Contes fantastiques/La vie d'artiste.

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Traduction par François-Adolphe Loève-Veimars.
Eugène Renduel (2p. 173-216).

LA VIE D’ARTISTE.


Un des meilleurs tableaux du célèbre Hummel représente une société dans une locanda italienne ; une treille chargée de grappes et de feuilles voluptueusement groupées, une table couverte de flacons et de fruits, auprès de laquelle sont assises, l’une en face de l’autre, deux femmes italiennes. L’une d’elles chante, l’autre joue de la guitare ; entre elles est un abbate qui joue le rôle de maître de chapelle. Sa battuta suspendue, il attend le moment où la signora achèvera par un long trillo la cadence qu’elle fait les yeux levés vers le ciel ; la guitariste suit ses mouvemens avec attention, et se prépare à frapper fortement l’accord à la dominante. L’abbé est plein d’admiration ; il jouit délicieusement, et en même temps il attend avec anxiété. Pour rien au monde, il ne voudrait manquer le moment de frapper la mesure. À peine ose-t-il respirer, il voudrait lier les ailes à chaque mouche, à chaque insecte qui le fatigue de son bourdonnement. Aussi la venue de l’hôte affairé qui apporte dans le moment fatal le vin qu’on lui a demandé ne lui semble-t-elle que plus pénible. C’est le désespoir qui se peint pour la première fois sur ses joues vermeilles. Les accidens de la lumière se jouent à travers les pampres de la treille ; elle a une libre issue dans la campagne, et laisse voir un cavalier arrêté devant la locanda, et qui se rafraîchit sans quitter la selle.

J’ai toujours admiré ce charmant tableau ; mais il m’a surtout semblé merveilleux parce qu’il représente fidèlement une scène de ma vie, avec les portraits frappans des personnes qui y figurèrent. On sait que la musique a toujours fait mes délices. Dans mon enfance, je n’avais pas d’autres sentimens, et je passais mes jours et mes nuits à chercher des accords sur le vieux piano fêlé de mon oncle. La musique était peu en honneur dans le petit bourg qu’il habitait, et il ne s’y trouvait personne qui pût m’instruire dans cet art, qu’un vieil organiste opiniâtre, qui ne voyait que les notes mortes et qui me tourmentait avec ses fugues et ses toccades discordes et monotones. Je soutins courageusement ces épreuves, et mon ardeur ne put se ralentir. Souvent l’organiste me reprenait avec aigreur ; mais il n’avait qu a jouer un morceau avec sa vieille et vigoureuse manière, et j’étais réconcilié avec lui et avec la musique. Maintes fois, j’éprouvais des impressions singulières ; et certains morceaux du vieux Sébastien Bach produisaient sur moi l’effet d’une histoire de revenans bien terrible et me causaient de ces frissons de terreur auxquels on s’abandonne avec tant de ravissement dans les tendres années de l’enfance. Mais le paradis s’ouvrait devant moi, lorsque, dans les soirées d’hiver, la clarinette de la ville avec ses élèves, soutenus par une couple de dilettanti caducs, venaient donner un concert où je frappais les timbales, emploi qui m’était délégué à cause de la justesse de mon oreille. Depuis, j’ai vu combien ces concerts étaient fous et ridicules. D’ordinaire, mon maître jouait deux concertos de Wolff ou d’Emmanuel Bach, un amateur de clarinette se mettait aux prises avec les compositions de Stamitz, et le receveur des impôts dépensait tant de souffle dans sa flûte qu’il éteignait régulièrement les deux lumières placées sur son pupitre, qu’on était sans cesse forcé de rallumer. Pour le chant, il ne fallait pas y songer ; ce qui causait un grand déplaisir à mon oncle. Il parlait encore avec enthousiasme du temps où les quatre chantres des quatre églises se réunissaient dans la salle de concert pour exécuter l’opéra de Charlotte à la cour. Il vantait surtout la tolérance qui présidait à ces réunions ; car, outre les deux chantres des églises catholiques et protestantes qui consentaient à concerter ensemble, il s’en trouvait deux autres qui faisaient partie, l’un de la communion française et l’autre de la communion allemande. Au milieu de ses regrets, mon oncle se souvint qu’il existait dans le bourg une demoiselle de cinquante-cinq ans, qui vivait d’une faible pension qu’elle recevait comme ancienne cantatrice de la cour, et il pensa qu elle pourrait encore embellir nos concerts. Elle reçut superbement son invitation et se fit longtemps prier. Enfin, elle céda, et consentit à exhumer ses anciens airs de bravoure. C’était une demoiselle singulière ; sa petite et maigre personne est encore vivante dans ma mémoire. Elle avait coutume d’entrer fort gravement, sa partie à la main, et d’incliner moelleusement le haut de son corps pour saluer l’assemblée. Elle portait une bizarre coiffure, au devant de laquelle était attaché un bouquet de fleurs de pâte d’Italie, qui tremblotait et vacillait tandis qu’elle chantait. Quand elle avait terminé son morceau au bruit des applaudissemens, elle remettait sa partie à mon maître, à qui il était alors permis de puiser dans la tabatière de porcelaine de l’ancienne cantatrice de la cour ; faveur qu’il recevait en apparence avec toute l’humilité concevable : mais dès qu’elle s’était éloignée et que mon oncle, qui s’était déclaré son admirateur, s’était retiré dans sa chambre, le vieil organiste se mettait à parodier le chant défectueux de la cantatrice, ce qu’il faisait de la façon du monde la plus mordante et la plus burlesque.

Mon maître l’organiste méprisait souverainement le chant ; et je partageais ce mépris qui ne faisait qu’ajouter à ma rage musicale. Il m’instruisit avec le plus grand zèle dans le contre-point, et bientôt, je composai les fugues les plus difficiles. J’étais un jour en train d’exécuter une de mes compositions — c’était le jour de la fête de mon oncle — lorsqu’un domestique de l’auberge voisine entra pour nous annoncer deux dames étrangères qui venaient d’arriver. Et avant que mon oncle eût pu quitter sa robe de chambre à fleurs, les deux dames entrèrent. On sait combien l’apparition des étrangers produit d’effet sur les habitans des petites villes ; la vue de ces deux femmes était bien faite pour causer quelque émotion, et leur présence m’agita d’une façon singulière. Qu’on se figure deux Italiennes sveltes et élancées, habillées de mille couleurs, selon la dernière mode, se présentant avec hardiesse comme des virtuoses, et cependant avec grâce ; elles s’avancèrent vers mon oncle et lui adressèrent quelques paroles harmonieuses et sonores. Mon oncle ne comprit pas un seul mot ; il se recula avec embarras et montra de la main le sopha. Elles prirent place, et se dirent l’une à l’autre quelques mots qui résonnaient comme de la musique. Enfin, elles firent comprendre à mon oncle quelles étaient cantatrices, quelles voyageaient pour donner des concerts, et quelles venaient s’adresser à lui pour qu’il les aidât dans leur entreprise musicale.

Tandis qu’elles se parlaient, j’avais entendu leurs prénoms, et il me semblait que je pouvais déjà mieux les comprendre. Laurette semblait la plus âgée ; elle regardait autour d’elle avec des yeux étincelans, et elle parlait à mon pauvre oncle abasourdi, avec une volubilité entraînante et en multipliant ses gestes vifs et gracieux. Elle n’était pas fort grande, mais voluptueusement arrondie, et mon œil se perdit plus d’une fois dans des charmes qui ne m’avaient encore jamais frappé. Térésina, plus grande, plus élancée, au visage long et sérieux, parlait peu et se faisait mieux comprendre. De temps en temps, elle souriait d’un air singulier ; il semblait qu’elle prît plaisir à voir mon bon oncle qui s’efforçait de s’ensevelir au fond de sa robe de chambre de soie à grand ramage. Enfin elles se levèrent : mon oncle promit d’arranger le concert pour le troisième jour, et fut invité ainsi que moi qui leur avais été présenté comme un jeune virtuose, à venir le soir prendre la ciocolata chez les deux sœurs.

Nous descendîmes lentement les marches de l’escalier, et nous arrivâmes chez les deux Italiennes, un peu émus, comme des gens exposés à courir une aventure. Après que mon oncle, qui s’était longuement préparé, eut dit sur l’art beaucoup de belles choses que personne ne comprit ; après qu’un chocolat bouillant m’eût deux fois brûlé la langue, dduleur que j’endurai sans mot dire avec la constance de Scévola, Laurette annonça quelle voulait nous chanter quelque chose. Térésina prit la guitare, s’accorda et toucha quelques accords. Jamais je n’avais entendu cet instrument, et le son sourd et mystérieux que rendaient les cordes vibra profondément dans mes oreilles. Laurette commença sur un ton très-bas qu’elle soutint jusqu’au fortissimo, et qui se termina brusquement par une octave et demie, en un jet hardi et compliqué. Je me souviens encore des paroles du début : « Sento l’amica speme. » Je sentais ma poitrine se nouer ; jamais je n’avais soupçonné de semblables effets ! Mais quand Laurette s’éleva toujours avec plus de liberté et de hardiesse sur les ailes du chant, quand les tons devinrent de plus en plus éclatans, le sentiment de la musique, si long-temps mort et vide dans mon âme, se réveilla et embrasa mon cœur. Ah ! je venais d’entendre, pour la première fois, un accent musical. — Les deux sœurs se mirent à chanter ensemble les duos purs et graves de l’abbé Steffani. L’alto plein et sonore de Térésina pénétrait jusqu’au fond de mon âme. Je ne pouvais réprimer mes mouvemens intérieurs, les larmes coulaient de mes yeux en abondance. En vain mon oncle me lançait-il des regards mécontens ; je n’y donnais nulle attention, j’étais hors de moi. Les deux cantatrices se complaisaient à mon émotion ; elles s’informèrent de mes études musicales : j’eus honte de mes leçons, et je m’écriai avec la hardiesse que donne l’enthousiasme que j’entendais pour la première fois la musique ! — Il bon fiancullo, murmura Laurette avec un accent doux et touchant. De retour au logis, je fus saisi d’une sorte de rage ; je ramassai toutes les toccades et toutes les fugues que j’avais rabotées, j’y joignis meme quarante-cinq variations sur un canon composé par l’organiste, et je jetai le tout au feu, m’abandonnant à un rire infernal lorsque je vis ces milliers de notes courir en étincelles flamboyantes sur les cendres noires et carbonisées de mes cahiers. Alors je m’assis au piano, et j’essayai d’imiter d’abord les sons de la guitare, puis de répéter le chant des deux sœurs.

— Cesseras-tu bientôt de nous déchirer les oreilles ? s’écria mon oncle qui apparut subitement à minuit dans ma chambre. En même temps, il éteignit les deux lumières et regagna son appartement qu’il venait de quitter. Il fallut obéir. Le sommeil m’apporta le secret du chant. — Je le crus du moins, car je chantai miraculeusement : Sento l’amica speme. Le lendemain, dès le matin, mon oncle avait déjà recruté tout ce qui savait tenir un archet ou souffler dans une flûte. Il mettait de l’orgueil à montrer combien notre musique était bien organisée ; mais il joua de malheur. Laurette mit une grande scène sur le pupitre ; dès le récitatif, tous les exécutans se trouvèrent en confusion ; aucun d’eux n’avait une idée de l’accompagnement. Laurette criait, tempêtait ; elle pleurait de colère et d’impatience. L’organiste était au piano ; elle l’accabla des reproches les plus amers : il se leva, et gagna la porte en silence. La clarinette de la ville, que Laurette avait traitée d’asino maledetto, mit son instrument sous son bras et son chapeau sur sa tête. Il se dirigea également vers la porte, et fut suivi des musiciens, qui mirent leurs archets dans les cordes et dévissèrent leurs embouchures. Les seuls dilettanti restaient à leur place, et le receveur des impôts s’écria d’un ton lamentable : — O Dieu, quel jour funeste ! — Toute ma timidité m’avait abandonné, je barrai le chemin à la clarinette, et je la suppliai, je la conjurai de rester, et je lui promis, tant ma crainte était grande, de lui faire six menuets avec un double trio pour le bal de la ville. — Je parvins à l’adoucir. Il revint à son pupitre, ses camarades l’imitèrent, et bientôt l’orchestre fut rétabli ; l’organiste seul manquait. Il traversait lentement le marché ; mais aucun signe, aucun cri ne le décidèrent à rétrograder. Térésina avait regardé toute cette scène en se mordant les lèvres pour ne pas rire, et Laurette, dont la colère était passée, partageait l’hilarité de sa sœur. Elle loua beaucoup mes efforts, et me demanda si je jouais du piano ; avant qu’il me fût possible de répondre, elle m’avait déjà poussé à la place de l’organiste. Jamais je n’avais accompagné le chant ni dirigé un orchestre. Térésina s’assit auprès de moi, et me donna chaque fois la mesure ; je recevais sans cesse de nouveaux encouragemens de Laurette ; l’orchestre s’échauffa, et le concert alla de mieux en mieux : dans la seconde partie, on s’entendit parfaitement, et l’effet que produisit le chant des deux sœurs paraîtrait incroyable. Elles étaient mandées à la Résidence, où de grandes solennités devaient avoir lieu pourleretour du prince ; elles consentirent à rester parmi nous jusqu’au jour de leur départ pour la capitale, et nous eûmes ainsi plusieurs concerts. L’admiration du public alla jusqu’au délire. La vieille cantatrice de la cour fut seule mécontente, et prétendit que ces cris impertinens ne méritaient pas le nom de chant. Mon organiste disparut complètement ; et moi, je fus le plus heureux des hommes ! — Je passais tout le jour auprès des deux dames, je les accompagnais et je transposais des partitions à leur voix, pour leur usage, pendant leur séjour à la Résidence. Lauretta était mon idéal ; ses caprices, ses humeurs, sa violence inouïe, ses impatiences de virtuose au piano, je supportais tout avec résignation ! Elle, elle seule m’avait ouvert les vraies sources de la musique.

Je me mis à étudier l’italien et à m’essayer dans la canzonetta. Quel était mon ravissement lorsque Lauretta chantait mes compositions ! souvent il me semblait que les chants que j’entendais ne m’appartenaient pas, et qu’ils avaient germé dans l’âme de Lauretta. Pour Térésina, j’avais peine à m’habituer à elle ; elle ne chantait que rarement, paraissait faire peu de cas de tous mes efforts, et quelquefois même il me semblait que j’étais l’objet de sa dérision. Enfin lepoque de leur départ approcha. Ce fut alors que je sentis tout ce que Lauretta était pour moi, et que je vis qu’il m’était impossible de me séparer d’elle. J’avais une voix de ténor assez passable, peu exercée il est vrai, mais qui s’était formée près d’elle bien rapidement. Souvent je chantais avec Lauretta de ces duettini italiens dont le nombre est infini. Le jour du départ nous chantâmes ensemble un morceau qui commençait ainsi : Senza di te y ben mio, vivere non poss’ io. Je tombai aux pieds de Lauretta ; j’étais au désespoir ! Elle me releva en me disant : « Mais, mon ami, faut-il donc que nous nous séparions ? » Je l’écoutai avec un étonnement extrême. Elle me proposa de partir avec elle et Térésina pour la Résidence : car, disait-elle, je serais toujours forcé de quitter ma petite ville si je voulais m’adonner à la musique. Qu’on se figure un malheureux qui se précipite dans un abîme sans fond, sans espoir de conserver la vie, et qui, au moment de recevoir le coup qui doit terminer ses jours, se trouve tout à coup dans un riant bocage, où des voix chéries le saluent des plus doux noms : telle était l’impression que je venais d’éprouver. Partir avec elle pour la Résidence ! ce fut là mon unique pensée. Je fis si bien que je parvins à persuader à mon oncle que ce voyage m’était indispensable. Il se rendit à mes instances, et il promit même de m’accompagner. Mon mécompte fut extrême. Je ne pouvais lui découvrir mon dessein de voyager avec les deux cantatrices ; un catarrhe qui survint à mon oncle me sauva. Je partis seul jusqua la première poste, où je m’arrêtai pour attendre ma déesse.

Une bourse bien garnie me permettait de tout préparer convenablement. Je voulais accompagner les deux cantatrices à cheval, comme un paladin ; j’avais acheté une monture assez belle, et je courus à leur rencontre. Bientôt je vis s’avancer lentement leur petite voiture à deux places. Les deux sœurs en occupaient le fond, et sur le siège était assise leur soubrette, la courte et grosse Gianna, brune Napolitaine. En outre, la voiture était chargée d’une multitude de caisses, de cartons et de paniers, dont les deux dames ne se séparaient jamais ; deux petits épagneuls jappaient sur les genoux de Gianna, et me saluèrent de leurs aboiemens. Tout se passa fort heureusement jusqu’à la dernière station de poste, où mon coursier eut la velléité de retourner au village où je l’avais pris. J’employai en vain tous les moyens pour mettre un terme à ses bonds et à ses courbettes, Térésina, penchée hors de la voiture, riait aux éclats, tandis que Lauretta se cachait le visage de ses deux mains, en s’écriant que ma vie était en péril. Son désespoir redoubla mon courage, j’enfonçai mes éperons dans les flancs du coursier ; mais, au même instant, je fus lancé à quelques pas sur la poussière. Le cheval demeura alors immobile, et me contempla, le cou tendu, d’un air passablement sardonique. Je ne pouvais me relever, le cocher vint à mon aide ; Lauretta s’était élancée de la voiture ; elle criait, elle pleurait à la fois, et Térésina ne cessait de rire jusqu’aux larmes. Je m’étais foulé le pied, et il m était impossible de remonter à cheval. Comment continuer le voyage ? On attacha ma monture derrière le carrosse, dans lequel je me plaçai à grand’peine. La voiture était étroite, déjà encombrée par les deux femmes et par le bagage, et l’on entendait à la fois les lamentations de Lauretta, les éclats de rire de Térésina, le bavardage de la Napolitaine, les aboiemens des chiens et les cris que m’arrachait la douleur. Térésina s’écria quelle ne pouvait endurer plus long-temps cette situation ; d’un bond elle s’élança hors de la voiture, détacha mon cheval, s’assit de côté sur la selle et se mit à galoper devant nous. Je dois avouer quelle maniait son palefroi avec une habileté extrême ; la noblesse de sa tournure et la grâce de son maintien se déployaient avec plus d’avantage ; elle se fit donner sa guitare ; et, passant les rênes autour de son bras, elle chanta les premières strophes de la Profecia del Pireneo, cette altière romance espagnole de don Juan Baptiste de Arriaza :

Y oye que el gran rugido
Es ya trueno en los campos de Castilla

En las Asturias belico Alarido,
Voz de Vengaza en la imperial Sevilla
Junto a Valencio es rayo.
Y terremoto horrisons en Monsayo.

xxxMira en hares guerreras,
La Espana toda hieriendo hosta sus fines,
Batir tambores, tremolar banderas,
Estallar bronces, resonar clarines,
Y aun las antiguas lanzas,
Salir del polva à renovar venganzas.


Sa robe desoie, d’une couleur éclatante, flottait en plis ondoyans, et les plumes blanches qui surmontaient son chapeau, s’agitaient çà et là comme balancées par les accords de sa voix. Je ne pouvais me lasser de la contempler, bien que Lauretta la traitât de folle et d’écervelée ; elle vola ainsi sur la route en nous précédant, et ne rentra dans la voiture qu’auprès des portes de la ville.

On me vit alors dans tous les concerts, à tous les opéras ; je nageais dans la musique ; j’étais le répétiteur assidu de tous les duos, de toutes les ariettes et de toux les morceaux qu’il leur plaisait d’exécuter. Une prompte et étonnante révolution s’était opérée en moi. J’avais dépouillé toute ma timidité de provincial, et je dirigeais la partition au piano, comme un maestro, chaque fois que ma dona chantait une scène. Mon esprit tout entier, mes pensées n’étaient plus que de douces mélodies. J’écrivais sans relâche des canzonnettes et des airs que Lauretta chantait dans sa chambre. — Mais, pourquoi refusait-elle de chanter en public des morceaux de ma composition ? Quelquefois, Térésina apparaissait à ma mémoire sur un cheval fougueux, avec une lyre, comme la muse elle-même ; et j’écrivais alors involontairement des chants graves et austères. Il est vrai que Lauretta jouait avec les tons comme une fée qui se balance en chantant sur la pointe des fleurs. Rien ne lui était impossible ; elle surmontait toutes les difficultés. Térésina ne faisait jamais une roulade ; la simple note, mais un ton pur, long-temps soutenu, qui pénétrait dans l’âme comme un rayon de vive lumière. Je ne sais comment j’avais pu la méconnaître aussi longtemps.

Le jour du concert, au bénéfice des deux sœurs, arriva ; Lauretta chanta avec moi une grande scène d’Anfossi. J’étais, comme d’ordinaire, au piano. Le dernier final arriva. Lauretta déploya toutes les ressources de l’art ; le rossignol n’eût pas trouvé des accensplus flexibles, des notes mieux soutenues, des roulades plus sonores. Cette fois même, cette perfection me sembla durer trop longtemps ; je sentais un léger frisson. Au même instant, Lauretta prit haleine pour passer au a tempo par une brillante fioriture. Le diable m’égara ; des deux mains je frappai un accord, l’orchestre suivit ; ce fut fait de la fioriture qui devait tout enlever. Lauretta, me jetant des regards de fureur, saisit la partition, me la lança si violemment à la tête, que les feuilles volèrent au hasard dans la salle, et s’échappa à travers l’orchestre en renversant les musiciens et les instrumens. Dès que le tutti fut achevé, je courus la rejoindre ; je la trouvai en larmes ; elle pleurait et trépignait à la fois.

— Loin de moi, misérable ! me cria-t-elle ; tu es le démon qui m’a ravi ma réputation et mon honneur ! éloigne-toi, monstre, ne reparais jamais devant mes yeux !

À ces mots, elle s’élança sur moi, et je m’échappai en toute hâte. Pendant la seconde partie du concert, Térésina et le maître de chapelle parvinrent enfin à adoucir cette belle en furie ; et elle exigea seulement que je quittasse le piano. Dans le dernier duo que chantaient les deux sœurs, Lauretta exécuta enfin son trille d’harmonie que j’avais fait manquer ; elle fut immensément applaudie, et recouvra sa bonne humeur. Cependant je ne pouvais oublier le mauvais traitement que j’avais reçu de Lauretta en présence de tant de personnes étrangères, et je résolus de regagner dès le lendemain ma ville natale. J’étais occupé à préparer mon bagage, lorsque Térésina entra dans ma chambre. En me voyant ainsi occupé, elle s’écria avec étonnement : — Eh quoi ! veux-tu donc nous quitter ! Je lui déclarai que l’offense que j’avais reçue de Lauretta ne me permettait plus de rester avec elle.

— Ainsi, dit Térésina, une folie dont Lauretta se repent déjà, t’éloigne de nous ? Où pourras-tu mieux vivre dans ton art qu’avec nous deux ? Il ne dépend que de toi d’empècher Lauretta de te traiter ainsi à l’avenir. Tu es trop doux, trop faible avec elle ; et surtout, tu mets trop haut son talent. Elle a une voix assez agréable et beaucoup de charme, cela est vrai ; mais ces singulières et interminables fioritures, ces bonds aventureux, ces trilles évaporés, tout ce papilottage qu’elle emploie et qu’on admire, ne ressemble-t il pas aux sauts périlleux d’un danseur de cordes ? Est-ce ainsi qu’on touche notre cœur et qu’on pénètre dans notre âme ? Pour moi, tous ces agrémens dont elle fait tant de cas, je ne puis les souffrir ; ils m’obsèdent et m’oppressent. Et puis ce gravissement subit dans la région des trois traits, n’est-ce pas un abus de la voix humaine qui n’est touchante que lorsqu’elle reste vraie ? Pour moi, je ne prise que les tons moyens et la basse. Un son pénétrant, un portamento di voce me ravit par dessus toutes choses : point de broderie inutile, une exposition ferme qui part de l’âme, c’est là le chant véritable, et c’est ainsi que je chante ! Si tu n’aimes plus Lauretta, songe à Térésina qui t’aime tant parce que tu seras un maestro et un compositeur, d’après ta propre manière et selon l’impulsion de ton génie. Ne te fâche pas ; tous les airs maniérés et tes canzonnettes ne valent pas ce morceau.

Térésina me chanta alors, de sa voix pleine et sonore, une cantate sacrée que j’avais composée quelques jours auparavant. Jamais je n’avais soupçonné que cette composition contint autant d’effets. Les sons de sa voix agitaient tout mon être, des larmes de ravissement s’échappaient de mes yeux ; je pris la main de Térésina, je la pressai mille fois contre mes lèvres, et je jurai de ne jamais me séparer d’elle. Lauretta vit d’un œil jaloux ma liaison avec Térésina, mais elle se contint ; elle avait besoin de moi, car, en dépit de tout son talent, elle n’était pas en état d’étudier seule ; elle lisait mal, et elle n’était pas fort assurée de la mesure. Térésina, au contraire, lisait tout à livre ouvert, et son tact musical tenait des prodiges. Jamais Lauretta ne montrait plus d’opiniâtreté et de violence que lorsque je l’accompagnais. Jamais, pour elle, je ne frappais un accord à propos ; elle regardait l’accompagnement comme un inal nécessaire ; jamais on ne devait entendre le piano, il devait toujours céder à la voix, et changer de mesure chaque fois qu’une autre fantaisie lui courait dans la tête. Je m’opposai avec fermeté à ses caprices, je combattis ses emportemens ; je lui démontrai qu’il n’y avait pas d’aceompagnement sans énergie, et que la mesure était le guide indispensable du chant. Térésina me secondait fidèlement. Je ne composais plus que des morceaux d’église, et je donnais tous les soli à la voix de basse.

Nous parcourûmes tout le midi de l’Allemagne. Dans une petite ville, nous trouvâmes un ténor italien, qui venait de Milan et qui se rendait à Berlin. Les deux dames furent ravies de trouver un compatriote ; il ne se sépara plus d’elles, s’attacha particulièrement à Térésina : et, à mon grand chagrin, je me vis réduit à un rôle secondaire. Un jour, je me disposais à entrer dans la chambre commune, une partition sous mon bras, lorsque j’entendis un colloque animé entre les deux cantatrices et le tenor. Mon nom fut prononcé ; je tressaillis et j’écoutai. Je comprenais déjà si bien l’italien, que pas un mot ne m’échappa. Lauretta contait la catastrophe du concert où je lui avais dérobé un succès par un accord frappé mal à propos.

Asino tedesco ! s’écria le ténor. J’eus peine à me contraindre, tant j’éprouvais l’envie d’entrer subitement et de jeter le chanteur italien par la fenêtre ! Je me retins. Lauretta continua : elle raconta qu’elle avait voulu me chasser, mais que mes prières l’avaient touchée, et qu’elle avait consenti par compassion à me laisser étudier le chant auprès d’elle. À mon grand étonnement, Térésina confirma les paroles de Lauretta.

— C’est un bon garçon, dit-elle. Maintenant, il est amoureux de moi, et il écrit tout pour l’alto. Il a quelque talent, mais il faut qu’il se débarrasse de ce que je ne sais quoi de raide et d’empesé qui est particulier aux Allemands. J’espère faire de lui un compositeur qui écrira le contr’alto, car les morceaux nous manquent ; ensuite je le planterai là. Il est horriblement ennuyeux avec ses tendresses et ses soupirs, et il ne me tourmente pas moins avec ses compositions qui sont souvent misérables.

— Pour moi, dit Lauretta, Dieu merci, je suis débarrassée de lui. Tu sais, Térésina, comme il m’a obsédée avec ses duos et ses ariettes !

Lauretta commença alors un duo de ma composition, qu’elle avait fort vanté. Térésina prit la seconde voix, et elles se mirent à parodier mon chant et mes gestes de la façon la plus cruelle. Le ténor riait si brusquement que la salle retentissait des éclats de sa voix. Une sueur froide inonda tout mon corps ; je regagnai sans bruit ma chambre, dont la fenêtre donnait sur une petite rue voisine où se trouvait la maison de poste. Une voiture publique était déjà préparée, et les voyageurs devaient partir dans une heure. Je lis aussitôt mon bagage, je payai l’hôte, et je montai en voiture. En passant dans la grande rue, je vis les deux cantatrices à la fenêtre avec le ténor, je m’enfonçai dans le fond de la voiture, et je pensai avec joie à l’effet que produirait la lettre que j’avais laissée pour elles à l’auberge. Jamais je n’aurais soupçonné Térésina d’une telle fausseté ! cette charmante figure ne s’est jamais éloignée de ma pensée ; il me semble encore la voir, chantant des romances espagnoles, gracieusement assise sur le fougueux cheval gris pommelé, qui caracolait aux accords de la guitare. Je me souviens encore de la singulière impression que produisit sur moi cette scène, j’en oubliai le mal que je ressentais ; Térésina captivait tous mes sens ; je la voyais devant moi comme une créature supérieure. De tels momens pénètrent profondément dans la vie, et laissent une impression que le temps, loin d’affaiblir, ne fait que colorer plus vivement. Si jamais, j’ai composé ma romance énergique et fière, assurément l’image de Térésina et de son palefroi s’est présentée en ce moment à ma pensée.

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Il y a deux ans, lorsque j’étais sur le point de quitter Rome, je fis une petite tournée à cheval dans la campagne romaine. Je vis une jolie fille devant la porte d’une locanda, et j’eus la fantaisie de me faire donner un verre de vin par cette charmante enfant. J’arrêtai mon cheval devant la porte, sous l’épaisse tonnelle où se prolongeaient de longs jets de lumières. J’entendis de loin les sons de la guitare et un chant animé. J’écoutais attentivement, car les deux voix de femme produisaient sur moi une impression singulière, et réveillaient des souvenirs confus que je ne pouvais démêler. Je descendis de cheval, et je m’avançai lentement, m’enfonçant à chaque son dans la tonnelle d’où partaient ces accens. La seconde voix cessa de se faire entendre. La première chanta seule une canzonnetta. Plus je m’approchais, moins les accens de cette voix me semblaient inconnus. La cantatrice était engagée dans un final brillant et compliqué. C’était un labyrinthe de gammes ascendantes et descendantes, une pluie semée de notes disparates ; enfin elle soutint longuement un ton. Mais tout à coup une voix de femme éclata en reproches, en juremens et en paroles glapissantes. Un homme répondit, un autre se mit à rire. Une seconde voix de femme se mêla à la dispute, qui devenait de plus en plus folle, et s’animait de toute la rabbia italienne ! Enfin, je me trouve tout près de l’extrémité de la tonnelle ; un homme accourt et me jette presque à la renverse : il me regarde, et je reconnais le bon abbé Ludovico, un de mes amis de Rome.

— Qu’avez-vous donc ? au nom du ciel ! lui dis-je.

— Ah ! signor maestro ! signor maestro ! s’écrie-t-il, sauvez-moi ; défendez-moi contre cette furie, ce crocodile, ce tigre, cette hyène, cette diablesse de fille ! je lui marquais la mesure d’une canzonnette d’Anfossi ; il est vrai qu’en frappant trop tôt l’accord, je lui ai coupé son trille ; mais aussi pourquoi me suis-je avisé de regarder les yeux de cette divinité infernale ! Que le diable emporte tous les finals !

Je pénétrai fort ému, avec l’abbé, sous la vigne, et je reconnus, au premier coup d’œil, les deux sœurs, Lauretta etTérésina. Lauretta criait et tempêtait encore ; Térésina avait le teint moins animé : l’hôte, ses bras nus arrondis sur sa poitrine, les regardait en riant, tandis que la jeune servante garnissait la table de nouveaux flacons. Dès que les cantatrices m’aperçurent, elles vinrent se jeter dans mes bras.

— Ah ! signor Téodoro, s’écrièrent-elles à la fois ; et elles me comblèrent de caresses. Toutes les querelles cessèrent. —Voyez, dit Lauretta à l’abbé, c’est un compositeur gracieux comme un Italien, énergique comme un Allemand. Les deux sœurs s’interrompirent tour à tour avec vivacité, se mirent à conter les heureux jours que nous avions passés ensemble, vantèrent mes profondes connaissances musicales, et convinrent qu’elles n’avaient jamais rien chanté avec autant de plaisir que les morceaux de ma composition. Enfin Térésina m’annonça quelle était engagée par un impressario comme première cantatrice tragique, pour le prochain carnaval ; mais qu’elle ne jouerait que sous la condition que la composition d’un opéra séria me serait confiée ; car, disait-elle, la musique grave était mon fait et mon élément véritable. Lauretta, au contraire, prétendait qu’il serait fâcheux que j’abandonnasse le genre qui me convenait particulièrement, et que je ne me vouasse pas exclusivement à l’opéra-buffa ; elle était engagée comme Prima Donna pour cette sorte d’opéra, et elle jura quelle ne chanterait rien qui ne fût écrit de ma main. De notre séparation et de ma lettre, il n’en fut pas question. Tout ce que je me permis, ce fut de rapporter à l’abbé comment, plusieurs années auparavant, un final d’Anfossi m’avait valu un traitement semblable à celui qu’il venait d’éprouver. Je traitai ma rencontre avec les deux sœurs dans le ton tragi-comique, et tout en plaisantant sur nos rapports passés, je leur fis sentir de quel poids d’expérience et de raison les années m’avaient chargé. — Il est très-heureux, leur dis-je, que j’aie fait manquer autrefois le fameux final, car les choses étaient arrangées de manière à durer pendant l’éternité, et je crois que, sans cette circonstance, je serais encore assis au piano de Lauretta.

— Mais aussi, signor ! répliqua l’abbé, quel maestro a le droit de dicter des lois à la Prima Dona ? et d’ailleurs, votre faute commise dans un concert public était bien plus grande que la mienne, en petit comité sous cette vigne. Après tout, je n’étais maître de chapelle qu’en idée, et sans ces deux jolis yeux qui m’avaient étourdi, je n’aurais jamais commis une telle ânerie.

Ces paroles de l’abbé produisirent un effet merveilleux, car les yeux de Lauretta, qui brillaient encore de colère, s’adoucirent tout à coup et prirent une expression de tendresse.

Nous demeurâmes tout le soir ensemble. Il n’y avait pas moins de quatorze ans que je m’étais séparé des deux sœurs, et quatorze ans changent beaucoup de choses. Lauretta avait passablement vieilli, cependant elle n’était pas encore tout-à-fait dépourvue de charmes. Térésina s’était mieux conservée, et elle n’avait rien perdu de sa jolie taille. Elles étaient encore toutes deux vêtues de couleurs bigarrées, et leur toilette, exactement la même que jadis, avait aussi quatorze ans de moins qu’elles. À ma prière, Térésina chanta quelques-uns de ces airs graves qui m’avaient si fortement saisi autrefois ; mais il me sembla qu’ils avaient autrement retenti dans mon âme ; et le chant de Lauretta, bien que sa voix n’eût pas sensiblement perdu de son étendue et de sa force, était entièrement différent de celui dont j’avais conservé le souvenir. Le sentiment de comparaison entre une impression conservée et une réalité moins attrayante, me disposait peu en faveur des deux sœurs, dont l’extase apprêtée, l’admiration exagérée et la tendresse peu sincère m’étaient déjà connues. Le jovial abbé qui jouait, auprès des deux cantatrices, le doux rôle d’amoroso, en choyant toutefois la bouteille, me rendit ma bonne humeur, et la joie présida à notre réunion. Les deux sœurs m’engagèrent avec instance à revenir au plus tôt pour leur faire quelques parties à leurs voix ; mais je quittai Rome sans leur faire visite.

Et cependant c’étaient elles qui avaient réveillé en moi le sentiment de la musique et une foule d’impressions et d’idées musicales ! mais c’est là justement ce qui m’empêcha de les revoir… Chaque compositeur conserve sans doute une impression profonde que le temps ne peut affaiblir. Le génie de l’harmonie lui parla une première fois, ce fut l’accent magique qui lui révéla la puissance de son âme. Qu’une cantatrice fasse entendre à l’artiste des mélodies qui échauffent son cœur, l’avenir commence aussitôt pour lui. Mais c’est notre lot, à nous pauvres et faibles mortels, garrottés sur la terre, de vouloir renfermer dans le cercle étroit de notre misérable réalité, ce qui est céleste et infini. Que cette cantatrice devienne notre maîtresse ou même notre femme ! le charme est détruit, et cette voix mélodieuse qui nous ouvrait les portes du ciel, sert à exprimer des plaintes vulgaires, à gronder pour un verre cassé ou pour une tache sur un habit neuf ! Heureux le compositeur qui ne revoit jamais dans cette vie terrestre, celle qui a allumé en lui le feu sacré de l’art, par une puissance mystérieuse qui s’ignore elle-même ! Qu’il gémisse d’être éloigné d’elle, qu’il languisse, qu’il se désespère, la figure de l’enchanteresse qu’il a perdue lui apparaîtra toujours comme un ton admirable et céleste ; elle vivra éternellement pour lui, couronnée de jeunesse et de beauté ; elle l’entourera d’un nuage de mélodies qui se renouvelleront sans cesse ; elle sera l’idéal parfait dont l’image se réfléchira dans tous les objets extérieurs, et qui les colorera d’un reflet délicieux !