Bourdaret - En Corée, 1904/Chapitre VII

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Librairie Plon (p. 193-228).


CHAPITRE VII


Le palais de Kiong-bok. — Cours. — Salle d’audience, appartements. — Assassinat de la reine Mine. — Le palais de l’Est ou Tchang-tok-koung. — Son site. — Le quartier de Pak-tong. — Les écoles européennes. — Les « illiokos ». — Encore une histoire de palais. — L’arc de la Dépendance. — Réception des ambassadeurs chinois. — Le quartier de la « Soie-de-l’Ancien-Bienfait » et sa légende.


Le palais actuel ou Kiong-houn-koung est situé, comme je l’ai dit déjà, dans le quartier des Légations, près de la muraille ouest de la capitale, dans un bas-fond sans arbres. C’est là que l’empereur habite depuis 1897, lorsqu’il sortit de la Légation de Russie qui lui donna asile pendant plus d’une année (1896-1897).

Les anciens palais — et je dois faire ici toutes réserves sur la valeur de ce mot « palais » — sont situés entre la grande route ouest-est de la ville et les collines du nord de Seoul, le Pou-hak-sane (ou Paik-hak-sane) et les autres contreforts du Pouk-hane, la montagne fortifiée du Nord, dont l’enceinte devait servir de refuge à la cour qui, aujourd’hui, préfère à ces murailles haut perchées les murs de l’une quelconque des légations européennes, ses voisines.

De l’ouest à l’est, on trouve le palais des Mûriers, et derrière son emplacement, le temple de Sa-tjik ; puis le vieux palais ou Kiong-bok-koung ; puis, plus à l’est, le Tchang-tok-koung précédé du temple de Tchong-mio, et suivi du Tai-po-tane. Ces palais sont réduits à quelques anciens, mais fort intéressants bâtiments, de style chinois. Ils tombent en ruine peu à peu ; mais ils sont entourés de parcs magnifiques, pleins d’arbres séculaires, d’étangs couverts de lotus qui en font tout le charme aujourd’hui, malgré l’absence complète d’entretien de ces résidences royales, où vécurent tant de souverains pacifiques ou belliqueux, où se nouèrent et se dénouèrent tant d’intrigues, et où se décidèrent cependant les grands actes et les faits les plus remarquables de l’histoire de Corée du quatorzième au dix-neuvième siècle.

J’ai pu, aujourd’hui, par autorisation spéciale, visiter le plus vieux palais de Seoul, le Kiong-bok-koung, construit par Tai-tjo, au moment de la fondation de Hane-Yang, en 1394.

Pour y arriver, je longe encore l’avenue des Ministères, sur laquelle j’ai oublié de mentionner l’existence d’un nouveau local appelé « Bureau des Vieillards », où se font inscrire tous les hommes ayant dépassé la soixantaine, ce qui leur vaut un titre honorifique, le droit de porter le bonnet des nobles ; d’entrer au palais pour se prosterner, à la nouvelle année, devant Sa Majesté qui fait, par exception également, partie de cette assemblée vénérable.

Devant la grande porte d’entrée du Kiong-bok-koung se dressent deux statues d’animaux que l’on a pris pour des tigres, mais dont on ne saurait au juste déterminer le type zoologique. Ils sont taillés dans d’énormes monolithes de granit, de plus de quatre mètres de longueur sur deux mètres cinquante de hauteur.

La présence de ces animaux n’est pas purement ornementale, comme on pourrait le croire. Les géomanciens s’étaient aperçus que le Kouane-ak-Sane, la grande montagne du voisinage, dont j’ai déjà signalé les aiguilles à pic, pouvait être un danger pour le palais, parce que ces aiguilles donnent à ce rocher l’aspect de flammes s’élevant dans les airs. C’est donc pour combattre les mauvaises influences de cette montagne de feu que ces deux gardiens de pierre furent placés là, et comme des « monstres de mer » peuvent seuls contre-balancer l’influence du feu ; il faut les regarder comme tels. Toujours dans le but de protéger le palais contre les incendies envoyés par la montagne, une mare a été creusée en dehors de la porte du Sud.

Il faut dire tout d’abord que les bâtiments renfermés dans l’enceinte du palais ont été — comme la plupart de ceux de Seoul — détruits par des incendies, notamment en 1592, et reconstruits 4 différentes reprises. En dernier lieu, anéanti au moment de l’invasion japonaise, il fut de nouveau rétabli par le père de l’empereur actuel, en 1865, à la suite d’une prédiction que lui avait faite un bonze, et tel quel il donne, dans son ensemble et ses détails, une bonne idée de l’architecture coréenne.

Voici d’abord la porte principale, la porte du Sud ou Kouang-houa-moun, c’est-à-dire « porte du Glorieux Mérite ». Elle est précédée d’une terrasse à laquelle on accède par deux escaliers élevés et ornés d’une balustrade.

Cette terrasse sert aujourd’hui de terrain d’exercice pour l’école des tambours et des clairons, dont les accents font résonner les voûtes de ces trois entrées qui ont vu passer tous les grands hommes de cette dynastie.

C’est au premier étage de cette porte en double toit que se trouve la cloche qui a servi de modèle à celle de Tchong-no. Elle est suspendue par des chaînes à une charpente en bois peinte en rouge, avec des filets bleus, verts et jaunes, décoration que l’on retrouve partout dans les édifices coréens. Celle porte se présente avec des lignes harmonieuses, à la manière chinoise : angles de toits relevés, toitures recouvertes de tuiles grises, souvent à deux et trois étages. La charpente est massive, mais très artistiquement fouillée et peinte. C’est, dans l’ensemble, un remarquable travail.

Ce grand palais, dans lequel on entre par la porte de l’Est, occupe une superficie de cinquante hectares. L’enceinte extérieure mesure quinze cents mètres carrés sur une hauteur de sept à huit mètres.

Un autre petit enclos au nord, attenant à ce palais, servait de lieu de réunion pour les « koua-ga » ou examens de lettrés. Aux angles des murs d’enceinte s’élèvent de jolis miradors en bois découpé. S’ils pouvaient parler, ils nous raconteraient de singulières choses sur ce qui s’est déroulé derrière les hautes murailles.

L’enceinte est traversée par des canaux dont les eaux sont fournies par les ruisseaux venant du Pou-hak-sane. Ils reçoivent le trop-plein des petits lacs creusés à l’intérieur. Ces canaux sont endigués entre des murs en pierre de taille, recouverts çà et là de ponceaux en granit, dont les balustrades sculptées représentent des monstres marins, des chimères que l’on retrouve dans les palais chinois.

Des agents de police, chargés de la garde des palais, accompagnent les visiteurs. Ils sont vêtus de drap noir, et leur uniforme est galonné de jaune, tandis que les agents de ville ont un galon blanc à leur képi.

L’espace occupé par ce palais forme un immense quadrilatère entouré de murs construits en belle pierre de taille. Les portes dressent, de loin en loin, leur toiture à double étage, au-dessus de la ligne monotone de l’enceinte. Ce grand espace est subdivisé en une série de cours abritant des bâtiments divers auxquels des portes bâtardes donnent accès.

Tandis que les cours centrales, dallées, propres, spacieuses, entourent les édifices royaux, celles qui s’en éloignent donnent abri aux logements du personnel de la cour, qui, au temps où ce palais était encore habité, c’est-à-dire jusqu’en 1895, comptait trois mille serviteurs et soldats.

Il est à remarquer que les maçonneries, les pierres sculptées, les magnifiques toits en charpente et les peintures, reproductions de l’art chinois, plus sobre cependant, sont exécutés ici avec un soin, un fini parfaits que nous ne retrouverons pas dans les autres palais de la ville. Rien ne manque à cette massive architecture, ni l’espace autour des constructions, ni le décor qui est superbe en été. Le fond de verdure sombre et de rochers noirs du Pou-hak-sane donne un air de grande majesté à ce lieu solitaire où la mauvaise herbe envahit tout.

Nous voici maintenant devant un édifice à deux étages, situé au-dessus d’une belle terrasse de marbre garnie de balustrades, que l’on gravit par un perron élevé, orné d’animaux en pierre artistiquement sculptés. C’est la « salle du Trône » (le Koun-tjeung-tcheun).

La grande cour qui précède ce magnifique édifice, et que nous traversons dans sa partie centrale, est entièrement dallée. À droite et à gauche du chemin sont disposées des stèles qui indiquent les rangs des dignitaires. Les jours d’audience, autrefois, ceux-ci s’alignaient selon leur grade, en rangs pressés, parallèlement à la salle du Trône. Ils faisaient face à leur souverain, à peine visible sur un trône lointain.

En approchant de l’édifice, on s’aperçoit qu’il est porté par de magnifiques colonnes de bois dur de dix-huit à vingt mètres. Elles soutiennent ses deux étages et sa toiture pesante de tuiles grises ; alternativement concaves et convexes, pour assurer l’écoulement de l’eau. Cette toiture caractéristique a une arête faîtière horizontale ; les quatre arêtes d’angle, de courbe gracieuse, sont cassées au tiers de la longueur et relevées par des figurines fantastiques en terre cuite, fétiches protecteurs des toitures, des portes, des murailles.

La peinture multicolore de toutes les pièces d’assemblage rehausse la charpente qui est un chef-d’œuvre. Le plafond à caissons, décoré de dragons, est aussi un superbe travail en bois sculpté et peint de couleurs éclatantes. Il est un fait, c’est que ces colonnes et ces couleurs vives, la sobriété générale des ornements de cet édifice, enfin la lumière aussi qui l’environne, lui donnent une légèreté et une élégance que sa lourde toiture semblerait rendre difficiles. D’ailleurs, et c’est le cas d’en parler ici, il a été constaté que, bien que d’origine chinoise, l’architecture coréenne s’est toujours distinguée par une austérité et un goût parfaits. Les architectes ont surtout eu le talent de toujours profiter du pittoresque naturel d’un site, si bien que le monument semble destiné à rehausser le paysage, et celui-ci fait exprès pour mettre en valeur le monument.

Le trône (he-tap ou hion-san, le lit du dragon) est encore un excellent travail coréen, et fait l’effet d’un mirhab dans une mosquée. En résumé l’ensemble de cette salle haute et sombre est grandiose, et devait former un cadre majestueux aux solennités royales. Les bois qui ont servi à sa construction venaient du Nord, et furent amenés sur des chars traînés par douze et quinze bœufs. Nous avons revu à Seoul ces transports pendant la construction de la nouvelle salle d’audience du palais actuel.

Depuis 1895, la cour a déserté le vieux Kiong-bok, et des moineaux habitent seuls le fouillis des arbalétriers et des poutrelles qui soutiennent son énorme toiture.

Il faut se reporter à l’époque qui a précédé l’occupation Japonaise et l’entrée des étrangers en Corée pour se figurer ce qu’était ce vieux palais, résidence du roi, souverain absolu, maître de la vie et des biens de ses sujets, et ce que pouvait être la cour de ce monarque de l’Orient jaune. Il avait, comme tous les princes asiatiques, ses harems où ses concubines étaient gardées par les eunuques tout-puissants. Ces femmes, ainsi que la reine, ne sortaient jamais de l’enceinte muraillée. Elles n’avaient pour se promener que les jardins et les bosquets dont nous voyons aujourd’hui les allées abandonnées. La reine n’en tenait pas moins — du fond du harem royal — les fils de toutes les intrigues du palais, grâce aux espions innombrables qu’elle entretenait partout. Quant au roi, à l’exemple des souverains Fils du Ciel, il ne se manifestait que rarement, et à peu près comme une divinité, soit aux yeux de ses ministres et des gouverneurs de provinces, dans cette salle du Trône que je viens de visiter, soit à la foule de ses sujets. Ceux-ci devaient tenir, contrairement à ce qui se fait aujourd’hui, leurs maisons — portes et fenêtres — hermétiquement closes, afin que nul regard profane ne pût se porter sur le roi. Il était cependant suffisamment caché dans sa chaise laquée, fermée de rideaux de soie, timbrée du cartouche royal, et portée sur les épaules de huit serviteurs, entre la double haie des guerriers et des dignitaires à cheval ou en chaise. Il est certain que ce spectacle devait dépasser en couleur et en originalité celui de nos jours. Mais ne le regrettons pas trop…


En arrière, et un peu à l’ouest de la salle du Trône, se dresse le pavillon d’été du roi, au milieu d’un étang recouvert de magnifiques fleurs de lotus. Une grande terrasse avec une balustrade sculptée encadre cette construction originale qui se compose simplement, au rez-de-chaussée, d’une immense salle hypostyle formée par six rangées de huit troncs de pyramides carrés, monolithes en granit rose, posés sans base sur le dallage. Les colonnes ont huit mètres de hauteur ; leur chapiteau est formé par une simple bague de métal vert.

Une galerie élégante entoure le premier étage qui peut être fermé par des vantaux ajourés d’un très joli travail. Malheureusement — suivant la funeste habitude du pays — rien n’est entretenu, et ce pavillon commence à tomber en ruine, bien que cette fantaisie du Tai-ouen-koun (le père de l’empereur actuel, celui que l’on appelait « l’homme au cœur de fer et aux entrailles d’airain ») ait ruiné — pour plusieurs années — les finances du pays.

Un autre pavillon, non moins élégant, se dresse dans le voisinage, c’est celui des « Tablettes ancestrales » auquel on accède par un petit escalier sur les balustrades duquel sont sculptés des animaux fantastiques. Les portes et les charpentes présentent le même fouillis délicat de sculptures et de peintures.

On traverse une série de bâtiments, de moindre importance : appartements divers qui se relient, entre eux, par des galeries couvertes. Ces locaux étaient occupés par la famille royale, les concubines, les dames de la cour. Voici les chambres qui ont été habitées par la reine Mine et les dames de sa suite, et enfin le plus pittoresque endroit de ce palais, un petit lac au milieu duquel s’élève — sur un tertre — un pavillon dans lequel on accède par un minuscule pont en bois. Ce pavillon devait être une résidence favorite de la reine Mine, isolée dans cette partie de l’enceinte. C’est dans les appartements des alentours que s’est passé l’affreux drame du 8 octobre 1895 : l’assassinat de la reine et de ses suivantes par les soshis japonais.

Comme on le sait, depuis longtemps l’ingérence des Japonais dans toutes les affaires de l’État avait inspiré aux Coréens en général, aux souverains en particulier, la haine la plus vive contre ces voisins envahissants et ces diplomates qui les tyrannisaient pour tirer d’eux et de leur pays le plus grand parti possible. On sait aussi que c’est pour contre-balancer leur influence chaque jour plus grande — dans ce malheureux royaume qui ne savait pas être maître chez lui — que Li Hong-tchang avait suggéré au roi de Corée l’idée d’ouvrir son pays aux Européens. Il n’était pas jusqu’aux soldats, jusqu’aux gardes du palais sur lesquels les Japonais n’eussent la haute main. La reine Mine, très intelligente, très intrigante aussi, mais qui, en somme, se défendait avec énergie, elle, son mari et son fils, se montrait une rude adversaire des Japonais. Elle était parvenue à placer près du roi les Mine, ses propres parents, et elle espérait — grâce à cet entourage — tenir tête au cabinet officiel uniquement occupé de plaire aux Japonais. Sur ces entrefaites, dans un moment de relâchement de surveillance, le 7 octobre, pendant la révolte des Koun-ryen-tai, le palais se trouva sans défense et toutes ses portes ouvertes. Dans la nuit du 8 octobre les émeutiers y pénétrèrent. L’alarme donnée, on s’aperçut que les Japonais entouraient le palais. Les soldats coréens refusèrent d’obéir à leur colonel Hong et tirèrent sur lui. Il tomba percé de balles, haché de coups de sabre. Les gardes s’enfuirent sans brûler une cartouche, paraît-il, et les émeutiers pénétrèrent de toutes parts dans l’enceinte impériale.

Une bande de soldats japonais arriva jusqu’aux appartements de la famille royale. Ce fut dès lors une poursuite infernale à la recherche de la reine qui était surtout visée. De crainte qu’elle ne leur échappât, les assassins frappèrent toutes les femmes qu’ils rencontrèrent. Quatre furent massacrées, et l’une d’elles — suivant le récit fait par une servante — était la reine Mine qui fut assommée, piétinée, et achevée à coups de sabre. Elle n’avait pu échapper aux féroces rancunes de ses ennemis.

Une violente campagne de presse s’établit naturellement entre la Corée et le Japon. Un mouvement antijaponais se produisit, puis des troubles, des émeutes, et le pauvre roi Yi Hion s’en fut un soir demander asile à la légation de Russie (1896), ne se sentant plus en sûreté ni du côté de son peuple ni du côté des Japonais.


Mais revenons à notre promenade, et détournons nos regards de ces lieux témoins de telles horreurs. Il ne me reste plus d’ailleurs qu’à jeter un coup d’œil sur le bâtiment à l’européenne construit pour Sa Majesté, mais qui ne fut jamais habité. Le palais de Kiong-bok — qui est, en somme, le Louvre de la Corée — n’est plus habité actuellement que par des gardiens et des fonctionnaires, aussi bien que le palais de l’Est, dont le site est plus ravissant encore. Il est certain que ces résidences ne peuvent être comparées à celle qu’occupe actuellement l’empereur dans un bas-fond boueux de la capitale.



Le palais de l’Est ou Tchang-tok-koung est intéressant surtout par le site très pittoresque — en été particulièrement — au milieu duquel ses vieux pavillons se dressent. C’est la promenade de prédilection des Européens qui y venaient, jusqu’à ces derniers temps, goûter pendant la belle saison, à l’ombre de ses ombrages frais, un peu de repos, loin de la chaleur de la ville et de ses odeurs intolérables. L’accès aujourd’hui en est interdit par un édit récent de l’empereur, quoique les bâtiments et le parc soient abandonnés par la cour depuis longtemps. Est-ce un retour aux idées chinoises, ou l’œuvre des sorciers qui craignent que les Européens ne jettent un mauvais sort dans les allées de ce parc enseveli sous la mousse et l’herbe sauvage ?

Le Tchang-tok-koung occupe au nord-est de la capitale une enceinte d’une superficie de quatre-vingts hectares, sans compter le temple de Tchong-Mio, ni le Tai-po-tane construit plus tard, en 1705, par le roi Souk-tjon en l’honneur des empereurs chinois de la dynastie Ming qui envoyèrent des troupes au secours des Coréens. L’emplacement de ce temple est dans l’angle nord-ouest de l’enceinte.

Le palais fut bâti en deux fois, c’est pourquoi il s’appelle aussi le Tong-houan-tai-houal. La partie occidentale est la plus ancienne et fut construite par Tai-tjo, de 1396 à 1400. La partie de l’est, un peu plus récente, date de 1484. Elle est due à Souk-tjon, qui — la même année — agrandit beaucoup le collège de Confucius situé en arrière de ce palais. Mais toutes ces constructions furent la proie des flammes en 1592. Le palais actuel fut reconstruit en 1674 par le roi Souk-tjon, qui réunit les deux palais en un seul et vint y habiter. Il l’appela le Tchong-tok-koung, nom sous lequel les Coréens le désignent aujourd’hui. Son mur d’enceinte a plus de deux mille mètres de tour et une hauteur de six à sept mètres. Il a plusieurs portes, et la plus grande est celle du Sud. Elle fut trouée par les boulets en 1884, lors de l’émeute organisée par Kim Hok-kioun avec le concours des Japonais. Il offre dans son ensemble la même distribution que le précédent : murailles, portes, bâtisses diverses ont à peu près toujours le même aspect.

La porte de l’Est fut construite de 1780 par le roi Tjon, et fut appelée la porte des visites mensuelles parce qu’elle lui permettait de communiquer plus facilement avec le temple où était conservée la tablette de son père mort, en 1762, étouffé dans un coffre en bois.

On entre au palais par la porte de l’Ouest, et en suivant le dédale des cours on arrive bientôt à la salle d’audience, à peu près semblable de forme à celle que nous avons vue au Kiong-bok-koung.

Les petites cours qui l’environnent sont — au printemps — enfouies dans la verdure des lilas. Dans l’une d’elles se voient une belle cuve de granit et des fragments de tufs volcaniques placés — comme de précieux objets — sur de beaux socles en granit. Ce respect pour les « pierres de feu » se retrouve en Chine et au Japon, et dans les cours de chaque maison on en voit se dresser sur des socles de bois ou de calcaire.

UN PAVILLON DU TCHANG-TOK-KOUNG

Partout de charmants petits kiosques émergent de la verdure. Le pavillon d’été, notamment, est un coin superbe de ce beau vieux parc solitaire. Abrité par des arbres d’essences diverses, le gracieux édifice est proche d’un étang plein de lotus, qui se couvrent — en été — de fleurs magnifiques. Sur ses bords se promènent des grues, des aigrettes, seules souveraines dans ces lieux déserts. Elles y sont nombreuses, très respectées, et ajoutent — avec la foule des oiseaux qui peuplent ces bois — un charme exquis à ce coin poétique.

Parmi les arbres qui croissent là, et que l’on retrouve dans la Corée du Sud, je citerai les chênes, les érables pourprés, les catalpas, les saules, les marronniers, les troènes, et toutes les grandes espèces d’arbres du Japon. Dans le nord du pays, c’est le pin qui domine, et, dans le sud, on trouve des bambous qui servent — découpés en fils extrêmement minces — à confectionner les chapeaux.

Plus loin, c’est encore un pavillon au bord d’un étang, avec le même cadre de lotus et d’échassiers. Les « yang-banes » viennent ici s’amuser en compagnie de danseuses dont on entend — jusqu’à la nuit — le chant monotone, agréable seulement pour les oreilles indigènes. Il serait à souhaiter que ce parc abandonné fût utilisé comme jardin public, la capitale ayant grand besoin de squares et d’air pur. Malheureusement, il est question — au contraire — de le fermer tout à fait aux visiteurs dont la présence dans ces lieux est une profanation. C’est à regret que l’on quitte ce vieux palais qui renferme dans ses murailles grises le seul endroit où l’Européen puisse venir oublier les tristesses de son exil en pays jaune.



Entre les deux palais de Kiong-bok et de Tchang-tok, près de ces murs d’enceinte qui rappellent tout un passé de culture artistique et de luttes acharnées, s’étend le quartier de Pak-tong où sont installées les écoles de langues européennes, d’où sortent les interprètes qui se répandent ensuite un peu partout, à la cour, dans les légations et chez des particuliers. Les secrétaires, sinon les ministres eux-mêmes envoyés en Europe par le gouvernement, sortent de l’une de ces écoles, dont la création a marqué un pas en avant considérable.

Pak-tong signifie « village des pierres plates ». C’est la traduction de Pak-tong ou Pak-souk-tong, ou Pak-souk-kol. J’espérais en conséquence trouver, en visitant ce quartier pour la première fois, des rues propres, bien dallées, avec des rigoles, comme me le faisait espérer ce nom rassurant ; mais, hélas, je pourrais presque affirmer qu’aujourd’hui ce quartier est l’un des plus sales, des plus enfumés, des plus boueux de la cité ; que les ruisseaux où on lave le linge ne sont que des égouts remplis d’immondices et de bêtes crevées.

C’est au milieu de ces lamentables ruines d’un autre âge que s’éduque la jeunesse intelligente ; que les Coréens prennent le premier contact avec notre civilisation occidentale, nos langues et nos sciences.

Si l’on interroge un habitant sur la dénomination inexacte de ce quartier, il répond, avec un flegme étonnant, que les rues étaient, en effet, autrefois, dallées de longues pierres ; mais peu à peu les habitants ont pris ces matériaux pour construire quelque pan de leur maison. Et seul le souvenir en reste, et cela suffit amplement à la satisfaction du peuple, fier de savoir que, jadis, les rues étaient pavées ; cela explique leur impassibilité et leur résignation à piétiner ou à rouler dans cette boue noirâtre et nauséabonde.

Il est certain que la Corée a eu des époques florissantes, et ce que l’on peut voir aujourd’hui est la résultante de longs siècles d’inaction, de décadence. Comme consolation cependant, je puis ajouter que la Chine est encore plus sale, plus boueuse, plus poussérieuse ; que Seoul est un Éden à côté de Pékin.

Pour arriver à l’école française, je passe devant des boutiques de bric-à-brac fort bien achalandées. Sur la grande table inclinée qui porte tont l’étalage, se trouve un mélange inoui de toutes sortes d’objets de jade, de pierre, de verre, des coffres laqués, des pipes et des lunettes : mais le tout est tellement empilé et serré, qu’il semble impossible de retirer de là un seul des objets sans renverser tout l’étalage. En arrière de ces bibelots le marchand impassible attend la clientèle en fumant ou en lisant.

Au fond et sur l’un des côtés d’un vaste terrain qui sert de cour de récréation, s’élèvent les bâtiments des écoles française et russe (alliance due au hasard, sans doute), fort modestes maisons aux murs refaits en briques, et dont les carreaux de papier ont été remplacés par des vitres. Des bancs comme chez nous et des tableaux noirs forment le mobilier des différentes salles où sont entassés, c’est le cas de le dire, à l’école française, de nombreux jeunes gens très attentifs, à ce qu’il m’a semblé, aux leçons de leur professeur et de ses aides. Cette école est dirigée par M. Martel un de nos distingués compatriotes, grâce aux efforts duquel elle est des plus prospères.

ÉCOLE FRANÇAISE
(Élèves de la classe supérieure)

Il existe actuellement à Seoul, indépendamment des autres écoles dont je parlerai ensuite, six écoles de langues étrangères : Heu-kouk-heu-hak-kio : française (la plus importante actuellement ; elle compte plus de cent élèves), russe, anglaise, allemande, japonaise et chinoise.

Les locaux de ces différentes écoles sont dans ce quartier ou dans les rues avoisinantes. Les professeurs-directeurs comprennent des Européens, un Japonais et un Chinois, auxquels sont adjoints des Coréens ayant suivi les cours.

Les élèves sont surtout destinés à faire des interprètes pour le ministère des Affaires étrangères, pour les Légations ou pour les particuliers européens, pour les services postaux ou télégraphiques, les chemins de fer, etc., etc. Leur admission est sanctionnée par le ministère de l’Instruction publique et le directeur.

Ces écoles de langues étrangères ont rendu déjà de très grands services et la seule critique que l’on puisse faire, et qui incombe exclusivement au favoritisme du ministre coréen, c’est qu’au lieu de ne prendre, pour suivre les cours, que des jeunes gens ayant déjà complété leur instruction primaire, c’est-à-dire l’étude des caractères chinois et des diverses matières enseignées, on doit — dans ces écoles — accepter de jeunes élèves sans aucune instruction préalable, ce qui oblige à créer un grand nombre de classes, et à y donner des cours de chinois et des notions élémentaires que les élèves auraient dû apprendre ailleurs. Malgré cela, les résultats sont magnifiques et certains élèves sont des sujets remarquables.

On leur enseigne, en dehors de la langue, l’arithmétique, la géométrie élémentaire, la géographie, des notions scientifiques : leçons de choses, histoire naturelle, etc. Avec les trop faibles ressources budgétaires dont disposent ces écoles, il faut tout le dévouement et la patience des professeurs européens pour arriver aux résultats actuels.

Les fournitures scolaires et surtout les livres de langues européennes font souvent défaut, les finances du ministère ne permettant pas, paraît-il, de remédier à ces inconvénients, et je ne puis m’empêcher de désirer tout haut que les gouvernements, ou des particuliers généreux, envoient de temps à autre, aux écoles de Corée, par l’intermédiaire de leurs Légations, des livres de l’enseignement primaire, neufs ou vieux : notions de sciences, narrations, arithmétique, tableaux et cartes murales. Cela serait aider puissamment, et à peu de frais, l’œuvre des professeurs. L’Alliance française a déjà fait quelques envois ; mais il faut que chaque année de nouveaux livres soient expédiés à Seoul.

Je veux dire maintenant quelques mots des écoles coréennes de différents degrés.

Il existe des écoles subventionnées, des écoles demi-officielles, et des écoles privées, et en dehors de cela les institutions établies par les missionnaires des différentes confessions.

Les Japonais ont installé des écoles pour leurs enfants à Seoul, Tchémoulpo, Foussane, Tcheun-tchou, etc.

Voici quelle est la classification officielle de ces diverses écoles dans lesquelles l’instruction est donnée, sans être obligatoire :

1o So-hak-kio, écoles primaires ;

2o Ko-doun-so-hak-kio, école primaire supérieure ;

3o Sa-peum-hak-kio, école normale ;

4o Tchoum-hak-kio, école supérieure ;

5o Heu-kouk-heu-hak-kio, écoles des langues étrangères ;

6o Heui-hak-kio, école de médecine ;

7o Kouang-mou-hak-kio, école des mines (n’existe pas encore) ;

8o Sang tjon-hak-kio, école du commerce et de l’industrie (n’existe pas) ;

9o Mou-kouanne-hak-kio, école militaire ;

10o Hou-tchi-hak-kio, école postale ;

11o Tcheun-bo-hak-kio, école de télégraphie ;

12o Sang-kioun-kouanne-taï-hak, collège de Confucius ;

13o Hio-hak-kio, école des filles (n’existe pas) ;

14o Yang-tjame-hak-kio, école d’élevage des vers à soie.

Cette liste pourrait faire penser à une organisation extrêmement complète de l’éducation en Corée ; aussi je crois nécessaire de donner quelques explications sur chacune d’elles, pour bien montrer quelle en est l’importance relative.

Écoles primaires. — Ce sont les écoles officielles du gouvernement où la jeunesse vient s’instruire. Les professeurs sortent de l’école normale et touchent des appointements (de vingt à trente dollars coréens par mois, selon la classe à laquelle ils appartiennent). Ils sont élevés de la troisième à la deuxième classe et à la première, après deux diplômes de louanges, quand leurs élèves ont des succès scolaires ; quand leur enseignement est reconnu bon.

Tous les enfants, pour y venir étudier, doivent avoir l’autorisation du ministère de l’Instruction publique ; il suffit qu’ils soient présentés par leurs parents ou des répondants.

L’instruction est absolument gratuite dans ces écoles primaires, et le gouvernement donne toutes les fournitures ; seulement l’enfant doit s’engager à rester deux années complètes pour achever ses études primaires. S’il quitte avant ce temps, le répondant doit rembourser au gouvernement les frais de fournitures, fixés à deux dollars et demi par mois. Autrefois, on donnait même aux élèves cinq cents (environ deux sous) par jour pour la nourriture.

Les classes se font de dix heures à cinq heures — entre les deux repas principaux — avec récréation dans l’intervalle. Ces écoles sont installées dans une des maisons du village ou du quartier et ne comportent généralement qu’une seule pièce : professeur et élèves sont assis sur des bancs ou par terre.

Les études de ces enfants comprennent la lecture des principes de morale et de conduite, traduits ou extraits des livres de Confucius et de Menfucius, dans des livres imprimés en caractères chinois et en caractères coréens ; le précis d’histoire de la Corée, récit plus ou moins fabuleux ; la géographie de la Corée et du monde ; les quatre opérations.

Le professeur explique chaque caractère, son sens, la façon de l’écrire, et les élèves répètent selon sa prononciation ; ils lisent à haute voix, en remuant la tête et en balançant le corps, généralement assis sur leurs jambes repliées. Cette lecture à haute voix produit un bruit, une rumeur énormes qui révèlent, de loin, au passant la présence d’une école.

Dans ces deux années d’études primaires, les enfants peuvent apprendre deux à trois mille caractères, un peu de morale, les préceptes fondamentaux : devoirs envers leurs parents, leurs ancêtres, leurs amis, leurs semblables, etc.

Les instituteurs ont toujours une énorme paire de lunettes en verre ou en quartz, avec une monture en corne ; ils portent le bonnet de lettré, en crin, de forme spéciale, et ont une baguette pour rappeler à l’ordre les écoliers turbulents.

Après l’école primaire les élèves reçoivent un diplôme, icho-rop-tchieun-so.

Il y a à Seoul une école primaire supérieure dirigée par deux étrangers.

Le programme comprend un peu de science, de la chimie, astronomie, calcul, géométrie, géographie, histoire, leçons de choses, et l’étude des classiques chinois.

École normale. — Ici on prépare les professeurs des écoles officielles primaires. Les admissions dépendent du ministre et des recommandations. Les lettrés de province sont réputés les plus forts en chinois. Les élèves sont logés et nourris par le gouvernement.

L’examen d’admission porte exclusivement sur le chinois. Ce sont déjà des lettrés qui se présentent à cette école ; ils ont étudié les classiques, chez eux, pendant de longues années.

Les études à l’école normale d’instituteurs comportent l’arithmétique, la géographie, l’histoire, etc., connaissances qu’ils ignorent, ayant passé leur vie à apprendre les caractères chinois (les élèves en connaissent, en entrant, de sept à dix mille). Après les études, ils reçoivent un diplôme ; puis sont nommés immédiatement instituteurs, mais honoraires, jusqu’à ce qu’il y ait une place vacante, et en attendant ils se placent comme professeurs privés.

École de médecine. — Elle se trouve également à Seoul et est dirigée par un directeur coréen, un professeur japonais (le médecin militaire de la garnison japonaise) et un assistant coréen ayant fait des études de médecine au Japon. Un hôpital est annexé à cette école, dans le quartier de Hôune-dong, pour la pratique des élèves, sous la surveillance du médecin japonais. Les élèves y sont admis sur la simple présentation d’une autorisation du ministre, et la seule connaissance préalable requise est la langue chinoise (un certain nombre de caractères, tout au moins). On y rencontre de jeunes hommes de quinze à trente ans.

Cette école a déjà fourni des élèves diplômés ; mais je doute un peu de leur science, de leur valeur médicale. Les cours comprennent l’anatomie, l’étude des maladies diverses et les remèdes à leur appliquer. Le cours professé en japonais est traduit en langue coréenne par un interprète, et c’est cette traduction qui sert d’enseignement. On y donne quelques notions de pharmacie, et dans l’hôpital ce sont les élèves qui soignent les malades — quand ils veulent bien se confier à leurs soins — sous la direction du professeur et de l’assistant.

Les études durent trois années d’après le règlement officiel. Pendant les épidémies de choléra, comme cette année, par exemple, un bureau de vaccination a été installé dans l’école. Mais sa présence n’empêche pas les pratiques superstitieuses, telle que l’exposition, en dehors des murs de la capitale, des corps des enfants morts de la petite vérole, pendant toute la durée de l’épidémie.

École militaire. — Créée depuis plusieurs années, elle a pour but de former des officiers pour l’armée coréenne. Les instructeurs sont des officiers coréens qui ont étudié l’art militaire au Japon. Ce sont des fils de grandes familles qui y sont plus généralement acceptés.

Les conditions requises pour entrer à l’école militaire sont la connaissance du chinois, une taille et un développement suffisant de la poitrine, une bonne constitution, une bonne vue (ces conditions sont contenues dans les règlements).

En dehors de l’art militaire, on enseigne la gymnastique, et depuis un an on a organisé un cours de langue française et un cours de langue allemande, pour un certain nombre d’élèves désignés par le directeur qui est un général de brigade.

École postale. — Un cours postal est fait chaque année par le conseiller inspecteur des postes, M. Clémencet, à un certain nombre d’élèves de l’école française, et depuis un an des autres écoles européennes, pour enseigner à ces jeunes gens le service postal international. Aussi trouve-t-on maintenant à la poste un certain nombre d’agents parlant nos langues. Le cours postal est traduit en coréen par un interprète.

En dehors du service international, le directeur des communications engage chaque année un certain nombre de Coréens pour apprendre les règlements du service intérieur des postes, et ces jeunes gens rentrent dans le service au fur et à mesure des vacances. Ces postiers du service intérieur connaissent seulement le coréen et les caractères chinois.

École télégraphigue. — Un cours analogue est fait par le conseiller inspecteur des télégraphes pour dresser des jeunes gens au maniement des appareils télégraphiques.

École de droit. — Le conseiller légiste du ministère de la Justice enseigne le Code pénal arrangé avec le Code français, traduit en chinois, à un certain nombre d’élèves qui deviendront plus tard juges dans les tribunaux.

Collège de Confucius. — Cette institution se trouve dans le quartier du nord-est, derrière le vieux palais de Tchang-tok. Les lettrés qu’on y reçoit y étudient seulement les livres classiques chinois, les enseignements de Confucius, et, pendant la durée des études, ils sont logés et nourris.

Chaque année a lieu un examen passé devant le ministre de l’Instruction publique, et le lauréat prend le titre de pak-sa (lettré savant), grâce auquel il peut porter le bonnet et arriver à une fonction civile.

Depuis sa sortie du collège jusqu’au moment où il obtient un emploi, le gouvernement ne s’occupe plus du pak-sa. Il vit chez des amis, s’il est pauvre, et trop souvent dans une sombre misère. C’est la gloire de porter le titre et le bonnet du tchoussa (fonctionnaire) qui amène chaque année à Seoul un grand nombre de candidats pauvres qui trouvent à cette école la nourriture et le gîte.

Les Coréens riches étudient chez eux les classiques chinois, et viennent ensuite passer cet examen pour prendre le titre de pak-sa, lequel, grâce au favoritisme, n’est plus synonyme aujourd’hui de lettré savant.

Ces « lettrés de Confucius » (du Collège de Confucius) sont, avant tout, les conservateurs des anciennes coutumes, hostiles aux Européens et aux innovations du gouvernement.

École de l’élevage des vers à soie. — On y enseigne la culture du mûrier et l’élevage des vers ; elle est organisée sur le modèle des écoles similaires du Japon. On essaye de répandre dans les provinces les meilleures méthodes d’élevage, et grâce à l’initiative privée d’un Coréen qui a créé une pépinière de mûriers de Chine, supérieurs à ceux de la péninsule, on voit déjà la culture de cet arbre précieux prendre de l’extension dans les provinces.

Écoles privées. — Parmi les plus importantes, je citerai une école dirigée par des Coréens et subventionnée en partie par le gouvernement, le reste étant fourni par des souscriptions privées. Elle s’appelle Hou-hoa-hak-kio (école qui augmente la civilisation). Ce nom lui fut donné parce qu’elle était située primitivement près de la porte du palais des Mûriers qui s’appelle Hou-hoa-moun.

Une mission américaine méthodiste a ouvert une école libre, le Pai-Tchai-College, où l’on enseigne la langue anglaise, les sciences, le calcul et les principes de la religion. Il y a également à Seoul un orphelinat pour fillettes, dirigé par les missionnaires américaines, Hi-houa-hak-ton (école de la fleur de poirier).

Les Japonais ont une école à Seoul pour instruire les Coréens. Elle appartient à l’Alliance japonaise.

Comme je l’ai déjà dit, ils ont en outre dans tous les centres importants : Seoul, Tchémoulpo, Foussane, Gensane, etc., des écoles pour leurs enfants, et des écoles de langue japonaise pour les Coréens.

Enfin les Missions étrangères de Paris possèdent des orphelinats très bien installés, pour les filles et pour les garçons, abandonnés ou malheureux. On leur apprend un métier manuel, en outre de l’enseignement élémentaire qui y est fait en langue coréenne et des principes religieux. L’église russe a également un petit orphelinat.

Un séminaire catholique français, appartenant aux Missions étrangères, est installé à Ryong-sane dans un très vaste bâtiment. Déjà un certain nombre de prêtres sortant de ce séminaire sont répandus en Corée.

De toutes les confessions représentées ici, missionnaires anglais, américains, catholiques français, orthodoxes, c’est la religion catholique qui a fait le plus de prosélytisme. Ce sont nos missionnaires, d’ailleurs, qui ont prêché les premiers en Corée, et à ce sujet je mentionnerai l’Histoire de l’Église de Corée, du Père Dallet, page édifiante du grand livre des martyrs, car l’Église de Corée a souffert continuellement de la haine des fanatiques.

D’après Mgr Mutel qui dirige la mission composée de quarante-six Pères français, il y a actuellement dans le pays quarante-quatre mille prosélytes, et ce chiffre laisse loin en arrière celui des adeptes des autres religions.

Nos Pères français sont installés sur tout le sol coréen, dans les villages importants, vivant, comme les indigènes ; de riz et des autres mets ordinaires du pays ; faisant du pain quand ils peuvent avoir de la farine ; couchant par terre, sur des nattes ; chaussés comme le peuple, et ne ménageant ni leur peine, ni leurs conseils. Ils ne sont — eux — ni propriétaires de terrains, ni propriétaires d’immeubles, et ceux qui ont de l’argent l’emploient à bâtir une église en briques, dans la région où ils sont installés. L’église de Tai-kou a été construite de cette façon.



En quittant le quartier des écoles je regagne Tchong-no, le grand carrefour de Seoul, et je ne peux, une fois de plus, m’empêcher de constater l’aspect de camp militaire que présente la capitale. À tous les coins de murs abritant des demeures de princes, de généraux, de personnages officiels, se tiennent des factionnaires. Des patrouilles de relève sillonnent les rues ; des casernes rapprochées dressent leurs façades de briques rouges percées de petites fenêtres barricadées et fermées par des volets verts. Près de Tchong-no, voici la caserne du colonel Yi Yong-ik, le grand homme d’État de la Corée ; malgré la guerre acharnée que lui font ses adversaires, il reste debout, et lutte avec une rare énergie.

La grande rue du Sud, qui va de Tchong-no à la porte du Sud et à Ryong-sane, est une des artères importantes de la ville. Dans les baraques à étages échelonnées à droite et à gauche, se tiennent les marchands de soie, de toile et autres marchandises. Les boutiques s’ouvrent sur de petites cours intérieures, et il est intéressant de jeter un coup d’œil sur la façon dont les marchands opèrent.

Cliché L. Louis.
LA RUE DU SUD À SEOUL

Les pieds ou tchok qui servent à mesurer les étoffes sont de longueur différente pour chaque espèce de tissu et aussi pour la soie chinoise et, malgré l’organisation d’un système de mesures plus uniforme, l’ancienne méthode subsiste toujours. Les soies coréennes sont tissées à une largeur de trente-cinq à quarante centimètres au maximum ; les soies chinoises sont un peu plus larges, et les toiles ont environ quarante-cinq centimètres.

Le tchok a cinquante et un ou cinquante-deux centimètres de longueur, et il est divisé en dix parties et en vingt subdivisions ; selon que vous achèterez de la toile, de la soie coréenne ou de la soie chinoise on retranchera quelques subdivisions.

Ici, il faut traverser le canal sur le pont Kouang-tchoung-tari. Autrefois un ruisseau clair y courait ; aujourd’hui, on pourrait l’appeler le dépotoir de la ville. Des tas d’ordures encombrent ses rives. Malgré cela, les blanchisseuses trouvent le moyen d’y laver leur linge. Tout le long de ce canal sont installés les bijoutiers dont on entend les petits marteaux frapper rapidement sur l’argent, le cuivre et le fer, car ils ne travaillent que sur ces métaux.

Sur deux cents mètres de parcours, depuis le pont, la rue du Sud est occupée par les libraires, et une station devant leurs boutiques me permettra de jeter un coup d’œil sur quelques vieux livres, très soigneusement imprimés, sur du papier indéchirable. Nous savons déjà que les Coréens ont connu de bonne heure l’imprimerie, et qu’ils ont même excellé — jusqu’à un certain point — dans cet art.

Voici des cartes de Corée, récentes, très mal imprimées à la brosse, mais surtout des atlas qui ont une saveur particulière. Ouvrons l’un d’eux. Il a la forme d’un livre parce que toutes les cartes sont repliées sur elles-mêmes, et il comprend les huit provinces de la Corée, une carte de la Chine, une carte de l’Asie, une carte générale de la Corée, une du Japon et enfin celle du monde. Remarquable naïveté dans les contours ; dimensions exagérées données aux fleuves et aux cours d’eau ; les montagnes sont indiquées de profil et rabattues sur le plan horizontal. Les capitales sont indiquées par de grands ronds jaunes bordés de rouge ; les préfectures par des carrés rouges, les autres villes importantes par des rectangles jaunes bordés de rouge et les ports par des points rouges. Évidemment, il y a loin de ces cartes géographiques à celles de Kiepert ; néanmoins, telles quelles, elles sont originales et amusantes. Il y a surtout une extraordinaire carte du monde dans laquelle les pays sont désignés de la manière suivante : le pays des mangeurs de riz ; le pays du peuple velu ; celui des fileurs de soie, des joueurs de flûte ; le pays des femmes vertueuses, des hommes à trois corps, du peuple ailé, etc., etc. Certains livres d’images dessinées à l’encre de Chine et au pinceau renferment des dessins d’une exécution enfantine.

Toute cette partie de la rue du Sud qui passe devant le quartier japonais est encombrée, tout le jour durant, de charrettes et de bœufs transportant de la gare les trois quarts, sinon davantage, des marchandises vendues à Seoul.

Je passe devant le consulat et le bâtiment de la police japonaise, l’église presbytérienne américaine et la légation d’Allemagne, les seuls bâtiments à l’européenne de ce coin de la capitale. Enfin voici la porte du Sud, la plus encombrée de la ville. La rue se continue par la route de Ryong-sane, le port de Seoul, sur le fleuve Hane.

Les Américains font construire près de la muraille, en dehors de la ville, un superbe hôpital qui rendra d’immenses services à la population.

Entre la porte du Sud et la petite porte de l’Ouest, par où passent les enterrements, d’antiques bâtiments à moitié vermoulus abritent l’artillerie coréenne : canons Maxim à tir rapide, vendus au gouvernement depuis deux ans, et qui sont précieusement gardés dans ces bâtiments. Jamais une manœuvre n’a été accomplie par les Coréens avec ces armes nouvelles, depuis les démonstrations du vendeur, auxquelles peu d’officiers ont daigné assister d’ailleurs, quoiqu’ils n’eussent de leur vie vu semblables engins.

À l’entrée du quartier Japonais, se trouve un monument intéressant, le Houang-tane (autel du Couronnement), qui a une histoire fort curieuse.

Cet autel fut construit sur l’emplacement d’un ancien palais, dont il ne reste qu’une tour légendaire, le Name-bieul-koung. Ce palais avait été élevé par le roi Tai-Tjong pour y loger son gendre Tai-Rime, fils d’un favori. Ce Tai-Rime abusa de l’affection royale, et commit tous les excès possibles. La grande tour qui subsiste encore lui servait, dit-on, d’observatoire du haut duquel il désignait à ses hommes — lorsqu’elles passaient sous ses fenêtres — les chaises de dames qu’il supposait jolies, et qu’il faisait enlever. Il était haï par toute la haute société à cause de ses débauches et de la facilité avec laquelle il vendait les places de fonctionnaires pour se procurer de l’argent. La coutume à cette époque était de marquer en noir les portes des demeures des fonctionnaires indélicats. La sienne fut bientôt noircie, et tout le peuple l’appelait la porte Noire. Finalement il fut tué par deux officiers, qui débarrassèrent ainsi le royaume de ce prince exécré.

Ce palais fut toujours considéré comme un lieu maudit, et c’est là que furent logés les ambassadeurs de la dynastie mandchoue. Les Coréens avaient fait placer sur la tour du Name-bieul-koung, en hommage de fidélité aux Mings, quand ils furent renversés par les Mandchous, une inscription qui exprimait leur affliction de la chute de cette dynastie : Myong-soul-lou, ou Tour des Mings détrônés. Les ambassadeurs mandchous, courroucés de cette inscription révolutionnaire, demandèrent des explications au roi. On leur répondit (voyez la finesse de la langue chinoise et la signification multiple des mêmes caractères) que leur courroux était incompréhensible ; que cette inscription signifiait : « Tour d’où l’on voit la blancheur de la neige », et l’inscription fut alors trouvée très poétique par les envoyés du Céleste Empire.

Ceci m’amène à dire que pendant sa vassalité (la Chine ne reconnut l’indépendance de la Corée qu’en 1895, après la guerre sino-japonaise) les ambassadeurs chinois venaient chaque année à la capitale apporter le calendrier et les souhaits de la cour de Pékin, et recevoir le tribut. Le roi de Corée se rendait au-devant d’eux, sous l’arc de la Dépendance, à Mo-houa-rouanne, en dehors de la porte de l’Ouest. La veille de cette cérémonie, les ambassadeurs logeaient au pavillon de Houng-tchai-kouen, à une demi-heure au nord de Seoul, dans la vallée des « Muguets », séparée de la vallée de la capitale par la « passe de Pékin ». Après cette réception sous l’arc de la Dépendance, les ambassadeurs des Mings entraient dans la ville, et étaient logés au Tai-piong-Kouanne, ceux des « Tchoun » à Name-bieul-koung.

Quand l’indépendance du pays fut proclamée, on s’empressa de démolir cet arc qui rappelait tout un passé de vassalité, et d’élever à côté une lourde et disgracieuse construction, qui fut appelée l’arc de l’Indépendance, Tok-nim-moun, fini en 1898.

Nous sommes ici, tout au pied du quartier japonais et de la colline de la Mission catholique, et parmi les nombreuses légendes qui donnent à chaque quartier de la capitale un intérêt compensant un peu la saleté de ses ruelles nauséabondes, celle de Ko-hone-dan-khol ou du « quartier de la Soie-de-l’Ancien-Bienfait » est une des plus jolies que j’aie recueillies. Elle vous montrera le Coréen sous un jour nouveau.

Il y a quelques centaines d’années, un marchand de ginseng étant allé à Nanking vendre sa précieuse racine, réalisa un énorme bénéfice, et tout heureux décida de mener avec cet argent une joyeuse vie.

Une vieille femme à qui il s’adressa lui proposa de lui faire acheter une charmante jeune fille qu’elle connaissait et qui — à cause de sa pauvreté — voulait se vendre. Hong Mou (c’était le nom du marchand) se décida sur-le-champ quand il eut entendu la vieille lui détailler la beauté de la jeune fille. Rendez-vous fut pris. Mais quand celle-ci se présenta devant lui, si belle, si distinguée, si honteuse de se trouver l’objet d’un pareil marché, il la questionna, ne pouvant croire à la déchéance d’une si charmante personne. Elle lui dit alors qu’elle était orpheline, que la mort de son père avait obligé sa mère à vendre ses biens pour lui faire des funérailles dignes de leur rang ; que, sa mère étant morte à son tour depuis peu, elle ne pouvait subvenir aux frais de ce nouveau deuil. C’était en présence de ce dénuement qu’elle s’était décidée à se vendre pour gagner l’argent nécessaire à l’enterrement de sa mère.

Tout ému, le brave Hong Mou la félicita pour cet acte de piété filiale, mais il lui promit de la laisser tranquille à Nanking, la priant seulement d’accepter — pour rendre les derniers devoirs à sa mère — l’argent qu’il venait de gagner, et qu’il s’apprêtait à dépenser honteusement.

— Soyez ma sœur, lui dit-il, et regardez-moi comme votre frère aîné.

La jeune fille accepta l’offre du marchand avec reconnaissance car elle lui permettait de tenir son rang de fille noble, d’enterrer sa mère et de payer ses dettes. Hong Mou s’en retourna en Corée, heureux de sa noble action. Malheureusement, elle ne lui porta pas bonheur, car ayant abandonné le gain énorme qu’il avait fait, il ne tarda pas à végéter, puis à tomber dans la plus complète misère. Naturellement, ce changement de fortune éloigna de lui ses amis, et n’ayant plus personne, il quitta la capitale et s’en alla vers le sud, exerçant le métier de musicien dans une troupe de danseurs. Il vécut ainsi plusieurs années de son pauvre métier de « kouk-sa » qui lui permettait tout juste de vivre. Il avait oublié la jeune fille, sa sœur de Nanking, qu’il avait sauvée du déshonneur. Celle-ci était d’une grande famille et avait épousé un parent qui devint rapidement premier ministre en Chine. Elle n’oubliait pas son sauveur. Son unique préoccupation était — au contraire — de le retrouver, et de lui rendre tout l’argent qu’elle en avait reçu. Comme elle ne voulait pas en demander à son mari, elle se mit courageusement à tisser des pièces de soie, en compagnie de ses femmes, sans jamais se départir de son labeur quotidien. Sur chaque pièce elle brodait des caractères signifiant : « La soie de l’ancien bienfait ». Il arriva qu’un jour son mari, la trouvant toujours à cette occupation, lui demanda pourquoi elle prenait tant de peine à tisser de la soie qu’il lui était si facile d’acheter. Elle lui conta alors toute son histoire. Il en fut très touché, et promit de retrouver son beau-frère d’adoption. Grâce à sa haute situation il fut autorisé à faire rechercher en Corée le marchand Hong Mou que tout le monde avait perdu de vue et oublié. Bientôt le gouvernement lança une proclamation dans le royaume, ordonnant à tous les magistrats de le rechercher : ce qui fut fait immédiatement.

Un jour, Hong Mou, dans ses voyages à travers le pays, lut un placard annonçant sa recherche, et s’en fut déclarer — tout joyeux — au gouverneur de la province que c’était lui, l’homme que l’on cherchait. Ce ne fut pas sans peine qu’il persuada le gouverneur de son identité, car ce dernier avait peine à voir dans ce pauvre hère le marchand que réclamait la cour de Chine. Enfin il fut envoyé à Nanking avec une suite de soldats et de domestiques. Sa sœur d’adoption, avertie de son arrivée, alla à sa rencontre, et lui porta les cent pièces de magnifique soie qu’elle avait tissées pour lui avec l’expression de sa reconnaissance infinie. Le ministre y joignit de superbes présents, et l’empereur de Chine, mis au courant de cette affaire, pria le roi de Corée, son vassal, de donner à Hong Mou une place de fonctionnaire bien rétribuée. Il fut fait suivant son désir et le roi Seun-tjo (1568) joignit à la charge une jolie habitation qu’il appela Ko-hone-dan-khol (emplacement de la soie de l’ancien bienfait), lequel nom s’étendit par la suite à tout le quartier. Mais ce n’est pas tout. On raconte que c’est grâce à l’amitié de Hong Mou avec le premier ministre de Chine Sang, que celui-ci décida l’empereur à aider les Coréens dans la guerre japonaise de 1592-1598. Un temple fut bâti en l’honneur du ministre Sang près de la rue du Sud, et non loin de l’ambassade d’Allemagne actuelle. On y mit son portrait ainsi que celui de sa femme, la sœur adoptive du Coréen Hong-Mou. C’est ainsi que ces ruines du passé prennent — par les souvenirs qui s’y rattachent — un intérêt que leur vue seule ne suffit pas à éveiller.

En circulant dans les ruelles de la ville, pleines de cahutes misérables, de gens sordides, l’œil finit par ne plus s’étonner, et se contente de se promener, distrait, sur ces tableaux affreux. Malheureusement le nez ne reste que trop sensible aux pestilences de dépotoir qui infectent l’air.

Et cependant, l’odorat mis à part, le principal attrait de Seoul pour le touriste est certainement la flânerie dans ses rues, sur ses ponts, à la recherche de quelque instantané. Les sujets ne manquent pas dans le mouvement des piétons, des véhicules de tous genres. Ici, c’est le passage d’un ministre en chaise à quatre porteurs, annoncée par les « garez-vous » du serviteur qui la précède. Là, le cliquetis des pendeloques jaunes, roses et bleues d’une élégante chaise multicolore attire l’attention du passant, intrigué et désireux d’entrevoir la houri qu’elle renferme. Il aperçoit parfois, durant l’espace d’une seconde, la petite poupée fardée dans ses beaux atours de soie brochée. La chaise toute capitonnée est munie de stores fins en bambou, et entourée par les servantes de la dame. Elles trottinent rapidement, la tête ornée d’une montagne de faux cheveux noirs et brillants retenus par de longues et grosses épingles.

CHAISE DE DAME

Une autre rencontre curieuse et fréquente est celle d’une chaise de mariée précédée et suivie de porteurs de parasols rouges, de lanternes et de gens chargés de cadeaux, ou celle d’un enterrement avec son luxe d’accessoires, loués pour la circonstance, sa longue file de chaises de deuil couvertes de chapeaux de paille d’où sortent des pleurs et des gémissements réglementaires.