Œuvres de Descartes/Édition Adam et Tannery/Tome 1/Texte entier

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche

René Descartes : Œuvres de Descartes, éd. Adam et Tannery, Tome 1




ŒUVRES

DE

DESCARTES



CORRESPONDANCE

I

Avril 1622 — Février 1638




ŒUVRES
DE
DESCARTES

PUBLIÉES
PAR
Charles ADAM & Paul TANNERY
SOUS LES AUSPICES
DU MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE



CORRESPONDANCE
I
Avril 1622 — Février 1638



PARIS
LÉOPOLD CERF, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
12, RUE SAINTE-ANNE, 12

1897





PRÉFACE


I.

Les Œuvres de Descartes furent plusieurs fois éditées au xviie siècle, du vivant du philosophe et après sa mort, mais séparément les unes des autres, comme on le verra à propos de chacune d’elles en particulier ; même l’édition de Blaeu en Hollande, qui d’ailleurs est en latin (9 vol., in-4o, 1682-1701), n’offre pas une véritable unité, et ce n’est qu’après coup, en 1692, qu’on y trouve un catalogue des neuf volumes réunis, comme si leur publication avait été conçue sur un plan méthodique. La Compagnie des Libraires à Paris donna, de 1723 à 1729, une petite édition, qui, si l’on en excepte le texte latin de quelques lettres dont on n’avait que la traduction, et quelques versions françaises de lettres latines, n’est qu’une réimpression ; seuls les six volumes de Lettres (1724-1725) offrent une tomaison suivie ; sept autres volumes, pour le reste des Œuvres, n’ont qu’une tomaison factice. C’est donc bien à Victor Cousin (comme il s’en glorifiait à juste titre) que la France doit une édition des Œuvres complètes de Descartes (11 vol. in-8, Paris, Levrault, 1824-1826). Mais d’abord elle est tout entière en français ; puis les exigences de la critique, ainsi que les progrès de l’érudition, firent bientôt reconnaître à l’éditeur lui-même (il en convenait de bonne grâce à la fin de sa vie), que son œuvre avait besoin d’être reprise à nouveau. Joseph Millet, auteur d’une Histoire de Descartes avant 1637 (Paris, Didier, 1867), et depuis 1637 (Paris, Dumoulin, 1870), se préparait consciencieusement à cette tâche, et publiait même en tête de son second ouvrage le prospectus d’un premier volume ; mais la guerre survint, puis la mort prématurée de l’auteur en octobre 1870, et son projet fut abandonné. Bientôt après, les études de M. Louis Liard sur la philosophie cartésienne, lorsqu’il était professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux (1874-1880), le convainquirent plus que personne de la nécessité d’une édition nouvelle, et de concert avec M. Paul Tannery, alors ingénieur à Bordeaux, il songeait à la donner : le Descartes, qu’il publia en 1882, subsiste comme un durable témoignage de ces premiers travaux. Mais à partir de 1884, la Direction de l’Enseignement supérieur au Ministère de l’Instruction publique imposa à M. Liard d’autres devoirs, et désormais il s’employa tout entier à faire aboutir la grande œuvre à laquelle il s’était voué, la reconstitution des Universités en France.

Cependant le troisième centenaire de la naissance de Descartes approchait ; on ne pouvait mieux le célébrer que par une édition de ses Œuvres. M. Emile Boutroux l’annonça dans la Revue de Métaphysique et de Morale, du 15 mai 1894 ; et le zélé Directeur de cette Revue, M. Xavier Léon, se fit aussitôt le promoteur de l’entreprise. M. Paul Tannery était de plus en plus le collaborateur désigné, surtout pour la partie proprement scientifique : la nouvelle édition des Œuvres de Fermat, à laquelle il venait d’attacher son nom, avec M. Charles Henry, l’avait notamment engagé dans des recherches approfondies relatives à la Correspondance de Descartes et à celle de Mersenne. M. Charles Adam, après plus de dix années d’études sur l’histoire de la philosophie en France dans la première moitié du xviie siècle, connaissait bien la partie philosophique des Œuvres de Descartes. Il employa une partie de l’année 1894 à faire des recherches, avec une mission officielle, dans les Bibliothèques de la Hollande et de Hanovre, et il revint avec de nombreuses et importantes trouvailles. Au mois de novembre, un Comité fut constitué au Ministère de l’Instruction publique en vue de l’édition nouvelle ; voici les noms des membres de ce Comité :

M. Xavier Charmes, de l’Académie des Sciences morales et politiques, Directeur du Secrétariat et de la Comptabilité au Ministère de l’Instruction publique, Président.
M. Charles Adam, Professeur de Philosophie et Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Dijon.
M. Émile Boutroux, Professeur d’Histoire de la Philosophie moderne à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris.
M. Victor Brochard, Professeur d’Histoire de la Philosophie ancienne à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris.
M. Gaston Darboux, de l’Académie des Sciences, Professeur de Géométrie supérieure et Doyen de la Faculté des Sciences de l’Université de Paris.
M. Xavier Léon, Directeur de la Revue de Métaphysique et de Morale.
M. Louis Liard, de l’Académie des Sciences morales et politiques, Directeur de l’Enseignement supérieur au Ministère de l’Instruction publique.
M. Paul Tannery, Directeur des Manufactures de l’État, Professeur remplaçant de Philosophie grecque et latine au Collège de France.

Dès la première séance, M. Adam présenta un Projet d’édition, qui fut examiné, discuté et approuvé en principe. Dans les séances suivantes, espacées le long de l’année 1895, on régla diverses questions : orthographe à suivre, format des volumes, choix des caractères, etc., et finalement, en janvier 1896, un traité fut signé avec la maison Cerf et Cie à qui était confiée l’édition.

Le troisième centenaire de la naissance de Descartes fut célébré à la Sorbonne, le 31 mars 1896, entre philosophes et savants, sous la présidence de M. Liard. Après une allocution du président, la parole fut donnée aux deux collaborateurs : à M. Tannery, pour une lecture sur « Descartes physicien », à M. Adam, pour une conférence intitulée « À la recherche des papiers de Descartes ».

Des cérémonies du même genre furent célébrées à Rio-de-Janeiro, à Moscou, à Prague, etc.

Bientôt M. Léon eut réuni, grâce à la publicité de sa Revue, un nombre suffisant de signataires pour l’édition prochaine. Le Ministère souscrivit pour 200 exemplaires. Le 15 juillet 1896, la Revue de Métaphysique et de Morale donna, comme prime aux souscripteurs, un fascicule consacré tout entier à Descartes, et pour bien marquer le caractère international de la souscription, M. Léon avait convié des savants et des philosophes étrangers à collaborer à ce numéro exceptionnel : c’est ainsi que les noms de MM. Natorp et Schwartz, pour l’Allemagne, Gibson, pour l’Angleterre, Korteweg, pour la Hollande, Tocco, pour l’Italie, se trouvent associés à ceux de MM. Boutroux, Brochard, Lanson, Hannequin, Blondel, Berthet, Tannery et Adam, pour la France. Enfin un Comité qui ne comprenait pas moins de soixante-quatre noms, tous empruntés à la Philosophie et à la Science, patronnaient la souscription non seulement en France, mais dans toute l’Europe (Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Belgique, Hollande, Italie, Russie, Suède, Suisse), et jusqu’en Amérique[1].

II.

La première partie de l’édition comprendra la Correspondance, et la seconde les Œuvres, Opuscules, Fragments, etc. Comme les Lettres de Descartes nous donnent l’histoire de ses Œuvres, et que l’intelligence de celles-ci exige de perpétuels renvois aux dernières années de la Correspondance aussi bien qu’aux premières, il faut que celle-ci soit entièrement publiée avant qu’on en vienne aux Œuvres, Opuscules, x Préface.

Fragments, etc. Par contre, rien n'est plus aisé que de ren- voyer par avance aux Œuvres de Descartes : on n'aura qu'à reproduire plus tard pour celles-ci la pagination de chaque édition princeps, qui est celle que donne Descartes lorsque dans ses Lettres il renvoie lui-même à ses propres livres. Les deux publications de la Correspondance et des Œuvres seront donc successives, et non pas simultanées.

L'ordre chronologique s'impose. Sans doute les lecteurs seraient bien aises de trouver réunies toutes les lettres échangées entre Descartes et tel de ses correspondants. Mais il importe davantage de rétablir l'unité de la correspondance entière, afin que la pensée du philosophe apparaisse dans son développement continu ; elle serait morcelée irrémédiablement, si l'on publiait à part chaque correspondance particu- lière. Quant aux relations de Descartes avec tel ou tel, il sera facile de les reconstituer à l'aide de tables particulières, qu'on donnera en aussi grand nombre qu'il y a de correspondants, outre la table générale de toutes les lettres au dernier volume. Cette Correspondance exige en outre, pour être intelligible,


xii Préface.

quantité de notes, qui envahiraient la place réservée au texte de Descartes tout d'abord. Cette nouvelle difficulté est résolue par une répartition des notes en plusieurs catégories de la façon suivante .

1° Pour les lettres qu'on a trouvées sans nom ni date, les renseignements que nécessitent ces deux points, sont placés en tête dans un Prolégomène.

2° Bon nombre de détails, au cours de chaque lettre, ont besoin d'éclaircissements : ce sont des faits mentionnés par Descartes, ou bien des réponses à des objections qu'il a fallu retrouver ailleurs. Les indications nécessaires sont rejetées à la fin de la lettre, chacune avec les deux numéros de la page et de la ligne en question ; et le lecteur qui parcourt le texte, est averti, par un astérisque, qu'il trouvera plus loin un éclaircissement.

3° Au bas des pages, à la place ordinaire des notes, on s'est contenté de mettre des notules (titre d'un ouvrage cité, nom d'un auteur dont on n'avait que l'initiale ou une désignation imparfaite, renvois à des lettres qui précèdent ou qui suivent, etc...). Mais surtout on a rangé sur deux colonnes les variantes du texte, lorsqu'il y en a : pour plusieurs lettres, en effet, nous avons deux textes, l'un et l'autre de Descartes, le texte de la minute conservée par lui et que Clerselier a imprimée, et le texte de l'original que donne un autographe retrouvé. — En haut de chaque page, deux numéros indiquent le tome et la page de l'édition Clerselier pour la lettre au-dessous : la pagination est la même pour toutes les éditions des volumes II et III ; pour le volume I, elle change de la première à la seconde : nous donnons celle de la seconde et de la troisième ; un trait vertical, dans le texte, indique le commencement de chaque page de Clerselier.

4° Restent les notices sur les correspondants de Descartes, et sur tant de noms propres cités dans ses lettres. Elles seraient parfois assez longues, ce qui surchargerait encore les annotations au bas des pages. En outre, comme les mêmes Préface. XIII

noms reviennent assez souvent, il faudrait donc chaque fois renvoyer à la notice placée au bas de la première lettre où le nom se rencontre. Que de renvois et quelle complication ! On s'est décidé à réunir tous ces noms propres en une sorte de Dictionnaire biographique, publié à part, où le lecteur trouvera sur chacun les renseignements qu'il désire.

Ainsi présentée, la Correspondance de Descartes sera d'une lecture commode, offrant tous les avantages d'une édition savante, sans que l'aspect général du texte perde rien pour cela de sa beauté. MM. Cerf et Cie, répondant en effet au désir du Ministère de l'Instruction publique, n'ont rien négligé ni épargné pour que la France puisse montrer, à l'Exposition universelle de 1900, une édition de son philosophe, digne d'elle et digne de lui.

                                                 Ch. Adam. 
Dijon, 31 décembre 1896.
INTRODUCTION


A LA CORRESPONDANCE DE DESCARTES



I. Édition Clerselier (1657-1659-1667).

II. Projet d'édition de Legrand et collection de La Hire (1675-1704). Classement de Poirier ou d'Arbogast (1793-1803).

III. Édition Victor Cousin (1824-1826).

IV. Autographes de Lettres et Copies manuscrites.



I.
ÉDITION CLERSELIER.


(1657-1659-1667.)


La première édition des Lettres de Descartes est celle de Clerselier, en trois volumes in-4, Paris, Charles Angot, 1657, 1659 et 1667. Quelques lettres cependant avaient été déjà imprimées à part, voici dans quelles circonstances.

En 1638, Plemp (Plempius), Professeur en Médecine à l'Université de Louvain, qui avait fait à deux reprises des objections à Descartes, résuma dans une première édition De Fundamentis Medicinœ (1638) les deux réponses du philosophe. Henry de Roy (Regius), de l'Université d'Utrecht, trouva le résumé inexact, et s'en plaignit dans des Thèses publiques en 1640 ; Plemp imprima donc le texte complet des deux lettres de Descartes dans une seconde édition des Fundamenta Medicinæ en 1644. La même année, un médecin de Dordrecht, Beverwick, demandait au philosophe ces deux mêmes réponses, et Descartes lui envoyait les minutes qu’il avait conservées : elles parurent dans les Quæstiones epistolicæ de Beverwick (Beverovicius), petit in-12 imprimé à Rotterdam en 1644. Clerselier ne se servira que de ce dernier ouvrage, où les deux lettres sont incomplètes et sans date.

En 1653, Pierre Borel, « Médecin du Roy », publiait dans son Compendium vitæ Renati Cartesii (petit in-12, de 55 pages seulement, imprimé à Castres), une traduction latine de quelques lettres ou fragments de lettres (en tout, onze numéros), dont on faisait circuler des copies : entre autres, deux lettres à la princesse Elisabeth, du 7 mai et du 28 juin 1643. Borel donne presque toujours la date précise des pièces qu’il publie ; mais Clerselier ou bien ignora cette publication, ou du moins n’en tint pas compte, comme il pouvait le faire, pour dater quelques pièces de la Correspondance de Descartes.

Enfin l’année 1656 parut à Amsterdam, sous le titre de Magni Cartesii Manes ab ipsomet defensi, sive N. V. Renati Des-Cartes Querela apologetica, la longue lettre apologétique du philosophe au Corps de Ville (Vroedschap) d’Utrecht. Descartes paraît avoir écrit lui-même cet opuscule en français et en latin. C’est le texte latin qui fut publié à Amsterdam, en 1656 ; Clerselier donnera le texte français au tome III de son édition, en 1667.

De quels matériaux disposait-il, lui-même le raconte dans la Préface de son premier volume. Il possédait les manuscrits de Descartes, c’est-à-dire, non pas les lettres envoyées par celui-ci, mais les minutes qu’il avait conservées pour un assez bon nombre d’entre elles. Ces minutes se trouvaient avec d’autres papiers, emportés de Hollande en Suède ; dans l’inventaire dressé le 14 février 1650, trois jours après la mort de Descartes, et dont une copie ms., de Clerselier lui-même, se trouve maintenant à la Bibliothèque Nationale (fr. 13262), outre celle de la Bibliothèque de l’Université de Leyde (collection Huygens), 7 articles sur 23 se rapportent à la correspondance :

A. Un assemblage de plussieurs cahiers liez ensemble, au nombre de dix, escritz d’autre main que de celle de Mons. Descartes, où sont transcrittes plussieurs lettres receues par Mons. Descartes, avec les responses qu’il a faites concernant des questions mathematiques, et quelques objections aux escrits de M. Descartes.

I. Une liasse de plussieurs lettres et objections à Mons. Descartes par diverses personnes.

L. Renati Descartes querela apologetica ad amplissimum Magistratum Ultrajectinum contra Voetium et Dematium.

O. Un escrit contenant neuf cahiers en forme de Lettres à Messieurs… contre le Sr Voetius.

T. Deux cent soixante-deux feuillets in-4° des Minutes des lettres escrittes par Mons. des Cartes à diverses personnes.

V. Quatorze feuillets in-4° et deux in-8° de minutes de lettres escrittes à Madame la Princesse Elisabeth de Bohême.

Z. Une liasse d’environ 25 feuillets detachez sans suitte, et quelques papiers volants contenant la réponse à quelques objections et autres matieres differentes.

Les héritiers laissèrent le tout à Chanut, ambassadeur de France en Suède, et grand ami du philosophe. On comptait sur lui pour publier ces manuscrits, et en 1653 Lipstorp (Lipstorpius), de Lübeck, le faisait espérer au public, p. 84 de ses Specimina Philosophiœ Cartesianœ : « Si Deus Illustrissimo Viro Dn. Petro Chanuto, Galliarum Regis Legato Extraordinario, vitam concesserit (quod speramus, et ardenter optamus), videbimus … Epistolas magno numero ab Authore ad Amicos scriptas, et ab iis receptas, rerum philosophicarum plenissimas. » Mais le diplomate, tout occupé d’importantes négociations en Suède et en Allemagne, à Lübeck même, s’en remit de ce soin à Clerselier, son beau-frère, également ami du philosophe. Le précieux dépôt fut donc envoyé en France, où il n’arriva qu’après bien des retards, en 1653. Là un dernier malheur l’attendait, qui faillit tout perdre irréparablement : le coffre qui contenait les manuscrits, venu par mer jusqu’à Rouen, fut ensuite confié à un bateau qui devait remonter la Seine jusqu’à Paris ; à l’approche de cette ville le bateau coula, et les manuscrits de Descartes restèrent trois jours au fond de l’eau, « au bout desquels Dieu permit qu’on les retrouvât à quelque distance de l’endroit du naufrage. Cet accident fit que l’on fut obligé d’étendre tous ces papiers dans diverses chambres pour les faire sécher. Ce qui ne put se faire sans beaucoup de confusion, surtout entre les mains de quelques domestiques qui n’avoient point l’intelligence de leur maître (Clerselier) pour en conserver la suite et l’arrangement. » Ces détails se trouvent dans la Vie de Mons. Des-Cartes, 1691, t. II, p. 428 : l’auteur, Adrien Baillet, devait être bien renseigné, car il composa son ouvrage en collaboration avec l’abbé Jean-Baptiste Legrand, à qui Clerselier avait légué ces papiers en 1684, non sans lui en avoir sans doute conté les mésaventures. Cependant Clerselier, dans sa Préface de 1657, ne dit mot du naufrage ni du sauvetage, et déclare seulement que ce qui lui a donné le plus de peine, « a esté que ces lettres n’estant écrites que sur des feuilles volantes, toutes détachées les vnes des autres, et souuent sans datte ny reclame, le desordre qui s’y estoit mis auoit fait qu’elles ne se suiuoient point, et qu’on n’y reconnoissoit ny commencement ny fin ; de sorte, » ajoute-t-il, « que i’ay esté obligé de les lire presque toutes, auant que de les pouuoir rejoindre les vnes aux autres, et de leur pouuoir donner aucune forme, pour les disposer par apres dans l’ordre et dans le rang qu’elles tiennent ».

Mais un examen attentif des trois volumes fait reconnaître que le désordre, dont se plaint l’éditeur, n’existait pas pour toutes les lettres, et qu’un assez bon nombre, sans doute rassemblées et peut-être même cousues en plusieurs liasses (les articles A, I, T, V, Z de l’inventaire le feraient croire), formaient des séries assez régulières, soit qu’elles fussent adressées à un même correspondant, soit qu’elles eussent été écrites la même année. En somme, les deux tiers et presque les trois quarts de chaque volume offrent un ordre facile à suivre, et Clerselier ne paraît avoir été embarrassé que pour un petit nombre de lettres qu’il a rejetées pêle-mêle à la fin de ses volumes, désespérant de retrouver pour chacune, non pas la date qui lui importait peu, mais le nom du destinataire. Encore ne s’en mettait-il guère en peine : l’essentiel pour lui était la substance même de chaque lettre, ou le sujet dont elle traite ; le reste ne lui paraissait qu’un accessoire qui pouvait s’ôter sans grande perte, petites nouvelles dont la lettre était parsemée, phrases de politesse au commencement et à la fin. « Pour ce qui est, » dit-il, « de l’ordre et de la suitte des lettres en général, comme souvent il importoit fort peu laquelle seroit mise devant, chacune presque traittant de questions differentes, et qui ne dépendent point les vnes des autres, je ne m’y suis pas beaucoup arresté ; mais quant à la disposition et à l’œconomie de chaque lettre en particulier, comme c’est un coup du maistre, on y verra le mesme ordre et la mesme distribution que dans tous ses autres écrits. » On comprendra mieux comment a procédé Clerselier et quels services peut encore rendre son édition, en étudiant l’un après l’autre les trois volumes.

Volume I.

Le premier volume parut sous ce titre : Lettres de Mr Descartes où sont traittées les plus belles questions de la Morale, Physique, Medecine et des Mathematiques. A Paris, chez Charles Angot, ruë Saint-Iacques, à la Ville de Leyden, 1657, (privilege du 21 décembre 1656, achevé d’imprimer pour la première fois le 30 Janvier 1657). Une nouvelle édition du tome premier, reueu et augmenté, fut publiée en 1663 (A Paris, chez Charles Angot, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au Lion d’Or, acheué d’imprimer pour la deuxième fois le 30 mars 1663) ; enfin parut en 1667 (achevé d’imprimer le 2 janvier), une troisième édition qui n’est qu’une réimpression de la seconde. Le titre a un peu changé : la première édition disait « où sont traittées les plus belles questions » ; la seconde dit seulement « plusieurs belles questions ». La première édition a 663 pages, la seconde 540 seulement, ce qui tient à la différence des caractères, 30 lignes à la page dans l’une, et 36 dans l’autre. Mais le nombre des pièces reste le même, 119 de part et d’autre. Voici les principales différences : la série des lettres à Regius (lettres LXXXI-XCIX) n’est pas disposée dans le même ordre ; la lettre C, sur Balzac, ne se trouve qu’en latin dans l’édition de 1657, tandis qu’en 1663, elle est suivie d’une version française, la lettre C bis ; enfin deux lettres, LV et LVI, entre Descartes et le P. Ciermans, ne sont aussi qu’en latin dans la première édition, tandis que dans la seconde le latin a disparu : on trouve à la place une version française, lettres LV et LVI également.

Les 119 lettres du premier volume se répartissent ainsi :

51 à la reine de Suède, à M. Chanut, et à la princesse Élisabeth, etc. (I-LI).
3 à un Seigneur (LII-LIV).
2 entre Descartes et un R. P. Jésuite des Pays-Bas (LV et LVI).
7 entre Descartes et Morin (LVII-LXIII).
9 entre Descartes et M. More, Gentilhomme anglois (LXIV-LXXII) ; les deux premières entre Clerselier et More.
2 à Mersenne, sur la question géostatique (LXXIII-LXXIV).
6 dont 2 entre Descartes et « M. de Berouic », suivies de 4 autres entre Descartes et « un Médecin de Louuain » (LXXV-LXXX).
19 à M. le Roy, Docteur en Médecine et Professeur (LXXXI-XCIX).
3 sur Balzac et à lui-même (C-CII).
8 à divers (CIII-CX), dont un seul est nommé, « M. de Zuytlichem » (CVI).
2 à Mersenne (CXI et CXII).
4 à un R. P. Jésuite (CXIII-CXVI).
3 à Clerselier (CXVII-CXIX).

Clerselier avait habilement choisi les lettres de ce volume : si les mathématiciens de profession n’y trouvèrent pas leur compte, comme l’écrivait Christian Huygens, le 2 mars 1657, en revanche le public qui s’intéresse davantage aux questions de morale, de physique même et de médecine, eut de quoi se satisfaire ; puis les noms de la reine Christine et de la princesse Élisabeth, l’une et l’autre encore vivantes, celui de Balzac, sans parler de ce gentilhomme anglais, M. More, et de ce seigneur dont on ne disait pas le nom, devaient attirer l’attention, et faire honneur au philosophe qui avait été en correspondance avec d’aussi grands personnages. Le succès du livre était assuré, et deux ans après, lorsque Clerselier publia son second volume, il constate, dans la Préface, que le premier est déjà « entièrement débité ».

Au xviie siècle, où l’on estimait surtout les idées d’un auteur, on pouvait se contenter de cette édition. Mais nous sommes devenus plus exigents ; nous demandons à une correspondance au moins deux choses : d’abord, qu’elle soit complète, c’est-à-dire en partie double, avec les lettres des correspondants et celles de l’auteur ; ensuite que le tout soit disposé dans l’ordre chronologique. Or ces deux choses manquent trop à l’édition Clerselier ; elles semblent même avoir été le moindre de ses soucis.

En France il obtint cependant de J.-B. Morin, Professeur au Collège Royal, communication de quelques lettres écrites à Descartes ainsi que des réponses. Encore, sur les sept pièces de cette correspondance, la première (LVII), bien antérieure aux autres, n’est point datée ; mais on trouve ensuite quelques dates, 22 février et 13 juillet 1638 pour LVIII, LIX et LX, 12 août de la même année pour LXI, rien pour LXII et LXIII.

Voici une autre correspondance que Clerselier pouvait aisément compléter et dater : il s’en est soucié encore moins. Chanut conservait un memento des lettres qu’il écrivait ou qu’il recevait ; Baillet et Legrand s’en serviront plus tard pour fixer plusieurs dates. Chanut avait aussi recouvré ses lettres, à la mort du philosophe, et Baillet en donnera de longs passages dans la Vie de Descartes. Mais Clerselier ne tira aucun parti de ces papiers de famille. Peut-être dut-il compter avec la modestie de son beau-frère, à laquelle il rend hommage dans la dédicace de son premier volume : Chanut n’avait même pas permis qu’on imprimât cette dédicace en 1657, et il fallut attendre sa mort, en 1662, pour la donner au public dans la seconde édition de 1663. Peut-être aussi les convenances s’opposaient-elles à la publication de lettres où un ambassadeur parlait librement de la reine auprès de qui il était accrédité, et lorsqu’elle était encore vivante (Christine ne mourut qu’en 1689). — Les mêmes raisons, auxquelles s’ajoute un sentiment de réserve bien naturel à une femme, expliquent pourquoi Clerselier ne put livrer à la curiosité publique les lettres de la princesse Élisabeth : celle-ci les avait aussitôt redemandées, à la mort de Descartes ; Chanut les lui renvoya, et la princesse, dit Baillet (t. II, p. 428), « ne voulut point permettre qu’on en imprimât aucune avec celles du philosophe ». Cependant elle en laissa prendre copie, et c’est ainsi qu’elles furent retrouvées plus tard et publiées en 1879 par Foucher de Careil.

Toujours par un semblable excès de modestie, Clerselier, qui imprimait à la fin du premier volume trois réponses qui lui avaient été faites, n’a point donné en même temps ses propres lettres auxquelles Descartes répondait. Et par la même négligence ou insouciance encore, il n’a point daté ces trois réponses.

Enfin les trois lettres à Balzac (C, CI et CII) n’ont point de date ; il était facile cependant de dater au moins les deux dernières, en intercalant entre elles une lettre à Descartes, du 25 avril 1631, imprimée dès 1636 dans la Seconde partie des Lettres de Mr de Balzac, et réimprimée en 1637, 1641, etc. On avait aussi, pour la première, une réponse, datée du 30 mars 1628 et imprimée en 1657, 1664, etc., dans des éditions particulières du Socrate chrestien par le Sr de Balzac et autres œuvres du mesme Autheur. Enfin on a retrouvé encore une lettre de Descartes à Balzac, ou plutôt la copie d’une lettre, du 14 juin 1637, parmi les papiers de Conrart, à la Bibliothèque de l’Arsenal. Mais en 1691, Baillet, à propos des lettres de Descartes à Balzac, mettra cette note en marge, t.  I.  p. 401 : « elles sont perdues la plupart. »

Cependant Clerselier avait écrit de Paris, le 12 décembre 1654, tout exprès « à M. More, gentilhomme anglois » (Henricus Morus), et celui-ci lui avait répondu de Cambridge, le 14 mai 1655. Ces deux lettres, LXIV et LXV, nous ont valu sans doute la date de celles qui suivent, LXVI et LXVII, 11 décembre 1648 et 5 février 1649, LXVIII et LXIX, 5 mars et 15 avril, (LXX n’est point datée), LXXI 21 octobre ; enfin LXXII n’est qu’une ébauche de lettre sans date non plus. Mais Morus avait changé quelque chose à ses lettres, avant de les envoyer à Clerselier ; ce n’est donc plus exactement ce qu’avait reçu Descartes. Voilà ce qu’on pouvait craindre, en s’adressant après coup aux correspondants du philosophe : donneraient-ils toujours le texte fidèle de ce qu’ils avaient écrit ? D’autre part la possession des minutes de Descartes assurait un avantage à Clerselier : il y trouvait, par exemple, la lettre LXXII, c’est-à-dire une dernière réplique qui n’avait pas été envoyée.

Mais puisque Clerselier écrivait en Angleterre, que ne s’informait-il de ce seigneur à qui Descartes avait adressé au moins trois lettres, LII, LIII et LIV ? C’était le marquis de Newcastle, frère d’un autre correspondant de Descartes, Charles Cavendish ; et si ce dernier était mort en 1652, son aîné vécut jusqu’en 1676.

Le premier volume contient aussi des lettres de Descartes et de correspondants des Pays-Bas. Ce sont d’abord les lettres LV et LVI, objections d’un R. P. Jésuite avec les réponses. Clerselier aurait pu savoir (Descartes le dit lui-même dans d’autres lettres), que ce Jésuite était le P. Ciermans, de l’Université de Louvain, mort d’ailleurs en 1648. Il pouvait savoir également, on l’a vu dès la première page de cette étude, que le Médecin de Louvain, qui fit des objections auxquelles Descartes répondit, lettres LXXVII-LXXX, était le Professeur Plemp (Plempius), de la même Université.

Aux Pays-Bas enfin vivait toujours Henry de Roy (Regius), Professeur à l’Université d’Utrecht, grand ami de Descartes entre 1638 et 1646, mais qui devint ensuite son ennemi. Clerselier avait entre les mains une copie des lettres de Regius ; cependant il ne les publia pas en 1657, bien que cela eût beaucoup aidé à comprendre les réponses de Descartes, fragments de réponses plutôt, où l’on ne trouve que trop de lacunes. Telles qu’elles étaient, elles déplurent à Regius, et l’un de ses amis se plaignit, dans un livre, que « ces réponses de Descartes étoient des choses controuvées et faites à plaisir ». Clerselier pensa alors, pour se justifier, à publier dans la seconde édition, en 1663, les lettres mêmes de Regius, auxquelles Descartes répondait. « Mais », dit-il (p. 8 de sa Préface au Traité de l’Homme, 1664), « en ayant écrit à M. de Roy, pour ne rien faire que de concert avec lui, il ne l’a pas voulu permettre ». La seconde édition parut donc sans lettres de Regius, et de nouveau avec les lettres de Descartes, tronquées et mutilées, comme s’en était plaint discrètement Clerselier dès 1657, à la fin de l’une d’elles (LXXXIV dans la première édit., LXXXVII dans la seconde) : « Deest reliquum. Et si candide et generosè D. Regius velit agere, illud supplebit. » C’était à la fois un appel direct à Regius, pour qu’il communiquât les originaux des lettres que Descartes lui avait écrites, et une allusion à la devise, candidè et generosè, que lui-même avait fait mettre à son portrait en tête des Fundamenta Physices (1646). Certes Clerselier ne pouvait faire mieux en cette circonstance.

Restent quelques lettres à Mersenne, LXXIII et LXXIV, CXI et CXII, ou à des jésuites, CXIII-CXVI, et huit lettres sans nom ni date, CIII-CX, sauf CVI à M. de Zuylichem. Sans doute, si Clerselier l’avait demandé à celui-ci (Constantin Huygens, le père), ou encore à M. de Pollot, avec qui d’ailleurs il était en correspondance, il aurait obtenu pour quelques-unes le nom du destinataire ainsi que la date : la lettre CVII, par exemple (lettre de consolation « sur la mort d’un frère »), est adressée à Alphonse de Pollot, dont le frère Jean-Baptiste était mort à La Haye, le 14 janvier 1641, etc. Si donc, grâce à Clerselier, les lettres de Descartes ont été sauvées d’une destruction entière, il n’a cependant pas rempli tout son devoir d’éditeur ; ou plutôt il l’entendait à la façon du xviie siècle, uniquement préoccupé des sujets traités dans cette correspondance, et indifférent aux questions accessoires de temps, de personnes ou de lieux.

Volume II.

Le second volume parut en 1659 avec ce titre : Lettres de Mr Descartes où sont expliquées plusieurs belles difficultez touchant ses autres Ouurages. Tome second : Paris, Charles Angot, ruë Saint-Iacques, à la ville de Leyden (achevé d’imprimer le 28 may 1659). Il fut réimprimé, sans aucun changement, en 1666 (achevé d’imprimer le 2 janvier). Une particularité remarquable de ce second volume, c’est qu’on n’y trouve plus de latin : toutes les lettres latines, au nombre de 22, y sont traduites en français. Les lecteurs s’étaient plaints de celles du premier volume ; Clerselier fit donc traduire les autres par son jeune fils, en manière d’exercice ; lui-même raconte le fait, en partie dans la Préface de ce second volume (1659) et tout au long dans celle du Traité de l’Homme (1664). Seulement il ne donna de ces lettres que la version française, sans le texte latin. En 1668, Daniel Elzevier publia à Amsterdam une édition latine des deux premiers volumes de Lettres. Le titre était : Renati Descartes Epistolœ, partim ab auctore latino sermone conscriptœ, partim ex gallico translatœ, etc. (2 vol. in-4). Elle avait été préparée, dit une Prœfatiuncula ad Lectorem, par les soins de Jean de Raei et de François de Schooten, deux anciens amis du philosophe. Or une question se pose au moins pour 22 lettres du second volume : le texte latin que donne l’édition hollandaise est-il l’original, ou seulement une version latine de ce qui n’était déjà dans Clerselier qu’une version française ? D’autant plus que cette édition hollandaise donne toutes les lettres en latin, sans dire lesquelles ne sont qu’une traduction, et lesquelles sont l’original.

Certains indices cependant permettent de résoudre le problème. La lettre IX, à Plempius, du 20 décembre 1637, donne dans le texte latin toute une phrase qui manque dans la version française ; où donc les éditeurs auraient-ils trouvé cette phrase, s’ils n’avaient eu l’original sous les yeux ? En outre on trouve dans l’édition hollandaise plusieurs dates qui manquent dans Clerselier, et ce sont des dates de lettres latines : ainsi pour les lettres LXXV et LXXVI du premier volume, le 10 juin et le 5 juillet 1643 ; pour la lettre de Mersenne à Voët, qui sert d’avant-propos au second volume, Idibus Decemb. 1642 ; pour la lettre IV, 4 Iunij 1648 ; pour les lettres VII et VIII, 5 nonas octobris 1637. Ajoutons que pour ces deux dernières, on a retrouvé à la Bibliothèque de l’Université de Leyde, collection Huygens, une copie manuscrite de l’original, et, sauf de rares exceptions, qui sont plutôt de simples variantes, le texte de cette copie est le même que le texte latin imprimé par Raei et Schooten. Ceux-ci ont donc pris la peine de rechercher les originaux de Descartes et de les publier, au moins pour les lettres latines. Enfin Clerselier, dans son premier volume de 1657, donnait deux lettres latines, LV et LVI, dont on ne trouve plus qu’une version française dans la seconde édition en 1663. Or, les éditeurs hollandais, qui semblent avoir suivi cette seconde édition, ou la troisième de 1666 (l’ordre des lettres LXXXI-XCIX à Regius est, en effet, celui de cette seconde édition, et non pas celui de la première), donnent de ces deux mêmes lettres LV et LVI un texte latin, qui est, mot pour mot, celui de Clerselier en 1657 ; ils se préoccupaient donc de reproduire, quand ils le pouvaient, les originaux de Descartes. Ces différentes preuves, que confirme pleinement la comparaison du texte latin et de la version française, tout à l’avantage du latin, comme brièveté et aussi comme vigueur et comme nuance d’expression, nous autorisent à suivre pour les 22 lettres latines du second volume l’édition de Raei et Schooten, imprimée par Elzevier en 1668 et réimprimée par Blaeu à partir de 1682.

Les lettres du second volume peuvent se répartir en quatre séries A, B, C, D.

A. I-XXIV. — B. XXV-LX. — C. LXI-XCVIII. — D. XCIX-CXXVIII inclus.

La série A comprend les lettres suivantes :

I. À un ami de Descartes pour Descartes. — II. Réponse.

III. À Descartes. — IV. Réponse. — V. Réplique. — VI. Seconde réponse, 29 juillet 1648.

VII et VIII. À Plempius et à Fromondus. — IX. À Plempius, 20 déc. 1637.

X. À Buitendiich. — XI. A*** — XII. A***, 17 oct. 1630.

XIII. Objections de Le Conte. — XIV. Réponse.

XV. À Descartes. — XVI. Réponse.

XVII. A***, Amsterdam, 22 août 1634.

XVIII. A***, février 1646.

XIX et XX. À Descartes, 20 mai 1647. — XXI et XXII. Réponses.

XXIII. A***. — XXIV. A***.

On chercherait en vain dans cette série A la moindre apparence d’ordre chronologique : les quelques lettres qu’elle donne avec leurs dates ne font que mieux ressortir le pêle-mêle de l’ensemble. Clerselier semble avoir voulu seulement rassembler un certain nombre d’objections avec les réponses de Descartes. La plupart de ces objections (c’est là peut-être la seule unité qu’on y trouve) venaient des Pays-Bas, sauf deux lettres d’Arnauld, III et V, et deux autres lettres envoyées de France : lettre XIII de M. Le Conte, à qui l’abbé Picot et Clerselier avaient répondu déjà, et lettre XV de cet inconnu qu’on a appelé l’hyperaspistès.

Mais la lettre I venait de quelqu’un de La Haye, au commencement de 1638. Les lettres VII, VIII et IX sont des réponses à deux Professeurs de l’Université de Louvain, Plemp et Froidmont, dont le premier avait envoyé à Descartes les objections de l’autre. À ce propos Clerselier aurait pu faire ce qui a été fait depuis lors, s’enquérir des copies, qui existaient en Hollande, de ces objections de Froidmont (Constantin Huygens en avait une), et les publier ; sachant d’abord ce qui était objecté à Descartes, on aurait mieux compris sa réponse.

Les lettres X, XI et XII ont ceci de commun qu’elles s’adressent toutes trois à des correspondants de Dordrecht : M. de Buitendijk, dont Clerselier donne le nom, et Isaac Beeckman qu’il ne nomme pas. Ce dernier, à qui sont adressées les lettres XI et XII, est également le destinataire de la XVIIe, si bien qu’ôtée la parenthèse de XIII et XIV, et de XV et XVI, la XVIIe se place naturellement à la suite de XI et XII. Clerselier ne pouvait guère le deviner et nous ne le savons nous-même, pour la lettre XVIIe, que par une autre lettre, du 14 août 1634, dont l’original donne en entier le nom de Beeckman, imprimé seulement B. dans la minute du t. II, lettre LXXVII. — Si Clerselier s’en était donné la peine, peut-être aurait-il découvert encore un autre correspondant de Descartes, Andreas Kolff ou Colvius, « Ministre de la parole de Dieu » à Dordrecht ; deux lettres de Colvius à Descartes, avec une réponse de celui-ci, ont été retrouvées dans la collection Huygens, et une autre encore de Descartes au même se trouve à la Bibliothèque royale de Munich.

La lettre XVIII offre une énigme, mais avec des données qui permettront de la résoudre (le titre d’un imprimé et la date de février 1646).

Les quatre suivantes XIX et XX, puis XXI et XXII, se rapportent aux démêlés de Descartes avec l’Université de Leyde et ici encore Clerselier aurait peut-être obtenu des Professeurs communication de tout le dossier, s’il l’avait demandé. Les deux lettres de Descartes, XXI et XXII, du 27 mai 1647, ne sont pas les seules qu’il ait écrites à cette occasion ; on en trouve une première, fort longue, du 4 mai 1647 dans le Registre des Curateurs de l’Université de Leyde, sans parler de la requête du philosophe à l’ambassadeur Abel Servien, que Baillet imprimera plus tard dans la Vie de Descartes (t. II, p. 318), et sans compter un billet à Heereboord, du 19 avril 1647, qui se trouve maintenant à Paris, Bibliothèque Victor Cousin.

Les deux lettres XXIII et XXIV, par lesquelles se termine la série A, restent jusqu’à présent des énigmes.

Les deux séries B et C, que nous avons distinguées ensuite, offrent un ordre beaucoup plus satisfaisant, surtout si on les transpose, la série C (LXI-XCVIII) étant mise avant la série B (XXV-LX). On obtient ainsi une suite ininterrompue de lettres, qui vont de 1630 à 1639, puis de 1639 à 1642, la plupart adressées au P. Mersenne, et quelques-unes à d’autres ; mais toujours ces dernières s’intercalent pour les dates entre les précédentes. Clerselier semble avoir eu là deux liasses de lettres classées suivant l’ordre chronologique, et qui n’auraient point souffert du naufrage dans la Seine ni du séjour au fond de l’eau. Seulement les minutes n’étant point datées, l’ordre n’apparaît que depuis qu’on a pu restituer, ou peu s’en faut, à chacune sa date, en les confrontant avec les originaux.

Voici d’abord un tableau de la série C, lettres LXI-XCVIII, de 1630 à 1639. Elle-même se partage en deux : lettres LXI-LXXVII, de novembre 1630 au 14 août 1634, et LXXVIIIXCVIII de juin 1637 à février 1639. Il existe, en effet, une lacune dans la correspondance de Descartes et de Mersenne, pendant les deux années 1635 et 1636 : en 1635, Mersenne était fort occupé par l’impression de ses ouvrages (il n’en publia pas moins de quatre, l’année suivante) ; et en 1636, Descartes, à son tour, préparait la publication de son Discours de la Méthode et des Essais de cette Méthode, pour 1637. D’ailleurs la plus ancienne liste des lettres de Descartes à Mersenne, celle de La Hire, qui a été dressée d’après les originaux n’indique rien pour 1635 et 1636 : ne nous étonnons donc pas si, pour ces deux années, Clerselier n’a rien trouvé non plus dans les minutes.

CLERS. DATES. LA HIRE.
LXI [4 novembre 1630]
LXII [2 décembre 1630
LXIII Id.
LXIV Id.
LXV [23 décembre 1630
LXVI [Janv. ou oct. 1631] 6
LXVII [10 mai 1632]
LXVIII [Oct.-nov. 1631]
LXIX [Janvier 1632]
LXX 2 février 1632
LXXI [5 avril 1632]
LXXII [3 mai 1632]
LXXIII [Juin 1632]
LXXIV [Nov. ou déc. 1632]
LXXV 22 juillet 1633 [Novembre 1633] 7
LXXVI [Avril 1634]
LXXVII 14 août 1634 9
LXXVIII [14 juin 1637]
LXXIX Id.
CLERS. DATES. LA HIRE.
LXXX [Février 1634] [25 mai 1637]
LXXXI [2 juillet 1634] [Décembre 1635]
LXXXII 5 octobre 1637
LXXXIII [Octobre 1637]
LXXXIV-V [25 janvier 1638]
LXXXVI 12 février 1638
LXXXVII [Mars 1638]
LXXXVIII [29 juin 1638]
LXXXIX 13 juillet 1638
XC [Septembre 1638]
XCI [11 octobre 1638] 18
XCII 15 novembre 1638 20
XCIII [Nov. ou déc. 1638]
XCIV [Décembre 1638]
XCV [9 janvier 1639]
XCVI 9 janvier 1639  21
XCVII 9 février 1639 22
XCVIII 20 février 1639

On voit tout ce que nous devons à Clerselier pour les 41 lettres de cette série (les lettres LXXV, LXXX et LXXXI comptant pour deux). Sans lui, c’est-à-dire sans les minutes qu’il a publiées, nous n’aurions que 7 lettres à Mersenne, LXVI, LXXV, LXXVII, XCI, XCII, XCVI et XCVII, et 4 lettres, LXX, LXXXI, LXXXII et LXXXVI à Golius, Renery, Huygens et Pollot. Nous avons en plus 18 minutes de lettres à Mersenne, et 12 minutes de lettres à divers, en tout 30 numéros.

Et l’ancienne édition nous donne ici non seulement des lettres que nous n’aurions pas, mais l’ordre dans lequel ces lettres se suivent chronologiquement. Prenons, en effet, comme points de repère les dates que nous connaissons aujourd’hui par les autographes : 2 février 1632, 22 juillet 1633, 14 août 1634 (lettres LXX, LXXV, LXXVII), et supposons que les lettres intercalées ont été écrites, en effet, dans les intervalles de ces dates : la supposition se vérifie à merveille. Par exemple, la lettre LXXV comprend deux minutes, l’une du 22 juillet 1633, comme l’atteste l’original, l’autre de la fin de novembre, comme nous l’apprend une lettre suivante ; et cette seconde minute est bien précieuse, car l’original s’était perdu en chemin (Descartes a toujours cru qu’on l’avait dérobé), et c’est justement la lettre où, alarmé par la condamnation de Galilée, qu’il vient seulement d’apprendre, il déclare que de longtemps il ne publiera rien. Quant à la lettre LXX, dont nous avons l’autographe à Golius, du 2 février 1632, elle est bien précieuse aussi, lorsqu’on la rapproche de la LXVIIe (qu’on peut sûrement dater d’octobre-novembre 1631, car elle annonce le départ de Renery pour Deventer, où il avait été nommé professeur le 4 octobre 1631 et où il inaugura son enseignement le 28 novembre). Ces deux lettres, en effet, donnent en même temps les dates approximatives de plusieurs autres qui précèdent ou qui suivent , Descartes s’étant empressé d’aller rejoindre son ami à Deventer, où il demeura jusqu’en décembre 1633.

Les lettres LXXVIII-XCVIII forment une série plus aisée encore à reconstituer, grâce aux dates fixes de six d’entre elles, 5 octobre 1637, 12 février, 13 juillet et 15 novembre 1638, 9 janvier et 9 février 1639. La simple lecture des autres persuade qu’elles ont bien été imprimées dans l’ordre chronologique. On peut donc, sans trop de témérité, laisser à leur place la XCe par exemple entre LXXXIX et XCI (13 juillet et 11 octobre 1638) et de même la XCIIIe entre XCII et XCIV (15 novembre et décembre 1638). Cependant on ne peut se fier absolument à l’ordre suivi par Clerselier pour cette série, série C : si les papiers de Descartes étaient parfaitement en ordre, la lettre LXVII devrait suivre immédiatement la LXXIIe ; d’autre part, sous chacun des deux numéros LXXX et LXXXI, Clerselier a réuni deux lettres de dates différentes, et dont ni l’une ni l’autre ne se trouve à sa place.

Mais si nous reprenons maintenant la série B XXV-LX, nous verrons que l’ordre chronologique y est plus fidèlement suivi. Elle fait suite immédiatement à celle que nous venons d’examiner, la dernière lettre de cette série C étant du 20 février 1639 et la première de la série B étant du 30 avril 1639. En voici d’ailleurs le tableau, avec les minutes identifiées aux numéros de La Hire qui donnent les dates prises sur les autographes :

CLERS. DATES. LA HIRE.
XXV 30 avril 1639
XXVI [Juin 1639]
XXVII [ Juin 1639]
XXVIII XXIX 19 juin 1639 24
XXX 27 août 1639 25
XXXI [Octobre 1639]
XXXII 16 octobre 1639 26


CLERS. DATES. LA HIRE.
XXXIII [Novembre 1639]
XXXIV 25 décembre 1639 27
XXXV 29 janvier 1640 28
XXXVI Id.
XXXVII 11 mars 1640 29
XXXVIII [Avril 1640]
XXXIX 11 juin 1640 30
XL 30 juillet 1640 31
CLERS. DATES. LA HIRE.
XLI 6 août 1640 32
XLII 15 septembre 1640 34
XLIII 30 septembre 1640 35
XLIV 28 octobre 1640 37
XLV 11 novembre 1640
XLVI Id.
XLVII  Id.
XLVIII [18 novembre 1640]
XLIX [Décembre 1640]
L [24 ou 31 déc. 1640]
LI [Déc. 1640 ou janv. 1641]
CLERS. DATES. LA HIRE.
LII [Janvier 1641]
LIII [Janv.-fév. 1641]
LIV [22 avril 1641] 16 juin 1641 42
LV [23 juin 1641]
LVI Id.
LVII [Août 1641]
LVIII  17 novembre 1641 44
LVIX 31 janvier 1642
LX [Mars 1642]

Sur ces 36 lettres (ou plutôt 35, XXVIII et XXIX ne comptant que pour une), 27 sont adressées à Mersenne. Sur ces 27, nous avons les autographes de 14, avec dates fixes ; Clerselier nous donne donc en outre 13 minutes, dont l’original a disparu, et par la place même qu’elles occupent, il nous donne à peu près aussi la date de chacune d’elles ; car il les a sans doute placées dans le volume comme il les trouvait dans les liasses de Descartes, et les minutes paraissent avoir été rangées ici les unes à la suite des autres au fur et à mesure que les lettres étaient envoyées, si l’on en juge par la concordance des deux séries de minutes XXXIX à XLIV et des numéros 30 à 37. En conséquence, la lettre XXXIe, par exemple, se trouvant imprimée entre deux lettres à Mersenne, dont la date est fixée, 27 août et 16 octobre 1639, on est autorisé, ce semble, à lui donner une date intermédiaire, septembre-octobre 1639. Voici une autre minute, la XXXIIIe à Mersenne, entre deux lettres du 16 octobre et du 25 décembre 1639, nos 26 et 27 de La Hire : il y a place, en effet, entre ces deux dates pour une autre lettre, écrite sans doute en novembre ; l’original en aura été perdu, et nous devons nous féliciter que Clerselier nous en ait au moins conservé la minute. De même pour la lettre XXXVIII, entre celles du 11 mars et du 11 juin 1640, nos 29 et 30 de La Hire ; et de même encore pour la lettre XXVIIe entre XXVI et XXVIII, toutes deux de juin 1639. On voit les services que peut rendre, non seulement pour le texte des lettres, mais pour les dates elles-mêmes, l’édition de Clerselier, lorsqu’on la suit avec prudence et qu’on en contrôle les données. Quatorze dates fixes que l’on connaît maintenant, grâce aux originaux, servent ici comme de jalons : en allant de l’un à l’autre, et ralliant tout ce qu’on rencontre en chemin, on donne une place à peu près certaine à vingt-et-une autres lettres.

Reste la série D (XCIX à CXVIII, plus trois fragments), où Clerselier a rejeté un peu pêle-mêle tout ce qui l’embarrassait. En voici le tableau, avec quelques-unes des indications qu’on peut maintenant y joindre.

CLERS. DATES. LA HIRE.
XCIX [Août 1638]
C ?
CI [Août 1638
CII 19 mai 1635
CIII [Automne 1635] [25 novembre 1630] [ Été 1632]
CIV 15 avril 1630 5
CV 18 décembre 1629 [Janvier 1630] 3
CVI 15 mai 1634 8
CVII 20 octobre 1642 46
CVIII 23 février 1643 51
30 mai 1643 55
CIX 7 décembre 1642 48
2 février 1643 50
CLERS. DATES. LA HIRE.
CX 25 février 1630 [4 et 18 mars 1630]
CXI [Mars 1636]
CXII 8 octobre 1629 7 septembre 1646 63
CXIII [5 octobre 1646
CXIV [27 mai 1647]
CXV [Février 1643] [Avril 1643]
CXVI 23 mars 1643 52
26 avril 1643 54
CXVII ?
CXVIII ?
Frag. 1
Frag. 2
Frag. 3 [12 novembre 1640]

La confusion est d’autant plus grande qu’à plusieurs reprises, jusqu’à huit fois (CIII, CV, CVIII, CIX, CX, CXII, CXV et CXVI) deux lettres se trouvent cousues l’une à l’autre, comme on a pu s’en assurer, pour la plupart, en les comparant aux originaux.

Pour débrouiller maintenant ce chaos, faisons d’abord deux parts, celle de Mersenne et celle des autres correspondants.

Les lettres à Mersenne se classent assez bien en deux petites séries, enchevêtrées d’ailleurs l’une dans l’autre, la première de 1629 à 1636, la seconde de 1642 à 1643. La seconde s’établit sans peine avec les numéros de La Hire.

CLERS. DATES.
CXII 8 octobre 1629
CV 18 décembre 1629 Janvier 1630
CX 25 février 1630 Mars 1630
CIV 15 avril 1630
CVI 15 mai 1634
CXI Mars 1636
LA HIRE. DATES. CLERS.
46 20 octobre 1642 CVII
48 7 décembre 1642 CIX
50 2 février 1643
51 23 février 1643 CVIII
52 23 mars 1643 CXVI
54 26 avril 1643
55 30 mai 1643 CVIII

Les numéros 47, 49 et 53, dont les minutes manquent ici, ne sont pas perdus pour cela : la minute du n° 47, qui est du 17 novembre 1642, forme la lettre CXIII du troisième volume ; quant aux numéros 49 et 53, du 4 janvier et du 26 avril 1643, Clerselier n’en a pas eu la minute ; mais l’original existe encore, et il a été récemment retrouvé et publié par M. Paul Tannery.

Il nous reste 10 lettres, plus 3 fragments, à d’autres que Mersenne (XCIX, C, CI, CIl, CIII, CXIII, CXIV, CXV, CXVII et CXVIII). Une d’elles, CII, est sûrement à Golius, du 9-19 mai 1635 ; l’autographe existe encore. Trois sont sûrement à Constantin Huygens (CI, CXIII et CXV) ; car ce sont trois réponses à des lettres de celui-ci que l’on connaît maintenant ; et peut-être en est-il de même des lettres C et CXIV, qui se trouvent si voisines des précédentes. Un des trois fragments, le dernier, est aussi une lettre à Huygens, du 12 novembre 1640, et peut-être avec lui les deux autres, ou au moins l’un des deux. La lettre XCIX paraît adressée à Plempius. Nous n’aurions donc que les lettres CIII (où il y en a probablement jusqu’à trois en une seule), CXVII et CXVIII, plus un fragment ou deux, sans date comme sans nom de destinataire.

Tel est le bilan de ce second volume, si précieux pour nous à cause des deux séries C et B du milieu, LXI-XCVIII et XXV-LX, qui forment ensemble un tout, non pas complet, sans doute, mais cependant compact et solide, dont les éléments se suivent bien et se tiennent. La série A, quoique moins bien ordonnée, se compose encore de parties dont on peut déterminer la destination et la date. Enfin quoique la série D soit la plus défectueuse des quatre, et n’offre d’abord que confusion et obscurité, nous avons vu qu’il n’était pas tout à fait impossible de s’y reconnaître.

Volume III.

Le troisième volume parut tard, en 1667, dix ans après le premier. Il se compose, pour la majeure partie, de questions scientifiques : Clerselier en prévient le lecteur avec ce titre explicite : Lettres de Mr Descartes, où il répond à pluſieurs difficultez qui luy ont eſté propoſées sur la Dioptrique, la Geometrie, & ſur plusieurs autres ſujets.

La Préface de ce troisième volume (écrite en 1666, puisque l’achevé d’imprimer est du 7 septembre 1666), est à rapprocher de celle que Clerselier avait déjà mise deux ans plus tôt en tête du Traité de l’Homme, 1664. Toutes deux sont nettement apologétiques. La philosophie de Descartes, sinon sa personne même, était attaquée : Clerselier les défend. En 1664, il proteste contre le reproche d’irréligion et publie la traduction de deux passages de St Augustin, les mêmes qu’Arnaud avait déjà allégués en 1658, pour montrer la conformité des doctrines du philosophe avec ce Père de l’Église. Clerselier était d’autant plus sensible au reproche, qu’il avait à cœur de témoigner lui-même, par sa conduite comme par ses écrits, qu’on peut être à la fois bon chrétien et bon cartésien ; c’est l’hommage qu’on lui rendit après sa mort, en 1684. Mais en 1666 Rome mit à l’index les livres de Descartes, et les Jésuites n’avaient pas été étrangers à cette condamnation ; déjà, le 7 septembre 1662, des thèses cartésiennes avaient été censurées par la Faculté de Théologie de Louvain, à l’instigation des Jésuites. Clerselier pensa donc qu’il ne devait plus garder les lettres échangées entre le philosophe et les RR. PP., et, pour mettre le public au fait, il imprima la dispute de Descartes et du P. Bourdin, laquelle est purement scientifique. Il jugeait habile de montrer que, du vivant de Descartes, ce n’était pas la Société de Jésus tout entière qui s’était déclarée contre lui, mais un Père seulement, et au sujet de sa Dioptrique, non de sa Philosophie ; encore cette petite querelle s’était terminée assez vite par la réconciliation des deux adversaires, et pouvait passer pour un simple malentendu.

Elle était du même ordre que celle qu’avait suscitée Fermat en 1637-1638, et qui fut reprise, après la mort de Descartes, par Fermat encore, Cureau de la Chambre et Clerselier lui-même, de 1657 à 1662. Clerselier avait évité dans ses deux premiers volumes de rien publier qui eût rapport à une autre querelle entre Descartes et Roberval : il espérait toujours que celui-ci consentirait enfin à lui communiquer les originaux des lettres de Descartes à Mersenne, dont il s’était emparé à la mort du bon religieux, en septembre 1648. Mais Roberval s’y refusait obstinément, et Clerselier dut se contenter, pour cette partie de la correspondance comme pour tout le reste, de publier simplement les minutes. Au moins il voulut dégager sa responsabilité d’éditeur, et dénonça au public toute la conduite de Roberval en cette affaire. Puis, comme Roberval continuait d’attaquer Descartes mort, et en triomphait trop aisément, en tournant les faits à son avantage, Clerselier devait à la mémoire de son ami de rétablir la vérité, et il le fit en imprimant avec les lettres des deux adversaires une lettre de lui, datée du 13 juillet 1658, qui, pensait-il, terminerait le débat.

Le troisième volume se divise donc en plusieurs séries :

I-XXVIII. Démêlés avec les Jésuites. — XXIX-XXXV. Démêlés avec Hobbes. — XXXVI-LXXIV. Démêlés avec Fermat, Roberval, etc. — LXXV-LXXXIV. Lettres à Carcavi, à Elisabeth, à Schooten, etc. — LXXXV-XCVII. Nouveaux démêlés avec Roberval. — XCVIII-CXXV. Lettres diverses.

La première série, I-XXVIII, comprend d’abord la longue lettre apologétique de Descartes au Corps de Ville d’Utrecht ; il y est déjà question du P. Bourdin, mais surtout de Voetius et de Regius. Viennent ensuite 22 lettres, formant 27 numéros, II-XXVIII, parce que Clerselier donne pour 5 d’entre elles à la fois le texte latin et une version française, qu’il numérote séparément. Elles se partagent d’abord en deux petites séries, l’une de 8 lettres sur la querelle de Descartes et du P. Bourdin (1640-1642), l’autre de 9 lettres concernant l’envoi des Principes, et quelques objections sur ce livre, en 1644-1645. Les voici toutes deux :

CLERS. DATES.
II 22 juillet 1640
III-IV Id.
X-XI 29 juillet 1640
VII 30 août 1640
VIII-IX Id.
XII-XIII 28 octobre 1640
XIV 3 décembre 1640
XV-XVI 7 septembre 1642
CLERS. CORRESPONDANTS. DATES.
XVII A ***
XVIII Au P. [Vatier] 1644
XIX Au P. [Charlet] Oct
XX Au P. [Dinet]
XXI Au P. [Bourdin] 1644
XXII Au P. Charlet Déc. 1644
XXIII Au P. [Dinet] ou
XXIV Au P. [Bourdin] Janv.1645
XXV Au P. Mesland

Clerselier pouvait-il mieux faire que d’imprimer les minutes de ces lettres ? Nous avons aujourd’hui l’original de l’une d’elles, du 29 juillet 1640, et il est beaucoup plus complet que la minute ; on l’a retrouvé par hasard dans un livre qui venait du collège Louis-le-Grand, ancien collège de Clermont, où le P. Bourdin avait été professeur. Mais Clerselier en eût-il obtenu communication ? Lui qui cite si volontiers St Augustin, comme faisait Arnaud lui-même, ne paraissait-il pas un peu janséniste pour être en fort bons termes avec les Pères de la Compagnie de Jésus ? Il les ménage cependant : il adoucit les paroles d’aigreur du philosophe à leur égard ; il prend soin d’imprimer toujours les RR. PP. Iesuites, ou au moins les PP. Iesuites, alors que dans les autographes de Descartes on trouve simplement les Iesuites.

Quant à la série XVII-XXV, le P. Bourdin, réconcilié avec le philosophe, s’était chargé de faire parvenir à leurs adresses quelques exemplaires des Principes, et Descartes lui envoie, en même temps que la lettre XXI pour lui-même, les XIXe et XXe pour les Pères Charlet et Dinet. Puis ces deux Pères ayant remercié leur ancien élève, Descartes leur écrit de nouveau (lettres XXII et XXIII), toujours par l’intermédiaire du P. Bourdin (lettre XXIV). — Quant aux deux premières lettres, XVII et XVIII, l’une est à un Jésuite inconnu, l’autre sans doute au P. Vatier. Enfin la dernière, lettre XXV, est au P. Mesland. Celle-ci ne devrait pas être seule : car Descartes avait écrit au moins deux autres lettres au même Père, et des copies en circulaient un peu partout (on en trouve plusieurs dans les Bibliothèques de Paris et de la province). Mais le philosophe y expliquait à sa manière la transsubstantiation dans le sacrement de l’Eucharistie, et Clerselier, pris de scrupule, avait consulté là-dessus l’archevêque de Paris, qui le dissuada de les publier ; quarante ans plus tard, en 1701, Bossuet s’opposa encore à la publication, et les deux lettres ne parurent qu’en 1811 par les soins d’un prêtre moins timoré, l’abbé Emery.

Outre ces deux petites séries de 8 et de 9 lettres, Clerselier donne, comme entre parenthèses, les lettres V et VI qui semblent adressées au P. Noël, et les lettres XXVI, XXVII et XXVIII indépendantes entre elles, la première, de l’année 1637, sans doute au P. Noël encore, la deuxième on ne sait à qui, et la troisième, du 22 décembre 1641, à Mersenne, toujours sur les Jésuites.

La série qui vient ensuite (démêlés de Descartes et de Hobbes) comprend 7 numéros, mais seulement 4 lettres, XXIX et XXX ne comptant que pour une, parce que le texte latin est suivi de la version française, et de même XXXI et XXXII, XXXIII et XXXIV. Ces 3 lettres se datent facilement, bien qu’il y manque les premières objections de Hobbes ; on a seulement la réponse de Descartes (XXIX et XXX), une réplique de Hobbes (XXXI et XXXII), datée de Paris, 7 février 1641, puis la seconde réponse de Descartes (XXXIII et XXXIV). Mais la série finit mal : le dernier numéro (XXXV) contient deux lettres dont l’une est une nouvelle riposte de Descartes à la réplique du 7 février, riposte incomplète d’ailleurs, par la faute de Roberval qui en avait une copie entière, et n’a pas voulu la communiquer. Vient ensuite, dans le même numéro XXXV, la version française (sans le texte latin) d’une dernière réponse de Descartes, que Clerselier aurait pu imprimer à part, avec une date approximative, s’il avait consulté le recueil des Lettres manuscrites à Mersenne, réunies en trois volumes par le P. Hilarion de Coste, (maintenant à la Bibliothèque nationale, fr. n. a., 6204-5-6). Clerselier aurait trouvé en tête du troisième volume les objections de Hobbes auxquelles Descartes répond dans cette dernière lettre, et elles sont datées de Paris, 30 mars 1641.

Les numéros XXXIV à LXXIV (en tout 39 lettres) se rapportent aux démêlés de Descartes avec les mathématiciens de France, Fermat et Roberval en particulier, sauf 12 numéros (XLIII à LIV) qui forment une parenthèse vers le milieu de la série, et qui sont d’une date postérieure, la querelle ayant été ranimée, après la mort de Descartes, entre Clerselier luimême, Rohault, Fermat et Cureau de la Chambre, les années 1657, 1658 et 1662. Cette parenthèse ôtée, on a 27 lettres des années 1637, 1638 et 1639, numéros XXXVI à XLII et LV à LXXIV, qui forment une série assez régulière. L’ordre chronologique se trouve bien interverti çà et là pour certaines lettres ; mais on peut le rétablir avec la liste de La Hire.

LA HIRE. DATES. CLERSELIER.
10 31 mars 1638 LXIX
11 [1638] LIX et LXXIV
12 3 mai 1638 LX
14 27 mai 1638 LXVIII
13 [29 juin 1638] LXII
16 27 juillet 1638 LXVI
19 23 août 1638 LXV et LXX

On voit que l’ordre des minutes est loin d’être celui des originaux, lequel est lui-même ici défectueux. On voit surtout qu’à deux reprises des minutes publiées par Clerselier séparément (LIX et LXXIV, LXV et LXX) appartiennent à une seule et même lettre, n° 11 et n° 19. Quant aux nos 15, 17 et 18, dont les minutes manquent ici, elles se retrouvent ailleurs, au premier volume (LXXIII et LXXIV) et au second (XCI). Par contre, que de minutes cette série nous donne dont nous n’aurions pas les originaux ! les lettres XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XXXIX, XL, XLI, XLII, puis LV, LVI, LVII, LVIII, LXI, LXIII, LXIV, LXVII, LXXI, LXXII et LXXIII. On n’en compte pas moins de 18, relatives aux mêmes débats, sauf une ou deux, LXXI et LXXII, à Beaune et à Zuylichem (?) ; cette dernière annonce une autre querelle, cette fois en Hollande, entre les mathématiciens Stampioen et Waessenaer, celui-ci soutenu par Descartes.

Avant de retrouver une semblable série, qui forme un tout presque complet, nous rencontrons d’abord quatre lettres échangées entre Descartes et Carcavi (LXXV-LXXVIII), toutes quatre fixement datées (11 juin, 9 juillet, 17 août, 24 septembre 1649) ; il y manque au moins une réponse de Descartes, en date du 6 novembre, dont il n’avait sans doute pas conservé la minute. Puis viennent six lettres de mathématiques (LXXIX-LXXXIV). La première (LXXIX) paraît s’adresser à quelqu’un d’Utrecht. Quant aux deux suivantes (LXXX et LXXXI), adressées à Elisabeth, le sujet dont elles traitent (problème des quatre cercles) les a fait reléguer ici, parmi les lettres de mathématiques, loin des lettres de morale à cette princesse, qui se trouvent au premier volume. La LXXXIIe s’adresse à Schooten ; la LXXXIIIe, du 18 décembre 1648, à un mathématicien de France ; enfin la LXXXIVe, du 30 avril 1639, à Mersenne.

Mais les 13 lettres qui suivent (LXXXV-XCVII) nous donnent une série nouvelle : c’est encore une dispute entre Descartes et Roberval, avec Cavendish comme intermédiaire. À vrai dire, elle ne devrait comprendre que 12 lettres : la dernière (XCVII) a été supposée, après coup, par Clerselier lui-même, qui avertit le lecteur, et donne la vraie date, 13 juillet 1658. L’ordre chronologique est un peu troublé ; mais on le rétablit sans peine avec la liste de La Hire. Voici le tableau comparatif des minutes et des originaux :

LA HIRE. DATES. CLERSELIER.
56 2 mars 1646 LXXXV
57 30 mars 1646 LXXXVI
58 20 avril 1646 XCIII
59 20 avril 1646 XCIV
60 20 avril 1646 XCV
61 15 mai 1646 XC
62 15 juin 1646 LXXXVIII et XCIX fin
66 2 nov. 1646 XCVI

On n’a pas l’original de 56, 58, 60, 62 et 66. Mais nous avons, en outre, 3 originaux (nos 63, 64 et 65) de La Hire, dont Clerselier n’a pas eu les minutes : ce sont des lettres à Mersenne, du 7 septembre, 5 et 12 octobre ; de même pour trois autres numéros encore (67, 68 et 71), du 2 et du 23 novembre 1646, et du 26 avril 1647. Par contre, Clerselier nous donne plusieurs minutes dont les originaux manquaient déjà de son temps : ce sont les lettres LXXXVII, LXXXIX, XCI et XCII. Ainsi à quatre reprises la série des minutes complète celle des originaux ; et six fois le texte des originaux complète la série des minutes.

Les 28 lettres qui restent (XCVIII-CXXV inclus) sont dans un désordre à peu près inextricable, si l’on en excepte les 5 premières (XCVIII-CII), entre Descartes et Ferrier, dont 4 sont datées (18 juin, 8 et 26 octobre, 13 novembre 1629), la dernière (CII) étant de beaucoup postérieure. Mais à partir de la CIIIe jusqu’à la CXXVe (celle-ci, de Clerselier à La Forge, 4 décembre 1660, n’appartient pas à la correspondance de Descartes), on a bien de la peine à se reconnaître. Mettons d’abord à part une lettre à l’abbé Picot (CXV), du 17 février 1645, une lettre de Schooten (CXVI), 10 mars 1649, et la réponse de Descartes (CXVII), 9 avril ; nous avons encore 19 lettres, dont 8 adressées à Mersenne (ou plutôt 7, les numéros CXXI et CXXII n’en donnant qu’une, texte latin et version française), et les 11 autres à des correspondants divers.

Sur les 7 lettres à Mersenne, il y en a 4, dont nous avons les autographes : CIX, CXIII, CXIV (18 mars et 17 novembre 1641, 19 janvier 1642), et CXVIII. sans date (elle paraît être de 1648). Restent donc les minutes CV (de l’année 1642), CXXI et CXXII (objections, en latin et en français, envoyées à Mersenne pour Descartes, le 19 mai 1641), et CXXIII (réponse de Descartes).

Quant aux 11 lettres à des correspondants divers, 4 pour le moins sont adressées à Constantin Huygens ; car ce sont des questions ou des réponses à 4 lettres de celui-ci, dont on a la copie et la date. Ainsi une lettre de Huygens du 14 août est une réponse à la lettre CVII, et Descartes y répond lui-même par la lettre CVIII ; une autre lettre de Huygens, du 6 juin 1643, est une réponse à la lettre CXII ; enfin la lettre CXX est encore de Descartes à Huygens, sans doute du 13 octobre 1642.

Le numéro CXIX comprend une lettre à Le Leu de Wilhem (on en a l’autographe, daté du 15 juin 1646), plus un fragment d’une autre lettre à Cavendish (LXXXVIII), écrite le même jour, ce qui explique que les deux minutes se soient trouvées ensemble.

Une autre lettre, la CXIe, sans doute à Renery, est datée du 2 juin 1631.

On est à peu près sûr de la date des lettres CVI et CXXIV (8 avril 1642, avril 1648), bien qu’on ne sache pas au juste à qui elles sont adressées ; le doute subsiste pour CIII qui paraît comprendre deux lettres différentes.

Pour les deux lettres CIV et CX (peut-être à Huygens), l’énigme n’est pas encore résolue (la dernière paraît être de janvier ou février 1648).

Telle est l’ancienne édition de Clerselier, si précieuse à tant d’égards, malgré son insuffisance d’ailleurs assez excusable. D’abord Clerselier désirait, pour l’honneur de Descartes et la gloire de sa philosophie, que ces trois volumes de lettres fussent lus, et il les a composés en conséquence : n’oubliant aucune catégorie de lecteurs, il publia d’abord un premier volume à l’usage des personnes du monde, le seul qui eût bientôt une seconde édition ; puis un deuxième volume pour les curieux de physique et de métaphysique, enfin le troisième pour les savants et en particulier les mathématiciens. En outre il se contenta de publier ce qu’il possédait des papiers de Descartes ; bornant là toute sa tâche, assez laborieuse encore, il ne se mit pas en peine de rassembler ce qui était dispersé en Hollande, en Suède peut-être, en Angleterre, en France même. Et il pouvait en cela se croire assez fidèle à la pensée du philosophe : car enfin on ne retrouvait dans les papiers de celui-ci que ce qu’il avait jugé digne d’être conservé, et tout le reste, qui manquait, lettres reçues ou lettres envoyées, n’avait sans doute pas grande importance à ses yeux. Si d’ailleurs les lettres que Clerselier a publiées, sont elles-mêmes trop sobres d’indications sur les événements du jour ou de détails sur les personnes, ces vétilles ne figuraient pas sans doute dans les minutes : n’était-ce pas assez de les écrire une fois dans la lettre à envoyer ? Puis ces défauts, auxquels notre curiosité historique n’est aujourd’hui que trop sensible, passaient inaperçus au xviie siècle, où l’on était surtout curieux des idées d’un philosophe. La preuve en est que plus tard, lorsque Baillet donnera une copieuse histoire de Descartes, sans faire grâce aux lecteurs de tant de menus faits, racontés avec une abondance dont on ne se plaindrait plus aujourd’hui, il se trouva, en 1691, des critiques pour lui reprocher de s’être attardé et appesanti sur des choses sans intérêt, et d’avoir inutilement ainsi surchargé son gros livre. Mais ce souci minutieux du réel, qui caractérise Baillet, nous est un sûr garant que l’édition nouvelle des Œuvres de Descartes, que préparait son collaborateur Jean-Baptiste Legrand, aurait mieux répondu aux exigences non pas de son temps, mais du nôtre, ainsi qu’on va le voir en examinant ce qui en a subsisté.

II.

PROJET D’ÉDITION DE LEGRAND

ET

COLLECTION DE LA HIRE

(1675-1704)

CLASSEMENT DE POIRIER ET ARBOGAST

(1793-1803)

L’insuffisance de l’édition Clerselier se fit sentir à la mort de Roberval, en 1675. Le P. Mersenne, avant de mourir (1er septembre 1648), lui avait confié le soin de faire imprimer ses Traités de la Dioptrique et de la Catoptrique ; Roberval put ainsi, comme exécuteur testamentaire, pénétrer dans la cellule du religieux : il en profita pour faire main basse sur les lettres de Descartes à Mersenne, et refusa toujours d’en donner communication. Mais « après sa mort (nous dit Baillet, » p. xxxiii de sa Préface, en 1691), le paquet des lettres de M. Descartes s’est trouvé, par un retour de bonne fortune, entre les mains de M. de La Hire, Professeur royal des Mathématiques, qui a cru devoir en faire un présent à l’Académie des Sciences. » La Hire eut d’abord la pensée, qu’approuva toute l’Académie, de publier ces lettres à part ; il en avait une trentaine d’inédites, et pour beaucoup d’autres les originaux auraient donné un texte plus complet que celui des minutes. Mais le projet d’une publication partielle fut bientôt abandonné pour un autre beaucoup plus vaste, celui d’une édition nouvelle de toutes les œuvres du philosophe.

Le dépositaire des papiers de Descartes, Clerselier, mourut le 13 avril 1684, avant d’avoir tout publié : outre les trois volumes de Lettres (1657-1667), plus un autre volume, L’Homme de René Descartes et la formation du fœtus, publié une première fois en 1664, puis une seconde fois avec le Monde ou Traité de la Lumière en 1677, il lui restait encore de quoi donner un volume, annoncé dans la préface de 1664, mais attendu vainement. Avant de mourir, Clerselier voulut assurer la publication de ce volume, et en chargea l’abbé Jean-Baptiste Legrand, à qui même il léguait pour les frais une somme de 500 livres. Legrand, au lieu de s’en tenir à ce dernier volume seulement, forma le projet d’une édition complète et se mit sans retard à l’œuvre : on trouve la date de 1684, écrite de sa main, en marge d’une des lettres communiquées par La Hire (Bibl. Nat. fr. n. a., 5160, f. 23). Legrand avait aussi hérité des nombreux mémoires de Clerselier sur Descartes, et il paraît même avoir commencé à écrire la vie du philosophe ; mais, sans doute afin d’être tout entier à son édition, il céda cette partie de sa tâche à l’abbé Adrien Baillet, en lui remettant tous ses papiers.

Baillet, qui donne la plupart de ces détails dans sa Préface, nous apprend aussi comment Legrand et lui entendaient leurs devoirs de biographe et d’éditeur : c’était d’une tout autre façon que Clerselier, et beaucoup plus satisfaisante. Ce que celui-ci, pour bien des raisons, avait négligé de faire, Baillet et Legrand le firent aussitôt sans rien épargner. Baillet écrivit aux parents de Descartes en Bretagne : ses deux frères étaient morts, M. de Kerleau vers 1660 et M. de Chavagne en 1680 ; mais leurs fils aînés, tous deux Conseillers au Parlement de Rennes et neveux du philosophe, ainsi que sa nièce, Catherine Descartes, firent les réponses les plus obligeantes. On leur doit sans doute les quelques fragments de lettres de famille, qu’on trouve çà et là dans l’ouvrage de Baillet. Presque tous les amis de Descartes étaient morts aussi : Baillet s’adressa donc à leurs fils, et il en donne une longue nomenclature : M. l’abbé Chanut, fils de l’ambassadeur, M. Clerselier des Noyers, fils de l’éditeur des Lettres, M. le Vasseur, Conseiller à la Grand’Chambre, fils du seigneur d’Etioles, qui était le parent, l’ami et l’hôte de Descartes avant sa retraite en Hollande, M. l’abbé Mydorge, Chanoine du Saint-Sépulcre à Paris, également fils d’un ami, et M. Hardy, Conseiller au Parlement, dont la famille ne comptait pas moins de trois amis du philosophe : son père, ancien Maître des Comptes, un cousin de son père, M. Hardy, Conseiller au Châtelet, et l’abbé Picot, son oncle maternel, etc. — Baillet recueillit en outre le témoignage de MM. Piques et Belin, qui se trouvaient, tout jeunes encore, à Stockholm, dans la maison même de Chanut, lorsque Descartes y mourut. Enfin l’abbé Nicaise écrivit pour lui à Auzout et à Leibniz, tous deux alors à Rome, puis, en Hollande, à Bayle, Le Clerc, Beauval, Witte et Grevius. Rien ne fut négligé pour avoir le plus de renseignements possible, et obtenir communication de toutes les lettres qui restaient.

Legrand, de son côté, avait réussi à recouvrer, pour compléter la correspondance de Descartes, « les lettres manuscrites de M.  Regius, la plupart de celles de Descartes à M. l’abbé Picot, à M. Clerselier, au sieur Tobie d’André, et à d’autres ; … quelques-unes de celles de la Princesse Palatine Elisabeth de Bohême, de M. Chanut, Ambassadeur de France en Suède, et de divers particuliers. » Outre ce témoignage de Baillet (p. xxii de sa Préface), nous avons une lettre de Legrand lui-même à Chouet, de Genève, 10 avril 1690, où on lit : « Je vous diray pour votre consolation, Monsieur, que tous les manuscrits de Mr Descartes qui n’ont point encore été imprimez sont en ma possession, outre 120 lettres que j’ay recueillies de diverses personnes. »

L’édition de Legrand, s’il l’eût achevée, eût donc été beaucoup plus complète que celle de Clerselier. La Bibliothèque de l’Institut possède un exemplaire des trois volumes de Lettres imprimées de 1657 à 1667, lequel paraît avoir servi à préparer cette édition nouvelle : de nombreuses notes sont écrites à la plupart des marges, des pages entières sont insérées, qui restituent le commencement, le milieu ou la fin de certaines lettres, et, quand il ne s’agit que de quelques lignes, elles se trouvent sur des bandes de papier collées aux endroits convenables. L’auteur, ou plutôt les auteurs de ces additions et corrections (car on y distingue plusieurs mains, dont celle de Legrand à coup sûr), ont noté soigneusement toutes les dates qu’ils retrouvaient ; ils ont ajouté, autant que possible, tous les passages qui manquaient, fût-ce une simple phrase, fût-ce même un mot ; l’ordre chronologique aurait donc été suivi, et le texte authentique rétabli scrupuleusement. Ce travail, entrepris sans doute dès 1684, peut-être même plus tôt, dura longtemps ; car l’édition nouvelle n’était pas prête encore, lorsque Legrand mourut en 1704. Mais il confiait le soin d’achever son œuvre à un Professeur de Philosophie au Collège des Grassins, du nom de Marmion, en lui laissant pour cela les 500 livres de Clerselier. Marmion mourut au commencement de janvier 1705, et on remit de sa part à la mère de Legrand la somme d’argent et aussi les livres et papiers qui devaient servir à l’édition. Toute cette histoire se trouve racontée dans les Nouvelles de la République des Lettres, au mois de juin 1705. On ne sait ce que sont devenus depuis lors les papiers de Legrand, notamment deux cahiers que l’exemplaire de l’Institut désigne ainsi : « le gros cahier » et « le nouveau cahier », en y renvoyant pour la justification des dates.

Deux documents subsistent toutefois de ce travail auquel ont collaboré trois ou quatre érudits. Ce sont d’abord les deux volumes de la Vie de Descartes, que donna Baillet en 1691, avec tant de pièces originales publiées presque à chaque page ; et c’est ensuite l’exemplaire des trois volumes de Lettres, que, presque à chaque page également, Legrand, profitant de la collection La Hire, et sans doute aussi Baillet et Marmion, ont enrichi de leurs notes. Examinons ces deux documents.

Baillet nous dit que Legrand avait recouvré les lettres manuscrites de Regius. Ces lettres lui furent communiquées pour la Vie de Descartes : on les trouve mainte fois citées, avec leurs dates précises, et d’assez nombreux fragments en ont été traduits en français. On peut donc, grâce à ces indications, reconstituer la liste chronologique des lettres de Regius (elle comprend 37 numéros), ce qui permet de dater à peu près les réponses de Descartes ; on peut en outre rétablir le sens général de cette correspondance, ce qui permet de mieux entendre ces mêmes réponses.

Legrand avait aussi entre les mains les lettres à l’abbé Picot. Baillet les cite, en effet, donnant la date en marge et parfois un fragment du texte. En rassemblant ces nouvelles indications, on peut restituer, non pas, certes, toute la correspondance avec Picot, ni même une faible partie, mais au moins la liste chronologique (elle compte 39 numéros), si utile pour le classement des lettres de Descartes, dont maint passage se trouve en outre expliqué par les extraits de Baillet.

Legrand avait quelques-unes des lettres de la princesse Elisabeth. Nous avons mieux aujourd’hui : la publication de Foucher de Careil en 1879 nous donne presque toute la correspondance d’Elisabeth avec Descartes. Mais une chose que nous n’aurions pas sans Legrand, c’est la liste des lettres de Chanut à Descartes, et le texte entier de quelques-unes, que Baillet a heureusement inséré dans son gros ouvrage. De même pour quelques lettres ou fragments de lettres à Clerselier, et « au sieur Tobie d’André », Professeur à l’Université de Groningue. Tout cela sans doute est incomplet, et souvent Baillet n’en donne qu’une traduction, que nous ne pouvons contrôler, faute du texte latin ; nous sommes bien forcés cependant de nous en contenter. En outre Baillet nous a transmis çà et là des documents de premier ordre, comme la requête de Descartes à Servien, ambassadeur de France en Hollande, en mai 1647, pour qu’il intervienne en sa faveur auprès de l’Université de Leyde. Tout n’est donc pas perdu de l’énorme labeur de Legrand, et à défaut de l’édition complète qu’il n’a pu nous donner, de bons matériaux en subsistent, qui ne seront pas la partie la moins solide de l’édition nouvelle.

Quant à l’exemplaire des Lettres de Descartes, enrichi des notes de Legrand, de Baillet et sans doute de Marmion, il a d’abord appartenu à Montempuis, Recteur de l’Université de Paris (10 octobre 1715 — 10 octobre 1717), dont les livres, légués à la Bibliothèque de cette Université, en constituèrent le premier fond : les trois volumes portent encore le cachet en noir de « Montempuis, Université de Paris ». De là ils passèrent à la Bibliothèque de l’Institut, lors de la fondation ; ils en portent aussi le cachet en rouge, qui date de la première République, et c’est dans cette Bibliothèque qu’on peut encore les consulter aujourd’hui.

Or l’exemplaire de l’Institut nous apprend que M. de La Hire avait fait un classement des lettres de Descartes à Mersenne. Baillet rappelait seulement dans sa Préface, p. xxxiv-xxxv, « les bontez particulières de M. de La Hire, qui a eu la patience », dit-il, « de vouloir lire ces lettres avec nous, de nous faire remarquer leurs différences d’avec celles qui sont imprimées, et de nous communiquer celles qui n’avoient pas encore vû le jour. » Et dans son ouvrage il cite mainte fois les lettres de Descartes à Mersenne, avec leurs dates, sans autre indication. Mais dans l’exemplaire de l’Institut, on trouve, outre les mêmes dates écrites à la main, des numéros pour la plupart d’entre elles, et l’indication est uniformément celle-ci : « voyez la 21e (ou la 35e, ou la 50e, etc.) de M. de La Hire. » Celui-ci avait donc non seulement classé les lettres à Mersenne suivant l’ordre chronologique, il les avait aussi numérotées. Et même le numérotage est double : une première fois, il commence par les lettres les plus récentes et remonte en sens contraire de l’ordre chronologique ; la seconde fois, il suit cet ordre, et va en descendant, comme il convient, à partir de la lettre la plus ancienne. Les autographes assez nombreux, qui nous restent de cette collection, portent, au bas de la première page et à gauche, un numéro qui est souvent celui du classement à rebours. Ainsi la lettre XV du t. III, p. 100, édit. Clerselier, est indiquée dans l’exemplaire de l’Institut comme « la 82e lettre ms. de M. de La Hire », et l’autographe de cette même lettre, qui se trouve aussi maintenant à la Bibliothèque de l’Institut porte à l’endroit indiqué le numéro 2. Mais souvent l’exemplaire de l’Institut donne à la fois les deux numéros de la façon suivante : le premier a été écrit d’abord, puis barré, et au-dessus on a récrit le second. Ainsi au t. II, p. 209, on trouve : « voyez la 72 de M. de la Hire » ; mais le 7 était d’abord un 1, que l’on a facilement changé en 7 avec un trait ; et ce numéro primitif, 12, est bien celui qu’on lit encore au bas de la copie ms. à la Bibliothèque nationale (fr., n. a., 5160, f. 65). Ailleurs, au t. III, p. 157, le numéro 46, c’est-à-dire le numéro primitif, a été barré, et le numéro 38 récrit au-dessus ; or on retrouve sur l’autographe de la Bibl. Nat. ce numéro 46 (f. 23). Au t. III, p. 609, le numéro 39 a été barré, et 45 récrit à la place ; l’autographe du 19 janvier 1642, conservé à la Bibliothèque Victor Cousin, donne bien 39 c., etc. L’existence de ces deux listes, en sens inverse l’une de l’autre, permet de fixer le nombre des numéros : comme les deux numéros de chaque lettre donnent toujours, additionnés ensemble, le total 84, il s’ensuit que la collection comprenait 83 pièces.

Si maintenant on dresse parallèlement deux listes de 83 numéros, en sens inverse l’une de l’autre, les deux numéros qui correspondent sont précisément ceux que l’on trouve écrits tous deux, mais l’un des deux barré, sur l’exemplaire de l’Institut. Le fait peut se vérifier une trentaine de fois, soit sur l’exemplaire seul, lorsqu’il donne le double numérotage, soit en le confrontant avec les autographes qu’on possède encore. Cependant le numérotage à rebours ne paraît pas avoir été suivi d’un bout à l’autre de la série : on ne le trouve que pour la seconde moitié environ, plus exactement à partir du numéro 48 (chiffre primitif) remplacé par 36 suivant l’ordre naturel. Ajoutons enfin que sur les autographes, mais non dans l’exemplaire imprimé, le chiffre primitif, celui du classement à rebours, est ordinairement suivi de la lettre c : par exemple, 48c (Bibl. Victor Cousin, n° 17 ), 46 c (Bibl. Nat., fr. n. a., 5160, f. 23), 35 c (Bibl. de l’Institut, Ier dossier, lettre 3e). Il semble donc qu’on se soit arrêté au milieu de ce numérotage à rebours, assez étrange, en effet, et que pour la première moitié qui restait, on ait repris l’ordre naturel. Ainsi, dans l’exemplaire de l’Institut, jusqu’au numéro 36, on ne trouve qu’un numéro, qui est le bon, et non pas deux, dont l’un serait barré. Et, d’autre part, dans le cahier d’autographes et de copies manuscrites, maintenant rentré à notre Bibl. Nat., si on range les différentes pièces suivant l’ordre chronologique, on trouve d’abord une série de lettres qui portent sur la première page, en bas et à gauche, les numéros 2, 13, 15, 16, 19, 18 (f. 43, 2, 4, 10, 15, 21), lesquels appartiennent au classement naturel ; puis une autre série avec les chiffres 46, 41, 1, 31, 27, 21, 19, 17, 16, 13 (fol. 23, 27, 49, 29, 31, 37, 39, 40, 42, 44), lesquels appartiennent au classement à rebours ; et les mêmes chiffres 13, 16 et 19 se retrouvent dans les deux séries, mais sans avoir le même sens : dans la seconde série ils doivent correspondre aux numéros 71, 68 et 65 du classement naturel. Ces détails vont se confirmer et se compléter par un autre document encore.

Le travail de Legrand ne fut utilisé par personne au xviiie siècle. En 1724-1725, lorsqu’on réimprima la correspondance de Descartes, on se contenta de répartir en six volumes in-12 les trois in-4 de Clerselier ; mais les lettres furent publiées dans le même ordre, sans même qu’on y mît toujours les quelques dates données par le premier éditeur ; pour tout changement, on ajouta la version française des lettres latines qui n’avaient pas été traduites, et aussi le texte latin pour celles dont on n’avait imprimé que la traduction. Mais on ne prit pas la peine de consulter les autographes déposés par La Hire à l’Académie des Sciences. Encore bien moins songea-t-on à profiter des notes écrites sur le précieux exemplaire des Lettres, dont peut-être l’existence n’était même pas soupçonnée.

À la fin du xviiie siècle, ou au commencement du xixe, une autre liste des mêmes lettres de La Hire fut dressée, qui, au lieu de 83 numéros, n’en comprend que 77, les lettres manuscrites étant réparties cette fois en autant de liasses que d’années, sauf les lettres sans date et quelques pièces rejetées dans deux liasses à la fin. De qui était ce nouveau classement ? La Bibliothèque nationale (Ms. français, 20843, fol. 122 et 123) possède une minute qui le donne en entier, et la minute est écrite de la main de dom Poirier. M. Léopold Delisle l’a publiée, p. 169-172, au Catalogue des fonds Libri et Barrois (Paris, 1888). D’autre part, la Bibliothèque nationale encore (Ms. fr., n. a., 3280, fol. 92-94) possède un fragment de la même liste, pour les années 1638 et 1639 seulement, qui va du numéro 6 au numéro 21 inclus, et donne la concordance avec les numéros de La Hire, ainsi qu’avec les lettres publiées par Clerselier ; cette pièce est de la main d’Arbogast. M. Paul Tannery, qui a signalé ce document (La Correspondance de Descartes dans les inédits du fonds Libri, étudiée pour l’histoire des mathématiques, Paris, Gauthier-Villars, 1893, p. 6), pense que les numéros de cette seconde liste, qui figurent sur bon nombre d’autographes, sont aussi de la main d’Arbogast. Cette dernière raison serait peut-être décisive pour attribuer le second classement à Arbogast : c’est lui qui a eu les originaux entre les mains, puisqu’il a écrit, en haut et à droite de la première page, un nouveau numéro, toujours entre parenthèse, tandis que le numéro ancien, celui de La Hire, se trouve au bas et à gauche, sans parenthèse. D’ailleurs la nouvelle liste, qu’elle soit de Poirier ou qu’elle soit d’Arbogast, date du même temps : dom Poirier, bénédictin de Saint-Maur, mourut le 2 février 1803, après avoir été gardien des Archives de l’Abbaye de Saint-Denis, puis de l’Abbaye de Saint-Germain-des- Prés, dont il reconstitua, tant bien que mal, la Bibliothèque, détruite par un incendie en août 1794 ; et le mathématicien Arbogast mourut le 8 avril 1803, après avoir été membre de la Convention (c’est alors sans doute qu’il s’occupa des manuscrits conservés aux Archives de l’Académie des Sciences). Voici maintenant un tableau qui donne à la fois la liste de La Hire et celle de Poirier ou d’Arbogast, avec les dates, toujours concordantes, fournies par l’une et par l’autre, et le renvoi aux lettres de Clerselier et même aux manuscrits. Les numéros de ceux-ci, ainsi que les notes des Lettres dans l’exemplaire de l’Institut, serviront de vérification aux deux listes placées en regard.

LA HIRE POIRIER DATES CLERS. AUTOG. OU COPIES MS.
1629-1633
1
2 [13 nov. 1629] Bibl. Nat., 5160, f. 48
3 (1) 18 déc. 1629 II, cv, et I, cxi Bibl. Institut
4 fin.
5 (2) 15 avril 1630 II, civ Bibl. Institut
6 janv. ou oct. 1631 II, lxvi Bibl. Nat., 5160, f. 46 et 47
7 (3) 22 juillet 1633 II, lxxv
1634
8 (4) 15 mai II, cvi Bibl. Institut
9 (5) 14 août II, lxxvii Bibl. V. Cousin, n° 10
1638
9sec (13) [janvier] III, lvi Bibl. Nat., 5160, f. 53, copie
10 (6) 31 mars III, lxix Londres, collection Morrison
102e  id. id. Bibl. Nat. 5160, f. 52, copie
11 (14) [avril ou juin] III, lix-lxxiv Bibl. Institut, 1er dossier, 2
12 (7) 3 mai III, lx Bibl. V. Cousin, n° 2
13 [29 juin] III, lxii Bibl. Nat., 5160, f. 2 et 3
14 (8) 27 mai III, lxviii
15 (76) [13 juillet] I, lxxiii Bibl. Nat. 5160, f. 4
16 (9) 27 juillet III, lxvi Bibl. Nat. 5160, f. 10
17 (11) 12 septembre  I, lxxiv Bibl. Institut, 2e dossier, 3
18 [11 octobre] II, xci Bibl. Nat., 5160, f. 21
19 (10) 23 août III, lxv et lxx Bibl. Nat., 5160, f. 15
20 (12) 15 novembre II, xcii
LA HIRE POIRIER DATES CLERS. AUTOG. OU COPIES MS.
1639
21 (15) 9 janvier II, xcvi Bibl. V. Cousin, n° 11
22 (16) 9 février II, xcvii Bibl. V. Cousin, n°3
23 (17) 30 avril III, lxxxiv Rome, Boncompagni, copie
24 (18) 19 juin II, xxviii-ix Bibl. V. Cousin, n° 15
25 (19) 27 août II, xxx Bibl. Institut, 2° dossier, 2
26 (20) 16 octobre II, xxxii Bibl. V. Cousin, n° 4
27 (21) 25 décembre II, xxxiv Rome, Boncompagni, copie
1640
28 (22) 29 janvier II, xxxv Fac-simile, Isographie.
29 (23) 11 mars II, xxxvii
30 (24) 11 juin II, xxxix Bibl. Institut, 3° dossier, 2
31 (25) 30 juillet II, xl
32 (26) 6 août II, xli Bibl. V. Cousin, n° 18
33 (27) 30 août III, vii
34 (28) 15 septembre II, xlii Bibl. V. Cousin, n° 5
35 (29) 30 septembre II, xliii Bibl. Institut, 3e dossier, 1
36 (30) 28 octobre III, xii Bibl. V. Cousin, n° 17
37 (31) 28 octobre II, xliv
1641
38 (32) 4 mars III, xxxv Bibl. Nat., 5160, f. 23
39 (33) 18 mars III, cix Bibl. V. Cousin, n" 6
40 (34) 31 mars Bibl. Institut, 2e dossier, 4
41 (35) 27 mai
42 (36) 16 juin II, liv
43 (37) 23 juin Bibl. Nat., 5160, f. 27
44 (38) 17 novembre II, lviii Bibl. V. Cousin, n° 7
1642
45 (39) 19 janvier III, cxiv Bibl. V. Cousin, n° 13
46 (40) 20 octobre II, cvii Bibl. V. Cousin, n° 16
47 (41) 17 novembre III, cxiii Rome, Boncompagni, copie
48 (42) 7 décembre II, cix Rome, Boncompagni, copie
LA HIRE POIRIER DATES CLERS. AUTOG. OU COPIES MS.
1643
49 (43) 4 janvier Bibl. Institut, 1e dossier, 3
50 (44) 2 février II, cix, fin Rome, Boncompagni, copie
51 (45) 23 février II, cviii Rome, Boncompagni, copie
52 (46) 23 mars II, cxvi Bibl. Institut, 1e dossier, 4
53 (47) 26 avril Bibl. Nat., 5160, f. 29
54 (75) 4 et 26 avril II, cxvi Bibl. Nat., 5160, f. 61, copie
55 (48) 30 mai II, cviii, fin Rome, Boncompagni, copie
1646
56 (49) 2 mars III, lxxxv
57 (71) 30 mars III, lxxxvi Bibl. Nat., 5160, f. 31
58 (50) 20 avril III, xciii
59 (51) 20 avril III, xciv Bibl. Nat., 5160, f. 35, copie
60 (52) 20 avril II, xcv
61 (72) 15 mai III, xc Bibl. Institut
62 (73) 15 juin III, lxxxviii et cxix
63 (53) 7 septembre II, cxii, fin Bibl. Nat., 5160, f. 37
64 (54) 5 octobre Bibl. V. Cousin, n° 12
65 (55) 12 octobre Bibl. Nat., 5160, f. 39
66 (57) 2 novembre III, xcvi
67 (56) 2 novembre Bibl. Nat., 5160, f. 40
68 (58) 23 novembre Bibl. Nat., 5160, f. 42
69 (59) 14 décembre

Pour les numéros qui suivent, la concordance des deux listes La Hire et Poirier étant malaisée à établir, il convient de donner successivement deux tableaux, l’un qui s’appuie sur la liste Poirier, (60) à (77) inclus, et le second sur la liste La Hire, 70 à 83 inclus, avec toutes les identifications qui seront possibles :

POIRIER LA HIRE DATES CLERS. AUTOG. OU COPIES MS.
1647
(60) 71 26 avril Bibl. Nat., 5160, f. 44
(61) 13 décembre
1648
(62) 31 janvier Bibl. Ville de Nantes
(63) 7 février Bibl. V. Cousin, n° 9
(64) 74 4 avril Bibl. Institut, 1er dossier, 5
(65) 73 III, cxviii Bibl. Institut
1641-1642-1647
(66) [18 février 1641] III, xxxiii
(67) [21 janvier 1641] III, xxix Rome, Boncompagni, copie
(68) 82 [13 octobre 1642] III, xv Bibl. Institut, 1er dossier, 1
(69) 83 [22 déc. 1641] Bibl. Nat., 5160, f. 49
(70) 1647 (?)
1646 (à Cavendish) a
(71) 57 30 mars III, lxxxvi Bibl. Nat., 5160, f. 31
(72) 61 15 mai III, xc Bibl. Institut
(73) 62 15 juin III, lxxxviii
1638-1640-1643
(74) 1639-1640
(75) 54 [4 et 26 avril 1643] II, cxvi, fin Bibl. Nat., 5160, f. 61, copie
(76) 15 [13 juillet 1638] I, lxxiii Bibl. Nat., 5160, f. 4
(77) 72 29 janvier 1640 II, xxxvi Bibl. Nat., 5160, f. 65, copie

Nous avons donc les 77 numéros de la liste Poirier-Arbogast, soit comme imprimé, soit comme manuscrit, soit comme l’un et l’autre en même temps, sauf 5 numéros seulement :

(35) Lettre à Mersenne, 27 mai 1641.

(59) — — 14 déc. 1646.

      (61) Lettre à Mersenne, 13 déc. 1647.

      (70)                  s. d. 1647 (?)

      (74) Sujet d’une gageure, en 1639, entre deux mathématiciens de Hollande : Écriture de Descartes.

Voici la seconde liste, dressée en s’appuyant sur La Hire :

LA HIRE. POIRIER. DATES. CLERS. AUTOG. OU COPIES MS.
70
71 (60) 26 avril 1647 Bibl. Nat., 5160, f. 44
72 (77) 29 janvier 1640 II, xxxvi Bibl. Nat. 5160, f. 65, copie
73 (65) 1648 III, cxviii Bibl. Institut
74 (64) 4 avril 1648 Bibl. Institut, 1er dossier, 5
75
76
77
78 30 juillet 1640 II, xl, 240 Bibl. Institut, 1er dossier, 6
79
80
81
82 (68) [13 octobre 1642] III, xv Bibl. Institut, 1er dossier, 1
83 (69) [22 déc. 1641] Bibl. Nat., 5160, f. 49

En résumé, la liste de Poirier, avec ses 77 numéros, semble en avoir 6 de moins que la liste de La Hire, qui en compte 83 ; en réalité elle en a 8 de moins, La Hire comptant deux fois les numéros 9 et 10 (92e et 102e). Or les tableaux précédents nous donnent justement 8 numéros de La Hire, qui n'ont point été classés par Poirier : ce sont 1, 2, 4, 6, 102e, 13, 18 et 78. Donc tous les autres, sans exception, doivent correspondre aux 77 de Poirier ; et la correspondance est établie, en effet, pour 70 numéros. Il ne reste de la liste Poirier que 7 numéros (61), (62), (63), (66), (67), (70) et (74), qui ne soient point identifiés. Il en reste pareillement 7 de la liste La Hire, dont on ne peut dire qu’une chose, c’est qu’ils correspondent aux précédents, sans qu’on puisse identifier chacun d’eux en particulier. Or sur les 7 de Poirier, 4 nous sont connus, (62) et (63), dont nous avons les autographes, et (66) et (67) dont Clerselier donne le texte, avec cette note sur l’exemplaire de l’Institut, qu’ils faisaient partie de la collection La Hire. Il n’en reste donc que 3 : (61), (70) et (74), que nous ne connaissions point. Ajoutons-y (35) et (59), qui correspondent à 41 et 69 de La Hire ; ajoutons-y enfin 1 et 4 de La Hire, que Poirier n’a pas classés, et il ne nous manque, pour les deux listes réunies, que les 7 pièces suivantes :

LA HIRE. DATES. POIRIER.
1
4
41 27 mai 1641 (35)
69 14 décembre 1646 (59)
13 décembre 1647 (61)
1647 (?) (70)
(74)

Les 7 pièces ci-dessus nous manquent totalement, c’est-à-dire que nous n’en avons ni imprimé, ni autographe, ni copie manuscrite. Du moins il semble impossible d’en identifier aucune avec une des lettres imprimées. Mais, en outre, il y a 23 autres pièces, dont on ne peut pas dire qu’elles nous manquent tout à fait, puisque Clerselier nous en donne le texte imprimé d’après la minute, et pour 9 de ces pièces, nous possédons, soit un fac-simile, soit une copie ancienne ; toutefois l’autographe est à retrouver, et c’est pourquoi nous en donnons ici le signalement :

LA HIRE. POIRIER. DATES. CLERSELIER.
7 (3) 22 juillet 1633 II, lxxv
14 (8) 27 mai 1638 III, lxviii
20 (12) 15 novembre 1638 II, xcii
23 (17) 30 avril 1639 III, lxxxiv
27 (21) 25 décembre 1639 II, xxxiv
28 (22) 29 janvier 1640 II, xxxv
29 (23) 11 mars 1640 II, xxxvii
31 (25) 30 juillet 1640 II, xl
33 (27) 30 août 1640 III, vii
37 (31) 28 octobre 1640 II, xliv
42 (36) 16 juin 1641 II, liv
47 (41) 17 novembre 1642 III, cxiii
48 (42) 7 décembre 1642 II, cix
50 (44) 2 février 1643 II, cix, fin
51 (45) 23 février 1643 II, cviii
55 (48) 30 mai 1643 II, cviii, fin
56 (49) 2 mars 1646 III, lxxxv
58 (50) 20 avril 1646 III, xciii
60 (52) 20 avril 1646 III, xcv
62 (73) 15 juin 1646 III, lxxxviii
66 (57) 2 novembre 1646 III, xcvi


Ajoutons (66) et (67) de Poirier, vraisemblablement du 18 février et du 21 janvier 1641, (Clerselier, III, xxxiii et xxix).

Somme toute, sur les 85 pièces de La Hire, dont 77 concordent avec celles de Poirier, il y en a 7 dont nous n’avons rien, pas même la minute imprimée, et 23 dont nous n’avons pas les originaux ; 55 seulement ont été retrouvées depuis la dispersion qui a suivi le vol de Libri dès 1839.


III.

ÉDITION VICTOR COUSIN.

(1824-1826.)


De 1824 à 1826 parut en 11 volumes in-8o (Paris, F.-G. Levrault) une édition nouvelle des Œuvres de Descartes, par Victor Cousin. La correspondance est répartie en 5 volumes, VI, VII, VIII, IX et X. Plus tard, à la fin de sa vie, Cousin jugeait sévèrement son œuvre : « Elle n’est pas digne de Descartes », écrivait-il en 1866 ; « j’étais trop jeune lorsque je l’entrepris. » Il avait de trente-deux à trente-quatre ans, et surtout il s’occupait d’autres travaux encore : traduction française des Œuvres de Platon, édition des Œuvres de Proclus, etc. Et puis, c’était moins une œuvre d’érudition que de propagande. Il voulait avant tout mettre au plus vite Descartes entre les mains des travailleurs, pour ranimer l’esprit philosophique en France ; et de fait, pendant ces trois quarts de siècle, c’est par l’édition Cousin que Descartes a été connu en France et à l’étranger ; c’est l’édition Cousin que citent tous les ouvrages des philosophes et des érudits. Enfin, à cette date de 1824-1826, elle pouvait passer pour une édition savante ; et avec les notes dont Cousin l’enrichit, grâce à l’exemplaire de l’Institut, elle parut bien supérieure, comme elle l’est en effet, à tout ce qu’on avait vu jusque-là.

Victor Cousin s’est donc servi, (et ce fut la grande nouveauté de son édition), de l’exemplaire de l’Institut, pour les Lettres de Descartes ; mais il s’en est servi timidement, comme d’un document dont il n’était pas sûr, n’en connaissant pas la provenance. Nous avons vu que le texte était amélioré et complété par des annotations écrites en marge, ou sur de petites bandes de papier, parfois même sur des feuilles entières insérées dans les volumes. Cousin reproduit ces annotations, mais au bas des pages, en italiques, et n’ose les incorporer dans le texte ; si bien que ce qui provenait des originaux de Descartes se trouve relégué dans des notes, comme un accessoire, tandis que les minutes incomplètes continuent de figurer en bonne place, occupant la majeure partie de chaque page. Encore ne reproduit-il pas toutes les annotations : comme il n’y voit que des variantes, dont l’origine lui est inconnue, il fait un choix parmi elles, choix nécessairement arbitraire ; du moins il en avertit loyalement le lecteur.

Quant à l’ordre même de la correspondance, Cousin se propose de rétablir la chronologie, et il range, en effet, les lettres année par année. Mais là encore il n’ose pas suivre jusqu’au bout les indications de l’exemplaire de l’Institut. Par exemple, la lettre CIII, t. III, p. 584, est notée comme une juxtaposition de deux lettres, peut-être même trois : Cousin reproduit la note, mais donne quand même les trois morceaux tout d’une venue, sans les séparer, t. VI, p. 47-53. Il imprime de même, t. VI, p. 53, comme une seule lettre, la CXIIe de Clerselier, t. II, p. 529, bien qu’une note l’avertît qu’il y avait là deux morceaux différents, le second du 7 septembre 1646 : Cousin le laisse néanmoins avec le précédent, qui est du 8 octobre 1629. Ce n’est que demi-mal, lorsque les deux lettres réunies en une sont réellement consécutives, comme pour la CXIe de Clerselier, t. I, p. 498, que Cousin imprime au t. VI, p. 61 : la première partie est une lettre du 20 novembre 1629, et la seconde appartient à une lettre suivante, du 18 décembre 1629 ; encore vaudrait-il mieux qu’elles fussent séparées. Mais parfois dans la même année, 1634, par exemple, où l’on ne trouve que 6 lettres (février, avril, 15 mai, 14 et 22 août, septembre), Cousin, au lieu de les imprimer dans cet ordre, qu’il connaissait cependant, puisqu’il le donne en note, imprime celle du 14 août (t. VI, p. 247) avant celle du 15 mai (ib., p. 257), c’est-à-dire la 9e de La Hire avant la 8e ; de plus il maintient le fragment de février 1634 cousu à une lettre de mai 1637, bien qu’il reproduise la note qui signale la distinction de ces deux morceaux. Ailleurs la 24e de La Hire, du 19 juin 1639, imprimée par Clerselier comme deux lettres différentes (XXVIII et XXIX, t. II, p. 171 et 174), l’est de même encore par Cousin (t. VIII, p. 128 et 132), et, qui pis est, la seconde moitié avant la première, bien qu’il reproduise la note qui signale cette transposition ainsi que l’unité des deux morceaux en une seule et même lettre. Enfin, par une singulière inadvertance, une lettre imprimée par Clerselier, la CVIIe, t. II, p. 503, ne se trouve pas dans l’édition Cousin ; en revanche, la série des douze lettres entre Clerselier, Fermat, Cureau de la Chambre, etc., de 1658 à 1662, au t. III, p. 198-298, se trouve deux fois dans l’édition Cousin, t. VI, p. 410, et t. X, p. 389.

Cette édition a fait loi pendant près de trois quarts de siècle. On a eu plus de confiance en elle que Cousin n’en avait lui-même dans les notes manuscrites qu’il reproduisait ; il ne suivait qu’avec hésitation son guide inconnu, et il a été suivi aveuglément. Combien il lui eût été facile cependant de s’assurer de la provenance de ces notes, et que de peine il eût épargné ainsi aux éditeurs à venir ! En consultant l’exemplaire de l’Institut, au lieu de s’arrêter au cachet de la première page, où il lisait ces mots : Université de Paris, Montempuis, ce qui ne le faisait pas remonter plus haut que la première moitié du xviiie siècle (Montempuis ayant été Recteur, du 10 octobre 1715 au 10 octobre 1717), que ne s’attachait-il plutôt à ce nom de La Hire, qui revenait à tant de pages, et que ne lisait-il la Préface de Baillet en 1691, où il aurait retrouvé ce même nom de La Hire, joint à celui de l’abbé Legrand ? Là il aurait vu que tous deux, La Hire et Legrand, ont eu entre les mains les originaux des lettres à Mersenne, déposées à l’Académie des Sciences. Et sans doute il eût cherché aux Archives de l’Académie cette collection La Hire, qui s’y trouvait encore au complet. Cette fois Cousin les aurait publiées, les sauvant ainsi du vol qui quinze ans plus tard allait les disperser un peu partout, et en rendre la reconstitution si malaisée aujourd’hui.

Le fameux Libri, en effet, abusant de ses fonctions officielles qui lui donnaient accès dans toutes les Bibliothèques publiques, les pilla indignement, surtout de 1841 à 1847, et il réussit à vendre à lord Ashburnham, en Angleterre, un lot considérable de manuscrits, où se trouvaient vingt-trois pièces de l’ancienne collection La Hire. Mais bien d’autres pièces avaient été vendues isolément les années précédentes dans des ventes particulières. Victor Cousin en racheta le plus qu’il put, de 1840 jusqu’à sa mort en 1867. M. Etienne Charavay a conservé la liste des autographes vendus par sa maison : presque tous ceux de Descartes se retrouvent dans la Bibliothèque Victor Cousin à la Sorbonne. Cousin amateur d’autographes supplée ainsi en partie aux lacunes de Cousin éditeur de Descartes ; on lui devait déjà une édition, imparfaite sans doute, bien que des plus utiles ; on lui doit en outre une collection inappréciable (17 lettres de Descartes, plus 1 copie qui date du xviie siècle).

Depuis, d’autres efforts ont contribué à reconstituer en grande partie l’ancienne collection de lettres à Mersenne. D’une part, M. Ludovic Lalanne recevait à la Bibliothèque de l’Institut, et sans doute aussi sollicitait de donateurs généreux les autographes de Descartes que ceux-ci se trouvaient avoir : 13 pièces sont ainsi rentrées à la Bibliothèque de l’Institut, venant s’ajouter à trois autres qui y étaient restées. D’autre part, M. Léopold Delisle, grâce à des prodiges d’habileté et de ténacité, réussissait à recouvrer sur l’Angleterre une bonne partie des manuscrits vendus par Libri à lord Ashburnham, entre autres un dossier de 17 autographes de Descartes et 6 copies, lequeL, entré en 1888 à la Bibliothèque Nationale, y fut relié en un cahier. Sur ces pièces, 22 plus les 16 de la Bibliothèque de l’Institut, plus 15 sur les 18 de la Bibliothèque Victor Cousin, nous donnent à Paris un ensemble de 53 numéros, c’est-à-dire environ les deux tiers de l’ancienne collection La Hire ; nous en avons 2 numéros encore ailleurs (1 à Londres, 1 à Nantes). Mais ce ne sont pas là les seuls manuscrits qui nous restent de la Correspondance de Descartes ; et nous devons maintenant dresser l’inventaire de tous ceux qui sont actuellement connus.

IV.


AUTOGRAPHES ET COPIES MANUSCRITES.

Dans quelles conditions la Correspondance de Descartes peut-elle être publiée aujourd’hui ? Examinons d’abord les publications qui, pendant ce siècle, ont enrichi de lettres nouvelles cette correspondance.

En 1811, l’abbé Émery imprimait enfin les deux lettres de Descartes au P. Mesland, sur l’Eucharistie, dans un volume de Pensées de Descartes sur la religion et la morale. Les deux mêmes lettres furent imprimées encore, sur un texte meilleur, par M. Francisque Bouillier, dans son Histoire de la philosophie cartésienne (3° édit., t. I, p. 454).

En 1827, Domela Nieuwenhuis imprimait, d’après des copies manuscrites conservées dans la Collection Huygens à Leyde, deux lettres latines, de Plempius à Descartes et de Fromondus à Plempius pour Descartes, 15 et 13 septembre 1637, (Commentatio de R. Cartesii commercio cum philosophis belgicis, petit in-4, Lovanii, p. 95-102).

En 1838, Victor Cousin, dans la 3° édition de ses Fragments philosophiques, t. II, p. 142, publiait deux lettres de Descartes à Colvius, avec une réponse de Colvius entre les deux (23 avril, 9 juin, 5 juillet 1643) ; plus un billet du philosophe à son horloger (18 juillet 1643) ; plus une lettre à Mersenne (31 mars 1641). Il y ajouta, dans une édition suivante, une lettre à Balzac, du 14 juin 1637, trouvée dans les papiers de Conrart à la Bibliothèque de l’Arsenal.

En 1839, dans le Journal des Savants, p. 553-559, Libri rectifiait et complétait, d’après l’autographe, une lettre à Mersenne, du 23 mars 1643, déjà publiée par Clerselier, d’après une minute, t. II, lettre CXVI.

En 1860, au tome II des Œuvres inédites de Descartes, publiées par Foucher de Careil, se trouvaient douze lettres à Le Leu de Wilhem, plus une requête à M. de la Thuillière (sic, pour Thuillerie), trouvées en Hollande, à La Haye et à Leyde ; plus une lettre au R. P. Oslier (sic, pour Gibieuf), rapportée de Londres, British Museum ; et une à un inconnu (Golius), rapportée de la Bibliothèque Impériale de Vienne ; enfin deux lettres à Constantin Huygens, et encore deux à Wilhem.

En 1869, un Genevois, M. Eugène de Budé, publiait dix-sept lettres de Descartes, presque toutes à Pollot, d'après une copie trouvée dans sa collection particulière.

En 1879, Foucher de Careil encore donnait vingt-six lettres de la princesse Élisabeth à Descartes, d'après une copie qui se trouve chez le baron de Pallandt, au château de Rosendaal, près Arnhem.

En 1886, l’abbé Georges Monchamp, dans son Histoire du cartésianisme en Belgique, revenait sur la discussion de Fromondus et de Descartes, et complétait celle de Descartes et de Plempius, en attirant l’attention sur un texte complet de deux lettres de Descartes (15 février et 23 mars 1638), publié par Plempius dès la seconde édition de ses Fundamenta medicinœ (1644).

En 1887, Bierens de Haan étudiait, dans ses Bouwstoffen voor de Geschiedenis der Wis- en Natuurkundige Wetenschappen in de Nederlanden, la querelle de Stampioen et de Waessenaer, celui-ci soutenu par Descartes. Et l’année suivante, M. D.-J. Korteweg, dans les Archives néerlandaises, y ajoutait quelques documents, dont une lettre de Descartes, mi-française et mi-flamande, du Ier février 1640, dont l’autographe est au British Museum.

Le même M. Korteweg trouva à la Bibliothèque Royale de Munich une lettre de Descartes à Colvius, du 14 juin 1637 ; et l’abbé Monchamp la publia, en 1895, dans un opuscule sur Isaac Beeckman et Descartes.

En 1890, l’Archiv für Geschichte der Philosophie (t. III, p. 568) donnait une lettre de Descartes à un gentilhomme allemand, Dozem, du 25 mars 1642, que Ludwig Stein avait trouvée dans les papiers de Leibniz à la Bibliothèque Royale de Hanovre. En 1891 et 1892, M. Paul Tannery publiait successivement, dans le même recueil (t. IV, p. 442 et 529 ; t. V, p. 217 et 469), quatorze lettres inédites à Mersenne, triées soigneusement parmi les cinquante-sept pièces manuscrites que possèdent à elles trois la Bibliothèque Nationale, la Bibliothèque Victor Cousin et la Bibliothèque de l’Institut à Paris.

Enfin M. Korteweg avait signalé dans la Collection des Lettres de Constantin Huygens, à la Bibliothèque de l’Académie des Sciences d’Amsterdam, la copie de dix-sept lettres à Descartes ; elles ont été rapportées en France et publiées en juillet 1895, dans la Revue bourguignonne de l’Enseignement supérieur. La même Revue donnait, dans le numéro suivant de janvier 1896, le texte d’un Entretien de Descartes et de Burman, à la date du 14 avril 1648, conservé dans les manuscrits de la Bibliothèque de l’Université de Goettingen.

Mais, outre ces publications, on a dressé, dans ces deux dernières années, la liste de tous les autographes de Descartes, qui sont connus à l’heure présente, et on n’en compte pas moins de 93, répartis comme il suit dans les différentes bibliothèques publiques ou collections privées en France et à l’étranger :

FRANCE :

PARIS.

Bibliothèque Nationale 16 à Mersenne (FR, n. a., 5160).

1 à Cavendish ( — — ).

1 à Du Puy, 5 janv. 1645 (fonds du Puy, vol. 675, fol. 243).

Institut. 15 à Mersenne (Bibliothèque de l’Institut).
1 à Cavendish, 15 mai 1646 ( — ).
Sorbonne. 15 à Mersenne (Bibl. V. Cousin).
1 à Pierre des Cartes ( — ).
1 à Heereboord ( — ).
1 au P. Bourdin, 29 juillet 1640 (Bibliothèque de l’Université).
Foucher de Careil.
à Huygens, 1er nov. 1635
1 à — [déc. 1638]
(Collection privée)
A. d’Hunolstein.
2 à Brégy
18 déc. 1649
15 janv.1650
( — — ).
G. de Courcel.
1 à Huygens, 4 août 1645 ( — — ).

Ajoutons un fac-similé du commencement et de la fin d’un autographe de Descartes à Mersenne, du 29 janvier 1640, publié au t. II de l’Isographie des hommes célebres (Paris, A. Mesnier, 1828-1830).

Ajoutons enfin, pour la France, un autographe à Mersenne, du 31 janvier 1648, à la Bibliothèque de la Ville de Nantes.

HOLLANDE.
Leyde, Bibl. de l’Univ. 14 à Wilhem.
2 à Golius, 2 fév. 1632 et 9/19 mai 1635.
2 à Colvius (avec rép. de Colvius), 23 avril et 5 juillet 1643.
1 à Gerrit Brandt, 18 juillet 1643.

1 à Huygens, 5 octobre 1637 (Petit traité des mechaniques).

La Haye, Rijks-Archief. 1 à Golius, 6/16 avril 1635.
Amsterdam, Bibl. de l’Univ. 1 à ***, 30 août 1637.
ANGLETERRE.
Londres, British Museum. 1 à Gibieuf, 18 juillet 1629.
1 à Waessenaer, 1er fév. 1640.
1 à un avocat, 7/17 avril 1646.
1 à Wilhem, 24 mai 1647.
Londres, Collection Morrison. 1 à Wilhem, 23 mai 1632.
1 à Mersenne, 31 mars 1638.
1 à Huygens, 12 nov. 1640.
1 à Pollot, 17 oct. 1643.


PAYS DIVERS.
Munich, Bibl. Royale. 1 à Colvius, 14 juin 1637.
Vienne. Bibl. Imp. et Roy. 1 à Golius, 3 avril 1640.
Saint-Pétersbourg, Bibl. Impériale. 1 à ***, 31 mars [1636].
Philadelphie, Coll. F.-J. Dreer. 1 à Huygens, 31 janv. 1642.

Voici maintenant la liste de tous ces autographes suivant l’ordre chronologique ; on verra que l’on possède des spécimens de l’écriture de Descartes et de son orthographe presque à toutes les années de 1629 à 1650.

1622 3 avril, à Pierre des Cartes (Paris, Bibl. V. Cousin).
1629 18 juillet, à Gibieuf (Londres, British Museum).
[13 nov.], à Mersenne (Paris, Bibl. Nat.).
18 déc., — ( — Bibl. Institut).
1630 15 avril, — ( — — — ).
1631 janv. ou oct., — ( — Bibl. Nat.).
1632 2 fév., à Golius (Leyde, Bibl. de l’Univ.).
23 mai, à Wilhem (Londres, Coll. Morrison).
1633 7 fév., — (Leyde, Bibl. de l’Univ.).
12 déc, — ( — — ).
1634 15 mai, à Mersenne (Paris, Bibl. Institut).
14 août, — ( — Bibl. V. Cousin).
1635 6/16 avril, à Golius (La Haye, Rijks-Archief).
9/19 mai, à Golius (Leyde, Bibl. de l’Univ.).
1er nov., à Huygens (Paris, Coll. F. de Careil).
1636 31 mars, à *** (Saint-Pétersbourg, Bibl. Impériale).
1637 14 juin, à Colvius (Munich, Bibl. Royale).
30 août, à *** (Amsterdam, Bibl. de l’Univ.).
5 oct., à Huygens (Leyde, Bibl. de l’Univ.).
1638 31 mars, à Mersenne (Londres, Coll. Morrison).
[avril ?] — (Paris, Bibl. Institut).
3 mai, — ( — — V. Cousin).
29 juin, — ( — — Nat.).
13 juillet, — ( — — — ).
27 juillet, — ( — — — ).
23 août, — ( — — — ).
12 sept., — ( — — Institut).
[11 oct.], — ( — — Nat.).
déc, à Huygens (Paris, Coll. F. de Careil).
1639 9 janv., à Mersenne ( — — V. Cousin).
9 fév., — ( — — — ).
19 juin, — ( — — — ).
27 août, — ( — — Institut).
16 oct., — ( — — V. Cousin).
1640 29 janv., à Mersenne (fac-similé, Isographie).
Ier fév., à Waessenaer (Londres, British Museum).
3 avril, à Golius (Vienne, Bibl. Imp. et Roy.
11 juin, à Mersenne (Paris, Bibl. Institut).
[juin], à Wilhem (Leyde, Bibl. Univ.).
24 — — ( — — — ).
29 juillet, à Bourdin (Paris, Bibl. Univ.).
[30 — ] à Mersenne ( — — Institut).
6 août, — ( — — V. Cousin).
17 — à Wilhem (Leyde, Bibl. Univ.).
15 sept., à Mersenne (Paris, — V. Cousin).
30 — — ( — — Institut).
5 oct., à Wilhem (Leyde, — Univ.).
28 — à Mersenne (Paris, — V. Cousin).
12 nov., à Huygens (Londres, Coll. Morrison).
1641 4 mars, à Mersenne (Paris, Bibl. Nat.).
18 — — ( — — V. Cousin).
31 — — ( — — Institut).
23 juin, — ( — — Nat.).
17 nov., — ( — — V. Cousin).
[22 déc], — ( — — Nat.).
1642
19 janv., à Mersenne (Paris, Bibl. V. Cousin).
31 — à Huygens (Philadelphie, Coll. Dreer).
7 sept., à Bourdin (Paris, Bibl. Institut).
[13 oct.], à Mersenne ( - - - ).
20 — — ( — — V. Cousin).
1642

19 janv., à Mersenne (Paris, Bibl. V. Cousin).

31 — à Huygens (Philadelphie, Coll. Dreer).

7 sept., à Bourdin (Paris, Bibl. Institut).

[13 oct.], à Mersenne ( - - - ).

20 — — ( — — V. Cousin).

|1643

|1644

|1645

|1646

|1647

|1648


4 janv., à Mersenne

23 mars, —

23 avril, à Colvius

26 — à Mersenne

5 juillet, à Colvius

10 — à Wilhem

18 — à G. Brandt

17 oct., à Pollot

7 nov., à Wilhem

26 fév., à Wilhem

9 juillet, —

5 janv., à Du Puy

4 août, à Huygens

— à Wilhem

15 sept., —



��3o mars, à Cavendish

7/17 avril, à un avocat

i5 mai, à Cavendish

1 5 juin, à Wilhem

7 sept., à Mersenne

5 oct., —

12 — —

2 nov., —

23 — —

19 avril, a Heereboord

26 — à Mersenne

24 mai, à Wilhem

3i janv., à Mersenne 7 fév., -

4 avril, —

S. d., —

��(Paris, Bibl. Institut).

{ - - - )• (Leyde, Bibl. Univ.). (Paris, — Nat.). (Leyde, — Univ.).

(Londres, Coll. Morrison). (Leyde, Bibl. Univ.).

(Leyde, Bibl. Univ.).

( - - - )•

(Paris, Bibl. Nat.).

( — Coll. G. de Courcel).

(Leyde, Bibl. Univ.).

( - - - )•

(---)•

(Paris, Bibl. Nat.). (Londres, British Muséum). (Paris, Bibl. Institut). (Leyde, Bibl. Univ.). (Paris, Bibl. Nat.). ( — — V. Cousin). ( _ _ Nat.). ( - - - )• (---)•

(Paris, Bibl. V. Cousin). ( _ _ Nat.). (Londres, British Muséum).

(Nantes, Bibl. Ville). (Paris, Bibl. V. Cousin). ( — — Institut).

�� � a la Correspondance de Descartes. lxxhi

��1649 | 8/18 déc, à Brégy i65o 1 i5 janv., —

��(Paris, Coll. Hunolstein).

��A cette liste, déjà longue, d'autographes de Descartes, il convient d'ajouter une liste plus longue encore de copies ma- nuscrites, qui datent du xvn e siècle et tiennent lieu des origi- naux qui manquent. On y joindra aussi quelques autographes de correspondants de Descartes.

��FRANCE.

[janv. i638].

[i or mars — ].

6 à Mer- ) [3 r mars — ].

senne 1 [29 janv. 1640].

4 et 26 avril 1643

20 avril 1646. 1 à Morin [sept. i638]. 1 (à Gibieuf) [janv. 1642].

��Paris,

Bibliothèque Nationale.

��FR. n. a., 5 160.

��Ib., Ô2o5,p.go8. Ib., ib., p. 143.

��1 Hobbes à Mersenne, pour

Descartes, 3o mars

2 au P. Mesland [1645]

��FR. n. a., 111. FR. 17155.

��Bibl. de l'Arsenal. \ 1 à Balzac, 14 juin 1637.

��MS. Conrart,

��Bibl. V. Cousin. | 1 billet d'affaires, 3oaoût 1649.I Aut. Desc, n° 14. Coll. G. de Courcel. \ 1 à Picot, 3o août 1649.

��HOLLANDE.

��Amsterdam, i 17 Huygens à Descartes (i635- ) Lett. franc, de Bibl. Acad. des Se. ( 1645). \ Const. Huygens.

Amsterdam, Bibl. Univ.

��\ 1 Buysero à Descartes, 8 mars 1644.

��Groningue, Archives Pr ovine.

��1 Desc. à M. de la Thuillerie. ] Acta

1 M. de la Thuillerie aux Étais. ISenatus Academici

1 Descartes aux États. ) {1644-1645).

��Correspondance. I.

�� �

Leyde, Bibl. Univ.

1 Fromondus à Plempius (pour Descartes), 13 septembre 1637.

1 Plempius à Descartes, 15 septembre 1637.

2 Desc. à Plempius et à Fromondus, 3 oct. 1637

2 à Élisabeth, 21 mai et 28 juin 1643.

1 à Christine, 20 novembre 1647.

1 à Vorstius, 19 juin 1643.

Leyde, Curateurs de l’Univ.

1 aux Curateurs de l‘Univ. (4 maij 1647).

1 à Desc. (13 Kal. Iun. 1647).

1 aux Curateurs (6 Kal. Iun. 1647).

Resolutien van de HHn Curateuren en Burgermeesteren (1646-1653).

Rosendaal, (près Arnhem).

26 lettres de Descartes à Élisabeth (1643-1649).

Collection Baron Van Pallandt.

SUISSE, ITALIE, ALLEMAGNE.

Genève.

17 lettres de Descartes à Pollot, etc.

Collection Eug. de Budé.

Rome.

15 à Mersenne (dont 7 autog. connus ; restent 8).

Collection Boncontpagni.

Hambourg.

1 à Stampioen, déc. 1633. 1 à Renery, 2 juillet 1634.

Stadt-Bibl.

Hanovre.

1 à Dozem, 25 mars 1642.

Kœnigl. Bibl.

Goettingen.

Entretien de Descartes et de Burman (14 avril 1648).

Univ. Bibl.

Marburg.

7 à Élisabeth

21 juillet 1645.

4 août —

18 — —

1 sept. —

15 — —

6 oct. —

3 nov. —

Staats-Archiv.



Soit un total de 108 copies du temps (en ne comptant pas les de Rome, qui font double emploi), dont un certain nombre ont pas encore été publiées, et les autres fournissent généralement un texte plus exact et plus complet que celui que l’on connaissait.

Ces 108 copies, presque toutes datées, jointes aux 93 autographes, qui le sont aussi presque tous, nous fournissent un ensemble de 201 pièces, dont on connaît la date. Si on y ajoute les 23 lettres dont nous connaissons la date par la liste de dom Poirier, comme ces numéros ont été presque tous identifiés avec les minutes de l’édition Clerselier, on voit qu’il est possible de rétablir sûrement presque partout la chronologie.

En effet, les lettres datées donnent parfois aussi la date de celles qui ne le sont pas. Par exemple, les minutes que Clerselier a imprimées sans date, mais qui se trouvent être des réponses à Élisabeth ou à Huygens, peuvent se dater par approximation, maintenant que l’on connaît les lettres de Huygens et d’Élisabeth avec leurs dates ; et nous en daterons ainsi plus de cinquante. De même pour les lettres ou fragments de lettres à Regius, puisque l’on connaît au moins la date des lettres que celui-ci a écrites à Descartes.

Ou bien encore deux lettres sont manifestement du même jour, ou à peu de jours d’intervalle, et si l’une des deux seulement a sa date, l’autre se trouve aussi datée du même coup. Ainsi on avait déjà remarqué qu’une lettre à Mersenne était du même jour qu’une lettre à M. de Beaune, quoiqu’elles fussent imprimées dans deux volumes différents (Clers., II, xcviii et III, lxxi) ; par bonheur la seconde était datée du 20 février 1639 : voilà donc aussi la date de la première.

Plus tard, dans un autographe à Mersenne, du 5 octobre 1646, Descartes parle de trois ouvrages : De pluvià purpureà, de Wendelin ; Fundamenta Physices, de Regius ; plus un opuscule, imprimé à Paris, d’un certain Jacques Bourgeois, Sur la taille des verres de lunette. Or, dans une autre lettre, sans date et sans nom de destinataire (Clers., II, cxiii), Descartes parle de ces trois mêmes ouvrages qu’il vient de recevoir, et en remercie son correspondant. C’était Constantin Huygens qui recevait les paquets de livres à l’adresse de Descartes et les lui faisait tenir ; la lettre en question a donc été écrite à Huygens, aux environs du 5 octobre 1646, sinon ce même jour, comme la lettre à Mersenne.

Autre exemple : une lettre à Mersenne (Clers., II, lxxvii) se trouve maintenant datée, Amsterdam, 14 août 1634, grâce à l’autographe, qui complète ainsi l’une des premières phrases : « Le sieur Beecman vint icy samedy au soir et me presta le liure de Galilée ; mais il l’a remporté a Dort ce matin. » Or nous trouvons une autre lettre de Descartes (Clers., II, xvii), imprimée cette fois avec une date, le 22 août 1634, et le nom du lieu, Amsterdam, sans nom de destinataire. Mais c’est quelqu’un avec qui il venait d’avoir une discussion de vive voix, deux jours de suite : or Beecman arrivé de Dort à Amsterdam le samedi soir en était reparti le 14 août, c’est-à-dire le lundi, deux jours après. En outre, la lettre de Descartes était écrite en latin, comme les deux autres de lui que nous avons à Beecman. C’est donc bien vraisemblablement une troisième lettre au même personnage, et en 1634, preuve que Descartes et lui s’étaient réconciliés après leur grosse querelle de 1630.

Ainsi le moindre détail devient un renseignement précieux, qui fixe non seulement la date d’une lettre, mais celle de plusieurs autres qui précèdent ou qui suivent. Dans une lettre (Clers., II, lxviii) que l’on croyait, sans preuve sérieuse, de septembre 1632, se trouve cette petite phrase : « M. Renery est allé demeurer a Deuenter depuis cinq ou six iours, et il est maintenant la professeur en philosophie. » Or vérification faite sur les registres du Gymnasium Illustre, conservés aux Archives de Deventer, Reneri a été nommé professeur le 4 octobre 1631, et il a lu sa leçon d’ouverture le 28 novembre 1631. La lettre de Descartes a donc été écrite entre ces deux dates, c’est-à-dire un an plus tôt qu’on ne pensait, et plusieurs autres se trouvent avancées d’autant : les deux suivantes (Clers., II, lxix et lxx) étant de janvier 1632 et du 2 février 1632, celles qui viennent ensuite (Clers., II, lxxi et lxxii) seraient aussi de Pâques 1632, et d’avril ou mai 1632, et non pas, comme on croyait, de 1633.

Enfin, comme dernière ressource, il nous reste parfois la place même où Clerselier a mis telle lettre sans date ; si elle se trouve entre deux lettres datées, et si, non seulement ces deux lettres, mais bon nombre avant et après sont aussi datées et se suivent les unes les autres, on a bien une série dans l’ordre chronologique. On peut, en ce cas, laisser la lettre sans date entre les deux autres ; c’est là vraisemblablement sa place, en effet, et toutes ses voisines dûment datées garantissent la date qu’elle doit avoir elle-même.

Si l’on osait parfois pousser l’approximation à l’extrême (et pourquoi ne l’oserait-on pas ?), Descartes nous en fournit les moyens. Il avait son jour de correspondance, qui était le jour du courrier. Celui-ci partait de Leyde le lundi, d’Amsterdam le lundi encore ; c’est Descartes lui-même qui nous l’apprend, et comme le même courrier qui emportait ses lettres le soir, lui apportait le matin celles de ses correspondants, il attendait d’ordinaire son arrivée pour expédier le jour même au moins les réponses les plus urgentes ; les autres étaient remises à huitaine, et parfois écrites le dimanche, c’est-à-dire la veille du courrier, pour avoir plus de temps. En marquant donc sur un calendrier tous les lundis de chaque année, entre 1629 et 1650, on trouve que bien des dates, connues maintenant par les autographes, sont en effet des lundis ou des dimanches, et lorsqu’on est à peu près sûr qu’une lettre sans date a été écrite entre deux autres bien datées, il y a des chances pour qu’elle soit d’un lundi intermédiaire, et parfois il n’y en a qu’un.

Telle est l’édition nouvelle des Lettres de Descartes que l’on se propose de donner. Elle ne sera point parfaite, la perfection n’étant plus possible, à cause de la dispersion et de la destruction de tant de papiers du philosophe. Il s’y trouvera sans doute, non seulement des lacunes, mais des erreurs. On aura cependant mis à profit tous les efforts antérieurs, le travail de Clerselier d’abord, puis le travail de Baillet et de Legrand, et les nombreuses contributions apportées en ce siècle à l’œuvre qui se prépare, et la bonne volonté rencontrée partout pour faciliter la tâche. Toutefois l’édition demeure exposée au hasard de découvertes nouvelles, qu’on n’ose espérer, mais qui ne sont pas impossibles. Du moins, parmi les lettres que l’on pourra découvrir, toutes ne seront pas entièrement inconnues : beaucoup auront comme leurs places d’attente marquées dans cette édition, à des dates connues déjà, et elles viendront, non pas remplir des pages laissées pour elles en blanc, mais compléter des fragments, donner un corps à une étiquette placée là en attendant. C’est ainsi que, grâce à l’ordre chronologique, l’ensemble de la correspondance, en recevant dans ses cadres préparés d’avance toutes les recrues nouvelles, n’en subsistera pas moins lui-même, solide et inébranlable.

C. A.                    

P. S. — Depuis l’impression des pages qui précèdent, M. Paul Tannery a retrouvé, dans le MS. de la Bibliothèque Nationale fr., 20843, un memento du « citoyen Poirier », relatif à ses fonctions de membre de la Commission temporaire des Arts, adjointe, sous la Révolution, au Comité d’Instruction publique de la Convention. Ce memento porte, sous la date du 20 floréal an II (29 avril 1794) la mention : « Rapport sur les Lettres de Descartes à l’Académie des Sciences. Vicq d’Azir et Poirier. »

M. Paul Tannery exposera, dans un Avertissement, en tête du second volume, le résultat complet de ses recherches à ce sujet, pour faire suite aux conjectures de la page LIV de ce premier volume.

REMARQUES

SUR

L’ORTHOGRAPHE DE DESCARTES

Descartes, si l’on s’en rapporte à ce qu’il dit lui-même en plusieurs endroits, se souciait médiocrement de l’orthographe. En mars 1636, comme il pensait à envoyer à Mersenne une copie de ses manuscrits, il l’avertit d’avance : « Seulement y a-t-il en cela de la difficulté que ma copie n’est pas mieux écrite que cette lettre, que l’ortographe ny les virgules n’y sont pas mieux observées… » Plus tard, comme on lui faisait des reproches sur l’orthographe de la Méthode et des Essais, publiés en 1637, il répond ainsi : « Pour l’ortographe c’est à l’imprimeur à la deffendre ; car ie n’ay en cela désiré de luy autre chose, sinon qu’il suiuist l’vsage. » Et dans la même lettre il ajoute, quelques lignes plus bas : « Au reste ie n’ay point dessein de reformer l’ortographe françoise… ; mais s’il faut icy que i’en die mon opinion, ie croy que si on suiuoit exactement la prononciation, cela apporteroit beaucoup plus de commodité aux estrangers pour apprendre nostre langue… » Et encore : « C’est en parlant qu’on compose les langues, plutost qu’en escriuant. »[2]

Cependant, le 15 novembre 1638, il écrivait à Mersenne : « le vous remercie de ce qu’il vous plaist en corriger les fautes (il s’agit de la Dioptrique), et si vous prenez la peine de les marquer toutes en vostre exemplaire, afin de nous l’enuoyer, en cas qu’on en face vne seconde impression, vous m’obligerez ; car en ce qui est de la langue et de l’ortographe, ie ne désire rien tant que de suiure l’vsage ; mais il y a si long tems que ie suis hors France, que ie l’ignore en beaucoup de choses. » Enfin après avoir déjà, à propos de la Méthode et des Essais, dit qu’il ne voudrait conseiller à personne d’apprendre l’orthographe française « dans un liure imprimé à Leyde », il répète encore à Mersenne, le 9 février 1639 : Vous m’obligez de la peine que vous prenez de corriger les fautes de l’ortographe, en quoy ie ne désire rien tant que de suiure

» l’vsage ; et il y a long tems que le Maire (son imprimeur à Leyde) auoit enuie que ie vous en priasse, mais ie n’eusse osé vous le mander, si cela n’estoit venu de vostre mouuement. » Tous ces passages se trouvent au t. II des Lettres de M. Descartes, édit. Clerselier, p. 527, 14, 420 et 446.

Descartes n’est donc pas aussi indifférent qu’il le paraît d’abord à l’orthographe de ses ouvrages imprimés ; il désire que le public leur fasse bon accueil, et ne soit point rebuté par des singularités trop fortes, ni surtout par des façons d’écrire un peu surannées, comme ne pouvait manquer d’en avoir un Français qui conserve à l’étranger les habitudes qu’il avait en quittant son pays et ne peut suivre les changements qui s’y font en son absence. Ne pouvant pas deviner ces changements, nous allons le voir qui, là comme ailleurs, se fraye lui-même sa voie, et s’efforce d’écrire « clairement et distinctement », comme il pensait et comme il exprimait sa pensée.

Nous avons à Paris trois recueils d’autographes de Descartes, qui permettent d’étudier sa façon d’écrire les différents mots :

1° La Bibliothèque Victor Cousin, à la Sorbonne, possède, réunies en un cahier, dix-sept pièces manuscrites de Descartes (sans compter une copie).

2° La Bibliothèque de l’Institut en possède seize.

3° Enfin la Bibliothèque Nationale possède un assez gros cahier relié, qui contient dix-sept lettres de Descanes lui-même, plus six copies (fr. n. a. 5160).

Ce dernier recueil est de beaucoup le plus considérable : plusieurs des lettres qu’il contient sont de véritables traités, et il comprend en tout, de la propre main de Descartes, 83 pages, dont quelques-unes ont jusqu’à 50 lignes, et les autres 35 en moyenne. Outre cela, les dix-sept autographes qu’on y trouve sont de dates assez différentes :

Deux lettres, les plus anciennes de ce recueil, sont de novembre 1629 et de janvier ou octobre 1631 (f. 48, f. 46 et 47).

Cinq autres ont été écrites de juin à octobre 1638, et remplissent 21 feuillets, ou 42 pages (f. 2 à 23).

Les dix qui restent se répartissent ainsi :

Trois de 1641, le 4 mars, le 23 juin, le 22 décembre (f. 23, 27 et 49).

Une seulement de 1643, le 26 avril (f. 29).

Cinq de 1646, le 30 mars, 7 septembre, 12 octobre, 2 et 23 novembre (f. 31, 37, 39, 40 et 42).

Une enfin de 1647, le 26 avril (f. 44).

Ce recueil a donc le double avantage de permettre la comparaison de l’orthographe de Descartes avec celle de son temps, grâce aux six copies d’autres mains qui s’y trouvent jointes, et aussi la comparaison de Descartes avec lui-même, son orthographe ayant changé de 1629 à 1650, comme l’a signalé le premier M. Paul Tannery en 1891 (Archiv für Geschichte der Philosophie, IV, 529). Nous renverrons donc le plus souvent aux autographes de la Bibliothèque Nationale, sans nous interdire cependant de renvoyer aussi, surtout pour les plus anciens, à la Bibliothèque V. Cousin (3 avril 1622, 14 août 1634), à la Bibliothèque de l’Institut (18 décembre 1629, 15 avril 1630, 15 mai 1634), ainsi qu’aux autographes de Leyde, la Haye et Londres.

Nous suivrons dans cette étude l’ordre qui semble indiqué par le sujet lui-même :

I. Voyelles (u et v, i et y ; y dans ay et oy).

II. Diphtongues (ai, ei, oi, ou, eu, an, en).

III et IV. La consonne s, avec ses deux principales fonctions, soit après une autre consonne, soit après une voyelle ou une diphtongue.

V. Autres consonnes simples.

VI. Consonnes doubles.

I. — VOYELLES.

u et v. — On sait que le xviie siècle ne faisait pas la même distinction que nous entre les lettres u et v, ou, comme on disait, entre l’u voyelle et l’u consonne, qui est devenu notre v. Conformément au bon usage de son temps, Descartes les distinguait, mais comme signes d’écriture, et selon la place que la même lettre occupait, soit en tête, soit dans le corps d’un mot. En tête, il écrit toujours v, non seulement pour les mots que nous écrivons ainsi, comme verité, viuant, vouloir, mais même pour ceux qui commencent aujourd’hui par un u, comme vn, vnité, vniforme, vsage, vtile, etc. Par contre, dans le corps des mots, Descartes écrit toujours u, qu’il s’agisse, en effet, de l’u ou de notre v ; il écrit donc nouueau, mouuement, s’entreouure, etc. (signalons en passant un curieux exemple : il écrit neuſiesme, f. 38, recto, I. 3, 4, 7, au lieu de neuvième, comme aujourd’hui, et au lieu de neuuiesme comme on aurait pu s’y attendre ; mais neuſiesme se forme si naturellement de neuf !) Les lettres u et v sont donc bien distinctes pour Descartes, au moins quant à leur emploi, et c’est la même distinction que, par exemple, entre ϐ et β, dans l’écriture grecque : u dans le corps des mots, v au commencement. Ajoutons que, suivant cette règle, il n’y avait alors qu’une forme majuscule, le V : par exemple Vtrecht[3].

i et y. — On sait aussi que le xviie siècle commençait à peine à distinguer l’i voyelle de l’i consonne, qui est devenu notre j. Descartes ne les distingue pas encore dans son écriture ; partout il écrit i, où nous mettons aujourd’hui j. Au lieu de je, j’ai, déjà, jamais, joint, majeur, etc., on trouve dans les autographes ie, i’ay, desia, iamais, ioint, maieur, etc.

Par contre, dans bien des cas où nous mettons aujourd’hui un i simple, Descartes mettait souvent un y. C’est d’abord à la fin des pronoms cecy, celuy, des adverbes voycy, ainsy, aussy, icy, ny répété, etc. Pourtant ici la règle n’est pas absolue, et on trouve de nombreux exemples de l’i simple, souvent dans la même page et à quelques lignes d’intervalle : ainsi (f. 17 recto, l. 30 et 33), ainsy (l. 35 et 36) ; ny plan ni solide (f. 17 recto, l. 17), etc. Les adjectifs et participes en i sont écrits des deux façons : marry et marri, demi et demy (plus souvent demi), vny et vni, failly, etc. On trouve fini et infini (f. 21 verso, l. 20 et 21). Dans les noms l’orthographe est variable : Descartes écrit hyuer ; mais il écrit stile, plutôt que style, et toujours pais au lieu de pays. Un mot latin, consyderare est écrit avec un y (f. 48 verso, l. 18, novembre 1629) ; c’était un usage fréquent chez les humanistes d’alors, pour lesquels l’y, surtout en Hollande, valait simplement l’i double ou long[4].

Y dans ay et oy. — Descartes écrit le plus souvent ay, et non pas ai, à la fin des mots. Les exceptions sont nombreuses pour vray, gay, vraye, gays ; on trouve fort bien aussi vrai, vraie et vrais. Mais la première personne de l’indicatif présent du verbe avoir est toujours i’ay, et de même, par conséquent, les premières personnes du futur et du passé indéfini dans tous les verbes, ie m’arestray (f. 18 recto, l. 8), i’adioutay (f. 17 verso, l. 20 et 23), ie manday, etc. Au subjonctif, on trouve également qu’ils ayent, et même une fois qu’il ayt (f. 12 verso, l. 24), l’y récrit sur un i (à moins que ce ne soit un i récrit sur un y). — Dans le corps des mots, Descartes emploie volontiers aussi l’y : aymant, aymer, ayder, aysé, aygu, etc. ; toutefois, dans une même lettre, la plus ancienne du recueil, novembre 1629, on trouve aygu (f. 48 verso, l. 39), et à la ligne suivante aigu (l. 40), et dans une même lettre encore, du 27 juillet 1638, aise (f. 14 v., l. 30), et ayse (l. 40). On trouve enfin raion pour rayon. Descartes écrit de même oy, et non pas oi, à la fin des substantifs d’abord, foy, roy, etc., à la fin des pronoms, moy, soy, quoy, et de l’adverbe pourquoy, mais surtout à la fin de la première personne de l’indicatif présent des verbes en oir et oire, ie voy, ie croy, ie conçoy[5]. On trouve un exemple de ie dois, écrit d’abord ainsi, et récrit ie doy (f. 37 verso, l. 20, du 7 septembre 1646, etc.). En 1647, Vaugelas posera la question s’il faut écrire ie crois ou ie croy, en ôtant l’s et en changeant l’i en y : « Il est certain que la raison le voudroit, dit-il, pour oster toute equiuoque, et pour la richesse et la beauté de la langue ; mais on pratique le contraire. » Descartes ne faisait donc que maintenir la distinction entre la première et la deuxième personne du singulier, en écrivant ie croy et tu crois. — La forme oy se retrouve dans le corps des mots. Descartes écrit qu’ils soyent (bien que l’on trouve aussi qu’ils soient)[6], et employer, ennuyer, tournoyer, etc., avec leurs différents modes, loysir, voysines (f. 13 verso, l. 13) ; mais il écrit moyen et moien.

II. — DIPHTONGUES.

1° Citons seulement comme des particularités sans grande importance, a mis pour ai dans infallible, qui est peut-être une faute (f. 31 verso, l. 8), et geometrie abstracte (f. 13 recto, l. 25) ; — ai mis pour a dans gaigner, montaigne, campaigne ; — ai mis pour ei dans faignant, participe de feindre (f. 20, recto, l. 8) ; — ai mis pour e dans effait et effaits (f. 48, recto, l. 13 et 28, et verso, l. 21, novembre 1629), forme que Descartes abandonnera pour effet et aussi effect ; mais il conservera toujours aissieu pour essieu. On trouve enfin une première fois Phœnomene (f. 48, recto, l. 1, 6, 7, novembre 1629), et plus tard Phainomene (f. 13, recto, l. 28, du 27 juillet 1638).

Citons aussi pour mémoire pleinement (f. 2, verso, l. 6) et plenement (l. 8), la nege, les venes, et au contraire seicher. Citons deux cas assez curieux : se roller pour se rouler (5 octobre 1637), et un peu plus loin, dans le même autographe, roulleau ; de même norri aux lettres, pour nourri (f. 2, verso, l. 15, juin 1638).

Mais les diphtongues les plus importantes sont oi, eu, et surtout an et en.

2° Comme tout le xviie siècle et une bonne partie du xviiie, Descartes écrit oi où nous écrivons aujourd’hui ai, par exemple dans tous les verbes à l’imparfait de l’indicatif, i’auois, il pouuoit, il vouloit, etc., et dans les mots comme foiblesse, françois, etc. C’est là une règle absolue.

Mais il n’écrit pas toujours eu ; il le remplace souvent par û avec un accent circonflexe, ou même par un u tout simple, sans accent, si bien qu’on rencontre les trois formes équivalentes eu, û, u, bien que la plus fréquente soit la première. Le plus ancien autographe donne déjà (f. 48, recto, l. 2, novembre 1629). On trouve vû que et pouruû que, aussi bien que vu que et pouruu que (5 octobre 1637). Ailleurs on lit dans la même ligne i’ay vu ce qu’il vous a pleu (f. 2 recto, l. 1), et ailleurs, dans la même page, et pu (f. 18, recto, l. 9 et 18), ny vû ny connû (f. 20, verso, l. 6) ; ailleurs encore creu, sceu, leu, teu, receu, aperceu, sont des formes courantes. Ou bien ce sont des substantifs cheute, relieure, pour chûte et reliure. Mais point de règle fixe à ce sujet. L’accent circonflexe ne semble qu’une abréviation d’écriture, dont on peut ou non se servir[7].

3° L’emploi de an ou de en est beaucoup plus curieux, parce que là-dessus Descartes a changé. On trouve, en effet, dans les deux plus anciens autographes du recueil (novembre 1629 et janvier 1631), argumant (f. 48, recto, l. 6), fondemant (l. 29), elemans (l. 19), mouuemans (l. 23 et 31), seulemant (l. 6), perpetuellemant (l. 32), empeschemant (f. 48, verso, l. 22), commencemant (l. 34), generalemant (l. 26), etc. ; on trouve aussi, mais une seule fois, aysement (l.35). Descartes employait donc presque toujours la forme an dans les substantifs, les adjectifs et participes, les adverbes. Plus tard, il paraît avoir réservé cette forme an aux participes présents des verbes et aux adjectifs verbaux, bruslant, pliant, pesant, etc. (sauf certains cas, comme enfant et grand, etc.); ailleurs, c’est-à-dire dans les substantifs et les adverbes, an est remplacé par en, et Descartes écrit element, mouuement, etc., seulement, generalement, etc. Et on trouve ceci de bonne heure, dans une lettre du 2 février 1632. Mais son ancienne orthographe reparaît de temps à autre dans des cas isolés, comme souuant (f. 10, recto, l. 9), bras panchez (5 octobre 1637) ; par contre, l’habitude nouvelle lui fait écrire une fois ou deux maintenent, au lieu de maintenant. Ou bien il oscille entre les deux formes et va de l’une à l’autre : resistence et resistance se trouvent dans la même page à dix lignes d’intervalle (f. 33 verso, l. 1 et 11, du 31 mars 1646), ou même à deux lignes d’intervalle (f. 29 recto, l. 18 et 20, du 26 avril 1643). On trouve inaduertence (9/19 mai 1635), et à la fois condamné et condemnation (17 août 1640). Ce serait là des fautes, si l’on ne songeait au changement que, de parti pris, Descartes a fait subir à son orthographe, et qui parfois l’entraîne lui-même

Un mot bien commun, le temps, a été aussi changé par lui. On trouve écrit le tans dans l’autographe de novembre 1629, et aussi dans une lettre plus ancienne encore, du 18 juillet 1629, au P. Gibieuf. Mais déjà dans une lettre du 7 février 1633, Descartes écrivait le tems, qui fut désormais son orthographe définitive. Nous retrouverons plus loin ce mot, qui donne lieu à d’autres observations à cause du p intercalé entre m et s (le temps).

III. — CONSONNE S. (Première fonction.)

De toutes les consonnes la plus intéressante pour l’orthographe est certainement la consonne s : tantôt simplement muette, elle vient se placer à la fin des mots, comme marque du pluriel ; tantôt jointe aux voyelles ou aux diphtongues, elle leur donne un son nouveau, qui n’a d’autre signe aujourd’hui qu’un accent (circonflexe, aigu ou grave) sur ces mêmes voyelles ou diphtongues ployées sans s. Examinons d’abord la première de ces deux fonctions de la lettre s.

1° Dans les plus anciens autographes du recueil, ceux de novembre 1629 et de janvier 1631, la même lettre s sert à Descartes pour trois sortes de cas où nous employons aujourd’hui s, ou x, ou z. Puis, il fut amené peu à peu à substituer, comme nous, à cette s, tantôt x, tantôt z.

Par exemple on lit (f. 48, 46 et 47), non pas ceux, deux, mieux nebuleux, rationaux (pour rationnels), ie veux, etc., mais deus, mieus, nebuleus, rationaus, ie veus ; et cela se retrouve dans deux lettres à Wilhem, du 7 février (hureus, etc., pour heureux) et du 12 décembre 1633 (auantageus, etc.), dans une autre, à Mersenne, du 14 août 1634, et une à Golius, du 9/19 mai 1635 (yeus, lumineus, etc.) Mais voici que dans des textes postérieurs, ceux de 1638, par exemple, et tous les suivants, on trouve écrit comme de nos jours, ceux, deux, mieux, ie veux, etc., nouveau changement considérable que Descartes a adopté dans son orthographe. Ses manuscrits conservent cependant çà et là, quelques traces de l’habitude ancienne : chois pour choix (5 octobre 1637), et ausquels pour auxquels ; cette forme ausquels est même la seule qu’il emploie jamais. Par contre, l’x l’emporte quelquefois sur l’s d’une façon bien singulière : en voici deux exemples, les defaux pour les defauts (f. 40 recto, l. 21, du 2 novembre 1646), et deux foix pour deux fois (f. 42 verso, l. 19, du 23 novembre 1646) ; il est vrai que dans ce dernier cas on peut aussi bien lire fois que foix, les deux lettres s et x étant écrites l’une sur l’autre. Enfin un curieux exemple : du flus et reflux (f. 29 recto, l. 24-25, du 26 avril 1643)[8].

La même lettre s, avons-nous dit, était encore employée par Descartes là où nous mettons aujourd’hui z, notamment à la deuxième personne du pluriel des verbes : vous pensiés, vous auiés, vous pourrés, vous demandés, vous parlés, vous proposés, etc. (f. 48 recto et verso, f, 46 et 47). Mais on ne trouve cette forme que dans les lettres de novembre 1629 et janvier 1631, puis dans un autographe du 2 février 1632, et dans ceux qu’on a cités plus haut, du 7 février et du 12 décembre 1633, du 14 août 1634, du 9/19 mai 1635. Ensuite Descartes substitua z (comme tout à l’heure x) à l’s, dans les cas précédents ; et les autographes de 1637 et 1638, etc., nous donnent fort bien vous voulez, vous mandez, etc. En réalité, ce n’est pas seulement la lettre z substituée à s ; c’est plutôt ez mis pour és[9]. Et Descartes ne borne pas cette réforme (car c’en est encore une véritable) aux secondes personnes du pluriel des verbes : il l’étend au pluriel des participes passés, ils se sont exercez, accoustumez, enuoyez, panchez, etc. (5 octobre 1637), non pas toujours, il est vrai, mais dans des cas nombreux ; il l’étend même assez fréquemment au pluriel des substantifs en ou , comme difficultez, authoritez, impietez, veritez, procedez, etc. Enfin, l’habitude nouvelle va jusqu’à lui faire écrire quelquefois ilz, desquelz, et même filz, pour ils, desquels et fils.

2° Cette adjonction de l’s comme marque du pluriel, fait ordinairement tomber le t qui termine au singulier les substantifs et les participes en ent et ant. On trouve sans doute que, sur trois consonnes de suite, nts, c’est trop d’une, et que deux suffisent, ns au pluriel comme nt au singulier. Descartes écrit donc au pluriel, comme ses contemporains, elemens, empechemens, enfans, pesans, bruslans, etc. Ce n’est pas qu’on ne trouve aussi une fois, à la même page, pliants et pesans (f. 8 recto, l. 3 et 33). Dans l’autographe du 5 octobre 1637, il écrit à deux reprises les dents ; mais à la page précédente on lit des dens, et à la même page, deux cens, precedens, etc.

Les terminaisons ant et ent ne sont pas les seules qui perdent leur t au pluriel. Descartes écrit les poins plus souvent que les points, bien qu’on trouve l’un et l’autre (f. 48 recto, l. 20 et 21) ; on a même un exemple de ioins, mis pour ioints. Il a écrit une fois les plus sains (f. 13 recto, l. 11), là où nous aurions mis, ne fût-ce que pour éviter l’équivoque, les plus saints. Il a laissé ailleurs cette faute, si c’en est une, provenant toujours de la même règle, les plus cours (f. 22., verso, l. 21), bien qu’il écrive aussi les plus courts (5 octobre 1637) ; une fois même on trouve les pars pour parts, et aussi les desers (12 décembre 1633) pour déserts, et offers (5 octobre 1640). Enfin, dans la publication de la Méthode et des Essais, il n’avait pas corrigé les espris, mis pour esprits, comme s’en plaint un de ses lecteurs. (Lettres, édit. Clerselier, II, 4 et 14). Et ce t inutile lui déplaisait si fort, qu’il l’avait supprimé dans un mot que l’on a longtemps imprimé neantmoins : Descartes écrit d’ordinaire neanmoins.

Ce n’est pas non plus seulement la lettre t que l’adjonction de l’s fait ainsi disparaître à la fin des mots : dans des cas analogues la lettre d disparait de même, et sans doute pour la même raison, afin de ne pas écrire trois consonnes de suite, nds, dont la seconde est inutile. Descartes a écrit une fois les plus grans ; mais on trouve aussi, et dans le même autographe du 5 octobre 1637, les plus grands. La règle est mieux observée, on peut même dire qu’elle l’est toujours, à la première personne du singulier de l’indicatif présent des verbes en endre ou ondre : Descartes écrit i’apprens, ie descens, ie respons, etc. Et la raison en parait bien être celle que nous avons dite, éviter trois consonnes de suite ; car, dans d’autres cas de d suivi d’un s, où les consonnes ne sont que deux, Descartes maintient le d. Il écrit pieds au pluriel, comme pied au singulier, et il écrit poids, bien que dans les éditions du temps, entre autres dans celle de ses Lettres, on trouve pié, piés et pois. On peut comparer à ce sujet le texte imprimé et le texte manuscrit de l’Examen de la question géostatique, où ces mots pieds et poids reviennent si souvent. (Edit. Clerselier, lettre 73, t. I, p. 327-347 ; et Bibl. Nat., fr., n. a., 5160, f. 4-10).

Ajoutons aux consonnes t et d qui disparaissent ainsi devant l’s à la fin des mots, la consonne p. Descartes la supprime dans le mot temps, qu’il a commencé par écrire tans, et qu’il a bientôt écrit tems. Il la supprime aussi dans le mot corps, non pas toujours cependant ; mais un lecteur s’étant plaint, après la publication de 1637, de l’orthographe cors qui prêtait à l’ambiguïté (était-ce le mot corps ou cornets ?), Descartes paraît avoir hésité ensuite entre les deux formes, bien que celle de cors reste longtemps la plus fréquente. Ainsi, dans l’Examen de la question géostatique (13 juillet 1638), on trouve, à la première page, deux fois corps, dont une fois dans le titre même, et cinq fois cors (f. 4 recto, l. 2 et 30, etc.) ; plus loin corps reparaît une troisième fois dans un titre (f. 7 verso, l. 17), puis une quatrième (f. 8 recto, l. 21). Dans les deux derniers autographes du même recueil, assez courts l’un et l’autre, il est vrai, on ne trouve plus que corps (f. 42 recto, l. 21, du 23 novembre 1646 ; et f. 44 recto, l. 15, verso, l. 3 et 11, du 26 avril 1647) ; faut-il en conclure que l’orthographe corps l’avait à la longue emporté sur cors ? — Un cas, en revanche, où Descartes n’a jamais écrit ni le p, ni l’m qui le précède, c’est celui de conte et conter, mesconte et mesconter, que nous écrivons aujourd’hui, sans être choqués des trois consonnes de suite, compte et compter, mécompte et mécompter.

3° Pour en finir avec cette question de la lettre s à la fin des mots, disons que Descartes tantôt la maintient, tantôt la supprime dans certains adverbes, assez raisonnablement ce semble. C’est ainsi qu’il écrit constamment tousiours et desia : en effet, n’ayant pas le j à sa disposition, comment aurait-il écrit autrement ? Il écrit toutesfois et toutefois (f. 48 recto, l. 3 et 19) ; mais le premier est rare, et il préfère le second, contrairement aux imprimeurs de son temps. Il écrit plutost, qu’on imprimait plustost ; et quand il conserve l’s, c’est qu’il écrit les deux mots séparés, comme la plus part. Enfin, on trouve encores et encore (f. 48 recto, l. 3 et 19, novembre 1629) ; mais le second l’emporte bientôt.

IV. — CONSONNE S.


(Seconde fonction.)

La consonne s, jointe aux voyelles ou diphtongues a, ai, e, i, o, oi, u, ou, leur donnait un son particulier, que nous marquons aujourd’hui par un accent, en supprimant l’s. Examinons successivement les cas qui correspondent à l’accent circonflexe, à l’accent aigu, à l’accent grave., et nous serons ainsi amenés à parler de l’accentuation de Descartes.

1° Aujourd’hui nous remplaçons d’abord par un accent circonflexe l’s après les voyelles a, i, u, au passé défini (première et deuxième personne du pluriel) et à l’imparfait du subjonctif de tous les verbes. Descartes écrivait donc, ainsi qu’on devait s’y attendre, vous me mandastes, vous m’enuoyastes (f. 17 verso, l. 28 et 39), qu’il proposast, etc.

Ensuite Descartes écrit as, où nous écrivons â, dans les mots comme haste et haster, tasche et tascher, blasme, bastons, tastons, etc. Il y a même des cas où nous avons supprimé tout accent sur l’a, bien que cette voyelle se retrouve chez lui allongée d’une s, comme dans voyasge, chasque, chascun, etc. Il écrit aage pour âge.

Il écrit es, où nous mettons aujourd’hui ê, dans les mots prest, arest, mesme, honneste, estre, empescher, mesler, etc. (et meslange, où nous écrivons é).

Pour la voyelle i, la question est complexe, cette lettre se retrouvant dans les diphtongues ai et oi. Descartes écrit maistre et s’il vous plaist ; il écrit paroistre et il paroist, connoistre, etc. Il écrivait d’abord viste et vistesse (f. 48 verso, l. 31 et 41, novembre 1629) : on trouve ensuite vite et vitesse ; cependant viste reparaît encore à plusieurs reprises (f. 24 verso, 4 mars 1641). On trouve agist quatre fois dans un même texte du 5 octobre 1637, et même il reduist, ce qui est sans doute une faute, Descartes écrivant ailleurs il deduit, etc.[10]

Il écrit os, où nous mettons aujourd’hui ô, dans nostre, vostre, tost, plutost, coste, oster ; et ous dans des mots que nous écrivons , comme goust. Parfois même nous avons supprimé tout accent, là où il écrivait coustume, adiouster, etc. ; lui-même écrit aussi, bien que rarement, i’adioutay, et une fois i’aioutay (f. 13 verso, l. 20 et 23). Il écrit volontiers soutenir et soutenu, bien qu’on trouve également soustenir et soustenu : ainsi, dans l’espace de huit lignes seulement (f. 5 verso, l. 25-33), on trouve ils soutienent une fois, soutenir deux fois, soustenu une fois, soustenir deux fois ; et plus loin, à quatre lignes d’intervalle (f. 6 verso, et f. 7 recto), soustenu deux fois, et soutenu une fois.

Descartes enfin écrit us, où nous mettons aujourd’hui û : exemple, brusler, etc. Notons toutefois que notre û et même l’u sans accent correspondent aussi souvent à l’ancienne forme eu qu’à us, et que Descartes l’emploie déjà ainsi, comme nous l’avons remarqué dans vû que, pouruû que, pû, connû, etc. Parfois les deux formes anciennes se trouvent ensemble : qu’il deuſt, vous-leuſtes (f. 20 verso, l. 29). Nous avons conservé l’une des deux dans qu’il eût, écrit autrefois qu’il euſt.

2° Notre accent aigu sur l’e (é) correspond à l’ancienne forme es (conservée, par exemple, dans correspondre, mais non pas dans répondre). Descartes emploie d’ordinaire es, non pas toujours cependant, car on trouve aussi pour le même mot les trois formes

es, é, e (comme tout à l’heure eu, û, u). Voici d’abord les cas les plus fréquents : i’estois, esté, escrire, tesmoigner, s’estonner, esclaircir, etc., estat, estude, etc. Mais on trouve aussi il repont, il medit ; on trouve très souvent decrit et decrite (f. 1i5 recto, l. 4, 7, 9, et verso). Dans une lettre du 23 août 1638, on trouve avec une s récrite au-dessus, ils mesprisent, que Descartes avait d’abord écrit meprisent (f. 20 recto, l. 30). Dans cette même lettre, on trouve ie m’estois meconté (f. 17 verso, l. 27), et plus loin ie me suis mesconté (f. 20 verso, l. 44), avec une s récrite au-dessus, Descartes ayant écrit d’abord meconté. Enfin, voici deux derniers cas où son orthographe oscille entre es, é, et même e, sans accent : on trouve dans la même page et à quelques lignes d’intervalle, esloigné, éloigné et eloigné (f. 4, 5 ; notamment f. 7 verso, l. 31 et 37), et encore dans la lettre suivante, du 27 juillet 1638 (f. 11 recto, l. 6, 28, 31, 32, 36) ; de même, à quatre lignes d’intervalle (f. 4 verso, l. 7 et 3 avant la dernière), esloignement et éloignement. L’autre cas est celui du mot égal, et de ses dérivés : on trouve esgal, égal et egal, c’est-à-dire encore les trois formes es, é et e. Dans la longue lettre du 27 juillet 1638, cependant (f. 10 à 15, en tout dix pages), égal qui revient si souvent est écrit sans s. Il semble que les mots qui revenaient à chaque instant sous la plume de Descartes, comme égal, éloigné, dans les démonstrations géométriques, comme décrire, répondre, etc., sont aussi ceux où es devient plus aisément é ou e, comme si la lettre s’usait à force d’être écrite, et qu’on la supprimât pour abréger. — C’est d’ailleurs une question de savoir si le signe qu’on trouve au-dessus de cet é initial est bien un accent aigu, ou plutôt une abréviation de l’s qu’on évitait ainsi d’écrire dans le corps du mot : égal, au lieu de esgal[11]. Toutefois Descartes l’omet entièrement, nous l’avons vu, dans repont, medit, decrit, etc.

L’adjectif démonstratif cet présente un cas particulier : on l’écrivait cest, et cette lettre s, lorsqu’elle disparaîtra, sera remplacée par un accent aigu sur l’é ; dans l’édition Clerselier (1657-1667), on trouve souvent imprimé cét. Descartes cependant n’écrit ni cest, ni cét, mais simplement cet.

3° Reste notre accent grave. Tantôt il correspond aussi à une s disparu, comme dans quatrième, etc., théorème, que Descartes écrivait quatriesme, theoresme. Tantôt c’est un signe qui ne correspond à rien dans l’ancienne orthographe française : ainsi Descartes écrit toujours pere, i’espere, ie considere, diametre, etc. Il connaît cependant l’accent grave, bien qu’il en use très peu ; on compte les exemples de a préposition avec un accent, à, (d’ordinaire c’est devant la lettre a, employée comme signe algébrique, et pour l’en distinguer) ; mais le plus souvent il l’écrit comme a verbe, sans accent. Une page est particulièrement remarquable à cet égard (f. 11 recto) ; on y trouve six fois à avec accent, ce qui est déjà rare, et plus de vingt fois peut-être le même a préposition sans accent. Descartes n’accentuait pas non plus ou adverbe de lieu (), et le laissait comme ou conjonction : une fois ou deux seulement on trouve d’où il suit. — Remarquons que, dans l’édition Clerselier (1657-1667), on trouve un accent aigu, où nous mettons aujourd’hui un accent grave : troisiéme, quatriéme, etc. Et plus tard dans la Vie de Mons. Des-Cartes (1691), les syllabes des mots pere, espere, etc., qui n’étaient pas encore accentuées dans Clerselier, le sont enfin, mais avec un accent aigu : pére, espére, etc.

4° Nous pouvons maintenant parler de l’accentuation de Descartes.

L’accent aigu est employé sur e (é) à la fin des mots comme verité, extremité, ieté, etc. Encore cet accent disparaît-il au pluriel, lorsque la forme és est remplacée par ez, difficultez, procedez, etc. Il disparaît même quelquefois au singulier, lorsqu’un second e vient s’ajouter au premier pour marquer le féminin : donnee, nommee, tiree (f. 48 rect, l. 15, 27).

L’accent aigu est encore employé au commencement des mots, lorsque la première syllabe es est remplacée par un e tout court : égal, éloigné, etc. Et même en ce cas il n’apparaît pas toujours : on trouve souvent, egal, eloigné, repondre, medire, etc.

Mais cet accent aigu, qu’on trouve sur l’é première lettre et sur l’é dernière lettre des mots, manque toujours, lorsque l’e est dans le corps des mots, verité, procedé, etc. (sauf quelques cas où es est remplacé par é).

L’accent circonflexe n’est employé sur aucune des voyelles, a, e, i, o (Descartes écrit as, es, is, os), mais seulement sur la voyelle û, lorsque c’est une contraction de eu, comme dans vû, pû, connû.

L’accent grave n’est pas employé du tout, sinon à des très rares exceptions, dans à préposition et adverbe de lieu : encore trouve-t-on le plus souvent cet a et cet ou sans accent.

Mais Descartes met quelquefois un tréma (¨) sur l’e des mots rouë, lieuë, receuë. Encore trouve-t-on, dans la même lettre du 5 octobre 1637, aussi bien roue que rouë ; on y trouve aussi à deux reprises une escrouë. Dans les plus anciens autographes, ce tréma est placé sur la dernière lettre ou sur la pénultième indifféremment (rouë et roüe) ; ensuite on le trouve plutôt sur la dernière[12].

Quant à la cédille[13], Descartes la met très irrégulièrement : on trouve dans ses autographes façon et facon ; ie conçoy et ie concoy. Toujours il écrit receu, et toujours aussi scauoir, ie scauois, etc.

Lorsqu’il élide l’a ou l’e de l’article, d’un pronom ou d’une conjonction, tantôt il met l’apostrophe, tantôt il oublie de la mettre, mais ne sépare pas alors l’article ou l’adjectif du mot qui suit. En ce dernier cas, si le mot commence par un u, cet u n’étant plus lettre initiale, ne s’écrit pas v : exemple, l’vn et lun, quelqu’un et quelquun, etc.

La ponctuation laisse à désirer, beaucoup moins toutefois dans les manuscrits que dans les anciennes éditions, comme il est aisé de le voir pour les lettres, lorsqu’on peut comparer le texte imprimé avec un autographe ; et ceci nous autorise à prendre quelques libertés au moins avec les lettres publiées par Clerselier. Au reste, Descartes lui-même s’exprime nettement à ce sujet, dans une lettre du 23 juin 1641 : « le vous prie », écrit-il à Mersenne, « de suiure ma copie, excepté que ie puis auoir omis plusieurs points et virgules, que ie seray bien ayse qu’on y adiouste ; mais les imprimeurs ont des gens qui sont accoustumez a les metre, sans qu’il soit besoin que vous en preniez la peine. » Disons enfin que, dans les trois volumes de Clerselier, les majuscules n’ont pas uniquement la même fonction qu’aujourd’hui. Ainsi on mettait souvent une majuscule aux mots Car, Mais, etc., après un point-et-virgule, comme après un point ; et dans le cours d’une phrase très souvent des substantifs, comme Corps, Animaux, Astres, Sels, etc., et même des adjectifs, Geometrique, Philosophique, etc., ont une majuscule, ce qui était une façon d’attirer le regard du lecteur sur tel ou tel mot en particulier. Fait significatif : dans l’exemplaire de l’Institut, lorsque par hasard les mots Ame et Esprit n’ont point de majuscules, un des annotateurs ne manque pas d’en rétablir une en marge, par déférence sans doute, comme on dit que, dans la conversation, Newton ne prononçait jamais le saint nom de Dieu, sans se découvrir en signe de respect. Rien de pareil d’ailleurs, sauf de rares exceptions, dans les autographes de Descartes.


V. — AUTRES CONSONNES SIMPLES.


1° À la fin des mots, les consonnes d et t sont parfois employées l’une pour l’autre ; notamment à la troisième personne du singulier de l’indicatif présent, Descartes écrit il void, il conclud. Cependant on trouve aussi dans la même page, on prent et on entent (f. 2 recto), il prend et il apprent (f. 17 recto, l. 3 et 35); à dix lignes d’intervalle, on trouve il apprent et il depend (f. 16 verso, l. 26 et 36) ; ailleurs il répont et il répond. On trouve aussi galand, avec le pluriel galans, et, curieux exemple, au lieu de chaud, une fois chault (f. 48 vers, l. 24, novembre 1629), et une autre fois, longtemps après, chaut (f. 44 verso, l. 26, du 26 avril 1647).

2° Ce dernier exemple nous montre l’emploi très rare d’un l, en souvenir du latin. On trouve aussi poulce, hault, il fault, mais seulement dans les plus anciens autographes, ceux de novembre 1629 et janvier 1631 (f. 48 verso, l. 27, et f. 46 et 47) ; encore y trouve-t-on à la fois hault et hautes. Mais Descartes ne tarda pas à rejeter cet l inutile ; dans l’écrit du 5 octobre 1637, on trouve pouce, haut, il faut.

3° Les souvenirs du latin sont moins apparents chez lui qu’on ne serait porté à le croire : il n’écrit pas, comme on écrivait et imprimait de son temps, doubte, debuoir, escript, etc., mais sans b ni p, doute, deuoir, escrit, etc. Il écrit cependant presque toujours adiouster, sauf une ou deux exceptions (f. 17 verso, l. 23 et 38), i’aioutay et aiousté. Mais, au lieu de cognoistre, cognoissance, cogneu, il écrit connoistre, connoissance et même connû, sans g. — Une remarque, en passant, à propos de la consonne g : Descartes lui conserve devant eu le même son que devant a, o, u, et il écrit longeur, aussi bien que longueur.

4} La lettre h se trouve non seulement dans methode et philosophie, theoresme, these, epithete, mathematique, etc., mais dans mechanique, autheur et authorité, cholere, chorde, eschole et escholier. Une fois pourtant on trouve corde (f. 24 verso, l. 28, du 4 mars 1641), avec chordes, cinq lignes plus bas (l. 33), et une autre fois escolier (f. 18 verso, l. 31) ; mais ces deux mots sans h sont rares. On trouve aussi galimathias (f. 20 recto, l. 34). Plusieurs fois, cependant, Descartes écrit biblioteque, sans h ; dans une lettre très ancienne de janvier 1631, l’h écrit d’abord à la fin de Sainte Elisabeth est visiblement barré ; mais plus tard il reparaît dans Mme la princesse Elisabeth. Trouverait-on aussi Boëme sans h, comme il est réellement dans la copie d’une lettre de Descartes à Pollot, ou bien est-ce le copiste qui n’aura pas pris la peine ici d’écrire la lettre h ? Toujours est-il que Descartes la supprime une fois encore dans isocrone (f. 33 recto, l. 12), une fois même dans parelies (9/19 mai 1635), et dans le mot latin allucinatus (28 octobre 1640)[14].

5° La consonne c est encore employée dans mocquer et pac'quet, et dans les locutions en effect, a cet effect. Descartes écrit fort bien cependant vn effet et les effets (qu’il écrivait d’abord effait et effaits). Il écrit toujours aussi obiet et suiet (parfois même suget), et non pas obiect et subiect, comme on faisait de son temps. Il n’abuse pas non plus du c en souvenir de l’étymologie latine, pour écrire faict, dict, conduict, etc. Une fois pourtant on trouve écrit les poincts, ce qui est doublement contraire aux habitudes du philosophe, et ailleurs (16 octobre 1639) l’instinc et les instincs.

Ailleurs, là où nous mettons c, Descartes met qu, dans chiquanerie, quarrer et quarré. Ailleurs, au contraire, le c est mis pour s, par exemple dans les deux noms propres Claircellier et Mercenne, et une fois dans ils offencent (f. 2 recto, l. 7)[15]. Il est même mis pour deux s dans le subjonctif, qu’on face, que vous faciez. Il est joint à l’s, dans scauoir et toutes ses formes, ie scay, ie scauois, sceu, etc., et une fois dans isoscele (p. 33 recto, l 4), qui est la vraie orthographe.

6° Enfin la consonne s alterne avec z dans deux ou trois cas singuliers. Le mot base (la base d’un triangle) se trouve écrit par Descartes dans la même page (f. 15 verso), quatre fois baze, douze fois base, et trois fois avec s et z, dont l’une est récrite sur l’autre. Dans une même lettre encore, on trouve ordinairement il pese : une fois cependant Descartes écrit peze (f. 7 verso, l. 2), et un peu plus loin une seconde fois, mais avec une s récrite sur le z (I. 30), et à la page suivante, une troisième fois peze, sans rature (f. 8 recto, l. 5). Déjà dans une lettre du 2 février 1632, on trouvait une fois vase et deux fois vaze.

VI. — CONSONNES DOUBLES.


Mais un des traits caractéristiques de l’orthographe de Descartes est la suppression ou le maintien des consonnes doubles, selon les cas et surtout selon les lettres. Reprenons à ce point de vue la liste des consonnes.

1° Les cas où b se redouble sont assez rares : une fois cependant Descartes écrit M. l’abé de Launay (f. 27 verso, l. 2, du 23 juin 1641).

Par contre il écrit accord et accorder, et même le plus souvent deffendre, et presque toujours affin que. Il écrit toujours aggregat, et une fois même il exaggeroit.

2° II redouble aussi, non pas toujours cependant, la lettre l. On trouve roulleau et roller (5 octobre 1637), et plus tard encore poulle dans la même lettre avec poulet (f. 41 recto, l. 7, et verso, 1. 10). Il écrit Claircellier (f. 37 verso, l. 26}, et non Clerselier. Il signe vostre fidelle seruiteur (f. 38 recto et f. 43 recto). Une fois même il écrit immobille. Mais on trouve dans la même page il falloit et il faloit (f. 27 recto, l. 22 et 29). Dans la plus ancienne lettre on trouve on appele (f. 48 recto, l. 16, novembre 1629) pour appelle, et ailleurs les deux substantifs bale (f. 12 verso, l. 8 et 14 ; et f. 19 verso, l. 7), et sale (f. 19 verso, l. 9), pour balle et salle, puis interuale et valée.

Est-ce une faute ? est-ce écrit avec intention ? on lit une ou deux fois euidenment avec nm au lieu de deux m (f. 22 verso, l. 10). Il écrit enflamé, et d’ordinaire on trouve un seul m, mais par abréviation, cet m étant surmonté d’un tiret qui indique l’autre m absent, coment, homme, comode, comun, etc.

3° Mais dans bien des cas où nous redoublons la lettre n, Descartes se contente de l’n simple. Par exemple, au lieu d’écrire mienne et tienne, il met simplement miene et tiene, comme si c’était assez pour le féminin d’ajouter un e muet au masculin mien et tien, sans redoubler la consonne n. Aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel de certains verbes, il écrit qu’il viene et qu’ils vienent, tiene et tienent, prene et prenent, etc. ; ainsi pour tous leurs dérivés. Il écrit de même Sorbone avec un seul n (f. 25 recto, l. 14 et 26), et, bien qu’on trouve le plus souvent Mercenne, on ne devra pas s’étonner si l’on rencontre aussi Mercene.

4° Le p, comme l, est tantôt redoublé, tantôt ne l’est pas ; ajoutons que le plus souvent il l’est. Dans l’Examen de la Question géostatique (13 juillet 1638), on trouve i’apprens, nous supposerons, il s’approche, rapporter, ce qui est d’autant plus remarquable que les mêmes mots sont imprimés, au t. I des Lettres, avec un seul p. Descartes cependant écrit, plus d’une fois, raport et raporter. Il écrit de même il suplie, frape, eschapé, aproche, etc., surtout dans les autographes plus récents. En revanche, on trouve il couppe ; et la conjonction après que est parfois écrite, bien que plus rarement, apprés que.

5° La lettre r, qui est redoublée ailleurs, ne l’est jamais dans le mot arest et arester. On trouve aussi embaras (f. 18 recto, l. 10), et embarassé (f. 20 recto, l. 37). — Enfin on trouve resentiment (16 janvier 1645), resemblance et resembler, resouuenir, resortir.

6° Mais le cas le plus remarquable est celui de la lettre t. Dans les premiers autographes (de novembre 1629 et janvier 1631), cette lettre est redoublée, ce semble, plus que de raison : prattique, droitte, suitte, ietté ; ce sera encore l’orthographe courante des annotateurs de l’exemplaire des Lettres, qui est conservé à l’Institut, entre 1684 et 1704. Mais Descartes ne tarde pas à écrire tous ces mêmes mots avec un seul t. Chose curieuse, la roulette, qu’il avait commencé par écrire avec deux t (lettre du 27 juillet 1638, où on lit presque toujours roulette, et une fois seulement roulete), se trouve au contraire, dans la lettre suivante du 23 août, écrite presque partout avec un seul t. De même Descartes écrit lunete, et non pas lunette (f. 31 recto, l. 8, du 30 mars 1646) ; il écrit trompete, bluete, gazete, vne date, brique cuite, et non datte et cuitte, comme on imprimait alors. Le mot lettre, qui revient si souvent, est écrit d’abord avec deux t ; puis les formes lettre et letre sont employées tour à tour ; dans une longue lettre du 23 août 1638 (f. 15 à 21), lettre se trouve partout avec deux t, sauf une fois à la fin avec un seul, letre (f. 20 verso, l. 27) ; plus tard, le 4 mars 1641, on lit dans la même page lettre une fois (f. 23 recto, l. 6), et trois fois letre (l. 1, 7, 10) ; plus tard encore, c’est letre seulement (f. 30 recto, l. 27, du 26 avril 1643 ; f. 37 recto, l. 4 et 6, du 7 septembre 1646 ; f. 40 verso, l. 8, 14, 22, du 2 novembre 1646, etc.). — Le verbe mettre est d’abord écrit avec deux t, mais on trouve ses dérivés, soumetre et permetre avec un seul (f. 27 verso, le 6 et 13 ; f. 31 recto, l. 8), et une fois même Descartes écrit metre (f. 27 verso, l. 16). Dans l’autographe du 5 octobre 1637, on trouve rabatre et qu’on rabatte, mais plus souvent un t que deux. Descartes écrit flater (f. 24 verso, l. 16), et s’acquiter (f. 13 verso, l. 15 et 16). Enfin le verbe traiter et le substantif traité, que l’on imprimait volontiers jusqu’à la fin du xviie siècle traitter et traitté (et parfois même traicter et traicté), se trouvent toujours, dans les autographes de Descartes, non seulement sans c, mais avec un seul t. — Terminons par un petit mot sur lequel Descartes ne varie jamais : cete, féminin de l’adjectif démonstratif cet ; l’adjonction d’un e muet suffit pour marquer le féminin, sans qu’il soit utile de redoubler la consonne t qui précède et d’écrire cette. D’ailleurs l’ancienne forme cest donnait au féminin ceste, et comme Descartes écrivait cet au masculin en supprimant l’s, il devait aussi écrire au féminin cete, pour ceste.


CONCLUSION.


Résumons toutes ces remarques, et traçons les règles de l’orthographe de Descartes. Voici les principales :

Équivalence des lettres u et v, chacune des deux ayant sa place marquée, le v en tête et l’u dans le corps des mots.

Emploi fréquent de l’y pour l’i, soit à la fin des mots (moy, soy, ie voy, ie croy, vny, marry, etc.), soit à l’intérieur ayder, aymer, aysé, aygu, etc.), et toujours un i là où on met aujourd’hui un j.

La diphtongue oi pour ai à l’imparfait des verbes, et dans certains noms et adjectifs.

La diphtongue an, seule employée d’abord dans les terminaisons, est bientôt réservée aux participes présents (pliant, bruslant, etc.) et à certains noms et adjectifs (enfant, grand, etc.) ; elle est remplacée par en dans la plupart des substantifs et des adverbes (moment, clairement, etc.).

La consonne s, lorsqu’elle vient s’ajouter à la fin des mots, fait généralement tomber le t qui précède (momens, enfans), souvent aussi le d (i’apprens) et le t (les poins), parfois même le p (tems).

La même lettre s enfin, jointe aux voyelles ou diphtongues dans le corps des mots, désigne ce qui a été remplacé plus tard par un accent (grave, aigu ou circonflexe).

L’usage des autres consonnes est généralement réduit au strict nécessaire, sauf deux ou trois cas, comme i’obmets, adiouster, scauoir, etc.

Enfin tandis qu’on redoublait volontiers les consonnes au féminin et ailleurs, Descartes préfère la lettre simple, au moins pour le t et pour l’n, et déjà aussi pour l’l et le p, quoique non pas encore pour f, c, g.

En somme, malgré bien des incertitudes et des oscillations, l’orthographe de Descartes est le plus souvent conforme au génie même de la langue française et au génie de l’auteur. Tantôt il abandonne une uniformité excessive qui donnait lieu à la confusion (ant partout, comme terminaison des noms, adjectifs et adverbes ; la lettre s seule et unique marque du pluriel dans tous les cas), et il introduit dans les formes des mots une variété favorable à la « clarté » et à la « distinction »[16]. Tantôt il recherche la simplicité, qui rend aussi les formes plus claires et plus distinctes, soit en supprimant des consonnes superflues, comme t, d, p, devant l’s qui s’y joint, soit en évitant de redoubler un t et un n, et parfois aussi un l et un p, que rien n’exige, ni le besoin de marquer le féminin, ni la prononciation. Quant à l’étymologie latine, on ne trouve chez Descartes aucune affectation pédantesque de la faire ressortir, en ajoutant des lettres inutiles aux mots français ; que de fois au contraire il supprime un b, un g, un s, que maintenaient ses contemporains ! Cependant il a renoncé de bonne heure à la forme tans, pour écrire tems, mais sans y intercaler le p de tempus, bien qu’il ait une tendance marquée à incorporer le p de corpus dans corps ; quant à un autre mot, l’aer (qu’on trouve dans ses plus anciens autographes, f. 48 verso, l. 22 et 28, novembre 1629), il y a vite renoncé pour écrire l’air.

L’orthographe de Descartes vaut donc la peine d’être exactement reproduite dans une édition nouvelle de ses œuvres, non pas seulement pour la plus grande joie des amateurs de vieux langage, et pour la satisfaction bien légitime des philologues, mais parce qu’on retrouve jusque dans les formes des mots la marque personnelle du philosophe. Puis ce langage tout émaillé de vieilles expressions, comme derechef, sonuenance et ressouuenir, ouyr, etc., avec de vieilles tournures, comme les pour ce que et les encore que, dont il ne craint pas d’abuser, pour bien montrer la solide charpente des phrases et en faire saillir les jointures, tout cela a besoin aussi, ce semble, d’une vieille orthographe, surtout si on imprime avec des caractères anciens et dans l’ancien format : nos façons d’écrire, toutes modernes, feraient avec un pareil texte le plus choquant disparate. On donnera donc scrupuleusement l’orthographe de Descartes, sans omettre la moindre particularité (ni même la moindre faute), toutes les fois que la chose sera possible, c’est-à-dire lorsqu’on aura le texte écrit de sa main.

Pour tout le reste, on suivra les plus anciennes éditions, celles qui ont paru de son vivant et dont lui-même a corrigé le texte, lorsqu’on l’imprimait.

Pour l’édition posthume des Lettres (1657-1667), on reproduira le texte tel qu’il a été donné par Charles Angot, l’imprimeur des trois volumes, en prenant quelques libertés toutefois, comme certainement il en a pris lui-même, pour la ponctuation et les majuscules. Une difficulté se présentait cependant : le premier volume a eu successivement trois éditions (1657, 1663 et 1667)  ; or l’orthographe varie de 1657 à 1663, et elle n’est pas non plus la même de 1663 à 1667. La question deviendrait délicate, si ces changements constituaient un progrès ; mais ils paraissent dûs simplement à ce que l’imprimeur avait changé d’ouvriers typographes. Ainsi la 2e édition a donné grans (p. 34, l. 24), et la 3e grands, ce qui est peut-être plus régulier ; mais ailleurs, la 2e donne jusques (p. 34, l. 20), j’espere (p. 92, l. 12), j’ay dit (p. 36, l. 24), toû-jours (p. 46, 54, 128, 191, etc.), et la 3e, aux mêmes pages, iusques, i’espere, i’ay dit, tousiours, etc. Il est curieux aussi de constater sur l’exemplaire de l’Institut les changements que les annotateurs de 1684 à 1704 auraient apportés au texte imprimé en 1667 : parce que substitué presque partout à pource que, et dans à en (ex., dans l’esprit, dans ses lettres, etc.), si bien que plus d’une correction de leurs mains, qu’on serait tenté de prendre pour une variante, n’est pas le moins du monde un retour à l’ancien texte de Descartes, mais un simple rajeunissement de style. Nous nons en tiendrons donc pour les Lettres, en l’absence d’un autographe ou d’une copie manuscrite, au texte de Clerselier tel qu’il a été imprimé par Charles Angot en 1667 pour le premier volume (troisième édition) et pour le troisième, et en 1666 pour le second (deuxième édition).

Ainsi l’on aura partout, ou bien l’orthographe de Descartes lui-même, ou tout au moins celle de son temps. Et comme c’est là une partie, si petite qu’on voudra, de ses habitudes et de sa physionomie d’écrivain, on ne se permettra pas d’y rien changer, non plus qu’on ne ferait à son costume et aux moindres traits de son visage, dans une gravure où on voudrait le représenter au naturel.

C. A.      






CORRESPONDANCE



CORRESPONDANCE


I.

Descartes a son Frère aîné.

3 avril 1622.

Autographe N° I, Bibliothèque Victor Cousin.

Ie sousigné m’oblige a Monsieur Me Pierre Descartes, Conseiller du Roy au Parlemant de Bretaigne, mon frere, de ne vendre point les biens compris en la procuration qu’il m’a donnée ce iourd’huyn a moindre 5 pris que la somme de huit mil escus, scauoir, dix mil liures la maison & iardin de la ville de Poictiers, & quatorze mil liures les terres sises a Auaille, si ce n’est par son consetemant ; et au cas que ie vende les d(ites) choses, de rapporter la d(ite) somme, ou plus 10 grande, si ie la pouuois receuoir de la vendition des d(its) biens, au total des successions de defuntes Damoyselles Iehanne Sain mon ayeulle, I. Brochard ma mere, & I. Brochard Dame d’Archangé ma tante, venans a partage. Fait a Rennes, ce troisiesme Iour 15 d’Auril mil six cens vingt deus.

RENE DESCARTES.

Cette pièce, dont Baillet a eu connaissance (voir la Lettre II ci-après), porte aujourd’hui la mention suivante :

« Autographe de mon grand-oncle l’illustre René Descartes. Je suis en ce moment l’unique descendant de Pierre, son frère aîné ; la mère de mon père, Silvie Descartes, était la dernière de la souche de Pierre. 17 juillet 1834. F. de Châteaugiron. »

Quand Descartes contracta cette obligation, il venait de rentrer en France, d’où il était absent depuis mai 1617. Il arriva à Rennes vers le milieu de mars 1622, ayant renoncé à suivre la carrière des armes. Il « avoit alors vingt-six ans achevez, et M. son père prit occasion de sa majorité pour le mettre en possession du bien de sa mère, dont il avoit déjà donné deux tiers à ses aînez : l’un à M. de la Bretaillière son frère, et l’autre à Madame du Crevis sa sœur ». (Baillet, La Vie de Monsieur Des-Cartes, t. I, p. 106) Sur la part de Descartes, voir la lettre suivante.


II.


Descartes à son Père.


22 mai 1622.


[A. Baillet,] La Vie de Monsieur Des-Cartes, 1691, t. II, p. 460.

[En marge] « V. les Contrats divers passez entre M. Descartes et ses cohéritiers. — Item la lettr. de M. Desc. à son père du 22 May 1622, et son obligation à son frère du 3 d’Avril 1622.

[Texte] Son père luy avoit donné d’abord, sur le bien de sa mère, le fief modique mais noble du Perron, avec une maison assez considérable dans la ville de Poitiers ; et sur les acquisitions de la communauté de son premier mariage, il l’avoit encore gratifié de trois fermes ou métairies dans le voisinage de Châtelleraut, et dans la paroisse d’Availles, dont l’une s’appeloit la Bobinière, l’autre la Grand-Maison, et la troisième le Marchais. Il vendit les deux dernières pour onze milles livres tournois, par un contract du 5 de Juin 1623 à un marchand nommé Pierre dieu-le-fils, ou dieullefit ; et le fief du Perron avec les droits seigneuriaux, et la terre de la Bobinière à M. de Châtillon gentil-homme Poitevin pour trois mille livres seulement, par contract du 8 de Juillet de la même année. Sa maison de Poitiers fut venduë quelque tems après pour la somme de dix à onze mille livres. » (cf. t. I, p. 116-7).

Baillet (t. II, p. 460) ajoute, probablement par confusion : « Outre cela il avoit encore (en marge : Au commencement de l’an 1622) reçu de son père au tems de sa majorité des terres labourables, et des vignes au territoire d’Availles, pour la valeur de quatorze à quinze mille livres. » Son père lui continua aussi une pension. — La lettre doit avoir été datée du Poitou et adressée à Rennes. « Comme tout ce bien étoit situé en Poitou, il fut curieux de l’aller reconnoître, afin de voir l’usage qu’il en pourroit faire. Il partit au mois de May pour se rendre dans cette province, et il songea dès lors à chercher des traitans pour le vendre, afin de trouver de quoy acheter une charge qui pût luy convenir. Il passa la plus grande partie de l’été tant à Châtelleraut qu’à Poitiers, et il retourna auprès de M. son père. » (Baillet, t. I, p. 106).



III.


Descartes à son Frère aîné.


21 mars 1623.


[A. Baillet,] La vie de Monsieur Des-Cartes, 1691, t. I, p. 118.

[En marge] Lettre MS. de M. Descart. à son frère du 21 mars 1623.

[Texte] « et il devoit partir en poste le 22 du même mois, après avoir mandé à ses parens qu’un voyage au delà des alpes luy seroit d’une grande utilité pour s’instruire des affaires, acquérir quelque expérience du monde, et former des habitudes qu’il n’avoit pas encore ; ajoutant que s’il n’en revenoit plus riche, au moins en reviendroit-il plus capable. »

« La pensée d’exécuter le dessein de ce voyage (en Italie) luy étoit venuë dès le mois de Mars, sur la nouvelle qu’il avoit reçeuë de la mort de M. Sain ou Seign son parent (en marge : Mari de sa Maraine), qui de Controlleur des Tailles à Châtelleraut, étoit devenu Commissaire général des vivres pour l’armée du côté des Alpes. Le prétexte étoit d’aller mettre ordre aux affaires de ce parent, et de prendre cette occasion pour se faire donner, s’il étoit possible, la charge d’Intendant de l’armée. Il s’étoit pourvû de toutes les procurations nécessaires pour réüssir dans cette affaire. »


D’après Baillet (t. I, p. 106 et 116), cette lettre serait datée de Paris, où Descartes se rendit vers la fin de février 1623, et d’où il ne revint qu’au commencement de mai, ayant, pour vendre ses biens, différé son voyage en Italie jusqu’au mois de septembre.



IV.


Descartes à son Père.


Poitiers, 24 juin 1625
.


[A. Baillet,] La Vie de Monsieur Des-Cartes, 1691, t. I, p. 129.

« M. Descartes vint en poste de Lyon en Poictou pour sçavoir l’état du bien qu’il y avoit laissé sans l’avoir pû vendre avant son départ, et pour rendre conte à Madame Sain sa marraine, de ce qu’il avoit fait pour les affaires de feu son mary dans l’armée d’Italie. (En marge : Lettr. de M. Desc. à son père, du 24 Juin 1625). Etant à Châtelleraut il fut sollicité de traitter de la charge du Lieutenant Général du lieu, qui se trouvoit pressé de s’en deffaire pour en acheter une autre à son fils ; et on lui fit entendre qu’il l’auroit pour seize mille écus ou 50000 livres. Il rejetta d’abord ces propositions sous prétexte qu’il ne pouvoit mettre de son argent plus de dix mille écus contans en une charge de judicature. Mais n’ayant pû résister aux instances de quelques amis (en marge : Le sieur de Masparault), qui lui offrirent de l’argent sans intérêt, il promit d’en écrire à Monsieur son Père dès qu’il seroit à Poictiers. C’est ce qu’il fit le 24 jour de Juin, pour le prier de l’assister de son conseil, et de le déterminer sur son choix. Il avoit sujet de craindre que son Père, qui étoit pour lors à Paris, ne le jugeât incapable de remplir une charge de cette espèce, parce que n’ayant fait autre exercice jusques là que de porter l’épée, il paroîtroit (en marge : À 29 ans) être venu trop tard pour entrer dans la profession de la robe. C’est sur quoi il voulut le prévenir en lui marquant la disposition où il seroit d’aller se mettre chez un Procureur du Châtelet, jusqu’à ce qu’il eût appris assez de pratique pour pouvoir exercer cette charge. Son dessein étoit d’aller voir M. son Père à Paris, dès qu’il auroit reçû de ses nouvelles. »


Baillet continue (t. I, p. 129. « Mais l’appréhension de ne plus le retrouver en cette ville fit que sans attendre sa réponse, il partit en poste et arriva au commencement du mois de Juillet. Néantmoins il n’eut point la satisfaction d’y voir M. son Père qui étoit retourné en Bretagne depuis peu de jours ; ce qui, joint avec les sollicitations des amis qui le vouloient voir étable à Paris, ne contribua pas peu à faire échouer son affaire de Châtelleraut et à le dégoûter de la Province. » Descartes ne retourna en Bretagne et en Poitou qu’au commencement de 1626, avec Levasseur d’Étiolles.



V.


Descarte à son frère aîné.


Paris, 16 juillet 1626.


[A. Baillet,] La Vie de Monsieur Des-Cartes, t. I, p. 136.


[En marge] « Lettre MS. de Desc. à son frère du 16 Juillet 1626. »

[Texte] « Étant revenu à Paris vers le mois de Juin, il se logea au fauxbourg Saint-Germain, dans la ruë du Four au trois Chappelets. Mais il ne luy fut plus aussi facile qu’auparavant de joüir de son loisir. Sans anciens amis, et particulièrement M. Mydorge et le P. Mersenne, avoient tellement étendu sa réputation, qu’il se trouva en peu de tems accablé de visites, et que le lieu de sa retraite se vit changé en un rendez-vous de conférences. »



VI.


Descartes à ***.


[1628.]


Texte de Clerselier, tome I, lettre 100, p. 462-466.


Cette pièce est une apologie des Lettres du Sieur de Balzac (Paris, Toussainct du Bray, 1624, in-8, privilège du 3 mai). Elle est probablement adressée à un ami commun de Descartes et de Balzac, peut-être Jean-Silhon (Voir Baillet, t. I, p. 144) qui présenta lui-même ces Lettres dans une préface au cardinal de Richelieu.

Clerselier ne donne aucune date. Mais D. Nisard, dans son Histoire de la littérature française (Paris, Didot, 1844, t. II, p. 6, note conservée dans les éditions suivantesà, mentionne une lettre de Balzac du 30 mars 1628, remerciant Descartes de son apologie. Nous n’avons pu retrouver d’autres traces de ce remercîment.*

Les Lettres su Sieur de Balzac avaient de fait, dès leur apparition suscité de nombreuses critiques, comme : La Vraye Histoire comique de Francion, de Charles Sorel (Paris, Billaine, 1624, in-8, privilège du 5 août) ; Response du sieur Hydaspe au Sieur de Balzac, par le P. Garasse, 1624 ; Lettre de Théophile contre Balzac à Eudoxe, 1624 : Lettre de M. de Croisilles à M. le comte de Cramail (Paris, 1625, in-8), etc.

Elles furent défendues par François Ogier (Apologie pour M. de Balzac, Paris, Cl. Morlot, 1627, in-4, privilège du 26 mars ; rééditée, t. II, 2e partie, p. 105-159 des Œuvres de M. de Balzac, 1665), lequel ajouta, comme pièce justificative, une Conformité de l’Éloquence de M. de Balzac avec celle des plus grands hommes du temps passé et du présent, par frère André de St-Denys. Descartes, en plusieurs endroits qui seront signalés ci-après, semble s’être inspiré de l’Apologie d’Ogier, dont il resta l’ami. La bibliothèque de Carcassonne conserve un exemplaire des Principia Philosophiæ, envoyé le 18 septembre 1644 avec ces mots sur la première page : « F° Ogier acris iudicii senatori censenda proponit Des Cartes. »

Mais la lettre de Descartes paraît répondre particulièrement à une nouvelle attaque dirigée contre Balzac par le Père Goulu (Dom Jean de St-François, général des Feuillants, mort le 5 janvier 1629) : Lettres de Phyllarque à Ariste, où il est traicté de l’éloquence françoise, première partie (Paris, Nicolas Buon, 1627, in-8, privilège du 18 septembre). Voir Emile Roy, De Joan. Lud. Guezio Balzacio contra Dom. Joan. Gulionum, thèse, Paris, Hachette, 1892.

D’après Borel (Voir Baillet, t. I, p. 139 et suiv.) Descartes aurait, dès 1625, défendu Balzac contre le Père Goulu devant le cardinal-légat Barberini, dont il avait fait la connaissance à Rome. Cependant l’indication donnée par Nisard semble mieux se rapporter à la date probable de la lettre de Descartes. Celui-ci se trouvait en Bretagne l’hiver de 1628, (où il fut, le 22 janvier, parrain à Elven d’un fils de son frère aîné), puis, l’automne de la même année, au camp devant La Rochelle. Entre temps, il vint sans doute à Paris.

Clarissimo Viro Domino *****.
Censura quarumdam Epistolarum
Domini Balzacij.


Clarissime Domine,


Quocunque animo legam has Epistolas, siue vt feriò
examinem, siue magis vt oblecter, tantoperè mihi
satisfaciunt, vt non modò nihil inueniam quod debeat
reprehendi, sed ne quidem etiam in rebus tam bonis
5 facilè iudicem quid præcipuè sit laudandum. Est enim
in illis puritas elocutionis, tanquam in humano corpore
valetudo, quæ scilicet ex eo maximè credenda est
optima, quòd nullum relinquat suî sensum. Est insuper
elegantia & venustas, tanquam in perfectè formosâ
10 muliere pulchritudo, nempè quæ non in hâc aut
illâ re, sed in omnium tali consensu & temperamento
consistit, vt nulla designari possit eius pars inter cæteras
eminentior, ne simul aliarum malè seruato proportio
imperfectionis arguatur*. Sed veluti singulæ
15 pulchritudinis partes, inter næuos & defectus formarum
quas videre consuenimus, facilè distinguuntur,
atque harum nonnullæ interdum tantâ laude dignæ
sunt, vt hinc optimè, quantò maiora essent formæ omnibus
numeris absolutæ merita, si quæ talis reperiretur,
20 æstimemus ; non dispari ratione, si ad aliorum
scripta mentem conuerto, plurimas sæpè in illis virtutes
orationis enumero, nempè quorumdam vitiorum
mixturâ distinctas. Et quoniam illæ etiam ibi suis laudibus
non carent, hinc maximè percipio, quantò pluris 8 Correspondance. i. 463-464.

ris hîc faciendae fint, vbi purae exiftunt. Apud alios enim ficubi verba leétiffima, curiofo ordine difpofita, & liberali ftilo profufa, non parum auribus fortafsè fatisfaciant, ibidem vt plurimùm fenfus humilis, et in vaftâ oratione difperfus, attenta ingénia fruftratur. Si 5 contrà fignificantiffimae di&iones, nobilium cogitatio- num abundantiâ , mentes capaciores interdum oblec- tent, eafdem preffo & fubobfcuro ftilo faepiùs fati- gant. Si qui verô inter haec extrema médium tenentes, verum fermonis inftitutum in puris rébus exprimendis 10 rigidiùs obferuent, tam aufteri funt, vt à delicatis non amentur. Si qui denique in falibus & iocis teneriores mufas exerceant, illi ferè omnes vel in vocum exole- tarum fidâ maieftate, vel inperegrinarum ftrepitu, vel in nouarum mollitie*, vel in ridiculis aequiuocis, vel i5 in cogitationibus poëticis , falfifque rationibus & pue- rilibus argutijs malè collocant orationis venuftatem; atque a hae nugae feuerioris notae hominibus non aliter placere poffunt, quàm hiftrionum ineptiae, aut gefti- culationes fimiarum. In his autem Epiftolis, & elegan- *o tiffimae orationis vbertas, quae fola implendis ledo- rum animis poffet fufficere, vires argumentorum non diflipat, nec obruit; et fententiarum dignitas, quae fe proprio pondère facile fuftineret, nullâ premitur ino- piâ didionum ; fed cogitationes altiffimi fpiritûs, atque *5 à plèbe femotse, verbis in ore hominum frequentibus, & longo vfu emendatis, accuratiffimè exprimuntur : atque ex tam fœlici rerum cum fermone concordiâ faciles qusedam gratiae exur|gunt*, ab afcititijs illis, quibus vulgus decipi folet, non minus diuerfae, quàm 3o

a. Lire : atqui (?).

�� � 1,464. VI. IÔ28. 9

formofiffimae puellae color ingenuus à minio & ce- rufsâ prurientium vetularum.

Et haec quidem de elocutione diéta fint, quae fola ferè in hoc fcribendi génère effet fpeétanda, nifi hae 5 litterse aliquid altius faperent, quàm quae vulgo mit- tuntur ad familiares. Quia verô faepiùs non minora traélant argumenta, quàm ipfse conciones quae ab an- tiquis oratoribus publiée habebantur*, quaedam di- cenda funt de eximiâ illâ perfuadendi fcientiâ, quae

10 requiri folet ad eloquentise complementum. Haec verô apud alios habuit etiam fuas virtutes & fua vitia. Nam primis & incultis temporibus, antequam vlla fuiffent adhuc in mundo diffidia, & cùm lingua can- didat mentis affe&us non inuita fequebatur, erat

i5 quidem in maioribus ingenijs diuina quaedam elo- quentiae vis, quse ex zelo veritatis & fenfûs abundantiâ profluens, rudes homines ex fyluis eduxit, leges im- pofuit, vrbes condidit, eademque habuit perfuadendi poteftatem ûmul & regnandi*. Sed paulô poft illam

20 apud Graecos & Romanos fori contentio & concio- num frequentia corrupit, dum nimis exercuit. Tranf- mifit enim ad vulgares homines , qui , cùm aperto Marte, & folius veritatis copijs, auditorum animos vincere defperarent, confugiebant ad fophifmata, &

25 inanes verborum infidias, quibus etfi non rarô incau- tos fallerent, non meliori tamen iure cum prioribus de oratoriâ laude contendebant, quàm proditores de verâ fortitudine cum animofis militibus. Et quamvis fucatas fuas rationes aliquando etiam ad veritatis

3o patrocinium adhiberent, cùm tamen praecipuam artis gloriam ponerent in deterioribus caufis fuftinendis,

Correspondance. I. 2

�� � io Correspondance. i, 464-465.

in hoc illos fuiffe miferrimos puto, quod optimi ora- tores effe non potuerint, quin mali homines videren- tur*. Hic verô Balzacius quaecumque dicenda fufci- pit, tam validis rationibus explicat, & tam grandibus exemplis illuftrat, vt maxime admirer quandam in 5 eius ftilo vehementiam, & naturœ impetum, curiofâ arte non frangi, fed inter elegantias & ornatum |setatis vltimae, prioris eloquentia? vires & maieflatem reti- nere. Neque enim abutitur ille fimplicitate ledoris, fed ijs vti folet argumentis, quse licet tam perfpicua io fint, vt apud vulgus facile inueniant fidem, funt nihilo- minùs tam folida & vera, vt quô maiori quifque inge- nio efl, eô certiùs ab illo conuincatur, idque potifli- mùm quoties non alia probat, quàm quse fibi priùs ipfe perfuafit. i5

Quamuis enim paradoxa veris interdum rationibus adornari poffe non ignoret, periculofafque veritates aliquibus in locis prudentiffimâ arte declinet, eft ta- men in eius fcriptis generofa quœdam libertas, quae fatis indicat iilum nihil œgriùs fuflinere, quàm men- 20 tiri*. Hinc, û quando vitia nobilium defcribenda fuf- cipiat, non feruili potentise metu, û virtutes, nullâ animi malignitate à vero dicendo prohibetur. Si verô de feipfo fermonem inftituat, nec corporis morbos & naturas imbecillitatem exponendo, contemptum, nec s5 méritas ingenij fui laudes non diffimuïando, inui- diam reformidat. Quod non ignoro à multis primo intuitu in deteriorem partem fumi poffe; vitia enim tam frequentia funt hoc faeculo, & virtutes tam rarae, vt quotiefcunque idem effeéhis poteft ad ho- 3o neftam vel turpem caufam referri , de illo non dubi-

�� � 1,465-466. VI. IÔ28. II

tent mortales, iuxta id quod faepiùs accidit, iudicare. Quifquis autem animaduertet eundem Balzacium, non bona tantum, fed mala etiam, tum fua tum aliéna, in fcriptis fuis libère declarare, nunquam pro- 5 feétô rebitur, adeô diuerfos in eodem homine mo- res exiftere, vt modo dedecora aliorum per malignam temeritatem, modo reftè fada per timidam adulatio- nem diuulget, modo etiam infirmitates fuas per quan- dam animi vilitatem, modo egregias dotes per cupi-

10 dinem inanis glorise defcribat ; fed potiùs illum haec omnia , tantùm quia talia effe fentit , ex amore veri- tatis, & per infitam quandam generofitatem diffimu- lare non poffe. Atque hune candorem & antiquos mores, ingenij fupra vulgus pofiti, rebitur aequa pofte-

i5 ritas, etiamfi nunc in homine viuo liuidi mortales tam fublime virtutis genus | reculent admittere. Tanta eft enim deprauatio gentis humanae, vt quemadmodum in cœtu corruptse iuuentutis caftum effe vel fobrium, ita ferè apud omnes vitio vertatur ingenuum effe & ve-

îo racem, multôque auidiùs falfa crimina, quàm verae laudes audiantur; idque potiffimùm, fi quando viri egregij de fe ipfis loqui velint; nam tune maxime Veri- tas fuperbiae, diffimulatio verô & mendacium modera- tioni tribuuntur. Vnde famofi in Balzacium libelli

25 tam fpeciofam criminandi materiam habuere, vt quaf- cunque alias, quantumlibet iniuftas vel ridiculas ac- eufationes, capitali iiti coniungerent , fimul tamen omnes, tanquam huius fauore commendatas, imperi- tum vulgus admitteret : et certè hoc in loco calami-

3o tofum mihi videtur, tam multos, ex ijs qui se Aliquos putant, Vulgi appellatione comprehendi *.

�� �

Page 7, l. 14. — Cf. Ogier, Apologie, p. 150.

Page 8, l. 15. — Cf. ib., p. 125. « Artifice et dexterité de M. de B…, qui sans se departir des termes qui sont dans la bouche de toute la Cour, et n’en recevant aucun que l’usage ne luy donne, sçait representer le bien et le mal en son extremité : ce qui est presque impossible à faire si nous n’avons recours à nos peres, ou à nos voisins, et ne parlons par consequent un langage ou trop vieux ou trop nouveau. »

Page 8, l. 29. — Cf. ib., p. 133 : « Car soit que l’on considere les richesses de l’elocution, soit qu’on ait esgard à la nouveauté des inventions, ou à la force des pensées, soit qu’on cherche cette Grace, et cette Venus qu’Apelles inspiroit en ses tableaux, et que les Italiens nomment le je ne scay quoy, qui est l’aveugle qui ne remarque tout cela dans la plus courte de nos periodes ? »

Page 9, l. 8. — Cf. ib., p. 151-154, sur « les Lettres » qui comme genre valent des Harangues et des Livres ».

Page 9, l. 19. — Cf. ib., p. 122-123 : Nestor, Ménélas et Ulysse dans Homère sont cités comme représentant les trois principaux genres d’éloquence.

Page 10, l. 3. — Cf. ib., p. 127 et 128 : Ogier cite Isocrate, Dion Chrysostome, Philostrate, Maxime de Tyr, Libanius.

Page 10, l. 21. — Cf. ib., p. 156-158 : « Pour moy, ie ne sçaurois m’imaginer que nous soyons obligez ni de loüer le vice, quand il est en autruy, ni de ne loüer pas la vertu, si elle est en nous… Vn des prîncipaux effets de la magnanimité consiste en vne genereuse et libre declaration de ce que nous sommes. »

Page 11, l. 31. — Balzac dédia à Monsieur des Cartes, vers la même époque (1627-1629), trois pièces qui font partie des Dissertations chrestiennes et morales (t. II, p. 308-319 des Œuvres de Balzac, 1665) sous les titres : V. Le Sophiste Chicaneur. VI. Le Chicaneur convaincu de faux. VII. La dernière objection du Chicaneur refutée. Ce chicaneur est le P. Goulu. — La lettre de Descartes fut communiquée par Balzac à Chapelain, le 22 avril 1637 : « Je vous envoye un jugement qu’il fit de mes premieres lettres, stilo, ut aiebat, Petroniano. » (Œuvres de Balzac, t. 1, p. 745). Chapelain répond le 31 mai 1637 : « J’ay leu avec un extreme plaisir l’éloge latin qu’il a fait de vos premieres lettres, et quoy que son stile en cette langue ne soit pas le nostre, je croy, pour le peu que je m’y connois, qu’on ne le sçauroit blasmer de barbarie, et qu’il y a beaucoup de gens qui se passeront d’une aussi bonne expression que la sienne : surtout il me paroit candide et judicieux, et, outre la raison du bien qui y est dit de vous, qui ne peut que me plaire extremement, je vous avoue que j’y trouve encore dans la façon de le dire assez de grace pour l’estimer fort, quand ce ne seroit pas de vous qu’il parleroit… P. S. Je garderay soigneusement le jugement latin de M. Descartes et ne vous le renvoyeray que quand vous l’ordonnerés et qu’après en avoir fait tenir une copie. » (Lettres de Jean Chapelain, Paris, Impr. Nat., 1880, t. I, p. 153-154). — La version française, donnée par Clerselier (lettre C bis du t. I) n’est certainement pas de Descartes. Si d’ailleurs celui-ci avait choisi la langue latine, c’était sans doute pour se conformer à l’usage, dans le cas où Balzac aurait désiré mettre cette défense en tête d’une réédition de ses Lettres, comme il fit, par exemple (8e édition), pour une autre apologie demandée à son vieux maître, Nicolas Bourbon. Ce fut, au reste, pour ce dernier une source d’ennuis, et Descartes dut, au moins, ne pas insister pour l’impression de sa lettre. (Voir Émile Roy, thèse latine p. 39-40.)

VII.
Descartes à Ferrier.
18 juin 1629.
Texte de Clerselier, tome III, lettre 98, p. 551-553.

Cette lettre datée, dans Clerselier, « à Monsieur Ferrier, d’Amsterdam, le 18 juin 1626 (sic) », doit avoir été écrite en réalité de Franeker, en Frise, où l’album des étudiants de l’Université porte le nom de Descartes inscrit sous la date du 16 avril 1629. D’après Baillet (t. I, p. 205), après être disparu pendant l’hiver de 1628-1629, Descartes, en arrivant en Hollande au printemps, étoit allé droit à Dordrecht [ou Dort] voir le sieur Beeckman comme un ancien amy. » Mais il cachait encore soigneusement sa résidence.

        Monſieur,

Depuis que ie vous ay quitté, iay beaucoup appris
touchant nos verres, en ſorte qu’il y a moyen de faire
quelque choſe qui paſſe ce qui a iamais eſté veu ; et
le tout ſemble ſi facile à executer, & eſt ſi certain,
5 que ie ne doute quaſi plus de ce qui depend de la
main, comme ie faiſois auparauant. Mais c’eſt vne
choſe que ie ne ſçaurois écrire ; car il arriue mille
rencontres en trauaillant qui ne ſe peuuent preuoir
ſur le papier, & qui ſe corrigent ſouuent d’vne parole
lors qu’on eſt preſent ; c’eſt pourquoy il ſeroit neceſ-
faire que nous fuſſions enſemble. Ie n’oſe pourtant
vous prier de | venir icy ; mais ie vous diray bien que ſi
i’euſſe penſé à cela, lors que i’eſtois à Paris, i’aurois 5
taſché de vous amener ; et ſi vous eſtiez aſſez braue
homme pour faire le voyage, & venir paſſer quelque
temps auec moy dans le deſert, vous auriez tout loiſir
de vous exercer, perſonne ne vous diuertiroit, vous
ſeriez éloigné des objets qui vous peuuent donner de 10
l’inquietude ; bref vous ne ſeriez en rien plus mal que
moy, & nous viurions comme freres ; car ie m’oblige
de vous défrayer de tout auſſi long-temps qu’il vous
plaira de demeurer auec moy, & de vous remettre dans
Paris lors que vous aurez enuie d’y retourner. Si vous 15
auez maintenant quelque bonne fortune, ie ſerois
marry de vous débaucher ; mais ſi vous n’eſtes pas
mieux que lors que ie vous ay quitté, ie vous diray
franchement que ie vous conſeille de venir. Le voyage
n’eſt pas de la moitié ſi long que pour aller en voſtre 20
païs ; nous ſommes en eſté, & la mer eſt maintenant
fort aſſurée. Il faudroit apporter les outils dont vous
pourriez auoir beſoin, ils ne coûteroient à apporter
que iuſqu’à Calais ; car c’eſt le chemin qu’il vous fau-
droit prendre. De Calais vous pourriez paſſer par mer 25
en vn iour ou deux, iuſqu’à Dort, ou Roterdan, c’eſt à
dire icy ; car de là on peut venir plus ſeurement iuſques
icy, qu’on ne fait à Paris depuis le logis iuſqu’à l’egliſe.
Et meſme eſtant à Dort, vous pourriez voir Monſieur
Beecman qui eſt Recteur du College, & luy monſtrer 30
ma lettre, il vous enſeignera le chemin pour venir icy ;
et ſi vous auiez beſoin d’argent, ou de quoy que ce
ſoit, il vous en fourniroit, en ſorte que vous ne deuez
conter pour la difficulté du voyage que iuſqu’à Calais.
Si vous auez aufïi quelques meubles qu’il vous falluft
5 laiſſer à Paris, il vaudroit mieux les apporter, au
moins les plus vtiles ; car ſi vous venez, ie prendray vn
logis entier pour vous & pour moy, où nous pourrons
viure à noſtre mode & à noſtre aiſe. N’eſtoit que ie ne
vous ſçaurois faire donner d’argent à Paris, ſans man-
10 der où ie fuis (ce que ie ne deſire pas), ie vous prierois
auſſi de m’apporter vn petit lit de camp ; car les lits
d’icy font fort incommodes, & il n’y a point de mate-
las. Mais ſi vous eſtes en doute de venir, venez pluſtoſt
tout nud que d’y manquer. Ie ſerois pourtant bien-aiſe
15 d’apprendre que ce fuſt l’abondance & la commodité
qui vous en empeſchaſt ; mais ſi c’eſtoit la neceſſité, ie
croyrois que vous auriez manque de courage, car il
n’y a rien qui vous y doiue ſi-toſt faire reſoudre ; et
mefme vne mediocre fortune, ou bien de légères eſpe-
20 rances ne vous doiuent pas retarder, ſi vous auez
l’ambition de faire quelque choſe qui paſſe le commun :
car toutes mes regles sont fauſſes, ou bien, ſi vous
venez, ie vous donneray moyen d’executer de plus
grandes choſes que vous n’eſperez. En tout cas, ie
25 vous prie de m’écrire ſi-toſt que vous aurez receu
celle-cy. Au reſte, ie vous prie que perſonne ne ſçache
que ie vous ay écrit, non pas meſme Monſieur Mydorge,
encore que ie ſois bien fort ſon ſeruiteur ; mais ie ſuis
en lieu où ie ne luy ſçaurois rendre aucun ſeruice. Et
30 meſme ſi vous venez, vous deuez ſouhaitter que per-
ſonne n’en ſçache rien ; car ſi vous faites quelque choſe
de bon, il en ſera meilleur lors qu’on ne l’aura point
attendu, & le retardement ne degouſtera perſonne.
Pour moy ie me trouue ſi bien icy, que ie ne penſe pas
en partir de long-temps. Ie vous prie de m’aimer,
comme ie croy que vous faites, & de me croire comme 5
ie fuis…
VIII.
Descartes au P. Gibieuf.
18 juillet 1629.
Autographe, Londres, British Museum, MS. Egerton, 19, f. 25.

Lettre probablement écrite de Franeker, sur papier vergé, grand format, portant un cachet de cire rouge, brisé, aux initiales R. C. — Elle a été publiée (Œuvres inédites de Descartes, t. II, 1860, p. 1-3) par Foucher de Careil qui a lu Oslier comme nom du destinataire ; sa conjecture « Bérulle » (p. 239) n’est pas plus heureuse.

Monſieur & Reuerend Pere,
   L’honneur que vous me faites de vous fouuenir de
moy m’oblige beaucoup plus, que ne vault tout le
ſeruice que i’aurois pu rendre a Monſieur le Reuerend
Pere de Sancy, ſi i’auois eſté aſſés hureus pour ſcauoir
pluſtoſt qu’il auoit vn’affaire au Parlemant de Rennes.5
Mais ſans doute elle ſera terminee auant que vous
receuiés celle cy, puiſqu’il y eſt allé ſi fort en dili-
gence, car voicy la fin du ſemeſtre. Toutefois ſi par
hazard il eſtoit remis au ſuiuant, ie vous enuoye vne
lettre pour mon Pere ; i’en penſois eſcrire encore a10
quelques autres, mais ie crains de perdre l’heure du
Meſſager, & ie fuis aſſuré, que s’il en eſt beſoin
ce fera encore aſſés toſt au prochain voyaſge ; car
ilz ne feront preſque rien de deus ou trois mois.
5 Mr Ferrier m’en mandera des nouuelles, et ie n’attens
pas que vous en preniés la peine ; ie me reſerue a vous
importuner lorſque i’auray achevé vn petit traité que ie
commance, duquel ie ne vous aurois rien mandé qu’il
ne fuſt fait, ſi ie n’auois peur que la longeur du tans
10 vous fiſt oublier la promeſſe que vous m’aués faite de
le corriger & y adiouſter la derniere main ; car ie n’eſ-
pere pas en venir a bout de deus ou trois ans, & peut
eſtre apprés cela me reſoudrai-ie de le bruſler, ou du
moins il n’eſchappera pas d’entre mes mains & celles
15 de mes amis ſans eſtre bien conſideré ; car ſi ie ne ſuis
aſſés habile pour faire quelque choſe de bon, ie taſ-
cheray au moins d’eſtre aſſés ſage pour ne pas publier
mes imperfections. Ie ſuis,
Monſieur & Reuerend Pere,
Voſtre tres humble &
tres obeiſſant ſeruiteur,
R. DESCARTES.          

     De Hollande, ce 18 Iuillet 1629.

A Monſieur
Monſieur le Reuerend Pere
Gibieu ſuperieur en la
congregation de l’Oratoire de
Iesus, proche du Louure
A Paris.
IX.
Descartes a ***.
[Septembre 1629 ?]

L = Variantes manuscrites de l’exemplaire de l’Institut données ici non comme l’original de Descartes, mais comme exemple des rajeunissements de style qu’on aurait imposés au texte à la fin du xviie siècle. La date et le destinataire de ce fragment sont inconnus. L’exemplaire de l’Institut ne donne en marge que des conjectures tirées du texte : « A un des amys de Paris de Mr D., peut-être à Mr Mydorge : elle est écrite le 20 octobre 1639. V. en les raisons dans le nouveau cahier. » Mais Mydorge est exclu, parce que Descartes n’avait pas à lui recommander particulièrement Ferrier, et parce que, d’autre part, il ressort clairement de la lettre XIX ci-après (Clerselier, t. II, p. 520) que, le 4 mars 1630, Descartes n’avait pas encore écrit à Mydorge et que ce dernier ignorait toujours son adresse en Hollande, &. J’estime que la lettre, publiée par Clerselier sur une minute qui ne portait pas d’en-tête (il aura ajouté « Monsieur »), est la première que Descartes ait écrite de Hollande à Mersenne. Celui-ci, ayant eu l’adresse de Descartes par Ferrier, lui aura posé, semble-t-il, une question tout à fait analogue à celle qu’il avait faite à Beeckman un peu auparavant (Voir ci-après lettre X) ; il aura appuyé Ferrier pour lui faire obtenir un logement au Louvre (Voir lettre XI). Le Minime ne semble pas, au reste, avoir conservé cette première lettre de Descartes ; mais peut-être en a-t-il gardé une suite, que Descartes au contraire n’avait pas écrite en minute. La collection Lahire comprenait en effet, sous le n° 1, un fragment non daté antérieur à la lettre XIV ci-après (du 13 novembre 1629), et l’on ne voit pas ce que ce fragment perdu pouvait renfermer, si ce n’est une demande de renseignements sur les parhélies observés à Rome (Voir lettre X). La présente lettre, dans cette hypothèse, serait au plus tard partie d’Amsterdam le 25 septembre 1629, mais elle peut être antérieure d’une ou plusieurs semaines. On ignore d’ailleurs si, à la fin de septembre, Descartes avait déjà quitté Franeker ; Baillet indique, mais sans preuves pré'cises', le mois d’octobre comme celui où il s’établit à Amsterdam — (P. T.).

On peut, tout au contraire, admettre que la lettre n’a été écrite qu’en 1638 ou 1639, et qu’elle est adressée à Constantin Huygens, dont l’intérêt pour les questions de musique est bien connu (Correspondance et œuvre musicale de Constantin Huygens, par W. J. A. Jonckbloet et J. P. N. Land, Leyde, 1882), et qui eut à s’occuper de Ferrier, lorsque cet artisan alla en Hollande, ainsi que cela est bien établi par les lettres de la Correspondance de Christiaan Huygens (n° 960, Thevenot à Chr. Huygens, de janvier 1662, t. IV, p. 18 ; n° 32 et 33, Rivet à Const. Huygens, 27 février et 3 avril 1647, t. I, p. 66 et 68). Il le recommanda notamment aux magistrats de Leyde (Lettre de Descartes à Constantin Huygens, de juillet 1640, Clers., t. III, p. 592, où le « Tourneur » dont il est parlé serait précisément Ferrier) — (C. A.).

Monſieur,
le vous ay tant d’obligation du fouuenir qu’il vous
plaiſt auoir de moy, & de l’affection que vous me
témoignez, que i’ay regret de ne la pouuoir aſſez meri-
ter. Excuſez & mon peu d’eſprit, & les diuertiſſemens
5qui me portent à d’autres penſées, ſi ie ne puis ſatis-
faire à voſtre queſtion, ſçauoir, pourquoy il eſt plus
permis de paſſer de la dixième mineure à la ſexte ma-
jeure, que des tierces à l’odaue. Sur quoy ie vous diray
neantmoins, qu’il me ſemble que ce qui rend le paſſage
10d’vne conſonance à l’autre agreable, n’eſt pas ſeulement
que les relations ſoient auſſi conſonantes, car cela ne
ſe peut ; meſme quand il ſe pourroit, il ne ſeroit pas
agreable, d’autant que cela oſteroit toute la diuerſité
de la Muſique. Et d’ailleurs touchant les mauuaiſes
15relations, il ne faut preſque conſiderer que la fauſſe
quinte & le triton ; car les ſeptiéme & neuuiéme ſe
rencontrent preſque touſiours, lors qu’vne partie va
par degrez conjoints. Mais ce qui empeſche qu’on ne
peut aller de la tierce à l’octaue, eft à cauſe que l’octaue
eſt vne des conſonances parfaites, lesquelles ſont atten-
dues de l’oreille, lors qu elle entend les imparfaites ;5
mais lors qu’elle entend les tierces, elle attend la con-
ſonance qui leur eſt la plus proche, à ſçauoir, la quinte
ou l’vniſon ; de ſorte que ſi l’octaue ſuruient au lieu, cela
la trompe, & ne la ſatisfait pas. Mais il eſt bien per-
mis de paſſer des tierces à vne autre imparſaite ; car10
encore que l’oreille n’y trouue pas ce qu’elle attend,
pour y arreſter ſon attention, elle y trouue cependant
quelqu’autre varieté qui la recrée, ce qu’elle ne trou-
ueroit pas en vne conſonance parfaite, comme eſt
l’octaue.15
   | I’ay appris de Monſieur Ferrier combien vous
m’auiez obligé en ſa perſonne ; et encore qu’il y ait
beaucoup plus de choses en luy, qui vous peuuent
conuier à procurer ſon auancement, que ie n’en re-
connois en moy pour meriter l’honneur de vos bonnes20
graces, ie n’eus pas laiſſé de reconnoiſtre que c’eſt
moy qui vous ſuis redeuable des faueurs qu’il a re-
ceuës, non ſeulement à cauſe que ie l’aime aſfez pour
prendre part au bien qui luy arriue, mais auſſi pour ce
que mon inclination me porte ſi fort à vous honorer25
& ſeruir, que ie ne crains pas de deuoir à voſtre cour-
toiſie, ce que i’auois voüé à vos meérites. Et de plus, ie
ſuis bien-aiſe de me flater, en me perſuadant que i’ay
l’honneur d’eſtre en voſtre fouuenir, & que vous dai-

  • 8 uniſſon L. — 17 encore]
  • quoy L. — 18 choses] bonnes
  • qualitez L. — 21 n’eus] n’ay
  • L.
gnez faire quelque choſe en ma conſideration ; ce qui
me fait auoir meilleure opinion de moy, & me donne
tant de vanité, que i’oſe entreprendre de vous recom-
mander plus particulierement le meſme ſieur Ferrier,
5 en vous aſſurant qu’outre qu’il eſt très honneſte
homme, & extremement reconnoiſſant, ie ne ſçache
perſonne au monde, qui ſoit ſi capable, que luy de ce
à quoy il s’employe. Il y a vne partie dans les Mathe
matiques, que ie nomme la ſcience des miracles, pour
10 ce qu’elle enſeigne à ſe ſeruir ſi à propos de l’air et
de la lumiere, qu’on peut faire voir par ſon moyen
toutes les meſmes illuſions, qu’on dit que les Magi-
ciens font paroiſtre par l’aide des Demons. Cette
ſcience n’a iamais encore eſté pratiquée, que ie ſçache,
15& ie ne connois perſonne que luy qui en ſoit capable ;
mais ie tiens qu’il y pourroit faire de telles choſes,
qu’encore que ie mépriſe fort de ſemblables niaiſeries,
ie ne vous cèleray pas toutesfois, que ſi ie l’auois pu
tirer de Paris, ie l’aurois tenu icy exprés pour l’y
20faire trauailler, & employer auec luy les heures que
ie perdrois dans le jeu, ou dans les conuerſations
inutiles.

  • 9 pour] par L. — 22 L ajoute : Cette lettre finit icy, et le reste n’en est pas. La suite est en
  • effet postérieure aux Principia Philosophiœ (1644).
X.
Descartes a Mersenne.
8 octobre 1629.

Texte de l’exemplaire de l’Institut, t. II, lettre 112, p. 529-533.

Variantes d’après le texte de Clerselier. — La date n’est donnée que sur l’exemplaire de l’Institut, avec la note marginale. « I’ay la lettre manuscrite ». Cet original de Descartes, de même que nombre d’autres lettres de lui à Mersenne, n’a d’ailleurs jamais fait partie de la collection Lahire. Il a probablement été écrit à Amsterdam, comme l’affirme Baillet (t. I, p. 191).

Mon Reuerend Pere,
le ne penſe pas auoir eſté ſi inciuil, que de vous
prier de ne me propoſer aucunes queſtions ; c’eſt trop
d’honneur que vous me faites, lors qu’il vous plaiſt
d’en prendre la peine, & i’apprens plus par ce moyen,
que par aucune autre ſorte d’étude. Mais bien ſans5
doute vous auray ie ſupplié de ne trouuer pas mau-
uais, ſi ie ne m’efforce pas d’y répondre ſi exactement,
que ie tâcherois de faire, ſi ie n’étois tout à fait oc-
cupé en d’autres penſées : car ie n’ay point l’eſprit
aſſez fort, pour l’employer en meſme temps à plu-10
ſieurs choſes differentes ; et comme ie ne trouue ia-
mais rien, que par vne longue traiſnée de diuerſes
conſiderations, | il faut que ie me donne tout à vne
matière, lors que i’en veux examiner quelque partie.

2 car aj. av. c’eſt. — 7 exactement] preciſement.

Ce que i’ay éprouué depuis peu, en cherchant la cauſe
de ce Phainomene* duquel vous m’écriuez ; car il y a
plus de deux mois* qu’vn de mes amis m’en a ſait voir

icy vne deſcription aſſez ample, & m’en ayant de-

5 mandé mon auis, il m’a ſallu interrompre ce que
i’auois en main*, pour examiner par ordre tous les

Meteores, auparauant que ie m’y ſois pû ſatisfaire.

Mais ie penſe maintenant en pouuoir rendre quelque
raiſon, & ſuis reſolu d’en ſaire vn petit Traitté * qui
10 contiendra la raiſon des couleurs de l’Arc-en-Ciel,
leſquelles m’ont donné plus de peine que tout le reſte,
& generalement de tous les Phainomenes ſublunaires.
C’eſt ce qui m’auoit donné occaſion de vous demander
particulierement la deſcription que vous auiez du
15 Phainomene de Rome, pour ſçauoir ſi elle s’accordoit
auec celle que i’ay veuë, & i’y trouue cette difference,
que vous dites qu’il a eſté veu à Tiuoli *, & l’autre dit
à Freſcati, qu’il nomme Tuſculum en latin. Ie vous
prie de me mander ſi vous ſçauez aſſurément qu’il ait
20 paru à Tiuoli, & comment ce lieu là ſe dit en latin ;
i’auray bien loiſir d’attendre vos lettres, car ie n’ay
pas encore commencé à eſcrire, & ie ne me haſte pas.
Au reſte ie vous prie de n’en parler à perſonne du
monde ; car i’ay reſolu de l’expoſer en public, comme
25 vn échantillon de ma Philoſophie, & d’eſtre caché
derriere le tableau pour écouter ce qu’on en dira. C’eſt

  • 1 en cherchant] pour trouuer. 3 deux] trois. — 10 la raiſon] l’explication. — 14 auiez du] auez de ce. — 15 de Rome omis. — 16 i’ay] i’auois. — 17 et] ce que. — dit] ne dit pas,
  • mais bien. — 20 lieu] nom — latin], car ie ne le ſçay pas ; mais aj. — 22 eſcrire] l’écrire. — et ie ne me haſte pas omis. — 25-26 d’eſtre.… écouter] latere post tabellam, aſin de voir.
vne des plus belles matieres que ie ſçaurois choiſir, &
ie taſcheray de l’expliquer en ſorte que tous ceux qui
ſeulement entendront le latin*, puiſſent prendre plai-
ſir à le lire. I’aimerois mieux qu’il fuſt imprimé à
Paris qu’icy ; & ſi c’eſtoit choſe qui ne vous fuſt point5
du tout importune, ie vous l’ënvoyerois lors qu’il ſe-
roit fait, tant pour le corriger, que pour le mettre
entre les mains d’vn libraire.
Vous m’auez extremement obligé de m’aduertir de
l’ingratitude de mon amy* ; c’eſt, ie croy, l’honneur10
que vous luy auez fait de luy eſcrire, qui l’a ébloüy, &
il a crû que vous auriez encore meilleure opinion de
luy, s’il vous écriuoit qu’il a eſté| mon maiſtre il y a
dix ans. Mais il ſe trompe fort ; car quelle gloire y a-
t-il d’auoir inſtruit vn homme qui ne ſçait que très15
peu de choſe, & qui le confeſſe librement comme ie
fais ? le ne luy en manderay rien, puis que vous ne
le voulez pas, encore que i’euſſe bien de quoy luy
faire honte, principalement ſi i’auois ſa lettre toute
entière.20
Si vous pouuiez trouuer quelqu’autre lieu où mettre
M. Ferrier mieux qu’il n’eſt, ie croy que vous l’obli-
geriez. Sur tout ie vous le recommande ; ie fuis aſſuré
de l’execution des verres, s’il y trauaille ſeul, & eſtant
en repos ; & c’eſt choſe de plus grande importance25

  • 3 ſeulement… latin] entendront ſeulement le françois. — 6 du tout importune] à charge. — 9 extremement omis. — 10 ingratitude] impertinence — c’eſt, ie croy, omis. — 11 qui l’a] luy a ſans doûte tant donné
  • de vanité qu’il s’eſt. — 12 encore omis. — 14-15 quelle… a-t-il] il n’y a pas de gloire. — 15-16 que très peu de chose] rien. — 16-17 librement.. . fais] partout librement. — 22 M. Ferrier] M. N.
que l’on ne s’imagine. Il y a tant de gens à Paris qui
perdent de l’argent à faire ſouffler des Charlatans ; n’y
en auroit-il point quelqu’vn qui en vouluſt employer
vtilement à le faire trauailler ſix mois, ou vn an, ſans
5qu’il fiſt autre choſe du tout que cela ? car il ne luy
faudroit pas moins de temps pour preparer tous ſes
outils ; et c’eſt comme à l’Imprimerie, où la premiere
feuille eſt plus longue à faire que mille autres.
Pour la Raréfaction, ie ſuis d’accord auec ce Mede-
10cin*, & ay maintenant pris party touchant tous les
fondemens de la Philoſophie ; mais peut-eſtre que ie
n’explique pas l’Æther comme luy.
Pour ce liure de Camoyeux & de Taliſmans*, ie iuge
par le titre qu’il ne doit contenir que des chimeres.
15De meſme, la teſte qui parle, couure ſans doute
quelque impoſture : car de dire qu’il y euſt des reſſorts
& tuyaux, pour exprimer tout le Pater noſter, comme
le chant du coq en l’horloge de Strasbourg, i’ay bien
de la peine à le croire.
20De diuiſer les cercles en 27 & 29, ie le croy, me-
chaniquement, mais non pas en Geometrie. Il eſt
vray qu’il ſe peut en 27 par le moyen d’vn cylindre,
encore que peu de gens en puiſſent trouuer le moyen ;

  • 3-4 en… trauailler] le voudroit tenir. — 4-5 ſans qu’il fit] à ne faire. — 5 ne omis. — 6 pas moins de] du. — tous omis. — 10 maintenant omis. — touchant] là deſſus, comme sur preſque. — 11 Philoſophie] Phyſique. — 12 luy] Lorſque i’auray l’honneur de vous voir, nous aurons moyen de nous
  • en entretenir plus particulierement, aj. — 14 par le] du. — 17-18 tuyaux… Strasbourg] des tuyaux, comme au coq de l’horloge de Strasbourg, pour exprimer tout le Pater noſter. — 20-21 ie le croy… geometrie] cela ſe peut mechaniquement, mais non point geometriquement.
mais non pas en 29, ny en tous autres, & ſi on m’en
veut enuoyer la pratique, i’oſe vous promettre de
faire voir qu’elle n’eſt pas exacte[17].
Si ie peux recouurer les liures que vous deſirés, ie
vous les enuoyeray ; mais ie ne l’eſpere pas, car i’ay5
icy fort peu de connoiſſance, & point du tout auec
ceux qui les pourroient auoir.
Pour voſtre queſtion de Muſique *, | ie ne trouue que
des conjectures à y répondre, & doute preſque ſi les
praticiens ont raiſon en cela ; ſeulement puis-ie dire10
que lors qu’on va ainſy de l’Vniſſon à la Tierce mi-
neure, ce n’eſt iamais pour finir, mais pour reueiller
l’attention & ſuſpendre l’oreille au milieu d’vn chant,
à quoy la varieté eſt principalement requiſe. Or cette
varieté ſe remarque en diuerſes choſes ; et premie-15
rement, lors que les parties vont par mouuemens con-
traires, ce qui n’eſt pas icy ; en apres donc, lorſ-
qu’elles montent ou deſcendent au moins par mouue-
mens inégaux : ce qui paroiſt bien au premier, où le

  • 1 ny en tous autres omis. — 2 pratique] demonſtration. — 3 qu’elle… exact.] que cela n’eſt pas exact. — 4-7 Si… avoir alinéa omis. — 8 Musique] touchant le paſſage (P. 532) de l’Vniſſon à la Tierce mineure aj. — 9 preſque] en cela aj. (et supprimé l. 10 après raiſon). — 11 ainſy omis. — 11-12 mineure omis. — 12 iamais] pas. — 12-13 reveiller l’attention et omis. — 13 surprendre p. e.
  • mieux. — 15 en diverſes] principalement en deux. — 15-16 et premierement] 1. — 16 les] deux aj. — par] des aj. — 17 pas] point. — en apres donc] car elles montent ou deſcendent toutes deux ; 2. — 18 montent... par] procedent par des. — 19 paroiſt bien] est fort ſenſible. — où] car vne partie montant d’vne Quinte et l’autre d’vne Tierce, on remarque grande difference, en ce que.
Deſſus, qui a accouſtumé d’aller par degrez con-
joints, fait tout d’vn coup vn ſault iuſques à la
Quinte, & la Baſſe, qui a de coûtume d’aller par de
plus grands interuales, montant ſeulement d’une
5Tierce, ne va qu’à ſon ordinaire ; mais au dernier,
il ſemble que les deux parties deſcendent égale-
ment ; car le ſault d’vne Quinte à la Baſſe n’eſt gueres
plus que celuy d’vne Tierce au Superius ; ainſi il
n’y a pas grande varieté en ce dernier, ce qui le
10rend triſte & mal plaiſant. Ajoutez que, les choſes
étant égales, lors que les parties montent, elles
réueillent bien plus l’attention, que lors qu’elles
deſcendent. C’eſt tout ce qui m’en vient fous la
plume.
15Pour l’autre queſftion*, il faudroit bien du temps
pour y penſer, car il y a pluſieurs forces differentes à
confiderer : premierement ſi le poids eſtoit en vn
eſpace vuide, où l’air ne fiſt aucun empeſchement,
et qu’on ſupoſe qu’il ne luy faut que la moitié d’au-
20tant de temps pour faire le meſme chemin, lors qu’il
eſt pouſſé par vne force deux fois plus grande, i’ay
autresfois fait ce calcul : ſi la corde eſt longue d’vn
pied, & qu’il faille au poids vn moment pour paſ-
ſer depuis C iuſques à B, la corde eſtant longue

  • 2 vn] ſi grand aj. — 2-3 juſques à la Quinte omis. — 3 &] au contraire aj. — 3-5 qui… Tierce] montant d’vne Tierce. — 7 le ſault] l’interuale. — 8 plus] ſenſible aj. — 9 dernier] paſſage. — 10 mal plaiſant] déplaiſant. — 10-13 Ajoutez… deſcendent.] De plus, lors que
  • le deſſus monte, il réveille bien plus l’attention que lors qu’il descend. — 13 m’en] me. — 15-16 il faudroit… penſer] il y faudroit penſer. — 19 ſupoſe] ſupoſaſt. — faut] falluſt. — 22 fait… ce calcul] demonſtré qu’il fuiuoit cette proportion.
28

��Correspondance.

��II, 53a-533.

���de 2 pieds , il luy faudra \ de moment ; fi elle eft de 4 pieds, ■— de moment; fi de 8 pieds, |*-; fi de 16 pieds, •^ 7 - j qui n'eft guère plus de j momens; et ainfi des autres. le ne vous dis pas pour cela combien la corde doit eftre longue, pour que le poids emploie deux momens iuftement à aller de C à B ; car il ne vien- drait pas de | nombre fi facile, & le calcul m'en feroit mal aifé à faire ; mais vous voyez à proportion des autres qu'elle de- uroit eftre plus de $ fois plus longue, fi bien que ce qu'elle a de moins, vient de l'empefchement de l'air, auquel il faut confiderer deux chofes : fçauoir, com- bien il empefche au commencement du mouuement, & combien par après; or il faut comparer l'vn & 1 autre à l'augmentation de la viteffe du mouuement qui fe feroit en vn efpace vuide, ce qui eft très difficile, & beaucoup plus en vn mouuement circulaire que fi vous fefiez defcendre le poids en ligne droite.

Quod attinet ad motus et reditus ponderis a C ad

��i moment] feulement aj. — elle] la corde. — 3-4 qui... au- tres] et ainfiàl'infiny. — 4-ioZ.a figure manque. — 6-9 pour... faire] pour répondre à deux mo- mens ; car elle ne fe peut expli- quer par (P. 533) nombre, au moins que ie croy. — 1 1 fi bien que] et. — i3 confiderer] efti- mer. — chofes] différentes aj. — 14 du mouvement omis. — 1 5 p»r après] lors qu'il est défia commencé à .émouuoir. — or il] ce qu'il — faut] encore aj.

��— l'un et l'autre omis. — 16-17 qui fe feroit en vn espace vuide omis. — 17-18 et beaucoup plus omis. — 18-19 que... droite] comme cettuy-cy. Il ne le feroit pas du tout tant, si vous fup- pofiez que le poids descendift tout droit de haut en bas. — 20- p. 29, 6 Clerselier donne une version française de cet alinéa latin. Il omet la fin de la lettre et continue par un fragment d'une autre : « le ne me fouuiens plus ... » (p. 533).

��10

��iS

��20

�� � h. su. X. — 8 Octobre 1629. 29

D, non ij minuuntur nifi a folo aère. In vacuo enim, fi quid moueretur, perpetuo & eodem plane modo moueretur. Sed non idem eft dicendum de corda tenfâ in teftudine*, quse digito adducta redit vi fibi interna ad priorem fitum, quem etiam fortaffe citius in vacuo recuperaret quam in aère.

Il ne me relie plus de papier que pour vous affurer que ie fuis,

Monfieur & Reuerend Père, Voftre très obeiffant & très affectionné & obligé feruiteur

DESCARTES.

��Page 23, 1. 2. — Phénomène des Parhélies ou faux soleils, observé à Frascati le 20 mars 1629 par le P. Scheiner, jésuite ; le cardinal Barberin en avait aussitôt envoyé une description à Peiresc. Celui-ci en tira plusieurs copies qu’il distribua aux savants. Gassend, qui voyageait alors en Hollande avec son ami Luillier, en reçut une. Il avait fait connaissance à Amsterdam avec deux amis de Descartes, un médecin, Waessenaer (dont nous retrouverons le fils en 1640 engagé dans une querelle de mathématiques), et Henry Reneri qui s’occupait surtout de philosophie. Il leur promit à tous deux, en partant pour Utrecht, le 10 juillet, une description du phénomène avec le discours envoyé de Rome, et son explication à lui. Waessenaer et Reneri reçurent la description d’abord, et Reneri l’envoya aussitôt à Descartes, en lui demandant aussi son explication, afin de la comparer à celle qu’il recevrait de Gassend. Celle-ci fut envoyée de La Haye, le 14 juillet [Gassendi opéra, Lyon, Laurent Anisson, i658, t. III, p. 65 1). Descartes mit plus de temps à donner la sienne (Baillet, Vie de M’ Des-Cartes, t. I, p. 188). La première rédaction de Gassend fut d’abord imprimée sous ce titre : Phœnomenon rarum Romœ obseruatum 20 Martij et eius causarum explicatio (Amstelod., Henrici Guerardi, 1629, in-4) ; puis l’année suivante, avec additions et corrections, sous ce second titre : Parhelia seu Soles IV spurij qui circa verum apparuerunt Romœ die 20 Martij 162g et de eisdem epistola ad Henricum Renerium (Parisiis, Vitré, i63o, in-4).

Page 23, 1. 3. — La leçon nouvelle s’accorde mieux avec les deux dates du 14 juillet (où Gassend envoya sa description) et du 8 octobre 1629 (date de cette lettre). }0 Correspondance.

Page a3, 1. 6. — L'ouvrage dont il parlait au P. Gibieuf, lettre du 18 juillet 1629, et qui fut plus tard les Meditationes de prima philosophia (lettre à Mersenne, i5 avril i63o ; cf. Baillet, t. I, p. 190).

Page 23, 1. 9. — Ce sera plus tard le traité des Météores, imprimé en 1637, comme un des Essais de la Méthode de Descartes. Il comprend dix discours ; le 8" a pour titre De l'arc-en-ciel, et le io* De l'apparition de plusieurs soleils.

Page 23, 1. 17. — « Il se pouvoit faire que le bon Père Mersenne eût » pris par inadvertance le mot de Tusculi, qui étoit dans l'original envoyé » de Rome par le Cardinal Barberin, pour la ville de Tivoli. » (Baillet, t. I, p. 191). « Ou peut-être Tiburi pour Tusculi. » (Ib.).

Page 24, 1. 3. — Nouvelle leçon importante : Descartes, à cette date, écrivait plutôt en latin, surtout les choses philosophiques et scientifiques, comme en témoignent les Meditationes au moins ébauchées cette même année 1629.

Page 24, 1. 10. — Isaac Beeckman. Mersenne semble être entré en rela- tions épistolaires avec lui vers le mois de juillet 1629 en lui posant sur la musique la même question qu'il adressa un peu plus tard à Descartes (voir lettre IX). Beeckman lui répondit, par une lettre perdue, aussi vaguement, semble-t-il, que le fit Descartes, mais en faisant déjà allusion à ce dernier en des termes que laisse deviner la lettre suivante de Beeckman à Mer- senne (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, f° 43), écrite vers le mois d'août et répon- dant à de nouvelles questions. Voici le début de cette lettre, que Mersenne devait déjà avoir entre les mains quand il écrivit à Descartes au sujet de Beeckman : « Non miror, vir doctissime, virum doctum et studiis pro- » mouendis deditum vndique, etiam vbi nulla sunt, subsidia conquirere. » Ipsissimus est D. des Chartes, quem dixeram : cuius ingenium vere » laudas, quemque in Opticis tuis nobilem mathematicum a te vocari ex » multis circumstantiis certissime colligo. Ipsus, inquam, is est cui ante » decem annos ea quce de causis dulcedinis consonantiarum scripseram » communicaui, quemque tibi quasstionis huius occasiones dédisse puta- » bam. Is ni'per hue a vobis transiuit, ac rursus (vt est peregrinandi cu- » pidus) hinc ad vos discessit. » Cette dernière phrase semble indiquer que Descartes avait laissé croire à Beeckman qu'il retournait en France.

Mersenne avait sans doute déjà aussi reçu la lettre suivante de Beeck- man (même ms., f° 69) qui se termine comme suit :

« Salutaui tuis verbis per litteras D. des Chartes; eodem enim die quo » tuas accepi, illius etiam litteras mihi sunt redditae. Vivit, valet, tibique » est amicissimus. »

Page 25, 1. 10. — Peut-être déjà Villiers, médecin de Sens, dont nous avons 44 lettres mss. à Mersenne ; quelques-unes (mais beaucoup plus tard, en 1640) ont été communiquées à Descàrtes. (Bibl. Nat. fr. n. a. 6205, fol. 365-43 7 et 3o8-356).

�� � X. — 8 Octobre 1629. 31

Page 25, 1. i3. — Curiosité^ inouyes, sur la sculpture talismanique des Persans, horoscope des Patriarches et lecture des Estoilles, par M. J. Gaf- farel (Paris, Herué du Mesnil, in-12, 1629, privilège du 24 mars). Livre où il est, en effet, question de camaieux artificiels et naturels, de sculp- tures et engravures tajismaniques, etc. Mersenne l'enverra aussi à J.-B. de Helmont, qui lui répondra de Bruxelles par une longue critique, 26 sep- tembre i63o (Bibl. Nat. fr. n. a. 62o5, fol. 218). Cf. Gassend à Peiresc, 1 1 sept. 1629 [Lettres de Peiresc, t. IV, 1893, p. 216).

Page 26, 1. 8. — Mersenne avait posé à Beeckman une question ana- logue (passage de l'unisson à la tierce majeure, au lieu de la mineure). Dans une lettre du I er octobre 1629 (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, f° 34), Beeckman renvoie Mersenne à ses propres écrits, et en même temps il cite textuellement tout un passage du Compendium Musicœ de Des- cartes, dont il avait le manuscrit depuis 1619, mais qui ne fut imprimé qu'en i65o :

« De transitu in contrapunctoab vnisonoad tertiam maiorem et contra, » ipse tu tibi libro I, theor. 21 de Musicâ satisfecisse videris. Qui enim ab » vnisono ad tertiam maiorem transit, per tua praecepta contra 8 am dun- » taxât regulam peccat; qui verô transit ab eâ tertiâ ad vnisonum, peccat » contra 8 am et 7 am régulas simul. D. des Chartes [en interligne: amicus » noster) in libello suo quam de Musicâ conscriptum ad me misit de hac re » ita scribit :

» Ratio quare id potius seruetur in motu a consonantiis imperfectis ad » perfectas, quàm in motu perfectarum ad imperfectas, est quia, dum » audimus imperfectam, aures perfectiorem expetunt, in quâ magis quies- r> cant, atquc ad id feruntur impetu naturali : vnde fit vt magis vicina » debeat poni, cùm scilicet illa sit quam desiderant : contra vero, dum » auditur perfecta, imperfectiorem nullam expectamus, ideoque non refert » vtra sit quœ ponatur. »

Page 27, 1. i5. — Cette question avait sans doute été posée aussi par Mersenne à Beeckman. Celui-ci répond, dans la plus ancienne lettre qu'on ait de lui : « Sententiam verô nunc rogatus, video in eâ re summam » difficultatem. Nam pendulum pondus tuum non mouetur in vacuo, sed » in aère; ideoque aliter globosum, aliter pyramidale, aliter magnum, » aliter paruum, aliter ligneum, aliter plumbeum mouetur, quorum » omnium occursus varius cum aère esset supponendus. » (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, fol. 43}.

Page 29, 1. 4. — Cette autre question des vibrations d'une corde de luth avait aussi été posée par Mersenne à Beeckman, qui la traite dans la lettre qui précède celle du i OT octobre 1629. La figure de Beeckman (fig. 1) fait bien comprendre celle qui est ajoutée à la main sur l'exemplaire de l'Ins- titut (fig. 2).

a c (fig. 1), ainsi que ab ex a' b' (fig. 2), représentent des cordes au repos; en les pinçant au milieu on les amène de d en b (fig. 1), ou de B en A et

�� � y

��Correspondance.

��m, 553-554.

��de D en C (fig. 2). Il y a d'une part deux cordes ab et a' b' (fig. 2), et de l'autre une corde ac et une demi-corde d c (fig. 1). — En outre, le principe allégué sans doute par Mersenne, et que Descartes admet, bien qu'il refuse d'en faire ici l'application, se retrouve, mot pour mot, dans la même lettre

���(«'

��(i)

���Fig. I.

��de Beeckmann : « Nec alîa est ratio cur haec pergant moueri, quàm quia » nihil impedit. In vacuo enim quod semel mouetur, perpetuo eodem modo » mouetur ; quâ ratione nihil vnquam certius in mentem mihi venit, nec » viginti annis quicquam legi, audiui, aut meditatus sum quod minimam » erroris suspicionem mihi hic mouere potuerit. » (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, p. 70.)

��XI.

Descartes a Ferrier.

Amsterdam, 8 octobre 1629. Texte de Clerselier, tome III, lettre 99, p. 553-557.

��Monfieur,

le fouhaitterois que la fortune vous fuft plus fauo- rable ; ie croy pourtant que vous ne deuez pas defef- perer de vous loger au Louure, encore que le Père Condren* foit abfent. | S'il vacque quelque place auant ion retour, vous deuez aller trouuer le Père Gibieuf, ou le Père de Sancy, & les importuner de vous garantir

�� � m. 55 4 . XI. — 8 Octobre 1629. ))

ce qu'vn des leurs vous a fait auoir. Sur tout ie vous confeille d'employer le temps prefent, fans vous atten- dre à l'aduenir ; car fi vous différez toufiours de trois mois en trois mois, iufqu'à ce que vous foyez mieux 5 que vous n'eftes, fçachez que vous n'auancerez iamais rien. le voudrois bien que vous fufliez icy ; mais félon que ie voy vos affaires, ie ne l'oferois efperer ; et puis nousfommes en vne faifon qui vous feroit incommode, il faudroit attendre l'efté, & entre cy & là il fe peut

10 prefenter mille autres occafions . Sur tout, puifque vous me faites la faueur de vouloir entendre mon aduis, ie vous confeille d'employer le temps prefent à quelque prix que ce foit. Acheuez l'inilniment de Monfieur Morin* ; le temps que vous n'y pouuez trauailler, em-

1 5 ployez-le à faire des chofes qui vous donnent du profit prefent; et fi vous pouuez auoir du temps de relie pour trauailler fur l'efperance d'vn plus grand profit à l'auenir, ie vous confeille de l'employer aux verres. Mais afin que vous iugiez, auparauant que de vous y

20 employer, fi c'eft chofe qui puifle reùffir, ie vous décri- ray icy vne partie de ce que i'en ay penfé, & vous en enuoyeray des modèles au prochain voyage, fi vous le defirez, fans qu'il vous manque aucune chofe de ce qui dépendra de moy, non plus que fi i'eftois à Paris.

2 5 Premièrement, ie croy que vous vous fouuenez de la machine que ie vous décriuis auant que de partir*, qui confiftoit en trois pièces principales : fçauoir, l'axe A B qui tournoit en rond, la pièce C D qui fe mouuoit au trauers de l'axe A B, & le cylindre E F qui

3o couloit entre les deux planches G H & I K, & tailloit le verre auec l'vne de fes extremitez E ou F. Mainte-

CORRESPOHDANCE. I. 5

�� � H

��Correspondance.

��m, 554-555.

���nant ie defire que cette machine vous férue feulement pour tailler les lames de fer ou d'acier de la figure qu'eft PNOM, c'eft à dire comme le fer d'vn rabot de menuifier, en forte que PNO, qui eft la partie tran- chante, foit la ligne que nous délirons. le retiens donc de la machine précédente Taxe A B & la pièce C D,

mais qui doit eftre ferme auec l'axe A B, en forte qu'il n'y ait que le feul mouue- ment circulaire en toute la machine ; & ie ne me fers plus du cylindre E F, d'au- tant que lors qu'on tourne l'axe A B, la partie de C D qui fe rencontre entre les deux planches, à fçavoir L, y décrit exactement noftre ligne. l'applique la lame N M ferme entre les deux planches contre la partie L de la pièce C D, laquelle partie ie voudrois eftre tail- lée en forme de lime, afin qu'en tournant elle puft limer la lame N M félon la ligne PNO, ainû que nous le délirons; et après l'auoir ainfi limée, ie voudrois qu'on changeait la pièce C D, ou fa partie L, & qu'on en mift vne autre en fa place, non plus taillée en lime, mais polie, & de matière propre pour aiguifer & adou- cir le plus qu'il fe pourroit le tranchant de la lame NM. le defire aufli qu'on fafïe plufieurs lames d'acier bien trempé parfaitement femblables, afin que l'vne s'vfant, on puifie fe feruir d'vne autre, & pour cela, il faut

���10

��i5

��20

��25

��îo

�� � in.555-556. XI. — 8 Octobre 1629. ^

que leur tranchant P N O foit exactement taillé félon noflre ligne. le voudrois auffi que vous choififfiez quel- que matière douce qui fuit propre à manger peu à peu & polir le verre ; à cela il me femble que ces pierres 5 femblables à de l'ardoife, auec lefquelles on aiguife les inftrumens dont le tranchant doit eftre fort délicat, feroient afïez propres ; mais ie vous en laiffe le choix, lequel vous pouuez mieux faire que moy. le voudrois donc que vous fifliez la roue Qd'vne de ces pierres, ou

lo de femblable matière, qui fuft comme les roues des émouleurs de couteaux, & qu'appliquant, contre, vne ou pluftoft plu | fleurs lames N M, vous luy donnaffiez exactement

i5 tout autour félon fon épaiffeur la figure de la ligne P N O, en tournant la roue Q_fur fon centre, ainfi que

20 vous voyez en cette

figure, que i'ay tournée en deux fens, afin que vous l'entendiez mieux. Or cette roue Q eftant ainfi taillée, ie voudrois que vous l'appliquaffiez contre le verre R, mis fur vôtre tour S, ainfi qu'eftoit le premier

25 verre que ie vous ay veu tailler, & qu'il tournait là fur fon centre, pendant qu'en mefme temps la roue 0_ tourneroit aufïi fur le lien, & caueroit ce verre félon la ligne PNO tres-exa&ement, par le moyen de ces deux mouuemens differens ; car elle mangeroit

3 le centre du verre aufli bien que les extremitez. Et afin que cette roue eftant de matière douce ne perdift

��� � j 6 Correspondance. m, 556-557.

rien de fon exaéte figure , ie voudrois qu'au mefme temps qu'elle tourneroit pour tailler le verre, vous appliquiez, toufiours contre, vne ou plufieurs lames N M, pour l'entretenir en fa figure. Tout ce qu'il y a icy à obferuer, c'eft que le diamètre de la roue Q. ne 5 doit pas excéder certaine mefure, laquelle ie vous enuoyeray quand vous en aurez affaire ; mais encore qu'il (bit plus petit, cela n'importe. Il faut aufii obfer- uer que la ligne N M, qui efl le milieu de la lame PNOM, doit eftre exa&ement parallèle à l'axe A B de 10 la première machine, & que la ligne perpendiculaire qui tomberoit de l'axe A B fur les planches G H & I K, tombe iuftement fur cette ligne NM. De plus, aux dernières figures, il faut que la mefme ligne NM, pro- longée, paffe iuftement par le centre de la roue Q, & i5 fe rencontre faire vne ligne droite auec l'axe R S, fur lequel tourne le verre. En voila affez pour | ce coup. Si vous vous en voulez feruir, ie vous prie de me man- der fi vous l'entendez bien; car il fe pourra faire que vous croyrez l'entendre, & que vous oublierez néant- 20 moins quelque circonftance neceflaire. C'eft pour- quoy ie vous prie, fi vous y voulez trauailler, de m'en faire vous-mefme toute la defcription (félon que vous l'entendez) dans vos premières lettres, comme fi vous me le vouliez apprendre tout de 2 5 nouueau ; ie connoiftray aifément par là fi vous l'entendez bien, et ie ferois marry que vous y em- ployafiîez voftre temps inutilement. Or fi vous iugez que cecy fe puifife exécuter, i'ofe vous promettre que l'effet en fera très grand; mais il faudroit préparer 3 toutes les machines à loifir, & par après ie croy

�� � m, 55 7 - XI. — 8 Octobre 1629. }j

que chaque verre fe pourroit tailler en vn quart d'heure.

Maintenant pour reuenir à vos afiaires, fi vous pouuez changer de demeure, ie vous le confeille, & 5 de fouffrir pluftofl ailleurs toutes fortes d'incommo- ditez, pourueu que vous puifliez auoir du temps pour trauaillerà cecy. Mais fi vous ne pouuez déloger d'où vous eftes, ie vous confeille, pluftofl que de différer de trauailler, de dire ouuertement à Monfïeur My-

10 dorge tout voftre deffein, à fçauoir que vous auez re- connu par expérience qu'il eftoit impofïible de faire reùffir les verres félon la façon commencée; que ie vous confeillay, auant que de partir de Paris, d'y trauailler d'vne autre façon; et mefme, fi voulez, que

i5 ie vous en ay encore écrit depuis, car il ne m'importe pas que vous luy difiez de moy tout ce que vous vou- drez ; et ainfi que vous ne laiffiez pas d'y trauailler en fa prefence. le fçay bien qu'il vous fait mal au cœur qu'on fe donne de la vanité en vne chofe où l'on n'a

20 rien contribué ; mais au fonds cela n'importe pas tant, que vous deuiez à cela prés manquer de trauailler ; et la vérité fe découure toufiours bien.

Page 32, 1. 4. — Le Père Charles de Condren (Clerselier imprime : Gon- dran), de l'Oratoire, était alors à Nancy. Le 3o octobre, toujours absent, il fut élu général de la congrégation, en remplacement du cardinal de Bé- rulle, mort à Paris le 2 octobre. Ferrier ne devait annoncer cette mort à Descartes que dans sa lettre du 26 octobre (ci-après XII) : il s'agissait en tout cas pour lui d'obtenir un logement au Louvre, faveur au reste accor- dée à nombre d'artistes, etc. Descartes (ou Mersenne au nom de Des- cartes) l'avait probablement recommandé au P. de Condren, qui avait accès à la Cour, comme confesseur de Monsieur. Gaston d'Orléans s'intéressait d'ailleurs lui-même à toutes sortes de curiosités scientifiques.

Page 33, 1. 14. — Le 25 octobre 1634, Jacques de Valois, trésorier de France en Dauphiné, s'adresse encore à Morin pour traiter d'un travail

�� � j8 Correspondance. ni, 558.

avec Ferrier : « Si Monsieur Ferrier trauaille après les instrument mathe- » manques, et qu'il vueille prendre la peine de m'en faire, ie les luy paye- » ray conuenablement. Vous en serez le iuge. » Morin répond le 22 no- vembre : « Fay parlé à Monsieur Ferrier pour vous faire des instrumens, » qui m'a dit qu'il y trauaillera, et que seulement vous preniez la peine de » mander quel instrument vous desirez, et de quelle grandeur, et on en » fera le marché. » (Lettres escrites au S r Morin par les plus célèbres astronomes de France, approuuans son inuention des longitudes, etc. Paris, 1 635, p. 28 et 43).

Page 33, 1. 26. — Cf. La Dioptrique, Discours dixiesme, p. 142 et suiv. de l'édition de 1637. — La ligne CD, entraînée par le mouvement de l'axe AB, décrit une portion de surface conique de révolution autour de cet axe. La ligne EF (1* figure), liée à CD, reste parallèle à AB et dans le plan per- pendiculaire à celui de la figure. Chacun de ses points décrit donc un arc d'hyperbole. Dans cette première figure, la ligne CD est supposée glisser sur elle-même (la pièce qu'elle représente traversant l'axe entaillé en C) ; dans la seconde figure au contraire, CD est invariablement fixée à AB, mais le lieu du point L, où CD rencontre le plan perpendiculaire suivant MN à celui de la figure, est toujours un arc d'hyperbole.

��XII. Ferrier a Descartes.

Paris, 26 octobre 1629. Texte de Clerselier, tome III, lettre 100, p. 558-569.

Monfieur,

Parray tant de rencontres que ma mauuaife fortune oppofe à toute heure à mes defTeins, ie ne fçaurois receuoir vne plus grande confolation que les témoi- gnages que vous me donnez de la continuation de voftre bien-veillance, que ie chéris au delà de tout ce qui fe peut dire. le feray tout mon poffible pour m'en feruir vtilement, & tafcheray de me tirer d'où ie fuis, s'il m'ell poffible, pour pouuoir vacquer plus commo-

�� � 10

��i5

��20

��25

��3o

��ih.558-559. XII. — 26 Octobre 1629. jç

dément à préparer ce qui eft neceffaire pour le trauail des verres, fuiuant vos bonnes inftru&ions, que ie penfe entendre affez bien.

Et puisqu'il vous plaift m'ordonner de vous en écrire, comme fi i'eftois en eftat de vous inflruire de nouueau, ie vous diray donc qu'il me fouuient très- bien de la conftru&ion de la machine que vous m'auez cy-deuant décrite, laquelle confifte en trois pièces prin- cipales : fçauoir l'axe A B, qui tournoit en rond ; la pièce C D, qui fe mouuoit au trauers de l'axe A B ; et le cylindre E F, qui couloit entre les deux planches GH& IK, &deuoit tailler le verre auec l'vne de ses extremitez E ou F. A pre- fent vous defirez que cette machine férue feulement pour tailler des lames d'acier de la figure qu'eft PNOM, pour feruir comme le fer d'vn rabot, en forte que P N O, qui doit eftre la partie tranchante, foit taillée félon la ligne qu'on defire. Vous voulez qu'on retienne de la machine précédente l'axe A B & la pièce | C D, & que cette pièce demeure ferme auec l'axe A B, en forte qu'il n'y ait que le mouuement circulaire en toute la machine, & qu'on ne fe férue plus du cylindre E F; d'autant que lors qu'on tourne l'axe A B, la partie de C D qui fe rencontre entre les deux planches, à fçauoir L, y décrit exactement voftre

��� � 40 Correspondance. hi, 559.

ligne ; et appliquant la lame NM ferme entre les deux planches, contre la partie L de la pièce C D, elle prend la figure que cette partie L luy donne ; c'eft pourquoy cette partie L doit auoir la forme, & doit eftre de matière propre pour limer & vfer la lame P N O de la 5 figure qu'on defire ; et quand cette lame eft ainfi limée & vfée, il faut appliquer vn autre bout à l'endroit L, qui puiffe en adoucir & aiguifer vniment le tranchant. Il me femble que ces lames peuuent eftre taillées

par les deux bouts, pour feruir aux 10 deux lignes neceffaires ; mais ie croy qu'il faut deux différentes machines en grandeur, & que le cofté M de la première lame peut feruir à tailler les roues pour faire le concaue des «5 verres, & le cofté P N O le conuexe. le trouue vne difficulté en cet endroit, fur ce que vcms defirez que la pièce C D demeure ferme à l'axe A B, & qu'il n'y ait que le mouuement circulaire en toute la machine, & que vous dites en ïuitte, que la partie de 20 la pièce CD, qui fe rencontre entre les deux planches G H et I K, à l'endroit L, donnera la figure hyperboli- que requife à la lame N M, eftant appliquée fermement

entre les deux planches. Car vous ne dites pas qu'il foit befoin que 25 la pièce C D foit prolongée vers D a , & qu'elle paffe au delà de l'épaiffeur des deux planches, qui pour cet effet doiuent eftre refendues plus que de l'épaiffeur de la pièce C D, & à peu prés de la gran- 3o

a. DJB Clers.

���� � m, 55 9 ->6o. XII. — 26 Octobre 1629. 41

deur de la | ligne qui fe trace fur la lame PNO, ainfi qu’il eft marqué dans cette figure. Car fi la pièce C D n’a le mouuement libre au trauers de l’axe A B, il ne fe peut faire qu’en tournant l’axe A B, cette pièce ne 5 haufife & ne baifie, comme le cylindre de la première machine la contraignoit de faire; et tournant ainfi circulairement, eftant attachée fermement à l’axe A B, elle ne fçauroit toucher fur le plan des planches qu’en vn point au milieu, à l’endroit de l’axe de la ligne

10 requife, au point N, à moins qu’on ne haufiaft la lame NM pardeflus les planches & le point L. Mais fi vne B fois toutes chofes font bien difpofées pour pouuoir tailler les lames NM fuiuant la ligne hyperbolique concaue PNO, ainfi qu’il eft reprefenté dans la féconde lame, en forte qu’elles puiflent feruir à faire prendre à la roue QJa mefme ligne hyperbolique conuexe, ie ne doute point qu’en changeant feulement la difpofition de la pièce C D, & la faifant pancher, par exemple, de droite à gauche, au lieu qu’elle eftoit auparauant panchée de gauche à droite, ie ne doute point, dis-ie, qu’en faifant mouuoir la machine comme auparauant, on ne puifle tailler, à l’autre extrémité des lames N M, d’autres lignes hyperboliques conuexes, semblables à la ligne hyperbolique concaue PNO, qui pourront seruir à donner à d’autres roues Q la forme hyperbolique concaue. Car entre les lignes PNO, qui fe peuuent faire fur les lames d’acier N M, à l’oppofite l’vne de l’autre, celles qui font propres à tailler le concaue des roues Q, n’ont en foy que la ligne du conuexe; et celles qui peuuent tailler le conuexe des roues, n’ont en foy que la ligne du concaue. le remar42

��Correspondance.

��III, 56o-56i.

��que encore, que iuiuant voftre inftruétion les roues qui feruent à tailler les verres concaues doiuent eftre plus petites que les autres; mais il me femble que cela feroit inutile à voftre deflein, & qu'il faudroit dif- férentes machines, félon les différentes grandeurs, pour tracer les deux lignes neceffaires.

Il me femble auffi qu'il n'eft pas neceffaire de faire deux planches ; il fera plus facile d'ajufter à vne seule les lames | NM, fuiuant la ligne VX, que fi elles eftoient couuertes d'vne autre planche ; et ces lames fe peuuent plus aifément affermir par des vis, ou autres inuen- tions qui me font affez communes à inuenter, que par des planches.

le remarque encore, touchant les deux figures de la

roue Q que vous m'a-

3

��uez enuoyées, qu'il ne faut pas dans la pre- mière figure que la lame N M foit repre- fentée couchée comme elle eft fur le plat ; car vous auez reprefenté cette roue dans cette première figure pour eftre veuë en fa largeur , & non pas en fon épaiffeur; c'eft pourquoy il faut feulement prefenter à la veuë l'épaiffeur de la lame NM, & non pas le plat ou fa largeur. Mais dans la féconde figure il eft neceffaire de faire paroiftre la largeur de la lame, parce que la roue y paroifl en fon épaiffeur.

le trouue en fuitte vne autre difficulté, fçauoir, que pour donner vn tranchant vny à la lame N M, vous

���IO

��.5

��20

��25

��3o

�� � m, 56r-56i. XII. — 26 Octobre 1629. 43

voulez qu'on fafle d'autres pièces femblables à C D en longueur & épaifteur, mais taillées diuerfement, pour ébaucher & acheuer la ligne neceflaire. le trouue très-difficile de les pouuoir faire tellement femblables

5 qu'elles puiffent conuenir l'vne à la place de l'autre, pour les attacher à l'axe A B, fans prendre vne nou- uelle inclination, fi Ton ne trouue moyen de le pouuoir faire, & de rectifier ce qui pourroit l'empefcher: et mefme par la friction qui fe fait de ces chofes, où le

10 dur frotte contre le moins dur, il fe fait voye entre deux par la limaille qui en fort, ce qui empefche que l'inclination requife fe puiffe conferuer, fi l'on n'appro- che fans ceffe ces chofes | l'vne contre l'autre, à pro- portion de la refiftance du fort contre le foible.

i5 D'ailleurs au lieu des petites limes d'acier qu'il faut appliquer au point L de la pièce C D, il eft neceffaire d'y appliquer des pierres à éguifer pour donner le der- nier tranchant aux lames N M. Or ces pierres doiuent eftre douces, & partant elles diminuent facilement,

20 & s'vfent à l'ouurage, en rencontrant des chofes plus dures qu'elles, comme font ces lames N M. Car bien que ces lames doiuent eftre trempées après auoir receu leur première figure par ces petites limes, elles ne font pas neantmoins en eftat de coupper ; car après

2 5 la trempe, le feu ayant émouffé le vif-arrefte du tran- chant, il eft neceifaire de leur en donner vn nouueau par le moyen des pierres à éguifer.

le vous fupplie, Monfieur, de me donner voftre auis fur ce qui fe peut faire pour rectifier les inconueniens

3o que i'apprehende en ces applications.

Apres, vous fouhaitteriez que l'on choifift quelque

�� � 44

��Correspondance.

��III, 56J-563.

��matière douce qui fufl propre à manger & polir le verre, comme font certaines pierres femblables à de l'ardoize, dont on fe fert à faire vn tranchant fort déli- cat, & vous voudriez qu'on en fift la roue Q_, comme les roues des émouleurs de couteaux, et qu'appli- 5 quant, contre, vne ou plufieurs lames d'acier fembla- bles à NM, on luy donnafl tout autour exactement félon fon épaiffeur la figure de la ligne PNO, en tour- nant la roue Q fur fon centre, comme il eft marqué

dans vos deux figures, 10 qui les font voir de deux diuers fens. Et cette roue ainfi taillée, vous voudriez qu'on appliquait contre le i5 verre R mis fur le tour ordinaire S, & qu'il tournait fur fon cen- tre, pendant qu'en mefme temps la roue Q. tourneroit aufli fur le fien ; et cela eftant, cette roue caueroit le 20 verre félon la ligne PNO tres-exadement, parle moyen de ces deux mouuemens differens, & mange- roit le centre du verre aufli bien que les extremitez. Et afin que cette roue, qui doit eftre de matière douce, | puft conferuer son exa&e figure, vous vou- 25 driez aufli qu'en mefme temps qu'elle tourneroit pour tailler le verre, la lame N M (vne ou plufieurs) demeu- rait toufiours ferme contre elle, pour l'entretenir dans fa figure. Vous dites aufli que le diamètre de la roue Q. ne doit point excéder certaine proportion (laquelle 3o vous me faites efperer), mais qu'encore qu'il foit plus

��� � m, 563-564. XII. — 26 Octobre 1629. 45

petit, il n'importe. Enfin vous dites qu'il faut auffi obferuer que la ligne N M, qui fait le milieu de la lame PNOM, doit élire exactement parallèle à l'axe A B de la première machine, & que la ligne perpendiculaire 5 qui tomberoit de l'axe A B fur les planches G H & IK, tombe iuilement fur cette ligne M N. De plus, aux dernières figures, il faut que la mefme ligne N M pro- longée paffe iuftement par le centre de la roue Q. & fe rencontre faire vne ligne droite auec l'axe R S, fur

10 lequel tourne le verre.

Or, Monfieur, puifque vous me donnez la liberté de vous propofer mes difficultez pour bien entendre voftre deflein, & pour m'inftruire, vous me permet- trez de vous dire mon opinion fur tout ce que deffus,

i5 afin que vous iugiez fi ie le comprens ; ie vous prie mefme de m'excufer, fi ie ne m'explique pas afiez net- tement, le dis donc que i'eftime auoir clairement compris l'inuention de vos machines, comme aufli celle de la roue Q_, & la différente façon dont fe meu-

20 uent la roue & le verre qui eft attaché au tour R S, pour empefcher qu'il n'arriue le défaut ordinaire du point en relief, qui fe fait dans le centre des verres, en tournant l'axe du modèle fur l'axe du verre, à caufe que fur ce centre il n'y a point de mouuement qui

a5 puifle agir, & qui le puiffe manger | & vfer, comme fe mangent & s'vfent les autres parties qui s'en éloi- gnent. Toutes ces inuentions que vous me donnez ne peuuent venir que de vous. le dis feulement qu'il y a telle matière que vous auez crû pouuoir feruir à vos

3o ouurages , qui n'eft pas propre à vfer & manger par- faitement le verre.

�� � 46 Correspondance. m, 56 4 .

Premièrement, pour la matière de la roue Qj il n'y a aucune forte de pierre, quand ce feroit mefme du dia- man, qui puiffe manger le verre, fans mettre entr'elle & le verre vne matière qui mange & qui fe broyé entre deux, comme le grez ou l'aimery, lefquelles chofes 5 mangeroient bien plus de la roue que du verre, comme eftant plus tendre, & à chaque verre l'on vferoit vne roue entière ; et quelque dureté que la trempe euft donnée aux lames N M qui feroient appliquées contre la roue, elles s'vferoient encore dauantage, 10 puifque le verre eft plus dur que tout cela. Et de plus, ces lames N M ne fçauroient frayer tant foitpeu contre aucune forte de pierre à éguifer, fi douce qu'elle fuft, que cette pierre par fon mouuement ne mange prompt tement le tranchant de la figure qui luy auroit efté i5 donnée, & ainfi ce feroit la roue qui donneroit la figure au fer, au lieu qu'il faut tout le contraire.

le me perfuade aufîi que la roue Q_, diminuant en fa circonférence à mefure qu'elle s' vferoit (bien qu'elle puiffe conferuer la figure neceffaire en fon épaiffeur) 20 creuferoit diuerfement les verres, les féconds plus que les premiers, & ainfi de fuitte, puifque les cercles prés de leurs centres font moindres & plus voûtez F que ceux qui en font plus éloignez. le ne fçay pas fi en cela il pourroit y auoir du défaut pour l'effet des 2 5 verres, puifque vous m'auez dit qu'il n'importe pas pour la petiteffe de la roue ; mais pour la grandeur il y doit auoir, dites-vous, vne proportion que vous me faites efperer de me donner.

Nonobflant tout cela, il me femble qu'on peut repa- 3o rer vne partie de ces difïicultez par les moyens dont ie

�� � in,56 4 -565. XII. — 26 Octobre 1629. 47

voudrois me feruir, que ie foûmets à voftre cenfure. le dis donc en premier lieu, que la manière de fe feruir de la féconde machine, pour donner la ligne qu'on délire aux lames N M, eft | tres-excellemment inuentée, 5 pourueu qu'on trouue moyen de rectifier ce qui dépérit de la matière par la friction du mouuement, foit qu'on s'en férue pour tailler les lames, ou pour tailler la roue Q_, que ie voudrois faire de laton ou de fer, afin qu'elle puft conferuer plus long-temps la figure que la

10 lame NM luy auroit donnée ; et quand fa figure feroit gaftée, on la pourroit reparer auec la mefme lame ou vne autre femblable. Mais cette roue ÇV, de laton ou de fer, doit élire pofée & auoir fon mouuement au deffus du verre, lequel doit auoir le fien par deffous ; et ie

i5 le donneray aufli facilement de cette forte, que s'il eftoit de collé, par vne façon que i'ay penfé fe pouuoir exécuter, & faire que la roue & le verre tourneront diuerfement & également à la fois par le mouuement du pied, fans qu'il foit

ao befoin d'aucune roue dentelée, ny de pignon, qui fontvn mouuement trem- blant, à caufe des dents de la roue qui s'engrennent dans celles du pignon. Or il eft neceffaire que le verre foit

j5 ainfi pofé, afin que les matières qu'on met entre deux pour l'vfer, & que l'on arroufe d'eau ou d'huile, ne foient pas fi-toft emportées par le mouuement de la roue, & fe conferuent plus longuement dans le creux du verre, que s'il eftoit pofé de cofté contre la roue Q.

3o De plus, ie preparerois les verres par quelqu'autre voye commune pour leur donner à peu prés la ligne

���conctLut

�� � 48 Correspondance. m, 565-566.

qu'ils doiuent auoir, fans me feruir de la roue ny du tour que pour leur donner la dernière & exade figure. Car ie trouue aflez d'affaires à bien tailler les lames N M, qui fe peuuent dejetter ou courber à la trempe ; outre que ie croy eftre tres-neceffaire de faire que le 5 plan P N O foit bien droit fur le tranchant 3 autrement il arriueroit des fautes dans la ligne.

Il me fouuient aufli que vous ne m'auez iamais dit qu'il fuit neceflaire de faire de grands concaues, mais pluftoft qu'il les faut petits. Cela eftant, ie ne trouue 10 point de diffi culte à faire la roue (pour petite qu'elle foit) auec fon axe tout d'vne pièce, pour luy donner vn mouuement affuré. Ce qui ne fe pourroit faire fi la roue eftoit de pierre, à caufe que la roue & l'axe ne pourroient eftre que de deux pièces. »5

le n'ay pas compris que les figures des roues Q_, quoy que difpofées de deux diuers fens, fuflent faites pour tailler les verres conuexes ; car ie croy que pour cela elles doiuent eftre taillées & creufées en forme de poulie, comme eft la figure cy-jointe. Et les lames 30 N M, qui les doiuent creufer, doiuent eftre prefentées

à la lime L D du cofté de H I, pour receuoir d'elle leur ligne ou leur figure; et la lime L D doit eftre panchée de G vers I. Et cette forte aS de roue ne fçauroit vfer le verre conuexe en mefme temps que l'au- tre vfe le concaue ; car il ne fraye contre, que comme vne ligne trauerfante le diamètre du verre feulement. Neantmoins elle mangera tou- 3o fiours mieux le point qui fe fait au milieu, en tour-

��� � III, 566-56 7 .

��10

��îS

��20

��25

��3o

��XII. — 26 Octobre 1629.

��49

��N

���K

��nant l'axe du verre contre celuy du modèle concaue, comme i'ay dit cy-deuant, ce qui feruiralf difpofer le verre à reparer le défaut de la roue. Mais il fe peut faire, fi le verre conuexe eft d'vne grande eftenduë, que l'vfage de la roue fera inu- tile ; car comme le fraye- ment eft plus grand vers ce qui eft loin du centre, que vers ce qui en eft prés, la

matière que l'on met entre deux pour vfer, eft traif- née plus long-temps par le cercle a a que par b b, & mange par confequent plus en faifant vn grand tour qu'en faifant vn petit, & ainfi le verre & le modèle fe mangent, & perdent leur figure n'eftant pas en vn mefme tour vfez également. Il eft encore à remarquer, que la matière qu'on met entre deux pour vfer le verre, eft emportée incontinent par le mouuement de la roue, & y demeure moins qu'en l'autre roue.

le vous propofe toutes mes diflîcultez, afin de me pouuoir inftruire, & qu'il vous plaife m'en éclaircir & me mander par mefme moyen, fi les verres eftant faits, & mis dans des ef- fais, il eft neceflaire que toutes leurs parties demeurent découuertes, fans amoindrir leur figure par vne carte mife au deuant, auec vn trou moindre que le diamètre des verres ; parce que m'étant voulu feruir des petits verres conuexes que vous auez veus, pour mettre à vne lunette à puce, i'ay trouué qu'elle fait mieux n'y laiflant qu'vn petit efpace découuert

Correspondance. I. 7

���H

�� � ^o Correspondance. m, 56 7 -568.

au milieu, & que les objets fe voyent plus diftinc- tement.

Toutes ces difficultez ne m'eftonnent pas beaucoup, car auec voftre affiftance i'efpere les furmonter, & faire voir que ie fçauray mieux faire que dire. 5

Il me refte encore vn doute que ie ne fçaurois laiffer en arrière, touchant la manière requife pour trouuer la ligne neceifaire par les triangles & mon cadran, K qui eft de fçauoir fi deux triangles de verre d'vn mefme diaphane eftant differens, & faifant par confequent 10 différentes refraclions fur la ligne diuifée qui arrefle le rayon audit cadran, on traçoit deux modèles con- formes aux différentes lignes des réfractions, fçauoir, dis-ie, fi l'effet des deux verres peut eftre femblable, comme pour brûler en vn point déterminé fuiuant i5 vos règles.

Vous m'auez enfeigné que les triangles peuuent eftre conftruits de tel angle que Ton veut à difcretion ; ie ne fçaurois en faire l'épreuue, car les triangles que i'ay à prefent font tous femblables ; ie vous fupplie de 20 me refoudre ce point. le fçay bien aufli que vous m'auez dit que tous les petits verres concaues peuuent feruir à tout grand verre conuexe. I'ay perdu vn mor- ceau de papier fur lequel vous | m'auiez tracé la façon de décrire la ligne requife auec le compas ordinaire, 2 5 en cherchant plufieurs points par où elle doit palier.

Monfieur Mydorge propofe vn moyen qu'il a de tra- cer la ligne neceifaire pour brûler à vn point qu'il déterminera à tout verre donné, fans rien perdre de fon diamètre ny de fon épailfeur au milieu, & dit que 30 luy feul en atrouué l'inuention. le fçay que ce fecret

�� � ni,568. XII. — 20 Octobre 1629. $1

ne vous eft pas inconnu, & que ledit fieur n'en fçait que ce que vous luy en auez appris. Si vous iugiez que ie peufTe le comprendre, vous m'obligeriez grande- ment de me le communiquer à voftre commodité. 5 Mais il adjoûte qu'on luy fournifle vn homme qui fçache tailler le verre exactement. I'eilime cette der- nière condition autant difficile que tout le relie, s'il ne fait forger de nouueaux ouuriers faits exprés & de commande, n'eftimant pas qu'il en trouue à fa mode

10 pour le prefent. Il m'eftime û peu, qu'il ne croit pas que i'aye affez d'efprit pour entendre & entreprendre de moindres chofes, puis qu'il le dit en ma prefence. I'auoùe mon infuffifance, qui doit élire excufée, n'ayant iamais elle inftruit en quoy que ce foit que

i5 par vous, Monfieur, à qui ie veux deuoir toutes chofes. Ce mépris neantmoins ne fçauroit tellement me rebu- ter, que ie ne fente allez d'inclination en moy pour goûter & comprendre les véritables connoiffances des fciences qui me pourroient eftre communiquées

20 par des perfonnes de voftre mérite, tant i'ay d'ambi- tion de me faire connoiftre par quelque chofe au delà du commun ; ce qui me donne quelque forte de cou- rage pour chercher les moyens de furmonter beau- coup de difficultez qui fe rencontrent dans les opera-

2 5 tions des ouurages exquis. Ne faites pas, s'il vous plaift, pareil iugement de moy qu'en fait Monfieur Mydorge ; i'efpere tant de voftre affection , que vous voudrez bien auoir le contentement de fçauoir que vous m'aurez donné tout ce que ie poiïederay ; et fi ma

3o mauuaife fortune m'ofte les moyens d'en vfer vtile-

3-4 grandement] beaucoup Inst.

�� � $2 Correspondance. 111,568-569-

ment, elle ne m'oftera pas l'affedion que i'ay de recon- noiftre par mes très humbles feruices lesjinfinies obli- gations que ie vous ay, & d'auoùer par tout cette vérité. le fuis...

��L'exemplaire de l'Institut porte en marge l'annotation finale : « Il faut » insérer a la fin de cette lettre un grand fragment que j'ay écrit dans la » page 2o3 de mes collections. » Baillât (t. I, p. i85) dit également : « Voye\ la seconde partie de cette lettre [du 26 octobre] que M. Cler-

> selier n'a pas fait imprimer, et qui est restée manuscrite » en marge du texte suivant : « // luy [Ferrier à Descartes] témoigna vouloir incessam- » ment se mettre en état de travailler sur ses instructions tant pour les » modèles et les machines qu'il luy avoit décrites, que pour la taille des » verres dont il luy avoit prescrit la manière. »

Plus loin (t. I, p. 193) Baillet, parlant de la mort du cardinal de Bérulle ajoute encore : u Voie\la lettre MS. de Ferrier à Descartes du 26 octobre » 162g » en regard de son récit : « Ce saint homme tomba saisi du mal k à l'autel disant la messe le 2 jour d'Octobre 162g dans l'hôtel du Bou- 1 chage, et fut porté sur un lit dressé à la hâte, où il expira sur l'heure « âgé seulement de 55 ans. » Après avoir rappelé, entre autres choses, les efforts de Bérulle pour rétablir l'union entre la Reine-mère Marie de Médicis et le Roi Louis XIII, Baillet continue (t. I, p. 194) : « Cet empres- j sèment qu'il avoit fait paroître pour la paix de la famille royale n'avoit " pas été fort agréable au Cardinal de Richelieu, qui pour le lui faire

> connoître avoit trouvé moien de lui procurer quelque petit chagrin à » la Cour. En effet, le Cardinal de Bérulle (selon le récit que le sieur » Ferrier en fit à Descartes),

« étant à Fontainebleau deux ou trois jours avant » fa mort, & ayant remarqué que le Roy ne l'avoit » pas vu de bon œil, s'en étoit revenu sur l'heure à » Paris avec un faifnTement, auquel on attribua l'ac- » cident de sa mort. »

» Ce qui donna lieu à certains plaisans du nombre de ceux qui vivoient » à la mode du siècle de dire que M. le Cardinal de Bérulle ne seroit pas » canonisé, parce qu'il n'étoit pas mort en grâce. »

Inutile d'ajouter que Baillet s'élève avec vivacité contre ces bruits.

�� � m,569. XIII. — ij Novembre 1629. 53

��XIII.

��Descartes a Ferrier.

Amsterdam, i3 novembre 1629. Texte de Clerselier, tome III, lettre loi, p. 56g-582.

Monfieur,

Vous m'auez fait plaifir de me déduire tout au long vos difficultez fur ce que ie vous auois mandé, & ie tafcheray d'y répondre fuiuant le mefme ordre que 5 vous les propofez. I'ay marqué auec des lettres A, B, C, les points aufquels ie répons, afin que vous les puifiiez reuoir dans la lettre que vous m'auiez écrite.

le fuppofois ce que vous dites, que la ligne CD a paflbit au trauers des deux planches; et pour cela 10 i'auois mis le point D beaucoup plus bas que L, qui eft celuy que ie faifois rencontrer entre les deux planches.

Tout ce que ie vous auois écrit n'eftoit que pour le b verre concaue, afin de ne vous pas brouiller du com- i5 mencement; mais ie fuis bien aife que vous l'ayiez rapporté au conuexe, pour lequel toutesfois il faudra de beaucoup plus grandes machines.

Il eft vray qu'il n'y faut point deux planches, s'il C vous eft plus commode autrement, et ie ne les auois 20 laiflees, que pour vous mieux faire entendre ma penfée. Toutesfois vous deuez remarquer que le tran- chant P N O doit eftre en vne fuperficie parfaitement

�� � �$4 Correspondance. m, 569-570.

platte, autrement il ne prendroit pas la figure requife. Et pour ce que ce tranchant fe fait non pas contre la planche VX, lorsque la lame NM eft appliquée] deffus, mais au deffus vers Taxe A B, & que la pièce C D, en limant la ligne PNO, pourroit courber la fuperficie platte PNOM, ie fuis d'aduis que vous appliquiez donc encore au deffus de la lame N M quel- qu'autre pièce platte de cuiure ou autre matière, qui mefme fe * 10

lime auec la ligne PNO, ou bien qui en ait défia la figure, afin d'empefcher que la lame ne fe courbe; ou fi vous l'aimez mieux, il faut appliquer les lames N M au deffous de la planche VX, & non pas au deffus. (Cecy eft pour le verre concaue feulement; car au i5 conuexe, le tranchant de la ligne PNO eft contre la planche VX, & deffus.) Il faut aufli remarquer icy que la lame N M, en quelque façon que vous l'affermifliez fur la ligne V X, n'y doit pas eftre tout à fait immobile, mais qu'il faut que quelque poids ou reffort la prc^ 20 continuellement contre la lime L D ; car fi elle eftoit immobile , & que L D ne s'auançaft point aufîi vers elle, comme elle ne le doit pas, elle ne pourroit eftre taillée. D Toute l'importance eft de bien acheuer la lame 25 N M. Toutesfois ie croy que fi elle n'a efté bien taillée auant la trempe, il feroit prefque impoffible de la racommoder par après ; c'eft pourquoy ie vous con- feille d'ébaucher mefme les lames NM, auec cette machine. Et ie ne trouue pas qu'il y ait tant de 3o difficulté à changer la pièce C D, et en mettre vne

�� � m, 5 7 o-5 7 i-5 7 2. XIII. — i} Novembre 1629. 5$

autre qui garde la mefme inclination, par le moyen d'vn petit modèle de cuiure Z ou Z Z, qui foit taillé félon l'angle de l'inclination, comme Z, ou bien félon fon complément, comme ZZ. Car vous deuez remar- 5 quer qu'il n'eft pas neceffaire que toute la ligne C D garde cette inclination. le vous auois tracé les lignes A B & C D toutes nues, comme des lignes mathéma- tiques, pour vous faire mieux comprendre les fonde- mens de la machine ; mais vous les pouuez faire tout

10 d'vne pièce, ou comme vous voudrez, pourueu feu- lement que la partie qui doit eftre taillée en | lime, à fçauoir L D, garde l'inclination requife. Encore que ie fois fort mauuais peintre, vous entendrez peut-eftre bien mes figures.

i5 La première eft pour le verre concaue, où la pièce C L Y D tourne fur les deux pôles A & B ; la ligne V X marque la planche que vous auez tracée dans voftre lettre, laquelle doit eftre parallèle à l'axe A B, & percée en forte que Y D parle par deffous ; la ligne

20 L D eft ce qui doit eftre taillé en lime, pour tailler les lames N M ; et cette ligne L D doit eftre affermie aux points L & D, ainfi qu'il vous fera plus commode, ou par des vis, ou autrement. Au refte vous donnerez à L D l'inclination requife par le moyen de voftre

?5 triangle Z Z, vn cofté duquel vous appliquerez fur | la ligne V X, au lieu où eft N M, en forte que l'autre fe rapporte iuftement contre L D. Vous ferez le mefme auec le triangle Z pour le verre conuexe, où il n'y a de différence que pour la grandeur de la machine, la-

3o quelle fe mefure par la diftance qui eft entre les lignes A B & V X. Laquelle machine, pour le petit

�� � 5 6 Correspondance. m, 5 7 :.

verre, c'eft à dire pour le verre concaue, ne doit pas eftre de plus de deux ou trois pouces, ny par confe- quent le demy-diametre de la roue Q_, ainli que ie diray cv-apres a ; et les pôles A & B peuuent eltre foûtenus fur des pièces qui deicendent vers la planche V X.

���Mais pour le verre conuexe, il faut que depuis A B iufques à V X il y ait huit ou dix pieds de diftance, au moins pour les plus rares effets. C'eft pourquoy les pôles A & B doiuent eftre appuyez au plancher de la chambre où vous trauaillerez, à quelque poutre qui foit bien ferme ; ie dis bien ferme, car le moindre trem-

��10

��a. « Voir l'art. F de cette lettre » (Note de l'exemplaire de l'Institut).

�� � 111,572-57^. XIII. — i} Novembre 1629. 57

blement ofteroit toute la iuftefle de la ligne. Vous pouuez, au lieu d'attacher cette féconde machine au plancher de la chambre, la coucher tout du long fur vne table, ou fur quelqu'autre chofe, &. ie croy que 5 fon mouuement fera plus allure en cette forte ; & il faut que la pièce C L Y D foit de telle grofleur et de telle matière qu'elle ne plie en aucune façon. Il n'y a rien à confiderer en ces machines que les trois lignes A B, L D & V X, ou pluftoft la lame N M pofée fur V X,

10 dont la fuperficie doit eftre exactement platte du cofté qu'elle doit trancher. Pour tout le refle de la ma- chine, faites-le gros ou petit, droit ou courbé, il n'im- porte. Or, fi vous trouuez encore de la difficulté à mettre les pièces L D félon l'inclination requife, i'ay à

i5 vous dire pour vous confoler, & afin que vous ne laiffiez pas d'ébaucher les lames N M auec ces ma- chines, qu'encore mefme que l'inclination n'y fuft pas exactement obferuée, toutesfois là ligne que vous tra- ceriez feroit fans comparaifon plus propre à tailler les

20 verres, que toutes celles que vous fçauriez faire au- trement; et mefme il feroit par après beaucoup plus aifé de luy donner la vraye figure, que û vous l'auiez ébauchée autrement.

|Ce qu'il y a de plus icy à remarquer, c'eft que

25 la pièce L D taillée en lime ou autrement, la- quelle ie vous ay fait iufques icy confiderer comme vne ligne fim-

3o plement, peut eftre affez grotte, &. taillée en rond comme vn cylindre pour le petit verre ; mais pour le

���tancane

��Correspondance. I.

�� � �58 Correspondance. 111,573-574.

conuexe, elle doit auoir vne ligne droite au milieu, comme vne arefte , plus releuée que le relie , & fes deux collez doiuent élire vn peu creufez en rond, afin qu'en fe mouuant, les collés ne défaflent pas la figure qui doit élire donnée feulement par la ligne du milieu, 5 laquelle doit croifer iullement la ligne V X, lors que la machine n'ell point remuée. Et pour ne point faillir, vous deuez imaginer que Taxe indiuilible A B, fur lequel tourne la machine, la ligne V X ou N M, & cette ligne qui eft la plus auancée fur la 10

lime L D, doiuent toutes fe ren- contrer en vn mefme plan, le- quel vous imaginerez tomber à plomb & à angles droits fur la planche H G Kl. i5

le m'eflonne que vous n'ayez point trouué de diffi- culté à faire que les lames N M puiffent tailler la roue Q_, ellant pofées toutes droites fur cette roue, car de cette forte elles ne peuuent faire que racler, & non point coupper, comme font les rabots des menuifiers, 20 le fer defquels efl couché de biais , & fans cela ils ne s'en pourroient feruir. Mais il y a moyen de faire auffi des lames N M, lefquelles ellant couchées, ainfi que le fer des rabots, auront le mefme effet que les précé- dentes qui feroient toutes droites. Il faut feulement 2 5 changer en vos machines l'angle de l'inclination pour la ligne L D, félon la proportion que ie vous écriray à la fin de cette lettre, fi i'en ay le loifir.

Vous deuez fçauoir que la roue qui taille le verre concaue | ne le doit toucher que d'vne feule ligne, non 3o plus que celle qui taille le conuexe, laquelle vous auez

�� � iii,5 7 4- XIII. — ij Novembre 1629. $9

fort bien comprife, fans que ie vous en euffe rien écrit. Or c'eft pour cette raifon que la roue Q^ne doit pas excéder certaine grandeur ; car vous fçauez que la circonférence /^"^""^sx

5 des petits cercles eft plus courbe / f \ \

que celle des grands , comme / 1 / \

vous voyez au point F; et fi la cir- \. J.

conférence elloit moins courbe que la ligue PNO, ce feroit elle qui donneroit la

10 figure au verre, & non pas P N O ; et ainfi le verre feroit fpherique ; mais il faut quelle foit plus courbe que PNO, fans qu'il importe de combien. Seulement faut-il obferuer pour fa plus iufle grandeur, que le demy-diametre de la roue Q n'excède pas la hauteur

i5 qu'il y a en la première machine, depuis la planche V X iufques à l'axe A B, c'elt à dire deux ou trois pouces, & qu'il foit pluftoft vn peu moindre. Pour le conuexe, faites la roue grande ou petite, il n'im- porte pas.

20 I'approuue bien que la roue Qfoit de telle matière que vous iugez à propos, & que le tour foit tourné ainfi que vous le trouuez plus commode. Mais il faut remarquer que les mouue-

2 5 mens du tour & de la roue Q_ ne doiuent point eftre égaux ; car, au contraire, c'efl ce que i'eftime vn des principaux fecrets de tout l'artifice, quen ren- dant l'vn plus vifte & l'autre plus lent, félon que vous iugerez eftre de befoin, vous pourrez perfec- tionner les figures autant qu'il eft pofîible par la main

���3o

�� � 60 Correspondance. m, 5 74 -3 7 5.

dvn homme. Mais la proportion de ces mouuemens ne fe peut auoir que par l'vfage, c'eft à dire, que fufïiez-vous vn ange, vous ne fçauriez fi bien faire la première année que la féconde. Seulement puis-ie dire en gênerai, que pour les verres concaues | la roue 5 doit tourner fort ville, & le tour fort lentement, & au contraire pour les conuexes. Il faut aufli remarquer que la roue Qne puiffe varier ny çà ny là en tournant, & toutesfois qu'elle foit libre de defcendre à mefure que le verre fe taille, & qu'elle le preffe toufiours ; car 10 autrement elle ne le tailleroit pas. Si vous ne trouuez inuention pour cela, i'en trouueray affez. H La ligne des verres conuexes fera' d'vne fi grande eltenduë qu'elle femblera à l'œil eflre toute droite. C'eft pourquoy vous ne deuez rien craindre pour les ■ 5 difficultez que vous y propofés ; car il n'eft quafi pas queftion de taillerie verre, mais feulement de le polir, à quoy toutesfois ie ne iuge pas l'vfage de la roue moins neceffaire que pour les concaues. le veux dire qu'après même que le verre eft tout taillé, comme ie 20 vous l'ay veu polir auec vn morceau de cuir ou de bois, ie voudrois que ce cuir mefme, ou ce bois, ou quoy que ce fuit, fuit vne roue qui eût la figure re- quife : car la iuftelfe de cette figure doit eltre fi pre- cife, que ie ne doute point qu'encore que le verre 25 eult la figure auant que d'eftre poly, toutesfois le po- lilfant après fans machine, vous la luy pourriez ofter. D'où vient que fi vous penûez feulement appliquei contre le verre vne des lames N M, ou plultoft vn mo- dèle taillé par fon moyen, tous les défauts qui feroient 3o en la lame N M (car vous ne deuez pas efperer qu'il

�� � m, 575-576. XIII. — i} Novembre 1629. 61

n'y en ait point) feroient vn cercle de fautes, tant au modèle qu'au verre ; où au contraire, ce qui eft prin- cipalement à eftimer en la roue, c'eft qu'elle eft com- pofée tout autour d'vne infinité de lignes P N O toutes 5 diuerfes, en forte que ce qu'il peut y auoir de défaut en chacune ne touche le verre qu'en vn point ; et in- continent il fuccede vne autre ligne qui racommode ce que la précédente a pu gafter. Et pourueu qu'en toute la fuperficie de la roue, il y ait plus de points

10 qui correfpondent à la vraye figure, qu'il n'y en aura d'autres, elle donnera la figure exaéte au verre, fans luy communiquer aucun de fes défauts ; au lieu que tous les défauts qui font aux modèles fe communiquent au verre. C'eft aufîi la raifon pourquoy|i'auois marqué

1 5 qu'il faut auoir plufieurs lames N M toutes femblables, & ne fe contenterpas d'vne feule pour tailler la roùeQ., afin que fi l'vne manque en quelques points, l'autre fupplée au défaut. Et il eft probable que, fe feruant ainfi de plufieurs lames tout à la fois, on pourra faire

20 la roue Q^en forte qu'elle approchera fort de la vraye figure, & le verre en approchera encore dauantage. Ce que ie vous mande, afin que vous fçachiez en quoy confifte l'artifice & l'vtilité de tous ces mouuemens, qui eft, qu'encore qu'il y ait quelque chofe à redire

25 en tous vos modèles, c'eft à dire aux lames NM & à la roue Q, vous ne laifferez pas de pouuoir tailler le verre exactement.

Il eft très-certain que la vifion eft toufiours plus dif- 1 tincte, lors qu'on regarde par vn petit trou, que lors

3o qu'on regarde par vn plus grand ; mais il n'importe pas tant que le trou foit grand, quand la figure eft

�� � 62 Correspondance.

��m, 576-577.

��exade, que quand elle ne l'eft pas. Et il ne vous faut pas perfuader que les verres, taillez pour les grandes lunettes, foient bons pour les lunettes à puce. Il y a bien de la différence ; car pour celles-cy ils doiuent eftre taillez des deux coftez. le vous manderay vne 5 autre fois toutes les figures & applications des verres pour toutes fortes de lunettes; faites-m'en fouuenir. K Encore que les triangles de verre d'vn mefme dia- phane foient differens, & par confequent qu'ils ayent différentes refradions, toutesfois, fuiuant la méthode 10 que ie vous auois donnée, ils vous donneront tous la mefme ligne, pour tailler les verres brûlans. Mais pour ce que ie voy bien que vous auez oublié vne par- tie de ce que ie vous en auois dit à Paris, il faut que ie me frotte vn peu le front & que ie m'efforce de vous en 1 5 écrire tout au long vne bonne fois.

Soit la ligne de voftre quadran A E, le triangle de verre apliqué deffus F G H, de quelque grandeur qu'il puhTe eftre, pourueu que la ligne G H d'iceluy tombe à angles droits fur A E, afin que le rayon du soleil 20 paffant par la pinnule I, aille tout droit iufques à D, fans faire de refradion en entrant dans le verre, mais feulement lors qu'il en fort, à | fçauoir au point D. Remarquez donc la ligne G D F, qui reprefente l'incli- nation du verre, dans laquelle fe fait la refradion, & le 25 point D, auquel elle eft couppée par le rayon du soleil, & le point A, auquel le rayon du soleil I D A couppe la ligne de voftre quadran. Vous auez donc l'angle A D F. Maintenant, du point D, tirez vne autre ligne D C, en forte que l'angle F D C foit égal à l'angle A D F, et par 3o confequent que tout l'angle A D C foit double de l'angle

�� � IH,5 7 7-578. XIII. — ÏJ NOVEMBRE 1629. 6j

A D F ; et remarquez en quel point cette ligne D C couppera voftre quadran, fçauoir au point C, lequel

���10

��eftant trouué, prenez la ligne C K égale à C D, et la ligne A L égale A D. Cherchez après le milieu entre

5 les points K & L, à fçauoir B. Et ayant les trois points ABC, qui vous donnent la proportion qui eft entre les lignes A B & B C, vous n'auez plus que faire de tout le relie. Or cette proportion viendra toufiours femblable, quelque triangle de verre que vous preniez, pourueu qu'ils foient tous d'vn mefme diaphane.

Ayant les points ABC, vous pourrez décrire la ligne pour brûler en cette forte : mettez la pointe du compas au cen- tre B, & l'ayant

i5 ouuert fi peu que vous vou- drez , marquez

fur la ligne A C

les deux points

20 N & O, égale- ment diftans de B ; | après, rap- portant vn pied du compas en A, & l'autre en O, tirez vne portion

25 de cercle TO V; et tournant derechef le compas,

��c 3

��� � 64 Correspondance. m, 5 7 s

vn pied en C, & l'autre en N, tirez vne autre por- tion de cercle qui couppe la précédente aux points T&V, par lefquels doit paffer voftre ligne, comme auffi par le point B. Vous pouuez ainfi trouuer vne infinité de points : car mettant derechef vn pied du 5 compas en B, & l'ouurant vn peu plus que la pre- mière fois, vous prenez deux autres points également diftans de B, à fçauoir P & Q_; puis du centre A tirant le cercle X Q_Y, & du centre C le cercle X P Y, l'inter- feftion de ces deux cercles vous donne derechef les 10 deux points X & Y, et ainfi à l'infiny. Et ie croy que que c'eft là toute la façon dont fe fert M. Mydorge. Vous pouuez pratiquer cela fans mettre qu'vne fois le pied du compas en chacun des points A, B & C, à fçauoir, fi ayant le pied du compas en B, vous prenez «5 les points N O & P Q, et infinis autres ; puis ayant le pied du compas en A, vous tirez les cercles T O V, X Q.Y, & femblables ; et après, mettant le compas en C, vous tracez les autres cercles T N V, X P Y; cecy eft le plus court, mais il ne fe faut pas méprendre, & 20 marquer l'interfedion d'vn cercle au lieu de l'autre Or la ligne ainfi décrite brûlera à la diftance qui eft depuis A iufques à B.

Que si vous en voulez tracer vne qui brûle à vne plus grande ou moindre diftance, par exemple, à la 25 diftance de D E, cherchez E F, qui soit à D E comme B C eft à A B, & l'ayant trouuée, feruez-vous des points D E F pour tracer voftre ligne, comme vous auez fait des points ABC, c'eft à dire que fi vous auez vne fois la proportion qui eft entre les lignes A B & B C, 3o par le moyen de voftre quadran, elle vous feruira pour

�� � tous les verres d’vn mefme diaphane, à quelque diftance que vous les veùilliez faire brûler. Pofons le cas que la ligne A B foit fix fois auffi grande que B C, & vous voulez tailler vn verre qui brûle à fix pouces de dif- tance; faites D E de fix pouces & E F d’vn pouce, & décriuez voftre ligne fur les trois points D | E F. Si vous en voulez tailler vn qui brûle à fix pieds, faites D E de fix pieds & E F d’vn pied, & ainfi à quelque diftance qu’il vous plaira.

Que si vous auez vn morceau de verre lequel vous

IMAGE

veuillez tailler pour brûler, sans rien perdre de son épaisseur du milieu, ny de son diamètre, faites ainsi. Seruez-vous de quelque ligne pour brûler que vous ayez défia toute tracée, par exemple de la ligne hyperbolique E M, & fur la ligne E F marquez E G, qui soit l’épaisseur du milieu de vostre verre, & tirez à angles droits G H, qui foit le demy-diametre du mesme verre 66 Correspondance.

��m. 579080.

��donné ; puis tirez vne ligne qui paiTe par les points E & H, laquelle couppera la ligne brûlante en quelque endroit, à fçauoir en M ; tirez donc du point M vne perpendiculaire M L; puis cherchez vne ligne qui foit à D E comme G H eft à M L, & encore vne autre 5 qui foit à E F comme G H eft à M L, & feruez-vous de ces deux lignes, au lieu des lignes D E & E F, pour tracer la ligne requife. Par exemple, D E eft de fix pouces, & G H eft double de M L ; il faut donc prendre vne ligne j de douze pouces, à fçauoir K L ; puis E F eft 10 dvn pouce, prenez donc L M de deux pouces ; et auec les trois points KLM vous tracerez la ligne requife pour ne rien perdre de voftre verre, & faire qu'il brûle à la diftance de la ligne K L. Vous m'auez fait rire de nommer cela vn fecret ; ce n'eft rien que vous neuffiez i5 fort aifément trouué de vous-mefme, fi vous euffiez bien entendu ce qui précède; et fi vous en parlez, ie feray bien-aife que vous difiez que «vous l'auez trouué de vous-mefme , fur ce que ie vous auois dit généralement la façon de tracer la ligne; et 20 vous pourrez dire que ce n'eft rien qu'vne règle de trois : car vous dites, fi la ligne M L me donne D E & E F, que me donnera G H ? et ainfi vous trouuerez K L &LM.

Mais ceft vn plus grand fecret, ayant les trois 25 points A B C ou D E F, ou autres femblables, de trou- uer par leur moyen l'angle de l'inclination que doit auoir voftre machine ; et ie ne fçay fi quelqu'autre vous le pourroit dire, encore que la pratique n'en foit pas difficile. Elle eft telle : cherchez le milieu entre les 3o points A & C, à fçauoir G, & d'iceluy tirez vn cercle

�� � m, 58o-58i. XIII. — îj Novembre 1629. 67

qui paffe par les points A & C, |à fçauoir A H C ; puis de B éleuez vne perpendiculaire B H, qui couppe le cercle au point H, duquel vous tirerez la ligne H G, & l'angle H G B efl celuy que vous cherchez, félon lequel il faudra tailler vn modèle de cuiure Z, pour ajufter l'inclination de voftre machine; et fon complément

���10

��efl; H G A, fuiuant lequel vous taillerez le triangle Z Z, comme i'ay deûa dit 3 .

Or tout ce que ie viens de vous dire ne fert que pour tailler les lames N M de telle forte qu'elles doiuent eflre pofées toutes droites fur la roue Q_. Mais pour ce qu'en cette façon elles ne feroient que racler, & que ie me perfuade que vous vous pourrez beaucoup mieux feruir de celles qui feroient couchées comme i5 le fer des rabots, confiderez la ligne N M appliquée toute droite fur la roue Q ; & du point N tirez vne autre ligne N 2, autant couchée que vous defirez que foit le

a. « Voir l'art. D de cette lettre. » — Note de l'exemplaire de l'Institut.

�� � 68 Correspondance. ni, 58i-58a.

fer de voftre rabot ; puis du point M tirez la ligne M 2, en forte que l'angle N M 2 foit droit. Cela fait, prenez G ) égal à N M, & G 5 égal à N 2 ; puis tirez à angles droits j 4, qui touche la ligne G H au point 4. Apres, tirez la ligne $ 6, auffi à angles droits, égale & parai- * lele à la ligne j 4. Cela fait, tirez la ligne 6 G; et l'angle 6 G 5 eft celuy félon lequel vous deuez tailler le triangle Z, & 6 G A fon complément feruira pour ZZ. En forte que fi vous vous feruez de cette nouuelle inclination en voftre machine, au lieu de la précédente 10 HGC, pour tracer la ligne PNOen la lame NM, cette ligne PN O fera beaucoup plus courbe que l'autre, & la lame eftant couchée fur la roue comme le fer d'vn rabot, elle taillera la mefme figure. Et cecy n'eft pas vne des moindres parties de l'inuention ; car quand ie »5 vous auray vne fois bien fait entendre le rapport que ces diuerfes inclinations ont les vnes aux autres, vous ne pourrez quafi faillir, pourueu que vous vous fer- mez de ces machines, encore j mefme que vous trou- uiez des verres qui ayent plus grande refra&ion les 20 vns que les autres ; mais il eft impoffible d'écrire tout dans vne lettre. Vous pourrez faire véritablement vn rabot de ces lames ainfi couchées, lequel fera taillé en rond par defîbus, félon la groffeur de la roue Q.

S'il y a quelque chofe en tout cecy que vous n'enten- 2 5 diez point, mandez-le moy, & ie n'épargneray point le papier pour vous répondre. Au refte, n'efperez pas auec toutes ces machines de faire des merueilles du premier coup ; ie vous en aduertis, afin que vous ne vous fondiez pas fur de fauffes efperances, & que 3o vous ne vous engagiez point à trauailler que vous

�� � ni.582. XIV. — ij Novembre 1629. 69

ne foyez refolu d'y employer beaucoup de temps; mais fi vous auiez vn an ou deux à vous ajufter de tout ce qui efl neceflaire, i'oferois efperer que nous ver- rions, par voftre moyen, s'il y a des animaux dans la 5 Lune.

La lettre est incomplète, comme il est noté sur l'exemplaire de l'Ins- titut : « M. Clerselier en a retranché tout ce qui ne regardait pas les » sciences. M. Desc. y avoit inséré plusieurs petites commissions qui » lui importaient et auxquelles M. Ferrier négligea de satisfaire. » — La promesse finale de Descartes est citée dans deux lettres de Chape- lain à Chr. Huygens, du 21 août i656 et du i5 octobre 1639. « J'ai veu » dit Chapelain dans la première, « la lettre ou estoient ces paroles entre les » mains d'un nommé Ferrier qui estoit son amy et son ouuricr ». {Cor- respondance de Huygens, t. I, p. 48?).

��XIV.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, i3 novembre 1629.] Autographe, Bibliothèque Nationale, M S., fr. n. a, 5 160, fol. 48.

Lettre 2 de la collection Lahire, non comprise dans le classement de dom Poirier. Elle est, en effet, incomplète et non datée, le second feuillet ayant été enlevé. — La date peut néanmoins être restituée asse\ sûrement; car la lettre précédente, écrite « il y a vn mois (p. jo, l. 7) », est évidemment celle du S octobre 162g (ci-avant X). D'autre part, d'après la lettre XX ci-après, en même temps que Descaries écrivait à Ferrier celle du i3 novembre (XIII) il en envoyait dans le même paquet une pour Mersenne, et il n'y en a point d'autre, en dehors de la présente, à laquelle on puisse assigner cette date du i3 novembre.

Monsieur & Re nd Père, le fuis bien marry de la peine que ie vous ay don-

�� � jo Correspondance.

née de m'enuoyer ce Phaenomene", car il eft tout femblable a celuy que i'auois vu. le ne laifle pas de vous en auoir très grande obligation, & encores plus de l'offre que vous me faites de faire imprimer ce petit traité que i'ay deflein d'efcrire; mais ie vous diray 5 qu'il ne fera pas preft de plus d'vn an. Car depuis le tans que ie vous auois efcrit il y a vn mois, ie n'ay rien fait du tout qu'en tracer l'argumant, et au lieu d'expliquer vn Phaenomene feulemant, ie me fuis refolu d'expliquer tous les Phaenomenes de la nature, 10 c'eft a dire toute la Phyfique. Et le deflein que i'ay me contente plus qu'aucun autre que i'aye iamais eu, car ie penfe auoir trouué vn moyen pour expofer toutes mes penfees en forte qu'elles fatisferont a quelques vns & que les autres n'auront pas occafion d'y con- i5 tredire.

Linuention de M r Gaudey b eft très bonne & très exaéte en prattique ; toutesfois affin que vous ne pen- fiés pas que ie me fufîe mefpris de vous mander que cela ne pouuoit eftre Géométrique, ie vous diray que 20 ce n'eft pas le cylindre qui eft caufe de l'effait, comme vous m'auiés fait entendre, et qu'il n'y fait pas plus que le cercle ou la ligne droitte, mais que le tout dé- pend de la ligne hélice que vous ne m'auiés point nommée & qui n'eft pas vne ligne plus receue en Geo- 25 metrie que celle qu'on appelé quadraticem, pource qu'elle fert a quarrer le cercle & mefme a diuifer l'angle en toutes fortes de parties efgales aufly bien que celle cy & a beaucoup d'autres vfages que vous

a. Voir plus haut, lettre X, p. 23, 1. i5.

b. Voir plus haut, lettre X, p. 25, 1. 20.

�� � XIV. — i} Novembre 1629. 71

pourrés voir dans les elemans d'Euclide commantés par Clauius a . Car encore qu'on puiffe trouuer vne infinité de points par ou palTe l'hélice & la quadra- tice, toutefois on ne peut trouuer Geometriquemant 5 aucun des poins qui font neceffaires pour les effaits defirés tant de l'vne que de l'autre ; et on ne les peut tracer toutes entières que par la rencontre de deus mouucmans qui ne dépendent point l'vn de l'autre, ou bien l'hélice par le moyen d'vn filet, car tour-

10 nant vn filet de biais autour du cylindre, il décrit iuftemant cete ligne la ; mais on peut auec le mefme filet quarrer le cercle, fi bien que cela ne nous donne rien de nouueau en Géométrie. le ne laiffe pas d'ef- timer bien fort l'inuention de M r Gaudey, & ne croy

i5 pas qu'il s'en puiffe trouuer de meilleure pour le mefme effait.

Pour ce que vous me demandés fur quel fondemant i'ay pris le calcul du tans que le poids employé a def- cendre eftant attaché a vne chorde de 2, 4, 8 &

20 16 pieds b , encore que ie le doiue mettre en ma Phy- fique, ie ne veus pas vous faire attendre iusques la & ie tafcheray de l'expliquer. Premièrement ie fuppofe que le mouuemant qui eft vne fois imprimé en quelque cors y demeure perpetuellemant, s'il n'en eft ofté par

2 5 quelque autre caufe, c'eft a dire que quod in vacuo

a. Christophori Clavii Bambergensis e Soc. I. Operum Mathemati- corum tomus primus, complectens commentaria in Euclidis Elementa geometrica, ctc,, Moguntias, sumptibus Antonii Hierat, excudebat Rein- hardus Elz, anno MDCXI. — Il y a eu des éditions antérieures : Rome, Accolti 1574, Rome, Grassi «589, Cologne, Ciottus 1591, Rome, Za- netti i6o3, Cologne 1607, etc.

b. Voir plus haut, lettre X, p. 27, 1. 22.

�� � 7 2

��Correspondance.

��femel incoepit moueri, femper & aequali celeritate mouetur. Supponas ergo pondus in A exiftens impelli a fua grauitate verfus C. Dico ftatim atque coepit moueri, fi defereret illum a ipfius grauitas, nihilomi- nus pergeret in eodem motu donec perueniret ad C ; fed tune non tardius nec celerius defeenderet ab A ad B quam a B ad C. Quia vero non ita fit, fed adeft illi grauitas quae premit illum a deorfum & addit fingulis momentis nouas vires ad defeenden-

dum, hinc fit vt multo ce- lerius abfoluat fpatium BC quam A B, quia in eo per- currendo retinet omnem impetum quo mouebatur per fpatium A B & infuper nouus ei accrefeit propter grauitatem quae de nouo ^ vrget fingulis momentis. Qua autem proportione augeatur ifta celeritas, demonftratur in triangulo A B C D E : nempe prima linea dénotât vim celeritatis impreffam Tmomento, 2 a linea vim imprelTam 2° rao- mento, } a vim j° inditam, & fie confequenter. Vnde fit triangulus A C D qui repraefentat augmentum ce- leritatis motus in defeenfu ponderis ab A ufque ad C, & A B E qui repraefentat augmentum celeri- tatis in priori média parte fpatii quod pondus per- currit , & trapezium B C D E quod repraefentat aug- mentum celeritatis in pofteriori média parte fpatii quod pondus percurrit, nempe B C. Et cum trapezium

a. Lise\ illud.

��h

��/

��i*j**>

��IO

��i5

��20

��25

�� � XIV. — i} Novembre 1629. 7}

B C D E fit triplo maius triangulo A B E, vt patet, inde fequitur pondus triplo celerius defcenfurum a B ad C quam ab A ad B : id eft fi tribus momentis defcendit ab A ad B, vnico momento defcendet a B ad C ; id eft

5 quattuor momentis duplo plus itineris conficiet quam tribus, & per confequens 12 momentis duplo plus quam 9, & 16 momentis quadruplo plus quam 9, & fie confequenter.

Quod autem de defeenfu ponderis per lineam rec-

10 tam demonftratum eft, idem fequitur de motu pon- deris ad funem appenfi a , quippe in cuius motu quan- tum fpectat ad vim per quam mouetur, non oportet confyderare arcum G H quem per- currit, fed finum K H ratione cuius

1 5 defcendit ; ac proinde idem eft ac fi recta defeenderet a K ad H, quan- tum feilicet attinet ad motum prop- ter grauitatem. Si vero confyderes aeris impedimentum, multo magis

ao & aliter impedit in motu obliquo

a G ad H quam in recto a K ad H. Or pour cet era- pefchemant de l'aer duquel vous me demandés la iuftefTe, ie tiens qu'il eft impoflible d'y refpondre et fub feientiam non cadit; car s'il eft chault, s'il est

»5 froid, s'il eft fec, s'il eft humide, s'il eft clair, s'il eft nebuleus, & milles autres circonftances peuuent changer l'empefchemant de l'aer ; et outre cela, fi le poids eft de plonb, de fer ou de bois, s'il eft rond, s'il eft quarré ou d'autre figure & milles autres chofes

3o peuuent changer cete proportion, ce qui ce peut dire

a. Voir plus haut, lettre X, p. 27, 1. 22.

Correspondance. I. 10

��� � �74 Correspondance.

generalemant de toutes les queftions ou vous parlés de l'empefcliemant de l'aer.

Pour les tours & retours d'vne chorde tirée d'vn poulce hors de fa ligne droitte % ie dis quin vacuo ilz diminuent en proportion Géométrique : c'eft a dire fi i C D eft 4 la première fois & au retour 2 , au troifiefme c il ne fera qu'vn ; s'il eft

9 la première fois & 6 au fécond coup, il fera 4 au troifiefme, et ainfy 10 de fuitte. Or en fuitte de cela la viftefle de fon mouue- mant diminuera toufiours a mefme proportion, fi bien qu'il luy faudra autant de tans pour chafcune des dernières allées & venues que pour les premières. le dis in vacuo, mais in aère ie croy qu'elles feront vn peu 1 S plus tardiues a la fin qu'au commencemant, pour ce que, le mouuemant ayant moins de force, il ne fur- monte pas l'empefcriemant de l'aer fi ayfemant. Tou- tefois de cecy ie n'en fuis pas allure, et peut eftre aufTy que l'aer au contraire luy ayde a la fin, pour ce 20 que le mouuemant eft circulaire. Mais vous le pouués expérimenter auec l'oreille, en examinant fi le fon d'vne chorde ainfy tirée eft plus aygu ou plus graue a la fin qu'au commencemant; car s'il eft plus graue, c'eft a dire que l'aer le retarde ; s'il eft plus aigu, c'eft 2 r ; que l'aer le fait mouuoir plus vifte.

Et en fuitte les queftions que vous me propofés, combien vne chorde doit eftre plus longue & de quel poids elle doit eftre tendue affin que ces tours & re- tours foyent deus. . . 3o

a. Voir plus haut, lettre X, p. 29, 1. 4.

�� � XIV. — i} Novembre 1629. 7^

Le fragment mathématique latin contenu dans cette lettre doit être d'une rédaction bien antérieure et remonter à l'époque du premier séjour de Descartes en Hollande (de 161 7 à juillet 161 g); c'est, en effet, Beeckman qui lui a posé la question de la loi mathématique de la chute des graves dans le vide (cf. lettre à Mersenne du 18 décem- bre 1629 Clers.t. II, p. 483, et les Cogitationes privataî, Faucher de Careil, t. I, p. 16). A cette époque, Galilée était déjà en possession de cette loi depuis une quinzaine d'années au moins, mais il ne devait la publier que dans les Massimi Sistcmi de i63z.

Dans cette recherche a priori, Descartes ^procède comme parait l'avoir fait aussi Galilée, en partant du principe de la conservation du mouvement antérieurement acquis (que Beeckman, au reste, admet- tait déjà), et en employant un procédé tout à fait analogue à celui de la méthode des indivisibles [ainsi bien avant Cavalieri). Mais il com- met une faute de raisonnement singulière. Sur sa figure, la coor- donnée ABC devrait représenter les temps, tandis qu'il s'en sert également pour représenter les espaces parcourus. La marche, 1res ingénieuse au reste, qu'il suit, l'empêche d'apercevoir immédiatement les contradictions auxquelles cette confusion sur la figure aurait dû le conduire; il aboutit donc à une relation essentiellement différente de celle de Galilée, puisqu'elle reviendrait à considérer l'espace par- couru comme proportionnel, non pas au carré du temps, mais à une puissance du temps dont l'exposant est le rapport de log. 2 à log. ■-, c'est-à-dire environ 2, 4.

Ayant depuis longtemps rejeté l'hypothèse de la possibilité du vide, Descartes ne revint jamais sérieusement sur ce tentamen, et pa'~ suite ne reconnut pas son erreur. Il semble même avoir cru de bonne foi que la loi de Galilée ne différait pas de celle qu'il avait lui-même donnée à Beeckman dès 161g. Il est, au contraire, possible que Cierselier, constatant le vice du raisonnement développé dans la présente lettre à Mersenne, en ait volontairement laissé de côté la minute (T).

�� � 76 Correspondance. I, 498


XV.

Descartes à Mersenne.

Amsterdam, 20 novembre 1629. Texte de Clerselier, tome I, lettre 111, p. 498-502.


  Sans date dans Clerselier, mais avec la note suivante sur l’exemplaire de l’Institut : « datée fixement d’Amsterdam, le 20 nov. 1629. J’en avais l’original, mais je l’ai perdu, ou on me l’a pris », puis au bas de la page 502 : « fin de la lettre ». Ce qui suit, p. 5o3, appartient, en effet, à la lettre du 18 décembre 1629. L’original n’a jamais fait partie de la collection Lahire.
  Le projet d’une langue universelle, que Descartes examine dans cette lettre, avait sans doute été lancé dans un placard-annonce (rédigé en latin et contenant six propositions). Mersenne aura communiqué cette pièce à Descartes, mais il ne semble pas qu’il en ait su davantage.


Mon Révérend Père,

Cette proposition d’une nouvelle langue semble plus admirable à l’abord, que je ne la trouve en y regardant de près ; car il n’y a que deux choses à apprendre en toutes les langues, à savoir la signification des mots, & la grammaire. Pour la signification des mots, il n’y promet rien de particulier ; car il dit en la quatrième proposition : linguam illam interpretari ex dictionario, qui est ce qu’un homme un peu versé aux langues peut faire sans lui en toutes les langues communes. Et je m’assure, que vous donniez à Monsieur Hardy un bon dictionnaire en Chinois, ou en quelqu’autre langue que ce soit, & un livre écrit en la I,498-499- XV. — 20 Novembre 1629. 77

même langue, qu'il entreprendra d'en tirer le sens. Ce qui empêche que tout le monde ne le pourrait pas faire, c'est la difficulté de la grammaire ; et je devine que c'est tout le secret de votre homme . Mais ce n'est rien qui ne soit très aisé; car faisant une langue, où il n'y ait qu'une façon de conjuguer, de décliner, & de construire les mots, qu'il n'y en ait point de défectifs ni irréguliers, qui sont toutes choses venues de la corruption de l'usage, & même que l'inflexion des noms ou des verbes & la construction se sassent par affixes, ou devant ou après les mots primitifs, lesquelles affixes soient toutes spécifiées dans le dictionnaire, ce ne fera pas merveille que les esprits vulgaires apprennent en moins de six heures à composer en cette langue avec l'aide du dictionnaire, qui est le sujet de la première proposition.

Pour la seconde, à savoir : cognitâ hac linguâ cœteras omnes, ut eius dialectos, cognoscere, ce n'est que pour faire valoir la drogue ; car il ne met point en combien de temps on les pourrait connaître, mais seulement qu'on les considérerait comme des dialectes de celle-ci ; c'est-à-dire que n'y ayant point en celle-ci irrégularité de grammaire comme aux autres, il la prend pour leur primitive. Et de plus il est à noter qu'il peut en son dictionnaire, pour les mots primitifs, se servir de ceux qui sont en usage en toutes les langues, comme de synonymes. Comme par exemple, pour signifier l'amour, il prendra aymer, amare, φιλεῖν, etc. Et en Français en ajoutant l'affixe, qui marque le nom substantif, à aymer, fera l'amour ; en Grec ajoutera le même à φιλεῖν, il ainsi des autres. 78 Correspondance. 1, 499-500-

En fuite de quoy la fixiéme propofition eft fort aifée à entendre : fcripturam inuenire etc.; car mettant en fon dictionnaire vn feul chifre, qui fe raporte à aymer, amare, cpiAetv, & tous les fynonimes, le liure qui fera écrit auec ces caraderes pourra eftre interprété par 5 tous ceux qui auront ce dictionnaire.

La cinquième propofition n'eft auffi, ce femble, que pour louer fa marchand ife, & fi-toft que ie voy feule- ment le mot à'arcanum en quelque propofition, ie commence à en auoir mauuaife opinion ; mais ie croy 10 qu'il | ne veut dire autre chofe, finon que pource qu'il a fort philofophé fur les grammaires de toutes ces langues qu'il nomme, pour abréger la fienne, il pour- roit plus facilement les enfeigner que les maiflres or- dinaires. i5

Il refte la troifiéme propofition , qui m'eft tout à fait vn arcanum ; car de dire qu'il expliquera les pen- fées des anciens par les mots defquels ils fe font feruis, en prenant chaque mot pour la vraye défini- tion de la chofe, c'eft proprement dire qu'il expli- 20 quera les penfées des anciens en prenant leurs paroles en autre fens qu'ils ne les ont iamais prifes, ce qui répugne; mais il l'entend peut-eftre autrement.

Or cette penfée de reformer la grammaire, ou plu- toft d'en faire vne nouuelle qui fe puifTe aprendre en 25 cinq ou fix heures, & laquelle on puifTe rendre com- mune pour toutes les langues, ne laifferoit pas d'eftre vne inuention vtile au public, li tous les hommes fe vouloient accorder à la mettre en vfage, fans deux inconueniens que ie preuoy. Le premier eft pour la 3o mauuaife rencontre des lettres, qui feroient fouuent

�� � i, 5oo-5oi. XV. — 20 Novembre 1629. 79

des fons defagreables & infuportables à l'oùye : car toute la différence des inflexions des mots ne s'eft faite par l'vfage que pour éuiter ce défaut, & il eft impof- fible que voftre autheur ait pu remédier à cet incon- 5 uenient, faifant fa grammaire vniuerfelle pour toutes fortes de nations ; car ce qui eft facile & agréable à noftre langue, eft rude & infuportable aux Allemans, & ainfi des autres. Si bien que tout ce qui fe peut, c'eft d'auoir éuité cette mauuaife rencontre des fyl-

10 labes en vne ou deux langues ; et ainfi fa langue vni- uerfelle ne feroit que pour vn pays. Mais nous nauons que faire daprendre vne nouuelle langue, pour parler feulement auec les François. Le fécond in- conuenient eft pour la difficulté daprendre les mots de

i5 cette langue. Car fi pour les mots primitifs chacun fe fert de ceux de fa langue, il eft vray qu'il n'aura pas tant de peine, mais il ne fera aufli entendu que par ceux de fon pays, finon par écrit, lors que celuy qui le voudra entendre prendra la peine de chercher

20 tous les mots dans le | dictionnaire, ce qui eft trop en- nuyeux pour efperer qu'il paffe en vfage. Que û il veut qu'on aprenne des mots primitifs, communs pour toutes les langues, il ne trouuera iamais perfonne qui veuille prendre cette peine; et il feroit plus aifé de

25 faire que tous les hommes s'acordafTent à aprendre la latine ou quelqu'autre de celles qui font en vfage, que non pas celle-cy, en laquelle il n'y a point encore de liures écrits, par le moyen defquels on fe puifte exercer, ny d'hommes qui la fçachent, auec qui l'on

3o puiffe acquérir l'vfage de la parler. Toute l'vtilité donc que ie voy qui peut reùffir de cette inuention,

�� � 80 Correspondance. i, 5oi-5oa.

c'eft pour l'écriture : à fçauoir, qu'il fift imprimer vn gros didionnaire en toutes les langues aufquelles il voudroit eftre entendu, & mift des caraderes com- muns pour chaque mot primitif, qui répondiflent au fens, & non pas aux fyllabes, comme vn mefme ca- 5 radere pour aymer, amare, & çiAetv ; et ceux qui au- roient ce didionnaire, et fçauroient fa grammaire, pourroient en cherchant tous ces caraderes l'vn après l'autre interpréter en leur langue ce qui feroit écrit. Mais cela ne feroit bon que pour lire des myfteres & 10 des reuelations; car pour d'autres chofes, il faudroit n'auoir guéres à faire, pour prendre la peine de cher- cher tous les mots dans vn didionnaire, & ainfi ie ne voy pas cecy de grand vfage. Mais peut-eftre que ie me trompe; feulement vous ay-je voulu écrire tout ce i5 que ie pouuois conjedurer fur ces fix proportions que vous m'auez enuoyées, afin que lors que vous aurez vu l'inuention, vous puiffiez dire fi ie l'auray bien déchifrée.

Au refte, ie trouue qu'on pourroit adjouter à cecy 20 vne inuention, tant pour compofer les mots primitifs de cette langue, que pour leurs caraderes; en forte qu'elle pourroit eftre enfeignée en fort peu de tems, & ce par le moyen de l'ordre, c'eft à dire, établiffant vn ordre entre toutes les penfées qui peuuent entrer 25 en l'efprit humain, de mefme qu'il y en a vn naturel- lement étably entre les nombres ; et comme on peut aprendre en vn iour à nommer tous les nombres iuf- |ques à l'infiny, & à les écrire en vne langue inconnue, qui font toutesfois vne infinité de mots differens, qu'on 3o puft faire le mefme de tous les autres mots ne-

�� � i, soi. XV. — 20 Novembre 1629. 81

cefTaires pour exprimer toutes les autres chofes qui tombent en l'efprit des hommes. Si cela eftoit trouué, ie ne doute point que cette langue n'euft bien-tofl cours parmy le monde; car il y a force gens qui employe-

5 roient volontiers cinq ou fix iours de temps pour fe pouuoir faire entendre par tous les hommes. Mais ie ne croy pas que voftre autheur ait penfé à cela, tant pource qu'il n'y a rien en toutes fes propofitions qui le témoigne, que pource que l'inuention de cette

10 langue dépend de la vraye Philofophie; car il eft im- poffible autrement de dénombrer toutes les penfées des hommes, & de les mettre par ordre, ny feule- ment de les diftinguer en forte qu'elles foient claires & fimples, qui eft à mon aduis le plus grand fecret

i5 qu'on puifle auoir pour acquérir la bonne fcience. Et fi quelqu'vn auoit bien expliqué quelles font les idées fimples qui font en l'imagination des hommes, def- quelles fe compofe tout ce qu'ils penfent, & que cela fuft receu par tout le monde, i'oferois efperer enfuite

20 vne langue vniuerselle fort aifée à aprendre, à pro- noncer & à écrire, & ce qui eft le principal, qui aide- roit au iugement, luy reprefentant fi diftindement toutes chofes, qu'il luy feroit prefque impoffible de fe tromper ; au lieu que tout au rebours, les mots que

25 nous auons n'ont quafi que des fignifications confufes, aufquelles l'efprit des hommes s'eftant accoutumé de longue main, cela eft caufe qu'il n'entend prefque rien parfaitement. Or ie tiens que cette langue eft poffible, & qu'on peut trouuer la fcience de qui elle dépend,

3o par le moyen de laquelle les paysans pourroient mieux iuger de la vérité des chofes, que ne font main-

��CoRRESPONDANCE. I.

��I3360J

�� � 82 Correspondance. i, 502.

tenant les philofophes. Mais n'efperez pas de la voir iamais en vfage ; cela prefupofe de grans changemens en l'ordre des chofes, & il faudroit que tout le monde ne fuit qu'vn paradis terreftre, ce qui neft bon à pro- pofer que dans le pays des romans.

On n'a, sur le projet critiqué par Descartes, aucune indication en dehors de cette lettre, et il ne semble pas qu'on puisse y rapporter ce que Charles Sorel [De la perfection de l'homme, Paris, Robert de Nain, i655, p. 346) dit des tentatives plus ou moins analogues « d'un certain des Vallées » et du « sieur Le Maire ». Quant aux idées émises par Descartes, elles furent, dit Baillet (t. II, p. 475, d'après une relation manuscrite de Poisson), reprises par Christophe Wren, qui donna « un essay de cette langue universelle », et par quelques savants de France qui conçurent « de sem- blables desseins ». On peut, à cet égard, mentionner le P. Bernier (La réunion des langues ou l'art de les apprendre toutes par une seule, 1674, in-4 ). Vérification faite, Wren fut seulement chargé par la Société Royale de Londres, le 18 mai 1668, de faire un rapport sur l'ouvrage d'un D' John Wilkins : An Essay towards a Real Character and a Philoso- phical Language ; Wilkins lui-même s'était inspiré d'un Écossais, George Dalgarno, d'Aberdeen, auteur d'un Ars signorum, vulgo Character uni- versalis et Lingua philosophica, in-8°, London, 1661, lequel est conçu dans un esprit tout cartésien.

��XVI.

Descartès a Mersenne.

Amsterdam, 18 décembre 1629. Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

Variantes d'après le texte de Clerselier, t. II, lettre 10S, p. 480- 4gi, et t. I, fin de la lettre 1 1 1, p. S03-S04. — L'autographe est numéroté ( 1 ) dans le haut et 3 C au bas à gauche; c'est donc bien la 3 e lettre de la collection Lahire, la 1" du classement de dom Poirier.

2 de trop grans Inst.

�� � II, 4 3o.

��XVI. — 18 Décembre 1629.

��8?

��10

��13

��Monfieur & Reuerend Père,

Vous m'eftonnés de dire que vous aués vu fi fou- uant vne couronne autour de la chandelle, & ferible a voir comme vous la defcriués, que vous ayiéz vne inuention pour la voir quand il vous plaift. le me fuis frotté & tourné les yeus en milles fortes pour tafcher a voir quelque chofe de femblable, mais il m'eft impof- fible*. le veus bien croyre toutefois que la caufe en doit eftre rapportée aus humeurs de l'œil, ce que vous pouués ayfemant iuftifier, fi tout le monde ne les voit pas a mefme tans, & ie ferois bien ayfe de fçauoir quand vous les voyés : fi c'eft la nuit, lorfque vos yeus font fort chargés des vapeurs du fommeil, ou bien apprés auoir beaucoup lu ou veillé ou ieufné ; fi c'eft en tans clair ou pluuieus, fi dans vne chambre ou bien dehors en vn aer plus libre, etc. Et cela pofé, ie penfe en pouuoir rendre raifon ; mais ce qui paroift autour du foleil eft chofe toute différente, ce qui ce prouue par cela mefme que vous me mandés, a fçauoir

��o Monfieur et] Mon. — 1-2 fi fouuant] tant de fois. — 2 et il femble. — 3-4 vne inuention pour] moyen de. — 5 milles fortes] toutes façons. — 6 a voir] d'apperceuoir. — m'eft] m'a efté.

— 7 veus. . . toutefois] fuis tou- tesfois bien d'accord auec vous.

— en] de cela. — 8-10 ce... tans om. — 10 et ie] Et pour cette raifon ie. — 11 quand. . . voyés om. — 11- 12 si c'eft en vous leuant la nuit et lorfque voftre veuë eft encore chargée. — i3-

��i5 fi... etc.] que vous les voyez.

— i5 Et... pofé] Et la chofe fup- pofée. — 16-17 rendre... diffé- rente] affez diftinctement rendre la raifon. le croy auffi qu'elle peut encore paroiftre autrement parle moyen desvapeurs de l'air, mefme autour de la chandelle; mais c'eft chofe toute différente de ce qui paroift autour du fo- leil. — 17-18 ce... mefme] et vous mefme le témoignez, en ce.

— 18 à fçauoir om.

�� � 8 4

��Correspondance.

��ii, 480-481.

��que l'ordre des couleurs eft différent. le ne veus pas mettre en doute ce qu'allure M r . Gaffendi, & veus bien croyre qu'il ait obferué pluûeurs fois le diamètre de la couronne de 4$ degrés; mais ie conjecture qu'il y a des couronnes de toute forte de grandeurs au deffous de celle la, & que celles qui ne paroiffent que comme vn cercle blanc ou rouffaftre, font plus petites. Que fi l'expérience ne s'y accorde, i'auoue que ie ne fçay pas encore la raifon des couronnes.

le vous prie me mander quel autheur rapporte que Hollandi nauigando viderunt 3 foies 6 iridum dif- cerniculo ab inuicem abiunctos. Car la chofe eft belle & régulière, ayant vn pareil fondemant que le phéno- mène de Rome.

le vous remercie des autres remarques que vous i5 m'efcriués, & vous m'obligerés s'il vous plaift de con- tinuer a m'enuoyer celles que vous iugerés plus dignes d'eftre expliquées touchant quoy que ce foit de la na-

��IC

��1 quel'ordre. . . différent] qu'ils ont differens ordres de cou- leurs. — 2 mettre... Gaffendi] contredire à l'authorité de M. Gas. — 3-4 plusieurs. . . degrés] la couronne de quarante-cinq degrez de diamètre. — 5-7 a. . . petites.] en a de plusieurs gran- deurs, et que lors qu'elleparoift feulement, comme un Cercle blanc, ou rougeaftre, qu'elle eft plus petite. Mais lors qu'elle fe diuerlifie de couleurs, ie veux bien croire qu'elle arriue iuf- ques à cette grandeur, et que l'ordre des couleurs ett ainfi

��que vous me le mandez. — 8 s'y accorde] répond à ce que i'en dis, et que les moins par- faites foient auffi de quarante- cinq degrez. — 8-9 ne fçay. . . couronnes] n'en fçaurois rendre raifon. — 10 prie de me. — au- theur] eft l'autheur qui. — 1 1-12 nauigando... abiunctos] in Na- uigatione, etc. — i3 vn... fonde- mant] la mefme cause. — 16 elcriués] touchant les Couronnes aj. — s'il vous plaift om. — 17 enuoyer celles] écrire ce. — 17-18 plus... expliquées] de plus remarquable.

�� � II, 4SI-

��XVJ. — 18 Décembre 1629.

��8*

��10

��i5

��20

��ture, mais principalemant de ce qui eft vniuerfel & que tout le monde peut expérimenter, de quoy i'ay en- trepris de traiter feulemant. Car pour les expériences particulières, qui dépendent de la foy de quelques vns, ie n'aurois iamais fait, & fuis refolu de n'en point parler du tout.

le vous remercie auffy du foin que vous voulés prendre du petit traité que i'entreprens, & encore que i'aye honte de vous donner tant de peine, toutefois, puis qu'il vous plaift de m'obliger tant, fi Dieu me fait la grâce d'en venir a bout, ie vous l'enuoyeray, non pas àffin qu'il foit imprimé de long tans apprés ; car encore que i'aye refolu de n'y point mettre mon nom, ie ne defire pas toutefois qu'il efchappe fans auoir elle diligenmant examiné & de vous — le iuge- mant duquel me fuffiroit, fi ie n'auois peur que voftre affe&ion me le rendift trop fauorable — & de quelques autres des plus habiles, que vous & moy pourrons trouuer, qui en veuillent prendre la peine ; ce que ie defire principalemant a caufe de la Théologie, laquelle on a tellemant affuiettie a Ariftote, qu'il eft prefque im- pofiible d'expliquer vne autre Philofophie, fans qu'elle

��1 de . . . vniuerfel] des remar- ques vniuerfelles. — a de quoy] qui font celles dont. — 3 feule- mant om. — 5-6 ie... tout] ie n'en parleray en façon du monde. — 7 du foin] de la peine. — 8 du... entreprens] pour faire imprimer ce que ie fais. — 9 donner. . . peine] tant importuner. — 10 de m'obliger tant om. — 1 1 d'en.. . bout] de l'acheuer. — 12 affin...

��imprimé] pour le faire impri- mer. — 1 3 i'aye] ie fois. — 14-15 auoir efté] eftre vu et. — i5 et om. — i5-i61e... duquel] de qui le iugement. — 1 7 ne me. — 1 7- 19 quelques... veuillent] tous les plus habiles hommes que nous pourrons çhoifir, qui en vou- dront. — 19-20 ce. . . defire om. — 21 à l'Ariftote. — prefque om. — 22 fans qu'elle] qu'il ne.

�� � 86

��Correspondance.

��11,481-483,1,50:*.

��femble d abbord contre la foy. Et a propos de cecy, ie vuus prie me mander s'il n'y a rien de déter- miné en la religion, touchant l'eftendue des chofes créées . fçauoir fi elle eft finie ou plutoft infinie, et qu'en tous ces pais qu'on appelé les efpaces imagi- naires il y ait | des cors créés & véritables ; car encore que ie n'euffe pas enuie de toucher cete queftion, ie croy toutefois que ie feray contraint de la prouuer.

Maintenant pour venir a vos queflions, ie repren- dray celles qui font en voftre lettre du 4 Nou., ou pre- mieremant vous me demandés pourquoy i'auois dit que le fault de la quinte n'eft pas plus pour la Baffe qu'au deffus celuy de la tierce : ce qui |eft, ce me fem- ble, fort ayfé a iuger, fur ce que la balîe va naturelle- ment par plus grands interualles que le deffus; de mefme que, pour ce qu'vn homme va naturellemant a plus grans pas qv'un enfant de j ans, on peut dire qu'vn fault de 1 5 femelles fera moindre pour luy que celuy de dix pour vn enfant de j ans.

��1 d'abbord] qu'elle (bit aj. — 2 de me. — 3 religion] Foy. — 3-4 des chofes créées] du Monde. — 4 fi elle] s'il. — finy. — infiny. 5 — qu'en. . . pais] fi tout ce. — les om. — 6 il y ait] foient. — 7 toucher] mouuoir. — 8 que... prouuer] qu'il faudra malgré moy que ie la prouue. — 9 ve- nir], répondre. — 10 voftre... Nou.] la lettre que i'ay receue il y a trois femaines. — 11 i'a- uois dit] ie dis Clers., II. Le fragment Clers., I, p. 5o3, com- mence au contraire : Maintenant

��pour vos queftions de Mulique, ce que i'auois dit. — 12- 1 3 n'eft ...tierce] enlabalfe n'eft pas plus que celuy de la tierce au deffus. — i3 ce qui... vous a mandé, ce qui (p. 88, 1. 22)] et à cela i'ay défia répondu et mefme ce qui refte à y répondre Clers., II. — ce qui om. Clers., I. — i5 par de. — i5-i6 de mefme... qu'vn] carde mefme qu'vn. — 16 va na- turellement] qui marche. — 17 quatre ans. — 18 que le fault. — 19 pour. . . ans] à vn enfant de trois ou quatre ans.

��10

��i5

�� � i, 5o3. XVI. — 18 Décembre 1629. 87

Vous demandés en fuitte pour quoy les chofes efgales refueillent plus l'attention en montant qu'en defcendant : ie ne me fouuiens plus de ce que ie vous en auois efcrit, toutefois ie vous diray que ce n'eft

5 point pour ce qu'elles font efgales ou inefgales, mais generalemant pour ce que le fon qui eft plus aygu que celuy qui le précède (comme il eft lorfque les parties montent), re'ueille & frappe plus l'oreille que celuy qui eft plus graue ; et en vn concert de mufique, fi les

<o vois vont prefque toufiours efgalemant ou qu'elles

s'abbaifTent & alentiflent peu a peu, cela endormira

les auditeurs; mais fi au contraire on rehauiïe la

vois tout d'vn coup, ce fera le moyen de les reueiller.

Selon diuerfes confiderations, on peut dire que le

i5 fon graue eft plus fon que l'aigu, car il fe fait par des corps de plus grande eftendue, il fe peut entendre de plus loing, etc. Mais il eft dit fondemant de la mufique principalemant pour ce qu'il a fes mouuemans plus lents & par confequent qui peuuent eftre diuifés en

20 plus de parties; car on nomme fondemant ce qui eft comme le plus ample & le moins diuerfifié & qui peut feruir de fuget fur lequel on batift le refte : comme les premiers traits d'vn crayon peuuent eftre dits le fon- demant d'vn portrait, encore qu'ils femblent moins

z5 paroiftre que ce qu'on y adioufte par apprés auec les couleurs viues.

4enom. — 6 pour ce que om. moins. — i5-i6il... eftendue,

— 6-9 qui eft... graue] plus aigu il] il confifte en plus d'éten-

qui fe fait en montant, frape due. — 22 on baftit] on peut

plus l'oreille que le graue. — baftir. — 22-26 comme... viues

10 prefque om. — i5 plus ou om.

�� � 88 Correspondance. 1,503-504,11,482.

Pour voftre façon d'examiner la bonté des confo- nances, vous m'aués appris ce que i'en deuois dire : qu'elle eil trop fubtile, au moins fi i'en ofe iuger, pour eftre diftinguee par l'oreille, fans laquelle il eft impoffible de iuger de la bonté d'aucune confonance, 5 & lorfque nous en iugeons par raifon, cete raifon doit toufiours fuppofer la capacité de l'oreille. Pour le paffage de la tierce maieur a fvnifon, ie me tiens a ce qu'en difent les pratticiens.

le penfe auoir refpondu a ce que vous propofés des 10 tours & retours d'vne chorde. De igné ex filicibus ex- cujjo, il eft de mefme nature que tout autre feu , mais il faudroit vn long difcours pour l'expliquer, ce que ie tafcheray de faire en mon petit traité.

Il n'y a point de doute, en quelle façon que vous <5 mettiés vn foliueau ou colonne, qu'elle pezera tou- fiours ou tirera contre bas, & noftre tefte peze fur nos efpaules, & noftre corps fur nos iambes, en- core que nous n'y prenions pas garde.

Il ne refte plus que quelque chofe touchant la vi- 20 teffe| du mouuemant que vous dite que le S r . Becman vous a mandé, ce qui | viendra mieus en refpondant a voftre dernière, in qua i° petis quare dicam* céleri-

3 au moins... iuger ont. — — 18 et tout noftre. — 21 leS r .]

4 par] de. — 4-7 fans... l'o- Monfieur. — 22 ce qui] mais

reille] qui eft feule iuge de cela. cela]. — 23 dernière] Clers. I

Et. — 8-9 ce... les] la raifon continue par la première rédac-

dcs. — 10-14 Alinéa omis. — tion suivante : Pour la propor-

i5 quelle façon] quelque fens. tion de viteffe félon laquelle

— 16 peze.— 17 ou] et. — tire. del'cendent les pois, ie vou' en

a. Voir plus haut page 72, li^ne 21.

�� � II, 4$2<

��XVI.

��18 Décembre iÔ2<

��89

��10

��ib

��tatem imprimi vt vnum primo momento a grauitate et vt duo 2 momento etc. Refpondeo, falua pace, me non ita intellexijje , fcd celer itatem imprimi vt vnum primo momento a grauitate, et rurfus vt vnum 2 momento ab eadem grauitate etc. Vnum autem 1' moment i et vnum 2 1 faciunt duo, et vnum 3 n faciunt tria, atque ita crefcit in Arithmetica proportione. Hoc autem fufficienter pro- bari putabam ex eo quod grauitas perpetuo comitetur corpus in quo eji : neque enim potejl grauitas corpus co- mitari nifi id ajfidué pellat deorfum. Nam fi Jupponere- mus, exempli caufa, plumbi majfam deorfum delabentem vi grauitatis et, pojlquam per primum momcntum labi cœpit, Deum tollere omncm grauitatem ex plumbo, adco vt pojîea majja plumbi non fit magis grauis quam fi effet aer aut pluma, perget nihilominus defcendere ifia majfa, faltem in vacuo, quoniam et cœpit moueri, et nulla potejl

��ay écrit ce que i'en fçauois en la précédente, faltem in vacuo, fed in aère ce que vous a mandé Monfieur Beecman eft véritable, pouruù que vous fupofiez que plus le pois detcend vide, plus l'air luy refifte ; car fi cela eft, de quoy ie ne fuis pas encore du tout affuré, enfin il arriuera que l'air empelchera iuftement au- tant que la pefanteur adjoute- roit de vitefle au mouuement in vacuo, et cela eftant, le mou- uement demeurera toufiours égal; mais cela ne fe peut dé- terminer que de la penlee; car en pratique il ne le faut pas ef- perer. Et pour vos expériences, qu'vn pois, detcendant de cin- ConuESPONDAxen. T.

��quante pieds, employé autant de temps à parcourir les vingt- cinq derniers que les premiers, falud pace, ie ne me fçaurois perfuader qu'elles foient iuftes : car in vacuo, ie trouue qu'il ne mettra que le tiers du temps à parcourir les vingt-cinq der- niers, et ie ne puis croire que l'empefchement de l'air foit fi notable qu'il rende cette diffe- rence-là imperceptible. le fuis, etc. Fin du fragment Clerselier, tome I, page 504. — Clerselier, tome II, page 482-483, donne, au contraire, tout d'abord une traduction en français du pas- sage latin (jusqu'à dicere licet, p. 90, 1. 7).

�� � 90 Correspondance. h, 483-483.

affcrri ratio cur dejinat a , fed non augebitur eius cele- ritas. Atqui fi pojî aliquod tempus reflituat Deus graui- tatem ifti plumbo ad momentum temporis tantum, | quo elapfo rurfus eandem fubtrahat, nunquid fecundo ijîo mo- mento vis grauitatis tantundem impellet plumbum quantum 5 fecerat i u momento, ac proinde duplicabitur celer itas mo- tus ? Idem de reliquis momentis dicere licet. D'où il fuit certainemant que, fi vous laiffiés tomber vne boule in fpatio plane vacuo de 50 pieds de hault, que de quelle matière qu'elle puft eflre, elle employeroit toufiours '° iuftemant trois fois autant de tans aus 2$ premiers pieds quelle feroit aus 25 derniers. Mais dedans l'aer c'eft tout autre chofe, & pour reuenir au S r Beecman, encore que ce qu'il vous a mandé foit fauls*, a fça- uoir qu'il y ait vn lieu auquel vn poids qui defcend «5 eftant paruenu, pourfuit par apprés toufiours d'efgale vitefle, toutefois il eft vray qu'apprés certain efpace cete vitefle s'augmente de fi peu qu'elle peut eftre iugee infenfible, & ie m'en vois vous expliquer ce qu'il veult dire, car nous en auons autrefois parlé enfemble. 20

8-9 in... vacuo] dans vne pourfuit] elle defcendra. — tou-

efpace tout à fait vuide. — 9 de fiours om. — 17-18 qu'apprés...

quelque. — 10 puft] puiffe. — fi peu] que cette augmentation

11-ia aus... aus] à defcendre de viteffe eft fi petite après cer-

les vingt-cinq premiers pieds tain efpace. — 18 iugee] eftimée.

que les. — 12 dedans] dans. — — 20 veult] faut. — enfemble]

i3 Beecman] N. — i5 vn poids] et ie vous diray après en quoy

vne pierre. — 16 paruenuë. — il fe méprend aj.

a. [Note de Descartes en marge.} Oportet meminifle nos fup-

ponere illud quod femel motum eft, in vacuo femper moueri, & in meo tractatu demonftrare conabor.

�� � 11,483-484. XVI. — 18 Décembre 1629. 91

Supponit, vt ego, id quodfemel moueri cœpit, pergere fua fponîe, nifi ab aliqua vi externa impediatur , ac proinde in vacuo femper moueri, in aère vero ab aeris re- Jijîentia paulatim impediri. Supponit prœterea vint gra- 5 uiîatis in corpore exijîentem Jingulis momentis imagina- bilibus de nouo tmpellere corpus vt defcendat, ac proinde in vacuo femper augeri celeritatem motus ea proportione quam Jupra dixi, et quam eo proponente ante vndecim annos quaejiui habeoque adhuc inter mea aduerfaria illius

10 temporis annotatam a . Addit autem de fuo quae fequuntur, nempe quo celerius defcendit aliquod corpus, tanto magis aerem eius motui refiflere : quod fane haéîenus mihi du- bium erat, nunc autem, \re diligenter examinata, verum effe cognofco. Hinc autem fie concludit : cum vis celeritatem

1 5 faciens crefeat femper aequaliter, nempe fing ulis momentis

vnitate, refiftentia vero aeris celeritatem impediens femper

inaequaliter, nempe i° momento fit quidem minor vnitate,

fed aliquantulum augeatur fecundo momento et fequen-

tibus, neceffario, inquit, eo vfque perueniet vt ifla refifien-

20 tia fit aequalis impulfui grauitatis, tantumque detrahat ex celeritate quantum vis grauitatis adiungit. Eo autem momento quo id contingit, certum efl, inquit, pondus cele- rius non defeendere quam momento proxime praecedenti ; fed neque fequentibus momentis celeritas augebitur velmi-

2 5 nuetur, quia deinceps aeris refifîentia manet aequalis — eius enim inaequalitas veniebat ab inaequalitate celeritatis quae fublata eft, — vis autem grauitatis femper aequaliter pellit.

1-27. Supponit. . . pellit] passage traduit en français.

a. En 1618. Voir Œuvres inédites de Descartes, I, 18. L'Isaac de Mid- delbourg, vir ingeniosissimus, dont il y est parié, est en effet Beeckman.

�� � 02

��Correspondance.

��h, 484.

��Il y a grande apparence en cete raifon, & il la pour- roit perfuader a ceus qui ne fçauroint pas l'Arith- métique, mais il ne fault que fçauoir compter pour trouuer qu'elle eft faulfe. Car fi la refiftance de l'aer s'accroift a mefure que la force de la viteffe s'accroift, elle ne ce peut donc accroiftre plus que cete viteffe s'accroiftra, c'eft a dire que fuiuant la mefme proportion. Faifons donc qu'au commence- mant du mouuemant la viteffe feroit vn, fi l'aer n'empefchoit point, mais qu'elle n'eft qu'vn demi ; c'eft donc a dire que la refiftence de l'aer eft auffy 4-. Or, au fécond momant que la pefanteur adioufte encore vne vnité a la viteffe, elle feroit de —, fi l'aer n'empefchoit derechef; mais de combien em- pefchera-t-il ? On peut bien dire que ce ne fera pas tant a proportion que la première fois, a caufe qu'il eft défia efmeu, & en ce cas la propofition dud(it) S r fera d'autant moins véritable. Mais on ne peut pas

��10

��i5

��6 elle ne ce] ce ne. — 6-8 ac- croiftre... donc qu'] eftre tout au plus qu'en proportion géomé- trique, c'eft-à-dire fi]. — 9 fe- roit] eft. — 9-10 fi... point] l'air n'empefchant point. — 10 mais... qu'vn] et qu'elle foit feule- ment un. — 11 c'eft. . . dire] à caufe que l'air empefche , on dira. — 11-12 auffy -£ . Or] la moitié dautant que la viteffe. Et. — 12-1 3 la... encore] la viteffe accroift d'. — 13 a la viteffe, elle] et par confequent. — i3-i5 fi. . . empeichera-t-il?] fans le fécond empefchement de l'air lequel. —

��i5 — p. 93, 1. 8 dire... injinitum, ou] fuppofer n'eftre pas fi grand à proportion que le premier, mais non pas eftre plus que la moitié de la viteffe, et lequel fera maintenant -f. Si on dit qu'il foit moindre, il arriuera dautant moins à ce qu'on cherche. D'ef- tre plus grand que la moitié de la viteffe, il eft impoffible d'en imaginer de raifon. Pofons donc qu'il foit égal, c'eft-à-dire de J- au fécond moment, au troi- fiefme par confequent il fera de -J-, et au quatrième de -fît etc., et ainfi à l'infiny.

�� � II, 484-4S5.

��XVI.

��18 Décembre 1629.

��9}

��10

��dire qu'il empefche plus qu'a mefme proportion que la première fois; c'eft a dire qu'il diminuera la moi- tié de la vitefle , qui de 4" ne fera q ue 4» & au tr °i~ ûefme momant la pefanteur y adiouftera encore vne vnité a la vitefle, qui feroit -£- fans que l'aer en ofle la moitié & reftey. Et ainfy de fuitte aus autres momans l'empefchemant de l'aer fera g, & g, g-, -g , et fie \ in infinitum, ou vous voyés que ces nombres croiflent touf- iours & toutefois font toufiours moindres que l'vnité. Ac proinde nunquam tanium detrahiîur de celeritate per

��10-p. 94, 1. 7 Ac proinde. . . falfum] Passage traduit en fran- çais, mais contenant après def- cenderet (p. 94, 1. 5) la longue addition suivante :

Et mefme il n'y a perfonne qui ne fçache qu'vne quantité peut eftre accrue à l'infiny fans qu'elle puilTe iamais deuenir égale à vne autre, qui toutesfois ne s'augmentera point. Par exem- ple fi vous adjouftez à l'vnité vn demy, et puis j-, et puis-J-, et ainfi toufiours la moitié de ce que vous y auiez adjoûté la dernière fois, vous pourrez aug- menter cette vnité à l'infiny, fans toutesfois qu'elle foit iamais égale au nombre de deux. Or il faut neceffairement qu'il auouë que c'eft en cette proportion que l'air refifte, à fçauoir en pro- portion géométrique auec la vitefle du mouuement. Car fi c'eft cette vitefle qui eft caufe de cette augmentation de refif- tance de l'air, il faut neceffaire-

��ment qu'à proportion que la vitefle croiftra, la refiftance de l'air croifle aufli, et non pas ny plus ny moins. Pofons donc qu'vne boule defeende dans l'air, et que la force de la pefanteur la pouffe au premier moment comme vn , la vitefle feroit aufli alors comme vn dans le vuide; mais pofons que la re- fiftance de l'air ofte toufiours, comme ie viens de dire, la moi- tié de la vitefle, il s'enfuit que la vitefle de la defeente ne fera que comme vn demy au premier moment; mais au fécond mo- ment la pefanteur pouffe dere- chef le corps graue comme vn, et partant au fécond moment la vitefle feroit comme j ou|, fi l'air n'aportoit point de refif- tance. Mais pource que la refif- tance qu'il apporte en ofte en- core la moitié, la vitefle ne fera que de î [P. 486] au fécond mo- ment, et au troifiefme de ■£, au quatriefme de il, et ainfi à l'in-

�� � 94

��Correspondance.

��h, 485-486.

��reftjîentiam aeris quantum ei accrefcit per grauitatem, quae nempe Jingulis momentis illam auget vnitate. Hocfiet eodem modo Ji dicas aeris rejîjîentiam tollere 4- vel — cele- ritatis etc. Non autem potes dicere eam i° momento tollere vnitatem celeritatis; ita enim pondus non defcenderet. | Ac proinde Mathematicé demonjlratur illud quod Becmannus fcripferat cjje falfum. Et fi vous luy efcriués, ie ne feray pas marry que vous luy mandiés, affin qu'il apprene a ne fe glorifier pas mal a propos des plumes d'autruy.

Mais pour reuenir au poids qui defcent, on peut yoir par ce calcul que l'inefgalité de la viterTe eft très grande au commancemant du mouuemant, mais qu'elle eft prefque inlenfible par apprés., & de plus qu'elle fe rend plus toit infenfible en vn poids de matière légère , qu'elle ne fait en vn de matière pezante, ce qui peut faire trouuer vos deus expé- riences véritables quoad fenfum. Car fuiuant ce calcul, & prenant vn fort petit efpace pour vn mo- mant, on pourra trouuer qu'vne boule qui defcend de $0 pieds, va prefque trois fois auffy vifte au 2 (d)

��10

��i5

��20

��finy. Et partant la viteffe fera toufiôurs augmentée; et iamais comme i'ay dit, la refiftance de l'air ne diminuera d'autant la viteffe, qu'elle reçoit d'accroif- fement par la pefanteur; à caufe que ce qui eft ainfi ofté n'éga- lera iamais l'vnité que la pe- fanteur luy donne à tous les mo- mens. — 8 pas] point. — man- diés] cela a/. — 1 1 Mais] L'alinéa commence par la plirase : I'ay

��retiré l'original du petit traitté de Mufique que i'auois donné à M. N. eftant à Breda (voir ci- après, p. 100, 1. 10). — 12 calcul] de la refiftance de l'air aj. — i5fe rend... infenfible] eft moins fen- fible. — 16 ne fait] n'eft. — vn poids. — 17 fort pefante. — 18 quoad] ad. — fuiuant] par. — 19-20 et prenant... trouuer] il fe peut faire. — 21 pieds] de haut aj. — trois fois om.

�� � IO

��20

��11,486-487. XVI. — 18 Décembre 1629. 9$

poulce qu'elle fàifoit au premier, & toutefois qu'au ^esme pi ec j e \\ e ne va p as fenfiblemant plus vifte qu'au fécond, & qu'elle ne mettra pas plus de tans a def- cendre les 25 premiers pieds que les 25 derniers, finon de ce qu'il en fault pour defcendre 2 ou } poulces, ce qui fera du tout infenfible. Or cela arri- uera principalemant fi le poids eft de matière légère, mais fi c'eft fer ou plomb, l'inégalité du mouuemant ne fera pas fi tofl infenfible; toutefois en vne grande hauteur on ne la pourra gueres mieus apperceuoir, pour ce que le mouuemant durera moins que d'vne matière légère.

Or ce n'eft pas de mefme du poids A fufpendu en B, lequel va en C ; car fa def- cente ne ce doit compter que depuis D iufques a C, qui n'eft qu'vn poulce ou deus, & vous fuppofiés vn poids de matière A pefante. Sans faire d'expé- rience a la tour de Strasbourg, ou ie n'ay point d'habitudes, i'oze affurer qu'vn | poids de matière pefante defcend plus vifte qu'vn de plus

���1 poulce] qu'elle defcend aj. — 2 va] defcendra. — 3 et] et ainfi des autres, en forte. — 3-5 a... finon] aux vingt-cinq premiers pieds qu'aux vingt- cinq derniers, que. — 5 : 2 ou 3] cinq ou fix. — 6 fera du tout] eft. — 6-7 arriue. — 7 le poids... légère] ce qui defcend eft léger. — 8 du fer ou du

��plomb. — 8-10 du mouuement.. . on ne la] fera plus grande, mais on ne le. — 1 1-12 que.. .

légère] qu'il defcendra plus vifte. — i3 ce n'eft] il n'en eft. — i5 ce] fe. — 18 fuppofez. — 19 pefante] auquel par confe- quent l'air empefche moins; Et. aj. — 21 d'habitudes] de connoiflance. — 22 defcendra.

�� � 96 Correspondance. », 487-

légère, & que, de deus poids de mefme figure & ma- tière, le plus gros defcendra le plus vifte.

Pour expliquer qu'vne chorde de luth diminue fes retours en proportion Géométrique, il faudroit dire ce que c'eft que la reflexion, ce qui eft trop long pour vne lettre ; mais feulemant puis ie dire que cete force qui fait retourner la chorde eft d'autant plus grande que la chorde eft plus tirée hors de fa ligne droite, & qu'eftant inefgale, elle rend auffy la diminution

des retours inefgale, ce qui eft la proportion Géométrique. Mais c'eft tout autre chofe des retours de la chorde A B , qui eft meue par le . poids B ; car la pefanteur de ce poids demeure toufiours efgale & ainfy ne caufe point d'inégalité en la diminution des retours, lefquelz pour cete caufe ne fe rencontrent pas io-o/povot comme les autres.

���10

��i5

��1 et ont. — 1-2 matière et fi- gure. — 2 le (après defcen- dra) om. — vifte] Bref, que de deux poids de mefme ma- tière et grofleur, mais de dif- férentes figures, celuy duquel la figure approchera le plus du cercle defcendra plus vifte aj. — 3 Pour expliquer qu'] Vous demandez après pour- quoy. — luth] tirée hors de fa ligne aj. — 4 géométrique] pour l'expliquer aj. — 7 chorde] vers fa ligne aj. — 8 droite om. — t)-i2 et qu'eftant... chofe des]

��et que cette force fe diminuant à mefure que la corde approche de fa ligne fait neceffairement la proportion géométrique aux mouuemens, au lieu que les. — 14-18 car la. . . comme] ne vont pas en mefme proportion; car la force de la pefanteur demeure toufiours égale dans le poids B, et ne fe diminue pas comme la force de la reflexion d'vne corde de luth. De forte que vous ne deuez pas trouuer étrange, fi les retours de la corde de luth font !T«/aovoi, et non pos.

�� � 11,487-488. XVI. — 18 Décembre 1629. 97

Pour vos expériences, ie trouue le fer certainemant plus pefant que le cuiure, mais c'eft de fi peu que rien plus, & pour ce que i'y ay trouué vn peu de rouille deffus, crainte que ce ne foit cela qui l'aye ap- 5 pefanti, ie le laifle rouiller encore dauantage, pour voir par apprés s'il en fera encore plus pefant.

Pour les autres expériences des balances & de la chandelle au foleil, ie ne trouue pas eftrange qu'elles n'ayent point reufly, & n'eft pas befoin d'y penfer 10 dauantage.

|I'ouure maintenant la troifiefme de vos lettres, que ie receu hier, ou ie trouue derechef le foin que vous prenés des expériences dont ie vous auois efcrit & vous en remercie ; mais il n'eft pas befoin de vous en i5 mettre plus en peine : encore que la chambre fuft percée tout au trauers, le rayon ne laifferoit pas d'en illuminer les coftés.

Ce que vous mandés auoir ouy dire des couronnes, que le milieu en foit verd ou bleu, vne des extrémités 20 rouge & l'autre iaune, eft fans fondemant & aper- temant fauls. le croy bien mieus l'expérience de M r . GafTendi 8 , car ie fçay par efpreuue & par raifon qu'en tous les cercles ou iris qui peuuent eftre, il n'y

1 ie... fer] le fer eft. — 2-3 que des balances au foleil, ou à la

rien plus] qu'il ne fe peut efti- chandelle, ie croy bien qu'elles

mer. — 4 crainte] de peur. — n'auront pas reilffi, et il n'eft.

l'ait. — 5 encore om. — 6 par — 11 la] vne. — i5 plus ont.

apprés om. — en fera] deuien- — 18 mandés] dites. — 19 et

dra. — pefant] mais ie croy que l'vne. — 20-21 apertemant] cer-

non aj. — 7-9 les... n'eft] celles tainement. — 21 Et ie.

a. Voir plus haut, page 84, 1. 2.

Correspondance. I. i3

�� � 98 Correspondance. ii, 488.

a point d'autre ordre entre les couleurs que cetuy-cy : 1 rouge noir, 2 incarnat, j orangé, 4iaune, 5 verd, 6 bleu, 7 gris de lin. Or on diftingue plus ou moins de fes couleurs félon que l'iris eft plus ou moins par- fait, & en certains iris le rouge commence au concaue 5 du cercle, & en d'autres au conuexe. Ce qui l'a fans doute trompé, ce font vos couronnes de la chandelle auquel il aura vu, ainfy que vous, vn cercle verd entre deus, l'vn rouge, l'autre iaune ou orangé ; mais il arriue ainfy a la chandelle, pource que ce n'eft pas 10 vne couronne feule, mais deus différentes, defquelles l'extérieure & plus grande eft rouge en fon conuexe & verte en fon concaue ; l'intérieure, moins parfaite, eft feulemant roufle ou orangée en fon conuexe, & pource qu'elle fe termine contre la chandelle mefme, elle i5 ne peut dégénérer en aucune couleur moins teinte que la flame, comme font le verd, bleu & gris de lin, mais feulemant en iaune ou couleur de flame. le m'éman- cipe beaucoup de parler d'vne chofe que ie n'ay point veue, deuant ceus qui en ont l'expérience, mais vous 20

1 entre] pour. — 2-3 : 1... infailliblement. — ce n'eft] ce

2... 3... 4... 5... 6... 7] qui paroift autour de la chan-

la première eft rouge-pourprin, délie n'eft. — 1 1-12 defquelles...

et l'autre... le troifiefme . . . grande] chacune defquels. —

la quatriefme. . . la cinquiefme i3 et verte] et l'extérieure eft

verte, la fixiefme bleue', la fep- verte. — i3-i5 l'intérieure...

tiefme. — 3 on diftingue] il pa- mefme, elle] mais l'intérieure fe

roift. — 4 fes] ces. — 5-6 corn- terminante la chandelle. — 17

mence. . . conuexe] eft au cercle flamme mefme. — font] feroient

conuexe, et le bleu ou gris de — le bleu ou gris. — 17-18

lin au concaue, et aux autres mais... flame] c'eft pourquoy

c'eft tout le contraire. — 8 aux- elle demeure iaune iufques à la

quelles. — 9 deux autres. — chandelle. — 20 en ont l'expe-

10 il... chandelle] cecy arriue rience] l'ont veuë plufieurs fois.

�� � II, 488-489.

��XVI. — 18 Décembre iÔ2<

��10

��i5

��20

��99

��m'obligerés de me mander û ie me trompe, & vous pourrés voir fi ce font deus couronnes différentes, en vous efloignant | peu a peu de la chandelle, car a rae- fure qu'elles croiftront, ie croy que vous les verres feparer l'vne de l'autre. Vous le pourrés auify con- noiftre en couurant du doigt la moitié de la flame de la chandelle : car, fi ie dis vray, vous verres" a mefme tans que les deus cercles rouges, ou l'vn rouge & l'autre que vous nommés iaune orangé, s'obfcurciront d'vn mefme cofté , le relie demeurant en fon entier ; & le contraire arriuera de l'autre cofté, que le refte s'obfcurcira, le rouge & orangé demeu- rans. Et ie vous prie me mander de quel cofté le rouge s'obfcurcira, fi ce fera du mefme que vous au- rés couuert la moitié de la chandelle , ou du con- traire. Mais peut eftre que rien de tout cecy ne fe pourra diftinguer. Mandés moy auïïy fi ces cercles ne font point plus larges au hault qu'aus coftés, pource que la flame eft plus longue que large.

Aus empefchemans de l'aer pour les mouuemans, il ne fault point confyderer celuy qui fuit & celuy qui précède, mais feulemant l'vn des deus. Pour le quan-

��2 voir] iuger. — 3 peu a peu] vn peu. — 4 s'accroiftront. — 4-5 que... feparer] qu'elles fe fepare- ront. — 5-6 reconnaiftre. — 6 cou- urant] tout contre aj. — 8 a] en. — 11- 19 et le... large] Et au con- traire de l'autre, que le verd et le iaune en couleur de flammes s'obfcurciront, fans que les rou- ges fe changent; Mais peut eftre

��que cela ne fe pourra diftinguer. Et fi vous faites cette expérience, ie vous prie d'obferuer, fi cou- urant la moitié de la chandelle du cofté droit, ce fera les rouges du mefme cofté qui s'obfcurci- ront, ou bien ceux de l'autre cofté, qui eft ce que ie iuge par mes raifons. — 20 pour les mouuemans om. — 22 et pour.

�� � IOO

��Correspondance.

��h, 489.

��tum, ie l'ignore, & encore qu'il ce pûft faire milles ex- périences pour le trouuer a plus prés, toutes fois, pour ce qu'elles ne fe peuuent iuftifier par raifon, au moins que ie puiffe encore atteindre, ie ne croy pas qu'on doiue prendre la peine de les faire.

Il eft certain que les retours de deus chordes qui font la douziefme & font l'vne a l'autre comme 1 a trois, fe rencontrent enfemble deux fois auffi fouuant que celles qui font la quinte & font l'vne a l'autre comme 2 a ). I'ay retiré depuis vn mois l'original du petit traité ou ie l'explique, duquel vous aués vu vn extrait ; il a demeuré vnze ans entre les mains du S r . Becman 3 , & fi ce tans la fuffift pour la prefcrip- tion, il a droit de fe l'attribuer. Or cela des confo- nances s'explique ainfy :

Soynt les chordes A a B comme 3 a vn, & A a C comme j a 2 ; que A employé vn momant de tans a faire chafque tour ou retour, & par confequent B 4-

��10

��15

��1 ce]fe. — mille. — 2 plus] peu. — 7-8 font... trois] font l'vne à l'autre comme vn à trois, et qui par confequent font la 12. — 9- 10 font. . . 3] font comme 2 à 3 et qui font la quinte. — io-i5 I'ay... ainfy] Et c'eft par cela mefmeque ie prouuois autrefois que la douzième eftoit plus par- faitequela quinte, etla 19. majeur que la 10. majeur, et celle-cy que la tierce majeur, dans vn petit Traitté duquel vous auez veu

��l'extrait, et duquel i'ay retiré l'original depuis vn mois d'en- tre les mains du S. N, où il ef- toit depuis onze ans, et ainfi le pouuoit-il appellerfien, au moins fi dix ans fuffifent pour la pref- cription. Or cela fe prouue ainfi. — 16-p. ioi,l. 1 A... C f] A et B à la douzième, et A et C à la quinte, c'eft-à-dire que fi pen- dant vn moment A fait vn re- tour, B en fait trois et G en fait vn et demy.

��a. Il s'agit du Compendium Musicœ de Descartes, donné à Beeckman pour ses étrennes de 1619.

�� � ÎO

��iS

��20

��11.490-

��XVI. — 1.8 Décembre 1629.

��101

��|&C -j; que donc A & B commencent enfemble a fe

mouuoir ; pendant que A fera vn tour, B en fera trois

A iuftemant, & lorfque A commencera

fon fécond tour, B commencera fon

��quatriefme ; quand A commancera fon

c j (e ', B fon 7 (e) . Et ainfy a tous les mo-

mans, ils recommanceront enfemble, au lieu que, fi A & C commencent enfemble a fe mouuoir, lorfque A aura acheué fon premier tour, C fera a la moitié de fon fécond, & ainfy ne fera pas preft de recommancer auec A au 2 (d) momant, mais feulemant au troifiefme, car pendant que A aura fait 2 tours, C en aura fait j iufte- mant. Ainfy donc ilz ne recommencent enfemble que de 2 momans en 2 momans, au lieu que les precedens recommancent enfemble a tous les momans, ce qui fait que les fons fe méfient mieus & font vne plus douce harmonie.

Pour la Mufique des anciens, ie croy qu'elle a eu quelque chofe de plus puiffant que la noftre, non pas pource qu'ilz eftoint plus fçauans, mais pource qu'ilz l'eftoint moins : d'où vient que ceus qui auoint

��2-3 A... et] A paracheuera fon tour, B acheuera ces trois tours, à fçauoir chacun en vn tiers de moment. Et ainfi au fécond moment. — 4 retour.

— 5-6 quand. . . 7'] Et au troi- fiéme retour d'A, B fera fon septième. — 6 a] au commence- ment de. — 7 commenceront enfemble à fe mouuoir. — 9 re- tour. — 10 ainfi il. — 11 A] luy.

— car] pource que. — «2 re-

��tours. — i2-i3 iuftemant om.

— i3 recommenceront enfem- ble à fe mouuoir. — 14 de om. — les precedens] tous les autres. — 16-17 mieus... harmonie] plus doucement en- femble. — 20-21 mais... moins] mais au contraire, pource qu'ils eftoient plus ignorans.

— 21 d'où vient] ce qui eftoit caufe.

�� � 102

��Correspondance.

��II, 49°-49«'

��vn grand naturel pour la mufique, n'eftantpas afiuietis dans les reigles de noflre diatonique, faifoint plus par la feule force de l'imagination que ne peuuent faire ceus qui ont corrompu cete force par la con- noiffance de la théorie. De plus, les oreilles des au- diteurs n'eftant pas accouflumees a vne mufique fi ré- glée, comme les noflres, eftoint beaucoup plus ayfees a furprendre. Si vous voulés prendre la peine de faire vn petit receuil de tout ce que vous aués remarqué touchant la prattique d'auiourd'huy, quels paflages ilz approuuent ou defapprouuent, ie feray bien ayfe d'employer j ou 4 chappitres de mon traité pour en dire ce que ie fçauray, & n'y defauoueray pas ce que ie tiendray de vous. Mais ie ne voudrois point que vous priffiés la peine de me l'enuoyer de 8 ou 10 mois, car ie | ne feray pas fi toft la, & cependant ie ne me pour- rois empefcher de le voir & i'ay trop d'autres diuertif- femans : ie veus commancer a eftudier l'anatomie.

Si les mouuemans des taches du foleil ont efté plus diligenmant obferués de nouueau, item ceus des 4 planètes de Iupiter & des 2 de Saturne % ie feray

��1 vn.. . pour] vne grande incli- nation naturelle à. — affuietis] contraints. — 2 faifoint plus] fe laiffoient beaucoup mieux con- duire à leur génie et faifoient.

— 3-5 que. . . théorie] mieux que toute la fcience qu'ils igno- roientet qui fe fçait maintenant, ne peut enfeigner. — 5 De] Et de

— 8 vouliez. — 1 1 ferois. — 1 2-

��1 3 pour. . . fçauray] à expliquer tout ce que i'en fçay. — i3 de- fauouerois. — 14 tiendrois. —

16 feray. . . la] fçaurois plus toft en arriuer là. — 16-17 le - ■ • vo ' r et] cela me débaucheroit. —

17 trop] affez. — 18 veus] m'en va. — l'anatomie] en Médecine et ie n'écris prefque rien. — 19-p. io3, 1. 3 omis.

��10

��i5

��20

��a. Les saillies apparentes de l'anneau de Saturne étaient alors prises pour des satellites.

�� � ii,49'- XVI. — 18 Décembre 1629. 10?

bien ayfe de les voir, ie veus dire de fçauoir fi quel- qu'vn en a efcrit de nouueau, affin feulemant que i'en puifTe achepter les liures.

Pour les di&ions qui fignifient naturellemant , ie 5 trouue la raifon bonne pour ce qui frappe tellemant nos fens que cela nous oblige a ietter quelque vois : comme, fi on nous frappe, cela nous oblige a crier; fi on fait quelque chofe de plaifant, a rire; et les vois qu'on iette, criant ou riant, font femblables en toutes

10 langues. Mais lorfque ie voy le ciel ou la terre, cela ne m'oblige point a les nommer pluftoft d'vne façon- que d'vne autre, & ie croy que ce feroit le mefme, encore que nous euffions la iuftice originelle.

Repaflant vos lettres & la mienne, ie trouue auoir

1 5 oublié de refpondre a vne de vos queftions touchant les fons , qui font certainemant, comme vous dites, vn battemant qui ce fait par plufieurs tours & retours, fans que le fon d'vne baie de moufquet y face de dif- ficulté. Car les retours font feulemant requis en l'aer

20 qui frappe l'oreille, & non point en ce qui engendre le fon : que fi ilz fe rencontrent aus chordes, vous voyés le vent qui fort de noftre bouche en fifïlant, ou

��4 ie] i'en. — 5 ce qui frappe] les chofes qui frappent. — 6 oblige a ietter] excite à rendre. — 7 l'on. — 8 a] cela nous fait.

— 9 qu'on iette] que l'on rend en. — 11 point] pas plus. — 11-12 pluftoft. . . autre] Ciel ou Terre, qu'en toute autre forte.

— 14 Repaffant... mienne] Re(n)uoyant vos Lettres. — i5 de vos queftions] objection.

��— 16 comme] ainfi que. — 17 ce] fe. — par] à. — 18-19 le fon... difficulté] ce que vous ob- jectez du fon d'vne baie de mouf- quet empefche, ou conuainque du contraire. — 19 les] ces. — 20 en ce] au Corps. — 21 que fi ilz] Et encore qu'ils]. — 22 -p. 104, 1. 2 le vent... pas plus] toutefois qu'au vent auec lequel on fait fon- ner les fluftes, il n'y a non plus.

�� � 104 Correspondance. 11,491.

bien celuy qui paffe dans les fluftes, aller tout droit & ne faire pas plus de retours qu'vn boulet de canon. Mais ilz ne laiffent pas de faire ondoyer l'aer qui va frapper l'oreille, de mefme qu'vne pierre entrant dans l'eau ne laifTe pas d'y faire plufieurs cercles qui fe 5 fuiuent les vns les autres , encore qu'elle defcende toute droitte.

le croy que vous ferés fi las de lire cete lettre, que vous ne me voudrés plus propofer de queflions, crainte que ie ne vous ennuyé encore autant vne 10 autre fois en y refpondant mal. Mais excufés, car ie ne vous efcriray auffy bien de l'année , i'entens de celle qui finira dans 1 $ iours. le ne feray pas auffy fytoft refponfe a M r . Ferrier, fi ie reçoy de fes lettres & qu'il n'y ait rien de preffé, car i'ay enuie de me mettre vn «5 mois ou deus a trauailler tout de bon : ie n'ay pas encore tant efcrit de mon traité qu'il y a d'efcriture en la moitié de cete lettre, & i'en ay grand honte.

le vous prie me continuer l'honneur de vos bonnes grâces ; ie me recommande a M r . Ferrier, & mandés 20 moy, ie vous prie, commant fe porte M r . Montais. Iefuis, Monûeur & Reu d Père,

Voftre très obeiffant & très affectionné feruiteur,

DESCARTES. D'Amftredam, ce 18 Dec. 1629.

2 qu'vn] qu'à vn. — 3 ilz. . . droitte omis. La lettre 10S

faire] cela n'empefche pas qu'il de Clerselier continue : le fuis

nefaffe. — 4 entrant] tout droit marry de voftre Erefypele,

aj. (rayé dans l'original). — c'est-à-dire par la lettre sui-

5 d'y] de. — 6-7 encore. . . vante.

�� � n,49« XVII. — Janvier 1630. 105

(Adrejfe) A Monfieur

Monfieur le Reu nd Père Marin Mercenne a Paris.

Page 83, 1. 7. — Descartes ne parait avoir vu ces couronnes qu'en 1 635 ; voir sa lettre à Golius du 9/19 mai 1 635.

Page 90, 1. 18. — Cette opinion de Beeckman se trouve soutenue dans les trois premières lettres que nous possédons de lui à Mersenne (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, f° 43, p. 75 — f» 40 v», p. 70 — f* 33 v°, p. 56), et dont la dernière est du i w octobre 1629. Il la maintient toujours dans ses lettres postérieures (3o avril i63o, ibid. f* 37, p. 63 — 3o mai i633, ibid. f°42 v°, p. 73). Il l'avait déjà enseignée à Gassend, lors du voyage de celui-ci avec Luillier dans les Pays-Bas (de la fin de 1628 au 8 août 1629), ainsi qu'il ressort de l'ouvrage posthume publié par le frère de Beeckman [Mathematico-Physicarum Meditationum, Quœstionum, Solutionum Cen- turia, 1644, p. 45). « Tune docui punctum squalitatis in cadendo inves- tigare. »

XVII.

Descartes a Mersenne.

Amsterdam, Janvier i63o. Texte de Clerselier, tome II, lettre io5 fin, p. 491-497.

L'exemplaire de l'Institut marque cette seconde partie de la lettre II, io5 de Clerselier comme formant une lettre à part datée d'Ams- terdam le zS janvier 16S0. « V. p. 7 du nouveau cahier », ajoute la note manuscrite. Il n'est pas douteux, en effet, quelle ne soit intermédiaire entre les lettres du 18 décembre 162g et du 2S février 16S0, et il ne semble point qu'il y en ait eu d'autres à Mersenne pendant cette période de dix semaines, dont le milieu tombeau lundi 21 janvier i63o.

Je fuis marry de voftre erefypele, & du mal de M. M. a ; ie vous prie de vous conferuer, au moins iuf-

a. « Montais » d'après la fin de la lettre XVI, p. 104, 1. 21.

Correspondance. I. 14

�� � ioô Correspondance. ii )4 9'-4<p-

qu'à ce que ie fçache s'il y a moyen de trouuer vne Médecine qui foit fondée en demonftrations infail- libles, qui eft ce que ie cherche maintenant.

Pour ce qui fe voit ordinairement autour de la chandelle, cela n'a rien de commun auec les cou- 5 ronnes qui paroiffent autour des aftres ; car il n'y a point de feparation entre cela & la chandelle, & ce n'eft autre chofe que lumen \ fecundarium quod emergit ex radijs direélis per foramen vueœ tranfmijfis, de mefme que le rayon du Soleil entrant par vn petit 10 trou dans vne chambre en illumine auffi les coftez. Mais pour voir des couleurs plus apparentes, prenez la peine de regarder de fept ou huit pas vne chan- delle au trauers de l'aille d'vne plume à écrire, ou bien feulement au trauers d'vn feul cheueu, qui def- '5 cende de haut en bas par le milieu de voftre œil, & mettez ce cheueu tout contre l'œil, & alors vous aper- ceurez vne grande variété de belles couleurs. le pourfuis après cela voftre lettre de poincl: en poinét.

Premièrement, en difant que le fon graue eft plus 20 légitimement dit fondement de la Mufique que l'aigu a , ie ne nie pas pour cela qu'en quelqu'autre fens l'aigu ne foit plus véritablement fon que le graue ; & fi ie ne me trompe, i'ay dit expreffément que félon diuerfes confiderations, l'vn pouuoit eftre eftimé plus ou moins 2 5 fon que l'autre, c'eft à dire le graue plus pour vne confideration, & moins pour vne autre. Pour ce que i'ay dit aufli que le graue fe pouuoit entendre de plus loin, ce n'eft que cœteris paribus, & en fuitte de ce qu'il confifte en vn plus grand corps, toutes chofes eftant 3o

a. Voir Lettre XVI, p. 87, 1. 17.

�� � 11,492-493- XVII. — Janvier 1650. 107

égales. Car il eft certain qu'vne mefme corde plus elle fera tendue, plus elle aura le fon aigu, & toute- fois fera entendue de plus loin. Mais pour faire tout égal, prenez deux cloches de mefme figure & métal, 5 la plus grande aura le fon plus graue, & s'entendra de plus loin. Pour déterminer à quelle diftance chaque fon fe peut entendre, il eft impoffible ; car l'vn a meil- leure oreille que l'autre, & le moindre mouuement de l'air change tout. Ce que vous dites que le fon aigu

10 s'étend plus vifte que le graue, eft vray en tout fens; car il eft plus vifte porté par l'air, à caufe que fon mouuement eft plus prompt ; & il eft plus vifte dis- cerné par l'oreille , pour ce que fes retours fe font aufli plus vifte. Car il faut remarquer que fi le fon ne

l5 frappe l'oreille qu'vne feule fois, il eft bien entendu comme bruit, mais non pas diftingué comme fon qui foit graue ou aigu; il faut pour cela qu'il frappe l'oreille au moins deux ou trois fois, afin que par l'interuale qui eft entre les deux | battemens, on ef-

20 time combien il eft graue ou aigu ; ce qui paroift en ce que fi vous mettez le doigt fur vne corde, fi-toft après que vous l'auez touchée, auant qu'elle ait le temps de faire plufieurs retours, on entendra bien quelque bruit, mais on ne pourra iuger s'il eft graue

25 ou aigu.

En fécond lieu, pour le réjailliflement des balons, il eft vray qu'il eft excité en partie parce que l'air, non pas celuy de dehors, mais celuy qui eft enfermé dedans, réjaillit comme vn reflbrt, & les repoufle

îo en haut ; mais il y a encore vne autre caufe, qui eft la continuation du mouuement.

�� � 108 Correspondance. 11,493-494-

Troifiémement, fi vous prenez garde au calcul que ie faifois des retours des fons pour faire des confo- nances, vous trouuerez que les fons qui font la quarte, recommencent enfemble, non pas duodecimo quoque iélu, comme vous écriuez *, mais quarto quoque 5 iélu du fon plus aigu, & tertio quoque iélu du plus graue. De mefme que pour la quinte ils reuiennent enfemble, tertio quoque iélu du plus aigu, & fecundo quoque iélu du plus graue ; au lieu que pour la dou- zième, ils reuiennent auffi tertio quoque iélu du plus 10 aigu, mais Jingulis iélibus du plus graue, ce qui fait que la douzième eft plus fimple que la quinte. le dis plus fimple, non pas plus agréable ; car il faut remar- quer que tout ce calcul fert feulement pour monftrer quelles confonances font les plus fimples, ou fi vous i5 voulez, les plus douces & parfaites, mais non pas pour cela les plus agréables ; et fi vous lifez bien ma lettre, vous ne trouuerez point que i'aye dit que cela fift vne confonance plus agréable que l'autre, car à ce compte l'vnifibn feroit le plus agréable de tous. Mais 20 pour déterminer ce qui eft plus agréable, il faut fup- pofer la capacité de l'auditeur, laquelle change comme le gouft, félon les perfonnes; ainfi les vns aimeront mieux entendre vne feule voix, les autres vn concert, &c. ; de mefme que l'vn aime mieux ce 25 qui eft doux, & l'autre ce qui eft vn peu aigre ou amer, &c.

Pour ce que vous demandez pourquoy l'interuale de 1 à 7 n'eft pas receu en la Mufique, la raifon en eft claire ; pource qu'en fuite de cetuy-là, il en faudroit 3» receuoir vne | infinité d'autres, qui furpafient la capa-

�� � ii,494- XVII. — Janvier i6jo. 109

cité de nos oreilles. Ne penfez pas pouuoir entendre la quinte , fans que la corde aiguë ait au moins frappé trois fois voftre oreille; ny la quarte, quelle ne Tait frappée quatre fois, & ainfi des autres; ny feule- 5 ment juger qu'vn feul fon foit graue ou aigu, s'il n'a au moins frappé deux fois voftre oreille, comme i'ay dit cy-deffus.

4. De dire que la mefme partie d'air in indiuiduo, qui fort de la bouche de celuy qui parle, va fraper

10 toutes les oreilles, cela eft ridicule *.

5 . La plufpart des petits corps regardez auec des lunettes paroiflent tranfparens, pour ce qu'ils le font en effet; mais plufieurs de ces petits corps mis en- femble ne font plus tranfparens , pour ce qu'ils ne

i5 font pas joints enfemble également, & le feul arren- gement des parties, eftant inégal, fuffit pour rendre opaque ce qui eftoit tranfparent, comme vous voyez que du verre ou du fucre candy, eftant pilez, ne font plus tranfparens, encore que chaque partie d'iceux

20 ne laiffe pas de l'eftre.

6. le vous remercie des qualitez que vous auez tirées d'Ariftote; i'en auois défia fait vne autre plus grande lifte, partie tirée de Verulamio 3 , partie de ma tefte, & c'eft vne des premières chofes que ie tâche-

25 ray d'expliquer, & cela ne fera pas fi difficile qu'on pourroit croire ; car les fondemens eftant pofez , elles fuiuent d'elles-mefmes.

7. Il eft impofîible de faire vn miroir qui brûle à vne lieuë loin, quoy qu'on ait écrit d'Archimede,

3o s'il n'eft d'vne grandeur exceffiue; la raifon eft que

a. François Bacon.

�� � i io Correspondance. ii, 494-495.

les rayons du Soleil ne font pas tous parallèles, comme on les imagine. Et quand vn Ange auroit fait vn miroir pour brûler, s'il n'auoit plus de fix toifes de diamètre, ie ne croy pas qu'il pûft auoir allez de force pour brûler à vne lieuë de diftance, quelque 5 figure qu'il luy donnait.

8. On ne peut donner d'autre raifon, pourquoy la Mufique ne s'étend qu'aux confonances qui naiffent de la première & féconde diuifion de l'o&aue , finon pour ce que l'oreille n'eft pas afTez fubtile pour dif- 10 tinguer les proportions qui feroient | entre les termes qui viendroient de la troifiéme diuifion, à fçauoir ces tons cy, les feptiéme, neufiéme, fextes & tierces im- parfaites, diaifes, comma, &c. Car admettant vn feul

de tout cela, il faut admettre le refte parneceffité. i5

9. Pour ce que vous demandez , comment les Vertus Chreftiennes s'accordent auec les Naturelles, ie ne fçaurois dire autre chofe , finon que de mefme que pour rendre droit vn ballon qui eft courbé, on

ne le dreffe pas feulement, mais on le plie de l'autre 20 cofté ; de mefme, pour ce que noftre nature eft trop portée à la vangeance, Dieu ne nous commande pas feulement de pardonner à nos ennemis, mais encore de leur faire du bien, & ainfi des autres.

10. Pour le latin que vous me demandez en voftre 25 féconde lettre, s'il vient de moy, il n'eft affeurément point de mon ftile, & mefme ie ne l'entens pas*. Pour

du refte ie m'en tais, car i'ay honte de parler de moy- me'fme. Mais ie vous jure que du temps que ce per- fonnage fe vante d'auoir écrit de fi belles chofes fur 3o la Mufique, il n'en fçauoit que ce qu'il auoit appris

�� � 11,495-496. XVII. — Janvier i6jo. ni

dans Faber Stapulenfis, & tenoit pour vn grand fecret de fçauoir que la quinte eftoit comme de 2 à 5, & la quarte de 4 à j , & n'auoit iamais paffé plus outre, & trouuoit cela fi beau, qu'encore qu'il fuft tout à 5 fait hors de propos, il l'auoit inféré en des Thefes de Médecine qu'il auoit foûtenuës peu de temps aupa- rauant. Ce que ie n'aurois daigné écrire, finon afin que vous fçachiez que ce n'eft pas fans raifon, que ie blâme fon peu de reconnoiflance, laquelle i'ay dé-

10 couuert en beaucoup d'autres chofes qu'en ce que vous m'auez mandé ; aufli n'ay-ie plus de commerce auec luy.

11. le n'entens point quîd fit ifia protuberantia in campanis*\ car il eft bien vray que toute la cloche

i5 tremble eflant frapée, mais c'efl vn mouuement qui eft égal par toute la cloche, au moins en tant qu'il en- gendre vn feul fon. Car s'il s'y trouue de l'inégalité, cela diuife le fon en plufieurs differens, & l'empefche pluftoft que de l'engendrer, comme on voit aux

20 cloches qui font fellées. Vous demandez fi vne groffe |cloche, frapée feulement auec vne épingle, branlera toute; ie répons que oùy, fi elle rend vn fon de mefme nature que celuy qu'elle rend ordinairement ; mais fi elle ne branle pas toute, elle rendra feule-

25 ment vn petit fon fourd, qui feroit femblable, en vn morceau de la cloche eftant caffée, qu'il eft la cloche eftant entière. De fçauoir quelle doit eftre la figure d'vne cloche, pour eftre la plus parfaite, c'eft à quoy ie n'ay encore iamais penfé.

3o 12. le n'entens point aufli ce latin : Pori prope ex- tréma funt dup lices ad poros in medio chordœ*, & il ne

�� � ii2 Correspondance. 11,496-497.

peut fignifier quVne faufle imagination. Car il eft cer- tain qu'vne corde bandée fur vn monocorde, eft éga- lement bandée en toutes fes parties ; & fi vous tour- nez la cheuille fort lentement pour monter la corde, ie croy qu'elle fe rompra aufii-toft au milieu qu'aux 5 extremitez. Mais fi vous la tournez vn peu vifte, elle le rompra plûtoft aux extremitez qu'au milieu, pour ce que le mouuement commençant par les bouts, elle n'y a pas tant de loifir pour s'étendre, qu'elle a au milieu, & ainfi elle s'y rompt pluftoft. Car il faut re- «o marquer que non extendiîur in inflanti; & vous ferez aller vne corde beaucoup plus haut fans la rompre, fi vous la montez peu à peu, que fi vous la montiez tout d'vn coup.

Pour l'homme des langues, ne trouuez pas eftrange i5 s'il explique du Perfan ou d'autres femblables lan- gues, principalement puis qu'il n'entreprend pas cela fur le champ, mais en deux ou trois iours de temps. - Car en ayant apris plufieurs, il peut bien déchiffrer quelque chofe de toutes les autres qui font en vfage, 20 au moins s'il a de l'efprit. Mais il eft ridicule de dire que les Romains ont tiré le nom de Dieu d'vn mot Hébreu & les Allemans d'vn Arabe : comme fi le peuple qui a compofé les langues s'eftoit voulu afiu- jettir à fuiure fes réueries ; cela eft fi puérile, que ie 25 m'eftonne de ce qu'on prend feulement la peine de l'écouter.

le vous remercie de ce que vous m'offrez de m'en- uoyer les obferuations de Monfieur GafTendy; ie ne voudrois pas vous donner tant de peine, puis quelles 3o ne font point imprimées. le ferois feulement bien aife

�� � ",497- XVII. — Janvier i6jo. iij

de fçauoir généralement s'il a pu voir plufieurs taches au Soleil, & combien il en a vu en mefme temps; fi elles vont toutes de mefme viteffe , et fi leur figure paroift toufiours ronde*. le voudrois bien aufli fçauoir 5 s'il a obferué certainement que la réfraction <fe l'air fift paroiftre les Aftres plus haut éleuez, lors qu'ils font prés de l'horifon, qu'ils ne font en effet ; et fuppofé qu'il l'ait obferué, fçauoir fi cette réfraction a lieu aufli en la Lune; comme aufli fi cette refra&ion eft

io plus grande ou plus petite aux Aftres qui font proches de l'horifon vers le Septentrion, qu'en ceux qui font vers le Midy*. Mais ces choies là requièrent des inftru- mens fi iuftes, & des fupputations fi exades, que ie n'ofe efperer que perfonne du monde ait encore pu

1 5 déterminer cela affurément ; et s'il y a quelqu'vn qui le puiflé, ie n'en connois point en qui i'aye tant d'ef- perance qu'en luy.

Il me femble vous auoir oûy dire autrefois que vous auiez examiné iuftement la pefanteur de tous les

20 métaux & que vous en auiez fait vne table; fi cela eft, & que ce ne vous foit point trop de peine de me l'enuoyer, vous m'obligerez extrêmement.

le voudrois bien aufli fçauoir fi vous n'auez point expérimenté, fi vne pierre iettée auec vne fronde, ou

a5 la baie d'vn moufquet, ou vn trait d'arbalefte, vont plus vifte, & ont plus de force au milieu de leur mou- uement, qu'ils n'ont dés le commencement, & s'ils font plus d'effet. Car c'eft la créance vulgaire, auec laquelle toutesfois mes raifons ne s'accordent pas ; et

3o ie trouue que les chofes qui font pouffées, & qui ne

28 auec omis, a Inst.

Correspondance. I. >5

�� � 1 14 Correspondance. n, 497 .

fe meuuent pas d'elles-mefmes, doiuent auoir plus de force au commencement, qu'elles n'ont incontinent après*. le fuis,

Mon R. P. Voflre tres-humble, et très- obéi ffant ferai teur,

DESCARTES.

Page 108, 1. 5. — Mersenne semble avoir mal reproduit, en écrivant à Descartes, ce que Beeckman lui avait dit dans sa lettre du i er octobre 1629 (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, f° 32 v°). « Dices sextam minorem a tertia ma- » jore et tertiam minorem idem pati a sexta majore ; verùm non tanta » bonitatis ditferentia : 12' enim ictu quarto, ter unitur, quinta qua- » ter, etc. »

Page 109, l.io. — Beeckman (ibid. f» 33 v°) avait écrit à Mersenne: « Causa vocis auditae est idem ille numéro aer qui erat in ore loquentis, » non, vt vulgo putatur, vicissitudo sphœralis motûs in aère quem cir- » culis ex proiecto in aquam lapide factis assimulant. » Il avait également soutenu la même opinion devant Gassend, lorsque celui-ci le visita à Dordrecht, pendant l'été de 1629. Voir p. 45 des Mathematico-Physica- rum Meditationum, Qucestionum, Solutionum Centuria d'Isaac Beeckman, Utrecht, 1644.

Page 10, i- 27. — Comme Beeckman, dans une lettre antérieure à Mer- senne, avait cité un passage du Compendium musicce de Descartes, le Minime se demandait sans doute si ce que le recteur du collège de Dor- drecht lui avait écrit le i er octobre 1629 sur la Musique provenait égale- ment de la même source. Descartes proteste : il s'agit probablement des phrases de Beeckman indiquées ci-après.

Page m, 1. 14. — Beeckman à Mersenne, lettre précitée du 1" octobre 1629 (f° 33) : « Rogas an existimem etiam in campanis, tubis, etc., » recursus esse. Respondeo nullum sonum absque iis fieri posse, ideoque » campanas, dum sonant, non tremere totas, qui tremor sonitum nullum » aut exiguum saltem edit, sed partes campanas vicissim introrsum et » extrorsum extuberare, ac sonum durare quamdiu particulae ita » mouentur. »

Page iii,1. 3i. — (Tbid.) « Chordam nimis tensam frangi semper circa >» alterutrum extremum, mihi non videtur mirum; iis enim locis quibus » affigitur altéra tantum parte fit extensio, in medio vero hiatus vtrinque » compensatur; cumque vis vbique sit cequalis, sequitur hiatum aut » poros prope extrema esse duplices ad poros in medio chordœ. »

Page 113,1.4. — La découverte des taches du Soleil et de leur mouve- ment avait été successivement publiée : vers l'automne de 161 1, par Jean

�� � ii, 5i6. XVIII. — 25 Février 1650. 11 j

Fabricius : De Maculis in Sole observatis , etc. (Wittemberg , Laurent Seuberlich); le 5 janvier 1612, par le jésuite Christoph Scheiner : Très epistolœ de Maculis Solaribus scriptce ad Marcum Velserum (Augsbourg, sous le pseudonyme Apelles latens post tabulant); en mai 161 2, par Galilée : Discorso. . . intorno aile cose che stanno in su l’acqua, à che in quella se muovono (Florence, Cosimo Giunti). L’opuscule de Fabricius n’attira guère l’attention ; mais Galilée, dont les observations, remontant à 16 10, avaient certainement été connues de Scheiner, réclama vivement la priorité : Istoria e dimostra\ioni intorno aile Macchie Solari, etc. (Rome, Giacomo Mascardi, 161 3). — Dès cette publication, la question préoccupe en France Peiresc (voir l’écrit de Gassend : De vitâ Peireskii, i65i, p. 2o5). Bientôt après Jean Tarde, chanoine théologal de Sarlat, dans ses Borbonia Sydera (Paris, Gosselin, 1620; traduction française en i623), soutint que ces taches apparentes étaient des planètes. Le grand ouvrage de Scheiner sur les taches du Soleil, sa Rosa Ursina (Bracciano), ne fut achevé d’imprimer que le i3 juin i63o; quelques exemplaires portent cependant la date du 2 5 octobre 1629.

Page n 3, 1. 12. — Cf. l’opuscule de Gassend : Epistolce IV de apparente magnitudine Solis humilis atque sublimis (Paris, Hacqueville, 1642).

Page 114, 1. 3. — Il est remarquable que sur ce dernier point, dont Mersenne ne semble pas avoir parlé à Descartes, Beeckman avait écrit au Minime dans le même sens, tant dans sa lettre du 1" octobre 1629 que déjà dans une lettre antérieure (Bibl. Nat. fr. n. a. f°4o v°).

XVIII.

Descartes a Mersenne.

25 Février 1630.

Texte de l’exemplaire de l’Institut, tome II, lettre 110, p. 5i6-526.

Variantes d’après le texte de Clerselier. — La date n’est donnée que par l’exemplaire de l’Institut, où elle est suivie de la note : « J’ay la lettre écrit (sic). »

Mon Reuerend Père, Vous m’interrogez comme fi ie deuois tout fçauoir, & femblez auoir oublié ce que vous m’auiez promis

2 m’auiez] m’auez. u6 Correspondance. 11,516-517.

en l'vne de vos premières lettres, fur ce que ie m'ex- cufois de repondre à vos queftions, a fçauoir, que vous vous contenteriez de ce qui me viendroit fous la plume, fans m'obliger à y penfer plus curieufement. Ce n'eft pas toutesfois que ie ne le fiffe tres-volon- 5 tiers, fi i'efperois en pouuoir venir à bout; mais la plufpart de ce que vous me propofez en voftre der- nière, me femble tout à fait impoflible.

Comme premièrement de déterminer à quelle dif- tance le fon peut eftre entendu. Car cela ne fuit pas 10 les raifons des confonances ; mais il dépend de quatre ou cinq chofes différentes, lefquelles eftant toutes fup- pofées, il ne relie plus rien à déterminer par la raifon.

Secondement c'eft tout de mefme de vouloir déter- miner combien le fifflement d'vn boulet, ou d'vne i5 | corde, portée par l'air, fera graue ou aigu. De quoy ie ne fçaurois auoir que de foibles conieétures, & ie fuis bien aife de ne rien écrire que ie ne fçache. Pour ce que i'auois dit 8 , que le ton ne peut eftre iugé graue ou aigu que la corde n'ait fait au moins deux tours, 20 le fifflement d'vn boulet n'y répugne point; car s'il vous en fouuient, i'auois défia dit en quelque autre

1 de vos premières lettres] de véritablement il eft impoflible

vos dernières. — 5 ne le fiffe] d'auoir autre choie que des

n'y penfaffe. — 10 le fon] vn imaginations. — 19 dit] écrit,

fon. — 11 les raifons des con- — ne. . . iugé] ne fe peut iuger. fonances] les proportions de ' — graue ou aigu omis. —

Mufique. — i3 par] pour. — 20 tours] retours. — 21-22 s'il...

i5 d'vn boulet] de canon aj. fouuient] fi vous vous en fou-

— 16 portée] porté. — 16-17 de uenez. — 22 en quelque autre]

quoy... coniectures] de quoy en quelques autres.

a. Voir Lettre XVII, p. 109, 1. 5.

�� � ii, 5i 7 . XVIII. — 25 Février 1630. 117

de mes lettres, qu'il n'eft pas neceffaire que ces tours & retours fe faffent au cors d'où procède le fon, mais feulement en l'air, qui frape l'oreille 8 ; ainfi ie dis que le fon d'vn boulet ou d'vne flufte ne peut eftre iugé, 5 qu'il n'ait frapé au moins deux fois l'oreille.

Troisièmement pour le rejaillifiement des balons, ie n'ay pas dit que toute la caufe en deuil eftre attribuée à l'air enfermé dedans, mais principalement à la con- tinuation du mouuement b , ce qui a lieu en tous les

10 corps qui rebondiffent, c'eft à dire ex hoc ipfo quod vna res cœpit moueri, ideo pergit moueri, quamdiu poteji; atqueji non pojflit recta pergere,potius in contrarias partes reflectitur quàm quiefcat. Il faut pourtant auffi remar- quer, que comme l'air enfermé dans vn balon fert de

1 5 reffort pour aider à le repouffer , auffi fait la matière de prefque tous les autres cors, tant de ceux qui rebon- diffent, que de ceux contre lefquels ils rebondiffent, comme les nerfs d'vne raquette, la muraille d'vn jeu de paume, la dureté de la baie, &c. Pour l'air qui fuit

20 ou qui précède, c'eft vne imagination de l'Ecole, qui, à mon iugement, n'y fait rien du tout c .

1-2 ces tours et retours] ces tum poteft. — 12 atque] et. —

retours. — 7-10 en deuft. .. ex i3 quàm quiefcat omis. — auffi

hoc ipso] en deuoit eftre attri- pourtant. — 16-17 ceux... rebon-

buée au repouffement de l'air, diffent] ceux qui les font rebon-

mais auffi à la continuation du dir. — 19-21 Pour l'air... rien

mouuement, c'eft à dire que ex du tout] et ie n'en fçache point

eo. — ii quamdiu poteji] quart- d'autre que ces deux raifons.

a. Lettre XVI, p. io3, 1. 19.

b. Lettre XVII, p. 107, 1. 3i.

c. Sur ce point, l'École suivait fidèlement Aristote [De Cœlo, III, 2, 3oi b, etc.).

�� � n8

��Correspondance.

��II, 5i 7 -5i8.

��4. I'ay dit que l'oreille n'efloit pas allez prompte, pour iuger des interuales qui naiffent de la troifiéme & quatrième biffeélion 3 , où quand ie dis iuger, c'eft à dire les comprendre fi facilement qu'elle en reçoiue du plaifir, de quelle forte ie n'auouë pas qu'elle puifle iuger du ton, ny de la feptiéme ou triton, etc., comme vous dites. Au relie tous ces interuales naif- fent immédiatement de la troifiéme biffeétion, en forte que s'il en falloit receuoir quelqu'vn de plus que les ordinaires, ce feroient ceux cy qui viendroient les premiers ; mais on ne fçauroit admettre aucun d'entre eux, qu'on ne receuft aufly tous les autres ; ce qui monftre affez clairement, ce me femble, pourquoy on n'en reçoit aucun.

1 5. Ce que vous voyez fortir des Eolipiles*, eft fem- blable à ce que vous voyez dans les vapeurs ou fumées qui fortent de l'eau ellant mife auprès du feu. Pour le vent, ce n'ell autre chofe que l'émotion de cette vapeur. Et quand voftre expérience euft reùiTi, vous n'auriez pas encore trouué la proportion de l'air auec l'eau ; car le vent peut élire quelquefois d'vn air fort

��10

��i5

��20

��1 l'oreille] l'imagination. — 2 des interuales] de la propor- tion des interuales. — 4 les] le. — 5 de quelle sorte] en cette façon. — 6 ou triton] ou du triton. — etc., omis. — 9- 12 quelqu'vn... autres] quelque autre, après ceux qui font défia receus, ce feroit ceux cy immé- diatement, et on n'en fçauroit

��receuoir vn, qu'on ne receuft tous les autres. — 14 aucun] d'eux aj. — i5 des Eolipiles] par le trou d'vne Eolipile. — 16-17 dans ' es vapeurs... du feu] aux vapeurs que la cha- leur éleue deffus l'eau. — 18-

19 que... vapeur] que l'air, ou cette vapeur émeuë. —

20 trouué omis. — auec] à.

��a. Lettre XVII, p. 108,1.28.

�� � ii. 5:8. XVIII. — 25 Février i6}o. 119

épais, & quelquefois d'vn autre beaucoup plus rare. Pour ce qui fait que l'air, enfermé dans vn canon, peut refifter à la force de plufieurs hommes, ce n'eft pas à caufe qu'il eft plus denfe que l'eau, mais pour 5 ce qu'il eft compofé de parties qui ne peuuent péné- trer au trauers du canon, & par confequent il ne fe peut condenfer; car il eft certain que lors que quelque chofe fe condenfe, il en fort quelques parties, & les plus groffieres demeurent : comme fi vous preffez

10 vne éponge pleine d'eau, l'eau en fortira 3 . Que fi vous enfermiez de l'air, le plus rare que vous puiffiez imaginer, en vn lieu où vous fuppofiés qu'il n'y ait point de pores, par où aucune partie de cet air puiffe fortir, ie. dis que toutes les forces du monde ne

i5 pourront condenfer cet air en aucune façon. Mais il faut fçauoir qu'il y a des parties, & dans l'air, & dans tous les cors qui fe condenfent, fi fubtiles qu'elles pafient par les pores qui font & dans l'or* & dans les diamans, & dans tout autre cors, quelque folide qu'il

20 puifîe eftre. Au refte cecy m'eft échapé, & ie n'écris pas volontiers femblables chofes , pource qu'elles femblent paradoxes, & ie n'en fçaurois mettre les rai-

1 d'vn. .. rare] d'vn plus rare. parties de l'air puiffent pafler.

— 2 enfermé] renfermé. — 5- — 16 fçauoir] que vous fça-

6 pénétrer... canon] fortir de chiez. — 16- 18 dans tous les

là. — 7 condenfer] dauantage corps... qu'elles paffent] dans

aj. — 12 en vn lieu... fup- les autres corps, qui peuuent

pofiés] dans vne veffie ou chofe pénétrer. — 20 cecy m'eft

femblable, mais en laquelle échappé et omis. — 21 fem-

vous fupofiez. — 1 3-14 aucune blables chofes] ces chofes. partie. . . fortir] les plus fubtiles

a. Cf. Le Monde, chap. v, fin.

�� � 120 Correspondance. 11,518-519.

fons dans vne lettre, encore que ie les penfe fçauoir par demonftration, & c'eft; l'endroit de mon Traité où ie fuis maintenant 8 .

6. Pour les miroirs, ie n'y fçay rien que ce que vous y fçauez mieux que moy b , ce qui eft caufe que ie n'y auois pas répondu à 1 autre fois. Car vous fça- uez bien qu'vn miroir concaue fait paroiftre l'image

en l'air, & qu'en-

  • , core qu'il foit en

_ ;— c\ J lieu obfcur où

��10

��o / il ne puiffe eftre

vu, pouruû que l'obiet foit en lieu illuminé, il ne le reprefentera pas moins ; & en j fin que l'œil peut i5 voir l'image fans voir l'obiet ny le miroir, pouruû toutefois qu'il foit vis à vis du miroir : comme foit l'œil d, l'image e, le miroir b en vn lieu obfcur, & l'objet a en lieu clair hors la chambre, & duquel les rayons, paffans par vn petit trou en c, tombent 20 dans le miroir, lefquels n'illumineront pas le miroir

2-3 et c'eft... maintenant 16-p. 121, 1. 3 l'obiet... Pour omis. — 5 y omis. — 7-14 l'i- la figure] l'obiet; comme le mi- mage en l'air... illuminé] l'i- roir b peut eftre en vn lieu obf- mage hors de luy, et que cur ; l'œil d, l'image e, et l'objet pourueu que l'objet foit en a, en lieu clair, dehors la cham- lieu illuminé, encore que le bre, et duquel les rayons paf- miroir foit en lieu fort obfcur fans par c, donnent en b. Pour et où il ne puiffe eftre veu. — la figure.

a. Cf. Le Monde, chap. îv. Voir aussi les lettres à Mersenne du i5 avril i63o et du 9 janvier 1639.

b. Cf. Mersenne, Quœstiones celeberrinut in Genesim, pp. 498, 538.

�� � ii,5i9. XVIII. — 2 j Février i6}o. 121

pour cela, fi tout eft bien difpofé, mais leur lumière ne feruira que pour faire voir l'obiet en e. Pour la figure du miroir, elle varie en vne infinité de façons, félon le lieu où l'on veut s'en feruir ; mais ie n'en ay

5 iamais calculé aucune definitiuement. Au refte ie ne tiens point cecy pour fecret, mais pourtant ie ne ferois pas bien aife qu'il fuft imprimé, pour certaines raifons, & ie n'en parleray point du tout en mon Traitté 3 .

,0 Pour ce que vous propofés en tout le refte de voftre lettre, fi vous prenés la peine de relire ma précé- dente, il me femble que i'y auois répondu, au moins autant que i'en fuis capable. Car pour les miroirs a brufler, on fera encore moins auec deux paraboliques

,5 qu'auec vn feul fait par la main d'vn Ange, comme ie difois b .

I'auouë qu'vne cloche ne peut fonner fans changer de place ; que ce n'eft pas la collifion du marteau qui fait le fon ; que fi on entend plufieurs fons enfemble,

20 c'eft qu'vne partie de la cloche fe remué autrement que le refte, &c. Mais ie n'auouë pas qu'vne corde foit moins tendue au milieu qu'aux extremitez c , & le con- traire eft très certain; mais ce qui la fait fembler

4 le lieu] la fituation du lieu. taux (p. 122, 1. 21 — 1 23, 1. 10).

— 7-8 pour certaine raison. — — 18 que] et. — marteau] prœ-

10-16 Omis par Clers., qui met cis'e aj. — 20 de la cloche] ou

ici l'alinéa : le vous remercie de la corde aj. — 21 le refte]

de vos obferuations des me- l'autre. — ie. .. pas] non pas.

a. Cf. Baillet (I, 258-g) sur les amusements d'optique de Descartes et de Villebressieux.

b. Cf. Lettre XVII, p. nu, 1. 2. Mersenne, Quœst. celeb. in Gen., au chapitre De speculo vstorio omnium per/ectissimo nempe parabolico (p. 5 1 ).

c. Voir Lettre XVII, p. 1 1 1, n* 12.

Correspondance. I. 16

�� � �122 Correspondance. h, 3i 9 .

plus lafche, lors qu'on la touche du doigt, au milieu qu'aux extremitez, c'en: qu'encore que toutes fes par- ties cèdent également en l'vne qu'en l'autre façon, toutefois le doit a bien plus d'efpace à aller au milieu

qu'il n'a pas vers 5 A ~-=e^z: _^f „ les bouts. Car

pofons que toute la corde a b, tou- chée en c iufques à e, toutes fes parties l'allongent d'vne ligne, en forte que la toute a e b foit plus 10 longue d'vne ligne que a b. Apres touchons la en d iufques à ce qu'elle foit auffi allongée d'vne ligne, a fçauoir afb, la Géométrie nous monftre que c e eft beaucoup plus grand que d f, ce qui rend la corde plus molle au toucher. Et on y peut encore ajouter 15 vne autre raifon ; mais celle cy fuffira.

Vous m'eftonnés de dire que mon Docteur ait

donné fes Thefes à M r . GafTendi : ie n'euffe pas crû

qu'il les euft gardées fi longtems, & c'eft bien à dire

qu'il n'a rien fait depuis qui foit meilleur 3 . 20

le vous remercie de vos obferuations des métaux 6 ;

1 lors qu'on la touche] en la céder ; touchez-là en c, chaque

touchant. — 1-2 au milieu qu'aux partie cédant également, elle ira

extremitez omis. — 2-16 c'eft iufques à e ; touchez-là après

qu'encore que. . . suffira] c'eft en d de mefme force, elle n'ira

que lors que vous la touchez au qu'à/, vn peu plus, pource que

milieu, toutes les parties cèdent de l'autre cofté les (P. 620) par-

chacune également, et fi vous tiesentrea et / céderont vn peu

la touchez au bout, il n'y a plus que celles d'entre f et b.

pas tant de parties qui puiffent — 17-20 Alinéa omis.

a. Sur les Thèses de Beeckman, voir Lettre XVII, p. ni, 1. 5.

b. Voir Lettre XVII, p. 1 13, 1. 20. Cf. l'Inventaire des papiers de Des- cartes, dressé à Stockholm le 14 février i65o, art. E : « Metallorum pon- déra et ensuite une petite table. »

�� � ii, 5i 9 -5ao. XVIII. — 2$ Février 1630. 12^

mais ie n'en fçaurois tirer aucune confequence, finon qu'il eft très malaifé de faire des expériences exactes en chofe femblable. Car fi vos cloches eftoient toutes de mefme groflfeur, elles deuoient donner mefme dif-

5 ference de l'air à l'eau, et toutefois ie n'en trouue point deux qui s'accordent. De plus, vous faites l'or plus léger que le plomb, & ie trouue euidemment le contraire. Vous faites l'argent pur auffi pefant en l'eau qu'en l'air, & l'airain plus pefant, ce qui eft impof-

10 fible : mais c'eft peut-eflre lapfus calami .

|Pour les couronnes, ce que voit voflre garçon, & que, ie m'afTure, vous aurez vu depuis, eft tout ce que ie voulois dire. Car ce qu'il nomme cinq chan- delles, c'eft feulement vne chandelle, & les quatre

i5 autres font des parties de couronnes, qui paroif- troient entières, fi le tilfu de la plume eftoit difpofé en rond, au lieu qu'il l'eft en long; vous en verrez encore moins en vn cheueu, aufli eft-il plus petit. Mais c'eftoit feulement pour vous dire, que ces cou-

20 leurs font bien plus viues & diftin&es, que celles dont vous parliez 8 .

Mandés-moy, ie vous prie, que fait M. Ferrier, &

1 aucune confequence] aucun i5-i6 paraiftroient] paroiffent.

fondement. — 2 très malaifé] — 17 qu'il l'cft] qu'il eft dif-

impoffible. — 3 en femblable pofé. — 17-18 vous... cheueu]

chofe. — 4 deuroient toutes dans vn cheueu vous en verrez

donner. — 9-10 ce qui... ca- encore moins. — 18 eft-il plus

lami] ce que ie croy plutoft eftre petit] le fujet n'eft-il pas grand.

lapfus calami, que fautes à — 20 et plus diftin&es. —

l'expérience. — i3 - 14 chan- 22 Toute la fin de la lettre

délies] au lieu d'vne aj. — manque.

a. Cf. Lettre XVII, p. 106, 1. 12.

�� � 124 Correspondance. ". 5*>.

s'il a acheué l'infiniment de M r . Morin ; car ie n'ay point eu de fes nouuelles il y a long tems.

le vous prie de me tenir en vos bonnes grâces. Voftre très humble desc

Ce 12 e iour de carefme i6jo. 5

Page u 8,1. i5. — L'éolipyle, connu des anciens et décrit dans les Pneu- matiques de Héron d'Alexandrie , donne un vent qui était considéré comme conséquence d'une transformation d'eau en air. Dans son célèbre ouvrage : Les Raisons des forces mouvantes, avec diverses machines tant utiles que plaisantes (Francfort, i6i5; Paris, 1624), Salomon de Caus avait bien montré que le vent en question était un jet de vapeur d'eau. Mais Mersenne semble partager encore l'opinion des anciens, et les idées de Descartes lui-même à ce sujet ne paraissent nullement précises.

��XIX.

Descartes a Mersenne.

[4 mars i63o.j Texte de Clerselier, tome II, lettre 110 milieu, p. 5ao-52i.

La fin de la lettre précédente est nettement marquée sur l'exem- plaire de l'Institut (« Icy finit la lettre manuscrite que j'ay »), tandis que le texte de Clerselier continue pendant sept pages (5 20- S26). La formule au bas de la page 5 21 indique la fin d'une lettre (le présent fragment); et la suite, le début d'une autre (ci-après lettre XX), dont, comme on le verra, la date semble pouvoir être fixée avec précision au 18 mars i63o, tandis que ce même début indique clairement que Descartes avait écrit à Mersenne quinze jours auparavant, soit le 4 mars. Le présent fragment doit représenter cette dernière lettre, et il est possible qu'il n'y manque qu'un début contenant des remercîments pour l'envoi des observa- tions de Gassend sur les taches du soleil, début que Descartes n'aura pas écrit en minute. La brièveté de la lettre s'explique par cette circonstance qu'une solution de problèmes proposés par Mydorge

�� � h, 5ao. XIX. — 4 Mars iôjo. 125

y était jointe (c'était probablement la pièce 4 de la collection La- hire), et que, d'un autre côté, Descartes répondait (évidemment à la hâte) à une lettre reçue le jour même. (Voir le commencement de la lettre XX.)

Vous ne me dites pas de quel cofté font les pôles de cette bande, où fe remarquent les taches du Soleil 8 , encore que ie ne doute point qu'ils ne cor- refpondent aucunement à ceux du monde, & leur

5 ecliptique à la noftre.

Pour les Problèmes de M. Myd(orge), ie vous en enuoye la folution, que i'ay feparée de cette lettre, afin que vous la puifliez monftrer comme elle eft. Mais ie voudrois bien que vous voulufliez prendre la

10 peine de luy demander auparauant, s'il croit que ie ne les puifle foudre; & s'il témoigne en douter, ou qu'il dife que non, alors ie feray bien aife que vous luy monftriez ce billet comme l'ayant receu de ces quartiers, dans la lettre de quelqu'vn de vos amis, &

1 5 que vous iugez qu'il eft de mon écriture : car ie ne me foucie pas tant qu'on foupçonne où ie fuis, pouruû qu'on ne fçache point l'endroit afleurément; & peut-eftre dans vn mois ou deux quitteray-ie tout à fait ce païs b . Mais fi M. Mydorge témoigne qu'il ne

20 doute point que ie ne puifle foudre fes Problèmes, ie vous prie de ne luy point monftrer ce que i'en ay écrit, ny à aucun autre.

Des enfans, eftans nourris enfemble, n'apprendront point à parler tous feuls, finon peut-eftre quelques

a. Voir Lettre XVII , p. 1 1 3, 1. 2.

b. Voir ci-après Lettre XX, p. i3o, 1. 1. Descartes projetait un voyage en Angleterre.

�� � 126 Correspondance. 11,530-5»:.

mots qu'ils inuenteront, mais qui ne feront ny meil- leurs ny plus propres que les noftres; au contraire, les noftres, ayant efté ainfi inuentez au commence- ment, ont efté depuis & font tous les | iours corrigez & adoucis par l'vfage, qui fait plus en femblables 5 chofes, que ne fçauroit faire l'entendement d'vn bon efprit.

2. Ce qui fait que vous voyez deux chandelles eftant couché , c'eft que les axes vifuels ne s'affem- blent pas où eft la chandelle. Si vous en voyez da- 10 uantage, c'eft éblouïïfement de la veuë.

j. le vous auois défia écrit 3 que c'eft autre chofe, de dire qu'vne confonance eft plus douce qu'vne autre, & autre chofe de dire qu'elle eft plus agréable. Car tout le monde fçait que le miel eft plus doux que i5 les oliues, & toutesfois force gens aimeront mieux manger des oliues que du miel. Ainfi tout le monde fçait que la quinte eft plus douce que la quarte, celle-cy que la tierce majeure, & la tierce majeure que la mineure; & toutesfois il y a des endroits où la 20 tierce mineure plaira plus que la quinte, mefme où vne diffonance fe trouuera plus agréable qu'vne confonance.

4. le ne connois point de qualitez aux confo- nances qui répondent aux paffions. 2 5

5. Vous mempefchez autant de me demander de combien vne confonance eft plus agréable qu'vne autre , que fi vous me demandiez de combien les fruits me font plus agréables à manger que les poif- fons. 3o

a. Lettre XVII, p. 108, 1. 16.

�� � H,52i. XIX. — 4 Mars iôjo. 127

6. Pour les compofitions des raifons, nommez-les comme il vous plaira, mais vous voyez clairement fur voftre monocorde, comment vne dixième 3 ma- jeure fe peut diuifer en vne octaue b & vne tierce

5 majeure.

Pour les neiges, il a vn peu neigé icy au mefme temps que vous marquez, & fait vn peu froid quatre ou cinq iours, mais non pas beaucoup. Mais tout le reïte de cet hyuer, il a fait fi chaud en ce pais, qu'on

10 n'y a vu ny glace ny neige, & i'auois défia penfé vous récrire, pour me plaindre de ce que ie n'y auois fceu faire aucune remarque, touchant mes Météores. Au refte, fi M. Gaflendy a quelques autres remarques touchant la neige , que ce que i'ay vu dans Kepler,

i5 & remarqué encore cet hyuer, de Niue fexangula & Grandine acuminata c , ie feray bien-aife de l'ap- prendre ; car ie veux expliquer les Météores le plus exactement que ie pourray. le vous prie de me con- feruer en vos bonnes grâces.

��Mersenne avait sans doute signalé à Descartes l'observation par laquelle Gassend termine son Examen Philosophie Roberti Fluddi, adressé au Minime, de Charleville, le 4 février 1629. « Scilicet cùm iam » nobis Cœlum suas illas aureas stellas inuideat, aer ipse niualeis suas » adeocopioseelargitur, vtetiamsupersint, quas ipse accipias. Sexangulam » seu, vt sic loquar, sexradialem intelligo niuem, quœ vt nuper nobis appa- » mit, sicdepingenda tibi iam est. Cum diuerteremus Sedani, die lanuarij » 29, ea coepit sub horam à meridie tertiam affatim decidere. Forma erat

» stellae cum sex radiis Absolvebam Karopoli ad Mosam in itinere

» pridie nonas Februarias, Anno Christianas eras vulgaris M.DC.XXIX» [Gassendi Opéra, Lyon, i658, t. III, p. 266; cf. t. IV, p. 102-103).

a. Dixième] 1. Clers.

b. OctaueJ 8. Clers.

c. Titre d'un ouvrage de Kepler, publié en 1 6 1 1 .

�� � 128 Correspondance. h, sji-s»».

��XX.

Descartes a Mersenne.

[18 mars i63o.] Texte de Clenelier, tome II, lettre no fin, p. 5ai-5i6.

Sur l'exemplaire de l'Institut, le début d'une nouvelle lettre n'est indiqué qu'au second alinéa, ce qui est une erreur évidente. La date assignée est celle de mars i63o, ce qui est bien d'accord avec ce que dit Descartes qu'il y a cinq ou six mois [depuis le î6 octobre 162g] qu'il n'a reçu des nouvelles de Ferrier, et avec le rappel de cette lettre « écrite en mars dernier » et concernant ledit Ferrier, rappel qu'il fait en décembre i63o (Gers., /. II, p. 32 /). Mais il est possible de préciser davantage. En effet, dans la lettre suivante, du iS avril i63o, Descartes dit qu'il n'y avait que huit jours qu'il avait écrit à Mersenne, lorsqu'il reçut, dix ou dou^e jours après l'envoi, une lettre du Minime du 14 mars. On peut dès lors fixer la présente au 18 mars, lundi jour du courrier, ainsi que le marque le premier alinéa et que le confirment les dates fixes des lettres de Descartes en cette année.

I'ay répondu à vos précédentes dés le iour mefme que | ie les ay receuës ; mais vous ne pouuiez pas en- core auoir ma lettre, lors que vous auez écrit vos dernières; car il faut toufiours du moins trois fe- maines pour auoir réponfe, & le Meflager n'arriue icy que le Samedy au foir, ou le Dimanche félon le vent, & s'en retourne le Lundy au foir, & quelques-fois aux voyages que ie n'attens point de vos lettres, il eft preft de s'en retourner auant qu'on me les ap- porte.

Au refte vous ne m'eftonnez pas moins de me

��10

�� � ".532. XX. — 18 Mars iôjo. 129

mander que le bon M r . Ferrier 3 fe difpofe maintenant pour venir icy, que de ce qu'il a quitté l'inftrument de M r . Morin a fans l'acheuer; car il ne m'en a rien mandé, & il y a cinq ou fix mois que ie n'ay receu de

5 fes nouuelles. Et mefme après luy auoir écrit deux grandes lettres 13 qui fembloient pluftoft à des vo- lumes, où i'auois tafché de luy expliquer la plus grande partie de ce que i'ay penfé touchant la conf- truétion des lunettes, il ne m'a pas fait de réponfe,

10 & n'aurois point fceu qu'il les euft receuës, finon qu'il y en auoit pour vous au mefme paquet qui vous ont efté rendues . Ce qui me faifoit pluftoft iuger qu'il eftoit occupé à d'autres chofes, que non pas qu'il penfaft à venir icy ; veu principalement que l'année

1 5 paffée, lors que ie l'y auois conuié, il m'en auoit ofté toute efperance. Alors i'eftois à Franeker d , logé dans vn petit Chafteau, qui eft feparé auec vn foflé du refte de la Ville, où l'on difoit la Méfie en feureté ; & s'il fuft venu, ie voulois acheter des meubles, &

20 prendre vne partie du logis, pour faire noftre ménage à part. I'auois défia fait prouifion d'vn garçon qui fceuft faire la cuifine à la mode de France, & me refol- uois de n'en changer de trois ans, & pendant ce temps-là, qu'il auroit tout loifir d'exécuter le deffein

25 des verres, & de s'y ftiler, en forte qu'il en pourroit par après tirer de l'honneur & du profit. Mais fi-toft que ie fceus qu'il ne venoit point, ie difpofay mes

a. M. N. Clerselier.

b. Le 8 octobre et le i 3 novembre 1629, Lettres XI et XIII.

c. Lettre XIV à Mersenne du i3 novembre 1629.

d. Franker Clers. — Voir Lettre VII du 18 juin 1629.

CORRBSPONDANCE. 'I, 17

�� � 120 Correspondance. 11,522-523.

affaires en autre forte ; & maintenant ie me prépare pour pafler en Angleterre dans cinq ou fix femaines, comme ie penfois défia vous auoir écrit 3 . Au relie, quand bien mefme ie demeurerois icy, ie ne le pour- rois pas auoir fans incommodité. Et, entre nous, 5 quand bien mefme ie | pourrois, ce que vous me man- dez, qu'il n'a point acheué l'inftrument de Monfieur Morin b m'en olteroit l'enuie : car il me mandoit Tan- née paffée, que Monfieur Frère du Roy luy auoit commandé de l'acheuer, & qu'on lui auoit fait venir 10 exprés des eftoffes d'Allemagne. Apres cela, ie ne voy pas quelle excufe il peut auoir, & fi en trois ans tantoft qu'il eil après, il n'en a fceu venir à bout, ie ne dois pas efperer qu'il exécute les verres, pour lef- quels il luy faudroit préparer des machines, que ie i5 tiens plus difficiles que cet infiniment. Et i'aurois grande honte, fi après l'auoir gardé deux ou trois ans, il ne venoit à bout de rien qui furpaflaft le com- mun ; on m'en pourroit imputer la faute, ou pour le moins celle de l'auoir fait venir icy pour néant. Il 20 n'eft point de befoin, s'il vous plaift, de luy parler de cecy, ni mefme que ie ne fuis plus en defifein de le receuoir, finon que vous vifîiez tout à bon qu'il s'y pré- parait, auquel cas vous luy direz, s'il vous plaift, que ie vous ay mandé que ie m'en allois hors de ce pais, & 25 que peut-eftre il ne m'y trouueroit plus. Que s'il pen- foit venir, encore que ie n'y fuffe pas, penfant y élire mieux qu'à Paris (car ceux qui n'ont pas voyagé ont quelquesfois de telles imaginations), vous le pourrez

a. Voir la Lettre précédente, page 1 25, note b.

b. Monfieur N. Clers.

�� � n, 5«3-5*4. XX. — 18 Mars i6jo. iji

aflurer qu'il y fait plus cher viure qu'à Paris, & qu'il trouueroit icy moins de perfonnes curieufes des chofes qu'il peut faire, qu'il n'y en a en la plus petite ville de France. Ce qui fait que ie vous prie de ne

5 luy point dire mon intention là deffus, fi cela ne luy eft neceffaire, c'eft que ie ne croy pas, veu ce qu'il m'auoit mandé auparauant touchant l'eftat de fes affaires, qu'il puft venir, encore mefme que ie l'en priaffe 3 ; & croy affurément que ce qu'il en dit, n'eft

10 que par ie ne fçay quelle humeur, pour s'excufer foy- mefme de ce qu'il ne fait pas autre chofe. Mais s'il fçauoit que ie ne fuffe plus en volonté de l'auoir auec moy, peut-eftre que ce feroit alors qu'il le defire- roit le plus, & qu'il diroit qu'il s'y feroit attendu, &

i5 que ie luy aurois fait perdre beaucoup d'autres bonnes occafions. Car il y en a qui font de telle hu- meur, qu'ils ne défirent les chofes que lors que le temps en eft paffé, &|qui inuentent des fujets pour fe plaindre de leurs amis, penfant ainfi excufer leur

20 mauuaife fortune. Ce n'eft pas que ie ne l'ayme b , & que ie ne le tienne pour vn homme tout plein d'honneur & de bonté ; mais pour ce que ie ne con- nois que deux perfonnes, auec qui il ait iamais eu quelque chofe à démener, qui font M T M(ydorge) &

25 M r M(orin), & qu'il fe plaint de tous les deux, ie ne fçaurois que ie ne iuge qu'il tient quelque chofe de cette humeur, où il faut dire qu'il eft bien malheu- reux. Enfin, s'il eft vray qu'il ait fait fon conte de venir icy, ie dois iuger par là qu'il met fort mauuais

a. le ne l'en priaffe Clers.

b. Que ie ne l'ame Clers.

�� � ij2 Correspondance. h, 5j 4 .

ordre à fes affaires, vu qu'il ne m'en a rien mandé du tout, & qu'il a efté fi long-temps fans m'écrire, encore qu'il euft receu des lettres, aufquelles tout autre que moy auroit trouué mauuais de ce qu'il n'a point fait de réponfe : car outre que ie luy expliquois beaucoup 5 de chofes qu'il auoit defirées, ie le priois de m'écrire tout plein de petites particularitez , à quoy, ce me femble , au moins il deuoit répondre a . le me fou- uiens feulement de deux, qui font de me mander fi M r . de Balzac ou M r . Seillon 6 feroient cet hyuer à 10 Paris. I'ay crû cela trop peu de chofe pour vous don- ner la peine de me l'écrire ; mais fi vous le fçauez, ie feray bien aife de l'apprendre. Après tout, ie plains fort M r . Ferrier c & voudrois bien pouuoir, fans trop d'incommodité, foulager fa mauuaife fortune; car il ,5 la mérite meilleure , & ie ne connois en luy de def- faut, finon qu'il ne fait iamais fon conte fur le pié des chofes prefentes, mais feulement de celles qu'il ef- pere ou qui font paflées, & qu'il a vne certaine irre- folution qui l'empefche d'exécuter ce qu'il entre- 2Q prend. le luy ay rebattu prefque la mefme chofe en toutes les lettres que ie luy ai écrittes; mais vous auez plus de prudence que moy, pour fçauoir ce qu'il faut dire & confeiller.

Pour voftre queftion, fçauoir fi on peut eflablir la 2 5 raifon du beau, c'eft tout de mefme que ce que vous demandiez auparauant, pourquoy vn fon eft plus agréable que l'autre, finon que le mot de beau femble

a. Voir, page 69, la note qui suit la lettre XIII.

b. Jean de Silhon. Descartes avait probablement Jcrit Scillon.

c. M. N. Clers.

�� � n, 524-525. XX. — 18 Mars i6}0. 13 )

plus particulièrement fe rapporter au fens de la veuë. Mais généralement ny le j beau, ny l'agréable, ne figni- fie rien qu'vn rapport de noftre iugement à l'objet; & pource que les iugemens des hommes font fi diffe- 5 rens, on ne peut dire que le beau, ny l'agréable, ayent aucune mefure déterminée. Et ie ne le fçau- rois mieux expliquer, que i'ay fait autresfois en ma Mufique 3 ; ie mettray icy les mefmes mots, pource que i'ay le Liure entre mes mains : Inter obieéla fen-

10 fus, illud non animo gratiffunum efl, quoi facillimè fenfu percipitur, neque eîiam quod difficillimè ; fed quod non tant facile, vt naturale defiderium, quo fenfus feruntur in obieéla, plané non impleat, neque etiam tant difficulter, vifenfumfatiget h . I'expliquois, id quod facile, vel diffi-

i5 culter fenfu percipitur h , comme par exemple, les com- partimens d'vn parterre, qui ne confifteront qu'en vne ou deux fortes de figures, arrengées toufiours de mefme façon, fe comprendront bien plus aifément que s'il y en auoit dix ou douze, & arrengées diuer-

20 fement ; mais ce n'eft pas à dire qu'on puiffe nommer abfolument l'vn plus beau que l'autre, mais félon la fantaifie des vns, celuy de trois fortes de figures fera le plus beau, félon celle des autres celuy de quatre, ou de cinq, &c. Mais ce qui plaira à plus de gens,

2 5 pourra eftre nommé Amplement le plus beau, ce qui ne fçauroit eftre déterminé.

Secondement, la mefme chofe qui fait enuie de danfer à quelques-vns, peut donner enuie de pleurer aux autres. Car cela ne vient, que de ce que les idées

a. Le Compendium Musicce, dont Descartes va citer la fin de l'art. 2.

b. Clerselier ajoute ici la traduction du texte latin.

�� � i}4 Correspondance. h, i> 25-5*6.

qui font en noftre mémoire font excitées : comme, ceux qui ont pris autrefois plaifir à danfer lors qu'on joùoit vn certain air, fi-toft qu'ils en entendent de femblable, lenuie de danfer leur re|uient ; au contraire, fi quel- qu'vn n'auoit iamais oùy jouer des gaillardes, qu'au 5 mefme temps il ne luy fuft arriué quelque affli&ion, il s'attrifteroit infailliblement, lors qu'il en oiroit vne autre fois. Ce qui eft fi certain, que ie iuge que fi on auoit bien fouetté vn chien cinq ou fix fois, au fon du violon, fi-toft qu'il oiroit vne autre fois cette mufique, 10 il commenceroit à crier & à s'enfuir.

Le fon des fluftes 3 s'engendre & fe modifie en telle

��B

��forte. Soit la flufte A B C D ; le souffle qui eft paffé par A, eflant arriué à B, fe diuife, & vne partie fort par le trou B, l'autre paffe tout le long de la flufte iufques à '5 D. Or il faut remarquer que le vent qui fort par B, fe diffipe aifément en l'air libre, mais celuy qui veut paffer par le long du tuyau, lors qu'il eft encore t en B, ne fçauroit aller plus outre, qu'il ne chafTe l'air qui luy eft tout proche, & que celuy-cy ne pouffe au mefme 20 inftant le fuiuant, & ainfi iufques à D ; & c'eft ce qui fait que le fon fe forme en mefme temps en toute la concauité de la flufte; comme ie tafcheray d'expliquer plus diftindement en mon Traitté. C'eft auffi cela mefme qui le modifie ; car plus la flufte eft longue, & 25

a. Voir Lettre XVIII, p. 117,1.4.

�� � h, 526. XXI. — 15 Avril 16 jo. ijj

plus l'air qui efl compris en icelle, refifte au vent qui fort de la bouche, & par confequent eft chafle plus lentement : d'où vient que le fon eft plus graue. Or cecy fe fait à petites fecouffes, lefquelles correfpon- 5 dent aux tours & retours des cordes.

le n'ay plus rien à dire, finon que fi par hazard vous rencontrez quelqu'vn qui parle de moy, & qui fe fouuienne encore que ie fuis au monde, ie feray bien-aife de fçauoir ce qu'on en dit, & ce qu'on penfe ïo que ie fafle, & où ie fuis, Mon R. P. Voftre tres-humble, & tres-obeïffant

feruiteur, descartes.

��XXI.

Descartes a Mersenne.

Amsterdam, i5 avril i63o.

Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

Variantes du texte de Clerselier, tome II, lettre 104, p. 47 2-480. — L'original est le n" 5 de la collection Lahire, et le n° 2 du clas- sement de dom Poirier, comme l'indiquent les chiffres qu'il porte.

Monfieur & Reu d Père,

■ 5 Voftre lettre dattee du 14 Mars, qui eft celle, ie croy, dont vous eftes en peine, me fut rendue dix ou douze iours apprés ; mais pource que vous m'en fai-

14 Mon Reuerend Père. — i5 quatorzième.

�� � i}6 Correspondance. h, 47>-47î.

fiés efperer d'autres au voyafge fuiuant, & qu'il n'y auoit que huit iours que ie vous auois efcrit, ie diffe- ray a vous faire refponfe, iufques a maintenant que i'ay receu vos dernières dattees du 4 Auril. le vous fupplie de croyre que ie me reffens infinimant obligé 5 de tous les bons offices que vous me faites, lefquels font en trop grand nombre pour que ie vous puiffe remercier de chafcun en particulier, mais ie vous affure que ie fatisferay en reuanche a tout ce que vous defirerés de moy, autant qu'il fera en mon pou- io uoir ; & ie ne manqueray de vous faire toufiours fça- uoir les lieus ou ie feray, pourueu, s'il vous plaift, que vous n'en parliés point, & mefme ie vous prie d'ofter plutoft l'opinion a ceus qui la pouroint auoir, que i'aye deffein d'efcrire, que de l'augmenter ; car ie vous i5 iure que fi ie n'auois par cy-deuant tefmoigné auoir" ce deffein, & qu'on pourroit dire que ie n'en ay fceu venir a bout, ie ne m'y refoudrois iamais. le ne fuis pas fi fauuage que ie ne fois bien ayfe, fi on penfe en moy, qu'on en ait bonne opinion; mais i'aymerois 20 bien mieus qu'on n'y penfaft point du tout. le crains plus la réputation que ie ne la defire, eftimant qu'elle diminue toufiours en quelque façon la liberté & le loyfir de ceus qui l'acquerent, lefquelles deus chofes ie poffede fi parfaitemant, & les eftime de telle forte, 2 5 qu'il n'y a point de monarque au monde qui fuft affés riche pour les achepter de moy. Cela | ne m'empef- chera pas d'acheuer le petit traité que i'ay commencé;

2-3 i'ay différé. — 4 qua- uoir. — 11 -12 faire fçauoir triefme. — 6 faites] rendez. — toufiours 7 que ie vous puiffe] vous pou-

�� � H.473- XXI. — i$ Avril i6jo. îjy

mais ie ne délire pas qu'on le fçache, affin d'auoir toufiours la liberté de le defauouer; & i'y trauaille fort lentemant, pource que ie prens beaucoup plus de plaifir a m'inftruire moy-mefme, que non pas a

5 mettre par efcrit le peu que ie fçay. I'eftudie mainte- nant en chymie & en anatomie tout enfemble, & apprens tous les iours quelque chofe que ie ne trouue pas dedans les liures. le voudrois bien eftre défia paruenu iufques a la recherche des maladies & des

io remèdes, affin d'en trouuer quelqu'vn pour voftre ere- fipele, duquel ie fuis marry que vous eftes fi longtans affligé. Au refte ie paife fi doucemant le tans en m'inf- truifant moy-mefme, que ie ne me mets iamais a efcrire en mon traité que par contrainte, & pour m'acquiter

i5 de la refolution que i'ai prife qui eft, fi ie ne meurs, de le mettre en eftat de vous l'enuoyer au commence- mant de l'année i6jj. le vous détermine le tans pour m'y obliger dauantage, & affin que vous m'en puiffiés faire reproche fi i'y manque. Au refte vous vous efton-

io nerés que ie prene vn fi long terme pour efcrire vn difcours qui fera fi court, que ie m'imagine qu'on le pourra lire en vne apprés-difnee ; mais c'eft que i'ay plus de foing & croy qu'il eft plus important que i'ap- prene ce qui m'eft neceflaire pour la conduite de ma

25 vie, que non pas que ie m'amufe a publier le peu que i'ay appris. Que fi vous trouués eftrange de ce que i'auois commencé quelques autres traités eftant a Paris, lefquels ie n'ay pas continués, ie vous en diray la raifon : c'eft que pendant que i'y trauaillois, i'ac-

6 en l'anatomie. — 8 de- — eftes] foyez. — 19 Au refte] dans] dans. — 11 de laquelle. Sans doute.

Correspondance. I. 18

�� � V

��i}8 • Correspondance. 11,473-474.

querois vn peu plus de connoiflance que ie n'en auois eu en commençant, félon laquelle me voulant accom- moder, i'eftois contraint de faire vn nouueau proiet, vn peu plus grand que le premier, ainfi que fy quel- qu'vn ayant commencé vn baftimant pour fa demeure, 5 acqueroit cependant des richeffes qu'il n'auroit pas efperees & changeoit de condition, en forte que fon baftimant commencé fuft trop petit pour luy, on ne le blafmeroit pas fi on luy en voyoit recommancer vn autre | plus conuenable a fa fortune. Mais ce qui m'af- 10 fure que ie ne changeray plus de defTein, c'eft que ce- luy que i'ay maintenant eft tel que, quoy que i'apprene de nouueau, il m'y pourra feruir, & encore que ie n'ap- prene rien plus, ie ne laifferay pas d'en venir a bout.

le m'eftonne de ce que vous me mandés de Ferrier, 1 5 qu'il fonde fes efperances fur l'inuention des verres, vu qu'il néglige de m'efcrire : car ie ne penfe pas, encore que ie luy aye defcrit fort particulieremant les machines neceffaires pour la conftruétion d'iceus, qu'il fe puiffe encore paffer de moy, & qu'il n'y 20 trouue quelque difficulté qui l'areftera ou le trom- pera. Mais il y a des gens qui penfent fçauoir parfai- temant vne chofe, fitoft qu'ils y voyent la moindre lumière. le vous fupplie, & pour caufe, de me mander s'il ne vous a point dit ce que contenoint les der- 25 nieres lettres que ie luy ay efcrites ; & s'il ne vous en a point parlé, ie vous prie de luy demander expref- femant. Vous en pourrés prendre occafion en luy difant que ie vous ay mandé que ie trouuois eftrange

6 auoit. — ib Ferrier] Monûeur N. — 18 encore] bien — defcrit] écrit.

�� � ii,474-475- XXI. — i$ Avril i6jo. 139

qu'il ne m'auoit point fait refponfe a mes dernières lettres, vu que ie penfois qu'elles en valuffent bien la peine, & luy demander la defîus de quoy parloint donc ces lettres-la a . 5 Pour des Problefmes, ie vous en enuoyeray vn milion pour propofer aus autres, li vous le defirés ; mais ie fuis fi las des Mathématiques, & en fais main- tenant fi peu d'eflat, que ie ne fçaurois plus prendre la peine de les foudre moy-mefme. l'en mettray icy 10 trois que i'ay autrefois trouués fans aide que de la Géométrie fimple, c'eft a dire auec la reigle & le compas.

Inuenire diametrum sphœrœ tangentis alias quatuor magnitudine & pofitione datas.

1 5 Inuenire axem parabolœ tangentis très lineas reélas po- fitione datas & indejinitas, cuius etiam axisfecet ad angulos reclos aliam reclam etiam pofitione datam & indefinitam. Inuenire flilum horoîogij in data mundi parte de/cri-

20 bendi, ita vt vmbrœ extremitas, data die anni, tran-

feat per tria data puncla, faltem quando ifiud fieri potefi.

| l'en trouuerois bien de plus difficiles li i'y voulois penfer, mais ie ne croy pas qu'il en foit de befoin. 2 5 Pour vos queflions : 1. Ces petits cors qui entrent lors qu'vne chofe fe raréfie, & qui fortent lors qu'elle

1 n'auoit — fait de réponfe. — 14 pofitione et magnitudine. — 5 enuoyerois. — 6 defiriez. — 25 Premièrement.

a. Voir Lettre XIII, p. 63, note finale.

�� � 140 Correspondance. h, 47*-

fe condenfe, & qui paflent au trauers les chofes les plus dures a , font de mefme fubftance que ceus qui fe voyent & qui fe touchent ; mais il ne les fault pas imaginer comme des atomes, ny comme s'ils auoint quelque dureté, mais comme vne fubftance extrememant fluide 5 & fubtile, qui remplir! les pores des autres cors. Car vous ne me nierés pas que dans l'or & dans les diamans, il n'y ait certains pores, encore qu'ils foyent extre- memant petits ; que fi vous m'auoués auec cela qu'il n'y a point de vuide, comme ie croy pouuoir demonf- 10 trer, vous ferés contraint d'auouer que ces pores font pleins de quelque matière qui pénètre facilemant par tout. Or la chaleur & la rarefa&ion ne font autre chofe que le meflange de cete matière. Mais pour per- fuader cecy, il faudroit faire vn plus long difcours que «5 ne permet l'eftendue d'vne lettre. le vous ay défia dit le femblable de beaucoup d'autres chofes que vous m'aués propofees; mais ie vous fupplie de croyre que ce n'a iamais efté pour me feruir d'excufe, & ne pas defcouurir ce que ie propofe d'efcrire en ma phy- 20 fique : car ie vous affure que ie ne fçay rien que ie tiene fecret pour qui que ce foit : a plus forte raifon pour vous que i'honore & eftime, & a qui i'ay vne infi- nité d'obligations. Mais toutes les difficultés de phy- fique touchant lefquelles ie vous ay mandé que i'auois 2 5 pris parti, font tellemant enchaifnees, & dépendent fi fort les vnes des autres, qu'il me leroit impolfible d'en demonftrer vne, fans les demonftrer toutes enfemble ;

20 ie me propofe.

a. Voir Lettre XVIII, p. 119, 1. 2 et suiv.

�� � ii,475-476- XXI. — i$ Avril i6}0. 141

ce que ie ne fçaurois faire pluftoft ny plus fuccinde- mant que dans le traité que ie prépare.

2. Pour les metaus, i'en ay fait moy-mefme des expériences affes exactes, & vous en remercie. 5 j . Pour déterminer de combien vn fon peut eftre entendu plus loing quo l'autre, cela ne fuit pas a pro- portion de ce qu'il eft graue ou aygu fimplemant ; mais il fault fçauoir quelle eft la denlité de l'aer, quel eft le moindre mouuemant qui | peut fuffire pour eftre

10 nommé /on; commant laer eftant meu en vn endroit, comme en A, ce mouuemant fe communique aus lieus proches comme en B, C, D, & a quelle proportion il diminue en s'ef- loignant : or cete proportion varie

i5 félon que le cors qui fait ce mou- uemant eft grand ou petit, félon la figure qu'il a, félon qu'il eft dur ou mol, & qu'il fe remue vifle ou len- temant. Toutes ces chofes doiuent

20 eftre déterminées auant qu'on puifle refoudre voftre queftion.

Le fifflemant d'vn boulet de canon n'eft pas, au moins a mon auis, plus graue ou aygu, fimplemant a caufe de la groffeur ou vitefle du boulet ; mais il fault

25 fçauoir de plus quel rapport a cete vitefle auec certaine qualité qui eft en l'aer, qui peut eftre nommée vifco- fitas ou glutino/ïtas, & ceft ce que ie ne fçaurois déter- miner.

Pour expliquer pourquoy l'oreille ne fe plaift pas a

3g toute forte d'interualles, il fault que ie me férue d'vne 3-4 Pour les metaus. . . remercie, omis. — 3o toutes fortes.

��� � 14 2 Correspondance. 11,476.

comparaifon. le croy que vous m'auouerés bien qu'il y a vn peu plus de peine a connoiftre la proportion qui fait la quinte qu'a connoiftre celle qui fait l'vni- fon, & vn peu plus a connoiftre celle qui fait la tierce que la quinte; de mefme qu'il y a vn peu plus de 5 peine a leuer vn pois de 2 liures, qu'a en leuer vn d'vne liure, & plus a vn de } &c. Or fi vous me deman- diés combien de liures pefant vn homme feul peut efleuer de terre, ie vous dirois que cela ne ce peut dé- terminer, & qu'il varie félon que les hommes font plus 10 ou moins forts. Mais fi vous me propofiés feulemant trois cors, l'vn d'vne liure pefant, l'autre de $0 liure, l'autre de 1000, & que vous me demandantes com- bien vn homme peut leuer de ces trois cors, ie vous dirois abfolumant qu'il n'en fçauroit leuer que les 15 deus qui font 5 1 liure pefant. Que fi vous me deman- dés fi c'eft que la nature ait borné les forces de l'homme a $1 11., ie vous dirois que | non, mais que c'eft a caufe qu'il ne fçauroit leuer plus de $1 11., s'il ne leuoit encore le poids de 1000 11. tout en- 2 o tier, ce qui paffe la force ordinaire des hommes. De mefme, fi vous demandiés fimplemant combien il y a d'interualles en la mufique defquels l'oreille puiiTe iuger, ie vous dirois que cela varie félon que l'vn a l'ouie plus fubtile que l'autre; comme de fait ie ns 2 5 fçaurois diftinguer la quinte de l'odaue, & il y en a qui diftinguent le demi-ton maieur du mineur; & y en pourroit auoir qui feroint capables de connoiftre les interualles de 6 a 7 & 10 a 11 &c. Mais quand

3 et 5 quinte] 5 Desc. — 7 et 1 3 et l'autre de mille liures. — plus à en leuer vn. — 9 ce] fe. — 2G la 5 de 1*8 Desc. — 27 et il y.

�� � n > 477- XXI. — 15 Avril 16^0. 142

vous me demandés combien il y a d'interuales qui puiffent eflre iugés de l'oreille, lorfqu'ils font mis dedans vn concert de mufique, vous me propofés alors tous les interualles qui naiffent de la première, 5 féconde, & troiûefme biffe&ion, liés en trois cors feulemant, comme les pois de 1 11., 50 11., & 1000 11. Et ie répons ablolumant qu'il n'y a que ceus qui naiffent de la première & féconde biffedion, qui puif- fent eflre admis en vn concert ; pour ce que fi vous y 10 en admettiés quelqu'vn de plus, il faudrôit admettre tous ceus qui naiffent de la troifiefme bifîection, lefquels tous enfemble excédent la capacité des meil- leures oreilles.

��La chorde A B in quiète eft efgalemant tendue par- i5 tout; mais in motu, quia exienjio non fit in inflanti,Ji quidem extremitates chordœ trahantur, vtfieri folet, tune Me impetus prius fentitur in ipjis extremis quam in me- dio, & ideirco ibi frangitur. Que fi l'extenfion fe faifoit fans mouuemant local de quelqu'vne des ex- 20 tremités, comme lorfque les chordes d'vn luth s'en- flent par l'humidité de l'aer, & fe caffent d'elles- mefme, ie m'affure qu'elles fe romproint plufloft au milieu qu'ailleurs ; vous en pourrés faire expérience, & me le mander, car ie ne l'ay iamais faite a . 25 Pour voftre queftion de Théologie, encore qu'elle paffe la capacité de mon efprit, elle ne me femble

14 A — B. — 23 faire l'expérience, a. Voir Lettre XVII, p. 1 1 1, 1. 3o et suiv.

�� � 144 Correspondance. ii, 477-478.

pas toutefois hors de ma profeffion, pource qu'elle ne touche point a ce qui dcpent de la reuelation, ce que ie nomme propremant | Théologie ; mais elle eft pluftoft metaphyfique &fe doit examiner par la raifon humaine. Or i'eftime que tous ceus a qui Dieu a donné l'vfage de cete raifon, lont obligés de l'em ployer principalemant pour tafcher a le connoiftre, & a fe connoiftre eus-mefme. C'eft par la que i'ay tafché de commencer mes eftudes ; et ie vous diray que ie n'euffe fceu trouuer les fondemans de la Phyfique, 10 fi ie ne les eufîe cherchés par cete voye. Mais c'eft la matière que i'ay le plus eftudiee de toutes, & en la- quelle, grâces a Dieu, ie me luis aucunemant fatis- fait; au moins penfe-ie auoir trouué commant on peut demonftrer les vérités metaphyfiques, d'vne i5 façon qui eft plus euidente que les demonftrations de Géométrie ; ie dis cecy félon mon iugemant, car ie ne fçay pas fi ie le pourray perfuader aus autres. Les q premiers mois que i'ay elle en ce pais, ie n'ay tra- uaillé a autre chofe a , & ie croy que vous m'auiés 20 défia ouy parler auparauant que i'auois fait deffein d'en mettre quelque chofe par efcrit ; mais ie ne iuge pas a propos de le faire, que ie n'aye vu prerrieremant commant la phyfique fera receue. Si toutefois le liure dont vous parlés b eftoit quelque chofe de fort bien 25

9-10 ie n'euffe iamais fceu. — i4penfay-ie.

a. Voir Lettre VIII du 18 juillet 1629. Pour un traité, commencé en 1628 à Paris, sur la Divinité, cf. Baillet, I, 170-171.

b. Ouvrage inconnu, sur lequel Descartes revient plusieurs fois dans sa correspondance avec Mersenne. Il n'aurait été tiré qu'à trente exemplaires (Clers., II, 325), sans doute en cachette, et le Minime semble n'en avoir eu d'abord qu'une copie manuscrite (Clers., II, 469).

�� � ii,478-479- XXI. — ij Avril i6jo. 145

fait, et qu'il tombait entre mes mains, il traite des matières fi dangereufes & que i'eftime fi fauffes, fi le rapport qu'on vous en a fait eft véritable, que ie me fentirois peut-eftre obligé d'y refpondre fur le cham.

5 Mais ie ne laifferay pas de toucher en ma Phyfique plufieurs queftions metaphyfiques, & particulieremant celle-cy : Que les vérités mathématiques, lefquelles vous nommés éternelles, ont elle eftablies de Dieu & en dépendent entieremant, auffy bien que tout le relie

10 des créatures. C'eft en effait parler de Dieu comme d'vn Iuppiter ou Saturne, & l'afluiettir au Stix & aus deftinees, que de dire que ces vérités font indépen- dantes de luy. Ne craignes point, ie vous prie, d'affu- rer & de publier par tout, que c'eft Dieu qui a eftabli

i5 ces lois en la nature, ainfy qu'vn Roy eftablift des lois en fon Royaufme. Or il n'y en a aucune en particulier que nous ne puiflions comprendre fi noftre efprit fe porte a la confyderer, & elles font toutes men\tibus nof- tris ingenitœ, ainfy qu'vn Roy imprimeroit fes lois dans

20 le cœur de tous fes fugets, s'il en auoit auffy bien le pouuoir. Au contraire nous ne pouuons comprendre la grandeur de Dieu, encore que nous la connoiffions. Mais cela mefme que nous la iugeons incomprehen- fible nous la fait eftimer dauantage ; ainfy qu'vn Roy

25 a plus de maiefté lors qu'il eft moins familieremant connu de fes fugets, pourueu toutefois qu'ils ne pen- fent pas pour cela eftre fans Roy, & qu'ils le con- noiffent affés pour n'en point douter. On vous dira que fi Dieu auoit eftabli ces vérités, il les pourroit

3o changer comme vn Roy fait fes lois ; a quoy il faut 1 1 ou d'vn Saturne. — 27 pour cela omis,

CORRESPONDANCE! I. 19

�� � 146 Correspondance. h, 479-480.

refpondre qu'ouy, fi fa volonté peut changer. — Mais ie les comprens comme éternelles & immuables. — Et moy ie iuge le mefme de Dieu. — Mais fa volonté eft libre. — Ouy, mais fa puiffance eft incompre- henfible ; & generalemant nous pouuons bien affurer 5 que Dieu peut faire tout ce que nous pouuons com- prendre, mais non pas qu'il ne peuft faire ce que nous ne pouuons pas comprendre ; car ce feroit témérité de penfer que noftre imagination a autant d'eftendue que fa puiffance. I'efpere efcrire cecy, mefme auant qu'il 10 foit 15 iours, dans ma phyfique; mais ie ne vous prie point pour cela de le tenir fecret; au contraire ie vous conuie de le dire auffy fouuant que l'occafion s'en prefentera, pouruû que ce foit fans me nommer ; car ie feray bien ayfe de fçauoir les obieâions qu'on «5 pourra faire contre, & auffy que le monde s'accouf- tume a entendre parler de Dieu plus dignemant, ce me femble, que n'en parle le vulgaire, qui l'imagine prefque toufiours ainfy qu'vne chofe finie.

Mais a propos de l'infini , vous m'en propofiés vne 20 queflion en voflre lettre du 14 Mars, qui eft tout ce que i'y trouue de plus qu'en la dernière. Vous difiés que s'il y auoit vne ligne infinie, elle auroit vn nombre infini de pieds & de toifes, & par confequent que le nombre infini des pieds feroit 6 fois plus grand 25 que le nombre des toifes. — Concedo totum. — Donques ce dernier n'efl pas infini. — Nego confe- quentiam. — Mais vn infini ne peut eflre plus grand que | l'autre. — Pourquoy non ? Quid abfurdi? princi- palemant s'il eft feulemant plus grand in rationejinita, 3o

21 quatorziefme.

�� � ».48o. XXII. — 6 Mai 16^0. 147

vt hic vbi mulliplicatio per 6 ejl ratio finita, quœ nihil atîinet ad infiniîum. Et de plus, quelle raifon auons- nous de iuger fi vn infini peut eflre plus grand que l'autre, ou non? vu qu'il cefferoit d'eftre infini, fi 5 nous le pouuions comprendre. Conferués-moy l'hon- neur de vos bonnes grâces. le fuis

Voftre très humble & très

affectionné feruiteur, descartes.

D'Amftredam ce 1$ Auril \6jo.

10 le ne partiray pas encore d'icy de plus d'vn mois.

A Monjieur

Monjîeur le Reue nd Père Marin

Mercenne de l'ordre des

Minimes, a leur couuant

'5 de la place Roy aile,

A Paris.

Le voyage annoncé en post-scriptum est celui d'Angleterre que Descartes projetait dès le 4 mars (voir plus haut p. 125, 1. 19) et qu'il différa suc- cessivement (cf. p. i3o, 1. 2). Il finit probablement par y renoncer pour ne pas se trouver absent lors du voyage que Mersenne fit lui-même dans les Pays-Bas pendant l'été de i63o.

XXII.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 6 mai i63o.] Texte de Clerselier, tome I, lettre m, p. 5<>4-5o6.

L'exemplaire de l'Institut porte la note « Cette lettre, jusqu'au troisième alinéa, est de M. Descartes écrite au P. Mersenne. Je la

6 le fuis] derniers mots du texte de Clerselier.

�� � 148 Correspondance. r, 504-505.

date du 10 mai i63o, d'Amsterdam. » Mais comme la lettre écrite au « voyage » précédent est celle du i5 avril, et que le « voyage » du courrier, aller et retour, compté pour trois semaines (voir Lettre XX, p. 128, l. 4-S), la date doit plutôt être fixée au lundi 6 mai. — Après le second alinéa, l'exemplaire de l'Institut ajoute les mots « Je suis, etc. » avec la note marginale « Icy finit la lettre ». Le troisième alinéa (Clers., 1. 1, p. 5o6-5og) est en effet postérieur aux Méditations, tandis que les deux derniers (p. 5og-5n)se rap- portent à la publication du Discours de la Méthode.

Mon Reuerend Père,

le vous remercie de l'obferuation de la couronne qui a efté faite par Monfieur Gaffendi 3 . Pour le mef- chant liure b , ie ne vous prie plus de me l'enuoyer; car ie me fuis maintenant propofé d'autres occupations ; 5 & ie croy qu'il feroit trop tard pour exécuter le deffein qui m'auoit obligé de vous mander à l'autre voyage, que fi c'eftoit vn liure bien | fait, & qu'il tombait entre mes mains, ie tafcherois d'y faire fur le champ quelque réponfe. C'eft que ie penfois qu'encore qu'il n'y euft 10 que trente-cinq exemplaires de ce liure, toutesfois s'il eftoit bien fait, qu'on en feroit vne féconde impref- fion, & qu'il auroit grand cours entre les curieux, quelques deffenfes qui en puffent eftre faites. Or ie m'eftois imaginé vn remède pour empefcher cela, qui 1 5 me fembloit plus fort que toutes les deffenfes de la iuftice ; qui eftoit, auant qu'il fe fift vne autre impref- fion de ce liure en cachette, d'en faire faire vne auec permiffion, & adjouter après chaque période, ou chaque chapitre, des raifons qui prouuaffent tout le 20 contraire des fiennes, & qui en découuriffent les fauf-

a. Voir Lettre XVI, page 84, 1. 2.

b. Voir Lettre XXI, page 144, I. 24.

�� � i, 5o5-5o6. XXII. — 6 Mai i6jo. 149,

fêtez. Car ie penfois que s'il fe vendoit ainfi tout entier

publiquement auec fa réponfe, on ne daigneroit pas le

vendre en cachette fans réponfe, & ainfi que perfonne

n'en aprendroit la fauffe do&rine, qui n'en fuft def-

5 abufé au mefme temps ; au lieu que les réponfes fepa-

rées qu'on fait à femblables liures font d'ordinaire de

peu de fruit, pource* que chacun ne lifant que les

liures qui plaifent à fon humeur, ce ne font pas les

mefmes qui ont lu les mauuais liures, qui s amufent à

10 examiner les réponfes. Vous me direz, ie m'affure,

que c'eft à fçauoir fi i'euffe pu répondre aux raifons

de cet Autheur. A quoy ie n'ay rien à dire, finon que i'y

euffe au moins fait tout mon poffible, & qu'ayant plu-

fieurs raifons qui me perfuadent & qui m'affurent le

i5 contraire de ce que vous m'auez mandé eftre en ce

liure, j'ofois efperer qu'elles le pourroient aufli per-

fuader à quelques autres, & que la vérité, expliquée

par vn efprit médiocre, deuoit eftre plus forte que le

menfonge, fufl-il maintenu par les plus habiles gens

20 qui fuffent au monde.

Pour les veritez éternelles 3 , ie dis derechef que funt iantum verœ aut pojjibiles, quia Deus Mas veras aui poffi- biles cognofcit, non autem contra veras à Deo cogno/ci quafi independenter ab Mo fint verœ. Et fi les hommes 2 5 entendoient bien le fens de leurs paroles, ils ne pour- roient iamais dire fans | blafpheme, que la vérité de quelque chofe précède la connohTance que Dieu en a, car en Dieu ce n'eft qu'vn de vouloir & de connoiftre ; de forte que ex hoc ipfo quod aliquid veliî, ideo cognofcit, 3o & ideo tantum talis res eji vera. Il ne faut donc pas dire

a. Voir Lettre XXI, page 145, 1. 8.

�� �

que fi Deus non effet, nîhilominus ijlœ veritates ejfent verœ; car l’exiftence de Dieu eft la première & la plus éternelle de toutes les veritez qui peuuent eftre, & la feule d’où procèdent toutes les autres. Mais ce qui fait qu’il eft aifé en cecy de fe méprendre, c’eft que la plus- 5 part des hommes ne confiderent pas Dieu comme vn élire infini & incomprehenfible, & qui eft le feul Au- theur duquel toutes chofes dépendent ; mais ils s’arref- tent aux fyllabes de fon nom, & penfent que c’eft aftez le connoître, fi on fçait que Dieu veut dire le mefme que 10 ce qui s’apelle Deus en latin, & qui eft adoré par les hommes. Ceux qui n’ont point de plus hautes penfées que cela, peuuent aifément deuenir Athées ; et pour ce qu’ils comprennent parfaitement les veritez mathématiques, & non pas celle de l’exiftence de Dieu, ce i5 n’eft pas merueille s’ils ne croyent pas qu’elles en dépendent. Mais ils deuroient iuger au contraire, que puifque Dieu eft vne caufe dont la puiftance furpafte les bornes de l’entendement humain, & que la necef- fité de ces veritez n’excède point noftre connoifîance, 20 qu elles font quelque chofe de moindre, & de fujet à cette puiftance incomprehenfible. Ce que vous dites de la production du Verbe ne répugne point, ce me femble, à ce que ie dis ; mais ie ne veux pas me mefler de la Théologie, i’ay peur mefme que vous ne iugiez 2 5 que ma Philofophie s’émancipe trop, d’ofer dire fon auis touchant des matières fi releuées.

�� � i,494- XXII bis. — 27 Mai i6}0. 151

��XXII bis.

Descartes [a Mersenne ?]

[Amsterdam, 27 mai i63oî] Texte de Clerselier, tome I, lettre uo milieu, p. 494-496.

Fragment inséré par Clerselier entre deux autres, tous deux de i63j, pour former une lettre « A Monsieur *** ». Mais Descartes y parle d'un ouvrage du P. Gibieuf, qu'il n'a pas encore vu, et qui semble bien être le traité De libertate Dei et Creaturaî libri duo, auctore P. Gullielmo Gibieuf (Paris, i63o, achevé d'imprimer le 3o janvier). Nous sommes ainsi ramenés à une date où ce fragment apparaît comme continuant la discussion commencée dans les lettres XXI et XXII. Mersenne semble avoir précisé la question en termes d'école, probablement après avoir reçu la seconde de ces lettres (du 6 mai) ; le fragment serait donc au plus tôt du lundi 2 7 mai.

Si Descartes dit qu'il tâchera de faire venir de Paris l'ouvrage du P. Gibieuf et s'il ne le demande pas simplement à Mersenne, c'est sans doute parce que celui-ci lui avait annoncé son prochain départ pour la Belgique et les Pays-Bas, et qu'en conséquence la lettre n'était peut-être pas même adressée à Paris, comme l'ont été les précédentes. En tous cas nous voyons, immédiatement après cette date, la corres- pondance entre Descartes et Mersenne subir une longue interruption, évidemment par suite du voyage du Minime. C'est donc certainement à tort que Baillet (t. I, p. 202 suiv.), par une fausse interprétation d'une lettre de Gassend à Beeckman (Gassendi Opéra, t. VI, p. 26), a admis que Mersenne était déjà à Gorcum le i5 septembre 162g. Les lettres inédites de Beeckman à Mersenne (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206) et la correspondance de Descartes ne permettent pas de sup- poser que le Minime ait quitté Paris avant le milieu de mai i63o. En juin au contraire, on a une lettre de Helmont à Mersenne, adressée à Bruxelles. (Bibl. Nat. fr. n. a. 6205, f° 217).

Vous me demandez in quo génère caufœ Deus difpo- fuit œternas veritates. le vous répons que c'eft in eodem

�� � i Ç2 Correspondance. 1,494-495.

génère caufœ qu'il a créé toutes chofes, c'eft à dire vt efficiens & totalis caufa. Car il eft certain qu'il eft auffi bien Autheur de l'eflence comme de l'exiftence des créatures : or cette effence n'eft autre chofe que ces veritez éternelles, lefquelles ie ne conçoy 5 point émaner de Dieu, comme les rayons du Soleil ; mais ie fçay que Dieu eft Autheur de | toutes chofes, & que ces veritez font quelque chofe, & par confequent qu'il en eft Autheur. le dis que ie le fçay, & non pas que ie le conçoy ny que ie le comprens ; car on peut «o fçauoir que Dieu eft infiny & tout-puiffant, encore que noftre ame eftant finie ne le puiffe comprendre ny conceuoir ; de mefme que nous pouuons bien tou- cher auec les mains vne montagne, mais non pas l'embraffer comme nous ferions vn arbre, ou quel- >5 qu'autre chofe que ce foit, qui n'excedaft point la grandeur de nos bras : car comprendre, c'eft em- braffer de la penfée; mais pour fçauoir vne chofe, il fuffit de la toucher de la penfée 3 . Vous demandez auffi qui a neceffité Dieu à créer ces veritez; et ie dis qu'il «  a efté auffi libre de faire qu'il ne fuft pas vray que toutes les lignes tirées du centre à la circonférence fuflent égales, comme de ne pas créer le monde. Et il eft certain que ces veritez ne font pas plus necef- fairement conjointes à fon effence, que les autres 25 créatures. Vous demandez ce que Dieu a fait pour les produire. le dis que ex hoc ipfo quod Mas ab œterno ejfe voluerit & intellexerit, Mas creauit, ou bien (fi vous n'attribuez le mot de creauit qu'à l'exiftence des

a. Cf. Réponses aux Instances de Gassendi, § 12, et Principia Philo- sophice, I, § 40, version française.

�� � i,495-496- XXII bis. — 27 Mai i6jo. if 7

chofes) illas difpofuit & fecit. Car c'eft en Dieu vne mefme chofe de vouloir, d'entendre, & de créer, fans que l'vn précède l'autre, ne quidem ratione.

2 . Pour la queftion an Dei bonitati fit conueniens

5 homines in œternum damnare , cela eft de Théologie : c'eft pourquoy abfolument vous me permettrez, s'il vous plaift, de n'en rien dire; non pas que les raifons des libertins en cecy ayent quelque force , car elles me femblent friuoles & ridicules ; mais pour ce que ie

10 tiens que c'eft faire tort aux veritez qui dépendent de la foy, & qui ne peuuent eftre prouuées par demonf- tration naturelle, que de les vouloir affermir par des raifons humaines, & probables feulement.

j . Pour ce qui touche la liberté de Dieu , ie fuis

i5 tout à fait de l'opinion que vous me mandez auoir elle expliquée par le P. Gibbieu. le n'auois point fceu qu'il euft fait imprimer quelque chofe, mais ie tafche- ray | de faire venir fon traitté de Paris à la première commodité, afin de le voir, & ie fuis grandement aife

20 que mes opinions fuiuent les fiennes ; car cela m'af- fure au moins qu'elles ne font pas fi extrauagantes, qu'il n'y ait de tres-habiles hommes qui les fou- tiennent.

Les 4. $.6. 8. 9. & derniers points de voftre lettre

2 5 font tous de Théologie, c'eft pourquoy ie m'en tairay, • s'il vous plaift *.

Pour le feptiéme point, touchant les marques qui s'impriment aux enfans par l'imagination de la mère &c. , i'auouë bien que c'eft vne chofe digne d'eftre exa-

3o minée, mais ie ne m'y fuis pas encore fatisfait.

Pour le dixième point, où ayant fupofé que Dieu

Correspondance. I. 2 °

�� � if4 Correspondance. 1,496.

mené tout à fa perfection, & que rien ne s'anéantit, vous demandez enfuite, quelle eft donc la perfection des beftes brutes, & que deuiennent leurs âmes après la mort, il n'eft pas hors de mon fujet, & i'y répons que Dieu mené tout à fa perfection, c'eft à dire : tout colleéliuè, non pas chaque chofe en particulier; car cela mefme, que les chofes particulières periffent, & que d'autres renaiffent en leur place, c'eft vne des principales perfections de l'vniuers. Pour leurs âmes, & les autres formes & qualitez , ne vous mettez pas 10 en peine de ce qu'elles deuiendront, ie fuis après à l'expliquer en mon traité, & i'efpere de le faire en- tendre fi clairement, que perfonne n'en pourra douter.

Page t53, 1. 26. — Une lettre de Beeckman à Mersenne, fixement datée pridie Kal. Maij [3o avril] i63o, peut nous renseigner sur ces ques- tions de Mersenne à Descartes : ...« Altéra' tuce litterœ, ut et ipse iudicas, qucestiones captum humanum ferè superantes continent. De mundi suste- mate, de loco infinito, de ceternitate, de astrorum incolis, de vacuo inter stellas, de maculis solis tnulti multa satis probabiliter scripsere : at de tribus in divinà naturd personis, deque libertate hominum cum Dei prce- destinatione conciliandd, quis unquam non fatuus cogitavit ? (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, fol. 38, p. 65).

��XXIII.

Descartes [a Beeckman].

[Amsterdam, sept, ou oct. i63o.] Texte de l'édition latine, tome II, Epist. XI, p. 35-36.

Clerselier ne donne de cette lettre qu'une version française (t. II, p. 55-57, Lettre XI), faite par sonjils. Le latin de l'éditeur hollan- dais Blaeu est-il l'original de Descartes, ou seulement une traduction

�� � h, 55-56. XXIII. — Sept, ou Oct. i6}o. ic<

latine de cette version française ? Le sens est exactement le même des deux côtés, et, lorsqu'il y a quelque différence, elle est tout à l'avan- tage du latin, comme concision d'abord, la version française étant un peu traînante, et parfois même comme nuance d'expression. Les éditeurs hollandais, Blaeu et Raei (surtout celui-ci qui avait bien connu Descartes), ont pu, en effet, se procurer une copie fidèle des lettres latines, si même ils ne l'ont pas fait venir tout exprès de Paris, en la demandant à Clerselier, qui n'était pas homme à la re- fuser. Aussi plus tard la nouvelle édition donnée à Paris, in-12, en ij25, « où l'on a joint le latin de plusieurs lettres qui n'avoient été imprimées qu'en françois », publie d'abord comme original le texte latin de Blaeu (Epist. XI, /. ///, p. i38), et seulement ensuite la version française de Clerselier (p. 140). Le nom du destinataire manque dans Clerselier et dans l'édition latine.

��Vir Clariffime,

Cundabar ad ea quae nuper fcripferas refpondere, quia nihil habebam, quod tibi valde gratum fore ar- bitrarer : iam verô quia me inuitat Conredor tuus a , 5 libenter aperiam fenfum meum; nam fi verum amas, & fincerus es, libertas orationis meae tibi gratiorerit, quàm filentium fuifîet.

Mujicam à te meam fuperiori anno repetij b , non quod indigerem, fed quia mihi didum erat, te de illâ

io loqui, tanquam ex te didiciffem. Nolui tamen hoc ipfum ftatim ad te fcribere, ne viderer ex fola alterius relatione de amici fide nimis dubitafle. Nunc cum per alia multa mihi confirmatum fit, te inanem iadationem amicitise & veritati praeferre, paucis monebo, fi di-

i5 cas te aliquid alium docuiffe, quamuis verum diceres, tamen effe odiofum ; cum verô falfum eft, multo efle

a. Abraham van Elderen, Conrector du Collège de Dordrecht (1622- i63 7 ).

b. Voir Lettre XVI, p. 100, 1. 10.

�� � i jô Correspondance. h, s6-s 7 -

odiofius; fi denique hoc ipfum ab illo didiceris, efie odiofiftimum. Sed te procul dubio Gallici ftyli fefellit vrbanitas, cumque inter loquendum fcribendumue tibi faepe teftatus fim , me multa ex te didiciffe, mul- tumque adhuc adiumenti ex tuis obferuationibus 5 expedare, mihi nullam iniuriam facere putafti, fi quod ipfe prse me ferrem, tu quoque confirmares. Quod ad me attinet, ifta parum euro ; fed pro veteri amicitia te monitum volo, cum aliquid taie coram Mis qui me norunt gloriaris, hoc multum nocere 10 famse tuae; neque enim his di&is adhibent fidem, fed potius irrident vanitatem. Nec efl quod ex ijs, quas a me habes literis , teftimonia illis oftendas ; fciunt enim me a formicis & vermibus etiam doceri confue- uifle, nec alio pado me a te aliquid didiciffe putabunt. i5 Si haec vt debes in bonam partem accipis, quod prae- teritum eft errorem vocabo, non culpam, nec impe- diet quin vt an te fim tuus etc.

��XXIV.

Descartes [a Beeckman].

[Amsterdam,] 17 octobre i63o. Texte de l'édition latine, tome II, Epiit. XII, p. 36-43.

Clerselier ne donne aussi qu'une version française de cette lettre. Voici sa seconde phrase : « Mais afin que ie ne sois point obligé de » remettre vne autrefois la main à la plume pour vn semblable » sujet, et que l'excuse que i'ay à vous faire pour luy, deuienne » générale pour tous les autres que vous en pourriez pareillement » accuser, ie désire que vous sçachiez vne fois pour toutes, que ce

�� � h.57-58. XXIV. — ij Octobre i6}o. 157

» n'est ny de luy ny de personne, mais de vos lettres mesmes, que » i'ay appris ce que je trouue à reprendre en vous » (t. II, p. b-], Lettre XII). « Cette traduction n'est pas bonne », note l'exemplaire de l'Institut, avec renvoi à Descartes lui-même, qui, dans la lettre XXV ci-apr'es (p. 171-2), reproduit les six premières lignes de son épître latine, jusqu'à « cognouisse ». Or, ce commencement est identique à celui que donne l'édition de Blaeu. On peut en conclure que la suite est aussi le texte original; nous le donnons donc ici, comme pour la lettre précédente, de préférence à la version française de Clerselier. Le nom du destinataire manque dans les deux anciennes éditions, mais se trouve déjà rétabli dans l'exemplaire de l'Institut. De même le nom propre Mersenno (l. 3-4), lorsqu'il y a seulement l'ini- tiale M.

Vir Clarifîime,

Multum aberras à vero, & maligne iudicas de reli- giofiffimi viri humanitate, fi quid mihi de te à P. Mer- fenno renunciatum fuiïïe fufpiceris; fed ne plures

5 alios cogar exeufare, feire debes me non ex illo, nec ex vllo alio, fed ex mis ipfis ad me literis, quae in te reprehendo, cognouiiïe. Nam cum nuper, poftquam per annum integrum vterque filuiffemus, feriberss vt, fi ftudijs meis confulere vellem, ad te reuerterer, & me

10 non tantum alibi quantum apud te pofle proficere, & pleraque eiufmodi, quae familiariter & amice ad ali- quem ex pueris tuis feribere videbaris; quid aliud mihi venire debuit in mentem, quàm te taies literas exaraffe, vt priufquam ad me mitteres, eas alijs le-

i5 gendo, iact.ares me faepius à te doceri confueuifle? qua in re cum malitiofum artificium fubetTe videre- tur, reprehenfione dignum iudicaui. Nam quod te tantus teneret ftupor tantaque tui ipfius ignoratio, vt me reuera crederes aliquid à te aliter quàm vt foleo à

20 rébus omnibus quae funt in natura, quàm vt foleo,

�� � 1^8 Correspondance. ii, 58-59.

inquam, à formicis ipfis & vermibus, vel vnquam didi- ciffe vel difcere poffe, plane fufpicari non poteram. Nunquid meminifti , cum ijs ftudijs incumberem*, quorum te capacem non effe fatebaris, aliaque a me audire cuperes, quse dudum vt exercitia iuuentutis di- 5 mifi, quanto fueris mihi impedimento ? tantum aberat vt iuuares, tantumque nunc abeft vt gratias agam a . Atqui manifefte cognofco ex literis tuis vltimis, te non ex malitia peccaffe, fed ex morbo; quapropter dein- ceps miferebor potius quàm obiurgem , & propter 10 veterem amicitiam, quibus te fanari poffe putem re- medijs, hîc monebo.

Cogita imprimis qualia fint, quae aliquis alium po- teft docere : nempe linguse, hiftoriae, expérimenta, item demonftrationes certœ & manifeftae, quseque in- i5 telle&um conuincunt, quales funt Geometrarum, pof- funt doceri. Placita autem & opiniones, quales funt Philofophorum , non docentur protinus, ex eo quod dicantur. Vnum dicit Plato, aliud Arifloteles, aliud Epicurus, Telefius, Campanella, Brunus, Baffo, Vani- 20 nus, Nouatores omnes, quifque aliud dicunt; quis ex illis docet, non dico me, fed quemcunque fapientiae ftudiofum ? primus fcilicet qui cum fuis rationibus vel faltem audoritate perfuadet. Si quis vero nullius auftoritate nec rationibus adduclus aliquid crédit, 25 quamuis hoc ipfum à plerifque audiuerit, non tamen ab illis didiciffe putandus eft. Imo poteft fieri vtfciat, quia propter veras rationes ad credendum adducitur; alij autem, quamuis prius idem fenferint, non tamen fciuerint, quoniam ex falfis principes deduxerunt. 3o

a. Agas (Édition latine).

�� � », 59-6o. XXIV. — ij Octobre i6}o. 1^9

Quae fi diligenter animaduertis, facile percipies me nihil vnquam ex tua ilia, quam fomnias, Mathematico- Phyjica * magis quàm ex Batrachomyomachia * didi- ciffe; fcilicet enim tua me mouit audoritas ? aut 5 tuae rationes perfuaferunt ? Aft nonnulla dixifti, quae ftatim atque intellexi, credidi & approbaui *. Puta igitur, quia ftatim credidi, me non didiciffe ex te, fed cum iam ante idem fentirem, probauiffe. Nec verô foueas tuum morbum ex hoc ipfo quod fatear me

10 interdum ea quse dixifti probauiffe; tam raro enim contigit, vt nemo poffit tam imperite de Philofophia differere, quin seque multa cafu dicat, quae cum veri- tate conïentiant. Pofîunt verô plures idem fcire, quamuis nullus ab altero didicerit, & ridiculum eft

i5 tam accurate, vt facis, in icientiarum, tanquam in agrorum vel pecuniae, poffeffione inter tuum alienum- que diftinguere. Si quid fcis, omnino tuum eft, quan- tumuis ab altero didiceris. At quo iure, vel quo morbo potius, id ipfum fi alij fciunt, illorum etiam

20 effe non pateris ? Non eft amplius quod tuî miferear; beatum te fecit morbus, & non minores habes diuitias, quàm ille alter, qui naues omnes ad portum fuse ciui- tatis appellentes, fuas crédebat *., Sed pace tua dixe- - rim, paulo nimis infolenter vteris ifta fortuna; vide

25 enim quàm iniuftus es*; vis folus poffidere, prohibes- que ne alij fibi arrogent, non modo ea quse fciunt & nunquam à te didicerunt, fed etiam ea ipfa quse tu fateris ab illis didiciffe. Scribis enim Algebram, quam tibi dedi *, meam amplius non effe ; idem de Mufica

3o aliàs quoque fcripfifti. Vis igitur, opinor, vt iftae fcien- tise ex memoria mea deleantur, quia iam funt tuée :

�� � i6o Correspondance. 11,60-61.

cur enim autographa peteres (cum exemplaria habeas apud te, ego verô nulla habeam), nifi vt eorum, quae in ijs continentur & quibus iam non incumbo, lapfu temporis poffem obliuifci , tuque folus poffideres ? Sed proculdubio fcripfifti ifta per iocum, noui enim 5 quàm fis elegans & facetus : non autem feriô vis credi quidquam tuum eUe, nifi cuius inuentor primus exti- tifti ; apponis idcirco tempus in tuo manufcripto quo vnumquodque cogitafti *, ne quis forte fit tam impu- dens vt fibi velit arrogare, quod tota vna noéte tar- 10 dius quàm tu fomniarit. Qua tam en in re non iudico te fatis prudenter cauere tuis rébus ; quid enim fi de iftius manufcripti fide dubitatur ? nunquid tutius effet teftes adhibere vel tabulis publicis confirmare ? Sed profe&o, vt verum loquar, iftse diuitise, quae fures i5 timent & tanta cum follicitudine debent afferuari, miferum te reddunt potius quàm beatum; nec, fi mihi credis, te pigebit illas amittere fimul cum morbo.

Confidera, qusefo, apud te, vtrum in tota vita quid- 20 quam inueneris, quod vera laude dignum fit. Tria gê- nera inuentorum tibi proponam. Primo, fi quid habes alicuius momenti, quod folius ingenij vi & rationis duétu poteris excogitare, fateor te laudandum ; fed nego idcirco tibi fures effe metuendos. Aqua eft 25 aquae fimillima, fed aliter femper fapit, cum ex ipfo fonte bibitur, quàm cum ex vrna vel ex riuo*. Quid- quid ex loco in quo natum eft, in alium transfertur, emendatur aliquando, corrumpitur faepius; at nun- quam ita retinet omnes natiuas notas, quin facile fit 3o agnofcere, fuiffe aliunde tranflatum. Scribis te à me

�� � H.6I-6J. XXIV. — \j Octobre 162.0. 161

multa didiciffe, nego equidem ; fi quae enim fcio, funt perpauca, non multa; fed qualiacunque fint, fi potes, vtere, tibi arroga, per me licet. Nullis tabulis inf- cripfi*, tempus quo inuenta funt non appofui; neque 5 tamen dubito, fi quando velim vt homines fciant qua- lis fit fundulus ingenij mei, quin facile cognituri fint, iftos ex eo frudus, & non ex illo alio, fuiffe decerptos. — Eft aliud genus inuentorum, quod non ab ingenio venit, fed a fortuna, quodque fateor cuftodiri opor-

jo tere, vt à furibus fit tutum : fi quid enim cafu repe- reris, & alius à te cafu audiat, pari iure, quo tu, pofïi- debit, fibique non minus poterit arrogare : fed nego veram laudem talibus inuentis vllam deberi. Quia tamen eft vulgi imperitia, vt illos laudent in quibus

i5 aliqua eminent dona fortunae, Deamque iftam non adeo caecam putent, vt plane immeritis' largiatur ; fi quid forte tibi largita eft, quod paulo magis emineat, non nulla te laude dignum iudicabo : fed quod paulo magis emineat; fi quis enim mendicus, ex eo quod pau-

20 cos aliquot nummos oftiatim quaerendo collegiffet, magnum honorem fibi deberi crederet, ab omnibus rideretur. Vide autem, quaefo, diligenter euolue ma- nufcriptum ; enumera omnia, vel admodum fallor, vel nihil in eo tuum inuenies, quod fit pretiofius eius inte-

25 gumento. — Tertium genus eorum eft quae, cum nul- lius aut perexigui fint valons, ab inuentoribus tamen fuis tanquam magna? res aeftimantur ; hsec tantum abeft vt aliqua laude digna fint, quin potius, quo plu- ris fiunt à pofTefîbribus fuis, quo diligentius afTer-

3o uantur, eo magis aliorum rifui vel commiferationi illos exponunt. Propono tibi ob oculos aliquem c«-

CORRESPOND.VNCE. I. 21

�� � 162 Correspondance.

��ii, 62-64.

��cum, qui fie ex auaritiâ infaniret, vt totos dies inter alienarum aedium purgamenta quœreret gemmas, & quotiefeunque glareola aliqua veî vitri fragmentum fub manus eius incideret, protinus aeftimaret elle la- pidem valde pretiofum ; cumque tandem talia multa 5 inueniffet, capfulamque ijs repleuiffet, ditiflimum fe gloriaretur, capfulam oftentaret, alias* contemneret; nunquid prima fronte diceres, laetum illi dementise genus contigiffe ? Verum fi poftea videres eum cap- fulse incumbere, fures timere & miferè angi, ne diui- 10 tias iftas, quibus vti non poflet, amitteret. nunquid rifu depofito commiferatione dignum iudicares ? Nolo equidem manuferiptum tuum capfulse ifti comparare ; fed vix quidquam in eo puto folidius effe pofle, quàm funt glareolae & vitri fragmenta. i5

Videamus enim quanti ea fint momenti, quse prae- cipue oftentas : nempe iéîus chordarum * & hyperbo- /am;plura enim non noui. Primo quod iflus iftos atti- net, û quid paulo altius quàm primas litteras pueros tuos docuiiïes , inueniffes apud Ariftotelem illud 20 ipfum (nempe fonum oriri ex repetitis chordarum aliorumue corporum aëri alliforum idtibus) quod tuum appellas, quodque me tibi cum elogio non ad- fcripfiffe conquereris. Fur eft Ariftoteles, voca in iu- dicium , reflituat tibi tuam cogitationem. Ego verô 25 quid feci? de mufica feribens, cum aliquid explicuif- fem, quod ab accuratacognitione foni non pendebat, addidi, iftud eodem modo concipi poffe, fiue quis di- cat fonum aures ferire multis idibus, fme &c*. An furatus fum illud quod mihi non affumpfi ? An debui 3o laudare, quod verum elfe non affirmaui ? An tibi tri-

�� � ii, e 4 -65. XXIV. — 17 Octobre 162,0. 16}

buere debui, quod omnes Ludimagiftri, prseter te, ab Ariftotele didicerunt ? Nunquid alij meritô ignoran- tiam meam derififfent ? — At magnam laudem me- reris ex hyperbola*, quam me docuifti. Certe niû con- 5 dolerem tuo morbo , rifum tenere non poffem ; cum ne quidem intelligeres quid effet hyperbola, nifi forte tanquam Grammaticulus. Dixi quandam eius pro- prietatem ad radios infleftendos, cuius mihi demonf- tratio memoriâ exciderat, atque vt fit interdum in

10 rébus facillimis, ex tempore non occurrebat; fed eius conuerfam in ellipfi tibi demonftraui, explicuique nonnulla theoremata, ex quibus tam facile poterat deduci, vt neminem, qui tantillum attenderet, poffet effugere. Quamobrem te hortatus fum, vt in illa quae-

i5 renda ingenium exerceres; quod fane non feciffem, cum te in conicis plane nihil fcire fatereris, nifi facil- limam effe iudicaflem. Tu vero quœfiuifti, inuenifti, oftendifti mihi ; lœtatus fum, dixique me illa vfurum demonftratione, fi vnquam de ifta re effem fcripturus.

20 Die mihi : fanufne es, cum ideo exprobras, me non fatis honoris & reuerentiae tibi dodori meo exhibere ? Si vni ex pueris tuis, qui nullum adhuc carmen vn- quam feciffet, aliquod epigramma componendum de- difles; eique fenfum eius ita dictaffes, vt vno tantum

25 aut altero verbo tranfpofito verfus omnes conflarent, nunquid lœtareris eius caufa, fi féliciter ifta verba tranfponeret ? Nunquid forte etiam adderes, vt ipfum incitares ad poëticam, te non alijs verfibus effe vfu- rum , fi quando de eadem re feribere velles epi-

3o gramma ? Quid verô fi propter exiguam iftam lauda- tionem ita inflaretur, vt fe magnum poëtam efi'e

�� � 164 Correspondance. h, 65-66.

putaret, nunquid rideres vt puerum ? Quid tandem fi te idcirco crederet fibi inuidere, feque doftorem tuum appellans ferio diceret : turpe ejl doélori &c. (non enim alium fenfum fub iflo &c. latere poffe intelligo), nunquid meritô iudicares illum non amplius ex fola 5 fimplicitate falli vt puerum, fed mentem habere ali- quo modo turbatam ? fcias autem faluberrimum re- medium fore ad purgandam bilem, quœ te vexât, fi diligenter attendis, quàm apte tibi conueniat iftud exemplum. lo

Sed quia conatus fum hadenus tollere caufam tui morbi, deinceps dolorem lenire aggrediar. Doles praecipue quod à te interdum laudatus non te quoque l'audarim. Sed vt fcias, non amice fecifti, fi me lauda- ueris. Nunquid multoties rogaui ne faceres, nec de «5 me omnino loquereris? nunquid mea omnis antea&a vita fatis oftendit,me reuera fugere iftas laudationes? non quod fit mihi cornea fibra* , fed quia vitse tranquil- litatem & honeftum otium, maius bonum effe puto quàm famam : vixque mihi perfuadeo, vt funt homi- 20 num mores, poffe vtrumque fimul pofïideri. Sed aperte déclarant tuse literae qualem habueris laudandi mei caufam : fcribis enim te folere, poftquam me laudafli, Mathematico-Phyficam tuam meis conieduris prœferre, idque amicis noftris fignificare. Quid, * 5 quafo, hoc fibi vult, nifi à te idcirco me extolli, vt maiorem ex comparatione ifia gloriam quseras? nempe altius ponis fubfellium, quod vis calcare, vt tanto magis emineat vanitatis tuae thronus ? Leniter tra&abo tuum morbum, nec afperioribus remedijs 3o vtar : nam fi ea qua poïîum, & meritus es, te onerare

�� � ii,66-6 7 . XXIV. — iy Octobre 1630. 165

vellem infamia, vereor ne te potius ad Lycambi la- queum* quàm ad fanitatem perducerem. Itaque con- tentus ero te monere, vt fi laudem quaeras, facias laudanda, & quae vel inuiti probare cogantur inimici ;

5 nunquam verô ex tuis de te ipfo vel affedatis amico- rum teflimonijs illam expe&es; nec te alios illa, quse nondum fcis, docuiffe glorieris, nec te alijs antepo- nas. Pudet de me ipfo afferre exemplum; fed quia tu te mihi tam faepe comparas, videtur neceffe. Mené

10 vnquam audiuifti gloriari, quod quicquam alium docuiffem ? Mené vnquam vlli, non dicam prsetuli, fed contuli? Nam quod, vt conuiciaris, me in quibuf- dam Angelo œquem, nondum puto tuam mentem eo ufque efle abalienatam, vt credas ; quia tamen agnofco

i5 permagnam efle pofle vim morbi, quid tibi conuicij iftius occafionem dederit, explicabo. Mos eft Philofo- phis, ipfifque Theologis, quoties volunt oftendere re- pugnare rationi, vt aliquid fiât, dicere illud ne quidem à Deo fieri pofTe; quem loquendi modum, pro captu

20 ingenij mei, paulo nimis audacem videri, non inficior ; eamque ob caufam, vt modeftius loquar, fi quid fimile mihi occurrat (poteft autem faepius in Mathe- maticis quàm in Philofophicis rébus occurrere), illud quod alij dicerent à Deo, ego tantum ab Angelo dico

25 fieri non poffe. Quod fi me idcirco Angelo aequem, pari ratione fe Deo square dicendi funt fapien- tiflimi orbis terrarum ; fumque admodum infelix, fi vanitatis fufpicionem effugere non potui, in eo ipfo in quo peculiarem modeftiam affedabam.

3o Caeterum multo plura pofTem fcribere ; fed nifi haec iuuent, plura non iuuarent. Iamque puto me abunde

�� � 166 Correspondance. n f 6 7 -6s.

amicitise noftrœ fatisfeciffe. Quippe ferio debes putare, me hanc epiftolam non ex aliqua ira, vel mala erga te voluntate, fed ex vera amieitia fcripfiffe. Nam primo cur tibi iratus effem ? An quia te mihi prœtulifti ? Tan- quam fcilicet iflud curem, ego qui me confueui mini- 5 mis quibufque poftponere. Sed etfi curarem quam maxime, certe non vereor ne tu ipfe te mihi, fed ne alij praeferrent; quinimo û quse inter nos ea de re contentio effe poffet, gauderem hoc ipfum à te dici, quia tanto minus ab alijs crederetur. Quod vero non 10 maie erga te fim affe&us, fatis apparet ex eo, quod illa ad te mittam, quœ maxime vtilia effe fcio; nam profeÉto nihil vtilius eft, quàm errorum fuorum libère admoneri. Et quamuis interdum moneamur etiam ab inimicis, modo tamen adhuc aliqua tibi re- i5 manferit fcintilla bonœ mentis, facile cognofces, per- magnum effe difcrimen inter illorum admonitiones & meas. Illi conantur tantum ei dilplicere quem obiur- gant; ego te reprehenfione modefta ad fanitatem re- ducere. Illi abftinerent à maledido, fi praeuiderent 20 illud ei, in quem loquuntur, profuturum; ego tibi haec profutura & fpero & cupio, nec aliam ob caufam laborem tam longae epiflolae fcribendse fufcipio. Illi denique in alterius vitia fie inuehuntur, vt non minus ab alijs, quàm ab ïllo ipfo cupiant audiri; ego contra 25 tibi foli tua retego, & coram alijs hactenus, quantum in me fuit, diffimulaui, diffimulaboque femperin pof- terum, vt tanto facilior tibi reditus pateat ad fanita- tem, modo tamen aliqua fuperfit eius fpes. Nam fi perfeueras in morbo,ne forte mihi vitio vertatur quod 3o amicitiam aliquando contraxerim cum homine fie

�� � îi.es. XXIV. — ij Octobre 1650. 167

affecr.o, & parum iudicij in deligendis amicis adhi- beam, cogar te deferere, meque apud omnes excufare ; narrando quo pado non ex deledu, fed cafu olim inciderim in tuam familiaritatem, cum in vrbe mili-

5 tari, in qua verfabar*, te vnum inuenirem, qui latine loqueretur. Dicam autem tum mihi non innotuiffe tuum morbum; fme quia tantus non erat, fiue quia, cum fcirem vnde natus effes & quomodo educatus*, quicquid me praefente peccabas, rufticitati potius

10 atque infcitiae quàm tali morbo tribuebam. Addam denique quo pado, poftquam illum cognoui, faluta- ribus remedijs à te depellere fim conatus. Atqui longe malim, vt te fanari patiaris; quod fi facis, neque me pudebit tibi effe amicum, neque te hanc epiftolam

«5 accepiffe pœnitebit. Vale.

Page i58, 1. 3. — Version française. « lorsqu 'estant à D. occupé. . . » (Clerselier, t. II, p. 58). Etant à £>., c'est-à-dire à Dordrecht, doit être une addition du traducteur. En tout cas, il s'agit ici du séjour que fit Descartes auprès de Beeckman pendant le printemps de 1629 (voir le prolégomène de la Lettre VII, p. i3).

Page 1 59, 1. 2-3. — Titre que portera le livre posthume d'Isaac Beeck- man publié par son frère Abraham : Mathematico-Physicarum Meditatio- num, Quœstionum, Solutionum Centuria (Utrecht, 1644).

Page 159, 1. 3. — Version française : « de la Batrachomyomachie d'Homère, ou des Contes de la Cigogne. » (Clerselier, II, 59). Double glose significative. Car , d'abord , Descartes n'avait pas à apprendre au Recteur du collège de Dordrecht que l'auteur réputé de la Batrachomyo~ tnachie est Homère; c'est là un renseignement donné sans doute, au cours de la traduction, par Clerselier à son fils, et que celui-ci aura inséré dans son texie français. Puis Descartes n'aurait pas cité non plus à un Hollan- dais (pe\i familiarisé avec la littérature française, puisque leur correspon- dance est en latin), un livre populaire comme les Contes de la Cigogne; c'est encore là, sans doute, un mot de r 'erselier, pour faire comprendre au jeune garçon dans quelle catégorie d'ouvrages pouvait rentrer la Ba- trachomyomachie. Pour cette double raison, le texte latin où manquent ces deux renseignements, paraît bien être l'original de Descartes; car si

�� � 168 Correspondance.

c'était une traduction de la version française, pourquoi le traducteur aurait-il omis ces quelques mots pourtant si curieux?

Page i 59, 1. 6. — Version française : « Mais vous me dire\ peut-estre » que vous aue\ dit certaines choses, lesquelles ie n'ay pas plutost en- » tendues que ie les ay crues et approuuées. » (Clerselier, 11,59). Le mot entendre, dans le français du xvn e siècle, traduisait aussi bien intelligere que audire. Baillet (I, 207), qui sans doute n'a pas consulté le texte latin, a compris dans le sens de audire : « M. Descartes pouvoit avoir approuvé » des choses qu'il avoit entendues de Beeckman, comme il arrive souvent » dans la conversation. » Mais Descartes ne croyait pas si vite tout ce qu'il entendait dire; il voulait auparavant comprendre : intellexi est donc plus vraisemblable.

Page 159, 1. 23. — Voir jElien, Varia* Historiœ, IV, xxv.

Page 159, 1. 25. — Vide quant iniustus es : Un traducteur aurait mis sis, comme on trouve douze lignes plus loin : noui enim quant sis elegans et facetus. L'indicatif es parait une faute de grammaire, commise avec intention, pour mieux affirmer le fait.

Page 1 59, 1. 29. — Descartes à Mersenne, 1 638 (Clerselier, II, 370-1) : « le ne ferois nulle difficulté de lui enuoyer (à M. Mydorge) ma vieille » Algèbre, sinon que c'est un écrit qui ne me semble pas mériter d'estre • vu ; et pour ce qu'il n'y a personne que ie scache qui en ait de copie, » ie seray bien aise qu'il ne sorte plus d'entre mes mains. » En marge (Batllet, I, 32o) : « M. de la Barre et d'autres en ont eu depuis. » M. de la Barre, président du Bureau des finances de Tours, avait fait des re- cherches en Touraine et en Poitou pour la Vie de Descartes (Baillet, I, xxm-xxiv). Cette Algèbre, qui datait de 1618-1619, n'a pas été retrouvée. L'inventaire des papiers trouvés dans les coffres de Descartes, après sa mort, mentionne à l'article D : « Un petit registre en octavo, contenans » cent cinquante cinq pages, où il semble avoir escrit pour son usage, » une introduction contenans les fondemens de son Algèbre. »

Page 160, 1. 9. — Un certain nombre de dates (seulement huit en tout) se trouvent, en effet, dans l'imprimé de 1644, avec cet avertissement du frère de Beeckman, dans la Préface : « Centuriam hanc ex multis ejus » meditationibus compegi, et eo quidem, quo ille meditatus fuerat , » ordine volui exhiber e , subinde etiam addito tempore, quo hac ei oc- » currerant, ne quis compilasse existimaret aliorum Philosophorum » scrinia. » Cf. plus bas, Lettre XXV, p. 171, 1. 22.

Page 160, 1. 27. — Version française, Clerselier (II, 6t) : « L'eau est » tousiows semblable à Veau, mais elle a un tout autre goust lorsqu'elle » est puisée à sa source, que lorsqu'on la puise dans une cruche ou à » son ruisseau. » Baillet corrigeait déjà (I, 208) : « Que lorsqu'on la » prend dans une cruche ou dans un ruisseau. » Le texte latin est infi- niment préférable.

�� � XXIV. — \j Octobre i6jo. 169

Page 161, 1. 4. — Est-ce bien vrai? Cf. Descartes lui-même (plus haut, page 91,1. 9-10). Voir aussi les notes de Descartes retrouvées à Hanovre, dans les papiers de Leibniz et publiées par Foucher de Careil. Aussi Leibniz, qui pouvait parler en connaissance de cause, a fait cette remarque sur le récit, un peu partial, de la querelle entre Descartes et Beeckman, par Baillet (I, 202-212) : « // me semble qu'on fait tort à M. Isaac Beeck- » man. . . M. Descartes donnoit un étrange tour aux choses quand il » e'toit piqué contre quelqu'un » (Edit. Gerhardt, IV, 3 16). D'autre part, Gassend, énumérant tous les hommes remarquables qu'il a vus dans son voyage des Pays-Bas, en 1629, appelle le sieur Beeckman le meilleur philosophe qu'il ait encore rencontré. (Lettres de Peiresc, IV, 201).

Page 162, 1. 7. — Alias : on corrigerait volontiers alios. Mais toutes les éditions latines donnent le féminin. Vers, franc. : « . . . fist parade de cette cassette, et méprisast toutes les autres » (Clers., II, 63).

Page 162,1. 17. — Cf. Beeckman, Mathematico-Physicarum Médita- tionum Centuria, p. 37, n» 65 : Chordarum musicarum trepidatio — Aristote, De anima, lib. II, cap. vin, 3 : tù-t^^ yi? ^ ffTtv *) itoioùre

[i|d<pov], . . .

Page 162, 1. 29. — Voir un texte semblable, Compendium Musicaf, § 14.

Page 1 63, 1. 4. — Sur l'ellipse et l'hyperbole, voir la Dioptrique, de Desc, Disc. VIII e : Des figures que doiuent auoir les cors transparent pour détourner les rayons par refraction en toutes les façons qui seruent a la veuë. Cf. Beeckman, Math.-Phys., etc., p. 53, n» 86 : Luminis per corpus diaphanum refrac tio quo modo fiât, 4 Nouemb. [1627].

Page 164, 1. 18. — Version française : a non que ie sois insensible ». (Clerselier, II, 65) : Cornea fibra est une expression de Perse (I, 47), que Descartes aura sans doute retenue de ses exercices de vers latins à La Flèche, chez les Jésuites. Justement il vient de parler de vers latins à retourner (p. i63, 1. 22).

Page i65, 1. 2. — Version française : « i'aurois plutost peur de vous désespérer, que de vous donner la santé » (Clerselier, II, 66) : Vous désespérer, traduction libre de ad Lycambi laqueum perducere. Lycambe était un Thébain, qui se pendit de désespoir, tant il avait été malmené dans une satire d'Archiloque. Encore une de ces élégances de latiniste, comme cornea fibra. Cf. Horace, Epist., I, xix, 25.

Page 167, 1. 5. — C'est-à-dire Bréda (1617-1619). Cf. Baillet, I, 43- 44, et Lipstorp, Specimina Philosophie Cartesianœ, 76-77.

Page 167, 1. 8. — Allusion blessante au pays d'origine de Beeckman. Un de ses compatriotes, Paul de Middelbourg, prédécesseur de Galilée à l'Université de Padoue, disait : « Gratias Deo agemus, quod Middel- » burgo oriundi et glacialis Oceani barbara Zelandiœ insula, et si fas sit » dicere, vervecum in patria, aut cerdonum regione nati, in qua ebrietas Correspondance. I. as

�� � 170 Correspondance.

» sola ut virtus summa laudatur , uberrime id Dei benignitate con- » secuti sumus, ut Externi et ltali plura nobis sponte offerenda dona- » rent, quant cives nostri a nobis au/erre et usurpare potuerunt. » (Cité par Paquot, Mém. pour servir à PHist. des Pays-Bas, 1765, in-12, V, 2). Mais ce texte est déjà de 1 588 au plus tard, et au temps de Descartes et de Beeckman, il y avait au moins un savant, outre celui-ci, en Zélande : « ayant passé par Middelbourg en Zélande, écrit Gassend (le 21 juillet » 1629), je ne me souvins jamais que cefust là la demeure du sieur » Lantsbergius ; ainsi à mon grand regret je ne l'ay point veu. » (Lettres de Peiresc, IV, 201). L'astronome Philip van Lansberge, de Gand, résida en effet à Middelbourg de 161 5 à i632, date de sa mort. — Descartes, dans ses papiers de jeunesse, publiés par Foucher de Careil, nomme plusieurs fois un « Isaac de Middelbourg » ; on désignait donc ainsi Isaac Beeckman.

��XXV.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 4 novembre i63o.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 61, p. 3n-3i5.

Sans date dans Clerselier. Celle que nous indiquons est la limite inférieure, car la Lettre suivante (voir le cinquième alinéa) est posté- rieure d'au moins trois semaines, et la date, du 2S novembre, en est à peu près certaine. Quant à la limite supérieure, c'est évidemment le 21 octobre i63o, premier lundi après le 17, date de la lettre précédente à Beeckman, dont le début est reproduit dans celle-ci. Mais Descartes n'entre sans doute dans les détails de sa querelle avec le recteur de Dordrecht que parce que Mersenne le lui a demandé, et Mersenne lui-même n'a dû être informé de cette querelle que par Descartes lui-même, dans une lettre {perdue) écrite après la récep- tion de la seconde lettre de Beeckman, citée ci-après, c'est-à-dire pro- bablement le 14 octobre. La date du 4 novembre, pour la présente lettre XXV, semble plus probable pour ce motif. Les noms propres de cette lettre ont été souvent remplacés, dans le texte de Clerselier, par une N. ; nous les avons restitués entre parenthèses.

�� � ii, 3n-3i2. XXV. — 4 Novembre i6jo. 171

Mon Reuerend Père,

le ne reçois iamais de vos lettres, que ce ne foient de nouuelles obligations que ie vous ay, & que ie n'y reconnoiffe de plus en plus le bien que vous me vou- lez, le fuis feulement marri de n'auoir pas tant d'oc- 5 cafions de vous feruir icy où ie fuis, comme vous en auez de m'obliger là où vous elles. le regrette les quinze iours que vous auez elle trop toft à Liège*; nous euffions bien pu nous promener durant ce temps- là. Pour voflre fortune d'Anuers, ie ne la trouue pas

10 tant à plaindre, & ie croy qu'il efl mieux que la chofe fe foit paffée ainû, que fi on eufl fceu, long-temps après, | que vous efliez venu en ces quartiers, comme il eftoit malaifé qu'on ne le fceufl*.

Pour M. (Beecman), ie ne fçay s'il ne vous veut

i5 point vn peu de mal à mon occafion, auffi bien que fait le fieur (Ferrier), quoy que ce foit fans que ie luy en aye donné aucun fujet. Mais il m'a fait réprimande en celle que ie vous ay mandé qu'il m'auoit écrite, où entre autres chofes il met ces mots : Cumque Mer-

20 fennus tuus totas dies in Libro meo manufcripio verfare- tur, atque in eo pleraque, quœ tua ejje exijlimabat, vide- ret, & ex tempore Mis addito, de illorum Authore mérita dubitaret, id quod res erat, Mi liberius fortajjis, quàm tibi aut Mi placuit, aperui*. Ce mot feul a elle caufe

2 5 que ie luy ay fait réponfe, car fans cela ie n'en euffe

pas pris la peine, & ie l'ay commencé en ces termes :

Multum aberras à vero, & maligne iudicas de religio-

Jijjimi viri humanitate , Ji quid mihi de te à P. M.

a. Lettre perdue de Beeckman à Descartes.

�� � 172 Correspondance. h, 312-313.

rcnuntiatum fui/Je fufpiceris. Sed ne plures alios cogar excufare, fcire debes, me non ex Mo, nec ex vllo alio, fed ex tuis ipjis ad me Litteris, quœ in te reprehendo cognouijfe, &c. a . En fuite ie luy fais vn long difcours, où ie ne parle d'autre chofe que des impertinences 5 qui font dans les dernières qu'il m'a écrites, lefquelles ie garde auec les fécondes réponfes que i'y ay faites : car fi i'écriuois iamais de la Morale, & que ie vou- luffe expliquer combien la fotte gloire d'vn Pedan eft ridicule, ie ne la fçaurois mieux reprefenter, qu'en y 10 mettant ces quatre lettres.

Pour la diftin&ion du retour de la corde, in princi- pium, médium, & finem ou quietem, l'expérience que vous me mandez de l'ayman fuffit pour monftrer que nulla talis ejî quies : car fi elle monftre, comme vous i5 concluez fort bien, que ce n'eft pas l'agitation de l'air qui eft caufe du mouuement, il fuit de là neceffaire- ment que la puiffance de fe mouuoir eft dans la chofe mefme, & par confequent qu'il eft impoffible qu'elle fe repofe, pendant que cette puiffance dure. Mais fi la 20 corde fe repofoit après le premier tour, elle ne pour- roit plus retourner d'elle-mefme comme elle fait; car il faudroit que la puiffance qu'elle a de fe mouuoir euft ceffé pendant ce repos.

|Pour (Ferrier), il a bien tort de fe plaindre des 2 5 cartes b que ie luy enuoyois; ce feroit à moy à m'en plaindre, à qui elles ont coufté de l'argent, & non pas à luy, à qui elles n'ont rien coufté, & qui peut-eftre a feint ne les auoir pas receuës, de peur de m'en auoir obli-

a. Voir page 157, 1. 2-7.

b. Probablement des tracés d'hyperboles, pour la taille des verres.

�� � h, 3i3. XXV. — 4 Novembre 1630. iyj

gation ; car on m'a affuré quelles auoient elle bien addreffées. Mais ie ne feray pas marry qu'on fçache que ie vous ay témoigné que c'eftoit vn homme de qui ie fais fort peu d'eftat, d'autant que i'ay reconnu qu'il 5 n'effe&uë iamais aucune chofe de ce qu'il entreprend, & outre cela qu'il a l'ame peu genereufe. Il n'eft pas befoin qu'on fçache plus particulièrement en quoy i'ay fujet de le blâmer, pource qu'il ne me femble pas feulement digne que ie me fâche contre luy. Toutes-

10 fois fi quelqu'vn penfoit que i'euffe tort, luy ayant autrefois témoigné de l'affe6tion, de l'abandonner maintenant du tout, ie vous écriuis vne lettre 3 , lors que vous eftiez, ie croy, à Anuers, par laquelle vous me pourrez iuftifier, s'il vous plaift. I'ay receu vne

1 5 lettre du mefme (Ferrier) il y a huit iours, par laquelle il me conuie, comme de la part de M. de Marcheuille, à faire le voyage de Conftantinople. le me fuis moc- qué de cela; car outre que ie fuis maintenant fort éloigné du deffein de voyager, i'ay pluftoft crû que

20 c'eftoit vne feinte de mon homme, pour m'obliger à luy répondre, que non pas que M. de Marcheuille, de qui ie n'ay point du tout l'honneur d'eftre connu, luy en euft donné charge, comme il me mande. Toutes- fois, fi par hazard cela eftoit vray, ce que vous pour-

25 rez, ie croy, fçauoir de M. GafTendy, qui doit faire le voyage auec luy*, ie feray bien aife qu'il fçache que ie me reffens extrêmement obligé à le feruir pour les honneftes offres qu'il me fait, & que i'euffe chery vne telle occafion il y a quatre ou cinq ans, comme l'vne

3o des meilleures fortunes qui m'euffent pu arriuer, mais

a. Lettre perdue; voir toutefois la Lettre XX, p. 129 et suiv.

�� � 174 .Correspondance. ii, 313-314..

que pour maintenant ie fuis occupé en des deffeins, qui ne me la peuuent permettre; & M. Gaffendi m'o- bligeroit extrêmement, s'il vouloit prendre la peine de luy dire cela de ma part, & de luy témoigner que ie luy fuis tres-humble feruiteur. Pour (Ferrier), 5 | comme ce n'eft pas vn homme fur les lettres de qui ic me vouluffe aflurer pour prendre quelque refolution, auffi n'ay-ie pas crû luy deuoir faire réponfe. le feray bien aife que vous faffiez voir à M. Gaffendi cette partie de ma lettre, & que vous l'afluriez que ie 10 l'eflime & honnore extrêmement. le luy euffe écrit particulièrement pour cela, fi i'euffe penfé que ce qu'on me mandoit fuit véritable. Au relie ie feray bien aife qu'on fçache que ie ne fuis pas, grâces à Dieu, en condition de voyager pour chercher fortune, & que i5 ie fuis affez content de celle que ie poffede, pour ne me mettre pas en peine d'en auoir d'autre; mais que fi ie voyage quelquesfois, c'eft feulement pour ap- prendre & pour contenter ma curiofité.

Si vous voyez le Père Gibieuf, vous m'obligerez 20 extrêmement de luy témoigner combien ie l'eflime, luy & le Père Gondran, & combien ie vous ay témoi- gné que i'approuuois & fuiuois les opinions que vous m'auez dit élire dans fon Liure a ; mais que ie ne luy en ay ofé écrire, pource que ie fuis honteux de ne 25 l'auoir encore pu recouurer pour le lire, n'en ayant eu des nouuelles, que depuis que vous auez eflé hors de Paris. le ne feray pas marry qu il fçache auffi plus particulièrement que les autres, que i'eiludie à quel- qu' autre chofe qu'à l'art de tirer des armes. Pour les 3o

a. Voir page 1 53 , 1. iG.

�� � n,3i4-3i5. XXV. — 4 Novembre 162.0. 175

autres, vous m'auez obligé de leur parler ainfi que vous auez fait.

le ne me fçaurois imaginer qu'en ce que vous me mandez de la duplication du cube, il puiffe y auoir 5 de quoy s'arrefter vne demie heure. Car fi on la veut demonftrer par les folides, la chofe eft poffible, comme vous fçauez que i'en ay autresfois fait voir la conftru&ion à M. Hardy & à M. Mydorge, laquelle M. Mydorge a fort bien demonftrée; mais fi on la

10 penfe trouuer autrement, il eft certain qu'on fe mé- prend.

M. (Mydorge) a tort, s'il s'offenfe de ce que i'ay plutoil écrit à M. (Ferrier) qu'àluy; car ie feray bien aife qu'il fçache, que ce n'eft pas toufiours à ceux que

i5 i'eftime & honnore le plus, à qui i'écris le plus, & que i'ay quantité de proches parens, & de très-particu- liers amis, à qui ie n'écris iamais & qui, ie j m'affeure, ne laiffent pas de m'aimer, d'autant qu'ils fçauent bien que cela n'empefche pas que ie ne fufle toufiours

20 preft de les feruir, fi i'en auois les occafions, & qu'il doit croire le lemblable; mais que pour des lettres de complimens, il me faudroit auoir vn fecretaire à mes gages, fi ie voulois écrire à tous ceux que i'eftime, & que ie penfe eftre de mes amis. I'ay écrit audit iieur

25 (Ferrier) pour l'inciter à trauailler aux verres, Se pour luv donner de petites commiffions à Paris, defquelles ie n'euffe pas voulu importuner Monfieur (Mydorge). I'ay quantité d'amis qui deuroient s'ofîenfer par mefme raifon, s'ils fçauoient que ie veux bien écrire

3o à mon petit laquais, & que ie ne leur écris pas ; & vous mefme vous deuriez vous offenfer de ce que i'ay écrit

�� � 176 Correspondance. ii.jis.

à M. (Ferrier) auant que de vous écrire. Pour les mcdelles qu'il fe repent d'auoir taillez, ne craignez pas qu'ils manquent à la pofterité; car il verra non feulement qu'on n'en aura que faire, mais qu'il feroit mefme impoffible de s'en feruir. 5

le ne pofe pas comme principe, que graue Jîbi tm- primit motum primo momento, mais comme vne con- clu/ion, qui fe tire neceffairement de certains prin- cipes, qui me font euidens, bien que ie vous aye dit plufieurs fois ne les pouuoir expliquer finon par vn 10 long difcours, lequel ie ne feray peut-eftre de ma vie. Et c'eft ce qui m'oblige à faire fouuent difficulté de vous mander mes opinions : car ie ne les écrirois iamais, finon que ie vous honnore trop pour vous refufer aucune chofe que vous defiriez. I'eltime fort i5 l'expérience de l'ayman que vous m'apprenez, et ie iuge bien qu'elle eft véritable; elle s'accorde entière- ment aux raifons de mon Monde, & me feruira peut- eftre pour les confirmer. le fuis,

M. R. P. • 20

Page 171, 1. 7. — « Pour aller aux eaux de Spa » (Baiixet, I, 2i3). Gassend à Golius, Paris, 6 Sept. i63o : « Mersennus noster ex Spadanis » aquis nondum rediit. » (Gass. Op., VI, 39).

Page 171, 1. i3. — « Lorsque le P. Mersenne fut arrivé à Anvers, il y » trouva des gens qui avoient appris une partie de ce qu'il avoit fait en » Hollande, et qui pensèrent lui susciter des affaires à ce sujet. Il paroît » que ses confrères surtout, et quelques autres catholiques scrupuleux » voulurent lui faire un crime du danger où il avoit exposé la sainteté de sa robe, et des démonstrations d'amitié qu'il avoit données et reçues de » plusieurs hérétiques couverts du manteau de scavans. » (Baillet, I, 212-3). Pendant ce voyage aux Pays-Bas, qui avait interrompu sa correspondance, Mersenne avait vu Descartes et Beeckman, l'été de i63o: Descartes à Amsterdam ou à Leyde (il se fit inscrire à l'Université comme étudiant de mathématique, la 27 juin i63o), et Beeckman. à Dordrecht.

�� � ]i,466. XXVI. — 2 5 Novembre i6}o. 177

Page 17?, 1. 26. — Gassend à Peiresc, 8 oct. i63o : « M. de Marcheville » est tousjours dans le dessein de partir en novembre. . . Je ne vous escry » point d'autres nouvelles . . . Il faudra attendre que je sois en Levant... » (Lettres de Peiresc, IV, 245). Le comte de Marcheville, nommé ambas- sadeur du roi à Constantinople, ne partit qu'en juillet 1 63 1 , accompagné de quelques savants, en effet; mais Descartes n'en fut point, ni Gassend non plus.

��XXVI.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 25 novembre i63o.] Texte de Clerselier, tome II, lettre io3 milieu, p. 460-470.

Le commencement et la fin de ce morceau sont marqués, sur l'exemplaire de l'Institut, par les annotations suivantes : « Autre lettre à Mersenne, i63o » — « icy finit le fragment », inscrites au quatrième et au dixième alinéa d'une lettre sans date et sans nom de destinataire. Ces déterminations paraissent seulement conjecturales ; mais le début ci-après permet de placer, sans conteste possible, la présente lettre immédiatement après le n° XXV. D'autre part, en comparant le cinquième alinéa avec le début de la lettre XXIX, qui est du 2 décembre, on peut fixer la date à huit jours auparavant,. soit au 25 novembre.

le vous aïîure que tant s'en faut que i'aye témoi- gné au fleur (Beecman) que vous m'eufïïez parlé de luy, qu'au contraire i'ay tafché de luy en ofter tout foupçon ; car ie ne luy mande point du tout qu'on m'ait rien dit de luy, finon que ie mets en ma première lettre 3 : Muficam a te meam fuperiori anno repetij , non quod indigerem,fed quia mihi diclum erat, te de Ma

a. Voir plus haut, p. :55, 1. 8 — p. 1 56, 1. 2. Clerselier ne donne encore ici que la version française, de même que pour les mots sur lesquels insiste Descartes dans la phrase suivante, et que pour les citations de la seconde lettre.

Correspondance. I.

�� � ijS Correspondance. 11,466-467.

loqui, tanquam ex te didiciffem. Nolui tamen hoc ipfum ftatim ad te fer ibère, ne vider er ex fola alterius relatione de amici fide nimis dubitajfe. Nunc cum per alia multa mihi confirmation fit, te inanem iactationem amicitiœ & veritati prœferre, paucis monebo, fi dicas te aliquid alium 5 docuijfe, quamuis verum diceres, tamen effe odiofum; cum vero falfum efi, multo effe odiofius ; fi denique hoc ipfum ab illo didiceris, effe\odiofiffimum, &c. Ce qu'il ne peut dire venir de vous, car ie mets fuperiori anno, que vous n'eftiez pas encore venu icy, & mihi diéïum 10 erat, & non pas feriptum , pource que i'adjoufte cela m'auoir elle confirmé par le témoignage de plufieurs, &c. afin qu'il ne vous le puiffe attribuer. le mets en ma lettre fuiuante a : Scire debes me non ex illo, nec ex vllo alio, fed ex tuis ipfis ad me literis, quœ in te repre- i5 hendo, cognouiffe ; comme en effet, dans les deux lettres qu'il m'a écrites, ie croy qu'il y a affez de preuues de fa vanité, pour le faire déclarer tel que ie dis, deuant des juges équitables. le n'ay pas feeu depuis de fes nouuelles, & ne penfe pas luy écrire iamais plus. 20

l'ay pitié de la difgrace de M. (Ferrier) encore qu'il la mérite. Pour la lettre où ie vous parlois de luy, ie ne fuis pas marry que vous l'ayez fait voir à M. (My- dorge), puis que vous l'auez iugé à propos; maisi'eufTe efté bien aife que vous ne luy euflîez point mife tout à 25 fait entre les mains, tant à caufe que mes lettres font ordinairement écrittes auec trop peu de foin , pour mériter d'eftre veuës par d'autres que ceux à qui elles font addreffées, comme auflipour ce que ie crains qu'il n'ait iugé de là que ie veux faire imprimer la

a. Plus haut, p. 157. 1. b-y.

��3o

�� � 11,467-468- XXVI. — 2f Novembre iôjo. 179

Dioptrique : car il me femble que i'en mettois quelque chofe ailleurs qu'à la fin, que vous, dites auoir ofté a . Et ie ferois fort aife qu'on ne fceuft point du tout que i'ay ce defiein : car de la façon que i'y 5 trauaille, elle ne fçauroit eftre prête de long-temps, l'y veux inférer vn difcours où ie tâcheray d'expliquer la nature des couleurs & de la lumière, lequel m'a arrefté depuis fix mois, & n'eft pas encore à moitié fait; mais auffi fera-t-il plus long que ie ne penfois,

10 & contiendra quafi vne Phyfique toute entière; en forte que ie pretens qu'elle me feruira pour me dé- gager de la promeffe que ie vous ay faite, d'auoir acheué mon Monde dans trois ans, car c'en fera quafi vn abrégé. Et ie ne penfe pas après cecy me refoudre

i5 iamais plus de faire rien imprimer, au moins moy viuant : car la fable de mon Monde | me plaift trop pour manquer à la paracheuer, fi Dieu me laifle viure affez long -temps pour cela; mais ie ne veux point répondre de l'auenir. le croy que ie vous enuoyeray

20 ce difcours de la Lumière, fi-toft qu'il fera fait, & auant que de vous enuoyer le refte de la Dioptrique : car y voulant décrire les couleurs à ma mode, & par con- séquent eftant obligé d'y expliquer comment la blan- cheur du pain demeure au faint Sacrement, ie feray

25 bien aife de le faire examiner par mes amis, auant qu'il foit vu de tout le monde. Au refte, encore que ie ne me hafte pas d'acheuer la Dioptrique, ie ne crains pas du tout ne quis mittat faîcem in mejfem aliénant : car ie fuis affuré que, quoy que les autres puiffent

a. Il s'agit de la lettre perdue, adressée à Mersenne lorsqu'il était à Anvers; voir plus haut, p. 173, 1. i3.

�� � 180 Correspondance 11,468-469.

écrire, s'ils ne le tirent des lettres que i'ay enuoyées à M. F(errier) a , ils ne fe rencontreront point du tout auec moy.

le vous prie, autant qu'il fe pourra, d'ofter l'opi- nion que ie veuille écrire quelque choie à ceux qui la 5 pourroient auoir, & plutoft de leur faire croire que ie fuis entièrement éloigné de ce deflein; comme de fait après la Dioptrique acheuée, ie fuis en refolution d'étudier pour moy & pour mes amis à bon efcient, c'eft à dire de chercher quelque chofe d'vtile en la 10 médecine, fans perdre le temps à écrire pour les autres, qui fe mocqueroient de moy, û ie faifois mal, ou me porteroient enuie, û ie faifois bien, & ne m'en fçauroient iamais de gré, encore que ie fiffe le mieux du monde. le n'ay point vu le liure de Cabeus de Ma- i5 gneticâ Philofophiâ*, & ne me veux point maintenant diuertir à le lire.

Pour vos queftions , ie n'y fçaurois gueres bien répondre, car mon efprit eft entièrement diuerty ail- leurs. Toutesfois, ie vous diray que ie ne croy pas 20 qu'vne corde de luth retournait, gueres plus long- temps in vacuo qu'elle fait in aère; car la mefme force qui la fait mouuoir eft celle qui la fait cefler à la fin b . Comme, quand la corde C D eft tirée iufques à B, il n'y a que la difpofition qu'elle a de fe racourcir 25 & refferrer de foy mefme, à caufe qu'elle eft trop eftenduë, qui la fait mouuoir vers E, en forte qu'elle ne dejuroit venir que iufques à la ligne droite CED, & ce qui la fait paffer au delà, depuis E iufques à H,

a. Lettres XI et XIII.

b. CL page 74, 1. 3.

�� � n, 4«9- XXVI. — 2$ Novembre 1630. 181

neft autre chofe qu'vne nouuelle force qu'elle ac- quiert par l'impetuofité de fon mouuement, en venant depuis B iufques à E, de forte

que H ne peut eftre fi éloigné ^^-— \~ ~^_^

5 de E comme B ; car cette -• i". —-'"'

nouuelle force ne fçauroit

eflre û .grande que la première. Or encore qu'à chaque retour que fait cette corde, ce foit vne nouuelle force qui la faffe mouuoir, il eft certain toutesfois qu'elle

10 ne s'arrefte point vn feul moment entre deux retours ; & la raifon que vous apportez que l'air ne peut pouf- fer la corde, à caufe qu'il eft pouffé par la corde, eft tres-claire & très-certaine.

I'auois écrit tout ce qui précède il y a quinze iours,

,5 & pource que la feuille n'eftoit pas pleine, ie ne vous I'auois pas enuoyée, ainfi que vous m'auiez mandé dans l'vn de vos billets. Mais ie vous l'euffe enuoyée il y a huit iours, finon que celle que vous m'écriuiez me fuft rendue trop tard. le ne fçay fi ce n'eft point

20 q Ue vous l'euffiez mife au paquet de quelqu'autre, car

ie neftois pas au logis quand on l'apporta; mais

quand vous m'obligez de m'écrire, c'eft toufiours le

plus feur d'enuoyer vos lettres par la voye ordinaire.

le vous ay trop d'obligation de la peine que vous

25 auez prife de m'enuoyer vn extrait de ce Manufcrit 3 . Le plus court moyen que ie fçache pour répondre aux raifons qu'il apporte contre la Diuinité, & enfemble à toutes celles des autres Athées, c'eft de trouuer vne demonftration euidente, qui faffe croire à tout le

3o monde que Dieu eft. Pour moy, i'ofe bien me vanter

a. Lettres XXI et XXII, pages 144 (note b) et 148-9.

�� � 182 Correspondance. ii, 469-470.

d'en auoir trouué vne qui me fatisfait entièrement, & qui me fait fçauoir plus certainement que Dieu eft, que ie ne fçay la vérité d'aucune propofition de Géo- métrie; mais ie ne fçay pas fi ie ferois capable de la faire entendre à tout le monde, en la mefme façon que 5 ie l'entens; & ie croy qu'il vaut mieux ne toucher point du tout à cette matière, que de la traitter impar- faitement. Le consentement vniuerfel de tous les peu- ples eft afïez fuffifant pour maintenir la Diuinité contre les injures des Athées, & vn particulier ne 10 doit iamais entrer en difpute contr'eux, s'il n'eft tres- afïuré de les conuaincre.

I'éprouueray en la Dioptrique fi ie fuis capable d'expliquer mes conceptions, & de perfuader aux autres vne vérité, après que ie me la fuis perfua- i5 dée : ce que ie ne penfe nullement. Mais fi ie trouuois par expérience que cela fuft, ie ne dis pas que quelque iour ie n'acheuafle vn petit Traitté de Metaphyfique, lequel i'ay commencé eflant en Frize, & dont les prin- cipaux points font de prouuer l'exifience de Dieu, 20 & celle de nos âmes, lors qu'elles font feparées du cors, d'où fuit leur immortalité. Car ie fuis en colère quand ie voy qu'il y a des gens au monde fi audacieux & fi impudens que de combattre contre Dieu.

Page 180, 1. 16. — Philosophia Magnetica, in qua Magnetis natura penitus explicatur, et omnium, quœ hoc lapide cernantur, causas propriœ afferuntur (Ferrariae, apud Franc. Succium, 1629, in f°). Cet ouvrage du P. jésuite Nicol. Cabei commençait précisément à être connu en France. {Lettres de Peiresc à Dupuy, 18 fév. i63i, t. II, p. 270).

�� � h, 3i6. XXVII. — 2 Décembre 1630. 183

��XXVII.

Descartes a Ferrier.

[2 décembre i63o.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre 62, p. 3i6-3ig.

Cette lettre et les deux suivantes ont été écrites le même jour, ainsi qu'il ressort du premier alinéa de la lettre XXIX ci-après. Descartes répond en effet au « gros paquet » envoyé « cette semaine » par Ferrier et qui était accompagné d'une lettre de Gassend à Renery (voir la première note après la lettre XXIX). Or nous avons la date (22 novembre i63o) de cette dernière lettre, publiée dans les Gassendi Opéra. Le paquet a donc dû arriver à Amsterdam le samedi 3o novembre. Les lettres qu'il fit écrire aussitôt à Descartes sont dès lors parties le lundi 2 décembre, jour du courrier. En dehors de Gassend et de Mersenne, Ferrier avait fait directement intervenir auprès de Descartes trois autres personnes (voir Lettre XXX ci-après). Nous n'avons que la réponse faite à l'une d'elles, le P. de Condren (lettre XXVIII); les deux autres étaient probable- ment le Père Gibieuf et Mydorge (si non le Père de Sancy, car Mydorge semble avoir écrit à part et antérieurement au sujet de Ferrier).

Monfieur,

le vous affaire que ie n'ay point eu delTein de vous faire aucun déplaifir, & que ie fuis tout auffi preft de m'employer pour vous, en ce qui fera de mon pou- uoir, comme i'ay iamais eflé. Mais i'ay difcontinué de vous écrire, pource que i'ay vu par expérience que mes lettres vous eftoient dommageables, & vous donnoient occafion de perdre le temps. I'ay mandé à

�� � 184 Correspondance. 11,316-317.

vn de mes amis a ce que ie reconnoiflbis de vôtre humeur, pource que, fçachant que vous auiez accouf- tumé de vous plaindre de tous ceux qui auoient tâché de vous obliger, i'eftois bien aife, fi vous veniez quelque iour à vous plaindre de moy, qu'vne perfonne 5 de fon mérite & de fa condition pût rendre témoi- gnage de la vérité. le l'ay aufli auerty de ce que vous m'auiez écrit de luy, & luy ay fait voir voftre lettre. Car eftant témoin des obligations que ie luy ay, & fçachant très -certainement que vous ne le blâmiez 10 que pour me preuenir & m'empefcher de croire les veritez qu'il me pourroit dire à voftre defauantage, & desquelles toutesfois il ne m'a iamais rien appris, i'eufle creu commettre vn grand crime, & me rendre complice de voftre peu de reconnoiffance, fi ie ne l'en » 5 eufle auerty.

Mais puifque ie tiens la plume, il faut vne bonne fois que ie tâche à me débarafler de toutes vos plaintes, & à vous rendre conte de mes a&ions. Si i'eufle dés le commencement connu vôtre humeur 20 & vos affaires, ie ne vous aurois iamais confeillé de trauailler à ce que i'auois penfé touchant les réfra- ctions. Mais vous fçauez qu'à peine vous auois-ie vu vne ou deux fois b , quand vous vous y offriftes, & pour ce que i'eufjfe efté bien aife d'en voir l'exécution, ie 2Î ne creus pas auoir befoin de m'enquerir plus diligem- ment fi vous en pourriez venir à bout, & ne fis point de difficulté de vous communiquer ce que i'en fça-

a. Mersenne ; il s'agit sans doute de la lettre adressée à Anvers ; voir plus haut, p. 179, 1. 3.

b. Cf. page 33, l. 26.

�� � ii, 3i7- XXVII. — 2 Décembre i6}0. 185

uois. Car ie iugeois bien que c'eftoit vn ouurage qui requeroit beaucoup de peine & de dépenfe ; mais fouuenez-vous, s'il vous plaift, que ie vous dis alors diftin&ement, que l'exécution en feroit difficile, &que 5 ie vous aflurois bien de la vérité de la chofe, mais que ie ne fçauois pas fi elle fe pouuoit réduire en pratique, & que c'eftoit à vous d'en iuger, & d'en chercher les inuentions 3 . Ce que ie vous difois expreffément, afin que fi vous y perdiez du temps, comme vous auez fait,

10 vous ne m'en puiïiez attribuer la faute, ny vous plain- dre de moy. Depuis ayant connu les difficultez qui vous auoient arrefté, & ayant pitié du temps que vous y auiez inutilement employé, i'ay pour l'amour de vous abaifle ma penfée iufques aux moindres inuen-

i5 tions des mechaniques; & lors que i'ay crû en auoir aflez trouué pour faire que la chofe pût reùflir, ie vous ay conuié de venir icy pour y trauailler, & me fuis offert d'en faire toute la dépenfe, & que vous en auriez tout le profit, s'il s'en pouuoit retirer. le ne voy

20 pas encore que vous puifliez vous plaindre de moy iufques-là. Lors que vous m'euftes mandé que vous ne pouuiez venir icy, ie ne vous conuiay plus d'y tra- uailler; au contraire ie vous confeillay exprefiement de vous employer aux chofes qui vous apporteroient

25 du profit prefent, fans vous repaiftre de vaines efpe- rances. Par après, iugeant par vos lettres que ce que ie vous auois écrit de venir icy, vous auoit diuerty de vos autres ouurages, & que vous fembliez vous y préparer, encore que cela vous fuft impoflible, afin que

3o vous ne trainaffiez point deux ou trois ans, fuiuant

a. Cf. page 33, 1. 19, et pages 36-37, 68-69.

Correspondance. I. 24

�� � i86 Correspondance. h, 3i 7 -3i8.

vollre humeur, en cette vaine efperance, & qu'au bout du conte, fi ien'eftois plus difpoféàvousreceuoir,vous ne vous plaigniffiez pas de ce que vous vous y feriez préparé, ie vous manday que vous ne vous y atten- diflîez plus, d'autant que ie ferois peut-eftre preft à 5 m'en retourner, auant que vous fuffiez preft de (venir. Et pour vous en ofter le defir, ie vous écriuis vne partie de ce que i'auois penfé, & m'offris de vous aider par lettres, autant que ien ferois capable. Mais fi vous y auez pris garde, ie vous auertiffois par les ■© mefmes lettres, que vous ne vous engageaffiez point à y trauailler, fi vous n'auiez beaucoup de loifir & de commoditez pour cela, & que la chofe feroit longue & difficile 3 . le ne veux pas m'enquerir de ce que vous auez fait depuis; car fi vous auez plus eftimé mes i5 inuentions que mon confeil, & que vous y ayez tra- uaillé inutilement, ce n'eft pas ma faute, puis que vous ne m'en auez pas auerty.

Vous auez efté en fuite de cela fept ou huit mois fans m'écrire; ie ne vous en veux point dire la caufe, 20 car vous ne la pouuez ignorer; mais ie vous prie aufli de croire que ie l'ay bien fceuë, encore que perfonne autre que vous ne me l'ait apprife, et toutesfois que ie ne m'en fuis iamais mis en colère, comme vous vous imaginez. I'ay feulement eu pitié de voir que 25 vous vous trompiez vous mefme, & pource que mes lettres vous en auoient donné la matière, ie ne vous ay plus voulu écrire. Vous fçauez bien que fi i'auois eu deffein de vous nuire, ie l'aurois fait il y a plus de fix mois, & que fi vn petit mot qu'on a veu de mon 3o

I

a. Page 68, 1. 27 et suiv.

�� � ii, 3i8-3i 9 . XXVII. — 2 Décembre i6}o. 187

écriture, vous a fait receuoir du déplaifir, mes prières & mes raifons, & l'affiftance de mes amis, n'euffent pas eu moins de pouuoir. le vous afTure de plus, qu'il n'y a perfonne qui m'ait rien mandé à voftre defauan-

5 tage, & que celuy que vous blâmez de vous auoir prié que vous luy fifliez voir mes lettres, ne l'auoit point fait par vne vaine curiofi té, comme vous dites; mais pource que ie l'en auois tres-humblement fupplié, fans luy en mander la raifon, & qu'en cela mefme il

10 vous penfoit faire plaifir a . Mais afin que vous ne pre- niez pas occafion de dire que i'aye des foupçons mal fondez, & que ie me fois trompé en mon iugement, ie vous prie de faire voir ces mefmes lettres que ie vous auois écrites il y a quatorze ou quinze mois, à ceux à

«5 qui vous auez donné la peine de m'écrire; elles ne contiennent rien que ie de|fire que vous teniez fecret, comme vous feignez ; & fi i'ay quelquesfois fait diffi- culté de le dire à d'autres, c'a efté purement pour l'amour de vous. Mais vous fçauez bien que ceux à

20 qui ie vous prie de les monftrer, ne vous y feront point de tort; & après les auoir veuës, s'ils trouuent que i'aye failly en quelque chofe, & que i'aye eu autre opinion de vous que ie ne deuois, ie m'oblige de vous faire toutes les fatisfaétions qu'ils iugeront raifonna-

z5 blés. le fuis,

Monfieur,

Voftre tres-humble

& tres-obeïffant feruiteur,

DESCARTES, a. Page i . 1. 25 et suiv.

�� � 188 Correspondance. 11,319-330.

XXVIII.

Descartes a [Condren].

[Amsterdam, 2 décembre i63o. J Texte de Clerselier, tome II, lettre 63, p. 3 19-320.

Clerselier dit seulement : « à vn R. P. de l'Oratoire ». Mais Baillet(I, 218) nomme expressément le P. de Condren, comme le destinataire de cette lettre. Pour la date, voir V en-tête de la lettre précédente.

Monfieur & Reuerend Père, le fuis marry que vous ne m'auez mandé quelque chofe de plus difficile que de vouloir du bien à M. (Ferrier), afin qu'en vous obeïflant, ie vous puiffe témoigner combien ie vous honore. Mais pour ce qui touche M. (Ferrier), ie vous affaire que ie ne luy ay 5 iamais voulu de mal, & que ie me tiendray bien-heu- reux fi iepuis feulement m'exempter de fes plaintes. On ne fçauroit fans cruauté vouloir du mal à vne perfonne fi affligée, et pour fes plaintes, ie les excufe tout de mefme que s'il auoit la goutte, ou que fon 10 cors fuit tout couuert de blefiures. On ne fçauroit toucher fi peu à ceux qui font en tel eftat, qu'ils ne s'écrient, & ils difent fouuent des injures aux meil- leurs de | leurs amis, & à ceux qui s'efforcent le plus de remédier à leurs maux. I'euffe efté bien aife d'ap- i5 porter quelque foulagement aux fiens; mais pource que ie ne m'en iuge point capable, il m'obligeroit fort de me laiffer en repos, & de ne m'accufer point des maux qu'il fe fait à foy-mefme. Toutesfois ie luy ay

�� � n,33o. XXIX. — 2 Décembre 1630. 189

obligation de ce qu'il s'eft particulièrement addreffé à vous pour fe plaindre, & ie me tiens heureux de ce que vous daignez prendre connoiffance du différent qu'il prétend auoir auec moy. le ne veux point vous 5 ennuyer en plaidant ma caufe ; ie vous diray feulement en vn mot, qu'il n'eft fâché que de ce que i'ay vu plus clair qu'il ne defiroit; & il fçait fort bien en fon ame, que ie n'ay rien appris, qui le touchait, que de luy- mefme. Que s'il dit qu'on m'ait dit de luy quelques

10 faux rapports, ce n'eft que pour auoir plus de pré- texte de fe plaindre, & de s'excufer foy-mefme; il s'eft trompé en cela, qu'il a crû me defobliger grandement, en vne chofe qui m'eftoit indifférente. I'ay prié le R. P. M (erfenne), qui fçait parfaitement toute cette

i5 affaire, de vous en vouloir inftruire. Que fi vous trouuez que i'aye failly, vous m'obligerez extrême- ment de ne me point flater, & ie ne manqueray pas d'obeïr exactement à tout ce que vous ordonnerez, le fuis,

20 Monfieur & R. P.

XXIX.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 2 décembre i63o*]. Texte de Clerselier, tome II, lettre 64, p. 3ao-322.

Mon Reuerend Père, Vous m'affligeriez infiniment, fi vous auiez la moin-

a. Voir le prolégomène de la Lettre XXVII, p. i83.

�� � ioo Correspondance. 11,320-321.

dre opinion que ie puffe iamais manquer de vous honorer & feruir de toute mon affedion; mais ie vous ay mandé à l'au|tre voyage ce qui m'auoit fait différer à efcrire, & vous fçauez auec cela que ie fuis vn peu négligent. le vous iure que i'ay maintenant la 5 telle fi rompue des lettres que ie viens d'écrire pour M. (Ferrier), que ie ne fçay plus ce que i'ay à vous dire. Il m'a enuoyé cette femaine vn gros pacquet, où il y auoit des lettres de ceux aufquels vous verrez que i'en ay écrit. I'ay crû que vous ne feriez pas marry de 10 voir ce que ie leur mande, & que vous m'ayderez à me iuftifier. Il n'y a aucun d'eux qui m'ait témoigné en aucune façon, que M. (Ferrier) vous euft méfié dans fes plaintes, ny qui ne m'ait obligé en l'excu- fant. M. Gaiïendi a fait le femblable dans vne lettre i5 qu'il a écrite à M. R (enery),* & ie vous prie auffi de me iuftifier enuers luy. Mais particulièrement ie vous prie de voir le P. (de Condren) & de luy faire voir la lettre que vous auez fait voir à M. Mydorge ; & fi vous en auez encore vne autre que ie vous écriuis au 20 mois de Mars dernier 3 , pour réponfe à ce que vous me mandiez que (Ferrier) fe preparoit de me venir trouuer, ie feray bien aife qu'il voye, par ce que ie vous man- dois, que ie n'oublie rien à luy dire de ce qui pourra feruir à ma caufe, non point tant pour luy monftrer 25 le tort de (Ferrier), comme pour l'aflurer que ie n'ay pas manqué de prudence ny de modération, & que i'ay méprifé fes petits defTeins, plutoft que de m'en fâcher aucunement. Vous cacheterez, s'il vous plaifl, toutes leurs lettres , auant que de leur donner , 3o

a. La Lettre XX. Voir pages 129-132.

�� � n.321-322. XXIX. — 2 Décembre i6jo. 191

excepté celle de (Ferrier), laquelle ie vous prie de faire voir à M. G (affendi), au P. (Gibieuf ) & au P. (de Con- dren)*, & de la laifler à celuy d'entr'eux que vous verrez le dernier, pour la luy donner. 5 le vous enuoye vne aiguille frottée d'vne pierre d'ayman qui pefe enuiron deux liures, & qui en leue iufques à vingt eftant armée ; mais defarmée, elle n'en leue pas plus d'vne. Il décline de cinq degrez, à ce qu'on m'a dit ; mais ie n'en fuis pas fort affuré ; car

10 celuy qui l'a, n'eft pas fort intelligent. le ne fçay fi c'eft la mefme pierre que vous auez veuë, mais on m'a dit qu'il n'y en auoit point de meilleure en cette ville. Etfi on vous demande où ie fuis, ie vous prie de dire que vous n'en elles pas certain, pource que i'eftois

i5 |en refolution de paffer en Angleterre*, mais que vous auez receu mes lettres d'icy, & que fi on me veut écrire, vous me ferez tenir leurs Lettres. Si on vous demande ce que ie fais, vous direz, s'il vous plaift, que ie prens plaifir à eftudier pour m'inftruire moy

20 mefme ; mais que de l'humeur que ie fuis, vous ne penfez pas que ie mette iamais rien au iour, & que ie vous en ay tout à fait ofté la créance. le fuis. . .

Page 190, 1. 16. — Voici cette lettre, datée de Paris, X Kal. Decemb. MDCXXX : « Nunc scribo ad te occasione fasciculi literarij, qui ad prae- » clarum Cartesium tuo interuentu dirigitur. Qui ipsum mihi consignauit, » ille est Ferrerius, industrius plane artifex, cuius, opinor, tibi nota » manus. Is cùm summâ semper obseruantiâ insignem virum coluerit, » dolore iam infando vexatur, quod occasione nescio quâ illius erga se » affectum refriguisse suspicetur. Itaque et scribit ad illum purgatoriam » epistolam. et postulauit ex me, vt testimonio quoque meo innocentiae » facerem fidem. Ego, quod rarum illum virum vix semel coràm affari » licuerit, excusationem paratam habui me esse non illi satis familiarem, » ac posse illum vel succensere, vel non iniuriâ negligere inofficiosum » pêne officium. Verùm cùm singularem virum interpellare ausus non

�� � 192 Correspondance.

» sim, id recusare saltem non potui, vt tibi, qui-cum illi summa intercedit » necessitudo, rem mihi notam significarem. Cùm itaque Ferrerium saepius » alloqui me contigerit, deprehendi nihil in ipsius ore commendauone » quâdam eximiâ Cartesij frequentius. Nisi profecto mérita viri aliunde » perspecta habuissem, erat quod tam crebras et gloriosas laudes hyper- » bolicas ducerem. Videlicet de illo semper vt de quodam Deo loquebatur, » testatus, illum vnicum esse, quem toto orbe suspiceret, cui et deberet » iam maxima, et porro omnia esset debiturus : vt verbo dicam, nihil potuit » mihi remissione illâ affectûs insperatius contingere : tantùm huius viri » constantiam,in suâ illâ, vt italoquar, venerationeobseruitaram. Quod ad » me spectat, si magni fieri ab aliquo expeterem, non aliam mei aestima- » tionem, non alium ardorem experiri vellem. Tu si ita videbitur, dabis » operam, vt eximio viro, quidquid istud est, innotescat, ipsique simul » candoris mei prasstabis vadimonium. Testarer apud alium et conscien- » tiam et Superos ad liberandum ipsi fidem. Apud te nihil est necesse, » cui notum satis, quàm ingénue agam. Caeterum exoptat Ferrerius, » remitti ad se literas, nisi illas fortassis tuto aut reddantur, aut transmit- » tantur; nimirum sibi renunciatum dicit Cartesium fuisse breui profec- » turum in Angliam. Id procurabis igitur... » (Gass. Op., VI, 41-42).

Page 191, 1. 3. — L'identification de ces deux derniers noms est quelque peu douteuse, tandis que (p. 190, 1. 18) plus haut le « P. M. » du texte du Clerselier paraît bien, d'après la Lettre XXVIII, être le P. de Condren, si toutefois le témoignage de Bailler est exact. Quant au P. Gibieuf il s'intéressait certainement à Ferrier (page 32, 1. 5). Mais peut-être le P. de Sancy (p. 32, 1. 6) avait-il aussi écrit à Descartes.

Page 191, l. 15. — Ce voyage ne se fit point. Dans une lettre du 11 juin 1640, à la fin, Descartes dira : «... bien qu'il y ait plus de dix ans que i'ay eu enuie d'aller en Angleterre. »


XXX.


Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 23 décembre 1630.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre 65, p. 322-325.

Sans date dans Clerselier. Mais la présente lettre est la première que Descartes ait écrite à Mersenne après la précédente, du 2 décembre 1630. Il semble bien d'autre part que « ce voyage » (l. 1) ne peut être entendu que du départ du courrier ayant rapporté la n, 32a-323. XXX. — 2) Décembre iôjo. 195

réponse de Mersenne, si Descartes s'attendait à trouver, dans la lettre qu'il vient de recevoir, des nouvelles de l'effet qu'avaient pro- duit les siennes du 2 décembre. Or, pris dans ce sens, le voyage cor- respond à un intervalle de trois semaines.

Mon Reuerend Père,

le ne vous écrirois point à ce voyage, fi ie n'auois peur que vous le trouuafîiez eftrange comme à l'autre fois; car ie n'ay gueres de chofes à vous mander. Mais ie vous fupplie tres-humblement, vne fois pour 5 toutes, de vous affurer qu'il n'y a rien au monde ca- pable de changer ny d'altérer le defir que i'ay de vous feruir, & que ie ne croy iamais au rapport de perfonne, en ce qui peut tourner au defauantage de mes amis, fi ma propre expérience, ou des démonstrations

10 infaillibles, ne m'affurent de la mefme chofe. Vous pouuez auoir remarqué comment ie me fuis gou- uerné enuers le fleur (Beecman), auquel ie n'ay témoi- gné aucun refroidiflement, iufques à ce que fes pro- pres lettres m'en donnaffent iufte occafion, quoy que

i5 ie fuiTe d'ailleurs tres-afiuré de la vérité ; & vous con- noiffez bien vn autre homme a , auec qui ie fais encore profefiion d'amitié, bien que fans conter ce que vous m'auez écrit, trois autres perfonnes différentes m'ont affez mandé de fes nouuelles, pour me donner fujet

20 de m'en plaindre. Au refte, ne penfez pas que i'écriue cecy pour faire aucune comparaifon, mais feulement pour vous aflurer que ie ne fuis nullement foupçon- neux, ny de facile créance, | & que ceux qui me font l'honneur de m'aimer véritablement, fe doiuent af-

a. Ferrier.

Correspondance. I. '

�� � icj4 Correspondance. u. ^ 3 -

furer qu'encore que tous les hommes du monde me témoignaient le contraire, ils ne feroient pas fuffifans pour me le perfuader, ny m'empefcher de leur rendre le réciproque. Mais vous fçauez combien ie fuis négli- gent à écrire, & fi i'y manque vne autre fois, comme s ie feray, s'il vous plaift, bien fouuent, quand ie n'au- ray pas affez de matière pour remplir le papier, & qu'il n'y aura rien de preflé, ie vous fupplie & vous conjure de croire que ie ne laifferay pas pour cela d'eftre parfaitement voftre feruiteur, de vous hono- 10 rer, & de me reffentir voftre obligé toufiours de plus en plus.

le vous diray que ie fuis maintenant après à demef- ler le chaos, pour en faire fortir de la lumière, qui eft l'vne des plus hautes & des plus difficiles ma- i5 tieres que ie puiffe iamais entreprendre ; car toute la phyfique y eft prefque comprife 3 . I'ay mille chofes diuerfes à confiderer toutes enfemble, pour trouuer vn biais par le moyen duquel ie puiffe dire la vérité, fans eftonner l'imagination de perfonne, ny choquer 20 les opinions qui font communément receuës. C'eft pourquoy ie defire prendre vn mois ou deux à ne pen- fer à rien autre chofe. Cependant toutesfois ie ne laifferay pas d'eftre bien aife de fçauoir ce qu'auront dit de mes lettres ceux à qui i'écriuis dernièrement, 25 & auffi M. Mydorge à qui i'auois écrit auparauant, & de quoy vous ne me mandez rien en voftre dernière. Mais fi quelqu'vn m'écrit encore par hazard, ie ne fuis pas refolu de leur faire réponfe, au moins de long- temps après, & ils pourront excufer ce retardement 3o

a. Page 70, 1. 1 1. et 179. 1. io.

�� � u, 3*3-3*4, XXX. — 2j Décembre i6jo. 19c

fur la diftance des lieux, d'autant qu'ils ne fçauent pas où ie fuis.

Pour les lignes dont vous m'écriuez ", ie ne fçau- rois m'exempter d'en parler fuffifamment en mon

5 Traitté ; mais cela eft fi peu de chofe, que ie m'eftonne qu'il y ait quelqu'vn qui penfe que les autres l'igno- rent ; c'eft vne grande marque de pauureté, que d'efti- mer beaucoup des chofes de fi peu de valeur, & qui ne font pas rares, à caufe qu'elles font difficiles, mais

10 feulement à caufe qu'il y a peu de gens qui daignent prendre la peine de les chercher.

Pour le Liure à tirer des armes, il eft de plus d'ap- parence que d'vtilité; car encore que l'art foit très- bon, il n'y eft pas toutesfois trop bien expliqué*. Les

1 5 libraires en payent icy cinquante francs, fans eftre re- lié, & ie n'en donnerois pas vn tefton pour mon vfage. le ne penfe pas qu'il faille croire ce que vous me mandez du diamant.

le n'oferois vous prier de voir M. le Cardinal de

20 Baigné à mon occafion, car ie ne fuis pas affez fami- lier auec luy pour cela ; mais fi vous luy parliez par quelqu' autre rencontre, & que cela vinft à propos, ie ne ferois pas marry que vous luy témoignafliez que ie l'honore & l'eftime extrêmement.

25 I'auois oublié à lire vn billet que ie viens de trouuer en voftre lettre, où vous me mandez auoir enuoyé ma lettre à M. Mydorge, & que vous defirez fçauoir vn moyen de faire des expériences vtiles. A cela ie n'ay rien à dire, après ce que Verulamius en

3o a écrit, finon que fans eftre trop curieux à rechercher

a. Les coniques, en raison de leurs propriétés optiques?

�� � 106 Correspondance. 11,324.

toutes les petites particularitez touchant vne matière, il faudroit principalement faire des Recueils géné- raux de toutes les chofes les plus communes , & qui font très-certaines, & qui fe peuuent fçauoir fans dé- penfe : Comme, que toutes les coquilles font tournées 5 en mefme fens, & fçauoir fi c'eft le mefme au delà de l'equino&ial ; Que le cors de tous les animaux eft diuifé en trois parties, caput, peélus, & ventrem* y & ainû des autres ; car ce font celles qui feruent infaillible- ment en la recherche de la vérité. Pour les plus parti- 10 culieres, il eft impoflible qu'on n'en fafle beaucoup de fuperfluës, & mefme de faufles, fi on ne connoift la vérité des chofes auant que de les faire. le fuis, Monfieur,

Voftre tres-humble & tres-obeïffant i5 feruiteur, descartes.

Page 195, 1. 14. — Descartes composa lui-même un petit traité sous le titre de Y Art d'Escrime, dont Baillet donne le plan (II, 407). Il est perdu, et Leibniz qui avait eu communication des Ms. de Descartes à Paris chez Clerselier en 167 3- 1676, disait déjà vers 1692: « Je n'ay pas encore vu le petit traité de M. des Cartes de l'écrime. » (Edit. Gerhardt, IV, 3i5).

Page 196, 1. 8. — 'Descartes joignait l'exemple au précepte. Dans l'in- ventaire de ses papiers, l'art. E se termine ainsi : « . . . trois pages sous ce tiltre: Departibus inferiore ventre contentis. »

XXXI.

Descartes a Balzac.

[Amsterdam, i5 avril i63i.] Texte de Clerselier, tome I, lettre 101, p. 472-473.

Date indiquée en supposant que la réponse de Balzac du 2S avril i63 1 ait été immédiate, comme tout porte à le croire. Bal\ac, après

�� � i. 47s- XXXI. — i$ Avril i6ji. 197

awj'r été à Paris toute l'année 1627 et aussi l'année 1628 jusqu'en décembre, s'en était retourné à Balzac, où il demeura toute l'année 162g, sauf peut-être un court voyage à Paris : une de ses lettres, du 10 octobre, est datée de Paris, mais peut-être par erreur; vers ce temps-là il aurait écrit à Descartes, qui s'informa de lui dans sa lettre à Ferrier, du i3novembre 162g (p. i32,l. 10.) Toute l'année i63o, il demeure encore à Balzac, et ne vient à Paris qu'en i63i : une lettre du 6 janvier est encore datée de Balzac; une autre, du 8 février, est datée de Paris, ainsi que les suivantes jusqu'au 7 septembre inclus. A partir de là, les lettres recommencent à être datées de Balzac.

Monfieur,

Encore que pendant que vous auez elle à Balzac, ie fceuffe bien que tout autre entretien que celuy de vous-mefme vous deuoit élire importun, fi elt-ce que ie n'euffe pu m'empefcher de vous y enuoyer 5 parfois quelque mauuais compliment, û i'eulî'e crû que vous y euffiez dû demeurer fi long-temps, comme vous auez fait. Mais ayant eu l'honneur de receuoir vne de vos lettres, par laquelle vous me faifiez efpe- rer que vous feriez bien-toit à la Cour, ie fis vn peu

10 de fcrupule daller troubler voflre repos iufques dans le defert, & crû qu'il valoit mieux que i'attendiffe à vous écrire, que vous en fufïïez forty; c'efl ce qui m'a fait différer d'vn voyage à l'autre,' l'efpace de dix- huit mois, ce que ie n'ay iamais eu intention de diffe-

i5 rer plus de huit iours; & ainfi fans que vous m'en ayez obligation, ie vous ay exemté tout ce temps-là de l'importunité de mes lettres. Mais puifque vous elles maintenant à Paris, il faut que ie vous demande ma part du temps que vous auez refolu d'y perdre à

20 l'entretien de ceux qui vous iront vifiter, & que ie vous die que depuis deux ans que ie fuis dehors, ie

�� � 198 Correspondance. 1,472-473.

n'ay pas efté vne feule fois tenté d'y retourner, finon depuis qu'on m'a mandé que vous y eftiez. Mais cette nouuelle m'a fait connoiftre que ie pourrois eflre maintenant quelqu'autre part plus heureux que ie ne fuis icy, & fi l'occupation qui m'y retient n'eftoit, 5 félon mon petit iugement, la plus importante en la- quelle ie puifle iamais eftre employé, la feule efpe- rance d'auoir l'honneur de voftre conuerfation, & de voir naiflre naturellement de|uant moy ces fortes penfées que nous admirons dans vos ouurages, feroit 10 fuffifante pour m'en faire fortir. Ne me demandez point, s'il vous plaift, quelle peut eltre cette occu- pation que i'eftime û importante, car i'aurois honte de vous la dire ; ie fuis deuenu fi philofophe, que ie méprife la plus-part des chofes qui font ordinaire- i5 ment eftimées, & en eftime quelques autres dont on n'a point accouftumé de faire cas. Toutesfois, pource que vos fentimens font fort éloignez de ceux du peuple, & que vous m'auez fouuent témoigné que vous iugiez plus fauorablement de moy que ie ne me- 20 ritois, ie ne laifferay pas de vous en entretenir plus ouuertement quelque iour, û vous ne l'auez point defagreable. Pour cette heure, ie me contenteray de vous dire que ie ne fuis plus en humeur de rien mettre par écrit, ainfi que vous m'y auez autresfois vu dif- ^ pofé. Ce n'eft pas que ie ne faffe grand état de la réputation, lors qu'on eft certain de l'acquérir bonne & grande, comme vous auez fait ; mais pour vne mé- diocre & incertaine, telle que ie la pourois efperer, ie I'eftime beaucoup moins que le repos & la tranquillité 3o d'efprit que ie poffede. le dors icy dix heures toutes

�� � i,47?. XXXII. — 2$ Avril iô^i. 199

les nuits, & fans que iamais aucun foin me réueille, après que le fommeil a longtemps promené mon efprit dans des buys, des iardins, et des palais enchantez, où i'éprouue tous les plaifirs qui font imaginez dans

5 les Fables, ie méfie infenfiblement mes rêveries du iour auec celles de la nuit ; & quand ie m'aperçoy d'eftre éueillé, c'eft feulement afin que mon contente- ment foit plus parfait, & que mes fens y participent; car ie ne fuis pas û feuere, que de leur refufer aucune

IO chofe qu'vn philofophe leur puiffe permettre, fans offenfer fa confcience. Enfin il ne manque rien icy que la douceur de voftre conuerfation, mais elle m'eft fi neceffaire pour eftre heureux, que peu s'en faut que ie ne rompe tous mes defleins, afin de vous aller

,5 dire de bouche que ie fuis de tout mon cœur, Monfieur,

Voftre tres-humble & tres-obeïflant feruiteur, descartes.

XXXII.

Balzac a Descartes.

Paris, 25 avril i63i. Œuures de Monfieur de Balzac, i665, I, 235.

Publiée pour la première fois p. 4ji des Lettres de Monsieur de Balzac, Seconde partie (Paris, Pierre Rocolet, i636, privilège du 3o janv. i635, achevé d'imprimer le 26 fév. i636).

Monfieur, Voftre lettre m'a trouué dans la plus noire humeur

�� � 200 Correspondance.

où ie fus iamais. De vous dire qu'en cet eftat-là elle m'ait donné de la ioye, ce feroit parler trop hardiment pour vn malheureux. Mais il eft vray qu'elle a tempéré vn peu ma triftefTe, & m'a rendu capable de confola- tion. le ne vis plus que de l'efperance que i'ay de vous 5 aller voir à Amflerdam, & d'embraffer cette chère tefte, qui eft fi pleine de raifon & d'intelligence. C'eft ce qui m'empefche de vous conuier de venir icy, où *%*• Il eft toufiours dans la feruitude des cérémo- nies & des complimens, & fait le coyon auec vne re- 10 pugnance d'efprit qui ne fe fçauroit imaginer. Il a lame d'vn Rebelle & rend les foumiflions d'vn Efclaue. A ce qu'il dit, il n'a point d'ambition, mais il confent à celle d'vn autre, & meurt d'vne maladie qui n'eft pasfienne. Voilà que c'eft d'eftre complaifant, & de «5 faillir par obeiflance. Pour vous, Monûeur, vousauez mis voftre efprit au deflus de ces confiderations vul- gaires : et quand ie me représente le Sage des Stoïques, qui eftoitfeul libre, feul riche, &feul Roy*, ie vois bien que vous auez efté prédit il y a long- 20 temps, & que Zenon n'a efté que la figure de Monfieur des Cartes.

Fœhx qui potuit rerum cognofcere caufas,

Atque metus omnes & inexorabile fatum

Subiecit pedibus, etc.*. 2 5

Vous eftes cet Heureux, ou il ne fe trouue point dans le monde, & laconquefte de la vérité à laquelle vous trauaillez auec tant de force & de courage, me femble bien quelque chofe de plus noble que tout ce qui fe fait auec tant de bruit & de tumulte en Allemagne & 3<>

�� � XXXII. — 2$ Avril i6}i. 201

en Italie. le ne fuis pas fi vain que ie prétende deuoir eftre compagnon de vos trauaux, mais i'en feray pour le moins le fpe&ateur, & m'enrichiray affez du refle de la proye & des fuperfluitez de voftre abondance.

5 Ne penfez pas que ie face cette propofition au ha- zard, ie parle fort ferieufement, & pour peu que vous demeuriez au lieu où vous elles, ie fuis Hollandois auffi bien que vous, & Meffieurs des Eftats n'auront point vn meilleur citoyen que moy, ni qui ait plus de

10 paffion pour la liberté. Quoy que i'aime extrêmement le ciel d'Italie, & la terre qui porte les orangers, voftre vertu feroit capable de m'attirer fur les bords de la mer Glaciale, & iufqu'au fond du feptentrion. Il y a trois ans que mon imagination vous cherche, &

• 5 que ie meurs d'enuie de me réunir à vous, afin de ne m'en feparer iamais, & de vous tefmoigner par vne fuiettion continue, que ie fuis paffionnemcnt,

Monfieur,

Voftre, etc.

A Paris, le 25 Auril léji.

Page 200, 1. 9. — Balzac parlait sans doute ici de Jean Silhon, son ami et celui de Descartes (p. 1 32,1. 10). Tout ce qui suit lui convient parfaitement. Mais comme il vécut jusqu'en 1667, on n'aura pas encore mis son nom en i665, à cause de l'épithète peu flatteuse que Balzac y joint.

Page 200, 1. 19. — Dans le Chicaneur convaincu de faux. Dissertation V, adressée aussi à M. Des-Cartes, Balzac proteste, quant à lui, contre le Sage des Stoïques, « cefantosme de Sage », et encore dans la Dissertation VI, toujours à Descartes : « Depuis la mort de Juste-Lipse et de M. le Garde » des Sceaux du Vair, il nous est permis de parler librement de Zenon et de » Chrysippe, et de dire que les opinions de ces Ennemis du Sens commun » estoient quelque/ois plus estranges que les plus estranges fables de la » Poésie... » (Œuvres de Balzac, II, 3 1 5 et 317).

Correspondance. I. 26

�� � 202 Correspondance. i, 474 .

Page 200, I. 25. — Virgile, Georg, II, 490. Ces vers où Balzac voit une allusion aux Stoïciens, en sont plutôt une aux Epicuriens, à Lucrèce ou à Epicure lui-même.

��XXXIII.

Descartes a Balzac.

[Amsterdam, 5 mai i63i.] Texte de Clerselier, tome I, lettre 102, p. 474-476.

La date, qui manque dans Clerselier, est fixée en supposant que Descartes aura immédiatement répondu à la lettre précédente de Balzac.

Monfieur,

I'ay porté ma main contre mes yeux pour voir fi ie ne dormois point, lors que i'ay lu dans voftre lettre que vous auiez deffein de venir icy; & maintenant en- core ie n'ofe me réjouir autrement de cette nouuelle, que comme fi ie lauois feulement fongée. Toutesfois ie ne trouue pas fort étrange quvn efprit, grand & gé- néreux comme le voftre, ne fe puiffe accommoder à ces contraintes feruiles, aufquelles on eft obligé dans la Cour; & puifque vous m'affurez tout de bon, que Dieu vous a infpiré de quitter le monde, ie croirois pécher contre le Saint-Efprit, fi ie tâchois à vous dé- tourner dvne û fainte refolution. Mefme vous deuez pardonner à mon zèle, fi ie vous conuie de choifir Amfterdam pour voftre retraitte & de le préférer, ie ne vous diray pas feulement à tous les Conuens des 1 5 Capucins & des Chartreux, où force honneftes gens

��10

�� � 1,474-475. XXXIII. — 5 Mai 163 i. 20}

fe retirent, mais auffi à toutes les plus belles de- meures de France & d'Italie, mefme à ce célèbre Her- mitage dans lequel vous eftiez l'année parlée. Quelque accomplie que puifle élire vne maifon des chams, il y

5 manque toufiours vne infinité de commoditez, qui ne fe trouuent que dans les villes ; & la folitude mefme qu'on y efpere,ne s'y rencontre iamais toute parfaite, le veux bien que vous y trouuîez vn canal, qui faife rêver les plus grans parleurs, & vne valée fi folitaire,

10 qu'elle puiffe leur infpirer du tranfport & de la joye a ; mais mal-aifément fe peut-il faire, que vous n'ayez auffi quantité de petits voifins, qui vous vont quelque- fois importuner, & de qui les vifites font encore plus in | commodes que celles que vous receuez à Paris; au

i5 lieu qu'en cette grande ville où ie fuis, n'y ayant au- cun homme, excepté moy , qui n'exerce la marchan- dife, chacun y eft tellement attentif à fon profit, que i'y pourrois demeurer toute ma vie fans eftre iamais vu de perfonne. le me vais promener tous les iours

20 parmy la confufion d'vn grand peuple, auec autant de liberté & de repos que vous fçauriez faire dans vos allées, & ie n'y confidere pas autrement les hommes que i'y voy, que ie ferois les arbres qui fe rencontrent en vos forefts, ou les animaux qui y paiffent. Le bruit

25 mefme de leur tracas n'interromt pas plus mes rêve- ries, que feroit celuy de quelque ruifleau. Que fi ie fais quelquefois reflexion fur leurs actions, j'en reçoy le mefme plaifir, que vous feriez de voir les païfans qui cultiuent vos campagnes; car ie voy que tout leur

a. Sur ce canal et ce désert, voir lettre i5 du Livre I, p. 1 23-128 des Œuvres de M. de Balzac (7 e édit., Paris, 1628).

�� � 204 Correspondance. i, 475-476.

trauail fert à embellir le lieu de ma demeure, & à faire que ie n'y aye manque d'aucune chofe. Que s'il y a du plaifir à voir croître les fruits en vos vergers, & à y eftre dans l'abondance iufques aux yeux, penfez-vous qu'il n'y en ait pas bien autant, à voir venir icy des vaif- 5 féaux, qui nous aportent abondamment tout ce que produifent les Indes, & tout ce qu'il y a de rare en l'Europe. Quel autre lieu pouroit-on choifir au refte du monde, où toutes les commoditez de la vie, & toutes les curiofitez qui peuuent eftre fouhaitées, foient fi 10 faciles à trouuer qu'en cettuy-cy ? Quel autre pays où l'on puifle iouyr d'vne liberté fi entière, où l'on puifle dormir auec moins d'inquiétude, où il y ait toujours des armées fur pied exprés pour nous garder, où les empoifonnemens, les trahifons, les calomnies foient «5 moins connues , & où il foit demeuré plus de refte de l'innocence de nos ayeuls ? le ne fçay comment vous pouuez tant aimer l'air d'Italie, aUec lequel on refpire fi fouuent la pefte, & où toufiours la chaleur du iour eft infuportable , la fraifcheur du foir mal 20 faine, & où l'obfcurité de la nuit couure des larcins & des meurtres. Que fi vous craignez les hyuers du fep- tentrion , dites-moy quelles ombres, | quel évantail, quelles fontaines vous pouroient fi bien preferuer à Rome des incommoditez de la chaleur, comme vn 2 5 poëfle & vn grand feu vous exemteront icy d'auoir froid. Au refte, ie vous diray que ie vous attens auec vn petit recueil de rêveries , qui ne vous feront peut- eftre pas defagreables, & foit que vous veniez, ou que vous ne veniez pas , ie feray toufiours paflione- 3o ment, etc.

�� � ni, 6o2-6o3. XXXIV. — 2 Juin i6ji. 205

��XXXIV.

Descartes a [Reneri].

[Amsterdam], 2 juin i63i. Texte de Clerselier, tome III, lettre m, p. 602-604.

Le nom du destinataire manque dans Clerselier; mais la fin de la lettre « ie vous en pourray dire ieudy dauantage » indique quelle est adressée à un correspondant habitant en Hollande, non loin d'Am- sterdam, et que Descartes voit régulièrement. On peut penser, soit a Reneri, qui depuis la fin de 162g était précepteur dans une fa- mille à Lej de, soit à Golius, professeur de mathématiques à l'Uni- versité de la même ville, où Descartes s'était" fait inscrire comme étudiant le 2 7 juin i63o. Il écrivait du reste à tous les deux en français, et rien ne fait supposer que Clerselier ait donné la version d'un texte latin. Mais, avec Golius, Descartes traite spécialement de mathématiques (voir les Lettres XXXIX et XL ci-après), et il est loin d'ai'oir la même intimité qu'avec Reneri, qui fut, de fait, son premier disciple et auquel d'ailleurs il écrira sur le même sujet le 2 juillet i63{4\.

Monfieur,

Pour refoudre vos difficultez, imaginez l'air comme de la laine, & l'aether qui eft dans fes pores comme des tourbillons de vent, qui fe meuuent çà & là dans

5 cette laine; & penfez que ce vent qui fe joue de tous collez entre les petits fils de cette laine, empefche qu'ils ne fe preffent fi fort l'vn contre l'autre, comme ils pourroient faire fans cela. Car | ils font tous pefans, & fe preffent les vns les autres autant que l'agitation

ro de ce vent leur peut permettre, fi bien que la laine qui eft contre la terre eft preffée de toute celle qui eft

�� � 2o6 Correspondance. iii, 6<>s.

au deffus iufques au delà des nues, ce qui fait vne grande pefanteur; en forte que s'il falloit éleuer la partie de cette laine, qui eft, par exemple, à l'en- droit marqué O, auec toute celle qui eft au deffus

en la ligne O P Q_, il fau- ?^r^-^^- ^j-;i^-jZy droit vne force tres-con- ï^&ù^i •? v' ^ i ^-^*&4$L liderable . Or cette pefan- ^AvSi' tfy^è&^^i teur ne fe fent pas com- ^0r^(^J>-^^?~^r^%, munément dans l'air, lors TOfe^: 1 ^^! 5 !! <l u on I e poulie vers le «g|?iipi| haut; pour ce que H nous t^^Mfe^V^g &. en éleuons vne partie, WËœ£m$fâtk par exemple celle qui eft

��WÊmà

���10

��tïS^^r^ au P oint E> vers F? ce tt Q

qui eft en F va circulai- i5

rement vers G H I & retourne en E ; & ainfi fa pefanteur ne fe fent point, non plus que fe- roit celle d'vne roue, fi on la faifoit tourner, & qu'elle 20 lût parfaitement en balance fur fon aiffieu. Mais dans l'exemple que vous apportez du tuyau D R, fermé par le bout D par où il eft attaché au plancher A B. le vif- argent que vous fuppofez eftre dedans, ne peut com- mencer à defcendre tout à la fois, que la laine qui eft 25 vers R n'aille vers O, & celle qui eft vers O n'aille vers P & vers Q, & ainfi qu'il n'enleue toute cette laine qui , eft en la ligne O P Q, laquelle prife toute enfemble eft fort pefante. Car le tuyau eftant fermé par le haut, il n'y peut entrer de laine, ie veux dire d'air, en la 3o place du vif-argent, lorfqu'il defcend. Vous direz

�� � ui,6o3-6o 4 . XXXIV. — 2 Juin lôji. 207

qu'il y peut bien entrer du vent, ie veux | dire de l'ae- ther, par les pores du tuyau. le l'auoùe; mais confi- derez que l'aether qui y entrera ne peut venir d'ailleurs que du ciel ; car encore qu'il y en ait par tout dans 5 les pores de l'air, il n'y en a pas toutesfois plus qu'il en faut pour les remplir; et par confequent s'il y a vne nouuelle place à remplir dans le tuyau, il faudra qu'il y vienne de l'aether qui eft au deffus de l'air dans le ciel, & partant que l'air fe hauffe en fa place.

10 Et afin que vous ne vous trompiez pas, il ne faut pas croire que ce vif-argent ne puiffe eftre feparé du plancher par aucune force, mais feulement qu'il y faut autant de force qu'il en eft befoin pour enleuer tout l'air qui eft depuis là iufqu'au deffus des nues.

i5 Maintenant, quand il y a de l'air chaud dans vn verre, imaginez-vous que c'eft cette laine dans la- quelle il y a des tourbillons de vent fort impétueux, qui la font eftendre plus que de couftume, & ainfi occuper plus de place que lors que l'air fe refroidit.

20 Or il faut que vous fçachiez que l'impetuofité de ce vent eft plus forte que la pefanteur de toute la laine qui eft au deffus, puis qu'elle ne laiffe pas de faire que les parties de celle qui eft deffous s'éloignent lvne de l'autre en fe raréfiant. Que fi on renuerfe vn

2 5 verre fur vne pierre, & qu'on le bouche bien tout au- tour, l'air qui eft dedans en fe refroidiffant, c'eft à dire les parties de cette laine ceffant d'eftre meuès par le vent qui eft parmy, n'auront plus befoin de tant de place, & ainfi la pefanteur de la laine qui eft au

3o deffus commencera à auoir fon effet en preffant le verre tout autour, & le faifant refferrer & reftrecir en

�� � 208 Correspondance. m, 6o 4 .

dedans le plus qu'il luy eft poffible. Mais pour ce que vous dites qu'encore que ce verre ne cède aucune- ment, l'air qui eft enfermé dedans ne laiffera pas de fe refroidir fans fe condenfer, ie l'accorde ; car quoy que le vent foit beaucoup diminué, il eft toufiours fuffifant pour épandre çà & là dans tout le creux du verre le peu de laine qui y eft renfermé. l'écris cecy en courant, afin d'enuoyer ma lettre dés ce foir, & ie vous en pourray dire Ieudy dauantage. Adieu.

Les idées que Descartes expose dans cette lettre étaient aussi celles de plusieurs de ses contemporains.

Beeckman, consignant ses entretiens avec Gassend (juillet 1629), Math. Phys. Médit. Centuria, n° 77, p. 45, dit ceci : « ... Tum quoque ostendi » aerem esse gravent, nosque undique ab eo œqualiter premi, ideoque non » dolere, eamque esse causam fugae vacui quant vocant. »

Cf. ib., n° 35, p. i3 : « Vacui fuga explicatur... Accidit aeri more aquae » rébus incumbere, eumque secundum profunditatem incumbentis eas » comprimere. Res autem quiescunt quaedam, nec perpetuo dispelluntur, » quia undique aequaliter ab aère incumbente comprimuntur, qualiter » contingit nobis urinantibus premi ab aquâ; magno autem nixu locum » vacuum petunt, propter incumbentis aeris immensam profunditatem, » obque inde natam molem. .. »

Cf. Mersenne, lettre à Jean Rey, i er sept. 1 63 1 : « Vous adioutés que » l'air ne descend point dans vn puits ou dans les cauernes que par sa » pesanteur. Ce n'est pas la vraie cause : car il entre et remplit tout de » mesme les trous que l'on fait en haut, par exemple, dans les poutres et » cheurons des planchers; et l'on vous dira qu'il fait cela par sa légèreté, » puisqu'il monte en haut, puisqu'il n'est autre chose qu'vne infinie multi- » tude de petites parcelles qui s'exhalent de la terre et de l'eau, sans les- » quelles il n'y auroit que du vuide, et cette opinion est reçue de plusieurs » par deçà. Ce n'est pas que ie croye que la fuite du vuide soit la cause » efficiente de ce mouuement d'air qui va remplir les trous; car ie ne crois » pas seulement qu'il en soit la cause finale, puisque ce qui n'est point, » et ce qui ne peut estre, à mon aduis, ne peut estre cause finale. Mais i'es- » time que la cause de ce remplissement d'air tant en haut qu'en bas vient » de l'équilibre que la nature reprend : car la terre tirée des cauernes se » faisant vne place dans l'air, elle le chasse et le contraint de descendre » au lieu d'où elle a esté tirée; autrement il faudroit que l'air, qui étoit » auparauant dans l'espace que la terre remuée occupe, s'anéantît, ou qu'il

�� � XXXV. — ÉTÉ DE 163 I. 209

» occupât le lieu d'vn autre air par pénétration, ou qu'il passât ou poussât » vu air égal dans les espaces imaginaires, ou qu'il souffrit vne perpe- « nielle condensation, ce qui ne se voit point dans la nature, qui recom- » pense toujours ses défauts par la voie la plus courte et la plus aisée. » tEssays de JeanRey, édit. 1777, p. 109-j 1 1 ; cf. 124-128 et 142-143).

Rey répond le 1" janv. i632 : «... On me dira que l'air qui remplit les » trous faits en haut dans les poutres d'vn plancher, doibt estre dit léger, » puisqu'il monte. Mais ie leur dirai qu'il faut par la mesme raison qu'ils » dient l'eau estre légère, qui monte dans vn batteau par les trous qui se « font dans ses planches, ou (pour mieux faire cadrer la comparaison) qui » monte dans les trous qu'on peutconceuoir estre faits dans les voûtes des » cauernes qui sont soubs les eaux. Us ne m'accorderont pas ceci, ni moi » à eux le reste. Certes l'vn et l'autre remplissage se fait par la pesanteur a des parties plus hautes, tant de l'air que de l'eau, qui s'affaissant sur les » plus basses, les contraignent de pousser celles qui sont près des trous à » les remplir. Ce que vous-même confirmez, sans y penser, quand vous » dites que cela vient de l'équilibre que la nature reprend.» (Ib., p. 124-5). — Cf. les deux petits Traités de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l'air, publiés en i663, un an après la mort de Pascal, qui les avait composés « depuis plus de douze ans » (Pascal et Descartes : les expériences du vide, 1646-16S1, par Ch. Adam, Rev. Philos., déc. 1887 et janv. 1888).— Vers le même temps (1 63 1), Descartes exposait les mêmes idées dans son Monde, c. IV des' fragm. qui nous en sont restés : « Quel jugement il faut faire du vuide ...»

��XXXV.

VlLLEBRESSIEU A DESCARTES.

[Eté de i63i.] [A. Baillet,] La Vie de Monsieur Des-Cartes, t. I, p. 257-261.

Baillet a eu entre les mains plusieurs lettres de Villebressieu à Des- cartes ; ce qu'il en dit, sur l'année 1634, ne suffisant point pour distinguer ces lettres, nous réunissons ci-après les diverses citations qui en sont faites. La date indiquée ne doit naturellement être regardée que comme se rapportant à la plus ancienne, mentionnée comme suit :

[Baillet, t. I, p. 260-261.] « M. Descartes ne fit pas un fort long- séjour en Danemarck. Il laissa M. de Ville-Bressieux, et se voyant de retour à Amsterdam, il alla à Dordrecht pour visiter son ancien Correspondance. I. 27

�� � 2io Correspondance.

amy Beeckman que la vieillesse et les maladies sembloient menacer de la mort. Il avoit reçu peu de jours auparavant des nouvelles de M. de Ville-Br essieux, qui lui avoit écrit des frontières de Danemarck,pour lui mander les observations qu'il y avoit faites depuis leur sépara- tion, et lui rendre conte du tems qu'il avoit employé auprès d'un amy che\ qui il l'avoit laissé. (En marge : Lettre Ms. d'Est, de Ville- Bress. à Desc.) Etant revenu à Amsterdam, il lui récrivit en ces termes : (Suit le fragment F de la lettre XXXVI ci-après, lettre d'où Baillet a dû tirer le début de ce paragraphe). »

D'après Baillet, au reste, Ville-Bressieu serait venu habiter avec Des- cartes en i6?2 et le voyage que tous deux firent en Danemark n'aurait eu lieu qu'en 1634. En 1 63 1 au contraire, Descartes aurait été en Angleterre. Mais nous savons que ce voyage d'Angleterre, projeté en i63o, ne fut jamais effectué. D'autre part, en 1634, si Descartes, après son séjour à Deventer de juin i632 à décembre 1 6 3 3 , est effectivement revenu à Amsterdam, il demeure (lettre à Mersenne du i5 mai 1634), « chez M. Thomas Sergeant in den Westerkerck Straet » ; il a donc abandonné le « logis du Vieux Prince », où il attend Ville-Bressieu (lettre XXXVI F). Les années suivantes se trouvant exclues (Descartes est à Utrecht en 1 635, à Leyde en i636, et Beeckman meurt le 20 mai i63j), il faut remonter jusqu'en i63i; nous savons d'ailleurs, par une lettre de Beeckman du 7 octobre 1 63 1 , que la réconciliation de Descartes avec lui avait déjà eu lieu.

Au voyage de Descartes et de Villebressieu se rapporte encore la men- tion suivante :

B [Baillet, t. I, p. 25g\. « M. Descartes. . . jugea bon qu'il (M. de Ville-Bressieux) lui tînt compagnie dans le voyage de Danemarck et de la Basse-Allemagne. Etant décendus dans la Frise orientale, ils s'arrêtèrent quelque temps à Embden. (En marge : Ville-Bress. lettre Ms. à Desc.) »

Comme Descartes, dans la lettre XXXVI E, parle d'Embden, cette mention peut concerner une réponse de Villebressieu écrite en cette même année i63i ; la suivante peut au contraire se rapporter à la première lettre de Villebressieu.

C [Baillet, t. I, p. 260]. « Etant remonte\ dans le vaisseau au sortir d'Embden, ils prirent la route de Hambourg, et M. de Ville-Bres- sieux témoigna depuis n'avoir point trouvé de momens dans toute sa vie plus avantageusement emploie^ que ceux de ce trajet. M. Des- cartes voulut prof ter du loisir que lui donnoit l'espace de ce passage, pendant lequel il se trouva hors d'état de s'occuper, pour lui incul-

�� � XXXV. — ÉTÉ DE IÔJI. 211

quer divers principes . . . » (En marge : Autre lettre Ms. de Ville- Br. à Desc.)

Quant à l'extrait suivant, quoique Baillet le donne (t. I, p. 257) avant le fragment D de la lettre XXXVI, comme si cette dernière formait ré- ponse, il semble plutôt appartenir à une date sensiblement postérieure, mais il est difficile de préciser :

Je ne puis affez dignement vous remercier

des obligations que je vous ai. Il m'eft impoffible de m'en revencher, qu'en vous faifant fouvenir du bien que vous m'avez fait en gênerai & en détail. Je vous

5 ai fi longuement étudié lorfque vous me faifiez l'hon- neur de m'aimer, & de vous fervir de moi à voftre voyage de la Baffe Allemagne, & à Paris pour l'exé- cution du grand miroir elliptique que vous me fîtes faire de marbre artificiel*. Il avoit fix pieds de haut,

10 & deux & demi de large. Etant enfermé dans la chambre, il recevoit les objets du dehors par un trou affez petit, & rejettoit la figure au dehors par le même trou ; & il la faifoit paroître redreffée, contre l'ordi- naire des miroirs concaves, qui renverfent l'objet dés

i5 qu'il eft par delà le foyer ou le point brûlant. D'où je m'étois étonné d'un tel effet; mais je viens d'apprendre que cela fe fait parce qu'il ne peut recevoir l'objet par un trou qu'entièrement renverfé ; & fa nature étant de renverfer les images qu'il a reçues droites,

20 c'eft ce qui eft la caufe d'un tel miracle*.

Page 211, 1. 9. — Cf. Pierre Borel, Vitee Cartesii Compendium (i 653, p. 7-8; ou 1676, p. 10), qui tenait d'ailleurs ces détails de Villebressieu lui- même : « In mathematicis verô tantus fuit (Cartesius), ut captum supe- » rantia fecerit, praecipue circa conspicilla et spécula : utque cogitata sua » probaret, vel e glacie, vel e marmore artificiali nigro polito, ad porta; » magnitudinem et juxta desideria et varias figuras excavato, opère D. » Bressiaei viri ingeniosissimi spécula parabat, cumque optata vidisset, ea

�� � 2 r 2 Correspondance.

» rumpenda curabat, et ex eadem materia alia nova conficiebat. » Baillet (I, 258-ç) ne fait que paraphraser ce passage, ainsi que le suivant si curieux : « Coramque eodem Bressiseo, opticae secreto arcano, militum » cohortem transeuntem ostendit per cubiculum suum, quod valde mira- » tus est; hase autem procedebant a parvis militum figuris quas abscon- » débat et speculi ope foris auctas educebat. » Les mots e glacie de la première phrase indiqueraient que Descartes et Villebressieu ont passé au moins un hiver ensemble, mais la lettre parle de Paris, non pas d'Amsterdam. Il faudrait donc, pour l'exécution de ces miroirs, remonter jusqu'à 1627-1628.

Page 211, 1. 20. — Baillet, dans l'alinéa précédent, paraphrase ce frag- ment, et renvoie « à la Dioptrique de M. Descartes, qui en composa, » dit- il, « le cinquième Discours sur cette observation. » Mais si Descartes y parle bien, en effet, des images renversées, il ne dit mot du redressement de ces images. — Ce que Baillet ajoute ensuite complète mieux ce frag- ment et paraît tiré de Descartes même : « M. Descartes estimoit d'autant » plus cette observation de M. de Ville-Bressieux, que sa machine ten- » doit à faire deux offices à la fois. Le premier étoit de redresser l'objet, » qui étoit un effet que M. Descartes ne lui avoit proposé d'abord que » comme possible, M. de Ville-Bressieux ayant fait le reste par sa propre » industrie. Le second étoit que sa machine se portoit partout où le point » de vue étoit plus agréable à voir. C'est ce qu'il jugeoit digne du plus » grand Prince de la terre, mais d'un Prince Philosophe et perfectionné » dans le raisonnement. C'est pourquoi il voulut persuader à M. de Ville- » Bressieux de tenir son instrument secret. » (Baillet, I, 256-7).

��XXXVI.

Descartes a Villebressieu.

Amsterdam [été i63i].

[A. Baillet,] La Vie de Monsieur Des-Cartes, t. I, p. i63 et 258-262.

Les fragments et résumés ci-après paraissent tous appartenir à une même lettre, écrite d'Amsterdam à Villebressieu, au retour du voyage de Descartes en Danemarck (voir lettre précédente p. 2 1 o, 1. 7). Cette lettre avait des alinéas numérotés : Baillet indique seulement trois numéros II, IV et IX. L'ensemble se trouve dans un même chapitre (p. 258-262), sauf les deux premiers morceaux qui sont donnés (p. 1 63) au sujet de la confé- rence de Chandoux chez le nonce du pape en 1628; mais Baillet a soin

�� � XXXVI. — ÉTÉ DE IÔJI. 21)

de prévenir alors que la lettre a été écrite « quelques années depuis », d'Amsterdam, à Villebressieu; il semble donc bien avoir tiré le tout d'une seule et même pièce.

[En marge : Lettre Ms. de Desc. à Ville-Bress.] : t Ce moyen A (d'éviter les sophismes) n'étoit autre que sa Règle universelle, qu'il appeloit souvent sa Méthode naturelle, sur laquelle il mettoit à l'épreuve toutes sortes de propositions, de quelque nature et de quelque espèce qu'elles pussent être. Le premier fruit de cette méthode étoit de faire voir d'abord si la proposition étoit possible ou non, parce qu'elle l'examinoit et qu'elle l'assuroit (pour me servir de ses termes) avec une connoissance et une certitude égale à celle que peuvent produire les règles de l'Arithmétique. L'autre fruit consistoit à lui faire soudre infailliblement la difficulté de la même proposition. »

Vous avez vu ces deux fruits de ma belle règle ou B Méthode naturelle au fujet de ce que je fus obligé de faire dans l'entretien que j'eus avec le Nonce du Pape, le Cardinal de Berulle, le Père Merfenne, & toute

5 cette grande & fçavante compagnie qui s'étoit affem- blée chez ledit Nonce pour entendre le difcours de M. de Chandoux touchant fa nouvelle philofophie*. Ce fut là que je fis confeffer à toute la troupe ce que l'art de bien raifonner peut fur l'efprit de ceux qui font

10 médiocrement fçavans, & combien mes principes font mieux établis, plus véritables, & plus naturels qu'au- cun des autres qui font déjà reçus parmi les gens d'étude. Vous en reftâtes convaincu comme tous ceux qui prirent la peine de me conjurer de les écrire et de

i5 les enfeigner au public.

[N. II de la lettr. ms. à Ville-Br. Résumé de Baillet, I, 260] : C 1 ... considérer la cause par laquelle se font toutes les choses qui nous paroissent les plus simples, et les effets de la nature les plus clairs & les moins compose^. La grande Mechanique n'étant autre chose (selon lui) que l'ordre que Dieu a imprimé sur la face de son

�� � 214 Correspondance.

ouvrage, que nous appelons communément la Nature, il estimoit qu'il valoit mieux regarder ce grand modèle, et s'attacher à suivre cet exemple, que les règles et les maximes établies par le caprice de plusieurs hommes de cabinet, dont les principes imaginaires ne pro- duisent point de fruit, parce qu'ils ne conviennent ni à la nature, ni à la personne qui cherche à s'injlruire. »

[Leur. ms. de Desc. à Ville-Bress. Résumé de Baillet, I, 257-8] : « M. Descartes prit occasion de faire à M. de Ville- Br essieu le dénombrement de ses expériences et de ses inventions. C'étoit sur ses préceptes, & principalement sur sa grande maxime que les choses les plus simples sont d'ordinaire les plus excellentes, que M. de Ville- Bressieu avoit trouvé la Machine propre pour élever les eaux en grande quantité et avec beaucoup de facilité. * Néanmoins M. Des- cartes lui en fit compliment, comme s'il eût inventé €■ découvert cette belle machine, par son pur génie. Il faut avouer qu'il s'étoit contenté de lui montrer la raison par laquelle cela devoit se faire. Aussitôt M. de Villebressieu se tint assuré de l'effet, de même que s'il en avoit fait l'épreuve en grand & en petit, parce que M. Descartes l'avoit accoutumé de bonne heure à se faire éclaircir de la cause de tous les effets que nous remarquons dans la nature.

Parmi les autres inventions particulières que M. de Villebressieu avoit imaginées auprès de M. Descartes, nous trouvons :

1. La Spirale double pour décendre d'une tour en bas sans danger.

2. Les Tenailles de bois pour monter par une corde menue.

3. Le Tour fait avec deux bâtons ou morceaux de bois pour monter et pour décendre.

4. Le Pont roulant pour escalader une place qui a un profond et large fossé.

5. Le Bateau à passer les rivières fait de quatre ais de bois, qui se plioit et se portoit sous le bras.

6. Mais surtout M. Descartes l'exhortoit à donner au public son Chariot-Chaise, jugeant cette machine fort utile à tout le monde, et particulièrement aux soldats blesse^. La structure n'en étoit ni diffi- cile, ni d'une grande dépense. Elle se pouvait faire partout où il y avoit des cerceaux de tonneau, et les deux roues ne pouvaient en aucune manière incommoder la personne qui étoit dans le chariot. Sa principale commodité consistoit en ce qu'on y pouvoit être mené en santé et en maladie dans toutes sortes de chemins par un seul homme

�� � XXXVI. — Été pe i6}ï. 21 f

avec moins de peine que n'en ont deux qui portent une chaise, et qu'on y étoit aussi mollement que dans une chaise ou une litière. »

[Lettr. Ms. de Desc. à Ville-Bress., n. IV, Résumé de Baillet, 1, 2SÇ-260] : « {AEmbden) M. de Ville-Bressieux fit une spécula- tion sur la façade de la Maison de Ville, que M. Descartes trouva fort bien imaginée et fort utile aux ingénieurs, aux peintres et à toutes les personnes qui tirent des plans tant réguliers qu'ir régulier s. Car il ne faut pas avoir, disoit-il, beaucoup d'habitude à la peinture pour lever ou tracer un plan élevé en perspective, sans connoitre les règles de la Perspective, et sans sçavoir même les principes de Géométrie, dont on se sert ordinairement dans les leçons que l'on y donne pour la Perspective commune et ordinaire. C'est ce qui fait souvent que les maîtres ne sçavent pas dans cette profession ce qu'ils sont oblige^ de sçavoir, et que les apprentifs y sont ordinairement fort embar- rasse^, surtout dans les choses qui ne sont pas entièrement régu- lières, comme sont des plans inclinez, ou en grotte, ou circulaires. Cette considération augmentait encore l'estime qu'il faisoit de cette nouvelle invention de M. de Ville-Bressieux; et il la jugeoit d'autant plus singulière qu'elle n'avoit été trouvée par aucun des Anciens *, quelle étoit très simple et très facile, qu'elle pouvoit s'apprendre par les esprits les plus lents et les plus grossiers, et que par son moien un apprentif se trouvait en état de faire plus d'ouvrage en une demi- heure, et mieux, que les peintres n'en peuvent faire en une semaine selon la manière ordinaire. . . »

��[Lettr. Ms. de Desc. à Ville-Bres. nomb. IX; ibid., I, 261-262] J'ay parcouru & examiné la plu- part des chofes qui font contenues dans vôtre mé- moire pendant le cours du voyage que j'ay fait ces

5 jours paffez à Dort, d'où je fuis revenu pour vous attendre à Amfterdam, où je fuis arrivé en bonne fanté. Vous me trouverez dans nôtre logis du vieux Prince ; et là je vous dirai mon fentiment fur toutes ces chofes. Je vous confeilleray de les mettre la plû-

10 part en forme de proposition, de problème, & de théorème, & c* leur laifler voir le jour, pour obliger

�� � 2i6 Correspondance.

quelque autre à les augmenter de fes recherches & de fes obfervations. C'eft ce que je fouhaiterois que tout le monde voulût faire, pour être aidé par l'ex- périence de plufieurs à découvrir les plus belles chofes de la nature, & bâtir une Phyfique claire, 5 certaine, demonftrée, & plus utile que celle qui s'en- feigne d'ordinaire. Vous pourriez beaucoup fervir de vôtre côté à defabufer les pauvres malades d'efprit touchant les fophijlications des métaux, fur lefquels vous avez tant travaillé & fi inutilement, fans que 10 vous ayez vu rien de vray en douze années d'un tra- vail affidu & d'un grand nombre d'expériences qui ferviroient fort utilement à tout le monde en aver- tiffant les particuliers de leurs erreurs. Il me femble même que vous avez déjà découvert des généralité^ i5 de la nature : comme, qu'il n'y a qu'une fubflance matérielle, qui reçoit d'un agent externe l'adion ou le moien de fe mouvoir localement, d'où elle tire diverfes figures ou modes, qui la rendent telle que nous la voyons dans ces premiers compofez que l'on 20 appelle les elemens. De plus vous avez remarqué que la nature de ces elemens ou premiers compofez appelez Terre, Eau, Air, & Feu, ne confifle que dans la différence des fragmens ou petites & groffes par- ties de cette matière, qui change journellement de 25 l'un en l'autre par le chaud & le mouvement des grof- lieres en fubtiles ; ou en innobles, c'eft-à-dire, de fub- tiles en grofïieres, lors que l'adion du chaud & du mouvement vient à manquer. Que de la première mixtion de ces quatre premiers il refulte un mélange 3o qui pourroit être appelé le cinquième élément, ce

�� � XXXVI. — Été de 1631. 217

que vous appelez principes, ou la plus noble prépa- ration des elemens; puifqu'elle eft, dites-vous, une femence productive ou une vie matérielle qui fe fpe- cifie en toutes fortes de ces nobles individus parti-

s culiers qui font fans contredit l'objet de nôtre admira- tion. Je fuis au refte fort fatisfait de vôtre fentiment, lors que vous me dites que les quatre elemens qui ont fourni la matière, & le cinquième qui en refulte, fe font tellement changez tous cinq dans ce fujet, qu'au-

10 cun d'eux meft plus ce qu'il étoit, mais que tous en- femble font ou l'animal, ou la plante, ou le minerai. Ce qui quadre beaucoup avec ma manière de philofo- pher, & qui revient merveilleufement à toutes les expériences mechaniques que j'ay faites de la nature

,5 fur ce fujet.

Page 2 1 3, B, 1. 7. — Pierre Borel, Vitce Cartesii Compendium ( 1 65 3, p. 4 ; ou 1 676, p. 6-7), raconte ainsi la scène : a In illâ obsidione Rupellae memo- » randam praestitit actionem, coràm Cardinali Barberino tune Pontificis » nuntio, coràmque Card. Berullio, aliisque claris ac ingeniosis viris, qui » convocati erant, ut D. Chandou de Novis Philosophie Principiis disse- » rentem audirent. Cùm enim omnium plausus sermone suo habuisset, » excepto Cartesii, ab illo quid de hoc sermone sentiret petierunt. Ille » tune, laudato oratoris sermone, cœtum non laudavit, quod verisimili » tantùm contenti fuissent, et promisit se quamlibet veritatem duodecim » argumentis verisimilibus falsam probaturum, et e contra; quo tentato, » mirati sunt remanseruntque stupefacti. Quare petentes num modus » quidam vitandorum sophismatum extaret, asseruit illis veritatem mathe- » maticè in omnibus rébus juxta sua principia demonstrari posse. Exo- » ratus tune fuit, ut illa publici juris faceret; quod illis concedere coactus, » in Hollandiam sese contulit ut ea melius digesta ederet. » — Baillet (I, 161-164) rectifie d'abord quelques faits : ce ne fut pas au siège de La Ro- chelle, mais à Paris, où Descartes était revenu dès la Saint-Martin (1 1 nov. 1628), que la séance eut lieu chez le nonce du pape, M. de Bagni ou de Baigné, et non pas Barberin. Baillet se sert ensuite des quelques lignes de Borel comme d'une matière à amplification, et reconstitue toute la scène en donnant un rôle à chacun : « Le Cardinal de Bérulle, qui l'observoit » particulièrement, s'aperçut de son silence. Ce fut ce qui l'obligea à lui Correspondance I. ï8

�� � 218 Correspondance.

» demander son sentiment sur un discours qui avoit paru si beau à la » compagnie. M. Descartes fit ce qu'il put pour s'en excuser, témoi- » gnant qu'il n'avoit rien à dire après les approbations de tant de sçavans » hommes, etc. »

Page 214, D, 1. 7. — On trouve à Grenoble, Bibliothèque de la Ville (V, 56), une plaquette de quatre pages, sans indication de lieu, ni date, ni titre, et qui commence ainsi : « Estienne de Villebressieu, ingénieur du » Roy, de la ville de Grenoble, après une longue estude de l'Hydraulique, » ou Art d'élever les Eaux, et un nombre presque infiny d'expériences » avec toutes sortes de Machines de cette nature, dans lesquelles il a » vieilly, méprisé sa fortune et consumé tout son bien, en a inventé une » qui non seulement par sa figure, par son mouvement et par sa situation, » est différente de toutes celles qui ont esté connues et mises en usage » jusques à présent pour ce sujet, comme de la Spirale, Coquille, Vis » d'Archimede, Sciphon, Pompe, Chapelets, ou Rondeaux coulans dans » un canal droit ou couché, Roues à pots, Bacquets, Chaînes, ou autres, » mais, qui plus est, les surpasse toutes en simplicité et en effets mer- » veilleux et presque incroyables... » A la fin, Villebressieu promet, si son invention est bien reçue, de donner au public « un traité de toutes » les autres curiositez qu'il a trouvées sur les eaux, qui satisfera le plus » difficile. »

Page 21 5, E, 1. 17. — « N":antmoins, » dit Villebressieu dans la même plaquette, « pour répondre à ceux qui croyent et soustiennent que l'on ne

» peut rien adjouster de mieux aux choses découvertes par les Anciens,

» et qu'il est impossible de donner rien de nouveau qui soit utile au

« public, l'on n'a qu'à leur mettre en avant la Poudre à canon, la Bous-

» sole, l'Imprimerie, la Pompe, et les Lunettes d'approche, qui sont toutes

» inventions nouvelles et inconnues aux Anciens. Et ce que l'on rapporte

» de Christophle Colomb est aussi digne de remarque, qui, ayant proposé

« en France une chose qui sembloit en apparence s'opposer au sens com-

» mun, et suivant quelques-uns mesmes a la Foy Chrestienne, pour y

» avoir esté rebuté, s'addressa à l'Espagne, qui profite encore aujourd'huy,

» par la découverte du Nouveau-Monde, des grands avantages que la

» France a perdus par ce refus. »

�� � n,32s. XXXVII. — Octobre i6ji. 219

XXXVII.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, octobre i63iî] Autographe, Bibliothèque Nationale, MS. fr., n. a, 5i6o, fol. 46 et 47.

Variantes d'après le Texte de Clerselier, tome II, lettre 66, p. 325- 328. — L'original est sur une feuille, grand format, pliée en deux feuillets : le premier, tout couvert d'écriture recto et verso (38 et 3g lignes); le second, déchiré aux trois quarts: il n'en reste que le haut, c'est-à-dire, une table, plus 6 lignes et quelques mots encore lisibles de la 7™. Ces mots (...le... pourquoy... que ie...) se retrouvent dans l'imprimé de Clerselier avec S lignes en plus. Il manque donc peu de chose à l'autographe [à moins d'un post-scriptum), et l'imprimé peut y suppléer.

En bas et à gauche de la page : 6 c, c'est-à-dire la 6"" lettre du classement de La Hire. En haut et à droite, rien, dom Poirier ne l'ayant point comprise dans son nouveau classement, parce que la date manque avec la fin de la lettre.

La date indiquée est conjecturale; Baillet {I, 223) marque cette lettre comme de février i63i, une note de l'Exemplaire de l'Institut comme du i3 janvier; mais le contexte, notamment la phrase finale conservée par Clerselier, semble montrer qu'elle est plutôt immédia- tement antérieure à la lettre suivante XXXVIII; or celle-ci est cer- tainement du dernier trimestre. Cependant un doute peut d'autant plus subsister qu'on doit s'étonner que Mersenne ait tardé jusqu'en octobre i63i, pour envoyer à Descartes le livre du P. Gibieuf et les Odes pour le Roy.

Mon Reuerend Père,

I'ay enfin receu les liures que vous m'aués fait la faueur de m'enuoyer, & vous en remercie tres-humble- ment. le n'ay encore leu que fort peu de celuy du

�� � 220 Correspondance. n , 325.

Père Gibieuf a ; mais i'eflime grandement ce que i'en ay vu, & foufcris tout a fait a fon opinion. M r Riuet m'a prié de luy prefter, ce qui eft caufe que ie ne l'ay pas leu tout entier ; aufTy qu'ayant maintenent l'efprit tout occupé par d'autres penfées, i'ay creu que ie ne 5 ferois pas capable de bien entendre cete matière, qui eft a mon aduis l'vne des plus hautes & difficiles de toute laMetaphyfique. Si vous voyés le Père Gibieuf, ie vous prie de ne luy point telmoigner que i'aye encore receu fon liure : car mon deuoir feroit de luy 10 efcrire des maintenent pour l'en remercier; mais ie feray bien ayfe de différer encore deus ou trois mois, affin de luy mander par mefme moyen des nouuelles de ce que ie fais.

I'ay leu le liure des )o exemplaires 15 , mais ie l'ay i5 trouué bien plat & au defïous de ce que ie m'eftois imaginé. le n'ay point de regret de ne l'auoir pas receu plutoft ; car aufTy bien n'aurois-ie pas voulu prendre la peine de le réfuter.

I'ay trouué les Odes pour le Roy c fort bien faites, 20

2 M r Riuet] M. R. — 3 de ciles. — 8 toute owi/s. — le P. G.

luy] de le luy. — 3-4 eft caufe... — i3 mander] apprendre. —

leu] m'a empefché de le lire. — 16 bien plat et au deflbus] bien

5 tout occupé par] remply. — au delîous. — 17 le n'ay] et ie

7 et difficiles] et des plus diffi- n'ay. — pas] point.

a. P. i5i, argument, et p. 1 53, art. 3.

b. P. 144, I. 2 5 ; p. 148. 1. 3, et p. 181, 1. 25.

c. La France guérie. Odes adressées au Roy sur sa maladie, sa gueri- son miraculeuse, ses dernières conquestes et ses vertus héroïques, par un Religieux de la Compagnie de Jésus (Pierre Le Moyne), publié avec le véritable récit de ce qui s'est passé en la maladie du Roy à la ville de Lyon..., par le P. Soufrant (s. 1., i63o, in-8°). Louis XIII était tombé malade le 22 sep*. i63o, et n'avait pu quitter Lyon que le 19 oct. pour rentrer à Paris.

�� � ii,325-336. XXXVII. — Octobre 163 1 . 221

& i'eftime fort le deffein de la Biblioteque vniuerfelle 3 ; car ie m'imagine qu'elle ne feruira pas feulement a ceus qui veulent lire beaucoup de liures, du nombre defquelz vous fçaués que ie ne fuis pas, mais auffy a

5 ceus qui craignent de perdre le tems a en lire de mau- uais, pource qu'elle les auertira de ce qu'ilz con- tienent. Vous me mandés que ie la donne a M. Ha- zendoue ; mais il n'eft pas encore de retour d'Angle- terre.

10 Vous m'efcriués auffy d'vne vie de Ste Elifabet b que vous enuoyés a M. Renery pour faire imprimer. Il ne m'en a rien mandé; mais i'efpere le voir icy dans quelques iours, & s'il fault quelque argent pour cela, ie ne manqueray d'en refpondre ou de l'auancer,

«5 ainfy qu'il fera de befoin.

le viens maintenent a vos autres lettres. Toutes les queftions que i'y trouue fe rapportent a deus chofes : a fçauoir, a fupputer la viteffe d'vn poids qui defcend, & a connoiftre | quelles confonances font les

20 plus douces.

Pour la façon de fupputer cete vitelTe que ie vous auois enuoyee , vous n'en deués faire nul eftat, car elle fuppofe deus chofes qui font certainement fauffes :

3-4 du nombre. .. ne fuis — 18 chofes omis. — 21 fup- pas omis. — 7-i5 vous me puter] calculer. — 22 nul] au- mandés. . . fera de befoin omis. cun.

a. Idea Bibliothecœ universalis quant meditatur et non minima parte effectam habet F. Petrus Blanchot, ex ordine Minimorum, etc. (Parisiis, Seb. Cramoisy, i63i). Voir Tamizey de Larroque, Bulletin du bouqui- niste, i5 oct. 1867, p. 5 18.

b. Ms. : Vh final, d'abord écrit, semble avoir été ensuite barre.

c. P. 72-73.

�� � 222 Correspondance. 11,326.

a fçauoir, qu'il fe puiffe trouuer vn efpace tout a fait vuide, & que le mouuement qui s'y fait, foit au pre- mier inftant qu'il commence le plus tardif qui fe puiffe imaginer, & qu'il s'augmente toufiours par apprés elgalement. Mais quand tout cela feroit vray, il n'y 5 auroit point moyen d'expliquer la vitefîe de ce mou- uement par d'autres nombres que ceus que ie vous ay enuoyés, au moins qui foyent rationaus ; et ie ne voy pas mefme qu'il foit ayfé d'en trouuer d'irrationaus, ny aucune ligne de Géométrie qui en explique dauan- 10 tage. Pour ce qui eft de la vraye proportion félon laquelle s'augmente ou diminue la vitefîe d'vn poids a qui defcent dans l'aer, ie ne la fçay pas encore. Il me faudra dans peu de iours expliquer la caufe de la pefanteur dans mon traité; fi en l'efcriuant ie trouue <5 quelque chofe de cela, ie vous le manderay. Ce que vous demandés d'vn leuier qui defcent eft quafi la mefme chofe que des autres poids. En quelque façon qu'on conçoiue le vuide, il eft certain qu'vne pierre qui s'y meut doit aller plus ou moins ville, félon 2 o qu'elle aura eflé pouffee auec plus ou moins de force ; & que dans l'aer ce qui la fait aller plus loin vne fois que l'autre, c'eft que l'impreffion qu'elle reçoit (ceft a dire la vitefîe du mouuement qu'elle a en b fortant de la main de celuy qui l'a iettee) eft plus grande. »5

1 fe puiffe trouuer] y ait. — pliquer... par] de l'expliquer 5 tout omis. — 6 auroit] a. — en. — 12 ou] et. — 14 caufe] moyen] de moyen. — 6-7 d'ex- nature. — 25 l'a iettee] la iette.

a. d'vne pierre, écrit d'abord, a été barré et remplacé par d'vn poids.

b. En cet endroit (fin d'une ligne) l'original est détérioré. Peut-être faut-il lire qu'elle a eu en.

�� � h, 3j6-3 27 . XXXVII. — Octobre 165 1. 223

Touchant la douceur des confonances, il y a deus chofes a diftinguer : a fçauoir, ce qui les rend plus ïimples & accordantes, & ce qui les rend plus agréa- bles a l'oreille. Or, pour ce qui les rend plus agréables, 5 cela dépend des lieus ou elles font employées ; & il fe trouue des lieus ou mefme les faufles quintes & autres difTonances font plus agréables que les confonances, de forte qu'on ne fçauroit déterminer abfolument qu'vne confonance foit plus agréable que l'autre. On

10 peut bien dire toutefois que, pour l'ordinaire, les tierces & les fextes font plus agréables que la quarte ; que | dans les chans gays les tierces & fextes maieures font plus agréables que les mineures, & le contraire dans les trilles, etc. , pour ce qu'il fe trouue plus d'occafions

i5 ou elles y peuuent eftre employées agréablement. Mais on peut dire abfolument quelles confonances font les plus fimples & plus accordantes ; car cela ne depent que de ce que leurs fons s'vniffent dauantage l'vn auec l'autre, & qu'elles approchent plus de la

20 nature de l'vnifon ; en forte qu'on peut dire abfolument que la quarte eft plus accordante que la tierce maieur, encore que pour l'ordinaire elle ne foit pas û agréable, comme la caffe eft bien plus douce que les oliues, mais non pas fi agréable a noftre gouft. Et pour en-

2 5 tendre cecy bien clairement, il fault fuppofer que le fon n'eft autre chofe qu'vn certain tremblement d'aer

6 lieus] endroits. — mefme neures] majeures. — i5 em-

omis. — 7 plus] mefme plus. ployées] plus aj. — 16 quelles]

— 10 bien dire toutefois] feule- lefquelles. — confonances omis.

ment dire. — 12 et] et les. — — 17 et] et les. — 23 bien

maieures] mineures. — i3 mi- omis. — 24 a noftre] au.

�� � 224 Correspondance. h, 32 7 -? 2 8.

qui vient chatouiller nos oreilles, & que les tours & retours de ce tremblement font d'autant plus fubits que le fon eft plus aygu ; en forte que deus fons eftant al'o&auei'vn de l'autre, le plus graue ne fera trem- bler l'aer qu'vne fois pendant que le plus aygu le fera 5 trembler deus iuftement, & ainfy des autres confo- nances. Enfin il fault fuppofer que lorfque deus fons frappent l'aer en mefme tems, ilz font d'autant plus accordans que leurs tremblemens fe recommencent plus fouuent l'vn auec l'autre, &qu'ilz caufent moins 10 d'inefgalité en tout le cors de l'aer. Cariecroy qu'il n'y a rien de tout cecy qui ne foit très véritable. Mainte- nent donc pour voir a l'œil quand les diuers tremble- mens de deus fons recommencent enfemble 3 , ima- ginons des lignes pour la durée de chafque fon, et y fai- 1 5 fons des diuifions fuiuant la durée de chafeun de leurs tremblemens. Pour exemple, la ligne A me reprefente vn fon d'vne odaue plus bas que celuy qui eft repre- fente par la ligne B, & par confequent dont chafque tremblement dure deus fois auffy long tems; i'y fais| 20 donc des interuales deus fois aufly efloignés l'vn de l'autre, comme vous voyés. Et C au contraire me

2 font] fe font. — fubits] vifte. — 12 de tout cecy omis. — très

— 4 graue] grand. — 6deusiuf- omis. — 14 La note en marge tement] iuftement deux fois. — est omise. — 14-15 imaginons] 9 recommencent] rencontrent. mettons. — 17 Pour] Par. —

— 1 1 en tout le] dans le mouue- 19 dont omis. — 21-22 efloi- mentdu. — Car] en tout cecy aj. gnés l'vn de l'autre] grands.

a. [En marge, de la main de Desc.} : I'ay abufé icy du mot de

tremblement que ie prens pour chafeun des coups ou petites fecouiles que fe meut le cors qui tremble.

�� � II, 328.

��XXXVII. — Octobre 163 i.

��22$

��reprefente la durée d'vn fon qui eft d'vne oftaue plus hault ; c'eft pourquoy i'y fais les interuales de la moitié plus petits. le defcris apprés la ligne D, qui reprefente le fon qui fait la quinte auec C, & la 12 & 19 auec B & A. Item E, qui fait les quarte, 11 & 18 auec C, B, A; & F, qui fait les tierce, 10 & 17 maieures auec C, B, A; & i'y marque les interuales a l'auenant, ainfy que vous les voyés en chiffre.

��10

��D

��-y-

��g 8

3i

��10 11

11 J

��M.

��'
��i_5 18 SI 3

��7 6 £ L,

il *l +1 4| ±|

��18

��M-

��M-

��4-4-

��*| Il ?! M M ?! H I -I

��Il eft euident en cete table que les fons qui font les oftaues font ceus qui s'accordent le mieus l'vn auec l'autre; ceus qui font les quintes, les fuiuent; les quartes apprés ; & ceus des tierces font les moins accordans de tous. Il eft euident aufTy que D s'accorde mieus auec B, auec lequel il fait la 12, qu'auec C; & que F s'accorde mieus auec A qu'il ne fait auec B ni C.

3 defcris... D] prens après 8 voyés] mis aj. — 9 II] Et il. D. — 3-4 qui... fon] omis. — — 14 auec... fait] qui eft. Correspondance. I. 29

�� � 226 Correspondance. h,3»8.

Mais on ne peut pas dire que E s'accorde mieus auec l'vn des trois, A, B, C, que ne fait D; ni F mieus que E, etc a . Vous pouuez aflez de cecy iuger le relie. le ne fçay pourquov vous penfez que ie tiens que les tremblemens de la quinte ne fe rapportent qua 5 chaque fixiéme coup : car fi ie l'ay écrit, c'eft error calami, & ie ne l'ay iamais conceu autrement qu'il eft mis icy. le fuis,

Mon R. P.

Voltre tres-humble & tres-obeïffant 10 feruiteur, descartes.

��XXXVIII.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, oct. ou nov. 1 63 1 .] Texte de Clerselier, tome II, lettre 68, p. 33 1-334.

Sans date dans Clerselier ; mais la lettre peut se dater à un mois près, grâce à une nouvelle que Descartes annonce à Mersenne : « M. Renery est allé demeurer a Deuenter depuis cinq ou six iours. .. » (p. 228, 1. 26-27). ® r Renery fut nommé professeur de philosophie à /'Athemeum ou Schola illustris de Deventer le 4 oct. 16S1, et y fit sa première leçon le 28 nov. suivant.

Mon Reuerend Père,

le vous remercie tres-humblement des lettres que vous m'auez enuoyées. Pour vos queftions, ie penfe

a. La fin de la lettre manque aujourd'hui dans l'original. Voir l'ar- gument.

�� � h,s3i. XXXVIII. — Oct. ou Nov. 162.1. 227

auoir défia répondu à la plufpart en mes autres lettres ; c'eft pourquoy ie ne me haftois pas de vous faire réponfe, pource que ie ne trouuois pas encore matière d'emplir la feuille. Pour les temps que s'vnif- 5 fent les confonances, tout ce que i'en auois écrit me femble vray ; mais ie n'infère point pour cela que la quinte s'vniffe au fixiefme coup, & l'equiuoque vient de ce qu'il y a de la différence entre les coups, ou tremblemens de chaque corde, & les momens dont 10 ie parlois en ma première lettre a , la

durée defquels eft prife ad arbitrium. A ' ' ' '

��Et pour ce que i'auois pris la durée de B 1 1 1

chaque tremblement de la corde C c , ,

pour vn moment, il eft vray que les

15 tremblemens des cordes A & B qui font la quinte, ne s'vniffent que de fix momens en fix momens. Mais on pourroit dire tout de mefme, qu'ils ne s'vniffent que de douze momens en douze momens, fi on pre- noit la durée d'vn moment deux fois plus courte ; ce

20 qui n'empefche pas qu'il ne foit vray que les fons des cordes A & B s'vniifent à chaque troifiefme tremble- ment de la corde B, & à chaque deuxiefme de la corde A.

Tout ce que vos Muficiens difent que les diffo-

25 nances font agréables, c'eft comme qui diroit que les oliues, quoy qu'elles ayent de l'amertume, font quel- quesfois plus agréables au gouft que le fucre, ainfi que ie croy vous auoir défia mandé b ; ce qui n'empefche

a. Il s'agit probablement d'une lettre perdue, qui aurait immédiatement précédé la Lettre XXXVII.

b. Cf. p. n6, 1. i5, et p. 223, 1. 23.

�� � 220 Correspondance. n, 331-332.

pas que la Mufique n'ait fes demonftra|tions tres-afîu- rées ; et généralement ie ne fçache rien de plus à vous répondre, touchant tout ce que vous me propofez de cette fcience, que ce que ie vous en ay écrit à diuerfes fois. 5

le ne me dédis point de ce que i'auois dit touchant la viteffe des poids qui defcendroient dans le vuide a : car fuppofant du vuide, comme tout le monde l'ima- gine, le refte eft demonftratif ; mais ie croy qu'on ne fçauroit fuppofer le vuide fans erreur. le tâcheray 10 d'expliquer quidjit grauitas, * leuitas, durities, &c. dans les deux chapitres que ie vous ay promis de vous enuoyer dans la fin de cette année ; c'eft pourquoy ie m'abftiens de vous en écrire maintenant.

I'eufTe pu faire réponfe à voftre deuxième lettre i5 dés le voyage précèdent, finon que ie fus diuerty à l'heure du Meffager, et ie crû qu'il n'y auoit rien de prefTé. Il y a plus de trois ou quatre mois que ie n'ay point du tout regardé à mes papiers , & ie me fuis amufé à d'autres chofes peu vtiles * ; mais ie me pro- 20 pofe dans huit ou dix iours de m'y remettre à bon efcient, et ie vous promets de vous enuoyer auant Pafques quelque chofe de ma façon, mais non pas toutesfois pour le faire fitoft imprimer.

le voudrois bien fçauoir fi (Ferrier) eft encore à 25 Paris, & s'il parle encore des lunettes. M. Renery eft allé demeurer à Deuenter depuis cinq ou fix iours, & il eft maintenant là ProfefTeur en Philofophie. C'eft vne Académie peu renommée, mais où les Profef- feurs ont plus de gages, & viuent plus commodément 3o

a. Lettre XIV, p. 72.

�� � II, 33î-333. XXXVIII. OCT. OU NOV. l6jl. 22Ç

qu'à Leyde ny Fr(aneker),où M. R(enery) euft pu auoir place par cy-deuant, s'il ne l'eult point refufée ou négligée.

Vous me demandez en voftre dernière, pourquoy ie 5 fuppofe toufiours que la Quarte n'eil pas fi bonne que la Tierce ou la Sexte contre la Baffe, & pourquoy lors qu'on oit quelque fon, l'imagination en attend vn autre à l'odaue; ce que ie ne fçache point auoir dit, mais bien que nos oreilles entendent en quelque

10 façon celuy qui eft à l'oclaue plus haut. Et voicy les propres mots du petit Traitté de Mufique, que i'ay écrit dés l'année 1618 : De quartâ : hœc infeliciffima eji confonantiarum omnium, nec vnquam in cantilenis adhi- betur niji per accidens, & cum aliarum adiumento, non

i5 quidem quod magis im\perfecla fit quam iertia minor aut fexta, fed quia tam vicina eji quintœ, vt coram huius fuauitate tota illius gratia euanefcat. Ad quod intelli- gendum, aduertendum eji nunquam in Mujïca quintam audiri, quin etiam quarta acuiior quodammodo aduerta-

20 tur; quod fequitur ex eo quod diximus, in vnifono, oéîauâ acutiorem fonum quodammodo refonare &c, où vous voyez que ie mets refonare, & non pas ab imagina- tione expeclari 3 -. Et cecy ne fe prouue pas feulement par raifon, mais auffi par expérience, en la voix, &

25 en plufieurs inftrumens.

Vous me demandez auffi que ie vous réponde, fça- uoir s'il y a quelqu'autre nombre qui ait cette mefme propriété que vous remarquez en i20 b . A quoy ie n'ay rien à dire, pource qu." ie ne le fçay point, ny

a. Compendium Musicœ, c. 8.

b. D'être le double de la somme de ses parties aliquotes.

�� � 2jo Correspondance. 11,333-334.

nay iamais eu enuie de le fçauoir : car pour cher- cher telles queftions, il y faut ordinairement plus de patience que d'efprit, & elles n'apportent aucune vtilité. Mais s'il y a deux perfonnes qui difputent tou- chant cela, ie croy que celuy qui tient l'affirmatiue, 5 eft obligé de monïtrer d'autres nombres qui ayent cette mefme propriété, ou bien qu'on doit donner gagné à celuy qui tient la negatiue. Et la raifon qu'il apporte pour le prouuer, me femble auoir de l'appa- rence, & eftre fort ingenieufement inuentée; mais ie 10 ne Tay pas fuffifamment examinée.

Vous me demandez en troifiéme lieu, comment fe meut vne pierre in vacuo; mais pource que vous auez oublié à mettre la figure, que vous fuppofez eftre à la marge de voftre lettre, ie ne puis bien entendre ce i5 que vous propofez, & il ne me femble point que les proportions que vous mettez, fe rapportent à celles que ie vous ay autresfois mandées, ou au lieu de &c. comme vous m'écriuez, ie mettois 4- 1— I — 1 1* I &c, ce qui donne bien d'autres confequences*. Mais afin 20 que ce que ie vous auois autresfois mandé touchant cela, euft lieu, ie ne fuppofois pas feulement le vuide; mais auffi que la force qui faifoit mouuoir cette pierre, agiffoit toufiours également, ce qui ré- pugne apertement aux loix de la Nature : car toutes 25 les puiffances naturelles agiffent plus ou moins, fé- lon que le fujet eft plus ou moins difpofé à receuoir leur[adion; & il eft certain qu'vne pierre n'eft pas éga- lement difpofée à receuoir vn nouueau mouuement, ou vne augmentation de viteffe, lors qu'elle fe meut 3o défia fort vifte, & lors qu'elle fe meut fort lentement.

�� � [1,334- XXXVIII. — OCT. OU NOV. l6jl. 2}I

Mais ie penfe que ie pourrois bien maintenant déter- miner à quelle proportion s'augmente la vitefle d'vne pierre qui defcend, non point in vacuo, mais in hoc vero aère. Toutesfois, pource que iay maintenant l'ef-

5 prit tout plein d'autres penfées, ie ne me fçaurois amufer à le chercher, & ce n'eft pas chofe de grand profit. le vous prie de me pardonner fi ie vous écris fi négligemment, & de penfer que mes lettres ne pour- raient eftre fi longues comme elles font, û elles

, eftoient didées auec plus de foin. le fuis,

Mon R. P.

��Page 228, 1. 11. — Cette question préoccupait Mersenne; il en avait écrit à Jean Rey, 1" sept. 1 63 1 : a Vous establissés donc qu'il n'y a rien

» de léger dans la nature, et que la terre va par sa pesanteur s'emparer du

» centre du monde : mais tous ceux qui tiennent qu'elle se meut autour

» du soleil, comme Copernic et la plupart des meilleurs astronomes qui

» viuent, ne vous aduoueront pas qu'elle soit au centre du monde, et tous

» vous nieront qu'il y ait rien de pesant non plus que de léger; car ces

» deux termes s'infèrent ou se détruisent nécessairement. Il n'y a rien de

» pesant absolument parlant, mais seulement eu esgard aux choses

plus légères ou moins pesantes. Et nous ne sçauons pas encore ni ne

» sçaurons jamais, si les pierres et les autres corps vont vers le centre par

» leur pesanteur (que ie pourrois aussi bien appeler légèreté, car ie peux

» dire que le centre de chasque chose estant la plus noble partie comme le

» pépin et le noyau des fruits, que les pierres vont en haut allant vers le

» centre), ou s'ils sont attirés par la terre comme par vn aimant. Au reste

» le centre du monde n'a nulle vertu qui attire plustost la terre que quelque

• autre point du monde; et sans doubte, si Dieu n'eût déterminé son lieu

» par sa pure volonté, si on l'eût mise au lieu où est le soleil ou la lune,

» ou en quelque autre point du monde, elle s'y fût tenue, estant de sa

" nature indéterminée quant au lieu. Et. puis Jordan Brun, qui combat

» auec plusieurs pour l'infinité du monde, vous rauit le centre, qui n'est

» point dans l'infini. » (Essays de Jean Rey, édit. Gobet, 1777, p. 107-9.)

Page 228, 1. 20. — Cette interruption de travail correspond au voyage de Danemarck et aussi à une maladie de Descartes. Beeckman écrit»- en effet, à Mersenne, le 7 oct. 1 63 1 : « D. des Cartes cum quo ante aliquot « dies Amstelrodami pransus sum, ex satis difficili morbo convaluit. » i.Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, fol. q3, p. i-3l II est possible que les pre-

�� � 2 J

��Correspondance. », 33 4 .

��mières atteintes de cette maladie, dont Baillet n'a pas eu connaissance, aient empêché Descartes de continuer son voyage avec Villebressieu; car il a soin d'indiquer à ce dernier qu'il est rentré de Dort en bonne santé (plus haut, page 21 5, F, lig. 5--). Il est clair, d'autre part, qu'il nous manque une lettre à Mersenne, écrite avant la précédente XXXVII, et où Descartes, reprenant avec le Minime sa correspondance interrompue, lui avait donné de plus amples détails.

Page 23o, 1. 20. — C'est dans sa lettre à Mersenne du i3 novembre 1629 (plus haut, page 72) que Descartes avait traité de la descente des graves dans le vide ; si les proportions numériques qu'il indique ici ne se retrouvent pas dans cette lettre, elles pouvaient figurer dans la partie finale qui en est perdue.

Les dénominateurs de ces rapports sont proportionels, d'après Des- cartes, au temps de chute pendant le parcours du premier espace; les numé- rateurs successifs sont respectivement proportionels aux temps de chute pendant le second espace, les deux suivants, les quatre suivants, puis les huit, les seize, etc. D'après la loi de Galilée, le rapport que Descartes suppose ainsi en fait égal à ^l*i < «t ( • a — • 1) •~a°~; la différence, comme on le voit, est notable (T).

��XXXIX.

Descartes a [Golius].

[Amsterdam, janvier i632.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre 69, p. 334-336.

Sans nom ni date dans Clerselier. Mais cette lettre est adressée au même correspondant que la suivante (p. a36) et la précède de peu. Or la suivante, dont l'autographe existe encore, est à Golius, du 2 février i632.

Monfieur,

le me réjouis extrêmement ce ce qu'il vous plaift prendre la peine d'examiner l'écrit que ie vous ay en- uoyé*; mais c'eft a condition, s'il vous plaift, que vous me ferez la faueur de m'auertir franchement de

�� � u.334-335. XXXIX. — Janvier 16} 2. 2jj

toutes les fautes que vous y aurez trouuées ; car ie ne doute point que vous n'y en trouuiez plufieurs, vu qu'il y en a mefme quelques-vnes que ie connois : comme en, la defcription que i'ay faite des Lignes 5 courbes, dont il efloit queflion, defquelles i'ay feule- ment expliqué quelques efpeces, au lieu d'en définir les genres tous entiers, ainfi que i'eufle pu faire en cette forte :

Datis quotcunque réélis lineis, punéla omnia ad Mas

10 iuxla tenorem quœjlionis relata, contingent vnam ex lineis quœ defcribi pojfunt vnico motu continuo, & omni ex parte determinato ab ali\quot Jimplicibus relationibus ; nempe, à duobus vel tribus ad fummum, Ji reélœ pojitione datœ nonfint plures quant quatuor; à tribus vel quatuor

i5 relationibus ad fummum, Ji reélœ pojitione datœ non Jint plures quant oélo; à quinque vel Jex, Ji datœ reélœ non Jint plures quant duodecim, atque ita in injinitum. Et vice versa nulla talis linea potejl dejcribi, quin pojjit inueniri pojîtio aliquot reélarum, ad quas referantur injinita

20 punéla, iuxta tenorem quœjlionis, quœ illam contingent. Quœ quidem rectœ non erunt plures quant quatuor, Ji curua defcripta non pendeat a pluribus quant duobus jim- plicibus relationibus; nec plures quam oélo, Ji curua non pendeat à pluribus quam quatuor relationibus ; & fie con-

î5 Jequenter. Hîc autem fimplices relationes Mas appello, quarum Jingulœ non niji Jingu las proport iones Geometri- cas inuoluunt. Atque hœc linearum quœjitarum dejinitio ejl, ni Jallor, adœquata & Jufficiens. Per hoc enim quod dicam Mas vnico motu continuo defcribi, excludo Quadra-

3o tricem & Spirales, aliafque eiujmodi, quœ non nifi per

Correspondance. I. 3o

�� � 2}4 Correspondance. 11,335-336.

duos aut plures motus, ab inuicem non dependentes, de- fcribunîur. Etper koc quod dicam illum motum ab aliquot fimphcibus relationibus debere determinari, alias innu- meras excludo, quibus nulla nomina, quod fciam, fint im- pojita. Denique per numerum relationum fingula gênera 5 defimo; atque ita primum genus folas Conicas Secliones cor.:prehendit , fecundum verà prœter illas quas fupra exphcui, coniinet alias quant plurimas, quas longum effet recenfere.

le vous diray auffi que i'y ay mis diuerfes chofes, 10 lefquelles ie fçay bien n'auoir pas fuffifamment expli- quées, comme lors que i'ay parlé des quatre moyens de préparer les Equations, afin de les comparer les vnes aux autres, & généralement tout ce que i'ay dit de la façon d'appliquer les lignes courbes à quelques i5 exemples donnez, où ie deuois pour le moins mettre vn exemple de cinq ou fix lignes droites données par pofition, aufquelles i'appliquaiTe la ligne courbe de- mandée. Mais i'ay appréhendé la peine d'en faire le calcul. Et pour en parler franchement, il m'a femblé 20 que ie deuois laifTer encore quelque chofe pour exer- cer les autres, afin qu'ils éprouuaflent fi la queftion eft difficile, j Toutesfois fi vous defirez fçauoir la mé- thode dont ie me voudrois feruir, pour trouuer tels exemples, ie m'oblige ou de vous l'écrire, ou plutoft 2 5 de vous la dire, lors que i'auray l'honneur de vous voir à Leyde, ou icy : car on peut plus dire de telles chofes en vn quart d'heure, qu'on n'en fçauroit écrire en tout vn iour. Au refte pour ce que vous me man- dez, & que M. H(ortenlius) * me témoigne que vous io

�� � n,336. XXXIX. — Janvier 1632. 2}{

defirez voir de ma Dioptrique, ie vous en enuoye la première partie, où i'ay tâché d'expliquer la matière des réfractions, lans toucher au refte de la Philofophie . Vous verrez que c'eft fort peu de chofe, & peut eftre

5 après 1'auoir leuë, que vous en ferez beaucoup moins d'eiïat que maintenant. Mais ie ne laifferay pas d'eftre bien aife que vous la voyiez, afin que vous me faftiez, s'il vous plaift, la faueur de m'en dire voftre iuge- ment, & de me la renuoyer, pource que ie n'en ay

10 point du tout de copie ; & de plus, ie ne ferois pas bien aife que perfonne la vifl, autre que vous. le fuis, Moniteur,

Voftre tres-humble & tres-obeïfTant feruiteur, descartes.

Page 2?2, 1. 4. — Cet écrit est évidemment une solution du problème de Pappus, qui constitue un des principaux sujets de la Géométrie de Deseartes, et peut s'énoncer comme suit en langage moderne : étant donné ■211 droites, trouver le lieu d'un point tel que le produit de ses distances à « de ces droites soit dans un rapport déterminé au produit des distances aux n autres. On peut d'ailleurs admettre que dans l'un ou l'autre des deux groupes, p droites coïncident; alors la distance correspondante figure dans le produit avec l'exposant/».

D'après Leibniz (Remarques sur l'abrégé de la Vie de Mons. des Cartes, édit. Gerhardt, IV, 3 1 6), Hardy lui aurait conté autrefois [de 1673 à 1676] que Golius, « très versé dans la Géométrie profonde des anciens», avait le premier proposé ce problème à Descartes, pour mettre à l'épreuve la méthode que ce dernier a faisoit sonner fort haut ». Descartes y aurait mis six semaines, ce qui, au reste, n'a rien d'étonnant (comme le constate Leibniz contre Boyle), vu la complexité des cas particuliers qu'il dut approfondir et qu'il est loin d'avoir tous insérés dans sa Géométrie. Enfin, toujours d'après Leibniz, Descartes aurait été ainsi désabusé « de la petite opinion qu'il avoit eue de l'analyse des anciens ». (Cf. ci-après p. 244, 1. 6.)

Le rôle de Golius est d'autant moins douteux que, d'après la lettre XLV ci-après, il avait dès auparavant proposé le même problème à Mydorge. Il est d'autant plus singulier que plus tard (lettre CXII ci-après, à Mer- senne, Clers., t. III, p. 191)' Descartes ne le compte point parmi ceux qui, dans les Pays-Bas, sont en état de comprendre sa Géométrie.

�� � 2}6 Correspondance. m, 336.

Page 234, 1. 3o. — Clerselier imprime seulement H, initiale de Horten- sius, plutôt que de Huygens, que Descartes appelle presque toujours M. de Zuylichem. Dans les Remarques de Leibniz sur l’abrégé de la vie de Mons. des Cartes (1692), on lit : « Le premier qui avoit découvert la véritable » loy des refractions estoit Willibrord Snellius, Hollandois, un des plus » grands Géomètres de son temps ; il l’avoit expliquée dans un traité exprès » dont M. Isaac Vossius nous a conservé des extraits. Snellius l’enseignoit à ses disciples, et entre autres, a Hortensius, depuis Professeur de » Mathématiques, qui l’enseignoit aussi; ainsi toutes les apparences sont que M. des Cartes qui estoit si curieux de ces choses, qui avoit séjourné » si long temps en Hollande, et qui practiquoit les meilleurs Mathematiciens, l’a sçue... » (Edit. Gerhardt, IV, 1880, p. 3 18). Voir sur cette question D.-J. Korteweg, Descartes et Snellius, d’après quelques docu- ments nouveaux (Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1896, p. 489-502).

XL.

Descartes a Golius.

Amsterdam, 2 février i632. Autographe, Leyde, Bibl. de l’Univ., Collection Huygens.

Une feuille grand format, pliée en deux feuillets ; le premier a 28 lignes, plus 6 en marge, au recto, et 24 au verso, sans la signa- ture et la date; les deux figures sont en marge et de la main de Des- cartes. Au verso du second feuillet , l’adresse avec les fragments de deux cachets de cire rouge; sur l’un des deux on distingue encore R et C entrelacés. — L’imprimé de Clerselier, qui reproduit la mi- nute de Descartes, fournit d’asse\ nombreuses variantes et une fin toute différente, t. II, lettre 70, p. 336-33g.

Monfieur,

le vous ay très grande obligation du fauorable iugement que vous faites de mon Analyfe, car ie fçay bien que i’en doy la plus grand part a voftre courtoifie;

2 avant très grande] vne aj. — 3 mon Analyfe] l’Analyfe dont ie me fers. — car] et. IO

��i5

��20

��25

��»

��h, 336-337. XL. — 2 Février 1632. 237

toutefois ie ne laiffe pas d'en auoir vn peu meilleure opinion de moy mefme, pource que ie voy que | vous aués pris connoiffance de caufe auant que d'en don- ner vn iugement définitif. Et ie fuis bien ayfe que vous veuilliés faire le femblable touchant la matière des refraftions. Et affin que ie contribue autant qu'il m'eft pofîible , au moins de volonté , a la peine que vous voulés prendre d'en faire l'expérience, ie vous diray comment ie m'y voudrois comporter fi i'auois le mefme deflein. Ieferoispremie- j, rement faire vn inftrument de bois ou autre matière, tel que vous le voyés icy defcrit. A B eft vne reigle ou pièce de bois toute droite, auec vn pied B fur lequel elle fe peut fouftenir ferme dans le fonds du vafe O P ; E F & C D font deus autres reigles iointes a angles droits auec A B ; G eft vne pinnule qui doit eftre affés grande

���1 laiffe pas] me fçaurois em- pefcher. — 3 pris] voulu pren- dre. — 6 après refractions] le ne doute point que vous ne ("ca- chiez mieux que moy le moyen de les expérimenter aj. — Et] Mais. — 8 voulés... expérience]

��en voulez prendre. — 9 après diray] icy aj. — 12 faire omis. — 14 autre] d'autre. — 17 def- crit omis. — 20 toute droite omis. — 22-23 fur lequel elle fe] qui la. — 23 dans... O P] au fonds d'vn vafe.

�� � 2}8 Correspondance. 11,337-338.

G

& enuiron de cete figure Çj[~} ; fa grandeur eft requife

affin quelle n'empefche point la fuperficie de l'eau d'eftre toute platte & efgale au point du milieu marqué i, auquel precifement fe doit faire la refraftion, & les pointes G & H feruent a déterminer ce point 1. La 5 reigle E F eft diuifée en plufieurs parties 1 , 2 , j , 4, &c. , qui peuuent eftre efgales ou inefgales, il n'importe 3 . Enfin k l eft vn plomb ou niueau par le moyen du- quel il fault dreffer le vaze ou eft | pofé l'inftrument, en forte que la ligne A B regarde iuftement le centre «o du monde, puis verfer de l'eau dans ce vaze iufques a ce que la fuperficie de cete eau touche iuftement la pinnule G ; et tenant d'vne main le ftile r iur la reigle D C, & de l'autre la chandelle N, il les fault mouuoir ça et la (fans toutefois feparer le ftile r de la reigle «5 D C), iufques a ce que l'vmbre du ftile r aille iuftement donner fur le milieu de la pinnule G H ;', & de la fur quelqu'vne des diuifions de la reigle E F comme fur 4.

i-5 et enuiron. . . ce point i'J fault] ie voudrois. — 10 re-

et auec deux petites pointes au garde] regardait. — 12 touche]

milieu (comme vous la voyez touchait. — i3 r] v (de même,

icy à part) G et H, afin que le 1. 16). — 14 D C] C D. — il les

milieu I s'en connoiffe mieux. — fault mouuoir] ie les remuërois.

6-7 : 1, 2, 3, 4, etc., qui peu- — 1 5- 1 6 (fans... D C) omis.

uent eftre omis. — 7 il omis. — iG aille] allait. — 17 donner

— après n'importe] pas aj. — fur] paffer par. — de la] allait

Note en marge omise. — 8 kl] donner a/. — 18 comme fur 4]

K C. — plomb ou omis. — 9 il par exemple fur la cinquiefme.

a. (En marge.) Il faut auïTy que la reigle E F foit plus large que D C & auancee en dehors afïin que fes diuifions foyent en mefme plan que la pinnule G & le ftile r.

�� � h 338-339. XL. — 2 Février 1632. 2 59

Or ayant marqué fur la ligne C D le point ou fe trouue pour lors le ftile r, a fçauoir le point 4, il fault tirer l'inftrument hors de l'eau, & fuiuant la ratio- cination que fçaués, marquer les autres diuifions de la ligne C D qui doiuent correfpondre a toutes les diuifions de E F *. Par exemple ayant defcrit vn cercle dont le centre eft G & tiré les lignes 4 G, 4 G, qui couppent ce cercle aus poins a&d,ie tire les perpen-

��1-2 Or... trouue] puis ie mar- queras le lieu de la règle C D où feroit. — 2 r, a fçauoir le point 4] par exemple au point v. — 2-3 il faut tirer] cela fait ie tirerois. — 3 hors] omis. — 4 après que] vous aj. — mar- quer] ie marquerois. — 6 après E F] comme v répond a 5 a/. — 6 à 27, p. 240, Par exemple. . . Monfieur]. Enfin remettant l'inf- trument en l'eau comme de- uant, & appliquant le ftile à toutes les diuifions de la ligne C D, ie regarderois fi les rayons de la chandelle tomberoient iuf- tement fur les diuifions de la ligne E F. Par exemple ayant décrit vn Cercle dont le centre eft G, & tiré les lignes 4 G, qui le couppent aux poincls A & C, ie tire les Perpendiculaires A B, C D \ puis joignant G 3, qui couppe en E le mefme Cercle, ie tire la Perpendiculaire E F; & ayant trouue vne ligne qui foit à E F, comme A B eft à C D, ie l'applique dans le Cer- cle parallèle à A B, comme eft H I ; & tirant la ligne G I, (iuf-

��ques à la règle C D,) i'y trouue le point 3. Il faut ainfi faire des autres.

Si vous n'auez point encore penfé au moyen de faire cette expérience, comme ie fçay que vous auez beaucoup de meil- leures occupations, peut-eftre que celuy-cy vous femblera bien auffi aifé, que l'inftrument que décrit Vitellion. Toutesfois ie puis bien me tromper, car ie ne me fuis point feruy ny de l'vn ny de l'autre, & toute l'expé- rience que i'ay iamais faite en cette | matière, eft que ie fis tail- ler vn Verre, il y a enuiron cinq ans, dont M. Mydorge traça luy- mefme le modelle; & lors qu'il fut fait, tous les rayons du So. leil qui pafibient au trauers s'af- fembloient tous en vn point, iuf- tement à la diftance que i'auois prédite. Ce qui m'affura, ou que l'Ouurier auoit heureufement failly, ou que ma ratiocination n'eftoit pas fauffe. le fuis,

Monfieur, Le reste manque.

�� � 240

��Correspondance.

��ir, 338-339.

��D t îsS"

� �C i

1

G

« <

� � � � �E

c

�V\* „

� �\^y£

� � �-" /

��diculaires a b, c d, puis tirant G 3 qui couppe le mefme cercle au point /, ie defcris la perpendicu- laire e f, et apprés ie cherche la ligne h i qui foit â e/comme a b eft â c d, laquelle eftant trouuee, ie l'applique dans le cercle paral- lèle â ab, puis tirant G h iufques â D C i'y trouue le point j, & ainfy des autres. Toutes les diuifions de la reigle C D ayant efté ainfy trouuées, il fault remettre l'inftrument en l'eau comme deuant & regarder fi le ftyle eftant appli- qué fur les diuifions de la ligne D C, fon vmbre paffant par G ira iuftement donner fur les diuifions de la reigle E F. le ne doute point que vous ne puifïïés trouuer plu- fieurs autres inuentions meilleures que celle cy pour faire la mefme expérience, fi vous prenés la peine d'en chercher; mais pource que ie fcay que vous aués beaucoup d'autres occupations, i'ay creu que fi vous n'y auiés pas encore penfé, ie vous foulagerois peut- eflre d'autant, en vous efcriuant celle cy, ou du moins que ie vous pourrois affurer que ie fuis,

Monfieur,

Voftre très humble & très afledionné feruiteur,

DES CARTES.

��10

��i5

��20

��25

��d'Amfterdam ce 2 Feu

��1652.

��3o

�� � XL. — 2 Février 1632. 241

A Monfieur

Monûeur Golius

Profeffeur aus Mathématiques

& aus langues Orientales

a Leyden.

��Page 239, 1. 6. — La rédaction, tout à fait différente, que Clerselier donne à partir de cet endroit, se rapporte à une autre figure que celle de l'autographe. Nous la restituons ci-contre, en complétant celle de Clerselier, où manquent les lignes 3 G 3, E F, I H, et où la ligne inférieure ne porte aucun chiffre.

La description de l'instrument de Vitellion, dont Descartes parle plus loin dans sa pre- mière rédaction, se trouve au livre II, prop. i, de cet auteur. La partie essentielle en est un cercle gradué, maintenu verticalement dans le liquide qui en affleure le diamètre hori- zontal. Mais les dispositifs accessoires sont d'un maniement très incommode. Au reste cet instrument est emprunté à Alhazen, IV, 7 et VII, i (Optica? thésaurus, édité par F.

Risner, Bâle, apud Episcopios, 1572). Descartes dit Vitellion, comme les éditions de Nuremberg, 1 535 et 1541, et comme Kepler (Parali- pomena ad Vitellionem, Francfort, apud Claudium Marnium, 1604). Risner a imprimé Vitello. La véritable forme du nom est Witelo : cet auteur, né en Pologne, probablement d'un Thuringien et d'une Polo- naise (Thuringopolonus), avait écrit ses dix livres vers le milieu du xiii* siècle, dans un couvent de l'ordre des Prémontrés voisin de Valen- ciennes.

Quant au verre, taillé par Ferrier sur le tracé de Mydorge, et qui avait permis à Descartes d'obtenir la vérification expérimentale de sa loi de ia réfraction, il en est longuement parlé dans la lettre de Descartes à Constantin Huygens de décembre i635 (Clers., t. II, p. 364-365). Il y avait alors « huit ou neuf ans », ce qui concorde avec la présente lettre, pour indiquer le courant de l'année 1627 comme date du travail en question.

Au sujet de l'importance de cette vérification, qui avait dispensé Des- cartes de toute autre expérience, on peut consulter P. Kraher {D scartes und das Brechunggeset\ des Lichtes, dans les Abhandlungen \ur Ge- schichte der Mathematik, Heft 4, Leipzig, Teubner, 1882, p. 235-278). Voir également D. J. Kokteweg (Descartes et Snellius, d'après quelques Correspondance. I. 3i

�� �� � 242 Correspondance. h, 33 9 .

documents nouveaux dans la Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1896) qui a donné deux lettres de Golius à Constantin Huygens, des 7 avril et i" novembre i632 (p. 497 et 491-495).

��XLI.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 5 avril i632.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 71, p. 33o-34o.

Sans date dans Clerselier. Mais dans la lettre XXXVIII à Mer- senne, d'oct. ou nov. i63t, Descartes disait : « ie vous promets de » vous enuoyer auant Pafques quelque chose de ma façon » (p. 228, 1. 22-23). Or on lit dans celle-ci : « le Traitté que ie vous auois » promis à ces Pafques » (p. 242, 1. 6-7). // s'agit donc de Pâques i632, qui tombait cette année-là le 1 1 avril. La lettre doit être au plus tard du S, Mersenne ayant répondu le i5 au dernier alinéa. (Voir la lettre suivante.)

Mon Reuerend Père,

Il y a trop long-temps que ie nay point receu de vos nouuelles, & ie commenceray à eftre en peine de voltre fanté, fi vous ne me faites bien-tofi; la faueur de m'écrire. le iuge bien que vous aurez voulu diffe- 5 rer iufques à ce que ie vous euffe enuoyé le Traitté que ie vous auois promis à ces Pafques. Mais ie vous diray qu'encore qu'il foit prefque tout fait, & que ie puffe tenir ma promette, fi ie penfois que vous m'y vouluffiez contraindre à la rigueur, ie feray toutesfois 10 bien aife de le retenir encore quelques mois, tant pour le reuoir que pour le mettre au net, & tracer quelques figures qui y font neceffaires, & qui m'im-

�� � h, 33 9 -î4o- XLI. — ) Avril i6}2. 24}

portunent affez : car, comme vous fçauez, ie fuis fort mauuais peintre, & fort négligent aux chofes qui ne me feruent de rien pour apprendre. Que fi vous me blâmez de ce que ie vous ay défia tant de fois man- 5 que de promeffe, ie vous diray pour mon excufe, que rien ne m'a fait différer iufques icy décrire le peu que ie fçauois, que l'efperance d'en apprendre dauan- tage, & d'y pouuoir adjoufter quelque chofe de plus. | Comme, en ce que i'ay maintenant entre les mains,

io après la générale defcription des Affres, des Cieux, & de la Terre a , ie ne m'eftois point propofé d'expli- quer autre chofe touchant les cors particuliers qui font fur la Terre, que leurs diuerfes qualitez, au lieu que i'y mets quelques-vnes de leurs formes subftan-

1 5 tielles, & tâche d'ouurir fufHfamment le chemin, pour faire que par fucceffion de temps on les puiffe con- noiffre toutes, en adjouftant l'expérience à la ratioci- nation. Et c'eft ce qui m'a diuerty tous ces iours paffez : car ie me fuis occupé à faire diuerfes expe-

20 riences, pour connoiftre les différences effentielles qui font entre les huiles, les efprits ou eaux de vie, les eaux communes, & les eaux fortes, les fels, &c. Enfin, fi ie diffère à m'acquitter de ma dette, c'efl auec intention de vous en payer l'intereft. Mais ie ne

2 5 vous entretiens de cecy que faute de meilleure ma- tière, car vous iugerez affez fi ce que ie me propofe de vous enuoyer vaut quelque chofe, quand vous l'aurez ; & i'ay bien peur qu'il ne foit fi fort au deffous de vôtre attente, que vous ne le veùilliez pas accepter

3o en payement.

a. Cf. le Monde, c. vin ; et ci-après. Lettre XLIII.

�� � 244 Correspondance. h, 340.34:.

Vous m'auiez écrit la dernière fois, de quelqu'vn qui fe vantoit de refoudre toutes fortes de Queftions Mathématiques 8 . le feray bien aife de fçauoir fi vous luy aurez propofé la queftion de Pappus, que ie vous auois enuoyée b : car ie vous diray que i'ay employé 5 cinq ou fix femaines à en trouuer la folution, & que fi quelqu'autre la trouue, ie ne croiray pas qu'il foit ignorant en Algèbre. le fuis,

Mon R. P.

Voflre tres-humble & tres-obeïiïant 10 feruiteur, descartes.

XLII. Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 3 mai i632.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 72, p. 341-343.

La date, qui manque dans Clerselier, a été' déterminée comme il suit : tout d'abord il est clair que cette lettre fait suite à la précé- dente (cf. p. 244, 1. i-3, et p. 245, 1. 10 et 20) : elle est donc de ï632. Elle répond à trois lettres de Mersenne (p. 245, 1. 1-2), datées dès lors des g, 11 et iS avril : Descartes n'a pu recevoir la dernière avant le 24 avril; comme il n'a pas répondu par le courrier du 26 sa lettre est au plus tôt du 3 mai, et il est improbable qu'il l'ait re- tardée davantage.

Mon Reuerend Père, I'ay receu trois de vos lettres quafi en mefme temps,

a. Sans doute le mathématicien Beaugrand ; voir la lettre suivante.

b. Probablement dès janvier i632 ; cf. plus haut la lettre XXXIX Golius, p. 235, note.

�� � ". 3 4 i. XLII. — j Mai 1632. 245

l'vne du Vendredy Sainâ:, l'autre du iour de Pafques, & l'autre de quatre iours après, auec le liure d'Ana- lyfe*; ie n'y ay pas fait plutoft réponfe, pource que i'eftois incertain du lieu où ie pafferois cet elle, & 5 i'attendois que ie me fuffe refolu, afin de vous pouuoir mander l'addreffe pour m'écrire.

le vous remercie du liure d'Analyfe que vous m'auez enuoyé ; mais entre nous, ie ne vois pas qu'il foit de grande vtilité, ny que perfonne puiffe apprendre

10 en le lifant la façon, ie ne dis pas de nullum non pro- blema foluere, mais de foudre aucun problème, tant puiffe-t'il élire facile. Ce n'eft pas que ie ne veuille bien croire que les auteurs en font fort fçauans, mais ie n'ay pas affez bon efprit pour iuger de ce qui eft

i5 dans ce liure, non plus que de ce que vous me man- dez du problème de Pappus : car il faut bien aller au delà des ferions coniques & des lieux folides, pour le refoudre en tout nombre de lignes données, ainfi que le doit refoudre vn homme qui fe vante de nullum

20 non problema foluere, & que ie penfe l'auoir refolu. Si le Père Scheiner* fait imprimer quelque chofe fur les Parhelies qu'il a obferuées à Rome , ie feray bien aife de le voir, & ie vous prie, s'il tombe en- tre vos mains, de donner charge à quelque libraire

2 5 de me l'enuoyer, afin que ie le puiffe payer icy à fon correfpondant, & ie vous prie de m'addreffer toufiours icy tout droit ce qu'il vous plaira de m'enuoyer, fans prendre la voye de quelque autre pour m'épargner le port ; car l'obligation que ie leur ay de m'enuoyer vos

3o lettres, ne fçauroit élire fi petite, que ie ne l'ellime toufiours plus que l'argent.

�� � y y

�t\\' '

�r U- >

��246 Correspondance. h, 342.

j 1 . Vous demandez pourquoy le fon eft porté plus aifement le long d'vne poutre qu'on frappe, qu'il n'eft dans l'air feul*. Ce que ie répons arriuer à caufe de la continuité de la poutre, qui eft plus grande que celle des parties de l'air : car fi vous faites mouuoir le 3 bout de la poutre A, il eft euident que vous faites

mouuoir au mefme inf- tant l'autre bout B ; mais fi vous poufiez l'air en l'endroit C, il faut 10 c - y -r , c Qu'il s'auance au moins

' ^ h&À V^"-^'"^ lulques à D, auant que

de faire mouuoir E, à caufe que fes parties obeïffent, ainfi que celles d'vne éponge. Or il employé du temps en paffant depuis C i5 iufques à D, & perd cependant vne partie de fa force ; d'où vient que le fon, qui n'eft autre chofe que le mou- uement de l'air, fera entendu plus vifte & plus fort au point B qu'au point E. D'où il eft facile de refoudre aufli voftre quatriefme queftion, où vous demandez 20 pourquoy le fon s'entend beaucoup plus vifte que l'air ne fe peut mouuoir. Car vous voyez que pouffant la partie de l'air qui eftoit au poind C, elle n'a pas dû pafler iufques à E, pour y faire entendre le fon, mais feulement iufques à D, & ainfi que, pendant le temps =5 que l'air a pu fe mouuoir depuis C iufques à D, le fon a palTé depuis C iufques à E, qui en fera, fi vous vou- lez, mille fois plus éloigné.

2. Si on fuppofe qu'vn poids poli, eftant traîné fur vn plan poli horizontal, ne le touche qu'en vn feul 3o

1:1] Premièrement. — i4fes] ces. — 29 : 2] Secondement.

�� � ij, 34.2-343. XLII. — j Mai 16} 2. 247

poincl: indiuifible, & que l'air nempefche point du tout fon mouuement, la moindre force fera fuffifante pour le mouuoir, tant grand qu'il puiffe élire *. Et quoy que ces deux fupofitions foient toufiours fauffes en 5 la Nature, & que les plus gros poids & les plus pefans foient plus empefchez par l'air, & appuyent en plus de parties fur le plan où ils fe meuuent, que les plus légers & plus petits ; toutesfois cela ( empefche de fi peu leur mouuement que, lors qu'on examine en

10 Mechanique combien il faut de force pour leuer vn poids, ou pour le traifner fur vn plan incliné, qui eft vne autre de vos queftions, on fuppofe que l'air, ny l'attouchement du poids fur le plan incliné, nempefche rien du

i5 tout. Et cela fuppofé, il faut moins de force à tirer le poids

F, fuiuant la ligne D B, qu'il A — ^ B

n'en faut à le tirer fuiuant la

ligne B C, c'eft à dire que fi D B eft double de B C, il

20 ne faut que la moitié d'autant de force.

j . Quand on pouffe vne baie en tournant, outre la force dont on la pouffe en ligne droite, il faut encore vne autre force pour la faire tourner autour de fon centre. Et de plus, l'air luy refifte bien dauantage que

25 fi elle ne tournoit point.

4. le l'ay dit 3 .

5 . Il eft impoffible de faire mouuoir l'archet d'vne viole, fi vifte que fe font les tremblemens de l'air qui

21 : 3j Troifiémemeni. — 24 refifte] refte. a. Plus haut, page 246, 1. 20.

��� � 248 Correspondance. h, 3 4 3.

font le fon; mais fi par impoffible cela fe faifoit, l'ar- chet feul rendroit le mefme fon que les cordes.

6. le ne voy point que la pierre qu'on a iettée, fe puiffe mouuoir plus ville, ny mefme du tout fi vifte, que la main qui la iette. 5

le ne vous fçaurois dire quand ie vous enuoyeray mon Monde ; car ie le laiffe maintenant repofer, afin de pouuoir mieux connoiftre mes fautes, lors que ie le voudray mettre au net. le m'en vais paffer cet efté à la campagne; fi vous m'écriuez, ie vous prie d'ad- »o drelîer vos lettres à M le fuis,

Mon R. P.

��Page 245, 1. 3. — Les mots nullum non problema soluere (1. 10 et 19) sont les derniers de l'ouvrage de Viete : In Artem Analyticam Isagoge, imprimé en 1591 et réédité en 1624. Mais le livre d'Analyse envoyé à Des- cartes doit être le traité posthume : Francisci Vietœ ad Logisticen Spe- ciosum Nota? priures, annoté et édité par Jean de Beaugrand (Paris, Guil- laume Baudry, i63i). Cf. p. 245, 1. i3 « les auteurs ».

P. 245, 1. 21. — Gassend à Scheiner, Paris, i3 av. i632 : a Quas ad me » literas dedisti, ...cum exemplo tuae Pantographices accepi ante paucos » dies. Intexuisti quam Parheliorum descriptionem rogaueram : grates » ob id refero summas, ac simul i;stor Superos, nihil mihi potuisse nun- » ciari iucundius, quam te fuisse priorum quoque Parheliorum obserua- » torem. Hactenus nempe id ignorabam, adeo vt propterea non potueris » debito cum elogio in Commentariolo meo nominari... Est vero cur » Opusevulges; cum ex adiunctà posteriorum Parheliorum descriptione » is habendus sis, quo nemo plures simul Soles in hune diem obseruauerit. » Liber tuus de Maculis Faculisque solaribus ad manus meas nondum » peruenit... » (Gass. Op., VI, 47-8). Dans une lettre postérieure à Naudé, du 1 1 mai i632, Gassend annonce qu'il vient enfin de recevoir et le livre De Maculis et cet exemplaire des Parhelies. Le livre doit être la Rosa Ursina de Scheiner (Bracciano, apud Andream Phœum, i63o), plutôt que les lettres De Maculis de 1612, publiées sous le pseudonyme d'Apelles latens post tabellam, qui avait frappé Descartes (voir plus haut, page 23, 1. 25-26). Quant aux observations des parhelies (Frascati, 20 mars 1629,

11 M. ..] Monfieur.

�� � ii, 3a8. XLIII. — 10 Mai 16} 2. 249

et Rome, 24 janv. t63o), l'opuscule communiqué à Gassend : Parheliae in quibus multa de Iridibus, Halonibus, Virgis, Chasmatis, n'a pas été imprimé [Bibl. de la Compagnie de Jésus, t. VII, 1896, p. 740, col. 2).

Page 246, 1. 3. — Mersenne à Jean Rey, au Bugue en Périgord, 1" avril i632 : « ... Cependant je vous propose quelques doubtes : à sca- » uoir comment il se peut faire que le moindre petit coup que l'on frappe » contre le bout d'vne poutre, soit dans vn air libre, soit estant enfermée » dans vne maison, et frappant à l'vn des bouts de dehors, soit entendu » si clairement, quelque longueur qu'ait la poutre, et si vous estimés qu'il » arrivast la mesme chose, encore qu'elle fût longue de Paris iusques à » vous. Ce qui semble difficile, à raison que ie crois que le son n'est autre » chose que le mouuement de l'air : car comment l'air de dedans la poutre » se peut-il mouuoir par vn si petit coup ?. . . » (Essajrs de Jean Rey, éd. Gobet, 1777, p. 1 52- 154).

P. 347, 1. 3. — Cf. Mersenne, Questions inouyes ou Récréations des Scauans (Paris, 1634, achevé d'imprimer 1" déc. i633). Question V : Quels corps sont plus aisez à faire mouuoir ou rouller sur la terre, ou sur vn plan (p. 1 5-17}.

��XLIII.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, 10 mai i632.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 67, p. 328-33o.

Cette lettre, dont la date manque dans Clerselier, est, d'après les premières lignes, écrite huit jours après une autre, qui ne peut être que la précédente, où il est parlé de même : i" du changement d'a- dresse de Descartes, que nécessite son déplacement projeté (pour Deventer) ; 2 de l'observation du parhélie de Rome (20 janvier i63o), que Gassend avait reçue de Scheiner; 3° de livres envoyés par Mersenne à Descartes.

Mon Reuerend Père,

Il y a huit iours que ie vous donnay la peine de faire tenir vne lettre pour moy en Poitou; mais

Correspondance. I. 33

�� � 250 Correspondance. 11,3*8-3*9.

comme ie me haftay en l'écriuant, fuiuant ma négli- gence ordinaire, qui me fait | toufiours différer iufques à l'heure que le Meffager eft preft de partir, ie m'ou- bliay d'y mettre l'addrefle par où on me pourrait faire réponfe, ce qui me contraint de vous importuner 5 derechef d'y en faire tenir vne.

Si l'obferuation du phainomene de Rome que vous me mandez auoir, & qui eft écrite de la main de Scheiner, eft plus ample que ce que vous m'en auez autresfois enuoyé, vous m'obligerez û vous prenez io la peine de m'en enuoyer vne copie 3 .

Si vous fçauez quelque autheur qui ait particuliè- rement recueilly les diuerfes obferuations qui ont efté faites des Comètes, vous m'obligerez auffi de m'en auer- tir ; car depuis deux ou trois mois, ie me fuis engagé 1 5 fort auant dans le Ciel ; & après m'eftre fatisfait tou- chant fa nature & celle des Aftres que nous y voyons, & plufieurs autres chofes que ie n'eufte pas feulement ofé efperer il y a quelques années, ie fuis deuenu û hardy, que i'ofe maintenant chercher la caufe de la 20 fituation de chaque Eftoile fixe. Car encore qu'elles paroifTent fort irrégulièrement éparfes çà & là dans le Ciel, ie ne doute point toutefois qu'il n'y ait vn ordre naturel entr'elles, lequel eft régulier & déter- miné; & la connohTance de cet ordre eft la clef & le 25 fondement de la plus haute & plus parfaite fcience, que les hommes puiffent auoir, touchant les chofes matérielles ; d'autant que par fon moyen on pourroit connoiftre à priori toutes les diuerfes formes & ef- fences des cors terreftres, au lieu que, fans elle, il 3o

a. P. 245, 1. 2i.

�� � H, 3sg-33o. XLIII. 10 MAI l6}2. 2^1

nous faut contenter de les deuiner à pojîeriori, & par leurs effets. Or ie ne trouue rien qui me pufl tant aider pour paruenir à la connoiffance de cet ordre, que l'obferuation de plufieurs Comètes ; & comme vous 5 fçauez que ie nay point de liures, & encore que i'en euffe, que ie plaindrois fort le temps que i'emploirois à les lire, ie ferois bien aife d'en trouuer quelqu'vn qui euft recueilly, tout enfemble, ce que ie ne fçaurois fans beaucoup de peine tirer des autheurs particu- le» liers, dont chacun n'a écrit que d'vne Comète ou deux feulement n .

Vous m'auez autresfois mandé que vous connoiffiez des gens qui fe plaifoient à trauailler pour l'auance- ment des | Sciences, iufques à vouloir mefme faire i5 toutes fortes d'expériences à leurs dépens b . Si quel- qu'vn de cette humeur vouloit entreprendre d'écrire l'hiftoire des apparences celefles, félon la méthode de Verulamius c , & que , fans y mettre aucunes raifons ny hypothefes, il nous décriuift exactement le Ciel, tel 20 qu'il paroift maintenant, quelle fituation a chaque Eftoile fixe au refpecl: de fes voifines, quelle diffé- rence, ou de groffeur, ou de couleur ou de clarté, ou d'eftre plus ou moins étincelantes, &c. ; item, fi cela répond à ce que les anciens aftronomes en ont écrit, 25 & quelle différence il s'y trouue (car ie ne doute

a. Descartes citera plus tard, Principes, III, art. 128 : Lotharii Sarsii Libra astronomica ac philosophica qua Galilœi opiniones de cometis . . . examinantur (Perusiae, in-4*, 1619).

b. P. 195, 1. 28.

c. Sur « l'histoire des phénomènes », partie importante de la méthode baconienne, voir, à la suite du Novum Organum, Parasceve ad Historiam Naturalem et Expérimentaient.

�� � 2$ 2 Correspondance. 11,330.

point que les Eftoiles ne changent touûours quelque peu entr'elles de fituation, quoy qu'on les eftime fixes) ; après cela qu'il y adjouftaft les obferuations des Comètes, mettant vne petite table du cours de chacune, ainfi que Tycho a fait de trois ou quatre 5 qu'il a obferuées 3 ; & enfin les variations de l'eclip- tique & des apogées des Planètes : ce feroit vn ou- urage qui feroit plus vtile au public qu'il ne femble peut eftre d'abord, & qui me foulageroit de beaucoup de peine. Mais ie n'efpere pas qu'on le fafle, non plus >o que ie n'efpere pas aufli de trouuer ce que ie cherche à prefent touchant les Aftres. le croy que c'eft vne Science qui pafle la portée de l'éfprit humain ; & tou- tesfois ie fuis fi peu fage, que ie ne fçaurois m'em- pefcher d'y refver, encore que ie iuge que cela ne ,5 feruira qu'à me faire perdre du temps, ainfi qu'il a défia fait depuis deux mois, que ie n'ay rien du tout auancé en mon Traitté; mais ie ne laifferay pas de l'acheuer auant le terme que ie vous ay mandé.

le me fuis amufé à vous écrire tout cecy fans be- 20 foin, & feulement afin de remplir ma lettre, & ne vous point enuoyer de papier vuide. Mandez moy fi M. de Beaune fait imprimer quelque chofe. I'eufle efté bien aife de voir la duplication du cube de Meflieurs M(y- dorge) & H(ardy) b auec les liures que vous m'auez 25 enuoyez, & il me femble que vous m'auiez mandé qu'elle y feroit ; mais ie ne l'y ay point trouuée. le fuis,

Mon R. P.

��a. Liber de cometa, i6o3.

b. P. 175, I.4.

�� � XLIV. — 2) Mai 1632. 2^

��XLIV.

Descartes a Wilhem.

Amsterdam, 23 mai i632.

Autographe, Londres, Collection Morrison.

Imprimé par Foucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, t. //, 1860, p. 233 ; acquis par M. Chasles à la vente Van Voorst (Amsterdam, i85g), et par M. Morrison che\ Eug. Charavay (Paris, 21 mai 1881). Elle est mentionnée au Catalogue of the Collection of Autograph Letters and historical Documents, que M. Morrison a fait imprimer, t. II, 18 85, p. 32, n° 1. — Sur l'adresse, le cachet du philosophe, cire rouge, R et C entrelacés.

Monfieur,

I'ay receu le contenu de la lettre de change qu'il vous a plû m'enuoyer & vous en remercie. le l'aurois gardé vn peu plus long tems pour tafcher de vous le

5 remettre auec quelque proffit, mais ie ne doute point qu'il ne profite dauantage eftant entre vos mains qu'il ne pourroit faire entre les miennes, & ie fuis fur le le point de partir d'icy. le ne fçay que refpondre a la courtoifie de Monfieur Huguens, finon que ie chéris

10 l'honneur de fa connoiffance comme l'vne de mes meilleures fortunes, & que ie ne feray iamais en lieu ou ie puhTe auoir le bien de le voir, que ie n'en re- cherche les occafions , ainfy que ie feray toufiours celles de vous tefmoigner que ie fuis, Monfieur,

1 5 Voflre très humble &

très affectionné feruiteur descartes.

d'Amfterdam, ce 2) May 1632.

�� � 2^4 Correspondance. 11,344.

A Monfieur

Monfieur de Willhelme

Confeiller de Mon r

le Prince d'Orange

a La Haye.

XLV. Descartes a Mersenne.

[Deventer, juin i632.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 73, p. 344-345.

Lorsque Descartes écrit cette lettre, il semble être depuis un mois déjà (/. S) à Deventer auprès de son ami Reneri. Mais d'après la précédente, il a du quitter Amsterdam dès la fin de mai i632; d'au- tre part, c'est la première fois qu'il écrit à Mersenne depuis son changement de résidence. La lettre n'est donc probablement pas pos- térieure à la fin de juin.

Mon Reuerend Père,

le vous remercie des lettres que vous auez pris la peine de nïenuoyer ; ie fuis maintenant icy à D(euen- ter), d'où ie fuis refolu de ne point partir que la Dioptrique ne foit toute acheuée. Il y a vn mois que 5 ie délibère fçauoir fi ie décriray comment fe fait la génération des animaux dans mon Monde, & enfin ie fuis refolu de n'en rien faire, à caufe que cela' me tiendroit trop long-temps. I'ay acheué tout ce que i'auois deffein d'y mettre touchant les cors inanimez; !0 il ne me refte plus qu'à y adjoufler quelque chofe touchant la nature de l'homme, & après ie l'écriray

�� � �ii,3 4 4-345. XLV. — Juin 1632. 255

au net pour vous l'enuoyer; mais ie n'ofe plus dire quand ce fera, car i'ay défia manqué tant de fois à mes promettes, que i'en ay honte.

Pour vos queftions, premièrement, ie ne croy point que le fon fe reflechiffe en vn poind, comme la lu- mière, d'autant qu'il ne fe com- munique point comme elle par des rayons qui foient tous droits, mais il s'eïlend touf- io "^ iours en rond de tous collez.

Par exemple, fi le cors A rend de la lumière, le rayon de cette lumière qui paffe par le trou B, ne pourra élire veu qu'en la ligne droite B C ; mais û le mefme cors A rend quelque fon, ce i5 fon paffant par le trou B, ne fera gueres moins bien entendu vers D, & vers E, que vers C.

2. La raifon de 5 à 8 efl vne confonance, pource que lors qu'on entend le fon 8, on entend aufiï fa moitié qui efl 4, ce qui ne fe trouue pas en la raifon 20 de 5 à 7.

La refraclion des fons ne fe peut mejfurer exacle- ment, non plus que leur reflexion ; mais autant quelle peut eflre obferuée, il efl certain qu'elle fe doit faire à perpendiculari in aqua tout au contraire de 25 la lumière. Pour la façon de mefurer les réfractions de la lumière, injiituo comparationem inter finus angu- lorum incidentice & angulorum refraéîorum ; mais ie fe- rois bien aife que cela ne fufl point encore diuulgué, pource que la première partie de ma Dioptrique ne 3o contiendra autre chofe que cela feul. Non potefi facile determinari qualem figurant linea vif a in fundo aqua? fit

�� � 2^6 Correspondance. h, 3 4 s.

habitura; neque enim certus ejl aliquis locus imaginis in reflexis aut refraélis, quemadmodum fibi vuîgà per- fuaferunt optici*.

le ne vous auois point remercié, en ma dernière, de la demonftration des deux moyennes proportio- 5 nelles que vous m'auez enuoyée ; mais ie n'auois pas encore receu vos lettres, & ie vous diray que M. My- dorge en trouua auffi la demonftration, dés lors que vous m'en fiftes faire la conftruction, & que ie ne l'ay iamais iugée eftre difficile. I'aimerois mieux que vous 10 euffiez propofé la conftrudion de la façon de diuifer l'angle en trois, laquelle, fi ie ne me trompe, ie vous donné en mefme temps que l'autre ; car elle eft vn peu moins aifée, & M. Mydorge me confefla qu'il ne l'auoit peu demonftrer. Mais i'aimerois bien en- i5 core mieux qu'ils s'exerçaflent à chercher la propofi- tion de Pappus : car de dire que M. Mydorge l'a mife en fes Coniques*, c'eft ce qui n'eft pas facile à per- fuader à ceux qui l'ont examinée vn peu de prés, comme i'ay fait, & ie ne penfe pas qu'ilsle puflent 20 perfuader non plus à M. G(olius), qui m'a dit l'auoir autresfois propofée à M. M(ydorge), ainfi que vous pourrez aifément fçauoir, fi vous luy en voulez écrire. le fuis,

Mon R. P. 25

Voftre tres-humble, & tres-obeifiant feruiteur, descartes.

Page 256, 1. 3. — Ce passage peut prouver que Descartes, en i632, n'avait pas vu les manuscrits de Snellius, où la loi de la réfraction était

�� � établie et développée. Snellius avait en effet traité le problème devant lequel recule Descartes, et déterminé comme une conchoïde la courbe suivant laquelle apparaît une ligne droite au fond d’un vase plein d’eau ; il est clair que si Descartes avait vu cette solution, il aurait à son tour approfondi la question (Voir P. Kramer, Descartes und das Brechung-gesetz des Lichtes, dans les Abhandlungen zur Geschichte der Mathematik, IV, 1882, p. 273).

Page 256, 1. 18. — Claudii Mydorgii patricii Parisini Prodromi Catoptricorum et Dioptricorum sive Conicorum operis ad abdita radii rejlexi et refracti mysteria prœvii et facem prœferentis Libri primut et secundus D. A. L. G. (Parisiis, I. Dedin, i63i, in-f»). — Les relations de Mydorge et de Golius sont attestées par une lettre de Gassend à ce dernier, du 6 septembre 1630 « Mydorgius cupit te salutatum, ac abs te amari » mire satagit. . . . Existimo, quas ille tibi meo interventu literas dedit, fuisse iampridem tibi redditas » (Gass. Op., VI, 3p). — Quant aux solutions par Descartes du problème des deux moyennes proportionnelles (duplication du cube) et de la trisection de l’angle, solutions dont il parle 1. 5 et 12, elles remontent évidemment au temps de son séjour à Paris.


XLV bis.
Descartes a Mersenne
.
[Deventer, été 1632 ?]

Texte de Clerselier, tome II, lettre io3 fin, p. 470-471.

Ce fragment est d’une date incertaine ; Clerselier l’a joint à deux autres pièces pour composer une lettre sans nom de destinataire (voir ci-dessus l’en-tète de la lettre XXVI). Nous le rapprochons de la lettre XLV, parce que le second alinéa se rapporte à la première question de Mersenne touchée dans cette lettre XLV, comme si le Minime avait insisté pour avoir des explications plus précises. D’autre part l’ouvrage mentionné ligne 5 est probablement un livre paru à la fin de 1631. Au contraire, dans la première phrase, les mots « que ie n’apprens autre chose qu’à escrimer » nous rappellent les termes analogues de la lettre XXV, du 4 novembre 1630 (p. 174, l. 3o), tandis que l’assertion sur la balle de plomb (ci-après page 25 g, l. 2S) se trouve reprise dans la lettre à Mersenne du 1 1 mars 1640 (Clerselier, t. II, p. 210). 2$8 Correspondance. 11,470-471.

le fuis marri que M. F(errier) ait fait croire que i'euffe deffein décrire quelque chofe, & vous m'obli- gerez de témoigner tout le contraire, & que ie n'ap- prens autre chofe qu'à efcrimer. l'ay compaffion auec vous de cet autheur qui fe fert de raifons aftrolo- 5 giques pour prouuer l'immobilité de la Terre*; mais i'aurois encore plus de compaffion du fiecle, fi ie pen- fois que ceux qui ont voulu faire vn article de foy de cette opinion, n'euffent point de plus fortes raifons pour la foûtenir. I0

Pour ce que vous me demandez touchant la refrac- tion des fons, ie vous diray qu'il s'en faut beaucoup qu'elle fe puiffe remarquer en eux fi facilement qu'en la lumière, à caufe que le fonfe transfère quafi auffi facilement fuiuant des lignes courbes ou tortues que i5 des droites. Toutesfois pour en parler abfolument, il eft certain que les fons fouffrent refradion en paffant au trauers de deux cors difFerens, & qu'ils fe rompent adperpendiculum dans celuy par lequel ils paflent le plus aifément*; mais ce n'eft pas toufiours le plus épais & 20 le plus folide par lequel ils paflent le plus aifément, ny auffi le moins épais, & i'aurois bien des chofes à dire, auant que ie pufle éclaircir cette diftinétion fuf- fifamment.

JPour cet infiniment monocorde qui imite la trom- 25 pette*, ie voudrois en auoir vu l'expérience, pour en ofer dire mon opinion. Mais autant que ie puis con- jecturer, tout le fecret qui y eft ne confifte qu'en ce que le cheualet eftant mobile & tremblant, ainfi que vous m'écriuez, le fon a quelque latitude, & ne fe 3o

a. P. 255. 1. 24.

�� � n,47'- XLV bis. — Été i6j2. 250

détermine pas à eftre graue ou aigu iufqu a tel degré, par la feule longueur de la corde, mais principale- ment auffi par fa tenfion", qui fait quelle prefle plus ou moins ce cheualet, & en fuite que les tremblemens 5 de ce cheualet font plus ou moins frequens, auec lef- quels fe doiuent accorder ceux de la corde, & par confequent la hauteur ou la baffeffe du fon. D'où premièrement il eft aifé à entendre par les bifle- ctions b , (comme vous dites que ie vous ay autrefois

10 mandé touchant la trompette,) pourquoy ce mono- corde eftant touché à vuide fait ouïr toutes les confo- nances en mefme temps ; puis pourquoy, eftant tou- ché entre les diuifions 1 . 2. ) . 4., il ne fait ouïr aucun fon agréable, fi ce n'eft le mefme que celuy qu'il fait

i5 ouïr eftant touché fur ces diuifions, pour ce que lors les tremblemens de la corde ne peuuent s'accorder auec ceux du cheualet, fi ce n'eft qu'ils retiennent la mefme mefure que fur ces diuifions.

Pour l'expérience que vous dites auoir efté faite

20 d'vn moufquet, qui perce plus à cinquante ou cent pas qu'il ne fait à dix ou vingt pieds c , fi elle eft vraye, il faut dire qu'il perce moins à dix ou vingt pieds, à caufe que la baie allant trop vifte fe réfléchit fi promp- tement, qu'elle n'a pas aflez de loifir pour faire tant

a5 d'effet, ainfi qu'vn marteau frapant vne baie de plomb qui eft mife fur vne enclume ne l'applatira pas tant, que fi elle eft mife fur vn oreiller. Enfin fi le finalement des baies de canon ne s'entend pas au commencement

a. tention Clers.

b. Cf. p. 118, §4.

c. Cf. p. 11 3,1. a5.

�� � 2Ôo Correspondance. n, 47>.

de leur mouuement comme à la fin, il faut penfer que c'eft leur trop grande viteffe, qui ne faifant mouuoir l'air qu'en vn feul fens & fans luy donner le loifir d'aller & retourner, ne caufe aucun fon; car vous fçauez que ces tours & retours de l'air font neceffaires pour caufer le fon. le fuis. . .

Page 258, 1. 6. — Jean- Baptiste Morin, Famosi et antiqui proble- matisde Telluris motu, vel quiète, hactenus optata solutio (Parisiis, i63i, in-4, approbation de la Sorbonne le 2 sept., et achevé d'imprimer le 9 sept., privilège du roi le io nov., et dédicace à Richelieu le 8 déc. 1 6 3 1 ). Cf. Joan. Bapt. Morini, Doctoris Medici, et Parisiis Regii Mathematum Professoris Responsio pro Telluris quiète ad Jacobi Lansbergii Doctoris Medici Apologiam pro Telluris motu (Parisiis, apud Joannem Libert, 1634, in-4, avec dédicace à Richelieu du 24 juin 1634, et la même épigraphe : Terra stat in œternum; Sol oritur et occidit. (Ecclesiast. cap. 1). On lit, p. 54 de ce second ouvrage, ce passage qui se rapporte au premier : « Primum exemplar mei libri adversus Terrœ motum missum fuit D. Galilœo, illo nequidem intègre impresso. . . Mirabatur autem quod Telluris quietem rationibus astrologicis, ipsa Telluris quiète obs- curioribus, astruendam susciperem. » Voilà qui s'accorde avec la re- marque de Descartes; elle vise donc bien le même ouvrage de Morin en 1 63 1 .

Page 2^8, 1. 26. — Descartes entend probablement la trompette marine, qui est un instrument à une seule corde.

��XLVI.

Descartes a Mersenne.

[Deventer, nov. ou déc. i632.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 74, p. 346-347.

Le premier exemplaire des Massimi Sistemi de Galilée qui par- vint à Paris fut celui que reçut Gassend en octobre 16S2 (voir ci- après la seconde note sur la présente lettre). En admettant que Mer-

�� � h,î 4 6. XL VI. — Nov. ou Dec. 16p. 261

senne ait communiqué sans retard à Descartes ce qu'il en tira sur le mouvement de la chute des corps, Descartes ne put guère répondre avant novembre ou décembre. Il ne semble pas qu'on puisse retarder beaucoup plus une lettre où reviennent (p. 262, l. ij et p. 2 63, l. 1) des sujets touchés dans la lettre XL V.

Mon Reuerend Père,

Vous iugerez, fans doute, que ie fuis négligent à vous faire réponfe; mais ie vous diray que vos der- nières ont demeuré quelque temps à Amfterdam,

5 pour attendre celuy à qui vous les addreffiez, qui eftoit abfent, & ainfi ie n'ay pu les receuoir plutoft. le feray bien aife de fçauoir lequel c'efl: de Meffieurs les F.* qui vous a efté demander de mes nouuelles, car il y en a plufieurs de ce nom.

10 Pour ce que vous me mandez du calcul que fait Galilée*, de la viteffe que fe meuuent les cors qui delcendent, il ne fe rapporte aucunement à ma Phi- lofophie, félon laquelle deux globes de plomb, par exemple, l'vn d'vne Hure, & l'autre de cent liures, n'au-

i5 ront pas mefme raifon entr'eux, que deux de bois, l'vn aufli d'vne liure, & l'autre de cent liures, ny mefme que deux auffi de plomb, l'vn de deux liures, & l'autre de deux cens liures, qui font des chofes qu'il ne dif- tingue point, ce qui me fait croire qu'il ne peut auoir

ao atteint la vérité.

Mais ie voudrois bien fçauoir ce qu'il écrit du flux & reflux de la mer ; car c'eft vne des chofes qui m'a donné le plus de peine à trouuer; & quoy que ie penfe en eftre venu à bout a , il y a toutesfois des cir-

»5 confiances dont ie ne fuis pas éclaircy.

a. Le Monde, c. 8 : du flux et du reflux de la mer.

�� � 262

��Correspondance.

��II, 3 4 6-Ï47-

��le ne doute point que û M. F(errier) a fait voir les lettres à quelqu'vn, qui entende le moins du monde les Mathématiques , qu'il n'ait très-facilement, | com- pris, comment ie mefure l'angle de refradion a . Et ie feray bien aife de fçauoir fi ledit fieur F(errier) ou quelqu'autre trauaille à mettre en exé- cution l'inuention des lunettes, & ie defirerois qu'ils en vinffent à bout.

le croy qu'on ne doit attribuer ce grand interualle qui eft entre le troi- fiéme & le quatrième trou d'vn Ser- pent, qu'au biais dont il eft plié, & que la diftance de ces trous doit eftre me- furée par les perpendiculaires , qui tombent du centre de chaque trou, fur vne ligne droite tirée d'vn des bouts de cet infiniment iufques à l'autre. Ce que ie vous auois mandé de la raifon de 5 à 8 b , ne confifte pas en ce qu'on puiffe reprefenter cette mefme raifon par quelqu'autre nombre plus petit ou plus grand ; mais en ce que lors qu'on entend quelque fon, on entend auffi naturellement la refo- nance d'vn autre fon, qui eft plus aigu d'vne oétaue , & ainfi lors qu'on entend le fon de deux cordes, dont l'vne contient 8 parties & l'autre $ , et ainfi qui font la sexte mineure, on entend par mefme moyen la re- fonance de la moitié de la corde 8, qui eft 4 & qui fait vne tierce d majeure auec la corde.

a. Lettres XI et XIII, notamment pages 63 et suiv.

b. P. 255,1. 17.

c. octaue] 8. Clers.

d. tierce] 3. Clers.

���10

��i5

��20

��»S

�� � 11,347- XLVI. — Nov. ou Dec. 16} 2. 263

le parleray de l'homme en mon Monde vn peu plus que ie ne penfois 3 , car i'entreprens d'expliquer toutes fes principales fondions. I'ay défia écrit celles qui ap- partiennent à la vie, comme la digeftion des viandes,

5 le battement du pouls, la diftribution de l'aliment &c, & les cinq fens. I'anatomife maintenant les telles de diuers animaux, pour expliquer en quoy confiftent l'imagination, la mémoire &c. I'ay veu le liure de motu cordis* dont vous m'auiez autrefois parlé, & me fuis

10 trouué vn peu différent de fon opinion, quoy que ie ne l'aye vu qu'après auoir acheué d'écrire de cette ma- tière, le fuis,

Mon R. P.

Voftre tres-humble & tres-acquis i5 feruiteur, descartes.

Page 261, 1. 7. — Les Frenicle? «Il y a eu deux hommes de lettres de » ce nom en même temps, tous deux mathématiciens, tous deux poètes. » C'est avec l'ancien que M. Descartes paroît avoir eu ses habitudes. » (Baillet, I. p. 146). L'ancien est Frenicle, sieur de Bessy, Parisien, mais d'une famille de Bourgogne.

Page 261, 1. 11. — Dialogo di Galileo Galilei linceo matematico sopra- ordinario dello Studio di Pisa e filosofo e matematico primario del Se- renissimo Granduca di Toscana. Dove nei congressi di quattro giornate si discorre sopra i due Massimi Sistemi del mondo tolemaico e coperni- cano : proponençlo indeterminatamente le ragioni filosofiche e naturali tantoper l'una quanto per l'altra parle. (Fiorenza, per Gio. Batista Lan- dini, i632). — Gassend écrit de Lyon à Galilée, le i w nov. i632, que son exemplaire, reçu en octobre, était encore le seul que l'on eût à Paris : il insiste sur les deux questions dont Mersenne avait parlé à Descartes : « circa ponderum cadentium inxqualem velocitatem » et « m assumpta » Motuum Telluris Hypothesis ad declarandum Maris aestum probabili- » tatem ex ipsa declaratione obtineret. » (Gass. Op., VI, 53-54). — La loi de la chute des graves est énoncée dans la Seconde fournée du Dialogue

a. P. 254, 1. 12.

�� � 264 Correspondance.

de Galilée (p. 244 de l'éd. Albèri, Firenze, 1842); l'explication (erronée) des marées est développée dans la Quatrième journée.

Page 263, 1. 9. — L'ouvrage de William Harvey, Exercitatio anato- mica de motu cordis et sanguinis in animalibus, publié en 1628 et connu en France au printemps de 1629, lorsque Descartes venait de partir pour la Hollande. Le 28 août 1629, Gassend écrivait à Peiresc : « Le livre dont » M. Valois vous a parlé, M. du Puy en a un exemplaire pour vous en- » voyer. Je l'avois desja veu avant que partir pour l'Allemagne, et en » avois dit mon sentiment en ma lettre au P. Mersenne. . . Son opinion " de la continuelle circulation du sang par les artères et veines est fort » vraysemblable et establie; mais ce que ie trouve à dire en son fait est » qu'il s'imagine que le sang ne sauroit passer du ventricule droit du » cœur au gauche par le [septum], là où il me souvient que le sieur Payen » (habile chirurgien d'Àix) nous a fait voir autrefois qu'il y a non seule- » ment des pores, mais des canaux très ouverts. » (Lettres de Peiresc, 1893, t. IV, p. 208.)

��XLVII.

Descartes a Wilhem.

Deventer, 7 février i633. Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille, grand format, pliée en deux feuillets. Il tient tout entier sur le recto du premier feuillet (20 lignes, sans comvter l'en- tête, la souscription, la signature et la date, celle-ci du 7 fêv., et non pas du 1", comme l'imprime Foucher de Careil, Œuvres inédites de Desc, //, 1860, 4-6); au verso du second feuillet, l'adresse, avec les fragments de deux cachets de cire rouge.

Monfieur,

I'ay receu trois lettres de voftre Iean Gillot depuis quelque tems, dont ie croy vous deuoir rendre compte, pour le defir que i'ay de me conferuer l'hon- neur de vos bonnes grâces. Aus deus premières il fe

�� � XLVII. — 7 Février 165 3 . 265

loue extrêmement du bon traitement qu'il reçoit de vous, & tefmoigne s'eftimer hureus d'eftre a voftre feruice; mais il adioufte qu'il a fort peu de tems a eftudier en Mathématiques & que fes parens luy

5 offrent de l'entretenir a leurs dépens ou il voudra, lorfque le tems de fon feruice fera expiré, fi fes amis luy confeillent de vous demander fon congé. A cela ie luy ay par deus fois refpondu qu'il apprenoit beaucoup de chofes en vous feruant qui luy eftoient

10 plus neceflaires que l'Algèbre, quand ce ne feroit que la ciuilité, la netteté, la patience & autres telles qualités qui luy manquent, & qu'il deuoit craindre la liberté comme vne forciere qui le pourroit perdre. Mais pour ce qu'il me demande encore vne fois mon

«5 confeil par fa dernière et qu'il promet de le fuiure exactement, i'ay penfé ne pouuoir mieus faire que de vous enuoyer fa lettre & vous fupplier de prendre vous mefme la peine de le refoudre touchant ce que vous aurés agréable qu'il face. Car encore que

20 vous ayés fuget de blafmer fa légèreté, ie m'affure que vous ne luy en voudrés pas de mal pour cela & que vous iugerés qu'il n'a pas eu enuie de faillir ni de vous déplaire, vu qu'il n'a rien voulu entreprendre fans le confeil d'vn homme qui eft,

2 5 Monûeur,

Voftre très humble & très obeiffant feruiteur

��DESCARTES.

��A Deuenter, du 7 Feu. 16 j j.

Correspondance. I. 34

�� � 266 Correspondance. 11/348.

A Monfieur,

Monfieur de Wilhelm

Confeiller d'Eftat de

M r le Prince

A La Haye.

��XLVIII.

Descartes a Mersenne.

[Deventer], 22 juillet i633. Texte de l'exemplaire de l'Institut, tome II, lettre 75, p. 348-349.

Variantes de Clerselier, qui ne donne pas de date et réunit, en outre, à cette lettre la suivante, de la fin de nov. {633. Mais une note ms. de l'exemplaire de l'Institut donne: i° ces deux indications : « Cette lettre est du 22 juillet i633, est la 7™ des ms. de La « Hire et collationnéc sur l'original. » (p. 348)et « cette lettre finit « icy » [p. 349)', 2 une fin et un post-scriptum, qui manquent dans l'imprimé. Les additions et corrections faites à la main sur cet exem- plaire seront donc introduites ici dans le texte même, et on donnera les variantes de l'imprimé de Clerselier.

Mon Reuerend Père,

le fuis extrêmement ellonné de ce que les trois lettres que vous me mandez m'auoir fait 1 honneur de m'écrire, fe font perdues; et ie ferois bien aife d'en poiruoir découurir la caufe, ce que ie ferois peut-eftre, 10 fi vous fçauiez precifement les iours qu'elles ont efté

8 me mandez... l'honneurj rois] pourrois. — peut-eftre] m'auiez fait la faueur. — 10 fe- faire aj.

�� � IO

��11,348. XLVIII. — 22 Juillet 16}}. 267

écrites ; car ie iugerois de là entre les mains duquel des deux MefTagers que nous auons en cette ville elles ont dû tomber. le vous remercie des lettres de Poi- tou que vous auez pris la peine de m'enuoyer ; elles ne contenoient rien d'importance, ni qui valût le foin que vous en auez pris.

Pour ce que vous me mandez des deux fons qui s'entendent quelquesfois d'vne mefme corde, ie l'ay bien autresfois auffi remarqué ; & ie penfe que la rai- fon eft que, les cordes eftant vn peu fauffes & iné- gales, il fe fait en elles deux fortes de tremblemens en mefme temps, l'vn defquels, à fçauoir celuy qui fait le fon le plus graue, &*rui eft le prin- cipal, dépend de la longueur & grolTeur &

«5 tenfion de toute la corde ; & l'autre, qui fait vn fon plus aigu, dépend de l'inégalité de fes parties. Penfez, par exemple, lorfqu'on touche la corde A B, quelle va en chacun de fes tours & retours depuis 1 iufques à 6, ou

20 depuis 6 iufques à 1 , pour faire fon princi- pal fon & celuy qui luy eft naturel, mais que cependant l'inégalité de fes parties caufe aufli en elle vn autre tremblement, qui fait qu'étant paruenue depuis 1 iufques à 2, elle retourne vers 3,

���1 iugerois de là] fçaurois par ce moyen. — 3-6 le vous... pris omis. — 8 d'vne mefme] en mefme temps, lors qu'on tou- che vne feule. — ie l'ay] i'ay défia. — 14-15 de la longueur... tenfion omis. — 17-18 lorfqu'on touche] fi on pouffe. — 1 8 qu'elle

��va en] que pendant. — 19 re- tours] elle va aj. — 19-20 ou depuis 6 iufques à 1 omis. — 20-21 fon principal] le. — 21 et celuy omis. — 21-2Î mais que cependant omis. — 23 auffi omis. — vn autre] moindre aj. — 24 paruenue] allée.

�� � 268 Correspondance.

��ii, 348-349.

��puis de là vers 4, & de 4 vers 5 & enfin vers 6, ce qui engendre vn fon plus aigu que le précèdent d'vne douzième. Tout de mefme fi ce fécond tremblement eft feulement double du premier, il fera l'odaue; fi quadruple, la quinzième; & | s'il eft quintuple, il fera 5 la dix-feptiefme maieure.

Si l'expérience que vous me mandez d'vn horloge fans foleil eft aflurée, elle eft fort curieufe, & ie vous remercie de me l'auoir écrite ; mais ie doute encore de l'effet, & toutesfois ie ne le iuge point impoflible. 10 Si vous l'auez vu, ie feray bien aife que vous m'appre- niez plus particulièrement ce qui en eft*.

Mon Traitté eft prefque acheué, mais il me refte en- core à le corriger & à le décrire ; & pource qu'il ne m'y faut plus rien chercher de nouueau, i'ay tant de i5 peine a y trauailler, que fi ie rfe vous auois promis, il y a plus de trois ans, de vous l'enuoyer dans la fin de cette année 8 , ie ne croy pas que i'en puffe de long- temps venir à bout ; mais ie veux tafcher de tenir ma promefle. Et cependant ie vous prie de m'aimer & de 20 me croire

Voftre très humble & très affectionné feruiteur, descartes.

le vous prie d'adreffer vos lettres à M. Van Zurck,

2 que le précèdent] reporté — 1 1- 12 m'appreniez] me faffiez

après douzième (1. 3). — 5 quin- la faueur de me mander. — 14-

ziéme] quinte. — 7 d'vn] de 16 pour ce qu'il. .. y trauailler]

cette. — 8 foleil] dont vous m'é- i'apprehende fi fort le trauail. —

criuez aj. — 9 encore] fort aj. 20 m'aimer] tout le reste omis.

a. Voir plus haut, p. 179, 1. i3.

�� � 11,349- XLVIII. — 22 Juillet 1653. 269

au logis de M'" Reyniers, proche de la Cour du Prince, a Amfterdam, puifque nos Meffagers font infidelles.

Page 268, 1. 12. — Gassend, dans sa Vie de Peiresc, parle aussi d'une horloge sans soleil, inventée à Liège, par un jésuite, nommé Linus, et en donne la description, à l'année 1 635 ; mais il rappelle que deux ans plus tôt, c'est-à-dire en 1 633, le P. Kircher avait parité à Peiresc d'une horloge fondée sur un autre principe : * Peireskius. . . accepit, inter caetera, ver- » sari Leodii religiosum, ac industrium, e Societate Jesu, virum, nomine » Linum, qui phialam complevisset aqua, ejusmodi temperationis, ut » internataret médius globulus, cum descriptis circùm horis viginti qua- » tuor, quae ad pisciculum, seu indicem fixum allabentes ex ordine, horas » diei connotarent, tanquam globulo cœli motum exactissimè imitante.... » Revocavit autem praecipue in mentem, quod ante duos annos Kircherus » enarraverat, se fragmento subereo inseruisse grana cujusdam Heliotro- » pii, quae (floris instar) in Solem conversa, innatans suber converterent, » indiculoque apposito notatas in vase horas designarent. » (De Vita Pei- reskii Hagae Comitis, i65 1 , p. 435-436.) — Dans une lettre inédite de Wendelin à Mersenne (Bibl. Nat. fr. n. a. 62o5, p. 19-20), datée de Bruxelles le i5 juin i633, mais répondant à une lettre écrite un an aupa- ravant, on lit : : « Addebas (memini) rationem inuentam horologiorum >< conficiendorum quae minuta singula partesque horarias etiam minores » his largirentur exquisitissimé, neque tamen maiore quem triobolari » sumptu pararentur. Excitus ego rei nouitate, cogitansque mecum dubio » procul magneticum hic aliquid innui, solisequasque facultates, Helio- » tropium suspectabam in parte- :.uocari; adeoque cùm post aliquanto » Leodium venissem ad D. Woestenraet (quam tuî sané plénum plané » nosti), deque hac re agerem, ille me ire iussit ad Iesuitas Anglos, illic » esse Patrem quemdam dictitans qui globum e cera construeret eo artifi- » cio, vt aquae immissus vitro se dietim volueret referretque solarem » motum, et quod huius erat consectariurn, horas repraesentaret. Con- » ueni ergo Patrem, et ille idem fassus est, ac si vellem praebiturum se » intra biduum hune ludum. Non erat integrum mihi tune Traiectum » recens captum petenti ob grauia négocia moras illic trahere : illud modo » quassiui globusne ille cereus diurnâ suâ volutatione se ad axem mundi » componeret? an sibi deligeret verticalem et circinationem maximi sui » circuli faceret horizontalem ? Horizontalem respondit, vnum hoc » addens totidem his verbis : omnia heee mundi corpora sunt magnetica. » Hactenus ista tune in quae nunc penitiùs aliquanto introspicio post- » quam hesternae tuae literas suberis ac solani mentionem adiecere. » — Sur l'ingénieuse supercherie du P. Linus et sur l'intérêt que prit Peiresc à cette horloge magnétique, comme pouvant, croyait-il, fournir un argu- ment en faveur de la doctrine de Copernic, voir Georges Monchamp, Galilée et la Belgique, Saint-Trond, 1892, p. 127 et suiv.

�� � 270 Correspondance. 11,349.

XLIX.

Descartes a Mersenne.

[Deventer, fin novembre 1 633 . ] Texte de Clerselier, tome II, lettre jb fin, p. 349-35i.

Ce fragment, rattaché à tort par Clerselier à la lettre précédente, a fait certainement partie de celle dont Descartes parlera, le i5 mai 1634, comme écrite vers la fin du mois de novembre, et perdue en route.

. . .l’en eftois à ce poinct., lors que i’ay receu voftre dernière de l’onziefme de ce mois, & ie voulois faire comme les mauuais payeurs, qui vont prier leurs créanciers de leur donner vn peu de delay, lors qu’ils fentent approcher le temps de leur dette. En 5 effet ie m’eftois propofé de vous enuoyer mon Monde pour ces eftrennes 3 , & il n’y a pas plus de quinze iours que i’eftois encore tout refolu de vous en en- uoyer au moins vne partie, û le tout ne pouuoit eftre tranfcrit en ce temps-là; mais ie vous diray, que 10 m’eftant fait enquerir ces iours à Leyde & à Amfter- dam, fi le Sifteme du Monde de Galilée n’y eftoit point, à caufe qu’il me fembloit auoir apris qu’il auoit efté imprimé en Italie l'année paffée, on m’a mandé qu’il eftoit vray qu’il auoit efté imprimé, mais que tous les 15 exemplaires en auoient efté brûlez à Rome au mefme temps, & luy condamné à quelque amande* : ce qui m’a fi fort eftonné, que ie me fuis quafi refolu de brû-

a. Voir p. 268, I. 18.

�� � n,349-35o. XLIX. — Fin novembre 1633. 271

ler tous mes papiers, ou du moins de ne les laiffer voir à perfonne. Car ie ne me fuis pû imaginer, que luy qui eft Italien, & mefme bien voulu du Pape, aifi que i’entens, ait pû eftre criminalizé pour autre chofe, 5 finon qu’il aura fans doute voulu eftablir le mouue- ment de la Terre, lequel ie fçay bien auoir efté au- tresfois cenfuré par quelques Cardinaux ; | mais ie penfois auoir oüy dire, que depuis on ne laiffoit pas de l’enfeigner publiquement, mefme dans Rome ; &

10 ie confeffe que s’il eft faux, tous les fondemens de ma Philofophie le font auffi, car il fe demonftre par eux euidemment. Et il eft tellement lié auec toutes les parties de mon Traitté, que ie ne l’en fçaurois détacher, fans rendre le refte tout défectueux. Mais

15 comme ie ne voudrois pour rien du monde qu’il fortit de moy vn difcours, où il fe trouuaft le moindre mot qui fuft defaprouué de l’Eglife, auffi aymé-je mieux le fupprimer, que de le faire paroiftre eftropié. Ie n’ay iamais eu l’humeur portée à faire des liures, & fi ie

20 ne m’eftois engagé de promefTe enuers vous, & quel- ques autres de mes amis, afin que le defir de vous tenir parole m’obligeaft d’autant plus à eftudier, ie n’en fuffe iamais venu à bout. Mais, après tout, ie fuis affuré que vous ne m’enuoyeriez point de sergent,

25 pour me contraindre à m’acquitter de ma dette, & vous ferez peut-eftie bien aife d’eftre exempt de la peine de lire de mauuaifes chofes. Il y a défia tant d’opinions en Philofophie qui ont de l’apparence, & qui peuuent eftre fouftenuës en difpute, que fi les

3o miennes n’ont rien de plus certain, & ne peuuent eftre approuuées fans controuerfe, ie ne les veux

�� � 272 Correspondance. ii, 350-351.

iamais publier. Toutesfois, pource que i'aurois mau- uaife grâce, fi après vous auoir tout a promis, & fi long-temps, ie penfois vous payer ainfi d'vne boutade, ie ne laifferay pas de vous faire voir ce que i'ay fait, le plutoft que ie pourray ; mais ie vous demande en- 5 core, s'il vous plaiït, vn an de delay pour le reuoir & le polir. Vous m'auez auerty du mot d'Horace : no- numque prematur in annum b , & il n'y en a encore que trois que i'ay commencé le Traitté que ie penfe vous enuoyer; ie vous prie aufîi de me mander ce que vous 10 fçauez de l'affaire de Galilée.

Pour voflre queftion, ie n y trouue rien à dire plus qu'aux autres fois, à fçauoir que la corde ABC, allant & retournant de C | iufques à D, fait fon ton naturel, & de plus, en paffant de i5 C à D, fait trois autres petits retours C E, E F, F D, qui caufent la refonance d'vne douziefme plus haute. Pour ce qui efl de dire fi les cordes qui font cela font fauffes ou non, ie penfe vous auoir défia mandé 2 <> qu'elles font moins fauffes que celles qui pourroient auoir vn refonnement plus diffonant, mais qu'elles ne laiffent pas de l'eltre plus que celles qui n'ont qu'vn feul fon tout net & tout égal ; & il peut y auoir de la a5 fauffeté dans les tuyaux & en tous les autres cors refonans, aufîi bien que dans les cordes. le fuis...

Page 270, 1. 16. — Le 24 février 161 6, le S' Office avait censuré les deux propositions : i° Sol est centrum mundi et omnino immobilis motu

a. Lire : tant ?

b. Horace, Ars poet., v. 388.

��� � L. — 12 Décembre làjj. 2jj

locali ; 2» Terra non est centrum mundi nec immobilis, sed secundum se totam movetur, etiam motu diurno ; le 5 mars, la Congrégation de l'Index avait suspendu l'ouvrage de Copernic donec corrigatur, et prohibé alios omnes libres pariter idem docentes. En même temps Galilée fut secrète- ment admonesté par le cardinal Bellarmin et défense spéciale lui fut faite de soutenir la doctrine suspecte, verbalement ou par écrit. Aussi dans son célèbre dialogue des Massimi Sistemi de i632, a-t-il soin de parler avec le plus grand respect des décisions prises, et de n'établir dogmatiquement aucune thèse. Ces précautions furent inutiles; cité de Florence à Rome par trois fois (23 sept., 9 et 3o déc. i632), il comparut devant le S' Office le I er dimanche de carême 1 633, subit trois interrogatoires (12 av., 3o av. 21 juin) et s'entendit condamner le 22 juin. Son livre fut brûlé; lui-même dut se rétracter et resta soumis à la surveillance du S' Office. D'abord re légué à Sienne, où il ne devait pas quitter le palais de l'archevêque, il fut le 1" décembre i633, autorisé à se. retirer dans sa campagne d'Arcetri avec défense de la quitter et de recevoir des visiteurs n'ayant pas de per mission spéciale. (Pièces du procès de Galilée, par Henri de l'Epinois Rome et Paris, Palmé, 1877.) — Cette condamnation fit grand bruit, jus qu'en Hollande, d'où Gassend écrivait, en juillet 1629, après avoir vu les savants du pays : « Au reste, tous ces gens-là sont pour le mouvement de » la terre. » (Lettres de Peiresc, IV, 202.)

��L.

Descartes a Wilhem.

Amsterdam, 12 décembre i633.

Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille, moyen format, pliée en deux feuillets ; la lettre occupe tout le recto du premier (2 1 lignes, sans l'en-tête), plus le haut du verso (S lignes, sans la souscription, la signature et la date). Point d'adresse au verso du second feuillet; mais le nom du destinataire est certain, puisque c'est le beau-frère de M. de Zuylichem (Wilhem avait épousé Constantia Huygens, sœur de celui-ci, le 16 janv. i633). Cette lettre fait, au reste, partie de la collection des lettres à Wilhem. — Publiée par Foucher de Careil, Œuvres inéd. de Desc, t. II, 1860, p. 6-7.

Monfieur le ferois fans doute beaucoup mieus de m'abftenir

Correspondance. I. 35

�� � 274 Correspondance.

de vous efcrire, affin de n'eftre point au hafard de di- minuer par vn mauuais compliment la fauorable opinion que vous tefmoignés auoir de mon ftile ; car outre que ie ne la puis attribuer qu'a voftre courtoi- fie, qui aura peut-eftre voulu ne regarder les lettres 5 que i'ay eu autrefois l'honneur de vous efcrire * que par le cofté qui m'eftoit le plus auantageus; ie ne doy pas efperer que le feiour de Weftfalie, ou ie me fuis depuis prefque toufiours arefté*, m'ait donné moyen d'acquérir les grâces que ie n'auois fceu ap- 10 porter de mon pais ; ny que voftre gouft foit deuenu moins délicat dans vne cour que ie fçay eftre l'vne des plus polies de l'Europe *, &. auec cela dans vne famille ou i'entens qu'il n'y a perfonne qui ne parti- cipe aus rares & excellentes qualités qui font parti- i5 culierement admirées de tous en Monfieur de Zuili- com voftre beaufrere. Mais i'ayme mieus encourir le blafme de parler comme vn homme qui n'habite que les defers, que celuy d'auoir manqué a vous remer- cier, tant de la vifite de Monfieur de Mori, de la con- 20 noiflance & agréable conuerfation duquel i'ay défia retiré plus de profit, qu'il n'en pouuoit efperer de la miene ; comme auiïy des honneftes offres que vous m'obliges de me faire, & defquelles ie n'ay aucun moyen de me rendre digne, qu'en vous affurant auec 2 5 toute forte d'affection que ie fuis,

Monfieur,

Voftre très humble & très obeifTant feruiteur,

DESCARTES. 3°

A Amfterdam, ce 12 Dec. 163 y

�� � LI. — Fin i6 7 j. 27c

Page 274, 1. 6. — Nous n'avons que deux lettres de Descartes à Wil- hem, antérieures à celle-ci, l'une d'Amsterdam, 23 mai i63a, et l'autre de Deventer, 7 fév. i633. Il y en avait sans doute d'autres, qu'on n'a pas retrouvées.

Page 274, 1. 9. — Descartes, venant de France, avait d'abord habité Franeker, dans la Frise orientale (avrii-oct. 1629), puis Amsterdam jus- qu'à la fin de mai i632, enfin Deventer jusqu'à la fin de nov. i633. Il venait seulement de rentrer à Amsterdam.

Page 274, l.i3. — La cour du prince d'Orange, Frédéric-Henri, où Wilhem fréquentait comme conseiller d'Etat.

��LI.

Descartes a Stampioen.

[Amsterdam, fin i633.] Copie ms., Hambourg, Stadtbibl., Wolfs Briefesammlung, 90 Fol., p. 219.

Variantes du texte publie' en i8g6 par M. Grunwald, dans /'Ar- chiv fur Geschichte der Philosophie, 77,, 3, p. 32g-33i, d'après la copie manuscrite qu'il déclare peu lisible et très fautive. Les chan- gements que nous avons apportés à ce texte sont conjecturaux. — Quant à la date approximative, elle est indiquée par la mention du problème de Pappus (voir lettre XXXIX à Golius, de janvier i63a). Descartes ayant mis six semaines à le résoudre, c'est vers le com- mencement de décembre i63i que Golius doit le lui avoir proposé. La présente lettre étant écrite environ deux ans après, peut être placée vers la fin de i633.

Monfieur,

Encore que i'aye fort peu eftudié aus Mathéma- tiques, & mefme que ie fuye les occafions de m'y exercer le plus qu'il m'eft poffible, a caufe du temps quelles emportent, toutefois i'ay creu eflre obligé

2 aux. — 4 m'eft] ni est. — 5 importent. — cru.

�� � �IO

��276 Correspondance.

d'examiner voftre queftion *, puifque vous aués pris la peine de me l'enuoyer tout exprès, & ie trouue que la proportion, qui eft entre le moindre coflé du triangle A B C & le plus grand, eft comme l'vnité a l'vne des deus racines qui peuuent eftre tirées de cete sequation :

(j X 4 2 X 3 -f X 2 2 X I =0]

En fuitte de quoy il eft ay fé de trouuer la quantité des

trois coftés de ce triangle, d'autant que, prenant B H efgal a B G & C I efgal a C F, le quarré de G F mul- tiplié par le quadruple de H D eft efgal au quarré de M N multiplié par B C + 2 G F. le ne détermine point plus precifement la valeur de cete racine, car encore que ie puifle fçauoir des règles générales & fuffifantes pour la trouuer, telle qu'elle puiffe eftre, toutefois pour ce que ie n'en fçache point qui ne foyent longues, principalement s'il eft queftion d'examiner û cete racine s'exprime par quelques binômes * ou autres nombres irrationaus, ie me difpenfe volontiers de ce trauail. Que fi pour- tant vous n'ef.es fatisfait fans cela, ie m'offre de 25

��i5

��20

��1 avez. — 5 deux. — 5-6 cete aequation] cote ex quatien . — 7 L'équation manque; elle a été restituée sous la forme moderne. — 8 suiête. — 14 HD] HB. —

��i5eft] et. — 16: 2GF] BF. — 17 valeur] volant. — 18 cete] ceste. — 24-25 fi pourtant] ce portant.

�� � LI. — Fin 16}}. 277

prendre a quelque iour le loifir de la chercher, ou bien de la faire chercher par quelqu'autre.

Mais puifque vous délires que ie vous propofe aufly quelque queflion, ie demande quel efl le dia- 5 mètre d'vne fphere creufe ou concaue, la plus petite qui fe puiffe trouuer dans laquelle foyent enfermées quatre autres fpheres, dont l'vne contiene vn cors folide qui ait 26 faces, a fçauoir 8 triangulaires & 18 quarrees, & que l'autre contiene vn autre cors

10 folide qui ait pour fes faces 20 triangles & 12 déca- gones , que la troifiefme en contiene vn qui ait 20 hexagones & 12 pentagones, & la quatriefme vn qui ait 20 triangles, jo quarrés & 12 pentagones*. Pour les collés de ces faces, tous ceus d'vn mefme

i5 cors font efgaus entre eus, & pour déterminer la proportion qui elt entre ceus des diuers cors, i'ay vn triangle dont les trois collés font l'vn a l'autre comme trois nombres rationaus, & outre ce, l'vn des angles eft aufly a l'angle droit comme vn nombre

20 a vn autre, et ie fçay qu'il ne fe peut trouuer d'autres tels triangles, c'ell a dire dont les trois collés & l'vn des angles fe puiffent exprimer par nombres ratio- naus, defquels la circonférence foit moindre que celle de celuy cy*.

z5 Cherchant combien les termes d'algebra, qui ex-

1 quelque iour] quels soure. — 11 vn] ou. — 12 sexagones.

— ou] au. — 3 desieres. — pro- — 14 d'vn] du. — i5 esgaux. — pofe] professe. — 4-5 diameter. eux. — 16 ceux de divers. —

— 6 enformees. — 7 quattre. — 18 outre ce] entre soi. — 22 ex- 8 : 8] les . — 9 : 18 omis dans une primer] primer. — 23 circomfe- lacune. ■ — que] qui. — 10 pour rance. — 25 Cherchant combien] fes] par ces.-— 10-1 1 decog [...?] Quant (Quérant?) comme.

�� � 278 Correspondance.

priment la racine du nombre figuré qui reprefente le cors compofé de 20 triangles & 12 pentagones* contienent d'vnités :

[Lequel eft nombre figuré comme 5, 12, 22 font nombres pentagonaus, et 3 x * ~ ' x font les termes 5 d'algebra qui expriment leurs racines, & ils contie- nent 6 vnités.]

Ores le collé de l'vn des cors infcrits ou contenus dans les quatre fpheres s'exprime par vn nombre en- tier qui contient autant d'vnités que ce nombre d'al- >° gebra qu'il faut chercher, et ceus des trois autres s'expriment par les mefmes nombres que les trois collés de ce triangle.

Il n'y a rien en tout cecy qui ne foit fimple ny qui aille iufques aus aequations cubiques. » 5

Si vous defirés vne queflion qui s'eflende plus loin, ie ne vous en fçaurois enuoyer de plus célèbre que celle qui a efté propofee a toute la pofterité par Pap- pus, et dont ie fus particulièrement auerti il y a en- uiron deus ans par Monfieur Golius, profeffeur a 20 Leyden. le la mettray icy aus mefmes termes que ie la conceu pour luy en 'la refponfe que ie luy en- uoyay, car il me femble que ceus de Pappus font plus obfcurs, & ie n'en ay pas le liure.

Au relie ie vous prie de croyre que ie ne vous 2 5 enuoye point ces quellions pour vous donner la peine

1 figuere. — 4-7 Cette incise 8 ores] ou. — 9 quattre. —

doit être une addition passée de 1 1 des omis. — 1 5 aux equa-

la marge dans le texte. — 4 Le- tions. — 19 fus] sus. — 24 ie]

quel eft] laquelle. — figuere. — ce (item ib la première fois). 5 pentagonaux. — — ~ ' y . —

�� � LI. — Fin \6))- 279

de les chercher, mais feulement pour fatisfaire a voftre defir, car eftant particulièrement affe&ionné aus Ma- thématiques, ie vous affure que toutes les perfonnes qui y excellent me font chères, & ie fuis,

Monfieur. . . .

Page 276, 1. 1. — Il est difficile de retrouver renoncé de cette question, l'équation à laquelle elle a conduit Descartes manquant dans le texte de la source, et la relation donnée plus bas ne pouvant avoir lieu avec les lettres qu'il présente. Mes corrections supposent la restitution suivante, qui, après diverses tentatives, m'a paru la seule admissible :

On propose de construire un triangle ABC rectangle en A, tel qu'en y inscrivant un carré, comme D E F G, le plus petit côté AC du triangle soit le double du côté du carré.

La relation indiquée plus loin (1. 11-16, dans le texte corrigé) se vérifie dès lors aisément, M N étant pris pour le diamètre du cercle inscrit au triangle F E C. Cette relation fait supposer qu'une autre condition était posée pour déterminer la valeur absolue des côtés du triangle, en se don- nant par exemple le diamètre M N. Descartes semble, d'autre part, avoir compliqué à plaisir la dite relation, comme il a fait pour les énoncés des questions qui suivent, dans le but de décourager Stampioen. (T).

P. 276, 1. 23. — Binôme, dans le langage mathématique de l'époque, signifie une somme d'un terme rationel et d'un radical du second degré.

Page 277, 1. i3. — A la différence du problème proposé par Stam- pioen, et qui conduisait à une équation du quatrième degré, celui qu'énonce ici Descartes est du second degré seulement, mais il nécessite des calculs considérables. Les quatre polyèdres qu'il s'agit tout d'abord d'inscrire dans des sphères sont choisis parmi les treize semi-réguliers d'Archimède, énumérés par Pappus, livre V, prop. 19 (p. 353 et suiv. de l'édition de Hultsch, Berlin, Weidmann, 1876). Ils avaient, au reste, en 1 633, déjà été étudiés par Kepler dans son Harmonice Mundi (Lintz, 1619, p. 62-65). — Ceux que prend Descartes sont le 5 e , le 9 e , le 8 e et le 1 1«.

Page 277, 1. 24. — Le triangle en question est simplement l'équilatéral ayant l'unité pour côté. Descartes propose donc (cf. p. 278, 1. 1 1-12) de prendre l'unité pour côté (arête) de trois des polyèdres semi-réguliers (le 5«, le 8« et le 1 1*).

Page 278, 1. 2. — D'après l'énoncé précédent (p. 277, 1. 10), Descartes aurait dû écrire ici décagones au lieu de pentagones ; mais dans ce pro-

1 sulement.

�� � blême composé à plaisir et dont il ne s’est évidemment pas donné la peine de faire les calculs, il aprobablement commis une inadvertance, en substituant ici le 7e polyèdre semi-régulier d'Archimède au 9e qu’il avait pris tout d’abord.

L’énoncé continue à être énigmatique, sans offrir de véritables difficultés mathématiques; est la formule algébrique qui, lorsqu’on donne successivement à x toutes les valeurs entières à partir de l’unité, engendre la suite des nombres dits pentagonaux. Par exemple, en faisant x = 4, on aura le nombre pentagonal 22. Inversement de l’équation : , on tirera 4 comme valeur de la racine x du pentagone 22.

Mettant en évidence le coefficient 1 de x dans la formule précitée, Descartes fait la somme arithmétique des coefficients du numérateur et du dénominateur. Il s’agit de procéder de même pour le nombre figuré qui représente un solide ayant pour faces 20 triangles et 12 pentagones de même coté ou racine x. La figuration de ce nombre peut se faire de différentes façons ; mais en conservant les principes suivis par les anciens pour la figuration des nombres polygones, on trouvera aisément la formule : 8x³ — 10 x² + 3 x. Le côté du polyèdre à inscrire dans la quatrième sphère serait donc 8 + 10 + 3 = 21.

On a ainsi quatre sphères déterminées par les côtés des polyèdres inscrits ; ces quatre sphères doivent maintenant être supposées en contact, chacune avec les trois autres, et il reste à calculer le rayon de la sphère qui les touche toutes les quatre en les enveloppant. Cette dernière question est la seule qui présente une difficulté sérieuse; Descartes, au reste, l’avait déjà envoyée à Mersenne (voir plus haut, p. 139, l. 13).

LII.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, février 1634.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre 80, p. 358-359.

Fragment que Clerselier a imprime comme début d’une lettre sans date, mais qui est de 1637; la distinction est faite sur l’exemplaire de l’Institut, par la note : « icy finit la lettre » en marge, p. 35 g, 1. 16. — Dans ce fragment (ou billet), Descartes répète à peu près, au sujet de la condamnation de Galilée, ce qu’il a écrit dans la lettre XLIX, et ignorant que Mersenne ne l’a pas reçue, il s’étonne du silence de son correspondant; « il y a desia plus de deux mois » qu’il

�� � ii, 358-35 9 - LU. — Février 16)4. 281

n’a reçu de ses nouvelles ; la dernière lettre qu’il ait de Mersenne est donc celle du 11 novembre i633 [p. 2~o, l. 2), et dès lors Descartes doit écrire vers le commencement de février 16S4. — Sur une diffi- culté qui subsiste néanmoins au sujet de ce fragment, voir le second alinéa de l’argument de la lettre suivante.

Mon Reuerend Père,

Encore que ie n’aye aucune chofe particulière à vous mander, toutesfois à caufe qu’il y a défia plus de deux mois que ie n’ay receu de vos nouuelles, i’ay

5 creu ne deuoir pas attendre plus long-temps à vous écrire; car û ie n’auois eu de trop longues preuues de la bonne volonté que vous me faites la faueur de me porter, pour auoir aucune occafion d’en douter, i’aurois quafi peur qu’elle ne fuft vn peu refroidie,

10 depuis que i’ay manqué à la promeffe que ie vous auois faite, de vous enuoyer quelque chofe de ma philofophie. Mais d’ailleurs la connoiffance que i’ay de voftre vertu, me fait efperer que vous n’aurez que meilleure opinion de moy, de voir que i’ay voulu

15 entierement fupprimer le Traitté que i’en auois fait, & perdre prefque tout mon trauail de quatre ans, pour rendre vne entiere obeïffance à l’Eglife, en ce qu’elle a deffendu l’opinion du mouuement de la terre. Et toutesfois, pour ce que ie n’ay point encore vû que

20 ny le Pape ny le Concile ayent ratifié cette defenfe, faite feulement par la Congrégation des Cardinaux eftablis pour la Cenfure des liures, ie ferois bien aife d’apprendre ce qu’on en tient maintenant en France, & fi leur authorité a efté fuffifante pour en faire vn ar-

25 ticle de foy. Ie me fuis laiffé dire, que les | Iefuites

25 Iefuites Inst., N. Clers.

Correspondance. 1. 36

�� � 282 Correspondance. h, 359.

auoient aidé à la condamnation de Galilée ; & tout le liure du P. Scheiner* montre allez qu’ils ne font pas de fes amis. Mais d’ailleurs les obferuations qui font dans ce liure, fourniffent tant de preuues, pour ofter au Soleil les mouuemens qu’on luy attribuë, que ie ne 5 fçaurois croire que le P. Scheiner mefme en fon ame ne croye l’opinion de Copernic * ; ce qui m’étonne de telle forte que ie n’en ofe écrire mon fentiment. Pour moy ie ne cherche que le repos & la tranquillité d’ef- prit, qui font des biens qui ne peuuent eftre poffedez 10 par ceux qui ont de l’animofité ou de l’ambition; & ie ne demeure pas cependant fans rien faire, mais ie ne penfe pour maintenant qu’à m’inftruire moy- mefme, & me iuge fort peu capable de feruir à inf- truire les autres, principalement ceux qui, ayant defia 15 acquis quelque credit par de fauffes opinions, auroient peut-eftre peur de le perdre, fi la vérité fe découuroit.

P. 282, 1. 2. — L’inimitié du P. Scheiner et de Galilée remontait à l’époque de la découverte des taches solaires ; Galilée l’avait faite en 1610. et dans un séjour qu’il fit à Rome au printemps de 161 1, il fit voir ces taches avec sa lunette : Scheiner, alors à Ingolstadt, en fut avisé par le P. Guldin, fit des observations et les publia au commencement de 161 2, sous le pseudonyme d’Apelles latens post tabellam, sans souffler mot de Galilée. Celui-ci, dans son Istoria e dimostra^ioni intorno aile Macchie Solari, 1 6 1 3, revendiqua hautement la priorité. S’il ne laissa pas alors percer le soupçon que le faux Apelle avait sciemment voulu lui dérober la gloire de la découverte, il l’en fit accuser plus tard par Mario Guiducci (Discorso délie Comète, 16 19, et Lettera al P. Tarquinio Gallu^i, 1620 : Opère di Galileo, éd. naz., t. VI, p. 48 et 188). Quoique Scheiner n’eût pas dévoilé son pseudonyme, Galilée était sans doute édifié à cet égard, au moins depuis les Disquisitiones mathematicœ de controversiis et novitatibus astronomicis, publiées à Ingolstadt en 1614 comme soute- nues par Locher sous la présidence de Scheiner.

2 et 6 Scheiner /«s/., N. Clers. — 17 le] la Clers.

�� � LU. — Février 1634. 28}

��Le livre dont parle Descartes est la Rosa Vrsina, sive Sol ex admirando facularitm et macularum suarum phœnomenovarius, neenon circa centrum suum et axem Jixum ab occasu in ortum annua, circaque alium axem mubilem ab ortu in occasum conversione quasi menstrua super polos pro- prios, libris quatuor mobilis ostensus a P. Christophoro Scheiner Ger- mano Suevo e societate Iesu ad Paulum Iordanum II Vrsinum Bracciani ducetn (Bracciani, apud Andream Phœum, impressio ccepta anno 1626. finita vero i63o Id. Iunii .

A l'époque du procès de Galilée, Scheiner était à Rome et le 2? fév. i633, il écrivait à Gassend : « Prodierunt nuper quatuor Dialogi Galilei » Italicè conscripti pro motu Terras Copernicano stabiliendo contra » communem Peripateticorum Scholam : ibi discerpsit meas Disquisi- ■» tiones Mathematicas, manus item violentas in Rosam Vrsinam. mo- » tumque Macularum Solarium et Solis annuum inijeil. Quid tibi videtur » de his? Multis non placet ista scriptio. Ego pro me et veritatc deten- » sionem paro. » {Gass. Op., VI, 408-9). C'est assez indiquer la position qu'il prit à ce moment; cependant l'ouvrage qu'il annonçait n'a paru qu'un an après sa mort, en i65i, sous le titre de Prodromus pro Sole mobili et terra stabili, contra academicum florentinum Galilœum à Galileis.

Galilée s'était attiré parmi les jésuites un autre ennemi, Horazio Grassi; mais les confrères de ce dernier ne l'avaient pas soutenu dans la polémique qu'il soutint contre Galilée sous le pseudonyme de Lothario Sarsi , le Collège Romain, comme corps, avait affecté la neutralité.

P. 282, 1. 7. — Le titre complet de la Rosa Vrsina, donné dans la note précédente, indique la complication des hypothèses auxquelles Scheiner avait dû recourir et justifie à lui seul la remarque de Descartes, comme aussi ce passage d'une lettre de Gassend à Scheiner, du 2 nov. 1 632. « Qua » Hypothesi explicas negotium, acutissima illa sanè : sed simplicior forte » ex annuo de Telluris motu depromeretur » (Gass. Op., VI, 54-55),

On lit de même dans une lettre de Peiresc à Gassend, du 6 sept. i633 : «... toutefois, le bon P. Athanase (Kircher), que nous avons veu passer » icy bien a la haste, ne se peust tenir de nous advouer, en présence du » P. Ferrand, que le P. Malapertius et le P. Clavius mesmes » (tous Jé- suites) « n'improuvoient nullement l'advis de Copernicus, ains ne s'en » esloignoient guieres, encore qu'on les eust pressez et obligez d'escrire » pour les communes suppositions d'Aristote; que le P. Scheiner mesme » ne suyvoit que par force et par obédience, aussy bien que luy. . . » {Lettres de Peiresc, IV, 354).

Kircher est malheureusement toujours sujet à caution, et en ce qui concerne Scheiner, son assertion ne mérite guère créance. Quant à l'illustre Clavius, après les découvertes de Galilée, il s'était de fait ouver- tement prononcé contre le système de Ptolémée, mais il faut observer qu'il mourut en 161 2, avant la condamnation de l'opinion de Copernic.

�� � 284 Correspondance.

Malapert avait, de son côté, quitté Rome avant cette condamnation et, en i633, il était mort depuis trois ans; son ouvrage posthume [Austriaca Sidéra heliocyclia astronomicis hypothesibus illigata, Douai, i633), prouve qu'il s'était rallié au système de Tycho-Brahé.

��LUI.

Descartes a Mersenne.

[Amsterdam, avril 1634.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 76, p. 35i-354.

Cette lettre, sans date dans Clerselier, est certainement antérieure à la lettre LIV ci-après, qui est fixement datée du i5 mai 1634. On peut notamment le prouver en rapprochant la proposition, faite ici, d'une expérience à tenter avec une pièce de canon tirée vers le \énith (page 287, l. 7-20) et le renouvellement de cette proposi- tion dans la lettre du i5 mai. Il est clair qu'après avoir reçu la lettre LUI, Mersenne a fait tirer une arquebuse, dont la balle ne s'est pas retrouvée, et en a informé Descartes, qui répondit par la lettre LIV. L'intervalle entre les deux lettres semble donc avoir été au moins d'un mois; mais il est difficile d'admettre qu'il ait été sensi- blement plus considérable, le concours pour la chaire de Ramus (voir page 288, l. 25) se faisant d'ordinaire vers Pâques, et la décision de la commission, sur la proposition de Morin relative aux longi- tudes (pag. 28g, l. 2), ayant été prise le 3o mars 1634.

Mais si la présente lettre n'a été écrite qu'en avril, il est certain que son début donne lieu à une asse\ grave difficulté. Il n'y a eu qu'une lettre perdue en chemin, celle de novembre 1 633; Descartes répond immédiatement à une lettre de Mersenne qui lui apprenait cette perte; mais le Minime avait dû recevoir auparavant la lettre LU, et si Descartes pouvait tenir à lui répéter ce qu'il lui avait déjà écrit dans cette dernière, il est difficile de comprendre qu'il s'exprime comme s'il ne l'avait pas envoyée. L'avait-il donc retenue en fait, pour quelque motif que nous ne pouvons deviner? Ou bien avait-elle subi un tel retard que Descartes avait dû croire, en avril, quelle était également perdue? L'ambiguïté de l'expression « les dernières » (/. a) ne permet point de décider.

�� � «, 35i-35a. LUI. — Avril 1654. 285

Mon Reuerend Père,

I'apprens par les voftres que les dernières que ie vous auois écrites ont efté perdues, bien que ie les penfois auoir addreffées fort furement. le vous y 5 mandois tout au long la raifon qui m'empefchoit de vous enuoyer mon Traitté, laquelle ie ne doute point que vous ne trouuiez û légitime, que tant s'en faut que vous me blâmiez de ce que ie me refous à ne le faire iamais voir à perfonne, qu'au contraire vous fe-

10 riez le premier à m'y exhorter, û ie n'y eftois pas défia tout refolu. Vous fçauez fans doute que Galilée a eité repris depuis peu par les Inquifiteurs de la Foy, & que fon opinion touchant le mouuement de la Terre a efté condamnée comme hérétique. Or ie vous diray

i5 que toutes les chofes que i'expliquois en mon Traitté, entre lefquelles efloit aufli cette opinion du mouue- ment de la Terre, dépendoient tellement les vnes des autres, que c'eft allez de fçauoir qu'il y en ait vne qui foit fauffe, pour connoiftre que toutes les raifons

ao dont ie me feruois n'ont point | de force ; et quoy que ie penfaffe qu'elles fuffent appuyées fur des démons- trations très-certaines, & tres-éuidentes, ie ne vou- drois toutesfois pour rien du monde les fouftenir contre l'authorité de l'Eglife. le fçay bien qu'on pour-

25 roit dire que tout ce que les Inquifiteurs de Rome ont décidé, n'eft pas incontinent article de foy pour cela, & qu'il faut premièrement que le Concile y ait paflé. Mais ie ne fuis point fi amoureux de mes pen- fées, que de me vouloir feruir de telles exceptions,

3o pour auoir moyen de les maintenir; & le defir que i'ay

�� � 286 Correspondance. ii, 35»

de viure en repos & de continuer la vie que i'ay com- mencée en prenant pour ma deuife : benè vixit, benè qui latuit 3 , fait que ie fuis plus aife d'eftre deliuréde la crainte que i'auois d'acquérir plus de connoif- fances que ie ne defire, par le moyen de mon Ecrit, 5 que ie ne fuis fafché d'auoir perdu le temps & la peine que i'ay employée à le compofer.

Pour les raifons que difent vos muficiens, qui nient les proportions des confonances, ie les trouue fi ab- furdes, que ie ne fçaurois quafi plus y répondre*. 10 Car de dire qu'on ne fçauroit diftinguer de l'oreille la différence qui eft entre vne odtaue & trois ditons, c'eft tout de mefme que qui diroit que toutes les pro- portions que les architectes prefcriuent touchant leurs colomnes, font inutiles, à caufe qu'elles ne i5 laiffent pas de paroiftre à l'œil tout auffi belles, en- core qu'il manque quelque milliefme partie de leur iuftefle. Et mefme fi M. M. viuoit encore, il pourroit bien témoigner que la différence qui eft entre les demy-tons majeur & mineur, eft fort fenfible; car 20 après que ie luy eus vne fois fait remarquer, il difoit ne pouuoir plus fouffrir les accords où elle n'eftoit pas obferuée. le ferois bien aife de voir la Mufique de cet Autheur, où vous dites qu'il pratique les dif- fonânces en tant de nouuelles façons, & ie vous prie 25 de m'en écrire le nom, afin que ie puiffe faire venir fon liure par nos libraires.

Pour la caùfe qui fait cefier le mouuement d'vne pierre qu'on a iettée, elle eft manifefte; car c'eft la refiftance du cors de l'air, laquelle eft fort fenlible. 3o

a. Ovid., Trist., III, iv, 25.

�� � Mais | la raifon de ce qu’vn arc retourne eftant courbé eft plus difficile, & ie iie la puis expliquer fans les principes de ma Philofophie, defquels ie penfe eftre obligé dorefnauant de me taire.

5 II a couru icy quelque bruit qu’il auoit depuis peu paru vne Cornette ; ie vous prie, ïi vous en auez oùy quelque chofe, de me le mander. Et pour ce que vous m’auez autresfois efcrit que vous connoiffiez des per- sonnes qui me pourroient aider à faire les expériences

10 que ie defirerois, ie vous diray que i’en lifois derniè- rement vne dans les Récréations Mathématiques*, que ie voudrois bien que quelques curieux, qui en pour- roient auoir la commodité, entrepriflent de faire exactement, auec vne grofle pièce de canon pointée

i5 tout droit vers le zénith, au milieu de quelque plaine. Car l’Autheur dit que cela a défia efté expérimenté plufieurs fois, fans que la baie foit retombée en terre ; ce qui peut fembler fort incroyable à plufieurs, mais ie ne le iuge pas impoffible, & ie croy que c’eft

20 vne chofe tres-digne d’eftre examinée.

Pour les expériences que vous me mandez de Galilée*,

ie les nie toutes, & ie ne iuge pas pour cela que 

le mouuement de la terre en foit moins probable. Ce n’eft pas que ie n’auouë que l’agitation d’vn cha-

25 riot, d’vn bateau ou d’vn cheual, ne demeure encore

en quelque façon en la pierre, après qu’on l’a iettée

eftant deftus ; mais il y a d’autres raifons qui empef-

chent qu’elle n’y demeure û grande. Et pour le boulet

. de canon tiré du haut d’vne tour, il doit eftre beau-

3o coup plus long-temps à defcendre que fi on le laiffoit tomber de haut en bas ; car il rencontre plus d’air en 288 Correspondance. 11,353-354.

fon chemin , lequel ne l'empefche pas feulement d'aller parallèlement à l'Horizon, mais auffi de def- cendre.

Pour le Mouuement de la Terre, ie m'eftonne qu'vn homme d'Eglife* en ofe efcrire, en quelque façon 5 qu'il s'excufe; car i'ay veu vne Patente fur la con- damnation de Galilée, imprimée à Liège le 20 Sep- tembre làjj, où font ces mots : quamuis hypotheticè à fe illam proponi Jlmularet *, en forte qu'ils femblent mefme deffendre qu'on fe férue de cette hypothefe 10 en l'Aftronomie ; ce qui me retient que ie n'ofe luy mander aucune de mes penfées fur ce fujet; auffi j que ne voyant point encore que cette Cenfure ait efté authorifée par le Pape, ny par le Concile, mais feule- ment par vne Congrégation particulière des Cardi- i5 naux Inquifiteurs *, ie ne perds pas tout à fait efpe- rance qu'il n'en arriue ainfi que des Antipodes, qui auoient efté quafi en mefme forte condamnez autres- fois*, et ainfi que mon Monde ne puiffe voir le iour auec le temps ; auquel cas i'auray befoin moy-mefme 20 de me feruir de mes raifons.

Pour vos Muficiens, tant habiles que vous les faffiez, i'ay à vous dire derechef, qu'il eft certain ou qu'ils fe mocquent, ou bien qu'ils n'ont iamais rien compris en la Théorie 8 de la Mufique. Pour le Candi- a5 datus de la chaire de Ramus*, ie voudrois bien qu'on luy euft propofé quelque queftion vn peu plus difficile, pour voir s'il en aurait pu venir à bout : comme par exemple celle de Pappus, qui me fuft pro- pofée il y a prés de trois ans par M. Gol(ius), ou quel- 3o

a. Théologie Clers.

�� � ", 35 4 . LUI. — Avril 16^4. 289

qu'autre femblable. l'apprendrai volontiers l'hiftoire des Longitudes de M. Morin*, & s'il eft capable de mettre l'Aftrologie en quelque eftime parmy les gens de Cour. le vous prie de me tenir en vos bonnes grâces, & de me croire,

Page 286, 1. 10. — L'expression « quasi plus y répondre » ne doit pro- bablement pas faire supposer que Descartes continue ici une discussion commencée dans une lettre immédiatement antérieure et qui serait perdue. Elle peut même se référer simplement à un débat du temps où Descartes était encore à Paris. Mersenne venait sans doute de lui envoyer ses Questions Harmoniques (Paris,' Villery, 1634; achevé d'imprimer I er déc. i633).*Dans la Question II (p. 80-84) : " -^ sçauoir si la Musique » est vne science, et si elle a des principes certains et évidens, » il est dit « . . . l'on n'a pas encore démontré que la raison de la quinte soit de » 3 à 2, et l'on rencontre d'excellens Géomètres qui composent très bien » en Musique, qui nient toutes les raisons des consonances et des dis- » sonances que les Pythagoriciens, Euclide, Ptolemée, Boece, Zarlin, Sali- » nas et les autres ont expliquées, et qui croyent que les raisons de tous les » degrez et interualles sont inexplicables, ou sourdes et irrationelles ; car > ils maintiennent que tous les tons et les demy-tons sont égaux : que trois » ditons font l'octaue iuste; que la quinte superflue n'est point différente » de la sexte mineure ; que la fausse quinte et le triton sont vne mesme » chose; que la pratique et la composition de la Musique est beaucoup » meilleure ou plus aisée en suiuant l'égalité des tons et des demy-tons » qu'en vsant de la théorie qui met leur inégalité; et finalement que les » consonances et les degrez qui se font sur les luths, les violes et les » autres instrumens, et quant et quant que les oreilles, tesmoignent ceste » égalité. » Suit un long Discours sceptique sur la Musique (p. 84- ro6), adressé à Mersenne par La Mothe le Vayer, comme le confirme une lettre de Gassend à Peiresc du 9 mars 1634. (Lettres de Peiresc, i8 9 3, t. IV, p. 472.)

P. 287, 1. 11. — Les Récréations Mathématiques sont un ouvrage paru à Bar-le-Duc en 1624, sous le pseudonyme de Van Etten, et dont l'auteur est le jésuite Jean Leurechon. Cet ouvrage avait eu un grand succès, et Mydorge, en i63o, avait publié un Examen du livre des Récréations Mathématiques et de ses problèmes. Il esta peine utile de remarquer que si l'expérience avait été réellement faite, on aurait observé une chute du projectile avec déviation vers l'est, par suite du mouvement de rotation de la terre. — Sur les offres d'expériences, voir plus haut, p. 25 1, 1. i5.

Page 287, 1. 22. — La négation de Descartes semble porter moins contre le principe de l'indépendance de l'effet de la pesanteur et du mouvement Correspondance. I. 37

�� � 290 Correspondance.

antérieurement acquis, développé par Galilée dans son dialogue des Mas* simi Sistemi, que contre l'exactitude des expériences invoquées pour le vérifier. Théoriquement, en effet, il faut tenir compte de la résistance du milieu : nous avons déjà vu (note de la page y5) comment cette considé- ration avait écarté Descartes de la voie où il s'était d'abord engagé, tandis que Galilée l'avait heureusement poursuivie jusqu'au bout.

Page 288, 1. 5. — Probablement Ismaël Boulliau qui, en 1639, fit imprimer à Amsterdam, chez les Blaeu, son ouvrage anonyme : Philolai sive dissertationis de vero mundi systemate libri IV, et publia plus tard sous son nom YAstronomia philolaica (Paris, Siméon Piget, 1645). Dans une lettre à Gassend, datée de Paris le 21 juin i633, il se déclare nette- ment pour Galilée et se refuse à admettre qu'il puisse être condamné : « Nunquam persuasum habeo Papam ad ea qua; ad Fidem non perti- » nent, clauium potentiam extendere velle. » (Gass. Op., VI, 412). — Ce- pendant, en dehors de Boulliau, on peut penser soità Mersenne lui-même, soit à Campanella (voir ci-après la dernière note sur la lettre LXI), soit encore à Wendelin (voir Monchamp, Galilée et la Belgique, Saint-Trond, 1892, p. 1 63 et suiv.). Ce dernier avait écrit à Mersenne le i5 juin i633 tBibl.nat.fr. n. a. Ô2o5,p.2o) :«Casterùm cum eodem illo pâtre » [Linns] » simul hoc agebam cuius non sine horrore admonuisti nos heri, dum » Galilaei tantum non perniciem suggessisti (et is propter solam istam » opinionem tantum periculi inuenit?). Loxiam meum denuô ac in tri- » plum auctiorem proditurum ostendebam obseruationibus longe pluri- » bus, ijsque antiquissimis instructiorem, obiterque de Motu Telluris » (cuius me assertorem professus semper sum etiam coram Eminentis- » simo Cardinali de Balneo) verba faciebam, confirmando ex ipsis Sacris » sacras linguse disertis oraculis, nisi et festinatio discessus et simul Gali- » lœi recordatio me râpèrent, tibi antequam quidquam edam, hîc com- » municandis. »

Page 288, 1. 9. — Le texte complet de cette patente, dont Descartes donnera dans sa lettre à Mersenne, du 14 août 1634, un extrait plus étendu, a été édité par l'abbé G. Monchamp (Notification de la condam- nation de Galilée, datée de Liège, 20 septembre i633, publiée par le nonce de Cologne dans les pays rhénans et la Basse- Allemagne, Cologne et S'-Trond, 1893, p. 14-18). Ce nonce s'appelait Pierre-Louis Carafa, évêque de Tricarico.

Page 288, 1. 16. — Boulliau écrivit de même à Mersenne, le 16 déc. 1644, à propos de VAntiphilolaus de Chiaramonti (Césène, 1643) : « I'ay » esté estonné de ce qu'il allègue contre moy vne bulle dont iamais on » n'a ouy parler en France, que Messieurs les Nonces du Saint-Siège » n'ont point signifiée a Messieurs nos Prélats ny a la Faculté de Theo- » logie. le ne sçay ce que c'est; peut estre que la chose regarde particu- » lierement l'Italie et non toute la Chrestienté, puisque de la part du » Saint-Siège on n'en a point eu de notification ; sans doubte qu'on

�� � LUI. — Avril 1654. 291

» aura iugé qu'il n'estoit point a propos. » (Bibl. Nat. fr. n. a., 62o5,

p. 229). 1

Page 288, 1. 19. — Condamnation en 745 de Virgile, évêque de Salzbourg, par le pape Zacharie. On peut voir à ce sujet les réflexions de Boulliau dans sa lettre à Gassend du 21 juin i633 {Gass. Op., VI, 412).

Page 288, 1. 26. — D'après le testament de Ramus, la chaire de ma- thématiques qu'il avait fondée (au Collège de France) se donnait tous les trois ans au concours. Les candidats, pendant sept jours consécu- tifs, devaient faire des leçons d'une heure ; le huitième jour, ils de- vaient répondre aux objections, résoudre les problèmes ou démontrer les théorèmes proposés par tout venant. En 1634, la chaire, fut donnée à Gilles Personnier de Roberval, qui devait la garder jusqu'à sa mort en 1675.

Page 289, 1. 2. — Le problème de la détermination des longitudes en mer, qui n'a été résolu pratiquement que par la construction des montres marines, était depuis déjà assez longtemps à l'ordre du jour. Le gouvernement espagnol, puis celui des Pays-Bas, avaient proposé des récompenses considérables à qui parviendrait à résoudre ce problème. Richelieu les imita, et J.-B. Morin, professeur royal de mathématiques (au Collège de France), ayant proposé un système, une commission fut nommée pour l'examiner et, le 3o mars 1634, prit une décision défavo- rable. La méthode de Morin, fondée sur l'observation de la Lune, était de fait très satisfaisante en théorie, mais pratiquement inapplicable par suite de l'imperfection des tables de la Lune; elle avait d'ailleurs déjà été pro- posée par Gemma Frisius et Kepler. Morin protesta vivement, et tout d'a- bord par un petit in-4 , intitulé : Lettres escrites au S r Morin par les plus célèbres Astronomes de France approuuans son inuention des longitudes, contre la dernière sentence rendue sur ce subject par les Sieurs Pascal, Mydorge, BeaugraA .', Boulanger et Herigone, commissaires depute\ pour en iuger, etc. (Paris, Morin et Libert, 1 635). On y trouve des extraits de Lettres de Jacques de Valois, de Gaultier, prieur de la Valette, et de Gassend. Morin fut dédommagé au reste par des largesses de Riche- lieu, et il parait réellement avoir mis l'astrologie en quelque estime à la cour de Louis XIII.

�� � 292 Correspondance. u, 498.

LIV.

Descartes a Mersenne.

Amsterdam, i5 mai 1634. Autographe, Bibliothèque de l'Institut.

Variantes du texte de Clerselier, tome II, lettre 106, p. 498S oS. — L'original est le n° 8 de la collection Lahire, le n" 4 du classe- ment de dom Poirier, dont le n" 3 était la Lettre XLVII1.

Mon Reuerend Père,

La perte des lettres que ie vous auois efcrites vers la fin du mois de Nouembre", me fait croyre quelles ont efté retenues exprés par quelque curieus qui a trouué moyen de les tirer du meflager & qui fçauoit peut- 5 eftre que i'auois eu deffein de vous enuoyer mon traité enuiron ce tems la, en forte que û ie l'eufle enuoyé, il auroit efté en grand hafard deftre perdu. Il me fouuient aulfy que i'auois manqué auparauant de receuoir 4 ou 5 de vos lettres, ce qui nous doit 10 auertir de ne rien efcrire que nous ne veuillions bien que tout le monde fçache, & en cas que nos lettres fuiTent de quelque importance, il faudroit les en- uoyer dans le pacquet d'vn marchand, car ceus qui les retienent connoiflent fans doute nos efcritures. le i5 demeure maintenent icy a Amflerdam, d'où i'auray moyen de receuoir plus fouuant & peut-eftre plus feurement de vos nouuelles que lorfque i'eftois a

a. La lettre XLIX ci-avant ; voir l'argument, p. 270.

�� � II, 498-499-

��LIV. — 15 Mai 16^4.

��293

��10

��i5

��20

��25

��Deuenter, & ie vous prie, fi toit que vous aurés receu celles cy, de vouloir prendre la peine de me faire refponfe, affin que ie fçache fi elles n'auront point eité perdues.

le vous remercie de l'expérience que vous aués fait faire auec vne arquebuze 3 , mais ie ne la iuge point fufîifante pour en tirer quelque chofe de cer- tain, n'eftoit qu'on la fiit auec vne grande pièce de batterie qui portait vne baie de fer de 2,0 a 40 Hures, car le fer ne fe fond pas fi ayfement comme le plomb, & vne baie de cete grofleur feroit ayfee a trouuer en cas qu'elle tombait.

Or afîin de faire cete expérience bien exade, il faudroit tellement planter la pièce qu'elle ne puft reculer que perpendiculairement de hault en bas, & a cet ef|fedil faudroit faire une foiTe au deiTous d'elle & la tenir fufpendue en l'aer entre 2 an- neaus ou cercles de fer, par le moyen de quelques contrepois aiTés pefans. Comme, fi la pièce eft A I B, les anneaus F & G, le plan de la terre fur laquelle ilz font appuies D E, la

foiTe C, les, contrepoids L L, qui fouftienent la pièce par le moyen des chordes I K L, paifees autour des

9 a] ou. — 10 comme] que. — 25 laquelle, a. Voir lettre LUI, p. 287, 1. 10.

��� � 294 Correspondance. ii, 499-500.

poulies K K, en forte que, reculant de B vers C, les contrepois foyent contrains de fe hauffer. A quoy il y a bien plus de façon qu'a tirer Amplement des coups d'harquebufe.

Pour vos queflions, ie veus bien tafcher d'y ref- 5 pondre autant que i'en pourray élire capable, affin de vous conuier d'autant plus a m'excufer de ce que ie ne vous ay pu tenir promeffe en autre chofe.

Premièrement donc 2 , pour la caufe de l'arc qui re- tourne, il fault confïderer qu'il y a plufieurs pores en 10 tous les cors que nous voyons, & que ces pores ne font pas vuides, mais remplis d'vne certaine matière très fubtile qui ne peut eftre veue, & qui fe meut toufiours grandement vifle, en forte qu'elle paffe faci- lement au trauers de ces pores, en mefme façon que i5 l'eau d'vne riuiere au trauers des trous d'vne naffe ou d'vn panier. Et cela pofé, il eft ayfé a entendre que les cors qui retournent eftans plies, font ceus dont les pores fe changent en telle façon lorfqu'on les plie, que cete matière fubtile ne peut plus fi facilement paffer 20 au trauers qu'auparauant ; d'où vient qu'elle fait effort pour les remettre en leur | premier eftat, & cecy peut arriuer en plufieurs façons : Comme, fi on imagine que les pores d'vn arc qui n'eft point bandé font auffy larges a l'entrée qu'a la fortie, & qu'en le bandant, on 2 5 les rend plus eftroits a la fortie, il eft certain que la matière fubtile, qui entre dedans par le cofté le plus large, fait effort pour en reflbrtir par l'autre cofté qui

25 qu'en les bandant, a. Voir p. 287, 1. 1.

�� � ii,5oo. LIV. — if Mai 1634. 295

eft plus eftroit. Et tout de raefme, fi on imagine que les pores de cet arc eftoient rons auant qu'il fuft plié, mais qu'apprés ilz font en ouale, & que les parties de la matière fubtile qui doiuent paffer au trauers font

5 rondes aufly, il eft euident que lorfqu'elles fe pré- sentent pour entrer en ces trous ouales, elles font effort pour les rendre rons & par confequent pour redrefTer l'arc, d'autant que l'vn dépend de l'autre. Mais fi ie voulois prouuer exactement que cete ma-

10 tiere fubtile fe trouue ainfy parmi les autres cors, & qu'elle fe meut auec affés de force pour caufer vn effect. fi violent, il faudroit que i'expliquaffe toute ma Phyfique.

Pour vos Muficiens 3 qui nient qu'il y ait de la dif-

i5 ference entre les demitons, c'efl ou par defir de con- tredire, ou parce qu'ilz ignorent le moyen d'en examiner la vérité; mais fi i'eftois auprès d'eus, i'oferois bien entreprendre de leur faire auouer, s'ils n'auoient l'oreille extrêmement dure. Qu'ilz marquent

20 feulement vne fexte mineur AC, BC fur vn mono-

A d eb C

��chorde, la plus iufte qu'ilz pourront, & par apprés qu'ilz y prenent auffy deus tierces maieurs confequutiues AC, D C & DC, EC ; & ie m'afîure qu'encore que les deus tierces contienent huit demis tons aufTy bien que 2 5 la 6, toutefois le point E ne fera pas du tout fi auancé

1 fi l'on. — 22 prenent] mettent. — 25 lise^ la fexte. a. Voir Lettre LUI, p. 286, 1. S

�� � 296 Correspondance. h, 500-501.

vers C que le point B, & l'interualle E B eft la diffé- rence des demitons.

Quand a la difficulté que vous propofés, pour prouuer que les confonances ne dépendent point des tremblemens de l'aer, qui battent l'oreille félon cer- 5 taines proportions, elle (vient de ce que vous con- fiderés ces tremblemens comme û la chorde A B,

par exemple, alloit en ligne

a-, - s droite depuis C iufques a D,

"d " puis de la qu'elle retournaft 10

c aufly en ligne droite depuis

1 ■ """ """-- _ v. D iufques a C, au lieu qu'il " " h "" fault penfer qu'elle va circu-

lairement autour du point I, & ainfy qu'elle n'eft point dauantage au commencement de ces tours & i5 retours, eftant en vn lieu qu'eftant en vn autre, & que la chorde E F, qui lui eft a l'vnifon, ne laifle pas de mouuoir l'aer de mefme viteffe qu'elle, encore qu'elle foit tirée de G vers H , au mefme inftant que A B eft au point D pour aller vers C ; & c'eft la viteffe 20 dont tout le cors de l'aer eft ainfy esbranlé qui fait que les petites fecouffes dont il frappe l'oreille font plus ou moins fréquentes & par confequent rendent vn fon plus ou moins aygu, & non point le tems auquel on a commencé a mouuoir les chordes A B 25 &EF.

Pour les differens tons qui vienent d'vne mefme chorde en mefme tems, ie n'en fçache autre chofe finon ce que ie penfe vous en auoir défia efcrit par

28-29 fçnche. . . en auoir] fçay point d'autre caufe, finon celle que ie penfe vous auoir.

�� � h, 5oi-5o2. LIV. — if Mai 163.4. 297

cy deuant, a fçauoir que pendant que la chorde A B fe meut toute entière de C vers D, fes parties peu- uent auoir quelques autres mouuemens moins fen- fibles qui, rencontrans défia tout le cors de l'aer 5 esbranlé félon certaine viteffe par le mouuement principal de cete chorde, ne peuuent que doubler ou tripler ou quadrupler ou quintupler les battemens qu'il caufe dans l'oreille, & ainfy font entendre l'oftaue, la 12, la 15, ou la 17. Ce qui peut auffy

10 s'attribuer au cors de l'aer : a fçauoir qu'eftant meu tout entier de certaine façon par cete chorde, fes parties redoublent ou triplent etc. leurs mouuemens, & fi cela eft, ces diuerfes refonances fe doiuent beau- coup mieus apperceuoir en tems fec qu'en tems

i5 de pluie; mais ie ne iuge point qu'il y ait | rien en cecy qui vaille la peine que vous vous en feruiés en quelque traité; toutefois vous aués pouuoir d'en faire ce qu'il vous plaira; ie vous prie feulement que ce foit fans faire mention de mon nom.

20 II eft certain que la mefme baie, eilant pouffee de mefme viteffe, doit auffy continuer fon mouuement en mefme forte, encore qu'vne fois elle foit pouffee auec vn piflolet & l'autre fois auec vn arbalefte ou vne fonde, fi ce n'eft en tant que le vent de la poudre

25 a canon y caufe de la différence.

Si on iette vne baie perpendiculairement de bas en hault, le mouuement imprimé en elle par cete adion finira au moment qu'elle commencera de re- defcendre; mais fi on la iette vn peu a cofté du Zenith

9 lise\ douziefme... quin- — 23 vne arbalefte. — 24 fronde, ziefme... dix-feptiefme — ou] et. — 26 Si l'on.

Correspondance. I. 38

�� � ��i de A. — 2 vne ligne courbe. - 3 vne ligne droite. — 5 juf-

a. Voir Lettre LUI, p. 289, 1. 2.

b. Voir p. 288, 1. 5.

��qu'à terre. — 11- 12 de A (deux fois). — 17 fe (sic).

��10

��298 Correspondance. îi, 502-503.

comme d'A vers B, & qu'elle redefcende fuiuant la ligne B C D, en forte que B C foit ligne courbe & C D ligne droite, il ne finira qu'au point C, & fi toute la ligne B C D efl courbe, il ne finira point iufques a terre.

Et fi vous poufles vne baie de hault en bas, fon mouuement imprimé par voftre aélion ne finira point qu'elle ne foit du tout areflee par la terre ou qu'elle n'ait palTé bien loin au delà de fon centre.

Vne baie iettee d'à en c & d'à en e defcrit bien deus lignes a b c & a d e qui font de mefme genre, mais non pas pour cela toutes fem- '5 blables ny de mefme efpece, & ie n'ay encore iamais examiné quelles lignes fe peuuent élire *.

le feray bien ayfe d'entendre l'hiftoire de M r . Mo- rin a , & puifque vous aués vu le Hure de Galilée, ie 20 vous prie auffy de me mander ce qu'il contient & quelz vous iugés | auoir elle les motifs de fa con- demnation. le vous prie aufly me mander le nom de ce traité que vous dites auoir eflé fait depuis par vn ecclefiaftique b pour prouuer le mouuement 25 de la terre, au moins s'il eïl imprimé, & s'il ne l'efl pas, ie pourrois peut élire bien donner quel-

�� � ». 5o3. LIV. — 15 Mai 1634. 299

que auis a l'autheur qui ne luy feroit pas inutile. le fuis,

Mon Reuerend Père,

Voftre très humble & très affectionné feruiteur,

DESCARTES.

D'Amfterdam, ce 1 f May 16^4.

logé chés M r . Thomas Sergeant in den Wefterkerck ftraet 10 ou vous adreflerés, s'il vous plaift, vos lettres.

Au Reuerend Père Le Père Marin Mercene Religieus de l'ordre des Minimes en leur Couuent de la place 1 5 Royalle

A Paris.

��Page 298, 1. 17. — Les quatre alinéas qui commencent p. 297, 1. 20, se rapportent aux questions relevées par Mersenne dans le dialogue des Massimi Sistemi de Galilée [Voir Lettre LUI, p. 287, 1. 22). Le second montre bien que Descartes a une idée très nette du principe de l'indépen- dance des effets des forces et du mouvement antérieurement acquis; mais il paraît ici admettre comme possible que la résistance du milieu anéan- tisse complètement la vitesse d'impulsion, alors qu'il a démontré le con- traire contre Beeckman (Lettre XVI, p. 90 à 94). — Pour la trajectoire des projectiles, Galilée avait seulement indiqué qu'il possédait la solution du problème.

2 le fuis] derniers mots de Clers.

�� � 2 oo Correspondance. h, 36j.

��LV.

��Descartes a Reneri.

[Amsterdam,] 2 juillet i63 r 4]. Copie Ms., Hambourg, Stadtbibliothek.

Tirée de la Wolfs-Briefesammlung, vol. 28, p. 3g, et publiée dans /'Archiv fur Geschichte der Philosophie, i8g6, p. 32j-32g, avec la date de i63j. Mais le dernier chiffre manque dans le Ms., où on ne trouve que i63. Reneri est qualifié de Professeur en Philosophie à Utrecht; or sa nomination date du 18 juin 1634, et il mourut en mars i63g. On a donc le choix de 1634a i638 inclus. Peut-être convient-il de rapprocher cette lettre le plus possible de la lettre sem- blable du 2 juin i63i (Lettre XXXIV ci-avant, p. 20S), et de la mettre le 2 juillet 1634. Reneri, aussitôt arrivé à Utrecht, aura voulu enseigner tout d'abord des nouveautés, et il aura écrit à Des- cartes, afin de se les remettre en mémoire. En i635, qu'avait-il besoin d'écrire? Descartes était auprès de lui à Utrecht. En i636, l'aurait- il dérangé de ses occupations à Leyde, où il faisait impri- mer? En i63j, Descartes aurait dit un mot de son livre récemment paru. En i638? Reneri n'aurait pas attendu jusque-là pour se ren- seigner sur une question de cette importance. Enfin le même texte, publié par Clerselier, sans nom ni date, avec quelques variantes (tome H, lettre 81, p. 36 2-363), est joint à un fragment, qui forme une autre lettre, à Huygens, de décembre i635 (Lettre LXV ci- après), les deux minutes, qui se trouvaient ensemble, ayant sans doute été écrites en 1 634 e * ! 635.

Monfieur,

le ne doute point que vous ne puiffiez rendre rai- fon beaucoup mieux que moy de ce que l'eau qui eft dans Tinflrument ABCD ne defcend point par le

4 l'inftTument ABCD], que vous m'auez décrit, aj.

�� � 11,362-363. LV. — 2 Juillet 162.4. joi

trou D. Mais puis qu'il vous plaift fçauoir comment ie penfe le pouuoir expliquer, ie vous diray que premiè- rement il faut confiderer qu'il n'y a point de vuide en la nature, & que par confequent lors qu'vn cors fe 5 meut, il doit neceffairement entrer en la place de quelque autre, de laquelle celuy qui en efl chafle, doit au mefme inftant occuper celle d'vn autre, & celuy-cy derechef celle d'vn autre, et ainfy de fuite, iufques a ce que le dernier occupe la place qui eft

10 laiffee par le premier, de façon que tous les mouue- mens qui fe font | au monde font en quelque façon cir- culaires. En fuite de quoy, pour fçauoir fi quelque cors fe peut mouuoir ou non il faut prendre garde a ce qui doit arriuer en tout le cercle de fon mouue-

1 5 ment, en cas qu'il fe meuue. Comme icy par exemple, fi la goutte d'eau qui eft vers D defcendoit, il faut prendre garde que non feulement cete goutte d'eau deuroit entrer en la place de l'air qui eft au deflbus,

20 mais en fuite qu'vne partie de cet air, aufly groffe qu'elle, deuroit en- trer en la place de la fuperficie de |^^ 15.^-V l'eau qui eft dans le vaze A, pource quelle doit neceffairement paffer par là, pour faire le

25 cercle de ce mouuement; & que cete eau de la fuper-

1-2 fçauoir... expliquer] enten- 8 d'vne autre.— - iode façon] en

dre la mienne. — 2-3 première- forte. — 18 cete goutte d'eau]

ment il faut confiderer] ie con- cette eau. — 18 et 21-22 entrer

fidere premièrement. — 6 quel- en] occuper. — 21 qu'elle] que

que autre] quelques autres. — cette goutte d'eau. — 24 faire]

de laquelle... chalfé] & que parfaire, celuy-cy en eitant chaifé. — 7 et

��� � 10

��} 02 Correspondance. h, 363.

ficie du vaze deuroit occuper la place d'vne autre goutte d'eau, & celle-cy d'vne autre, en montant le long du tuyau ABC, iufques a ce que la dernière occupaft la place qui feroit laiffée par la première, vers D. Mais pource que la fuperficie de l'eau, qui eft dans le vaze A, eft fuppofée plus baffe que l'ouuerture D, fi cela fe faifoit : i° il y auroit plus grande quan- tité d'eau qui monteroit depuis A iufques a B, qu'il n'y en auroit qui defcendift depuis B iufques a D. C'eft pour quoy il ne fe fait pas. 2° Et toute l'eau qui eft dans la capacité du vaze C, ne preffe point du tout celle qui eft vers le trou D, car chafque partie de cete eau eft appuiée fur la partie du fonds de ce vaze qui eft directement au deffous d'elle.

le n'en efcris pas dauantage, car ie m'endors & ie > 5 fuis, Moniteur,

Voftre très humble & très affectionné feruiteur,

\ DESCARTES.

Du 2 Iuillet 163.. 20

A Monfieur Reineri, profeffeur en philofophie

A Vtrecht.

1 du vaze] de ce vafe. — 4 la après iufques a D. — 10 : 2 ont. première] celle qui eft. — 7 : i°] — i3 du fonds om. — 14 d'elle] om. — 9 qui defcendift, transp. dernier mot de Clerselier.

�� � h- 354. LVI. — 14 Août 1654. }0)

LVl.

Descartes a Mersenne.

Amsterdam, 14 août 1634. Autographe, Bibliothèque Victor Cousin, N" 10.

Une demi-feuille, grand format ; au recto, la lettre (38 lignes et demie, sans V en-tête, la signature, etc.); au verso, l'adresse (comme plus haut, p. 2gg) et trois cachets rouges avec R et C entrelacés. Sur la première page, en bas et à gauche, g c, c'est-à-dire la g' de la collection La Hire, ce qui confirme une note ms. de l'exem- plaire de l'Institut. Dans le classement de dont Poirier, c'est le n° 5 . — Variantes tirées de Clerselier, tome II, lettre 77, p. 354-355.

Mon Reuerend Père,

le commençois a eftre en peine de ne point rece- uoir de vos nouuelles, & ie penfois que vous fuffiés fi empefché a l'imprefiion du liure dont vous m'auiés cy deuant efcrit 3 , que cela vous en oftaft le loyfir. Le fieur Beecman vint icy famedy au foir & me prefta le liure de Galilée; mais il l'a remporté a Dort ce matin, en forte que ie ne l'ay eu entre les mains que

3 et] mais. — 3-4 fuffiés fi] fe- omis. — 6 Beecman] B. — et] qui. riez peut-eftre. — 5 que... loyfir — 7 mais] et. — a Dort omis.

a. Mersenne fit paraître cette année-là, outre les Questions inouyes et les Questions harmoniques (Paris, Villery, in-8, 1634), dont l'achevé d'im- primer est du 1" déc. i633, trois autres ouvrages'réunis en un volume : i° Les préludes de l'Harmonie universelle ou questions curieuses, utiles aux Prédicateurs, aux Théologiens, aux Astrologues, aux Médecins et aux Philosophes. 2 Questions Theologiques, Physiques, Morales et Mathématiques. 3° Traduction des Mechaniques de Galilée (Paris, Gue- non, in-8, 1634).

�� � jç>4 Correspondance. h, 354-335.

30 heures. le n'ay pas laiffé de le feuilleter tout entier, & ie trouue qu'il philofophe allés j bien du mouue- ment, encore qu'il n'y ait que fort peu des chofes qu'il en dit, que ie trouue entièrement véritable ; mais, a ce que i'en ay pu remarquer, il manque plus en ce ou il 5 fuit les opinions defiareceues, qu'en ce ou il s'en efloi- gne. Excepté toutefois en ce qu'il dit du flus & reflus, que ie trouue qu'il tire vn peu par les cheveus. le l'a- uois aufTy expliqué en mon Monde par le mouuement de la terre, mais en vne façon toute différente de la 10 fiene a . le veus pourtant bien auouer que i'ay rencontré en fon liure quelques vnes de mes penfées, comme entre autres deus que ie penfe vous auoir autrefois ef- crites. La première eft que les efpaces par ou paffent les cors pefans quand <5 ilz defcendent, font les vns aus autres comme les quarrés des tems qu'ilz \ N employent a defcendre, c'eft a dire que ' fi vne baie employé trois momens a defcendre depuis A iufques a B, elle n'en employera 20 qu'vn a le continuer de B iufques a C, etc., ce que ie

3-5 encore... remarquer] non la terre. le n'ay pas laiffé d'y

pas toutesfois que i'approuue remarquer par ci par là. —

que fort peu de ce qu'il en dit, i3 croyj penfe. — i3 autrefois

mais autant que i'en ay pu voir. omis. — 14-15 la première...

— 7 et reflus] et du reflus. — paffent] a fçauoir que l'efpace

8-12 cjue ie trouue... en fon que parcourent. — i5-i6 quand

liure] que ie conçoy tout autre- ilz] qui. — 16 les vns aus autres]

ment qu'il ne l'explique, encore l'vn à l'autre. — 18 c'eft à dire

que ie faffe auffi bien que luy, que] comme. — 20 elle] qu'elle,

qu'il dépend du mouuement de — 21 le omis. — etc. omis.

a. Cf. le Monde de Descartes, C. XII, et Galilée, Massimi Sistemi, Giornata quarta.

��� � n.355. LVI. — 14 Août 16^4. 305

difois auec beaucoup de reftri étions, car en effeâ: il n'eft iamais entièrement vray comme il penfe le de- monftrer a .

La féconde eft que les tours & retours d'vne mefme 5 chorde fe font tous a peu prés en pareil tems, encore qu'ilz puiffent eftre beaucoup plus grans les vns que les autres b .

Ses raifons pour prouuer le mouuement de la terre font fort bonnes; mais il me femble qu'il ne les eftale 10 pas comme il fault pour perfuader, car les digref- fions qu'il méfie parmi font caufe qu'on ne fe fou- uient plus des premières, lorfqu'on eft a lire les der- nières.

Pour ce qu'il dit d'vn canon tiré parallèlement a i5 l'horizon, ie croy que vous y trouuerés quelque diffé- rence afles fenfible, fi vous en faites exactement l'ex- périence.

Pour les autres chofes que m'efcriués, le mef- fager m'ofte le loyfir d'y refpondre, auffy qu'il m'eft 20 impofïïble de refoudre abfoluement aucune queftion de phyfique qu'apprés auoir expliqué tous mes princi- pes, ce qui m'eft impoflible que par le traité que ie me fuis refolu de supprimer.

10 pour] le aj. — 11 font 18 que] vous a/. — 18-19 le mes- caufe] font. — 12 eft a lire] sager... refpondre] ie n'ay pas lit. — i5 l'horizon] fi vous en le loifir d'y penfer. — 20 re- faites bien l'expérience, aj. — foudre abfoluement] répondre i5-i6 quelque... fenfible] fen- déterminement à. — 22 qui... fiblement de la différence. — par] que ie ne puis fans. — 16-17 fi... expérience omis. — 22-23 fuis refolu] refous.

a. Cf. Lettre du i3 nov. 1629, page 7?, 1. 2.

b. Cf. même lettre, p. 74, 1. 2, et Galilée (éd. Albèri, I, 254).

Correspondance. I. 39

�� � 306 Correspondance. n, 355.

Les termes de l'imprimé de Liège font : Quapropter idem Galileus citatus adfacrum illud tribunal inquifitio- nis, & inquijîtus & in carcere detentus, prœuioque exa- mine confejfus, vifus ferme fuit iteraîo in eadem fenienîia ejfe, quamuis hypoteîicé a Je illam proponi fimularet. Ex 5 quo faéîum ejî vt re opiime difcuffa^pro tribunali feden- tes ijdem eminentijjimi Cardinales Inquijîtores générales pronuntiarint & declararinî eundem Galileum vehementer fufpeélum vider i de hcereji, quaji feéïatus fuerit doclrinam falfam & contranam facris ac diuinis fcripturis : hoc ejl 10 folem ejfe centrum mundi, nec moueriab ortu in occafum; terram vero contra moueri, nec mundi centrum ipfam ejfe; aut quafi eam doclrinam defendi pofle vti probabilem exiftimauerit, tametji declaratum fuerit eam fcriplurœ facrœ aduerfari, &c. a . le vous remercie de la lettre que 1 5 m'aués enuoyee & vous prie d'en faire adrefler la refponfe que ie vous enuoye. le fuis

Voftre très obeiffant & très affectionné feruiteur,

DESCARTES. ' 20

D'Amfterdam, ce 14 Aouft 16^4.

1-1 7 Les termes... le fuis] feruiteur. — 21 D'Amsterdam... omis. — 18-19 Mon R. P. Voftre 1634 omis. très- humble & tres-obeïflant

a. Cf. p. 288, 1. 9, et note, p. 290.

�� � ii. i3 9 . LVII. — 22 Août 1654. 307

��LVII.

Descartes a [Beeckman].

Amsterdam, 22 août 1634. Texte de l'édition latine, tome II, Epist. XVII, p. 92-95.

Le nom du destinataire manque dans Clerselier (t. Il, p. i3g, lettre 77, version), et dans l'édition latine. Mais on voit qu'il s'agit d'une discussion toute récente : controversise nuper inter nos exortœ (l. 1-2), et d'une discussion verbale : nuper, cum una essemus(7. j), à la suite de laquelle l'adversaire, rentré che\ lui, écrit une lettre : mine... perliteras exponis(p. 3o8, l. 7-9); Descartes lui répond. Notons que les deux adversaires avaient été deux jours ensemble à dis- cuter de vive voix : Sequenti autem die (ib.,l. 23), et pra;cedenti die (p.3oç,l.i3).Or Descartes, dans la lettre précédente, dit que Beeckman est venu à Amsterdam un samedi soir, et en est reparti pour Dort ou Dordrecht ce matin, c'est-à-dire le lundi 14 août (p. 3o3, l. 6 et 8), deux jours après. On peut conjecturer de là que le destinataire de cette lettre du 22 août est le même Beeckman, à qui d'ailleurs Des- cartes n'écrivait qu'en latin {Cf. I. XXIII et XXIV, p. i54et i56). La réconciliation, après ces deux lettres, s'était faite dès i63i [voir p. 23 1-232). On donne ici le texte latin, et non la version française pour les mêmes raisons que plus haut. (Voir V en-tête, p. 1S4.)

Gaudeo te adhuc meminiffe controuerfiae nuper inter nos exortae. Sed quia video rationem, qua tune vtebar, nondum tibi fatisfeciffe, quid de tua refpon- fione iudicem libenter feribam; & prius quidem,ne de ipfa thefi dubitemus, breuem hîc totius rei narratio- nem inftituam.

Dixi nuper, cum vna effemus, lumen in inftanti non quidem moueri, vt feribis, fed (quod pro eodem habes) à corpore luminofo ad oculum peruenire,addi-

�� � 308 Correspondance. ii, 139-141.

dique etiam | hoc mihi effe tam certum, vt fi falfitatis argui poflet, nil me prorfus fcire in Philofophia con- fiteri paratus fim.

Tu contra lumen non nifi in tempore moueri poffe affirmabas; addebafque te modum faciendi experi- 5 mentum excogitafle, ex quo, vter noftrum falleretur, appareret. Atque hoc experimentum, vti nunc melius (aliquot fuperuacaneis, fono, malleo, & fimilibus re- purgatum) per literas exponis, eft taie : fi quis noctu facem in manu habens, & illam mouens, in fpeculum 'o quarta parte milliaris à fe diilans refpiciat, notare poterit, vtrum prius hune motum in manu fit fenfu- rus, quam eundem per fpeculum fit vifurus. Tanto- pere autem ifli experimento confidebas, vt profitearis totam te tuam Philofophiam pro falfa habiturum, fi i5 nulla inter inftans, quo motus ifte per fpeculum vide- retur, & inftans, quo manu fentiretur, mora fenfibilis intercederet. Contra ego, fi quœ talis mora fenfu per- ciperetur, totam meam Philofophiam funditus euer- famfore inquiebam. At proinde inter nos, quod eft 20 notandum, non tam de quaeftione, an lumen feratur in inftanti vel in tempore^ quam de fucceflu experi- menti fuit certamen. Sequenti autem die, vt finirem totam controuerfiam & te ab inutili labore liberarem, monui nos habere aliud experimentum, iam faepe à 25 multis hominum millibus, & quidem diligentiffime attendentibus, probatum, per quod apparet manifefte, nullam talem moram, inter inftans, quo lumen egre- ditur ex luminofo, & inftans, quo oculum ingreditur, intercedere. 3o

| Quod vt exponerem, petij prius, nunquid putares

�� � il i4>-'4=- LVII. — 22 Août 1634. 309

Lunam à Sole illuminari, & Eclipfes fieri per interpo- fitionem Terrae inter Solem & Lunam, vel Lunae inter Solem & Terram? Quod conceffifti. Petij praeterea quo pado fupponi velles lumen ab aftris ad nos peruenire,

5 & refpondifti per lineas reftas : ita vt dum Sol afpici- tur, non appareat in loco in quo eft reuera, fed in quo fuit eo inftanti, quo lumen per quod videtur, ab eo prius egreffum eft. Petij denique vt determinares quanta efle deberet ad minimum mora ifta fenfibilis

10 inter inftans quo fax moueretur, & inftans quo eius motus per fpeculum, quarta parte milliaris diftans, appareret ; atque hanc quidem ad minimum aequalem tempori quo femel pulfant arteriae, preecedenti die affignaueras; fed tune, magis liberaliter, quantam

i5 vellem concedebas. Itaque vt appareret me nolle abuti tua conceffione, non maiorem vicefima quarta parte temporis, quo femel pulfant arteriae, affumpfi; dixique illam, quae, te omnino concedente, in tuo experimento plane infenfibilis exifteret, in meo valde

20 fenfibilem euafuram. Etenim ponendo Lunam à Terra diftare quinquaginta femidiametris Terrae, vnamautem femidiametrum effe fexcentorum milliariorum, quod ad minimum, vt lient &*Aftronomia & Geometria, poni débet; fi lumen viceûma quarta temporis parte,

z5 quo femel pulfant arteriae, indigeat, ad quartam par- tem vnius milliaris bis pertranfeundam, indigebit tempore quo quinquies mille vicibus pulfant, hoc eft ad minimum vna hora, ad fpatmm, quod eft | inter Lunam & Terram, etiambis pertranfeundum, vt patet

3o numeranti.

Atque ex his conceffis ita fum argumentatus. Sit

�� � 3 io Correspondance. 11,142-14?.

ABC linea re&a; et vt poffimus idem concludere, fme Sol fiue Terra moueatur, fit A locus in quo Sol, B in

��B

��quo Terra, & C in quo Luna interdum reperiantur, ponamufque iam ex Terra B Lunam videri patientem Eclipfim in pun&o C ; videri autem débet hsec Eclipfis j ex conceffis, eodem inftanti prœcife, quo lumen emif- fum a Sole, dum in pundo A exiftebat, ad oculum ex Luna reflexum perueniret, nifi fuiflet a Terra inter- ceptum, hoc eft, etiam ex conceffis, vna hora tardius, quam lumen iflud ad Terram B pertingit; ac proinde 10 neque poteft videri Eclipfis in C, nifi vna hora tardius, quam Sol videatur in A, fi quidem tuae conceffiones . fint verae, fi nempe vicefima quarta parte vnius pulfa- tionis arteriae tardius videatur motus facis in fpeculo, quarta parte milliaris diftante, quam manu fentiatur. 1 5 Atqui conftans & accurata omnium Aftronomorum obferuatîo, experimentis innumeris confirmata, tefta- tur, fi Luna, dum patitur Eclipfim, videatur in C, ex Terra B, Solem non prius vna hora, fed eodem ipfo inftanti videri debere in A ; multoque magis fenfibile 20 eft horse tempus in loco Solis refpedu Terrse & Lunae obferuando, quam vicefima quarta pars vnius pulfa- tionis arteriœ in tuo experimento. Ergo & tuum expe- rimentum eft inutile, & | meum, quod eft omnium Aftronomorum, longe clarius oftendit, in nullo tem- 2 5 pore fenfibili lumen videri. Hoc ergo argumentum demonftrationem effe inquiebam, tu vero & paralo- gifmum & petitionem principij nominabas ; fed in tua

�� � ii, i 4 3-i44- LVII. — 22 Août 1654. 311

refponfione fatis patet, ytrum iure vel potius iniuriofe fie nominares. Duo enim tantum refpondes, in quo- rum primo euidens apparet paralogifmus, & in altero non eft quidem petitio principij, ûue affumptio eius

5 quod eratprobandum; fed (quod peius mihi videtur) eft negatio eius quod fuerat concefîum. Cum enim, exclufo motu diurno, ad tarditatem motus annui re- curris, in re quae à motu Lunae menftruo, plufquam duodecies annuo celeriori, tota dependet, & prseterea

10 in re, vbi non tantum horse differentia (quod fufficere demonftraram), fed etiam differentia dimidij minuti fatis commode folet obferuari, quis paralogifmum non agnofeat? Cum autem dicis poftea, radios ex Sole & Luna emiflbs, etiam inter Solem & Lunam vna

■ 5 cum Sole & Luna circulariter moueri, ita feilicet vt videantur femper in locis vbi reuera exiftunt, licet videantur ope luminis quod ab ipfis prius eft emiflum, cumalijs in locis exifterent (neque enim aliter poteft intelligi), negas manifefte illud ipfum quod ante

20 concefleras, & ex quo tota illa pars mes demonftra- tionis, quam tibi explicaueram,dependebat, nec vides te in aliam eius partem incidere, quae eft de Solis Eclipfi. | Nempe fint A Sol, C Luna, B Terra, in eadem

��A

��linea re&a, & iuxta fupputationem fupra fadam pona- = 5 mus lumen média hora indigere vtà Luna C ad Ter- rain B perueniat : vt autem à Soie A, qui eft viginti quatuor vicibus ad minimum Luna remotior, horis duodecim. Igitur ex tua vltima conceffione, hoc inf-

�� � } 1 2 Correspondance. ". 144-14^-

tanti, quo Sol eft in A, videtur ab oculis in B exiften- tibus, nihil obftante interpofitione Lunae, quae tamen intérim & eft in C, & ipfa etiam ibi videretur, fi pro- prium haberet lumen. Sol enim ibi videtur ope lumi- nis quod ex eo ante duodecim horas egreffum eft, & 5 quod ante mediam horam, cœlum Lunae pertranfiens, ab illa non potuit impediri, quia nondum tune illa inter Solem & Terram erat pofita : lumen autem quod nunc ab illa impeditur, non nifi poft mediam horam poteft ad B peruenire, ac proinde eius etiam luminis 10 defe&us, hoc eft Eclipfis, non nifi média hora poft hoc inftans, quo Sol & Luna & Terra funt in eadem linea reda, poteft videri. Sed confiât ex omnium Aftrono- morum experientia plane contrarium, nempe tune fieri Eclipfim, cum Sol & Luna & Terra in eadem linea «5 reéta exiftunt, & ea in re non modo mediae horae, fed etiam medij minuti error infenfibilis non effet. Ergo, &c. Nec addo alia innumera, quibus hanc vlti- mam pofitionem priore adhuc magis abfurdam elfe oftendatur; vt quod illa pofita femper Orientem ver- 20 fus, nigrum circulum in horizonte inter terram & cœlum debeamus videre, & Occidentem verfus, Solem & ftellas infra montes & fimilia; nec peto qua vi motus ifte cir|cularis luminis, ex diuerfis aftris fimul venien- tis, dirigatur, vt femper celeritates inaequales fyde- 25 rum, ex quibus egreffum eft, retineat, &c. Nifi enim te, quae jam fcripfi, conuincant, plane infuperabilem fatebor. Vale. Amftelodami, 22 Augufti 16^4.

�� � i,i84. LVIII. — Sept, ou Oct. 1634. jij

LVIII.

Descartes a Morin.

[Amsterdam, sept, ou oct. 1634.] Testé de Clerselier, tome I, lettre Sj, p. 184-185.

Sans date dans Clerselier. Mais il s'agit du livre suivant : Longi- tudinum terrestrium necnon cœlestium nova et hactenus optata scient ia, etc., auctore Joanne Baptista Morino (Parisiis, apud Joannem Libert, 1634. Privilège du 20 mai i634, dédicace à Richelieu du 26 juillet). Trois autres volumes parurent : le 2' en 1 636 (dédicace 1" janv.); le 3' en i63j {achevé d'imprimer 10 nov.); le 4? en i63g [achevé d'imprimer 3 janv.). Le premier volume ne donne pas l'achevé d'imprimer ; mais on en suit l'impression dans des lettres de Mersenne à Peiresc, 14 mai, 2 juillet, 24 août 1634; à cette date, elle est terminée (Correspondants de Peiresc, fasc.XlX, Paris, Picard, i8g4, p. 82, 86, ro6). D'autre part, une lettre de remerciment de Gassend à Morin, pour son livre, est imprimée entre deux autres du 6 sept, et du 3o oct. 1634. La lettre de Descartes est sans doute à peu près de la même date, sept, ou oct. 1634.

Sur la question des longitudes, et sur les prétentions de Morin, voir plus haut, p. 28g, l. 2 et note, p. 2gi.

Monûeur,

I'ay receu le beau liure que vous m'auez fait l'hon- neur de m'enuoyer, & ie penfe auoir d'autant plus de fujet de vous en remercier, que ie l'ay moins mérité ; car ie n'ay iamais eu occafion de vous rendre aucun feruice qui vous dûft conuier à auoir cette fouuenance de moy. Il eft certain que la peine que vous auez prife pour trouuer les longitudes, ne mérite rien moins qu'vne recompenfe publique; mais pource

Correspondance. I. 40

�� � 10

��}i4 Correspondance. , , 84 . l85 .

que les inuentions des fciences font de fi haut prix, qu'elles ne peuuent eftre affez payées auec de l'ar- gent, il femble que Dieu ait tellement ordonné le monde , que cette forte de recompenfe n'eil commu- nément referuée que pour des ouurages mechaniques & greffiers, ou pour des actions baffes & feruiles. Ainfi ie m'affure qu'vn artifan qui auroit fait de bonnes lunettes, en pourroit tirer beaucoup plus d'argent, que moy de toutes les refveries de ma Diop- trique, fi i'auois deffein de les vendre ; ce qui n'em- pefche pas que ie ne fouhaitte que vous receuiez en cecy l'accompliffement de vos defirs, & |fi i'y pouuois contribuer quelque chofe, vous connoiftriez en effet que ie fuis, etc.

��LIX.

Descartes a Golius.

Utrecht, 16 avril i635. Autographe, La Haye, Rijcks-Archief.

Monfieur, i5

La lettre que vous m'auez fait l'honneur de m'ef- crire ayant preuenu les remerciemens que i'eftois obligé de vous faire en vous renuoyant voftre Hure, me donne occafion d'en eftre honteux. Mais Iean Gillot le père, qui en auoit voulu eftre lô porteur, 20 eftant parti d'icy vn peu pluftoft que ie n'auois at- tendu, ne m'auoit pas donné le loyfir d'eferire, & de-

�� � LIX. — 16 Avril 16} $. ji^

puis i'auois différé iufques au voyafge de fon filz. le vous ay très grande obligation du foin que vous aués eu de me faire auoir la connoiffance du tourneur dont vous m'efcriués, & ie ne manqueray pas de l'aller voir

5 en cete ville a la première commodité. Mais ce qui vaut mieux que tous les tourneurs du monde, c'eft que Monfieur de Zuilicom *, que i'ay eu l'honneur de voir ces iours a Amfterdam, après auoir eu la patience d'ouir lire vne partie de ma Dioptrique, c'eft

10 offert d'en faire faire luy mefme quelque efpreuue; ce qui me met entièrement hors de peine de ce cofté, car ie m'affure que, s'il eft poffible que la chofe reuf- fiffe, il en trouuera les expèdiens pluftoft que per- sonne. Véritablement c'eft vn homme qui eft au delà

i5 de toute l'eftime qu'on en fçauroit faire, & encore que ie l'euffe ouy louer a l'extrême par beaucoup de per- fonnes dignes de foy, û eft-ce que ie n'auois encore pu me perfuader qu'vn mefme efprit fe puft occuper a tant de chofes & s'acquiter fi bien de toutes, ny de-

20 meurer fi net & fi prefent parmi vne fi grande diuer- fité de penfées , & auec cela retenir vne franchife fi peu corrompue parmi les contraintes de la cour. Il y a des qualités qui font qu'on eftime ceux qui les ont fans faire pour cela qu'on les ayme , & d'autres qui

25 font qu'on les ayme fans qu'on les en eftime beau- coup dauantage ; mais ie trouue qu'il poffede en per- fection celles qui font enfemble l'vn & l'autre. Et ie ne tire pas peu de vanité de ce que ie ne luy ay fceu dire aucune chofe qu'il ne comprift quafi auant que

3o i'eufle commencé de l'expliquer. Car û la Metempfi- cofe & la reminifcence de Socrate auoient lieu, cela

�� � }i6 Correspondance.

me feroit croyre que fon ame a efté autrefois dans le cors d'vn homme, qui auoit les mefmes penfées que i'ay maintenent; & ie prens de la occafion de iuger que mes opinions ne font point trop efloignées de ce que dide le bon fens, puifque eftant en luy très par- 5 fait, comme il eft, elles ne laiflent pas de luy eftre fi familières. Et ie vous ay voulu efcrire cecy tout au long affin que vous fçachiés combien ie vous ay d'obligation de l'honneur de fa connoiffance, car ie fçay que c'eft principalement a vous que ie la doy. le 10 fuis très marri de ce que ça efté vôftre indifpofition qui m'a ofté l'honneur de vous voir cy deuant a Amfterdam, mais i'efpere que ce printems diffipera les fluxions que la froideur extraordinaire de cet hyuer auoit caufées, & ie vous fouhaite toute forte i5 de profperité & fanté , comme fait aufly Monfieur Renery qui vous falue très affedueufement. le fuis,

Monfieur,

Voftre très humble & très affectionné feruiteur 20

DESCARTES.

D'Vtrecht, ce 6/16 Auril 1635.

A Monfieur, Monfieur Golius, Profefleur en Mathématiques & es langues orientales 25

a Leyden.

Page 3t5, 1. 7. — On lit, en effet, dans le Dagboek de Constantin Huygens, cette année i635 : « 2g Mart. Cum uxore, de Morio et Cons- » tantino Amstelodamum. — 6 April. Amstelodamo discedimus. » On

�� � H.46*. LX. — 19 Mai 16} $. jij

voit ici l'impression que Huygens avait produite sur Descartes ; celle de Descartes sur Huygens n'avait pas été moindre : trois ans auparavant, il écrivait à Golius, le i3 avril i63î : « Ex quo postremùm a te abii, » vir doctissime algue amicissime, secuta me imago est mirabilis Galli, » amici, non citra invidiam meam, tut, cujus in magnâ Urbe paulum » sepultce distat inertiœ celata virtus. » (Amsterdam, Acad. des Se, Lettres latines Ms. de Const. Huygens, t. I, n" 1 56). Et un peu plus tard, en oct. ou nov. i632, dans un post-scriptum à Wilhem, Huygens disait encore : « Perpetuam salutem et infinitam, quoties ad D. des » Cartes scribis, ab indigno me tantœ virtutis œstimatore, summo viro- » rum dici postulo. » (Ib., t I, n° 1 65). Cf. d'autre part la lettre de Descartes à Wilhem, du 23 mai i632 (plus haut, p. 253, 1. 9).

��LX.

Descartes a Golius.

Utrecht, 19 mai i635. Autographe, Leyde, Bibl. de l'Univ., Collection Huygens.

Une feuille, grand format, pliée en deux feuillets : le premier, recto et verso, contient la lettre; au verso du second, l'adresse. La figure, en marge de la première page, est de la main de Descartes, avec cette note : « i'ay fait cete figure a l'enuers par inaduertence »; il avait sans doute tourné la feuille en décrivant les cercles, et la figure se trouva renversée. — L'imprimé de Clerselier (tome II, lettre 102, p. 462-464), sans date ni nom de destinataire, fournit quelques variantes.

Monfieur,

I'eftois hors de cete ville lorfque vos lettres, auec les obferuations que vous maués fait la faueur de m'enuoyer, y font arriuées, & ie n'y fuis retourné que 7 ou 8 iours apprés ; ce qui efl caufe que ie ne vous ay pas eferit plutoft pour vous en remercier. Car i'euffe bien defiré par mefme moyen vous pouuoir

�� � 318 Correspondance. 11,462-463.

rendre comte du profit que i'en aurois retiré ; mais ayant changé de logis depuis ce tems la, ie n'ay point encore eu afles de loyfir pour mettre l'eau de mer a la queftion* & voir fi ie pourrois découurir la caufe de fa lumière. 5

Pour les obferuations des couronnes & des pare- lies, tant la voftre que celle de Shichardus a , elles me confirment entièrement | en l'opinion que i'en auois, de forte que ie n'y defire rien dauantage. Toutefois ie ne vous renuoye point encore le liure ; car iugeant 10 que vous n'en elles pas prefTé, i'ay crû faire mieus d'attendre a quelque autre commodité. Mais en re- uanche ie vous feray part icy d'vne autre obferuation que i'ay faite, il n'y a que 8 ou 10 iours, eftant la nuit fur le Zuiderzee pour paifer de Frize vers Am- 1 5 fterdam *. I'auois tenu le foir allés long tems ma tefte appuiée fur la main droite, de laquelle ie fer- mois l'œil droit, & ie tenois cependant l'autre tout ouuert, lorfque, l'aer eftant affés obfcur, on apporta vne chandelle dans la chambre ou i'eftois ; et incon- 20 tinent, ouurant les deus yeus, iapperceu deus cou- ronnes autour de cete chandelle, plus parfaitement colorées que ie n'eufTe crû qu'elles pouuoient iamais eftre, & telles que vous les voyés icy reprefentées. A eft le cercle extérieur de la plus grande, qui eftoit 25

3 point eu encore. > — 3-4 de lies. — 7 elles om. — 1 1 pas]

-la mer. — 4 et] afin de. — 6- point. — i3 part icy] icy part.

7 Pour... parelies] Pour voftre — 14 : 8 ou] om. — i5 vers] à.

obferuation touchant les parhe- — 23 iamais om.

a. Descartes avait d'abord écrit Schichardus, puis il a barré le c. — Sur Wilhelm Schickard, mathématicien deTubingue, cf. les"*Meteores. p. 287.

�� � i5

��20

���11,463-464. LX. — 19 Mai 1655. } l 9

d'vn rouge brun fort coloré. B eft l'intérieur de la mefme, qui eftoit bleu; les autres couleurs de l'arc- en-ciel fe pouuoient bien vn peu remarquer entre ces deus cer- 5 clés, mais elles n'y occupoient que peu d'efpace. C eft l'inter- ualle qui eftoit entre les deus couronnes, & qui paroiflbit au- tant ou plus noir que tout l'aer

10 d'alentour. D eft la couronne in- térieure, qui n'eftoit qu'vn feul cercle fort rouge, ainfy que le précèdent, & qu'on voyoit eftre plus chargé de couleur en dehors qu'en dedans. E eft l'interualle qui eftoit entre ce cercle rouge & la flame de la chandelle & cet efpace eftoit tout | blanc & lumineus. Or i'eu bien affés de loyfir pour obferuer toutes ces chofes ; car elles durèrent toufiours iufques a ce que ie me fuffe endormi, ce qui ne fut qu'apprés deus ou trois heures. Et ce que i'appris de cecy fut que les couleurs de ces couronnes eftoient difpofées tout au contraire de celles qui paroiftent autour des aftres, a fçauoir le rouge en dehors, & qu'elles ne fe formoient point dans l'aer, mais feulement dans les humeurs de Tvn de mes yeus ; car, fermant l'œil droit & ouurant le

25 gauche, ie ne les voyois point du tout; & fermant le gauche en ouurant le droit, ie ne les en voyois de rien

��1 brun fort] fort bien. — 6 peu] fort peu. — 8 et qui] lequel. — 12 et... eftre] feulement voyoit- on qu'il eftoit. — i3 E] C. — i5 et cet efpace] lequel. — et] et comme. — 16 bien om. —

��18 qu'apprés] que. — 19 heu- res] après aj. — 20 eftoient] font. — 23-24 dans. . . yeus] de la difpofition de mes yeux. — 24-25 et. .. gauche om. — 26 en... droit om.' — 26 de rien] pas.

�� � j2o Correspondance. 11.464.

moins ; & mettant feulement le doigt entre mon œil & la flame de la chandelle, elles difparoifibient entièrement. De quoy ie penfe pouuoir afles rendre raifon ; & ce te expérience m'a tellement plu, que ie ne la veus pas oublier en mes Météores *. 5

le vous remercie très humblement des offres que vous me faites pour me loger ; mais ce feroit tefmoi- gner de l'inconftance de quitter fi toft le lieu ou ie ne fais que d'entrer. Ce n'eft pas que ie ne me refiente extrêmement voftre obligé de l'affe&ion que vous me 10 tefmoignés en tant de fortes, & que ie ne délire en reuanche de pouuoir faire tout ce que ie croyray vous eftre agréable ; car ie fuis,

Monûeur,

Voftre très humble & i5

très affedionné feruiteur,

DES CARTES.

D'Vtrecht, ce 9/19 May 163 ç .

A Monfieur Monûeur Golius Profefleur 20

en Mathématiques & aus langues Orientales

a Leyden.

3 entièrement ont. r— 3-4 De... ie vous ay. — 11 tant de fortes]

raifon; et ont. — 5 Météores.] et toutes chofes.-— 1 1-12 defire en

ie penfe en pouuoir affez rendre reuanche] fuffe tres-aife. —

raifon, a/. — 7-8 ce... tefmoi- 12 faire] en reuanche aj, —

gner] il y auroit. — 8 de quitter] 1 2- 1 3 ie... agréable] vous té-

à quitter. — 9 me ont. — 10 vof- moignez defirer. — i3 car ie

tre obligé] les obligations que fuis] tout le reste om.

�� � LXI. — Automne 163 5 . 521

Page 3 18, 1. 4. — Expression baconienne. Cf. Bacon, De Augmentis scientiarum, 1. II, c. n, fin, et De Sapientia veterum, xm, Proteus sive Materia, etc.

Page 3i8, 1. 16. — L'autographe, signé et daté, permet ici de corriger une erreur de Baillet, reproduite deux fois dans sa Vie de Descartes, p. li de la Table chronologique, et p. 268-271 du tome I. Il date à tort du commencement de mars i636 cette observation faite sur le Zuyderzée, et la croit adressée par Descartes à Corn, van Hooghelande.

Page 320, 1. 5. — Voir, en effet, les Météores, Discours neuftesme, p. 278 : « Et l'en ay vit cet esté dernier vne expérience fort manifeste. » Ce fut en voyasgeant de nuit dans vn nauire... » Cf. lettre XVI, du 18 déc. 1629, p. 83.

��LXI.

Descartes a ***.

[Utrecht, automne i635.] Texte de Clerselier, tome II, lettre io3, p. 464-466.

Première partie, dans Clerselier, d'une lettre, sans date ni nom de destinataire, qui continue par deux morceaux certainement adressés à Mersenne [ci-avant Lettres XXVI et XL F bis). Malgré V en-tête « Monsieur », qui peut avoir été ajouté par Clerselier, cette pre- mière partie est probablement aussi adressée à Mersenne; car Des- cartes ne semble avoir jamais eu aucun autre correspondant lui posant une série de questions auxquelles il réponde comme il le fait ci-après. La fin de la lettre expliquerait asseç que le Minime ne l'eût pas gardée; car il ne s'était probablement ouvert qu'à Descartes de son projet de défendre l'opinion de Galilée. — Quant à la date de la lettre, en dehors de cette circonstance qu'elle suit dans Clerselier la précédente, du ig mai i635, on a deux indites : i° la Dioptrique est désormais prête à imprimer; or en avril (Lettre LIX, p. 3i5, l. g), Descartes en lisait déjà des chapitres à Constantin Huygens qui, le 28 octobre (Lettre LXII ci-après), donne des conseils pour V édition; 2 Balzac se trouve à Paris; or on a, en i635, une lettre de lui datée de cette ville, le 3 septembre (Édition de i665, t. I, p. 373). On peut donc admettre l'automne de i635.

Correspondance. I. 4'

�� � j22 Correspondance. 11,464-465.

Monfieur,

le vous remercie des lettres que vous m’auez fait la faueur de m’enuoyer, & ie fuis bien aife d’apprendre que Monfieur de Balzac fe fouuient encore de moy. I’eftois quafi en deflein de luy écrire à ce voyage, mais 5 i’ay me mieux attendre encore quelque temps, & ce- pendant fi par occafion vous le voyez, vous m’obli- gerez de l’affurer de mon feruice. Ie|vous prie aufïi de faire mes baife-mains à M. Sarrazin, & luy dire que ie le remercie très- humblement du liure * qu’il a eu 10 autrefois intention de m’enuoyer, & que ie n’euffe pas manqué de luy écrire pour l’en remercier, fi celuy auquel il l’auoit baillé euft eu foin de me le faire tenir.

Pour les lunettes, ie vous diray que depuis la con- damnation de Galilée, i’ay reueu & entierement 15 acheué le Traité que i’en auois autrefois commencé; & l’ayant entierement feparé de mon Monde, ie me propofe de le faire imprimer feul dans peu de temps. Toutesfois pource qu’il s’écoulera peut-eftre encore plus d’vn an, auant qu’on le puiffe voir imprimé, fi 20 M. N. a y defiroit trauailler auant ce temps là, ie le tiendrois à faueur, & ie m’offre de faire tranfcrire tout ce que i’ay mis touchant la pratique, & de luy enuoyer quand il luy plaira.

Premièrement, ie ne m’eftonne pas que la moùelle 25 de fureau pefe quatre ou cinq cens fois moins que l’or; mais ie ne laifTe pas de vous remercier de la communication de voftre expérience, & feray tou- fiours bien aife de fçauoir celles que vous aurez faites.

a. M. de Beaune (Exemplaire de l’Institut).

�� � ii, 4 65-466- LXI. — Automne 163 5 . j2j

Secondement, ie ne fçay point fi le fureau ou le fapire 8 rendent vn fon plus aigu que le cuiure; mais ie croy généralement que félon que les cors font plus fecs & plus roides, c'eft à dire plus difpofez à receuoir 5 en eux vn tremblement plus prompt, ils ont le fon le plus aigu.

j . Et ce fon ne fe fait point par la diuiûon des par- ties de l'air, mais par fon agitation feulement, laquelle accompagne celle du cors refonnant.

10 4. C'eft autre chofe des tours & retours d'vne corde attachée par les deux bouts, & autre chofe de ceux d'vne corde attachée feulement par vn bout, & qui a vn poids à l'autre bout b : car celle-cy fe meut de bas en haut par l'impetuofité ou l'agitation qui eft en elle,

i5 & ne commence point de retourner de haut en bas, que cette agitation n'ait efté entièrement furmontée par la pefanteur qui l'a fait defcendre; ce qui eft caufe qu'elle va fort lentement lors qu'elle acheue de monter ; & toutefois ie ne croy point pour cela qu'elle

20 s'arrefte aucun moment auant que de re | defcendre.

5 . le ne croy point auffi que le mouuement de la corde attachée par les deux bouts, décriue toufiours des cercles parfaits, ou des ellipfes parfaites; mais que toutes les inégalitez de ces cordes, & les diuerfes

25 façons dont elles peuuent eftre touchées, apportent de la variété en la figure de leur mouuement.

6. Pour la chaleur ie ne croy point qu'elle foit la mefme chofe que la lumière, ny aufïi que la raréfac- tion de l'air; mais ie la conçoy comme vne chofe

a. Lire sapin?

b. Voir plus haut, Lettres X et XIV (p. 28 et 29; p. y3 et 74).

�� � J24 Correspondance. h, 4 66.

toute différente, qui peut fouuent procéder de la lumière, & de qui la rarefadion peut procéder*. le ne croy point non plus que les cors pefans dépen- dent par quelque qualité réelle, nommée pefanteur, telle que les philofophes l'imaginent, ny auffi par 5 quelque attraction de la terre*; mais ie ne fçaurois expliquer mon opinion fur toutes ces chofes, qu'en faifant voir mon Monde auec le mouuement deffendu, ce que ie iuge maintenant hors de faifon; & ie m'é- tonne de ce que vous propofez de réfuter le liure «o contra Motum Terra?*, mais ie m'en remets à voftre prudence.

Page 322,1. 10.— Serait-ce l'ouvrage qui a pour titre : Opinions du nom et du ieu des eschets, imprimé plus tard p. 259-279 des Œuvres de Mon- sieur Sarasin (Paris, Augustin Courbé, 1 656} ?

P. 324, 1. 2. — Cf. Questions inouyes ou Récréations des Sçavans, du P. Mersenne : Question XXXVI : Toute sorte de raréfaction produit-elle de la chaleur, ou de la lumière? (Paris, Villery, 1634, p. 139-144).

Page 324, 1. 6. — Cf. lettre d'Etienne Pascal et de Roberval à Fermât, 16 août 1 636, où ces deux mêmes hypothèses sont examinées (Œuvres de Fermât, édit. Tannery et Henry, 1894, t. II, p. 36).

Page 324, 1. 11. — Sans doute, le livre de Jean-Baptiste Morin, Respon- sio pro Telluris quiète ad Jacobi Lansbergii Apologiam pro Telluris motu (Paris, Jean Libert, in-4, 1634; dédicace du 24 juin 1 6 3 41 .

Si c'est bien à Mersenne qu'écrit Descartes, le Minime laissa en tous cas à d'autres la tâche dont il rêvait de se charger. En France, après la condamnation de Galilée, Campanella fut le premier qui publia un livre où le système de Copernic fut défendu et déclaré non contraire à l'Ecri- ture : Thomœ Campanellœ ord. praed. Disputationum in quatuor partes suœ philosophice realis libri quatuor. . . Suorum operum Tomus II (Paris, Houssaye, 1637).

�� � LXII. — 28 Octobre 16} $. 525

��LXII.

Huygens a Descartes.

Panderen, 28 oct. 1 635-

Copie MS., Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françaises de Constantin Huygens, tome I, page 643.

Monficur,

I'auray toufiours Ian Gillot en eftime, pour auoir veu de fa ieuneffe le myflere de vos inftrudions incomparables; & toufiours l'aimeray, pour la bonne

5 nouuelle qu'il m'a portée, de la refolution ou vous feriez de vous produire a l'ignorance du monde, par l'édition de voftre Dioptrique. le vous fupplie de ne point fouffrir, qu'aucune confideration imaginaire, de celles qui vous ont tenu en fcrupule iufques a pre-

10 fent, esbranfle plus ce deffein. Il eft vray que les Elze- uiers vous y euffent peu feruir vtilement ; mais en ce malheur publicq, qui vous en deftourne, il y aura quelque bonheur particulier, fi vous vous en fiez a Willem Ianfz Blaeu*. 11 eft homme induftrieux &

i5 exad, verfé en mathématique félon fa portée, & qui fera capable de gouuerner les tailleurs de vos figures. Si i'en eftoy creu, ce feroit taille de bois; les plan- ches de cuiure impriment les marques de leurs bords, & en embaraflent la lettre, ou demandent plus def-

20 pace qu'il n'en fied bien aux liures. Car ie prefup- pofe que vous aurez aggreable d'accommoder le lec-

�� � }2Ô Correspondance.

teur de la fuitte des figures le long du texte, au lieu damaffer plufieurs figures en vne fueille qu'il faille chercher au loin, en refueilletant tant de fueilles a toutes lettres; qui eft la peine de l'oifeau, qu'on dit trauailler a percer les arbres, & en faire tant de fois le tour, pour veoir s'il a paffé. Enfin, Monfieur, ie ne cefife de fonger a ce que ie pourroy contribuer a l'a- uancement de cette œuvre & aux moyens d'en faciliter IVfage au monde, qu'il eft temps de defabufer. Car fçachant de combien de candeur vous tafchez de vous expliquer aux moins fçauans, il me femble qu'en ceïl extérieur mefme il ne fault pas que rien fe rencontre d'offenfif aux plus bizarres.

L'ardeur ou vous m'auez veu, de faire iouer le ref- fort de la machine que vous auez ordonnée pour le poliffement de l'hyperbole, ne s'eft point attiedie a . Mais vous ne fçauez pas ou mon efprit & mon corps ont roullé depuis. Et certes cette longue campagne, &la fuitte des occupations que ie trouueray au retour, m'en ennuyent au double. Mais cela prendra quelque fin vn iour; & pour incapable que ie fois de voftre belle Théorie, ie ne vous demeureray pas toufiours en faulte de linduftrie mechanique. Défia l'humeur m'a prins d'enuoyer au tourneur d'Amfterdam vne hyperbole foigneufement marquée de ma majn a la 2 5 diftancede quelques 14 poulces pour les points bruf- lants. S'il a le iugement dont il s'eft vanté, il me tail- lera fur cette forme vn verre conuexe d'vn diamètre plus ample que ne font ceux des lunettes ordinaires. Et vous me pardonnerez, i'efpere, fi ie ne puis trouuer 3o

a. Voir plus haut lettre LIX, p. 3i5, I. y.

��20

�� � LXII. — 28 Octobre 16^. ^27

fenfible au tour l'inconuenient dont vous auez fait mention, en ce que les faultes du moufle doiuent caufer autant de cercles dans le verre 3 . Cela eft très vray a part foy; mais ie fuis d'opinion, que le moufle 5 fe peut tenir hors de faulte perceptible. Au moins nous en verrons ceft eflay; et vous ordonnerez par après, félon quoy le petit verre fe debura régler.

On me dit que le fleur Hortenfius prétend nous fatisfaire en la parfaite demonftration des verres cir-

10 culaires, exclufluement a toute autre figure, & ne fe chatouille de rien moins que de nous faire lire vne lettre a la diftance d'vne lieue. le le fay animer tant qu'il eft poffible & veux effayer d'en tirer quelque chofe par efcrit, ou bien l'expérience d'vne première lunette

1 5 que ie me fay bien fort de lui faire vendre a bon prix*.

Voyez, Monfieur, ou m'ameine le plaifir de vous

entretenir, & l'enuie de fçauoir de vos nouuelles.

Après tant de repos, dont vous n'eufliez pas iouy de

mon cofté, fans la tempefte de l'Eftat*, vous n'en

20 pouuiez fortir a meilleur marché. Pardonnez, s'il vous plaift, a la forte imprefîion que vous m'auez laiffée de quelque chofe de furhumain. le ne trouue point d'autres termes a m'en expliquer, fi ce n'eft ceftuy-ci très véritable &iufte, que ie fuis a iamais,

25 Monfieur,

Voftre très humble & très refpedueux, etc.

Page 325, 1. 14. — Ce ne furent ni les Elzeviers (Bonaventure et Abraham), de Leyde, ni Blaeu, d'Amsterdam, mais Jan Maire, qui im- prima à Leyde le Discours de la Méthode, et les Essais.

a. Voir plus haut lettre XIII, p. 61.

�� � }28

��Correspondance.

��Page 327, I. i5. — Du même jour (IV Kal. Nov. 1 635 ), on trouve une lettre de Huygens à Hortensius, datée aussi du camp de Panderen : « Grandi gaudio me perculere, quse in re Dioptricâ, nobilissimâ parte » Mathescos, serio te versari nuntiaverc; et jam omni scopulo superato, » co ut polliceri Tubum cœpcris, quo ad interuallum justi milliaris vul- » gâtas scripturœ notas assecuturi simus, sollicitum de eo tantum, quo » pacto tibi, re vulgatâ, honoris, opéras et impensœ ratio constarepossit.., » Tibi cœtera curx sunto, qui si beare me vis maxime, hominem sane » ignarum, sed totius opticae ardentissimum amantem, obsecro te vere, ut » si fas est, aliquid mihi tam pulcharum demonstrationum palam fiât, » quibus inclusisse negotium omne diceris, et hyperbolâ denique quam » Gallus noster, et parabolâ quam alii adstruunt exclusâ, soli circulo tri- » buere, quas tam nobilis inuenti infinita, meo judicio, potestas et sequela » est. Si hue xgre est utadduci possis, jam pari sorte me cum vulgo habe. » et quam prope diem expectari a te prima rei expérimenta jubeas, ardori » meo denuntia quoeumque locorum sim. Faxo ut inter terra; Principes » uni meâ operâ innotescas, quem si caeteris prastulcris nunquam poenite- » bit. » (Copie ms., Amsterdam, Acad. des Se; Lettres latines de Huy- gens, t. I, n»224).

Page 327, I. 19. — Tout cet été Huygens avait fait campagne avec le prince Frédéric-Henry contre l'armée espagnole. On lit dans son Dagboek, année i635 : « 18 mey. Cum principe Hagâ Ultrajectum. » — 20 dec. Redimus Hagatn salvi, post 7 menses et dies duos. Deo » laus in sœçula. » L'armée hollandaise campait à Panderen, d'où écrit Huygens

��LXIII.

Descartes a Huygens.

Utrecht, 1" nov. i635. Autographe, Paris, Coll. Foucher de Careil.

Une feuille, grand format, pliée en deux; la lettre [trois pages) remplit tout le premier feuillet et la moitié du second. Autographe acquis à la vente de la collection Van Voort d'Amsterdam par le comte Foucher de Careil, et publié par lui dans ses Œuvres inédites de Descartes, t. If, 1860, p. 227-231. — C'est la réponse à la lettre précédente.

�� � LXIII. — i cr Novembre 1635. 329

Monfieur,

Vous m'obliges au delà de tout ce que ie fçaurois exprimer, & i'admire que parmy tant d'occupations importantes, vous daigniés eftendre vos foins iufques 5 aux -lus particulières circonftances qui concernent l'impreflion de la Dioptrique. C'eft vn excès de cour- toifie & vne franchife qui vous caufera peut eftre plus d'importunité que vous ne craignes. Car pour paye- ment de ce que ie tafeheray de fuiure de point en

10 point les inftru&ions que vous m'aués fait la faueur de me donner touchant ces chofes extérieures, i'au- ray l'effronterie de vous demander auffy vos correc- tions touchant le dedans de mes eferits auant que ie les abandonne a vn imprimeur, au moins û ie vous

1 5 puis trouuer cet hyuer en quelque feiour plus accef- fible que celuy ou vous eftes, & ou i'aye moyen dauoir audience. Trois matinées que i'ay eu l'hon- neur de conuerfer auec vous a m'ont laiffé telle im- preffion de l'excellence de voftre efprit & de la fo-

20 lidité de vos iugemens, que fans rien deguifer de la vérité, ie ne fçache perfonne au refte du monde a qui ie me fie tant qu'a vous, pour bien decou- urir toutes mes fautes ; & voftre bienueillance & la docilité que vous efprouuerés en moy me font efpe-

25 rer que vous aymerés mieux que ie les fçache & que ie les ofte, que non pas qu'elles foyent veues par le public.

I'ay deflein daioufter les Météores b a la Diop-

a. Sans doute du 39 mars au 6 avril 1 635. Voir plus haut p. 3 1 5, 1. 7.

b. Cf. Lettre LX du 19 mai 1 635, p. 320, 1. 5.

CnDPi?<pANT\*Nrr. I. a%

�� � ) )0 Correspondance.

trique, & i'y ay trauaillé affés diligemment les deux ou trois premiers mois de cet efté, a caufe que i'y trouuois plufieurs difficultés que ie n'auois encore iamais examinées, & que ie demeflois auec plaifir. Mais il fault que ie vous faiïe des plaintes de mon * humeur : fitoft que ie n'ay plus efperé d'y rien ap- prendre, ne reliant plus qu'a les mettre au net, il m'a efté impoffible d'en prendre la peine, non plus que de faire vne préface que i'y veux ioindre ; ce qui fera caufe que i'attendray encore deux ou trois mois auant >° que de parler au libraire.

Il n'appartient qu'a vous d'auoir enfemble de la promptitude & de la patience, & de fçauoir ioindre l'adrefle de la main a celle de l'efprit. La diftance de quatorze poulces pour l'hyperbole que vous auéspris «5 la peine de tracer eft extrêmement bien choifie 8 ; car c'eft l'vne des plus grandes qui fe puiffe commodé- ment defcrire fans machine, & l'vne des moindres qui puiffe feruir pour vne lunette vn peu meilleure que les communes. Mais ie me deffie de l'induftrie du 20 tourneur ; & pour les cercles de fautes que i'appre- hende h , i'en ay vu autrefois l'expérience en vn verre taillé de cete forte, qui ne laiffoit pas de brufler auec beaucoup de force. Que il le voftre reuffit, ie croy qu'on en pourra faire vne lunette, en y adiouf- 2 5 tant enuiron a la diftance d'vn pied vn verre concaue taillé a la façon ordinaire ; car vous fçaués que plus les verres s'appliquent proche de l'œil, moins il eft neceflaire que leur figure foit exacte. Mais l'eftect de

a. Page 326, 1. 26.

b. Paee 327. 1. 3.

�� � LXIII. — i cr Novembre 16^'. 3,2,1

cete lunette ne fera pas de faire lire vne lettre d'vne lieue a ; tout fon mieux fera de faire paroiftre les obiets i $ ou 20 fois plus proches qu'ils ne feront, c'eft a dire d'autant que fa longeur furpaffe le dia- 5 mètre de noftre œil.

Au refte voflre trauail d'auoir tracé vous mefme vne hyperbole eft bien inutile, puifque la figure cir- culaire eft la meilleure b , & il y a bien plus de raifon de croyre en cecy l'authorité d'vn profeffeur appuiée

10 de toutes les expériences des artifans, que les imagi- nations d'vn hermite, qui confeffe ingenuement qu'il n'a iamais fait aucune efpreuue de ce qu'il dit, outre que la théorie de Galilée & de Scheiner, qui apprés Kepler font les plus célèbres en cete matière , ne va

i5 point au delà des feétions de cercles. Et certes ie m'en eftonnerois, fi ie n'auois vu tout de mefme de bons muficiens qui ne veulent pas encore croire que les confonances fe doiuent expliquer par des nombres rationaux d , ce qui a efté, fi ie m'en fouuiens, l'er-

20 reur de Steuin, qui ne laifîbit pas d'eftre habile en autre chofe. Ainfy on voit bien plus de gens capables d'introduire dans les mathématiques les conieftures des philofophes, que de ceux qui peu- uent introduire la certitude & l'euidence des de-

25 monftrations mathématiques dans des matières de

a. Page 327, 1. 12.

b. Ib., I.8-10.

c. Allusion à la Dioptrice de Kepler (Augsbourg, 1611), au Sidereus Nuncius de Galilée (Florence, 16 10), et à l'ouvrage Oculus hoc estfunda- mentum opticumde Scheiner (Inspruck, 1629, in-4).

d. Cf. lettres d'avril et de mai 1634, p. 286, 1. 8; p. 288, 1. 22; et p. 295, 1. 14.

�� � )}2 Correspondance.

philofophie, telles que font les fons & la lumière, le fuis,

Monfieur ,

Voftre très obeiffant & très obligé feruiteur,

DESCARTES.

D'Vtrecht, ce i nou. 16} $.

��LXIV.

Huygens a Descartes.

Arnhem, 5 déc. i635.

Copie MS., Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françaises de Constantin Huygens, tome I, page 62 5.

Monfieur,

Le tourneur d'Amfterdam a m'a vn peu faict languir après ceft efTay; mais enfin le voyci a bout de mon Hyperbole, non fans hyperbole, de vray. Car, pour le premier coup, il me femble que ceft bien allé, & les 10 faifeurs de lunette, en ayant veu le moule en papier, ont ofé dire que s'il l'acheuoit, ils eftoyent contens de manger le verre ; mais il leur importe de defcrier le tour qui vn iour doit ruiner leur meftier. Encore mon artifan fe plaint de n'auoir efté pourueu des i5 inftrumens qu'il fouhaitteroit d'y pouuoir approprier vne autre fois, & que par ainfi en taftonnant il a cafté plus de trois verres fur l'eflay. Quoi qu'il en foit, i'ef-

a. Voir plus haut page 326, 1. 24.

�� � LXIV. — 5 Décembre 16^. jjj

père que vous ne trouuerez point icy aucune appa- rence des faultes que vous auez appréhendé que le tour debuoit mener en cercle a . Au moins il n'y a rien de perceptible au fens extérieur, dont i ofe conclure, 5 foubs voftre permiflion, qu'au moyen d'vn Artifan adroid, comme ceftuy-ci, & bien pourueu d'engins neceffaires, (en la recherche defquels on pourroit l'aflifter), il y auroit moyen de fe pafler du voftre, auquel, fortant de la main du Menuifier, ie preueois

10 des inconueniens de mechanique encore plus impor- tans que ne pourroient eftre ceux du tour. Mon dif- cours vous fera bien fentir que ie dois eftre du meftier que ie tafche de patrociner. Mais ie veux humble- ment plier deffous vos cenfures, puifque ie les tiens,

i5 comme ie dois, fuperieures a toute la Philofophie naturelle du monde. Nous en verrons les preuues ad- mirables, quand il vous plaira; mais ce fera toufiours tard, a mon attente. Souuenez-vous de la folemnité des promeffes, s'il vous plaift, & haftez-vous au mi-

20 racle de rendre la veuë auxaueugles. Monf r . Renery m'a affeuré en hafte, que vous en perfiftez au defiéin. C'eft de quoy ie ne puis ceffer de vous coniurer, non plus que d'eftre a iamais,

Monfieur, etc.

25 A voftre commodité, iattendray fçauoir fi ce verre vous aura efté rendu, & comment vous eftimez que nous faffions du refte, pour acheuer noftre effay.

Arnhem, le $ de décembre 16^.

a. Page 3?o, 1. 21.

�� � } J4 Correspondance. ii, 363-36 4 .

LXV.

Descartes a Huygens.

[Décembre i635.] Texte de Clerselier, tome II, lettre 81 fin, p. 363-366.

L'imprimé de Clerselier, sans date ni nom de destinataire, réunit deux lettres en une seule : la première {p. 362-363) dont on a main- tenant une copie ancienne, du 2 juillet 1634, à Renery; et celle-ci, qui est manifestement une réponse à la lettre précédente de Huy- gens, du 5 décembre i635.

Il a fait ce matin vn peu de foleil, qui m'a donné moyen d'éprouuer voflre verre. Mais vous me par- . donnerez, s'il vous plaift, fi i'ofe affurer que le tour- neur ne luy a point donné la figure que vous auez prefcrite; & vous le verrez facilement, fi vous prenez 5 la peine de couurir celuy de fes coftez qui eft plat de cette carte, où il y a diuers petits trous, & que l'expo- fant au foleil, vous le teniez derrière l'autre carte, où il y a plufieurs cercles & lignes, qui | marquent les lieux où les rayons du foleil paffant par ces trous 10 doiuent donner. Car en l'approchant ou reculant, vous verrez que ceux qui paflent par les trous du plus petit cercle, s'affemblent dés la diftance de cinq ou fix pouces, & ceux du fécond beaucoup plus loin, lors que ceux du premier commencent défia derechef à i5 s'efcarter; & ceux du troifiefme & quatriefme encore plus loin, lors que ceux du premier & du fécond font

�� � ii, 36 4 . LXV. — Décembre 1635. yjj

défia fort efcartez, au lieu qu'ils deuoient s'aflembler tous à la diftance de quatorze pouces 3 . Et ie vous dirois bien, que i'ay voulu voir fi cela ne procedoit point de ce qu'en traçant l'hyperbole, vous auriez

5 fuppofé la refra&ion du verre plus ou moins grande qu'elle n'eft, à caufe que ie n'ay point fceu fi vous auez pris la peine auparauant de la mefurer. Mais ie trouue que cela ne peut eilre : car fi vous l'auiez fup- pofée trop petite, & que le tourneur euft bien obferué

10 voflre figure, les rayons du milieu s'aflembleroient plus prés que quatorze pouces, comme ils font; mais ceux qui paflent par les bords, s'aflembleroient encore plus prés que ceux du milieu, tout au contraire de ce qu'ils font. Et fi vous l'auiez fuppofée trop grande, il

1 5 eft vray que ceux des bords s'aflembleroient plus loin que ceux du milieu, comme ils font; mais ceux-cy mefme s'aflembleroient plus loin que quatorze pouces, au lieu qu'ils s'aflemblent beaucoup plus prés. Et ainfi ce verre ne peut auoir la figure d'vne hyperbole,

20 fi ce n'eftoit d'vne dont le poinét brûlant extérieur fuft feulement éloigné de fix pouces, & l'intérieur de beaucoup plus que fix. Car la refradion du refte b eflant prefque de deux à trois, fi la diftance qui eft entre le fommet de l'hyperbole & fon poinét brûlant

25 extérieur, eft de fix pouces, celle de l'intérieur ne doit eftre tout au plus que de y de pouces. Et celle de l'ex- térieur eftant de quatorze, celle de l'intérieur doit eftre if.

Il y a défia huit ou neuf ans que ie fis auffi tailler vn

a. Voir plus haut, p. 33o, 1. i5, et page 326, 1. 2b.

b. Lire verre?

�� � ) )6 Correspondance. h, 364-355.

verre par le moyen du tour 2 , & il reùffit parfaitement bien; car nonobftant que fon diamètre ne fuit pas plus grand que la moitié du voftre, il ne laiffoit pas de brûler auec beaucoup de force à la di|ftance de huit pouces, & l'ayant mis à la mefme épreuue d'vn mor- 5 ceau de carte auec de petits trous, on voyoit que tous les rayons qui pafîbient par ces trous, s'approchoient proportionellement iufques à la diftance de huit pouces, où ils fe trouuoient affemblez en vn très-exac- tement. Mais ie vous diray les précautions dont on 10 vfa pour le tailler. Primo, ie fis tailler trois petits triangles tous égaux, qui auoient chacun vn angle droit & l'autre de trente degrez, en forte que l'vn de leurs coftez eftoit double de l'autre; & ils eftoient l'vn de criftal de montagne, l'autre de criftalin ou verre 15 de Venife, & le troifiefmede verre moins fin. Puis ie fis faire aufii vne règle de cuiure auec deux pinnules, pour y appliquer ces triangles & mefurer les refrac- tions, ainfi que i'ay expliqué en la Dioptrique 6 . Et de là i'appris que la refra&ion du criftal de montagne 20 eftoit beaucoup plus grande que celle du criftalin, & celle du criftalin que du verre moins pur; mais ie ne me fouuiens pas particulièrement de la grandeur de chacune. Après cela M. Mydorge, que vous auez peut- eftre oùy nommer, & que ie tiens pour le plus exad à 2 5 bien tracer vne figure de Mathématique qui foit au monde, décriuit l'hyperbole, qui fe rapportoit à la refradion du criftal de Venife, fur vne grande lame de cuiure bien polie, & auec des compas dont les

a. Cf. lettre du 2 février i6?2, page 239, 1. 6 (texte de Clerselier).

b. Cf. Dioptrique, Discours second, p. 21 et 22.

�� � h.365-366. LXV. — Décembre 1635. 337

pointes d'acier eftoient auffi fines que des aiguilles; puis il lima exactement cette lame, fuiuant la figure de l'hyperbole, pour feruir de patron, fur lequel vn faifeur d'inftrumens de mathématiques, nommé Fer- 5 rier a , tailla au tour vn moule de cuiure encaué en rond de la grandeur du verre qu'il vouloit tailler ; & afin de ne corrompre point le premier modèle en l'ad- juflant fouuent fur ce moule, il coupoit feulement deflus des pièces de cartes, dont il fe feruit en fa

10 place, iufques à ce qu'ayant amené ce moule à fa per- fection, il attacha fon verre fur le tour, & l'appliquant auprès auec du grès entre deux, il le tailla; mais vou- lant après en tailler vn concaue en la mefme façon, il luy fuft impofiible, à caufe que le mouuement du tour

i5 eftant moindre au milieu qu'aux extremitez, le verre s'y vfoit toufiours| moins, bien qu'il s'y dûft vfer dauan- tage. Mais fi i'eufle alors confideré que les défauts du verre concaue ne font pas de fi grande importance que ceux du conuexe, ainfi que i'ay fait depuis, ie

20 croy que ie n'euffe pas laifle de luy faire faire d'aflez bonnes lunettes auec le tour. Pardon, Monfieur, fi ie vous ay ennuyé de ce long & mauuais difcours; c'eft vous mefme qui auez attiré fur vous cette impor- tunité, & le defir que i'ay de vous témoigner que ie

2 5 fuis,

a. Voir plus haut Lettres XI, XII et XIII, p. 3z, 38 et 53.

��Correspondance. I. 4 3

�� � }}8 Correspondance. 11,537.

LXVI.

Descartes a Mersenne.

[Leyde, mars i636.]

Texte de Clerselier, tome II, lettre m, p. 537-529.

Sans nom ni date dans Clerselier. Mais, comme c'est une réponse à une lettre du 18 janvier, reçue depuis cinq semaines environ, elle est certainement de mars, et de 16 36; car en mars i635, la Diop- trique n'était pas prête encore pour l'impression, et les Météores n'étaient même pas composés, tandis qu'en mars i63j , tout ou presque tout était imprimé déjà. Enfin, elle a été écrite à Leyde (voir la lettre suivante, du 3i mars i636), où Descartes était venu pour s'entendre avec les Elqeviers ou quelque autre libraire.

Mon Reuerend Père,

Il y a enuiron cinq femaines que i'ay receu vos dernières du dix-huit Ianuier, & ie n'auois receu les précédentes que quatre ou cinq iours auparauant. Ce qui m'a fait différer de vous faire réponfe, a eflé que 5 i'efperois de vous mander bien-toit que i'eftois occupé à faire imprimer. Car ie fuis venu à ce deflein en cette Ville*; mais les (Elzeuiers) qui témoignoient aupara- uant auoir fort enuie d'eflre mes libraires, s'imagi- nans, ie croy, que ie ne leur échapperois pas lors qu'ils 10 m'ont veu icy, ont eu enuie de fe faire prier, ce qui ell caufe que i'ay refolu de me pafler d'eux*; & quoy que ie puiffe trouuer icy affez d'autres libraires, toutes- fois ie ne refoudray rien auec aucun, que ie n'aye receu de vos nouuelles, pourueu que ie ne tarde point 1 5 trop à en receuoir. Et fi vous iugez que mes efcrits

�� � n.527-528. • LXVI. — Mars 1636. }jo

puiflent eftre imprimez à Paris plus commodément qu’icy, & qu’il vous pluft d’en prendre le foin, comme vous m’auez obligé autresfois de m’offrir 3 , ie vous les pourrois enuoyer incontinent après la voftre receuë.

5 Seulement y a-t-il en cela de la difficulté, que ma copie n’eft pas mieux écrite que cette lettre, que l’or- tographe ny les virgules n’y font pas mieux obfer- uées, & que les figures n’y font tracées que de ma main, c’eft à dire tres-mal; en forte que fi vous n’en

10 tirez l’intelligence du texte pour les interpréter après au graueur, il luy feroit impoffible de les comprendre. Outre cela, ie ferois bien-aife que le tout fuft imprimé en fort beau caractère, & de fort beau papier, & que le libraire me donnait du moins deux cens exem-

1 5 plaires, à caufe que i’ay enuie d’en diftribuer à quan- tité de per|fonnes. Et afin que vous fçachiez ce que i’ay enuie de faire imprimer, il y aura quatre Traittez tous françois, & le titre en general fera : Le projet d’vne Science vniuerfelle qui puiffe éleuer noftre nature

20 à fon plus haut degré de perfection. Plus la Dioptrique, les Meteores, & la Geometrie; où les plus curieufes Matières que l’Autheur ait pû choifir, pour rendre preuue de la Science vniuerfelle qu’il propofe, font expli- quées en telle forte, que ceux mefmes qui n’ont point

25 eftudié les peuuent entendre. En ce projet ie découure vne partie de ma Méthode, ie tâche à demonftrer l’existence de Dieu & de l’ame feparée du corps, & i’y adjoufte plufieurs autres chofes qui ne feront pas, ie croy, defagreables au lecteur. En la Dioptrique,

3o outre la matière des refractions & l’inuention des

a. Voir plus haut, p. 24, 1. 4, et p. 85, 1. 7.

�� � }4o Correspondance. h, 538-5*9.

lunettes, i’y parle aufli fort particulièrement de l’Oeil, de la Lumière, de la Vifion, & de tout ce qui appar- tient à la Catoptrique & à l’Optique. Aux Meteores, ie m’arrefte principalement fur la nature du Sel, les caufes des Vents & du Tonnerre, les figures de la 5 Neige, les couleurs de l’Arc-en-Ciel, où ie tafche auffi à demonftrer generalement quelle eft la nature de chaque Couleur, & les Couronnes, ou Halones, & les Soleils, ou Parhelia, femblables à ceux qui parurent à Rome il y a fix ou fept ans. Enfin, en la Géométrie, ie io tafche à donner vne façon générale pour foudre tous les Problèmes qui ne l’ont encore iamais efté*. Et tout cecy ne fera pas, ie croy, vn volume plus grand que de cinquante ou foixante feuilles*. Au refte, ie n’y veux point mettre mon nom, fuiuant mon ancienne 1 5 refolution, & ie vous prie de n’en rien dire à perfonne, fi ce n’eft que vous iugiez à propos d’en parler à quelque libraire, afin de fçauoir s’il aura enuie de me feruir, fans toutesfois acheuer, s’il vous plaift, de conclure auec luy, qu’après ma réponfe ; & fur ce que 20 vous me ferez la faueur de me mander, ie me refou- dray. le feray bien-aife aufii d’employer tout autre, plûtoft que ceux qui ont correfpondance auec (Elze- uier),qui fans doute les en aura auertis, car il fçait que ie vous en écris. 2 5

Mais i’ay employé à cecy tout mon papier, il ne m’en | refte plus que pour vous dire, que pour exa- miner les chofes que Galilée dit de Motu a , il fau-

a. Dans ses Massimi Sistemi, qui venaient ( 1 635) d’être réédités en latin par les Elzeuiers sous le titre de Systema Cosmicum, Cf. Lettre LXXII ci- après (Clers., III, 173).

�� � ii. 5ï 9 LXVI. — Mars 1636. 341

droit plus de temps que ie n'y en puis mettre à prefent.

le iuge l'expérience des fons qui ne vont pas plus vifte félon le vent que contre le vent, eflre véritable, 5 au moins adfenfum; car le mouuement du fon eft tout autre que celuy du vent. le vous remercie aufli de celle de la baie tirée vers le zénith, qui ne retombe point, ce qui eft fort admirable 3 . le ne fuppofe point la matière fubtile, dont ie vous ay parlé plusieurs

10 fois b , d'autre matière que les cors terreftres; mais comme l'air eft plus liquide que l'eau, ainfi ie c la fup- pofe encore beaucoup plus liquide, ou fluide, & péné- trante que l'air. Pour la reflexion de l'arc d , elle vient de ce que la figure de fes pores eftant corrompue, la

l5 matière fubtile qui paffe au trauers, tend à les réta- blir, fans qu'il importe de quel cofté elle y entre. le fuis,

Page 338, 1.8. — « Cette ville » est certainement Leyde. L'expression qui suit, « les N. » (texte de Clerselier) ou « les Elzeuiers » (Exemplaire de l'Institut), ne peut, en effet, désigner que deux associés au moins, comme étaient Bonaventure et Abraham Elzevier, l'oncle et le neveu, qui diri- geaient ensemble l'imprimerie de Leyde depuis 1626. — Baillet s'est donc trompé en conjecturant Amsterdam (t. I, p. 274), où il n'y eut qu'un seul Elzevier, Louis, neveu de Bonaventure et cousin d'Abraham; il ne s'y installa même qu'en i638, comme libraire d'abord, et n'acquit une impri- merie qu'à la fin de 1640; il imprimera en 1644 les Principia Philoso- phiœ. (Voir les Elsevier, par Alphonse Willems, Bruxelles, 1880, p. xlii-xliii et lxi). — Baillet parle aussi d'un séjour de Descartes à Leeuwarden l'hiver de i635-i636 (t. I, p. 267), mais cette conjecture, acceptée par Millet {Histoire de Descartes avant i63j, Didier, 1867, p. 340), ne paraît reposer sur aucun fondement.

a. Cf. Lettres LUI et LIV, p. 287, 1. i5 et 293, 1. 5.

b. Voir plus haut, p. 139-140, etc.

c. ainsi que ie Clers.

d. Voir plus haut, p. 294, 1. 9.

�� � 342 Correspondance.

Page 338, 1. 12. — Les Elzeviers pouvaient se montrer difficiles : « après neuf années d'efforts persévérants, dit leur historien Willems, ils » venaient d'atteindre la perfection ; le César, le Pline et le Térence de » i635 marquent l'apogée de leurs succès et inaugurent définitivement la » série des chef s-d' œuvres » (Op. cit., p. xliii et clxviii).

Page 340, 1. 12. — On sait que la Dioptrique était prête pour l'impres- sion en octobre 1 635 (lettre LXII) et les Météores (sauf la mise au net) dès novembre (lettre LXIII). Mais Descartes, en octobre 1637, dira de la Géométrie : « C'est vn traitté que ie n'ay quasi composé que pendant » qu'on imprimoit mes Météores, et tnesme l'en ay inuenté vne partie » pendant ce temps-là. » (Gers., lettre au P. *** , t. III, p. 1 15.)

Pag* 340, 1. 14. — Descartes ne se trompait guère; le volume de i63-, imprimé chez Jan Maire à Leyde, a juste soixante-six feuilles, dont dix pour le Discours de la Méthode.

��LXVII.

Descartes a [Huygens].

Leyde, [3i mars i636]. Autographe, Saint-Pe'tersbourg, Bibliothèque Impériale.

L'adresse manque, et la date Ult a Marti j i636 est d'une autre main. Mais Descartes est à Leyde, et il écrit à quelqu'un d'une ville voisine, asse% proche pour qu'on puisse s'y rendre en quelques heures, puisque lui-même y sera le lendemain après disner. Or Huygens se trouvait à La Haye (son Dagboek note un retour en cette ville le so déc. i635, et ne mentionne aucun départ avant le 8 mai i636) ; de plus, un autre autographe de Descartes à Huygens (du S oct. i63?) porte aussi, de la main de Huygens, l'indication en latin du jour où il a reçu la lettre; la date Ult a Martij i636 confirme donc notre conjecture, surtout si l'on remarque que le 3i mars était préci- sément cette année un lundy, et que la lettre aurait été envoyée et reçue le même jour, comme il convient de Leyde à La Haye.

Monfieur, le ne manqueray de me trouuer demain a voftre logis incontinent apprés voftre difner, nuifqu'il vous

�� � LXVII. — ji Mars 1636. ^43

plaift me faire la faueur de me le permettre; et ie por- teray auec moy tous ceus de mes papiers qui feront afTes au net pour les pouuoir lire, affin que vous en puiffiés choifir ceus dont la lecture vous fera le moins

5 ennuieufe, & que i'aye le bonheur de fcauoir au vray le iugement que vous en ferés. Car comme ie tafche en tout de reigler plutoft mes fentimans par la raifon que par la couftume, iay particulièrement cete maxime que ie me tiens beaucoup plus redeuable a

10 ceus qui me reprenent qu'a ceus qui me louent. Et affin que ie ne femble pas auoir enuie de corrompre mon iuge par mes complimens, ie me contenteray pour cete fois de vous dire que ie fuis,

Monfieur, > 5 Voftre très humble &

très obligé feruiteur,

DESCARTES.

De Leyde, ce lundy au foir.

LXVIII.

Huygens a Descartes.

La Haye, i5 juin i636.

Copie MS., Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françoises de Constantin Huygens, tome I, page 715.

Monfieur,

20 le n'entens pas fans reffentiment diniure le doubte que vous femblez auoir, fi les papiers dont il vous a

�� � }44 Correspondance.

plu me gratifier autrefois ont elle conferués ou non a . Il partiroit bien moins de chofe de voftre main & ne fe perdroit iamais dans la mienne. Les voyci donc en efpece ou en indiuidu, fi vous auez encore vne oreille de refte pour ce beau langage de l'efcole que vous * allez ruiner. le fouhaitte fort que vous fafliez ren- contre d'vn graueur tant foit peu philofophe, & qui ayt la conception prompte comme le burin. S'il man- que en l'vne ou l'autre qualité, il vous defgouftera, & ne foulagera iamais voftre leétour. Il eft vray, Mon- 10 fieur, que pour ceft infiniment b , comme il eft des chofes plus palpables qui foyent forties de voftre efprit, ces efchantillons l'y pourront efclairer; mais quand il viendra aux anguilles de l'eau, aux diffé- rences des pluies & des brouillars, & chofes fembla- i5 blés c , i'apprehende extrêmement qu'a moins de fubir les mefmes peines que vous auez voulu prendre pour mon fubied, vous ne trouuerez point d'artifan qui vous fatisfaffe. Il refte que la neceflité vous porte, a l'endroit de vos enfans, a l'effort qu'elle fit faire au 20 fils de Crœfus pour fauver fon pere d , & que la peur ou l'indignation vous faffe voftre ouurier. En effeél, Monfieur, l'eflay que vous venez de m'en enuoyer vous feruira d'vne longue condemnation, s'il fe ren- contre en vos œuures des faultes de la main. le vous *5 en baife les mains très humblement, & après m'eftre congratulé de mon ignorance, qui vous a fait le fils

a. Cf. lettre précédente, page 343, 1. 2.

b. Dioptrique, Discours dixiesme, p. 144.

c. Les Météores, Discours premier et cinquiesme, p. 159, 211, 212, 214, etc.

d. Hérodote, Hist., 1. I, c. lxxxv, § 3.

�� � LXIX. — 5 Janvier 1637. 34$

de Crœfus, ie vay remettre mon tourneur a la féconde efpreuue, dans laquelle ie fuis bien afieuré que fes faultes ne trouueront plus le prétexte dont il m'a payé par le pafTé. Si cependant vous fouffrez que ie re-

5 tourne a vous animer a la production de vos oracles, & a vous fupplier de me faire entendre par occafion iufques ou en eft voftre imprimeur, que ie reuere défia comme on faifoit anciennement les myftes de Delphes, i'oferay prefumer que vous me continuez

10 l'honneur de cefte grande bienueillance que i'ay aufli peu méritée que ie defire la recognoiftre aueq paffion, en vous tefmoignant que ie fuis parfaitement,

Monfieur . . . A la Haye, le 1 $ e de Iuin i6j6.

��LXIX.

Huygens a Descartes.

La Haye, 5 janvier 1637.

Copie MS. Amsterdam, Académie des Sciences. Lettres françoises de Constantin Huygens, tome I, page 769.

Monfieur,

Voftre pacquet partira auiourd'huy en compagnie de ce que nous ferions bien marris de perdre, & n'y a point de doubte que celuy a qui ie le recommande ne m'en rende vn compte très ponctuel. Auiïi debuez-

CORRESPONDANCE. I. 44

�� � }4& Correspondance.

vous faire eftat, qu'en fortant de mes mains il a paffé les plus grands dangers du voyage, tant mes doigts ont efté tentés de le rauir a ceux du P. Merfenne. Mais ma conuoitife a cédé a vos interefls, & me fuis-ie armé d'vne patience ftoïque, a attendre que le tout fe 5 publie, auant que de mettre le nez dans vne des par- ties, le mens toutefois, & confeffe de l'auoir parcour- rue; mais c'a efté dans la prelTe de tant d'occupations diuerfes & éloignées de la vraye fagefle, qu'auflï i'auoue n'y auoir prefque obferué que l'impreffion & >o les figures, qui certes me contentent également. A la forme du papier i eufTe fouhaitté vn peu plus de luftre, & que le quarto approchant en hauteur du petit folio euft auffi eu la marge plus ample : mais c'eft de tout temps que les imprimeurs y font paroiftre leur aua- ' 5 rice, pour ne dire pis. Enfin, Monfieur, nous n'appren- drions rien de la forme; la matière nous occupera fi bien que le bon le Maire n'a que faire d'appréhender noftre colère de ce cofté-là. le fuis raui de trouuer voftre texte fi bien corrigé. Si vous vous laffez de la 2 ° peine qu'apparemment vous vous y donnez vous mefme, i'iray m'offrir a Leiden pour ce qui refte, plu- toft que de nous veoir perdre vn iour dans la chaulde attente ou nous fommes d'vne pièce fi excellente, mais furtout celui qui vous fupplie de le fauorifer toufiours 2 5 de la continuation de voftre amitié & de le croire inuiolablement,

Monfieur . . .

A La Haye, le $ e iour de l'an 1657, que Dieu vous rende heureux & profpere. 3o

�� � LXX. — Mars 1637. 347

CNaprès une autre lettre de Huygens [Ib., t. I, p. 783), adressée au porteur du paquet dont parle la précédente; celle du 23 déc. i636, qui est rappelée à la fin, n'ayant pas non plus d'adresse, on ignore le nom de cet homme de confiance qui porta de La Haye à Paris les premières feuilles imprimées de l'ouvrage de Descartes, en 1637. — Le « maistre moine » dont il est question, n'est autre que le R. P. Marin Mersenne.

« A La Haye, le 5« de Ianuier 1637.

« Monsieur,

« Ce pacquet m'est recommandé par vn si digne personnage (comme » vous apprendrez si vous prenez la peine d'en entretenir le moine auquel » il s'adresse), que pour en auoir tout le soin qu'il m'est possible, i'ay » pensé ne le deuoir commettre a personne qu'a vous, qui affectionnez » les belles choses, et en fauorisez les auteurs. le vous prie de vous en » vouloir charger de sorte que ie puisse rendre témoignage de la seure » adresse du dit pacquet, sur ce que vous prendrez la peine de m'en rap- » porter. Après aussi que le maistre moine se sera acquitté de ce qu'on » luy demande, ie seray bien content que les réponses repassent par mes » mains, qui ay de l'inclination pour luy, a raison de celle qu'il témoigne » auoir a l'auancement des sciences; quoy que par trop embrasser il es- » treigne vn peu mal, ce que ie vous prie ne lui dire pas, mais bien que » ie suis son seruiteur et attends de veoir ce qu'il promet de beau au » publiq, car il ne cessera pas d'escrire qu'au cercueil. Iusques au mien » vous me trouuerez,

» Monsieur... » Ma dernière fut du 23* de décembre. »

��LXX.

Descartes a Mersenne. [Leyde, mars 1637.]

Texte de Clerselier, tome I, lettre 112 fin, p. Sog-Sn.

Troisième partie, dans Clerselier, d'une lettre, dont la première partie (p. S04-S06) est la lettre XXII ci-avant {mai i63o), et la seconde (p. 5o6-5og) n'a été écrite qu'après les Méditations. « Le

�� � J48 Correspondance. i, 5oo-

reste de cette lettre est un fragment de M r Desc. addressé au P. Mer- senne. Ecrit quelque temps apre\ l'impression de la Méthode, c'est-à- dire vers juillet ou août de i63j. V. la page 1 1 1 du nouveau cahier; v. aussy la page 26 du gros cahier. » (Note de l'exemplaire de l'Institut). La raison en était sans doute tirée de ce passage de la lettre : « // y a enuiron huit ans que i'ay écrit en latin vn com- » mencement de Métaphysique », ce qui renvoie, en effet, à juillet 162g (voir plus haut, p. 17, l. 7). Mais pourquoi calculer avec rigueur, lorsque Descartes dit lui-même : « enuiron huit ans » ? Cette lettre parait plutôt une réponse aux toutes premières objec- tions que l'on fit au Discours de la Méthode, lorsque Mersenne le communiqua, dès qu'il l'eut reçu, c'est-à-dire dès janvier i63j. Des- cartes put tout d'abord recommander de taire son nom (p. 35 1, l. 22), mais ce nom fut forcément connu après le privilège accordé le 4 mai. D'ailleurs Mersenne lui demande de changer son dessein et de joindre son discours à sa Physique; il lui conseille aussi de modi- fier le titre « Discours de la Méthode »; or, pour que la chose fût encore possible, il fallait que l'ouvrage fut seulement en feuilles, et non pas en volume relié ou broché. Enfin un passage de la lettre suivante à Mersenne (ci-après LXXIII), laquelle est au moins du commencement de mai i63j, sinon du mois d'avril : « Vous me » conuie^ à faire imprimer d'autres traitle\ » (p. 364, l. 2), rapproché de celle-ci (p. 35 1, l. 4), apparaît sans aucun doute comme postérieur. On a donc comme limites extrêmes, pour la date de la présente lettre, d'une part janvier, de l'autre avril i63j.Le mois de mars est indiqué à titre de conjecture probable.

��le trouue que vous auez bien mauuaife opinion de moy, & que vous me iugez bien peu ferme & peu refolu en mes actions, de penfer que ie doiue délibérer fur ce que vous me mandez de changer mon deffein, & de joindre mon premier difcours à ma Phyfique, 5 comme fi ie la deuois donner au libraire dés aujour- d'huy à lettre veuë. Et ie n'ay fçeu m'empefcher de rire en lifant l'endroit où vous dites que i'oblige le monde à me tuer, afin qu'on puifle voir plutoft mes écrits; à quoy ie n'ay autre chofe à répondre, finon 10

�� � i, 5o9-5io. LXX. — Mars 1657. 549

qu’ils font déjà en lieu & en état que ceux qui m’au- roient tué, ne les pourroient iamais auoir, & que fi ie ne meurs fort à loifir, & fort fatisfait des hommes qui viuent, ils ne fe verront affairement de plus de cent 5 ans après ma mort.

le vous ay beaucoup d’obligation des objections que vous m’écriuez, & ie vous fuplie de continuer à me mander toutes celles que vous oyrez, & ce en la façon la plus defauaiïtageufe pour moy qu’il fe pourra;

10 ce fera le plus grand pi aifir que vous me puifiiez faire ; car ie n’ay point coutume de me plaindre pendant qu’on panfe mes bleffures, & ceux qui me feront la faueur de m’inftruire, & qui m’enfeigneront quelque chofe, me trouueront toufiours fort docile. Mais ie

15 n’ay fceu bien entendre ce que vous objectez touchant le titre; car ie ne mets | pas Traité de la Methode, mais Difcours de la Methode, ce qui eft le mefme que Préface ou Aduis touchant la Methode, pour monftrer que ie n’ay pas deffein de l’enfeigner, mais feulement d’en

20 parler. Car comme on peut voir de ce que i’en dis, elle confifte plus en Pratique qu’en Théorie, & ie nomme les Traitez fuiuans des Effais de cette Methode, pource que ie pretens que les chofes qu’ils contien- nent n’ont pû eftre trouuées fans elle, & qu’on peut

25 connoiftre par eux ce qu’elle vaut : comme auffi i’ay inferé quelque chofe de Metaphyfique, de Phyfique, & de Medecine dans le premier difcours, pour mon- trer qu’elle s’étend à toutes fortes de matieres.

Pour voftre féconde objection, à fçauoir que ie

îo n’ay pas expliqué affez au long, d’où ie connois que l’ame eft vne fubftance diftin&e du cors, < et > dont la

�� � jjo Correspondance. i, 5io-5u.

nature n'eft que de penfer, qui eft la feule chofe qui rend obfcure la demonftration touchant l'exiftence de Dieu, i'auoùe que ce que vous en écriuez efl tres-vray, & auffi que cela rend ma demonftration touchant l'exiftence de Dieu mal-aifée à entendre. Mais ie ne 5 pouuois mieux traiter cette matière, qu'en expliquant amplement la fauffeté ou l'incertitude qui fe trouue en tous les iugemens qui dépendent du fens ou de l'imagination, afin de monftrer en fuite quels font ceux qui ne dépendent que de l'entendement pur, & io combien ils font éuidens & certains. Ce que i'ay obmis tout à deffein, & par confideration, & principalement à caufe que i'ay écrit en langue vulgaire, de peur que les efprits foibles venant à embrafTer d'abord auide- ment les doutes & fcrupules qu'il m'euft fallu propo- i5 fer, ne puffent après comprendre en mefme façon les raifons par lefquelles i'eufTe tafché de les ofter, & ainfi que ie les eufle engagez dans vn mauuais pas, fans peut-eftre les en tirer. Mais il y a enuiron huit ans que i'ay écrit en latin vn commencement de Meta- 20 phyfique a , où cela efl déduit affez au long, & û l'on faitvne verfion latine de ce liure, comme on s'y pré- pare, ie l'y pourray faire mettre. Cependant ie me perfuade que ceux qui prendront bien garde à mes raifons touchant l'exiftence de Dieu, les trouueront 25 d'autant plus demonftratiues, qu'ils mettront plus de peine à en chercher les défauts, & ie les prétens plus claires en elles-mefmes qu'aucune des demonftra- tions des Geomettres; en forte qu'elles ne me fem- blent obfcures qu'au regard de ceux qui ne fçauent 3o

a. Voir plus haut p. 144, 1. 19; p. 23, 1, 6, et p. 17, 1. 7.

�� � i,5n. LXX. — Mars 1637. j^i

pas abducere mentem à fenjîbus, fuiuant ce que iay écrit en la page j8.

le vous ay vne infinité d’obligations de la peine que vous vous offrez de prendre pour l’impreffion de mes 5 écrits ; mais s’il y falloit faire quelque dépenfe , ie n’aurois garde de fouffrir que d’autres que moy la fiffent, & ne manquerois pas de vous enuoyer tout ce qu’il faudroit. Il efl vray que ie ne croy pas qu’il en fuit grand befoin; au moins y a-t-il eu des libraires

10 qui m’ont fait offrir vn prefent, pour leur mettre ce que ie ferois entre les mains, & cela dés auparauant mefme que ie fortifie de Paris, ny que i’euffe com- mencé à rien écrire. De forte que ie iuge qu’il y en pourra encore auoir d’affez foux pour les imprimer à

i5 leurs dépens, & qu’il fe trouuera auffi des ledeurs afTez faciles pour en acheter les exemplaires, & les releuer de leur folie. Car, quoy que ie faffe, ie ne m’en cacheray point comme d’vn crime, mais feule- ment pour éuiter le bruit, & me retenir la mefme

20 liberté que i’ay euë iufques icy; de forte que ie ne craindray pas tant fi quelques-vns fçauent mon nom; mais maintenant ie fuis bien-aife qu’on n’en parle point du tout, afin que le monde n’attende rien, & que ce que ie feray, ne foit pas moindre que ce qu’on

25 auroit attendu.

le me mocque auec vous des imaginations de ce chymifte dont vous m’écriuez, & croy que femblables chymeres ne méritent pas d’occuper vn feul moment les penfées d’vn honnefte homme. le fuis, &c.

�� � 352 Correspondance.

LXXI.

Descartes a ***.

[Leyde, mars 1637.]

Teste de Clerselier, tome I, lettre io3, page 476-477.

��Sans nom ni date dans Clerselier (« A Monsieur *** », dit-il seule- ment), et imprimée entre la 102', à Bal\ac, mai i63o, et la 104 e , à Huygens, 14 juin i63j. Mais ce sont les mêmes réponses, presque dans les mêmes termes, aux mêmes objections que dans la lettre LXX ci-avant : elles ont donc été sans doute écrites à la même date, et nous les imprimons à la suite l'une de l'autre. Comme destinataire pos- sible, on peut indiquer Silhon, qui avait publié Les deux Vérités, l'une de Dieu et de sa Providence, l'autre de l'Immortalité de l'Ame (Paris, Laurent Sonnius, in-8°, 1626), puis De l'Immortalité de l'Ame (Paris, Pierre Billaine, in-4 , 1634); entre les deux, le premier volume de son Ministre d'Estat (Paris, Toussainct du Bray, in-4 9 , i63i) est encore un ouvrage théologico-politique. Il est donc naturel que Silhon, préoccupé de théologie, se soit surtout attaché à ce que Descartes avait écrit de l'existence de Dieu et de l'âme humaine, et lui ait envoyé des objections à ce sujet. Silhon était d'ailleurs un ami de Descartes, qui s'informe de lui par exemple plus haut p. i32, 1. 10 (cf. p. 5-6), et ils étaient en correspondance. « A vostre deffaut», dira Chapelain à Bal\ac, le 3i mai i63y, « je lui fais escrire (à » M. Descartes) par M. Silhon, pour l'exhorter a faire au monde » libéralité du reste (de ses ouvrages), et à nous donner moyen d'estre » plus sçavans que toute l'Antiquité aux choses naturelles, sans avoir » besoin de grec ni latin. » (Lettres de Jean Chapelain, Paris, Imp. Nat., 1880, p. i53).(C. A.) — On pourrait aussi penser à l'abbé Delaunay (voir le début de la lettre LXXXII ci-après) et, dans ce cas, la date de la présente devrait être reculée jusqu'à juin. Si les indications données dans la Lettre LXXXII ne concordent pas exactement avec le contenu de celle-ci, il est difficile de trancher la question d'une façon décisive (P. T.).

�� � i, 47 6-477 LXXI. — Mars 161,7. j$j

Monfieur,

I'auoùe qu'il y a vn grand défaut dans l'écrit que vous auez vu, ainfi que vous le remarquez, & que ie n'y ay pas aflez étendu les raifons par lefquelles ie

5 penfe prouuer qu'il n'y a rien au monde qui foit de foy plus éuident & plus certain que l'exiftence de Dieu & de l'ame humaine, pour les rendre faciles à tout le monde. Mais ie n'ay ofé tafcher de le faire, d'autant qu'il m'euft fallu expliquer bien au long les plus fortes

10 raifons des fceptiques, pour faire voir qu'il n'y a au- cune chofe matérielle de l'exiftence de laquelle on foit afluré, & par mefme moyen accoutumer le lecteur à détacher fa penfée des choses fenfibles ; puis montrer que celuy qui doute ainfi de tout ce qui eft matériel,

i5 ne peut aucunement pour cela douter de fa propre exiftence; d'où il fuit que celuy-là, c'eft à dire l'ame, eft vn eftre, ou vne fubftance qui n'eft point du tout corporelle, & que fa nature n'eft que de penfer, & auffi qu'elle eft la première chofe qu'on puifle con-

20 noiftre certainement. Mefme en s'areftant affez long- tems fur cette méditation, on acquiert peu à peu vne connoiflance tres-claire, & fi i'ofe ainfi parler intui- tiue, de la | nature intellectuelle en gênerai, l'idée de laquelle, eftant confiderée fans limitation, eft celle qui

25 nous reprefente Dieu, & limitée, eft celle d'vn ange ou d'vne ame humaine. Or il n'eft pas poflible de bien entendre ce que i'ay dit après de l'exiftence de Dieu, fi ce n'eft qu'on commence par là, ainfi que i'ay aflez donné à entendre en la page 38. Mais i'ay eu peur que

3o cette entrée, qui euft femblé d'abord vouloir intro-

CORRESPONDANCE. I. 4$

�� � jf4 Correspondance. 1,477.

duire l'opinion des fceptiques, ne troublait les plus foibles efprits, principalement à caufe que i'écriuois en langue vulgaire; de façon que ie n'en ay mefme ofé mettre le peu qui eft en la page j 2, qu'après auoir vfé de préface. Et pour vous, Monfieur, & vos fem- 5 blables, qui font des plus intelligents, i'ay efperé que s'ils prennent la peine, non pas feulement de lire, mais auffi de méditer par ordre les mefmes chofes que i'ay dit auoir méditées, en s'arreftant afTez long-temps fur chaque point, pour voir fi i'ay failly ou non, ils :o en tireront les mefmes conclufions que i'ay fait. le feray bien-aife, au premier loifir que i'auray, de faire vn effort pour tafcher d'éclaircir dauantage cette matière, & d'auoir eu en cela quelque occafion de vous témoigner que ie fuis, &c. 1 5

LXXII.

Fermât a Mersenne.

[Toulouse, avril ou mai 1637.] Texte de Clerselier, tome III, lettre 3j, p. 109-173.

Sans date dans Clerselier et avec le titre : « Lettre de Monsieur de Fermât au R. Père Mersenne, qui contient quelques objections contre la Dioptrique de Monsieur Descartes. » Cette lettre ne fut communiquée à Descartes que vers la fin de septembre i63j, et il y répondit le S octobre (voir ci-après Lettres XC et XC1). Mais elle est bien antérieure, puisque Descartes écrira en parlant de Fermât : « celuy qui auoit desia tasché de réfuter ma Dioptrique, auant mesme qu'elle fust publiée, comme pour l'estouffer auant sa naissance, en ayant eu vn exemplaire que ie n'auois pas enuoyé en France pour ce suiet. » (Lettre à Mersenne de juin ou juillet i638,

�� � m, 169. LXXII. — Avril ou Mai 1657. j^c

Clers., ///, 336). On doit donc reporter cette critique de Fermât au mois d'avril ou de mai, ce qui concorde avec la mention des « Dis- cours » de Desargues et de Guy de La Brosse (p. 36 0, l. 20), dont Descartes accuse également réception vers la même époque (Let- tre LXX VI ci-apr'es du 25 mai i63j).

Beaugrand (Lettre LXXXII ci-après, du 22 juin i63"j) s'était ingénié pour voir la Dioptrique « avant les autres », l'avait eue déta- chée du reste du volume (envoyé en feuilles pour l'obtention du privi- lège), et l'avait communiquée « pour peu de temps » à Fermât, peut- être sans l'aveu de 'Mersenne, car on ne s'explique guère autrement que le Minime, après avoir demandé à Fermât son opinion, eût gardé si longtemps par devers lui les objections de ce dernier. Il semble n'avoir pas osé dire immédiatement à Descartes que son ouvrage avait été communiqué et son nom révélé en dehors du cercle de ses connaissances personnelles.

��Mon Reuerend Père,

Vous me demandez mon iugement fur le traitté de Dioptrique de Monfieur Defcartes. Il eft vray que le peu de temps que Monfieur de Beaugrand m'a donné 5 pour le parcourir *, femble me difpenfer de l'obliga- tion de vous fatisfaire exactement & par le menu ; outre que la matière eftant de foy tres-fubtile & tres- épinéufe, ie n'ofe pas efperer que des penfées informes, & non encore bien digérées, puifîent vous donner vne

10 grande fatisfaélion. Mais d'ailleurs quand ie confidere que la recherche de la vérité eft toujours louable, & que nous trouuons fouuent à taftons, & parmy les ténèbres, ce que nous cherchons, i'ay crû que vous ne trouueriez pas mauuais que ie tafehaffe à vous de-

1 5 brouiller vne mienne imagination fur ce fujet, laquelle eftant encore obfcure & embaraflee, i'éclairciray peut- eftre dauantage vne autre fois, fi mes fondemens font approuuez, ou fi ie ne change pas moy-mefme d'aduis.

�� � 2 $6 Correspondance. 111,169-170.

La connoiflance des refradions a toufiours efté recherchée, mais inutilement. Alhafen & Vitellion a y ont trauaillé fans auancer beaucoup ; et ceux qui font venus depuis ont très -bien remarqué, que tout fe reduifoit à eftablir vne certaine proportion, par le 5 moyen de laquelle vne refradion eftant connue, on puft aifément trouuer toutes les autres. De forte que tous les fondemens de la Dioptrique | doiuent con- fifter en ce point ; c'eft à dire en la conuenance & au rapport qu'vne refradion connue a à toutes les «o autres.

Cela fuppofé, il a efté neceflaire que ceux qui ont voulu eftablir les principes de la Dioptrique ayent cherché cette conuenance & ce rapport.

Maurolic Abbé de Meffine, en fon traitté pofthume '5 De lumine & vmbrâ b , a foûtenu que les angles qu'il appelle d'incidence, font proportionnaux à ceux qu'il nomme de refradion. Si cette propofition eftoit vraye, elle fuffiroit pour nous marquer les vrayes figures que doiuent auoir les corps diaphanes qui produifent *o tant de merueilles. Mais pource qu'elle n'a pas efté bien demonftrée par Maurolic, & que l'expérience mefme femble la conuaincre de faux, il en eft refté aflez à Monfieur Defcartes pour exercer fon efprit, & pour nous découurir de nouuelles lumières dans ces * 5

a. Voir plus haut, page 241, éclaircissement.

b. Abbatis Francisci Maurolyci Messanensis. Photismi de lumine, et umbra ad perspectivam, et radiorum incidentiam facientes . - - Diaphano- rum partes, seu Libri très : in quorum primo de perspicuis corporibus, in secundo de Iride, in tertio de organi visudlis structura, et conspicillorum formis agitur. — Problemata ad perspectivam, et Iridem pertinentia (Neapoli, ex Typographia Tarquinii Longi, 161 1. Superiorum permissu).

�� � m, 170-171. LXXII. — Avril ou Mai 1657. 357

corps, qui pour en eftre feuls capables, n'ont pas laifle de produire iufques à prefent de grandes obf- curitez.

Son traitté de la Dioptrique eft diuifé en plufieurs

5 difcours, defquels les principaux font, ce me femble, les deux premiers, qui parlent de la Lumière & de la Réfraction, pource qu'ils contiennent les fondemens de la Science, dont on voit en fuite les belles conclu- fions & confequences qu'il en tire.

10 Voicy à peu prés fon raifonnement 3 . La Lumière n'eft autre chofe que l'inclination que les corps lumi- neux ont à fe mouuoir. Or cette inclination au mou- uement doit probablement fuiure les mefmes loix que le mouuement mefme. Et partant nous pouuons régler

i5 les effets de la Lumière, par la connoiffance que nous pouuons auoir de ceux du mouuement.

Il confidere en fuitte le mouuement d'vne balle dans la reflexion & dans la refraftion. Et pource qu'il feroit inutile & ennuyeux de copier icy tout fon dif-

20 cours, ie me contenteray de vous marquer Amplement les obferuations que i'y ay faites.

le doute premièrement, & auec raifon, ce me femble, fi| l'inclination au mouuement doit fuiure les loix du mouuement mefme, puis qu'il y a autant de

j5 différence de l'vn à l'autre, que de la puifTance à l'ade. Outre qu'en ce fujet il femble qu'il y a Vne particu- lière difconuenance, en ce que le mouuement d'vne balle eft plus ou moins violent, à mefure qu'elle eft pouflee par des forces différentes ; là où la Lumière

3o pénètre en vn inftant les corps diaphanes, & femble

a. Descartes, Dioptrique, p. 8.

�� �