Correspondance de Voltaire/1766/Lettre 6400

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Correspondance : année 1766
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 44p. 336-337).

6400. — À M. HENNIN.
Mercredi matin à 8 heures, à Ferney (… juillet 1766).

Figurez-vous donc, monsieur, qu’hier mardi M. le prince de Brunswick m’écrit qu’il viendra se reposer de ses fatigues dans mon ermitage. Je lui propose d’y venir manger du lait et des œufs frais, et de renoncer ce jour-là au monde et à ses pompes. Et sur ce que vous m’aviez mandé des pompes, je vous prie de vouloir bien venir avec M. de Taulès pour me bouillir du lait. Point du tout, ne voilà-t-il pas que ce jeune héros me mande qu’il engagé pour des crevailles avec monsieur l’ambassadeur, et qu’il ne viendra que demain ! Je n’ose plus supplier Son Excellence de venir faire pénitence de ses excès à la campagne. Qu’il se crève, qu’il se damne, qu’il fasse tout ce qu’il voudra ; il est le maître, je suis à ses ordres et aux vôtres. Faites-moi la grâce d’instruire un pauvre vieux ermite de vos marches et de vos plaisirs.

Votre grand diable de Cosaque, qui dit avoir la poitrine perdue, est un fort bon homme. Il avait avec lui un médecin qui a du mérite.