lui fit connaître toutes les ramifications de la conspiration. On disait encore que l’arpenteur Beaugé, gendre du général Quayer Larivière, s’étant brouillé avec son beau-père, était venu de la Grande-Rivière le dénoncer à Boyer, comme étant l’un des auteurs, sinon le chef, de cette conspiration dont le but était de le renverser du pouvoir et d’acclamer le général Guerrier[12]. Le paragraphe de la proclamation du 31 janvier où le Président dit que « depuis quelque temps le gouvernement était instruit que des ambitieux machinaient sourdement, etc., » semble donner créance à ces traditions orales de l’époque ; mais nous ne les citons que comme telles, sans les garantir.

Quoi qu’il en ait été, il est à remarquer, pour la suite de ces Études que nous faisons de notre histoire nationale, que la facilité et la promptitude avec lesquelles la révolte d’Izidor Gabriel fut étouffée, inspirèrent beaucoup de sécurité à Boyer, un peu trop peut être, sur la solidité de son pouvoir. En cette circonstance, comme dans une autre qui eut lieu en 1838, il se convainquit, que s’il y avait dans la République des ambitieux qui désiraient y attenter, du moins la majorité des citoyens des villes et bourgs, les masses des campagnes, n’adhéraient pas à de tels projets, et qu’il suffirait toujours de la fidélité et du dévouement de quelques fonctionnaires dans chaque localité, pour réprimer promptement toute tentative contre l’ordre établi, sans que le chef de l’État eût besoin de se déplacer de la capitale.

Oui, cela était évident ; mais il fallait aussi qu’il s’assurât cette fidélité et ce dévouement des fonctionnaires par tous les moyens dont un gouvernement dispose pour maintenir la tranquillité publique, au grand avantage de la société tout entière, et c’est ce qui n’était pas toujours le fait de Boyer. Par exemple, dans l’affaire relative à Bélonie Narcisse, fidèle et dévoué, n’eut-il pas le tort d’être trop prévenu contre cet officier supérieur qui avait longtemps servi dans sa propre garde, trop prévenu en faveur du traître Izidor Gabriel ? Au lieu d’ordonner, avec sa vivacité ordinaire, la mise en jugement de B. Narcisse, n’aurait-il pas dû le mander à la capitale avec ce colonel, pour les entendre tous deux ? Après ce jugement, si iniquement prononcé, après la dégradation publique de cet officier supérieur d’un courage si éprouvé, qui eût voulu s’exposer à dénoncer régulièrement, légalement, un projet de conspiration qu’on saurait exister contre le gouvernement ? B. Narcisse n’avait pas suivi la voie légale, cela est vrai ; mais il y a toujours des nuances en de tels cas qu’il faut pénétrer pour être équitable ; et s’il est vrai que Boyer avait été informé préalablement de menées sourdes contre le gouvernement, le bon sens dit qu’il aurait dû entendre cet officier alléguant les mêmes choses[13].

Le général Monpoint n’avait pas été le seul à envoyer des forces pour réprimer la révolte d’Izidor ; les généraux Obas et Bottex agirent de même. Ce dernier se rendit au Cap-Haïtien à la tête de détachemens du 25e régiment, d’artillerie et de garde nationale. Depuis 1820, Bottex commandait l’arrondissement du Borgne ; en 1832, son commandement s’étendit sur celui du Port-de-Paix, vacant par la mort du général Nicolas Louis, et en 1834 sur celui du Môle, par la mort de l’amiral Bastien. Le 30 mars 1837, le général Léo ayant été foudroyé d’apoplexie, Bottex reçut encore le commandement de l’arrondissement du Cap-Haïtien avec le grade de général de division : témoignages de la haute estime que lui portait Boyer. Il la méritait à tous égards, et sous son autorité active, éclairée, dévouée à la prospérité de tous les citoyens, le Cap-Haïtien et son arrondissement recouvrèrent l’ordre, la tranquillité et le progrès qu’y avait imprimés celle de Magny, mais que Léo avait laissé déchoir depuis 1827[14].

La session législative fut ouverte le 10 avril. Dans son discours, Boyer dit aux représentans : « Maintenant plus que jamais, il est de la dernière évidence que la nation veut jouir paisiblement des droits qu’elle a conquis, et qu’elle a une aversion prononcée pour les complots de l’ambition, comme pour les manœuvres de l’esprit de parti. Le résultat de l’affreux attentat commis au Cap-Haïtien par un petit nombre de pervers, est une preuve éclatante du bon sens du peuple, de son dévouement au bon ordre et de son attachement au gouvernement constitutionnel. Durant le cours de la dernière législature, d’utiles et importantes dispositions ont été adoptées… Ma sollicitude pour le bien public me fera rechercher avec persévérance tout ce qui pourra tourner à l’avantage de la République ; mais il est convenable de ne procéder qu’avec prudence et maturité. Ainsi, dans l’état actuel de la législation, je n’ai pas reconnu la nécessité de préparer de nouveaux projets de lois pour cette session. »

Chacun des représentans, comme le public, sentait que ces déclarations étaient motivées par la réélection de H. Dumesle et David Saint-Preux ; eux-mêmes ne se faisaient nulle illusion à cet égard. Mais, à raison de la récente révolte d’Izidor, si promptement réprimée par le concours des officiers militaires, l’autorité du Président de la République paraissant plus raffermie, les deux opposans durent s’étudier à user envers lui des formes les plus convenables dans cette situation, et propres cependant à ranger l’opinion publique de leur côté, par ces égards mêmes : tactique habile qu’ils employèrent dans deux autres sessions de la même législature.

La Chambre s’était constituée sous la présidence de Phanor Dupin, qui avait activement figuré dans la précédente législature, et cela, pour être en quelque sorte agréable à Boyer. Mais la majorité était toutefois sous l’influence de H. Dumesle, aidé de son ami. Elle forma une commission, aussitôt que la session fut ouverte, pour présenter à la Chambre un projet de règlement de police intérieure ; cette commission fut présidée par H. Dumesle et composée de D. Saint-Preux, J. Loiseau (de Jacmel), défenseur public, et Rameau, second représentant des Cayes : les trois premiers membres étaient de l’Opposition. Le 24 avril, le projet de règlement fut présenté ; il fut discuté et adopté dans la séance du 28.

Un rapport bien écrit en expliqua les principales dispositions. Ainsi, désormais, les représentans, en entrant en fonction, devaient prêter le serment suivant sur la constitution, et en face du buste d’Alexandre Pétion qu’on voyait dans le tableau allégorique qui était placé au fond de la salle des séances publiques : « Je jure à la nation de remplir fidèlement l’office de député à la représentation nationale, de maintenir de tout mon pouvoir la constitution, de respecter les droits et l’indépendance du peuple haïtien. » À peu de mots près, c’était le même serment que prêtait le Président d’Haïti. La commission disait : « qu’elle avait invoqué la religion du serment… pour attacher le représentant à ses devoirs par le lien de la conscience ; qu’il devait en prêter un comme le sénateur ; qu’en proposant de le faire prêter sur la constitution et devant l’image auguste d’A. Pétion, elle exprimait un vœu : c’est que la vénération pour le grand homme devînt un culte populaire, etc. » — Et quant aux honneurs à rendre au Président d’Haïti, lorsqu’il procède à l’ouverture de la session : « Entourer le premier représentant de la nation de toute la considération qui lui est due, c’est proclamer la majesté du peuple ; et, en inspirant cette grande idée, la Chambre s’honorera elle-même. Toutefois, elle prouve que le sentiment de la liberté, cette source de noble et sublime enthousiasme, de pensées fécondes et pures, d’où jaillissent l’esprit d’examen, l’indépendance d’opinion et les lumières de l’évidence, est compatible avec le plus haut degré de respect. » — La commission disait encore que : « Comme représentant de tous les vœux, de tous les besoins du pays, la Chambre ne peut se borner à répondre, par l’organe de son président, au discours d’ouverture du Président d’Haïti : une adresse, rédigée dans le calme de la méditation et solennellement votée, est destinée à apporter au premier magistrat de la République, l’expression des sentimens de la nation et de ses vœux pour la prospérité publique. »

Il n’en fallait pas davantage pour rallier autour de la Chambre des communes l’esprit de la jeunesse possédant des lumières, celui des hommes d’un âge mûr qui désiraient quelque éclat pour Haïti dans la discussion de ses intérêts de toute nature. Ceux mêmes qui étaient le plus dévoués à Boyer personnellement, ou à son gouvernement qui avait réalisé déjà des choses importantes pour le pays, n’avaient rien à dire de la Chambre qui observait ainsi envers lui toutes les formes usitées dans le régime représentatif. Et l’Opposition voyait avec plaisir son drapeau arboré par celui qui savait exprimer ses opinions et qui était déjà devenu son chef.

Quant à H.Dumesle et D. Saint-Preux, en faisant abstraction de leur ambition (dont on ne saurait leur faire un reproche, puisque tout homme a la sienne), on ne peut se dissimuler qu’il leur était bien permis, se sentant des lumières, d’aspirer à être « les promoteurs » de toutes les améliorations désirables pour le pays, en se servant du régime parlementaire établi par la constitution. De ce que ce pacte fondamental attribuait au chef du pouvoir exécutif l’initiative des lois et de toutes les mesures d’administration propres à promouvoir la félicité publique, était-ce à dire que les citoyens, que leurs représentans à la Chambre des communes, ne devaient former aucun vœu à ce sujet ? Quand même il n’y aurait eu ni Chambre ni Sénat dans la République pour en manifester, ce droit n’existerait pas moins pour tout Haïtien ; car elle était la chose de tous, tous étant intéressés à sa prospérité. Ces deux tribuns se montraient ambitieux, désireux de se distinguer par la parole dans les travaux législatifs, pour acquérir de la renommée, de la popularité, de la gloire même, nous n’en doutons pas ; mais si l’on admet que le citoyen qui suit la carrière militaire peut et doit être mu par des sentimens analogues, pour la fournir honorablement et dans les vues de servir utilement son pays, pourquoi dénierait-on toute aspiration semblable à celui qui parcourt la carrière civile ? Un gouvernement éclairé et bien intentionné comme l’était celui de Boyer, devait s’attendre à rencontrer l’ambition individuelle sous ses pas, et essayer de tous les moyens de la modérer, de la diriger vers le bien.

Quoi qu’il en soit, la Chambre des communes, avertie qu’elle ne recevrait pas de projet de loi du pouvoir exécutif, dut s’occuper de l’examen des comptes généraux de 1836 qu’il lui adressa ; et elle prit son temps pour le vote de la loi sur les patentes et de celle sur l’impôt foncier ; il fallait remplir les trois mois de la session, chose essentielle aux intérêts pécuniaires des représentans. La Chambre déchargea le secrétaire d’Etat Imbert de sa gestion financière pendant cette année-là[15]. Elle ne vota les deux lois d’impôts que dans les derniers jours de la session, en juillet ; mais n’admettant pas la distinction provoquée par le Sénat en 1833, régularisée en 1834 et continuée dans les deux années suivantes, entre les dispositions concernant simplement l’établissement de ces impôts directs, et celles concernant leur régie, la Chambre les confondit dans les mêmes lois émanées de son initiative, ainsi que cela se pratiquait antérieurement[16]. La 4e législature avait cependant acquiescé à cette distinction, mais la 5e ne se crut pas liée à cet égard. Les chefs de la majorité tenaient à protester de cette manière contre les représentans qui les avaient exclus en 1833. On verra ce que firent le Sénat et le pouvoir exécutif au sujet de ces deux lois.

Une plainte avait été formée au tribunal correctionnel du Port-au-Prince par un huissier de la justice de paix de l’Anse-à-Veau, contre le représentant Dézé Gourdon, de la même commune, pour une rixe survenue entre eux après un duel convenu et qui ne fut pas effectué. Le tribunal s’étant décliné en renvoyant le plaignant pardevant qui de droit, il s’adressa à la Chambre, en transformant sa plainte et donnant au fait un caractère de tentative d’assassinat sur sa personne. Néanmoins, la Chambre observa les dispositions de la constitution, entendit son membre accusé qui se disculpa à ses yeux ; elle décida qu’il n’y avait pas lieu à admettre la plainte.

Cette affaire fournit l’occasion à plusieurs représentans de faire des discours ; elle fut même suspendue, séance tenante, sur la motion de D. Saint-Preux tendante à faire prêter préalablement, aux membres de la Chambre, le serment établi par le règlement que, jusqu’au 3 juillet, les législateurs avaient négligé de prêter, malgré toute l’emphase du rapport de la commission. À cette occasion, D. Saint-Preux, dans sa motion, prononça des paroles acerbes dont le sens était évidemment à l’adresse de ses collègues, notamment Latortue (des Gonaïves), qui, ayant fait partie de la 4e législature, avaient été réélus comme lui. Ce député n’avait pas, comme H. Dumesle, l’avantage de se posséder, de modérer sa fougue. Latortue, Phanor Dupin et d’autres ne répondirent point à ces paroles ; mais plus tard ils se trouvèrent dans la position de prendre leur revanche, par une nouvelle intempérance de langage de la part du même orateur.

À l’une des séances du mois de juin, le représentant Couret, du Port-au-Prince, avait fait la proposition d’adresser un message au Président d’Haïti, pour lui exposer la situation fâcheuse où se trouvait le commerce du pays, par suite, disait-il, de la loi de 1835 sur le payement des droits d’importation en monnaies étrangères, qui gênait toutes les transactions, et l’urgente nécessité de rapporter cette loi. La proposition fut envoyée à l’examen des trois sections ou comités de la Chambre, de législation, de l’intérieur et des finances, et elle fut appuyée. Onze orateurs s’inscrivirent pour discourir à ce sujet ; on était en plein régime parlementaire. Le 16 juin, Couret développa sa proposition : « Le patriotisme, le dévouement, l’honneur et le désir de remplir son mandat fidèlement le guidaient seuls ; la loi avait été rendue avec les intentions les plus louables, mais loin d’avoir produit l’effet désiré, elle avait entièrement paralysé le commerce, arrêté l’industrie dans son essor ; et si la misère publique n’en était pas la triste conséquence, elle était du moins le complément de ses effets ; la loi menaçait notre système monétaire d’une destruction d’autant plus redoutable que le mal semblait être prochain !… » Tels furent les principaux argumens employés par l’orateur qui, d’ailleurs, parla du Président d’Haïti avec une parfaite convenance[17]. À son exemple, les autres orateurs furent aussi irréprochables sous ce rapport.

Mais Daguerre, autre représentant du Port-au-Prince, tout en admettant le but de la proposition, fut le seul qui conclut à ce que la Chambre chargeât son président, H. Dumesle, d’en entretenir particulièrement Boyer, attendu que c’était aux commerçans, disait-il, à exposer eux-mêmes leur situation et leurs vues pour l’améliorer ; et, comme s’il était initié aux vrais motifs qui avaient déterminé l’adoption de cette mesure financière, il ajouta à la fin de son discours : « Nous ne devons pas pénétrer dans la politique du gouvernement ; et ce qui nous semble un grand malheur aujourd’hui, pourrait devenir, dans quelques années, un grand bonheur pour notre patrie. »

Daguerre était dans le vrai de la situation ; sans cette loi et les ressources qu’elle produisait au trésor public, « en bonnes espèces sonnantes, » Haïti n’eût pas été, l’année suivante, reconnue comme État libre, indépendant et souverain, avec la réduction de 60 millions de francs sur sa dette nationale.

Parmi tous les orateurs qui prirent ensuite la parole, le lieutenant de l’Opposition, David Saint-Preux, se distingua, comme toujours, par des opinions mieux formulées et qui tendaient à fixer les principes dont la représentation nationale devait se pénétrer. Il saisit cette occasion, disait-il, pour faire sa profession de foi : « La pairie universelle, le grand jury national, l’assemblée des électeurs, enfin, a dessouillé ma probité politique de la bave délatrice des méchans. Aussi pure que le feu sacré, ma dignité civique et représentative a été proclamée, et la confiance publique m’a renvoyé sur la chaise curule… C’est la science du monde éclairé, que l’auguste chef qui partage avec la représentation nationale le droit de fixer les destinées du peuple haïtien, est un modérateur ! Et quand il n’y aurait d’autre preuve de son indulgente bonté que la sagesse qui préside à toutes ses actions, relativement aux derniers événemens du Nord, elle suffirait pour convaincre les esprits qui ne cherchent que la vérité… Placé à la tête de toutes les affections sociales, le Président d’Haïti, sans doute, accueillera avec de délicieuses émotions toute représentation qui a pour objet la félicité publique, etc. » L’orateur conclut donc à l’adoption de la proposition Couret, « en appelant la médiation du pouvoir administratif, à « prévenir les cruelles influences que pouvait exercer sur les intérêts du pays la désastreuse crise financière qui existe au dehors. »

Beaugé, représentant de la Grande-Rivière du Nord, parla aussi de cette « crise financière, » après sa profession de foi où il manifesta « son hommage aux sentimens patriotiques de l’illustre chef qui nous gouverne. La loi, dit-il, qui exige de payer les droits d’importation en monnaies fortes a manqué son but. Cette loi qui devait opérer un heureux changement dans notre système monétaire, contribue journellement au dépérissement de notre commerce. Il est une vérité incontestable ; les étrangers, quelles que soient leurs bonnes intentions de s’y conformer, ne peuvent accomplir cette obligation… » Enfin, après une digression sur les peuples de l’antiquité, sur l’Egypte, la Phénicie, la Perse, la Médie, l’Assyrie, la Macédoine, etc., cet Orateur conclut à l’adoption de la proposition. Il en fut de même de tous les autres.[18]

La Chambre des communes, suffisamment éclairée, arrêta à l’unanimité (moins une voix), qu’un message motivé et raisonné serait porté au Président d’Haïti, par une grande députation à la tête de laquelle se trouveraient son président et ses deux secrétaires. Ce message fut approuvé le 17 juin, en comité général.— Rédigé avec beaucoup de convenance, cet acte débuta par une précaution oratoire propre à le bien faire accueillir par Boyer : « Président, dirigés par les puissantes inspirations du bien public, et les idées de concours et d’harmonie qui doivent à jamais cimenter l’alliance des pouvoirs constitutionnels, les représentans de la nation, organes des vœux et des besoins du pays, vous adressent une députation, non pour revendiquer des attributions, mais pour vous exposer les nécessités de porter quelques modifications à la loi sur l’impôt des douanes… " Rappelant ensuite à Boyer, qu’en présentant la loi dont s’agit, il avait dit à la législature que c’était dans les vues « d’améliorer le système monétaire du pays, » le message exposait que la crise financière que subissaient alors l’Europe et les États-Unis, produisait des effets désastreux sur le commerce et l’industrie d’Haïti, et privait le peuple des objets de première nécessité, en menaçant notre système monétaire d’une chute funeste. Enfin, la Chambre concluait à demander au Président « une loi suspensive du payement des droits en monnaies étrangères, laquelle reparaîtrait dans une occasion plus heureuse, » et elle manifestait l’espoir qu’elle avait dans le succès de sa démarche, qui se réaliserait au retour de sa députation.

Averti par un autre message qui lui demandait l’heure à laquelle cette députation pouvait se présenter au palais, Boyer la reçut avec cette politesse exquise qui le distinguait. Laissons parler H. Dumesle rendant compte à la Chambre de cette conférence. « L’accueil grâcieux que le chef du pouvoir exécutif a fait à votre députation est le présage du succès que vous avez droit d’attendre d’une démarche aussi nationale que juste et raisonnable. La conférence a embrassé les intérêts publics, liés aux effets de la loi qui fixe votre sollicitude ; elle s’est terminée par l’assurance que le Président d’Haïti donne à la Chambre, qu’appréciant sa pureté d’intention, il méditera sur l’objet du message et les explications données, et qu’il fera incessamment parvenir sa réponse à la Chambre. »

Après ces paroles prononcées en séance publique, — représentans, commerçans nationaux et étrangers, citadins de la capitale et autres villes de la République, tous s’attendaient à ce qu’un projet de loi serait adressé à la Chambre par le pouvoir exécutif, pour remplir le but proposé. Mais Boyer méditait encore le 10 juillet, quand arriva le moment de la clôture de la session législative, et sa réponse fui consignée dans une « proclamation adressée aux Haïtiens : » nous en parlerons bientôt.

En attendant, le 28 juin, veille de la Saint-Pierre, fête patronale adoptée par Boyer, la Chambre lui vota une adresse de félicitations, proposée par son bureau et lue en séance publique par D. Saint-Preux, l’un des secrétaires. Elle fut expédiée sous la forme d’un message, attendu que le Président restait absent de la capitale ce jour-là. La Chambre disait : « Président, c’est un usage vénéré chez les peuples libres et jaloux de leurs droits, d’honorer leur premier magistrat dans les solennités et aux jours consacrés à la joie et aux souhaits… Représentant de toutes les affections du pays et expression des désirs populaires, la Chambre est profondément persuadée, et aime à le répéter : la gloire, cet aliment des grandes âmes, serait sans attrait pour vous, si elle ne devait produire la félicité publique, objet de vos vœux les plus chers. Que cette noble et généreuse pensée dirige à jamais votre cœur ! etc. »

Il était impossible, vraiment, de faire plus d’avances pour concilier le droit constitutionnel de la représentation nationale avec les prérogatives, également constitutionnelles, du chef de l’État ; et dans le cas où elles n’aboutiraient pas au gré des désirs de l’Opposition, elles devaient être en quelque sorte comme des fleurs dont on ornerait la victime, avant de la sacrifier sur « l’autel de la patrie. »

Le 3 juillet, Boyer répondit à ce message en exprimant à la Chambre combien il était sensible à ses vœux pour sa conservation : « En associant mon bonheur à celui de la nation, la Chambre a toujours compris la pensée qui, seul, anime mon existence, et pour l’accomplissement de laquelle je consacrerai mes veilles et ma plus vive sollicitude. »

Enfin, il fallut clore la session. Le 10 juillet, la Chambre, réunie en séance publique, forma une députation pour aller annoncer cette fin de travaux au Président d’Haïti. H. Dumesle, en sa qualité de président, était placé pour la diriger ; mais avant de lever la séance, il prononça le discours suivant, vraie « protestation » contre le manque de tout projet de loi de la part du pouvoir exécutif, notamment en ce qui concernait la démarche infructueuse de la Chambre. Aussi bien, il nous faut produire ce discours tout entier, afin que l’on comprenne les événemens qui eurent lieu en 1838 ; car il en était comme le précurseur, H. Dumesle dit aux représentans :

« Législateurs, en terminant la première session de cette législature, j’éprouve le besoin de vous entretenir des hautes pensées qui en ont marqué le cours. Sans doute, elle a été stérile, si on la considère sous le point de vue des améliorations que le pays avait droit d’attendre ; mais cette stérilité ne nous a pas fait désespérer du bien public. Vous avez fécondé l’avenir, en jetant les semences de ces idées de rajeunissement social qui honorent l’intelligence du siècle, et si la nation vous demande ce que nous avons fait pour réaliser ses espérances, vous répondrez :

« Nous avons proclamé des principes dont les rapports intimes avec la loi des lois, font sentir la nécessité du perfectionnement politique et moral auquel toute société doit aspirer : nous les avons posés dans nos règlemens, pour leur présenter notre premier tribut d’hommage, et là, ils ont attesté que le respect de la liberté est consécrateur du pouvoir ; là, nous vous avons offert de nouvelles garanties de la sincérité de notre dévouement, nous avons lié notre conscience à nos devoirs par le serment solennel de ne jamais les trahir.

» Vous lui direz aussi : — que dans l’examen des comptes généraux de la République, vous avez taché de répandre la lumière sur toutes les parties où il était de son intérêt d’être éclairé ; et elle se convaincra que les transactions les plus importantes doivent cesser d’être un mystère pour elle, qu’elle peut aujourd’hui embrasser d’un seul coup d’œil le tableau de ses dépenses et de ses revenus ; et son bon sens lui révélera que les sources de la prospérité publique ne sont pas taries, mais qu’il faut, pour les développer, renoncer à ces vieilles théories minées par le temps et dont l’expérience a démontré l’illusion, et à ces utopies qui n’ont d’autres bases que le désir imprudent d’innover ; qu’il ne faut s’arrêter qu’aux utiles et salutaires pensées de régénérer l’État dans ses institutions.

» Vous direz à cette nation intéressante, mais souvent froissée dans ses espérances : — l’ignorance et la mauvaise foi avaient osé mettre en doute le droit qu’ont vos mandataires d’exprimer vos sentimens, vos vœux et vos besoins ; elles contestaient à votre représentation la puissance d’opinion ! mais terrassées par l’Hercule de la raison, — l’évidence, — elles se sont vues forcées de fléchir la tête devant ces principes proclamés par la liberté en présence des siècles.

« Vous direz : — vos députés ont fait usage du droit le plus précieux à l’existence du corps social ; ils ont soutenu cette vérité : aucune des affaires du pays ne peut être étrangère aux intéressés à sa conservation. Mais unissant toujours la modération aux hauts sentimens du devoir et de la responsabilité, ils ont demandé au chef du pouvoir exécutif un projet suspensif du mode de perception de l’impôt des douanes ; et, si des raisons d’État ont porté le premier au magistrat de la République à ajourner sa réponse au message qui lui a été adressé, la nation vous saura, sans doute, gré et de votre noble et généreuse entreprise, et du sacrifice que vous avez offert à l’union et à la concorde ;

» Vous lui direz, enfin, et je le dirai avec vous : — le patriotisme, cette vie du corps politique, a dirigé toutes nos pensées dans le cours de cette session ; il a élevé nos âmes à la hauteur de notre mission ; et si nous avons peu fait pour vous, nous n’avons pas compromis l’avenir, nous n’avons pas aliéné les espérances que vous avez confiées à notre garde ; ces espérances ne seront pas trompées, nous en attestons les souvenirs glorieux de la patrie, ces souvenirs inspirateurs de sublimes dévouemens ; nous en attestons la sollicitude du chef illustre qui préside la République, consolante sollicitude qui promet au pays une prochaine régénération politique et morale !  !  ! [19] »

Et, après ce discours qui faisait adroitement un appel à l’opinion publique, qui se terminait par une sanglante ironie envers « le chef illustre, » la séance fut levée aux cris de : Vive la République ! Vive la Constitution ! Vive le Président d’Haïti !

Le Président ne fut sans doute pas dupe de ce dernier cri qui semblait un vœu pour sa conservation au pouvoir. Aussi bien, il devait une réponse au message de la Chambre, voté avec solennité, relatif à la perception des droits d’importation en monnaies étrangères ; et cette réponse, il lafit dans sa proclamation du 20 juillet. Il y dit que le malaise qu’éprouvait le pays était dû surtout à la crise financière que subissaient l’Europe et les États-Unis depuis une année. « Privé tout à coup du crédit qui le soutenait au dehors, le commerce s’est vu forcé de ralentir le mouvement de ses importations ; et la rareté des objets de première consommation (des comestibles tirés des États-Unis) faisant hausser leur prix, a rendu plus difficile la subsistance du peuple que son intérêt bien entendu ne devrait faire dépendre que de lui-même. À cette cause, il faut en ajouter une autre qui n’a pas peu contribué à aggraver la position du pays. Une longue sécheresse a frappé pour ainsi dire à la fois les différentes parties du territoire de la République, et a ravi à la population ses principales ressources. De là ce malaise général que toutes les classes de la société ont plus ou moins éprouvé et que la malveillance a cherché à exploiter, en lui attribuant une origine de tout autre nature… Chez les autres nations, la crise est née de l’enivrement des spéculations… Chez nous, elle n’a été que le résultat d’une réaction ; c’est le contre-coup de la commotion qui ébranle encore les pays étrangers avec lesquels nous sommes le plus en rapport. Le gouvernement pouvait-il empêcher le mal ? Non, sans doute… [20] »

Et Boyer rappela à cette occasion ses fréquentes instructions données aux autorités chargées de le seconder, afin de veiller à la plantation des vivres pour la subsistance du peuple. Il leur parla encore de ces soins qu’elles ne devaient pas négliger ; il dit aux citoyens, en général, qu’ils devaient se livrer au travail et observer une sage économie pour assurer des moyens d’existence à eux et à leurs familles, attendu que « d’ailleurs, des événemens inattendus pouvaient subitement interrompre les relations du commerce étranger avec la République… »

Le Président était fondé à tenir ce langage à la nation, pour la dissuader d’écouter celui de cette Opposition systématique qui ne visait qu’à obtenir une popularité dangereuse pour la société : systématique, en ce qu’elle reconnaissait elle-même que « des raisons d’État » commandaient, non « l’ajournement » de la réponse au message de la Chambre, mais le maintien de la loi qui faisait payer les droits d’importation en monnaies étrangères ; car les tribuns qui la dirigeaient, n’ignoraient pas que cette mesure avait été prise en vue de faciliter nos arrangemens avec la France, bien que le gouvernement eût dit que c’était pour améliorer le système monétaire du pays. Ils savaient que dans cette année, une somme de plus de 300 mille piastres avait été remise à la maison Ed. Lloyd et Cie, pour être expédiée en France. Leurs intimes relations avec le secrétaire d’État Imbert (personne ne l’ignore) les mettaient à même de savoir toutes les opérations financières de l’État.

Il est vrai ensuite que la sécheresse de 1837 fut extraordinaire, qu’elle diminua excessivement les vivres cultivés dans le pays, en influant également sur la production des denrées d’exportation, principalement le café dont la récolte ne s’éleva qu’à environ 31 millions de livres, tandis que 1836 en avait produit 37 millions et que 1838 en offrit près de 50 millions à l’exportation. La crise financière des pays étrangers, survenant dans cette circonstance, les États-Unis ne purent expédier à Haïti autant de comestibles que d’habitude ; de là la cherté excessive des alimens. Les commerçans, étrangers et nationaux, qui inspirèrent la proposition Couret, savaient fort bien toutes ces choses ; mais à côté de la gêne que leur occasionnait passagèrement la crise financière au dehors, pour payer les droits d’importation en monnaies étrangères, se trouvait l’urgente nécessité permanente d’assurer au trésor de la République des ressources claires pour payer la dette nationale ; ils ne l’ignoraient pas non plus.

Il y avait une autre cause qui contribuait au malaise du commerce, et elle était aussi indépendante de la volonté du gouvernement. Une grande quantité de café d’Haïti se vendait en France. Jusqu’en 1836, cette denrée y payait les mêmes droits que les cafés de toutes autres provenances, à l’exception de ceux des colonies françaises toujours favorisés, comme de raison. Dans cette année, le 17 mai, la France, dans la vue de faciliter la grande navigation de ses bâtimens marchands, de former des matelots, rendit une loi qui abaissa les droits à l’entrée des cafés de l’Inde, en maintenant ceux que payaient les cafés d’Haïti, soit par navires français, soit par navires étrangers[21]. Il s’ensuivit naturellement un désavantage pour ce produit d’Haïti dans les ports de France, en même temps que la crise financière en faisait tomber le prix vénal, de 72 francs à 50 et même au-dessous, les 100 kilogrammes ; de là des pertes subies par le commerce haïtien.

Il y avait, enfin, une autre considération en faveur du maintien de la mesure administrative qui fait l’objet de cette discussion. On a vu cette Opposition arriver au pouvoir dirigeant six ans après ; s’est-elle empressée d’abroger la loi contre laquelle elle se récriait en 1837 ? Elle l’a maintenue au contraire, et par les mêmes motifs qu’avait Boyer : donc elle était systématique.

Deux jours après la proclamation du Président, il parut sur le journal officiel, un avis qui annonçait au public : que le Sénat avait rejeté les deux lois votées par la Chambre des communes, sur les patentes et sur l’impôt foncier. Le Sénat ne motiva point ce rejet, en vertu de l’art. 134 de la constitution ; mais c’était à cause de la confusion rétablie par la Chambre, entre les dispositions relatives à l’assiette de ces impôts et celles concernant leur régie.

Se prévalant de ce rejet constitutionnel, le 26 juillet, le Président adressa au secrétaire d’État une dépêche rendue publique, par laquelle il l’en informait et lui ordonnait, en conséquence, de maintenir la perception de ces deux impôts en vertu des lois du 7 juillet 1835, prorogées par celles du 8 novembre 1836, qui continuaient d’être en vigueur, disait-il, puisqu’elles n’avaient pas été abrogées par une autre loi.

On trouve les raisonnemens sur lesquels s’appuyaient Boyer à ce sujet, dans la circulaire du 8 août suivant qui fut adressée par M. Imbert, aux conseils de notables des communes de la République. Il établissait d’abord : que le trésor ne pouvait être privé d’une portion de ses ressources, parce que le Sénat avait rejeté ces deux lois ; que l’art. 3 du code civil portait textuellement « qu’aucune loi ne peut être abrogée ni suspendue que par une autre loi. » Il disait ensuite ; « l’art. 57 de la constitution dit bien que la Chambre des communes détermine la durée des contributions publiques ; mais que signifie cette disposition, si ce n’est que la Chambre a la latitude d’établir l’impôt pour le temps qu’elle jugera convenable ? Peut-on, avec quelque fondement, en induire que l’impôt se trouve détruit dès l’expiration de l’époque pour laquelle il a été réglé, si la législature ne l’a pas renouvelé pour une époque suivante ? D’ailleurs, cette latitude de déterminer la durée de l’impôt entraîne nécessairement la condition de le fixer de nouveau à chaque expiration ; et s’il y a empêchement à cette formalité, il y a aussi forcément prorogation de l’impôt tel qu’il existe. Enfin, l’article constitutionnel précité, n’établissant rien qui soit contraire au principe posé par l’art. 3 du code civil, ce principe subsiste dans toute sa force : les lois d’impôts doivent, comme les autres lois, continuer de recevoir leur exécution tant qu’elles ne sont pas abrogées. » En conséquence, M. Imbert invita les conseils de notables à concourir avec les agents de l’administration des finances, qui avaient reçu des ordres à cet effet, au maintien de la perception des impôts dont il s’agissait. Le même jour, il répondit à la dépêche du Président pour l’informer qu’il avait donné des instructions en exécution de ses ordres[22].

Aux raisonnemens ci-dessus, on pouvait ajouter, que la Chambre des communes elle-même avait reconnu la nécessité de ces impôts, puisqu’elle les avait votés spontanément, malgré son opposition à la distinction établie en 1834 par la précédente législature, d’accord avec le pouvoir exécutif et le Sénat. Quant au Sénat, il devait être conséquent avec lui-même, en maintenant la distinction entre ce qui était des attributions de la Chambre et ce qui était de celles du Président d’Haïti, puisque ce fut sur ses propres observations : le seul moyen qu’il avait de le faire était de rejeter les deux lois. Mais cette décision, après le refus qu’il avait fait de convoquer la haute cour de justice, en 1833, sur la demande de H. Dumesle et D. Saint-Preux, fit naître entre ces deux branches du corps législatif une froideur qui éclata l’année suivante : ces deux représentans excitèrent la majorité de la Chambre des communes qu’ils influencèrent.

Le 9 août, par suite de sa proclamation sur la crise financière, et d’un ouragan qui venait de passer sur divers points du pays, le Président publia un arrêté pour enjoindre aux commandans d’arrondissement de faire faire des plantations de vivres de toute espèce, en grande quantité.

Peu auparavant, au mois de mai, la réorganisation du lycée national du Port-au-Prince avait eu lieu sous la direction intelligente et dévouée du citoyen P. Faubert, succédant à feu M. Saint-Macary. Le 2 septembre, la commission d’instruction publique améliora le régime de cet établissement par un nouveau règlement basé sur l’ancien ; et il continua de produire d’heureux résultats par les soins de son directeur.


Au moment où la clôture de la session allait porter le Sénat à s’ajourner, le Président d’Haïti crut devoir le consulter de nouveau sur les questions pendantes entre la France et la République. On trouvera ses motifs exprimés dans le message suivant qu’il adressa au Sénat, sous la date du 3 juillet.

« Citoyens sénateurs,

» Par mon message en date du 11 janvier 1835, je fis connaître au Sénat quelle était à cette époque la situation des négociations entamées par le gouvernement de la République avec le gouvernement français, pour parvenir à la conclusion d’un traité définitif, et je réclamai le concours de l’opinion de chacun de ses membres sur la ligne de conduite qu’il convenait le mieux d’adopter dans un tel état de choses.

» Le Sénat, en motivant son opinion sur les différens points que j’avais présentés à son examen, approuva, par sa réponse du 15 du même mois, signée par tous les membres présens à la séance du jour, les résolutions prises par le gouvernement haïtien.

» Dès lors j’ai suivi avec persévérance la marche que je m’étais tracée ; mais comme, dans l’intervalle des deux années qui se sont écoulées, le Sénat a été renouvelé en partie[23], et que, par suite du remboursement fait au trésor de France du capital de 4,848,905 fr. dont il avait fait, dans le temps, l’avance pour le service de l’emprunt de 1825, il est possible que le gouvernement français reprenne les négociations déjà entamées, j’ai jugé convenable de rappeler officiellement ici les propositions contenues dans ma dépêche du 11 janvier 1835, pour avoir actuellement la pensée du Sénat ; et, quoique je ne doute pas que son opinion ne soit conforme à celle motivée dans son message du 15 du susdit mois, j’éprouve toujours de la satisfaction, chaque fois que l’occasion se présente, de lui donner la preuve de la confiance que je place en son patriotisme éclairé, et du désir que j’ai de m’étayer constamment de son concours pour consolider la gloire, le bonheur et l’indépendance souveraine de la République.

« J’attends donc à cet égard la réponse du Sénat au présent message, dans la même forme que celle adoptée en 1835, et j’ai l’honneur de le saluer avec une haute considération.
Signé : Boyer. »

Le 8 juillet, le Sénat répondit ainsi :

« Président,

» Le Sénat a l’honneur de vous accuser réception de votre message en date du 3 de ce mois, par lequel V. E. lui témoigne le désir d’avoir l’opinion de ses membres réunis en majorité, sur les mêmes communications contenues dans son message en date du 11 janvier 1835.

» Les circonstances n’ayant point changé nos relations politiques avec la France, les nouveaux sénateurs, d’accord avec les anciens, et animés des mêmes sentimens patriotiques, ne forment qu’un faisceau pour manifester ensemble l’intention bien prononcée de persévérer dans l’opinion émise précédemment par le Sénat, dans son message du 15 janvier 1835, dont ils reproduisent ici les différens points qui tendent :

« 1° À réduire le solde de l’indemnité à quarante-cinq millions de francs ;

» 2° À payer cette somme en quarante-cinq ans, en se réservant la faculté de la payer plus tôt, si les ressources du pays en donnent la possibilité ;

» 3° À régler ce payement par une convention financière ;

» 4° À obtenir un traité d’amitié et de commerce sur le pied respectif de la nation la plus favorisée, pour régler les rapports politiques entre les deux pays.

» Tels sont, Président, les vœux que forme le Sénat.

» Il a l’honneur de saluer V. E. avec la plus haute considération.

» Signé : J.-J. Delmonte, président ; J. Georges et Longchamp, secrétaires ; N. Viallet, J. Noël, J.-B. Bayard, J.-P. Oriol, Gayol, Madiou, Bazelais, D. Maillard, Pierre André, Bouzi et B. Ardouin. »

Trois mois après cet échange de messages entre le Président et le Sénat, les journaux français parvenus à Haïti annoncèrent qu’un agent y viendrait incessamment pour régler et décider définitivement les questions subsistantes depuis si longtemps entre la France et la République. En cette circonstance, il était du devoir du Président d’informer la nation de tout ce qui avait eu lieu entre le gouvernement haïtien et le gouvernement français, à partir de la rupture des relations diplomatiques signifiée en 1831 par le consul général Molien. Tel fut l’objet de la proclamation du 22 octobre. Boyer y mit, comme toujours, une grande modération dans ses termes, ainsi qu’il convenait à la dignité d’un chef d’État parlant au nom de ses concitoyens. Après la mention de toute la correspondance échangée entre les deux gouvernemens, depuis le départ de M. Molien jusqu’au retour de M. Dupetit-Thouars de sa mission en 1835 ; de celle échangée entre le Président d’Haïti elle Sénat dans cette année et tout récemment encore, dans laquelle il obtint l’approbation motivée de ce corps ; après avoir exposé les quatre points de ses propositions au gouvernement français, tels qu’on vient de les lire dans le dernier message du Sénat, et annoncé que le trésor de France avait reçu le remboursement de ses avances ; le Président dit :

« Le commissaire dont on annonce la prochaine arrivée, vient-il, dans un esprit de conciliation, pour régler les propositions que nous avons faites à son gouvernement ? Si telle est sa mission, il trouvera dans le gouvernement haïtien le désir sincère de se prêter a tout arrangement possible, et qui soit surtout compatible avec l’honneur national. Si, au contraire, comme un bruit généralement répandu semble l’accréditer, il s’avance, entouré de l’appareil de la guerre, avec la prétention de nous imposer des conditions que tout peuple libre doit rougir d’accepter, la nation se rappellera sa première énergie, elle sera fidèle au serment qu’elle a fait de défendre à extinction ses droits et son indépendance.

» Haïtiens, soyez calmes, mais soyez prêts à tout événement. Que votre confiance réponde toujours au dévouement du Président d’Haïti pour vos intérêts les plus sacrés. Montrez, jusqu’au dernier moment, votre respect inviolable pour le droit des gens, et que le monde entier, en admirant votre modération et votre héroïsme, reconnaisse que vous êtes dignes du rang auquel votre courage vous a élevés parmi les nations civilisées. »

Cette proclamation était tout ce qu’il fallait dans la circonstance. Elle exposait parfaitement les questions à résoudre entre la France et Haïti ; et, en disant que « le gouvernement haïtien avait le désir sincère de se prêter à tout arrangement possible, » le Président déclarait par cela même qu’en faisant ses propositions, il n’avait pas entendu signifier un ultimatum au gouvernement français : ce qui eût été fort déplacé de sa part, et dans la position d’Haïti comme débitrice d’une somme énorme, et envers une puissance comme la France. Parler à sa raison, à sa justice, faire un appel à ses généreux sentimens, c’était le langage qu’il fallait tenir.

Comme complément à cet acte important, le Président fit insérer sur le Télégraphe du 12 novembre suivant, ses deux messages au Sénat, du 11 janvier 1835 et du 3 juillet 1837, et les réponses de ce corps, du 15 janvier el 8 juillet des mêmes années, précédés d’un article dans la partie officielle où il était dit : « qu’il importait que l’on sût que les deux pouvoirs marchaient dans la plus parfaite harmonie, et que les efforts de l’un et de l’autre ne tendaient qu’au même but : — consolider l’indépendance nationale et promouvoir la prospérité de la République.[24] »

Dans le chapitre suivant, on verra comment furent résolues ces grandes questions entre la France et Haïti.

  1. Ces divers ports restèrent fermés en vertu de la loi, et cette mesure y développa l’Opposition contre Boyer. Les négocians, les spéculateurs en denrées, les marchands ou marchandes en détail, qui tons comptaient sur la prospérité du commerce direct avec l’étranger, furent mécontens d’être forcés de recourir à celui des autres villes plus importantes. Depuis l’établissement de la République, il y avait de continuelles fluctuations à cet égard : l’administration voyait une contre bande active dans ces petits ports et des dépenses onéreuses, par les fonctionnaires qu’il fallait y entretenir ; l’intérêt privé ne lui savait pas gré de ce qui contrariait ses chances de gain.
  2. À mon retour de France, le 30 novembre 1836, je me rendis de suite auprès de Boyer que je trouvai couché, ayant la fièvre. J’étais porteur d’une lettre de M. Isambert pour lui, que je lui remis ; il me la fit décacheter et lire, en présence de sa femme qui était seule dans la chambre. Apres cette lecture, il me donna à décacheter et lire encore une autre lettre qui venait de lui être remise par M. S. Villevaleix : elle lui était adressée par Hérard Dumesle et datée d’Aquin où il s’était rendu. Par cette lettre de quatre pages, H. Dumesle lui rappelait toutes les bontés dont il avait été l’objet de sa part en diverses circonstances, qu’il avait logé chez lui, etc ; il parla de ses principes, de ses opinions politiques qui ne pouvaient avoir pour but le renversement de Boyer, car ce serait voulou le malheur de la patrie. Il l’entretint de quelques lettres de lui, qu’on avait trouvées dans les papiers de Felix Darfour, en protestant contre toute idée d’approbation de la conduite tenue par ce dernier. Enfin, H. Dumesle le priait de permettre qu’il vînt au Port-an-Prince lui faire sa profession de foi entière, lui renouveler ses sentimens d’attachement. À ces mots, le Président dit : « Je n’en ai nul besoin : qu’il se conduise en honnête homme, en bon citoyen, c’est tout ce que je desire de lui. » Je me permis alors de lui faire observer, qu’il était probable que H. Dumesle serait réelu parla commune des Cayes, et qu’il valait mieux, selon moi, le laisser venir, l’entendre, gagner son concours à la Chambre, par la persuasion, plutôt que de l’y von opposant. Mais Boyer persista dans son refus.
  3. Voyez les Mémoires d’Inginac, page 87.
  4. À la page 89 de ses Mémoires, Inginac dit que B. Narcisse avait dénoncé la conspiration par une lettre adressée au Président, et que celui-ci envoya cette lettre a Izidor pour qu’il pût le poursuivre en calomnie. Mais nous relatons le fait d’après des notes écrites dans le temps même où il se passa : le souvenir d’Inginac aura confondu les closes, six années après.
  5. Pendant que ce géneial était aux arrêts, on jeta sous le pas de sa porte un billet séditieux, par lequel on l’engageait à ne pas desespérer, que le peuple avait les yeux fixés sur lui, etc. Son premier soin, en ouvrant la porte le lendemain matin, fut de le faire parvenu à Boyer avec des assurances de fidélité. Peu de jours après, il reçut l’ordre d’aller reprendre son commandement.
  6. Condamné à mort par contumace, Gervais Henri vécut plusieurs années caché, et mourut de mort naturelle. On n’en fut certain qu’après la chute de Boyer.
  7. En se portant sur l’arsenal, Izidor envoya au général Léo, une lettre par laquelle il l’engageait à se joindre á lui contre Boyer : « Il nous a trahis, disait-il, il est sur le point de nous livrer à la nation française. Nous prenons les armes contre ce tyran… La masse des noirs et une grande partie des hommes de couleur m’ont chargé de vous écrire cette lettre, etc. » Et la moitié seulement des carabiniers l’avaient suivi dans sa révolte !
  8. Izidor lui-même était un noir, marié à une mulâtresse.
  9. Hélas ! qui eût cru alors qu’un jour arriverait où les ossemens du révolté seraient exhumés, pour recevoir les funérailles et les honneurs dus à un général de division ! On a assisté à ce spectacle en mai 1843. — Madame Izidor fut accusée, dans le temps, d’avoir pousse son mari à prendre l’initiative de la révolte, parce qu’elle aurait été mécontente de Boyer qu’elle supposait avoir influencé le tribunal de cassation, dans un procès qu’eut son fils Harmonide avec sa femme divorcée ; procès qu’il perdit.
  10. Nous croyons qu’il y en eut qui furent condamnés mort et exécutés, mais nous ne nous ressouvenons pas de leurs noms ; c’étaient probablement des officiers du 1er escadron des carabiniers.
  11. Denis André, toujours bon citoyen, devenu général de division, est mort an Port-au-Prince, en décembre 1852.
  12. Beaugé fut élu représentant en février 1837 et devint colonel aide de camp du général C. Hérard aîné, — Quayer Larivière mourut le 16 novembre 1836, âgé de 73 ans ; la veille, il écrivit une deuxième lettre a Boyer, car en octobre il lui en avait écrit une autre pour l’informer de la grave maladie dont il était atteint, et le Président avait envoyé un officier auprès de lui pour lui porter des paroles de consolation. C’est à sa mort que le général Monpoint devint commandant de l’arrondissement de la Grande-Rivière.
  13. Le 9 mai suivant, le régiment des dragons de l’Artibonite étant en garnison au Port-an-Prince, un cavalier de ce corps s’introduisit dans la cour du palais de la présidence vers 9 heures du soir ; la garde du palais le vit rôdant du côté de la chambre a coucher de Boyer et l’arreta ; on le trouva armé d’un poignard, mais il fit le fou, s’il ne l’était pas réellement. Boyer ordonna qu’on le mit en prison où il resta quelques semaines avant d’être renvoyé à Saint-Marc aux soins de sa famille. Peu de temps après, le Président ordonna, par simple mesure administrative, le licenciement de ce régiment des dragons et de celui des Cayes ; ce qui produisit un mauvais effet.
  14. Le général Léo, afiecte de la goutte comme le colonel Castaing, commandant de la place, n’était capable d’aucune activité, et c’est sans doute à cela qu’il faut attnbuer sa molle conduite dans la révolte d’Izidor. À cette époque, des malveillans répandirent le bruit qu’il s’était empoisonné, à cause de l’insuccès de cette révolte. Peu de temps après lui, Backer fut aussi foudroye d’apoplexie, et ils dirent les mêmes absurdités. Du reste, presque tous les généraux du Nord étaient morts successivement à, l’époque dont nous nous occupons : ces hommes avaient vieilli plus on moins. Le général Lerebours mourut aussi le 31 octobre 1836. En avril 1837, le gêneral Nord Alexis reçut le commandement de l’arrondissement de Port-de-Paix où il décéda en 1840.
  15. D. Saint-Preux présida la commission qui examina ces comptes. Dans son rapport à la Chambre, il critiqua le mode adopté pour leur reddition, et constata un existant en caisse de 644,696 gourdes en monnaies étrangères, dont 543,796 perçues depuis a lois sur la matière, d’octobre 1835 au 31 décembre 1836. La commission proposa à la Chambre de demander au secrétaire d’Etat, « quelle était-la destination de ces fonds : » ce qui eut lieu. Il fut répondu que c’était « dans les vues de pouroir aux besoins publics. » M. Imbert fut loué dans le rapport pour son « incorruptible probité, le lustre de sa noble pauvreté après 40 années de service. »

    La faible récolte de 1836, comparée à celle de 1835, — 37 million de café au lieu de 48 millions, fut attribuée au dépérissement de l’agriculture, etc. — 1837 produisit encore moins, environ 31 millions de livres ; mais en 1838 on récolta près de 50 millions. D. Saint-Preux parla de « la désuétude où était tombé le code rural, de l’invasion de la licence, de l’apathie que favorise le climat, de la paresseuse et insouciante police des campagnes, de la spoliation établie dans les douanes, etc. »

    Il est sous-entendu que le gouvernement était responsable de toutes ces choses ; mais si la récolte de 1838 fut si supérieure à celle de 1836 et 1837, c’est une preuve que la nature seule était coupable du peu de produit des cafés, etc, que les douanes n’étaient pas gerées aussi mal que le disait ce représentrant.

  16. Il est constant que de 1817 à 1833, le gouvernement faisait toujours préparer les lois sur les patentes et autres impôts directs, pour faciliter le travail de la Chambre qui en avait l’initiative ; et alors on y confondait ce qui concernait leur régie avec les dispositions relatives à leurs assiette, etc. Mais le Sénat ayant réclame une dinstinction à cet égard, elle dit reconnue judicieuse, et par le gouvernement et par la Chambre elle-même.
  17. M. Couret est le même personnage qui figura dans les faits passés à Samana en 1822, quand l’amiral Jacob y vint sur la demande des colons français établis dans cette presqu’ile. Il était devenu l’un des plus ardents patriotes.
  18. Bulletin des lois, n° 5, séance du 16 juin.
  19. Boyer avait employé deux fois le mot sollicitude : dans son discours à l’ouverture de la session et dans son message en réponse à celui de la Chambre, à l’occasion de la Saint-Pierre.
  20. Une situation semblable vient d’avoir lieu en Haïti, au temps où j’écris cette partie de mes Études. La crise financière commencée aux États-Unis à la fin de 1857 et qui a produit tant de desastres en Europe et même dans l’Amérique méridionale, a eu son contre-coup à Haïti ; des suspensions de payement, des faillites, des banqueroutes frauduleuses ont atteint une foule de personnes dans leurs moyens d’existence ; le café de ce pays, qui se vendait en Europe à 72 fr. les 100 kilogrammes, est tombé tout à coup à 50 fr., etc. Le gouvernement haïtien actuel « pouvait-il empêcher le mal » qui est résulté de toutes ces causés ?
  21. Par cette loi du 17 mal 1836, les cafés de l’Inde payaient, par navires français, 62 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; ceux d’Haïti payaient par navires français, 95 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; la différence était donc de 33 fr, au désavantage des cafés d’Haïti importés en France par les navires français.
  22. Quoique opposant au fond du cœur, M. Imbert n’hésitait nullement à donner tous les ordres nécessaires à la marche du service. Cela peut paraitre singulier ; mars sa conduite s’explique par l’amour qu’il avait pour sa haute situation dans la République ; il ne voulait pas la perdre par un refus.
  23. Dans cette session de 1837, il se trouvait dix nouveaux sénateurs qui n’avaient point participe aux résolutions de 1835, sur quatorze membres qui furent alors consultés.
  24. Il me sera peut-être permis de dire, qu’après la publication de la proclamation du 22 octobre, voyant le bon effet qu’elle avait produit à la capitale, je conseillai à Boyer de publier aussi sa correspondance avec le Sénat, afin de prouver la bonne entente entre lui et ce corps, « Rappelez-vous, Président, lui-dis-je aussi, ce qui se passa en 1825 ; prouvez à la nation que le Sénat vous a donné une approbation entière dans vos propositions au gouvernement français ; publiez ces messages avec les noms des sénateurs ; il faut que chacun ait le courage de ses opinions librement exprimées. » Et en 1838, M. le baron de Las Cases me dit que ces messages avaient produit une certaine impression sur lui et son collègue, de même que la proclamation.