Œuvres complètes de Frédéric Ozanam, 3e édition/Volume 11/017

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Lecoffre (Œuvres complètes volume 11, 1873p. 78-80).

XVII
A M. FOISSET.
Paris, 27 novembre 1844.

Monsieur et cher ami,

Les journaux vous auront appris avant, moi l’heureuse nouvelle de ma nomination. Je ne me serais pas laissé devancer, et j’aurais eu le plaisir de vous en porter le premier message, sans les occupations que m’a données ce grand événement. Mais vous m’avez montré trop d’amitié au moment des alarmes, pour que je ne vienne pas partager avec vous la joie du succès. Assurément il y a quelque chose de peu honorable pour un chrétien à se laisser toucher si vivement par un avantage temporel. Mais il est vrai de dire que tout n’est pas temporel dans un bienfait qui assure à ma vie plus de dignité, plus d’indépendance, et qui fixe pour toujours une vocation longtemps incertaine. Nous aimons à y voir une disposition miséricordieuse de la Providence pour me montrer comment elle veut que, je la serve en ce monde ; pour me rendre mes devoirs faciles, parce que je suis faible ; et pour, me préparer, par un moment de prospérité, aux épreuves de l’avenir. Et comment ne reconnaîtrions-nous pas une intervention toute divine, dans une affaire dont nous connaissons maintenant les vicissitudes, les obstacles qui l’ont traversée, et les coïncidences improbables qu’il a fallu vaincre, afin de nous faire arriver au but contre toute notre attente : Car nous sommes encore moins étonnés de ce qui s’est fait que de la manière dont il s’est fait ; de l’unanimité que j’ai obtenue successivement dans le Conseil royal, dans la Faculté, dans le Conseil académique, sans qu’on exigeât de ma part aucune avance, aucune concession, aucune réserve ; sans me faire Insinuer, comme on l’aurait pu, de mettre plus de prudence dans mon enseignement ; sans même vouloir que j’écrivisse, selon l’usage, une lettre de candidature, de crainte qu’on, ne parût m’avoir fait des conditions. Il est impossible de pousser plus loin que M. le doyen de la Faculté la bienveillance et la délicatesse. Enfin ce qui met le comble à tant de satisfaction, c’est celle que nous témoignent nos nombreux amis il semble qu’il s’agisse pour eux d’un succès personnel ; et ils ont bien raison, car nous ne doutons pas que leurs bonnes prières nous aient aidés à réussir, comme nous comptons bien qu’elles nous aideront a nous montrer reconnaissants de la réussite et à nous en rendre dignes. Dans cette persuasion où nous sommes, nos pensées devaient naturellement se tourner vers vous, monsieur et bien cher ami, et vers tous les vôtres, qui nous ont assistés de leur appui auprès de Dieu. Votre ami tendrement dévoué.


                     ______________