Wikisource:Accueil

La bibliothèque libre.
(Redirigé depuis Accueil)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Bienvenue sur Wikisource
une bibliothèque de 266 946 textes libres et gratuits
  Découvrir un extrait

Marie-Anne Robert, Les Voyages de Milord Céton dans les sept Planètes, Premier Ciel, chapitre 3 : Des Théâtres

1787


Les Voyages de Milord Céton dans les Sept Planètes


CHAPITRE III.

Des Théâtres.


Nous passâmes plusieurs jours à faire des visites et à en recevoir : c’est une des grandes occupations des lunaires. Il vint un jour un seigneur, mis fort simplement, et dont la figure ne relevait point du tout l’ajustement : un écuyer superbement vêtu lui donnait la main ; nombre de domestiques étaient à sa suite, couverts d’habits rouges, galonnés d’or, avec des chapeaux bordés de même, et ornés de beaux plumets blancs, Le valet-de-chambre de Monime, qui pensait que tous ces messieurs étaient autant d’officiers, annonça monsieur le maréchal de Cati, suivi de plusieurs colonels : en même tems il avança des fauteuils, et pensa culbuter le maître pour faire placer son écuyer à la première place. Monime, qui ne connoissait point ce seigneur, parut embarrassée, ne sachant d’abord à qui elle devait adresser la parole ; mais le maréchal s’asseiant, après lui avoir fait son compliment, et l’écuyer s’éloignant par respect, elle s’apperçut de la méprise de son domestique, et en fit des excuses à ce seigneur, qui fit sa visite assez longue.

Le lendemain Damon proposa de nous conduire à la comédie. Nous eûmes toutes les peines du monde pour y aborder. C’était une pièce nouvelle qui fut fort applaudie. Cependant Monime et moi la trouvâmes pitoyable, le sujet frivole, sans intrigues, sans intérêt, manquant de régularité, de vraisemblance, le dénouement trivial et la déclamation forcée.

Sans doute que la plupart dés poëtes de cette planète ont oublié, ou peut-être ont-ils toujours ignoré le talent de peindre les passions : il est à présumer qu’ils n’ont point eu chez eux des Térence, des Ménandre, et tant d’autres qui ont travaillé utilement à perpétuer le bon goût, en donnant des ridicules aux différens vices ou aux différentes passions des hommes, afin de leur en faire voir toute la difformité.

Monime demanda à Damon si leur théatre n’était jamais occupé de pièces plus belles et plus intéressantes. Nous en avons d’anciennes, dit Damon, qui, sans doute, seraient plus de votre goût ; car il est bon que vous sachiez, belle dame, que personne dans l’univers n’a porté plus loin que nous la force et la beauté du tragique, ainsi que l’agréable et l’instructif du comique ; mais ces ouvrages pouvaient alors avoir quelque beauté ; c’était le goût de nos anciens : aujourd’hui ce goût est devenu gothique ; on périt d’ennui à toutes ces pièces. Il nous faut du neuf, et il faut convenir que nos poëtes sont supérieurement au-dessus des anciens. Tout ce qu’on nous donne à présent est au superlatif ; ce sont des intrigues légères ; de jolis contes de fées, mis en vers élégans ; des phrases sublimes et inintelligibles au vulgaire. Vous n’avez donc point de poëtes, dis-je, qui travaillent à corriger les mœurs par un badinage léger, qui fait sentir le ridicule d’un caractère bisarre et chagrin, celui d’une petite-maîtresse capricieuse et folle, enfin celui d’un avare, d’un prodigue, d’un faux brave, d’un faux savant, d’un menteur, d’un intriguant, et celui de ces gens qui se perdent dans leurs fausses politiques ? Il me semble que tous ces caractères ingénieusement formés pourraient faire beaucoup d’impression sur l’esprit de vos concitoyens. Cela peut être, dit Damon ; mais vous ne pensez pas, mon cher milord, qu’avec tous vos beaux portraits, il y a des gens qui pourraient trouver très-mauvais qu’on prît la liberté d’oser les jouer en public. Je vous entends, repris-je, c’est-à-dire qu’un pauvre poëte qui craint pour ses épaules, est obligé de retenir son esprit dans les angoisses d’une gêne perpétuelle. Précisément, dit Damon, voilà le fait ; et puis je vous dirai que je troquerois toutes les belles actions qu’on nous rapporte des siècles passés pour la légéreté et la frivolité du nôtre.

  Projets de la semaine : bibliothèques nationales
(à valider) 17% Flag of France.svg BnF   Marquise de Créquy, Souvenirs de la Marquise de Créquy 1873
(à valider) 78% Flag of Quebec.svg BAnQ   Hector Bernier, Ce que disait la flamme 1913
(à valider) 8% Flag of Switzerland.svg Bns   Gustave Moynier, Etude sur la convention de Genève 1870
(à valider) 38% Flag of Belgium.svg KBR   R. Raguey, Le Buste voilé 1915
(à valider) 33% Flag of Canada.svg BAC   Louis-Joseph Doucet, Moïse Joessin 1918
Le pourcentage indique le total des pages traitées (mis à jour toutes les 6 heures).
  Défi 5000
Défi 5000
Résultats du 19 août :
Août 2019
3846 (76.92%) (+75 pages)
  Nouveautés
Derniers textes ajoutés



Derniers ouvrages validés
  Découvrir le projet et y participer
Wikisource, projet de bibliothèque soutenu par la Wikimedia Foundation, est élaboré par des contributeurs bénévoles.

Chacun peut participer à la création ou la relecture d’un ouvrage, en respectant les règles du droit d’auteur et celles établies par la communauté ; par exemple, un texte doit être vérifiable grâce à un fac-similé.

De nombreuses pages d’aide sont à votre disposition, notamment pour relire une page, créer un fac-similé ou encore le publier sur le site. N’hésitez pas à poser des questions sur le scriptorium, ou à d’autres utilisateurs, ou bien à vous inspirer des suggestions plus détaillées proposées sur le portail communautaire.
Wikimedia-logo.svg
Wikipedia Wikipédia
Encyclopédie
Wikinews Wikinews
Actualités
Wiktionnaire Wiktionnaire
Dictionnaire universel
Wikilivres Wikilivres
Livres et textes didactiques
Wikiquote Wikiquote
Recueil de citations
Wikispecies Wikispecies
Inventaire du vivant
Wikiversity Wikiversity
Communauté pédagogique
Wikivoyage Wikivoyage
Guide de voyage
Commons Commons
Base de données multimédia
Wikidata Wikidata
Base de connaissance
Meta-Wiki Meta-Wiki
Coordination